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SF EMOI

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15 octobre 2015

RITE DE PASSAGE - ALEXEI PANSHIN

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Voilà presque deux siècle que la Terre, et avec elle le système solaire, a explosé. Seules quelques centaines de milliers d’hommes et de femmes ont pu quitter à temps le berceau de l’humanité à bord de gigantesques nefs spatiales. Depuis, plusieurs dizaines de planètes ont  été colonisées au prix, bien souvent, d’une régression technologique assez considérable. Une « aristocratie de la science » a toutefois survécu, composée de celles et ceux que le travail de la terre rebutait. Ils continuent de voyager dans les étoiles, n’entretenant que de vagues contacts avec les colonies humaines. Une vie consacrée à la recherche et l’épanouissement personnel mais réservée à ceux qui surmonte « l’épreuve » : survivre, seul, pendant trente jours sur l’un des mondes colonisés. Facile ? Peut-être. Sauf quand on a quatorze ans et que vos cousins humains ne vous portent pas précisément dans leur cœur…

Ce roman d'Alexeï Panshin est pour moi le prototype du bon space-opera à savoir un récit captivant et intelligent qui mêle à justes doses l'action à la réflexion sans oublier bien sûr des personnages profonds et attachants. Le procédé narratif est également intéressant  puisque c’est par les yeux d’une enfant de douze ans que nous faisons la découverte de ce gigantesque vaisseau où s'est réfugié ce qui restait de l'humanité avant qu'elle ne parvienne à essaimer sur de nouvelles planètes.

Nous faisons donc connaissance avec Mia, une jeune fille qui a des préoccupations de son âge, s'inquiète de perdre ses amis à cause de son déménagement et entretient des relations difficiles avec un père trop occupé et une mère absente. Nous la suivons dans ses occupations quotidiennes, ses cours, les parties de football, les expéditions dans le système d’aération du vaisseau... Le ton est gai, léger, presque insouciant.


Pourtant, le propos d'Alexeï Panshin est beaucoup plus sérieux qu'il n'y parait au premier abord. Si l'on considère en effet le récit de Mia, non par les yeux de l'enfant qui ne comprend pas encore toutes les implications de ce qu'elle voit, mais avec ceux d'un adulte réfléchi, on s'aperçoit que son monde n'a finalement rien d'idyllique. On découvre que si Mia et ses amis sont enfants uniques, c'est que le vaisseau pratique un contrôle des naissances rigoureux  ; que si leurs parents vivent rarement ensemble et n'élèvent pas leur progéniture c'est qu'ils n'ont pas forcément choisi leur partenaire ni même d'avoir des enfants mais se sont soumis aux suggestions de l'eugéniste ; que si le sixième niveau est totalement désaffecté c'est que la population du vaisseau est réduite à trente mille âmes alors qu’elle en a compté trente fois plus.


On comprend alors que la politique à l’œuvre dans le vaisseau est élitiste, égoïste et liberticide. Les voyageurs de l'espace ne sont pas de gentils esthètes occupés à de nobles tâches scientifiques ou artistiques. Ils ont aussi des comportements beaucoup moins louables. Ils marchandent leurs connaissances auprès des colons dispersés à travers l'univers et n'hésitent pas à condamner à  un exil synonyme de mort presque certaine ceux qui ne respectent pas leurs lois. Enfin, ils imposent à leurs enfants une dangereuse épreuve que plus rien ne justifie et dont beaucoup ne reviennent pas.


La société dans laquelle vit Mia est une société sclérosée, repliée sur elle-même et qui se meurt sans en avoir encore conscience. Mia elle, finira par s'en rendre compte. Ses lectures, ses échanges avec son professeur et ses amis mais surtout l'expérience vécue à l'occasion de son "rite de passage" à l'âge adulte, changeront sa façon de voir les choses. Elle comprendra la responsabilité qu'il lui faut assumer, celle du puissant envers le faible, du scientifique envers l’ignorant.

Opta - Galaxie Bis - 1973

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10 octobre 2015

CEUX D'EN BAS - MARIANO AZUELA

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Pendant la révolution mexicaine contre la dictature de Porfirio Diaz puis du général Huerta, les aventures picaresques d'un groupe de paysans révoltés.

A l'instar de l’un des personnages de son roman, c’est en tant que médecin que Mariano Azuela a vécu la révolution mexicaine. Peut-être même avait-il lors de son engagement  aux côté des révolutionnaires, la même vision romantique de la guerre civile avec les gentils peons d'un côté et les vilains propriétaires terriens de l'autre. Mais si tel était le cas, il n'a pas tardé à réviser son jugement si l'on en croit la manière dont il nous présente ses anciens camarades de combat.


"Ceux d'en bas" nous montre en effet des combattants qui n'ont rien de Robin des Bois. Les personnages de Mariano Azuela luttent certes contre les fédéraux du général Huerta mais se conduisent aussi en véritables soudards. Ils pillent, volent et violent à qui mieux mieux et s'en prennent aussi bien aux riches caciques qu'aux pauvres paysans. Ils passent leur temps à boire et festoyer et l'on ne sent plus guère d'idéal dans leurs motivations. Ils ne savent d'ailleurs plus très bien pourquoi ils se battent. La révolution est devenue une fin en soi. Ils n'en espèrent plus rien si ce n'est quelques galons d'opérette et de vagues promesses de richesse.


Le point fort de ce roman est donc de nous présenter ces évènements sous un jour réaliste loin de la légende qui entoure les faits d'armes d'un Emiliano Zapata ou d'un Pancho Villa. Cela ne nous empêche pas pour autant d'éprouver de la sympathie à l'égard de ses pauvres hères qui n'ont pas choisi de prendre les armes. Ils y ont été contraint par les exactions et l'oppression subie jour après jour, par la misère sans cesse recommencée. Leur révolte est sanglante mais sans doute aussi légitime. C’est  l’ultime manifestation de leur désespoir.

Malgré ce sujet relativement sombre "Ceux d’en bas"  n'a rien de triste, bien au contraire. C'est presque toujours dans la bonne humeur que Demetrio Macias et les membres de sa troupe, Pancracio, La Caille, la Poudrée ou La Grosse se rencontrent, se battent, s'aiment, vivent. Le roman aurait d'ailleurs pu prendre la forme d'une pièce de théâtre. Les scènes comiques abondent et les dialogues sont omniprésents. Les propos échangés ont le plus souvent la saveur de l’argot populaire même si quelques envolées lyriques surgissent çà et là : « Et il croit avoir découvert un symbole de la Révolution dans ces nuages de fumée et de poussière qui fraternellement s’élèvent, s’embrassent, se confondent et se dissipent dans le néant ».

Les éditions de l'Herne ont donc eu une très bonne idée en rééditant ce texte vieux d’un siècle et qui plus est dans un format poche très agréable avec sa couverture à rabats, son papier de qualité, ses jolies illustrations et le choix d'une encre bleue du plus bel effet.

Editions de L'Herne - 2009

5 octobre 2015

BESTIALITE - JEAN ROLLIN

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Pourquoi Robert de la Fresnaye, ancien consul de France en Inde, est-il retourné vivre dans la vieille demeure familiale, conviant près de lui sa fille qu'il n'a pas vue depuis près de vingt ans ? Quelle étrange créature dissimule-t-il dans les combles du château ? Et que sait Miarka, la vieille bohémienne qui fut un temps sa maîtresse ? De bien lourds secrets pèsent sur les uns et les autres qui trouveront leur aboutissement dans un déchaînement de bestialité.

Après avoir lu les cinq volets consacrés aux aventures de ses orphelines vampires, j'étais curieux de voir ce que Jean Rollin était capable de faire sur un sujet différent. Je dois dire que j'ai été agréablement surpris même si son histoire ne brille pas par son originalité, que ce soit au niveau du thème (la lycanthropie), de l'intrigue (la malédiction familiale) ou du décor (vieux château et forêt solognote). Elle m'a cependant parut plus homogène et plus cohérente qu'à l'accoutumée.

Il évite notamment de partir dans tous les sens et de faire intervenir un trop grand nombre de personnages. Cette fois, son récit est centré sur une famille et sur les relations extrêmement tendues qu'entretiennent ses membres. Car ce qui se joue au château de la Fresnaye, c'est la rébellion de deux filles contre leur père, c'est l'acceptation de leur différence (Sita est rejetée autant pour sa lycanthropie que pour ses origines indiennes) et c'est le châtiment mérité des mauvaises actions passées.

Mais l'affrontement n'est pas que psychologique. Loup-garou oblige, nous avons droit à de nombreuses scènes d'égorgement et autres mises à mort bien sanglantes. Les pelles décapitent les pleureuses dans les cimetières, les fusils fauchent les louves assoiffées de sang tandis que les gitans font parler couteaux et crochets avant d'être victime de la vindicte populaire. Bref, rien de très neuf, mais plutôt bien traité.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

30 septembre 2015

LE DESERT DU MONDE - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Un homme se réveille seul dans un petit village peuplé de cadavres et ceinturé par une brume aussi opaque qu'infranchissable. Il ne sait plus qui il est, où il se trouve ni pourquoi il est là. Commence alors une quête de son passé qui sera aussi celle de son monde.

Si ce roman a pu paraître novateur lors de sa sortie en 1977 il n'en va assurément plus de même presque 40 ans plus tard. Les histoires de réalité virtuelle ou d'expérience in vivo sont devenues monnaie courante au cinéma comme en littérature, et il est désormais bien difficile de trouver un angle d'attaque original.

Pour autant, ce « Désert du monde » ne manque pas de qualités. Jean-Pierre Andrevon n'est jamais aussi bon que lorsqu'il met en scène des individus quelconques et nous fait partager leurs sensations et leurs sentiments. Ici, il est particulièrement à son affaire avec un héros bien commun confronté à une situation qui l'est beaucoup moins.

Tout l'intérêt du récit réside en effet dans les réactions d'un homme qui se réveille seul, sans souvenirs, dans un village qui semble abandonné. Le questionnement sur son identité et sur ce qui a fait disparaître toute présence humaine est très bien rendu comme d'ailleurs les différents aspects de la solitude qui l'étreint, ses peurs et ses espoirs.

Bon, pour être honnête, j'avoue que c'est avec plaisir que j'ai vu surgir un nouveau personnage. Au bout de 150 pages une certaine monotonie, pour ne pas dire lassitude, commençait à poindre le bout de son nez et cette diversion est arrivée au bon moment. Elle permet surtout de relancer l'intrigue, la faisant entrer dans une phase plus active. L'histoire prend alors des allures de "Truman Show". Sous l'influence de Marie-Françoise, les deux « survivants » entreprennent de comprendre puis de s'échapper de leur « prison ».  Ils mettent au jour les incohérences de leur environnement (les portes qui ne s'ouvrent pas, les bibliothèques en trompe-l'œil...) et commencent à suspecter une expérience dont ils seraient les cobayes.

La suite est beaucoup plus désordonnée, chaotique même. Nous vivons en accéléré la fin de l'humanité, ou plutôt un ensemble de fins possibles - guerres, réchauffement climatique, catastrophe nucléaire - des causes différentes pour un seul et même effet. Une sorte de « voyage au bout de la nuit » de l'espèce humaine. Philippe et Marie-Françoise sont un peu des Bardamu de la SF contraints de vivre la fin de leur monde pour apprécier la valeur de ce qu'ils perdent, de mourir afin de mieux renaître.

Denoël - Présence du Futur - 1977

25 septembre 2015

LE TRIPORTEUR - RENE FALLET

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Pour échapper à un mariage qui ne le tente guère, Antoine Peyralout fuit le domicile parental sur le triporteur dont il vient de faire l'acquisition. S'en suit un voyage plein d'embûches vers Paris où le jeune homme projette d'assister à la finale de la coupe de France de football pour rencontrer son idole, le gardien Dabek Sarieloubal.

Quand j'entends le mot "triporteur" c'est invariablement le visage d'adolescent attardé de Darry Cowl qui s'impose à mon esprit. Il faut dire que le film dont il est le héros a totalement éclipsé le roman dont il s'inspire. C'est dommage car, si les deux œuvres mettent en scène l'équipée rocambolesque d'un jeune homme et de son tricycle, le film ne rend pas hommage à la subtilité de l'écriture de René Fallet ni à la poésie qui s'en dégage.


Certes, le voyage d'Antoine, de sa Bourgogne natale jusqu'à Paris, est avant tout comique. René Fallet place sur son chemin les rencontres les plus improbables qui le plongent à tous les coups dans des situations invraisemblables. Qu'il rencontre deux belles américaines (une femme et sa voiture), des parisiens en vadrouille ou un clochard philosophe, c'est à chaque fois l'occasion de malentendus et autres déconvenues. C'est encore pire lorsqu'il s'essaye au travail puisque son éphémère apprentissage du métier de berger se soldera par un échec tonitruant mettant un terme à une confrontation houleuse avec le monde paysan.


L'intérêt du roman faiblit néanmoins à mi-parcours lorsqu’Antoine arrive dans la cité libre de Saint-Flébène. La description de cette bourgade, « ville des chiffonniers, des vendeurs de muguet, des cinglés, des poètes, des poivrots officiels, des gagne-petit de tout poil, des traînes-semelles, des tourne-pouces, des filles de peu ou de pas grand-chose et de tous les flemmards de la région », est pourtant l'un des meilleurs moments du roman. Ce petit territoire sur lequel le travail est proscrit et la sieste sacrée est en effet propice aux scènes les plus cocasses et parfois même surréalistes. Ainsi de ce passage où la population entière, ébahie puis choquée, observe un cantonnier en plein travail ! Les habitants de la petite cité valent également le détour. Zanzi, Mammouth, Le Duc, Popeline, les filles Mouche et bien d'autres sont de biens joyeux lurons, agaçants parfois mais toujours attendrissants.


Malheureusement, les libations sans fin des personnages ainsi que leurs nombreuses visites aux péripatéticiennes locales deviennent un peu lassantes. Pénibles aussi les chapitres consacrés à la finale de la coupe de France. Certes, ce match entre le R. C. Pommard et le C. M. Haut-Médoc est le but du voyage du brave Antoine, l'ultime étape de son pèlerinage. Mais sa relation est beaucoup trop longue et fastidieuse, en particulier quand on n’est pas amateur de ballon rond !


"Le triporteur" reste néanmoins un fort bon divertissement doublé d'un remarquable travail d'écriture. La finesse de ses jeux de mots et autres calembours ( « Dans son arrière-boutique, la fleuriste cultivait les arrière- pensées ») en font une lecture particulièrement originale et plaisante. René Fallet est semble-t-il tombé dans l'oubli. C'est bien dommage pour cet auteur à l'univers et au style très proches de ceux d'un Raymond Queneau ou d'un Marcel Aymé.

Denoël - Folio - 1998

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20 septembre 2015

LES VOLEURS DE VIE - LAURENT COURTIAUD

fn-frayeur26-1995Après ses mésaventures thaïlandaises et ses démêlés avec le démon Pak Luad, Eric Marquand est de retour à Paris. Désireux de se frotter de nouveau aux manifestations surnaturelles, il prend contact avec un ami de son oncle féru d'occultisme. Il ignore encore que le vieux savant est aussi le chef d'une mystérieuse secte vouée au culte d'Azramath et qu'à le côtoyer, il risque de perdre beaucoup plus que la vie.

« Les voleurs de vie » est le second roman de Laurent Courtiaud publié dans la collection Frayeur du Fleuve Noir. Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'une suite aux « Enfants du sang », on y croise de nouveau Eric Marquand, le sympathique dilettante amateur de phénomènes étranges. On y trouve aussi le même ton, les même qualités et, il faut bien le dire, les même défauts.


J'ai donc pu apprécier une fois encore un récit au rythme endiablé où l'action est omniprésente. Laurent Courtiaud est toujours à son aise dans les scènes de combats. De Paris aux States en passant par les Alpes autrichiennes, ses héros s'étripent de toutes les manières possibles avec une petite prédilection pour les armes blanches.


Malheureusement, on déplore une fois encore un manque d'originalité évident et un recours à un fantastique beaucoup trop convenu. On sent pourtant chez l'auteur l'envie de faire du neuf. Ainsi de ses créatures démoniaques qui, sans se démarquer foncièrement des vampires avec lesquels ils partagent immortalité et besoin de voler le fluide vital des humains, apportent une petite touche de nouveauté à un mythe éculé.

Mais ses efforts en matière de changement s'arrêtent là. Pour le reste, il pioche éhontément dans le folklore traditionnel : invocation démoniaque, sacrifice humain, runes et pentacle. Bref, des intentions, mais guère d'effets.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

15 septembre 2015

NORD & LA PISTE DU SUD - THIERRY LASSALLE

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Clark n'a que peu de souvenirs de son enfance, juste quelques cauchemars qui viennent le hanter chaque nuits. Des rêves dans lesquels il se voit aux côté du roi son père sous le soleil du sud ; d'autres où il voit Cob, le chef de la Garde Noire, envahir leur pays et assassiner le vieux monarque. Pour faire la lumière sur ses origines et régler ses comptes avec Cob, il décide de s'évader du camp de travail où il est interné depuis de longue années. Mais la route est longue jusqu'à la capitale dans ce pays de glace et de neige, de blizzard et de loups.

Ce diptyque de Thierry Lassalle est représentatif d'une partie de la production du Fleuve Noir Anticipation, à savoir des romans qui se contentent de décliner des variations plus ou moins convaincantes des grands thèmes de la SF, sans véritablement chercher à faire du neuf.

Ici, l'auteur a choisi celui de la « destinée héroïque » avec un fils de roi privé de son trône et réduit à l'esclavage qui n'aura de cesse de se venger et reconquérir la place qui lui revient de droit. Un sujet que l'on trouve d'habitude dans les romans d'eroïc fantasy mais que l'auteur a choisi de placer dans une ambiance futuriste, limite post-apocalyptique. Un univers usé jusqu'à la corde avec l'habituel régime totalitaire, sa milice implacable et ses camps de travail. Rien de bien passionnant donc, juste une succession d'actions d'éclats (évasion et combats) facilitées par de braves compagnons de galère. Voilà pour "Nord" premier de ces deux romans.

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« La piste du sud » est légèrement plus intéressant, plus surprenant surtout puisqu'il détricote toute l'histoire du premier opus dont il est pourtant la suite immédiate. Toutes les actions d'éclats réalisées par le héros semblent en effet n'avoir eu lieu que dans son esprit. Mieux, le régime fascisant qu'il a affronté et croyait-il mis à bas, paraît s'amender. Commence alors pour lui une longue descente aux enfers, un retour en arrière au propre comme au figuré. Malheureusement l'histoire finit par reprendre une trame quasi identique à celle de « Nord » et le livre se conclue exactement de la même manière par une fin appelant une suite qui n'a cette fois jamais vu le jour.

Pour être plus convaincants il aura manqué à ces romans un petit surcroît de détails. Exception faite des personnages, les descriptions sont la plupart du temps assez sommaires et les noms de lieux réduits à leur plus simple expression : le territoire du Nord, la ville du Nord, le camp n°17 ou le poste n°2. Pas franchement glamour même si, d'une certaine manière, ces dénominations dépouillées collent avec le côté froid et tranchant du climat. Il y a ensuite un certain nombre de points qui auraient mérités d'être éclaircis : d'où provient la nourriture dans ce pays perpétuellement gelé et pourquoi les habitants du nord refusent de s'installer dans les territoires plus cléments qu'ils ont soumis ?

Je ne retiendrais donc de ces romans que quelques évocations de paysages balayés par le blizzard et cette ville du nord retranchée derrière ses murailles de béton, avec ses maisons serrées les unes contre les autres et sa gigantesque chaudière dévorant des forêts entières. 

Fleuve Noir Anticipation - 1984 & 1986

 



10 septembre 2015

MORT AU PREMIER TOUR - DIDIER DAENINCKX

product_9782070405664_195x320Au soir des élections municipales à Marcheim, c'est l’euphorie dans le camp des écologistes. Leur liste vient d'emporter la mairie, laissant espérer un second souffle dans la lutte contre la centrale nucléaire qui se construit sur le territoire de la commune. Mais la joie est de courte durée. Le lendemain matin, un de leurs élus est retrouvé mort aux abords du chantier tant controversé. Fraîchement nommé en Alsace, l’inspecteur Cadin va devoir faire le tri parmi de nombreux suspects, toutes tendances politiques confondues.

Je me suis fait avoir comme un bleu mais je ne suis sans doute pas le seul. Il faut dire que les lieux, les circonstances, les protagonistes, tout dans ce roman fait penser à un meurtre politique. Et quand on sait de quel côté vont les sympathies de l’auteur, on est vite persuadé qu’il faut chercher les coupables du côté des industriels et de leurs valets politiques et policiers.


Pourtant Daeninckx se garde bien de tomber dans le piège de la critique sociale un peu facile. C'est d’ailleurs du côté des "gentils", écolos ou anarchistes, qu'il oriente l'enquête de son flic dépressif. Tout au long du roman il nous promène dans la nébuleuse rouge et verte, nous faisant rencontrer des syndicalistes et des élus de gauche, des baba cools, des journalistes libertaires, des partisans de l’amour libre... Il est même assez peu tendre avec eux, soulignant leurs motivations parfois un peu troubles ou vaines.


Cette plongée dans l’Alsace des seventies est en tout cas bien sympathique pour au moins deux raisons. Primo, sa  peinture de Strasbourg et des cités minières alentours confrontées à la désindustrialisation et au chômage est assez chouette. Les ouvriers contraints de bosser pour des entreprises qui polluent leur terroir, les entrepôts désaffectés au bord du Rhin, les rangées de maisons ouvrières, toutes ces descriptions contribuent à créer une atmosphère bien grise et bien déprimante. Secundo, le récit s’enrichit de nombreuses anecdotes qui ne manquent pas d’intérêt sur l’histoire de cette province si disputée, comme celles sur ces soviets alsaciens qui fleurirent dans les usines lors de la débâcle allemande de 1918 avant que d’être réprimés par la république triomphante ou bien sa germanisation forcée durant la seconde guerre mondiale.


Mais le plus étonnant - et sans doute aussi le plus désolant - c'est de constater que les choses n’ont guère changé depuis lors. Les zadistes qui s’opposent à un barrage ou à un aéroport sont les cousins germains des baba-cool de Marcheim/Fessenheim qui luttent contre la construction d'une centrale nucléaire. Les arguments pour ou contre ce type d'aménagement sont d’ailleurs toujours les mêmes : préservation de l’environnement d’un côté, retombées économiques de l’autre. Devinez qui gagne à tous les coups !

Gallimard- Folio Policier - 1988

5 septembre 2015

LA BABY-SITTER - ANNE DUGUËL

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Ce week-end, Cyril et Violette seront gardés par Lucie. Leur nounou habituelle étant en congé, il a bien fallu lui trouver une remplaçante et la jeune femme semble avoir toutes les qualités requises pour s'occuper des jumeaux de 9 ans. Et puis, un week-end, c'est vite passé. Oui, mais ça peut aussi être très long...

Quel parent n'a jamais eu un petit pincement au cœur au moment de confier ses enfants aux bons soins d'un tiers, nourrice, fille au pair ou baby-sitter ? La crainte de l'accident ou du mauvais traitement, pour hypothétique qu'ils soient, vous titille toujours un peu et c'est avec soulagement que l'on récupère sa progéniture.

Anne Duguël a eu l'excellente idée de nous plonger au cœur de ce cauchemar parental. Il est vrai que le thème de l'enfance maltraitée est l'un de ses favoris. Elle l'a utilisé dans de nombreux romans qui nous parlent soit d'enfants confrontés à la violence des adultes (Asylum, La petite fille aux araignées), soit d'individus cachant un traumatisme survenu dans leurs jeunes années (Gargouille). La baby-sitter est un peu une synthèse des deux.

Lucie, son héroïne, joue à la fois le rôle de victime et celui de bourreau. Elle est l'enfant martyrisée dont l'enfance fut un calvaire entre un père incestueux et une belle-mère violente. Elle est aussi la jeune femme paranoïaque que la peur et la douleur vont conduire aux actes les plus extrêmes. Les contes - de Perrault ou des frères Grimm - qu'elle raconte aux enfants font en effet remonter à la surface les épisodes dramatiques de sa jeunesse. Elle revit alors ces instants d'horreur, perdant progressivement pied avec la réalité et basculant dans la folie.

Je regrette pour ma part que ce basculement ait lieu si tôt dans le récit. La confrontation avec les enfants arrive trop rapidement et tourne court. A partir de là chaque personnage vit son propre drame de son côté faisant perdre au récit toute son intensité et ce jusqu'à la chute, bien en-deçà de mes attentes.

Finalement, le principal mérite de ce roman est de mettre en évidence la violence contenue dans les contes pour enfants. Relisez-les. Vous constaterez qu'ils regorgent de sang et de violence. Barbe Bleue trucide ses femmes, l'ogre du Petit Poucet est un cannibale, Blanche Neige est empoisonnée et le Petit Chaperon Rouge dévorée. Dire qu'on les lit à nos gamins pour les endormir ; bonjour les cauchemars !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

31 août 2015

LES CINQ SOUS DE LAVAREDE - PAUL D'IVOI & HENRI CHABRILLAT

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Pour hériter de la fortune de son cousin Richard, le journaliste parisien Armand Lavarède doit respecter de biens étranges volontés : effectuer un tour du monde en une année avec cinq sous pour seul viatique. A défaut, l'héritage reviendra à sir Murlyton auquel échoit aussi le rôle d'arbitre. Deux autres personnes seront aussi du voyage : Bouvreuil, un usurier qui veut obliger Lavarède à épouser sa fille et qui, craignant de voir son débiteur s'émanciper, va tout faire pour le ralentir et Aurett, la fille de Murlyton qui ne tardera pas à tomber amoureuse du sympathique globe-trotter.

"Les cinq sous de Lavarède" est sans conteste le plus connu des roman de Paul d'Ivoi. Son adaptation au cinéma avec Fernandel dans le rôle-titre et sa ressemblance, tout sauf fortuite, avec "Le tour du monde en 80 jours" y sont sans doute pour quelque chose. Mais il faut aussi lui reconnaître des qualités intrinsèques au premier rang desquelles un rythme absolument échevelé.


Tout au long des cinq cent pages que compte le roman, les auteurs ne laissent pas une seconde de répit à leur héros. Faire le tour du monde avec seulement cinq sous en poche (ça fait combien en euros ?) n'est déjà pas chose facile. Si en plus des rivaux malintentionnés multiplient les embûches et les contretemps, cela devient carrément mission impossible. Mais impossible n'est parait-il pas français et Lavarède est le parangon de toutes les vertus cocardières. Grâce à son charme gaulois et son bagout parisien, il se tirera de tous les mauvais pas, tournant à son profit les coutumes locales, utilisant la superstition des uns et la crédulité des autres.


Pour voyager sans frais il exercera les métiers les plus divers, postier, camelot, peintre, mécanicien, pêcheur... On le verra aussi occuper des fonctions plus inattendues telles que président du Costa-Rica, réincarnation de Bouddha dans un monastère tibétain ou encore champion cycliste. Il traversera le pacifique dans un cercueil, l'Hymalaya en montgolfière et utilisera tous les moyens de transport imaginables : train, bateau, vélo, radeau, dirigeable, sous-marin, que sais-je encore ! Quant à l'action pure et dure, elle ne manquera pas non plus puisque notre brave journaliste affrontera tour à tour des bandits sud-américains, des guerriers kirghizes, la police autrichienne et la maffia sicilienne. Bref, un emploi du temps plutôt bien rempli.


Comme de juste, les différentes haltes des personnages nous permettent de découvrir les pays traversés tels qu'ils étaient à l'époque. Nous visitons ainsi un Japon en pleine mutation, quittant la féodalité pour un modernisme tout occidental, nous assistons aux travaux de percement du canal de Panama et parcourrons une Russie ravie de sa récente alliance avec la France. Les auteurs profitent également des conversations entre Lavarède et Murlyton pour "éduquer" leurs lecteurs sur des sujets aussi divers que le peuplement des Açores ou les origines du baptême de la ligne des tropiques.

Il faut bien avouer que la croyance populaire et le chauvinisme l'emporte parfois sur la rigueur scientifique ou la réalité historique. Ces apartés sont néanmoins intéressants et donnent une idée de l'état des connaissances à la fin du XIXème siècle et de l'état d'esprit qui avait cours. On ne sera donc ni surpris, ni choqué par des réflexions parfois un peu limites sur les populations rencontrées. Elles dénotent davantage le sentiment de supériorité de l'européen d'alors qu'un réel racisme. En revanche le sexisme est beaucoup plus notable. Tout au long du roman, Aurett est traitée comme une mineure qu'il faut protéger et éduquer, une belle chose un peu encombrante et parfois agaçante : « … une femme, pouvant parler deux fois plus vite et plus longtemps qu'un homme, finit toujours par avoir raison ».


Si l'action et omniprésente, l'humour ne l'est pas moins. Il est presque toujours lié aux mauvais tours joués à l'infâme Bouvreuil. Ce dernier, gros propriétaire, usurier, est en effet un anti-Lavarède, un reflet en négatif de l'intrépide voyageur.
Plus ridicule que véritablement mauvais, soumis à sa diablesse de fille, ce n'est donc pas lui qui joue le rôle de méchant de service. Cette fonction est échue à un personnage beaucoup plus rébarbatif et qui, cocorico oblige, n'est pas français mais colombien, j'ai nommé, José de Courramazas y Miraflor (précisons que Mazas était à l'époque une prison bien connue).

« Les cinq sous de Lavarède » ouvre donc de fort belle manière la série des « Voyages Excentriques » qui comptera pas moins de 21 volumes.

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

12 août 2015

LE SOLEIL N'EST PAS POUR NOUS - LEO MALET

9782266202008Paris, 1926. André Arnal, jeune orphelin de 16 ans, survit péniblement grâce à son emploi de manœuvre. Il se livre aussi à quelques combines dont une escroquerie à l'assurance maladie au cours de laquelle il rencontre Fredo et sa sœur Gina dont il tombe immédiatement amoureux. La jeune femme partageant ses sentiments, André va tenter de les extraire de l'abîme de misère où  ils se débattent l'un et l'autre. Mais le destin semble parfois s'acharner...

Avec le second volume de sa trilogie noire, Léo Malet fait un pas supplémentaire sur le chemin de la noirceur et du désespoir. Un désespoir d'autant plus marquant que le jeune Dédé Arnal n'a rien à voir avec le héros de "La vie est dégueulasse". Lui souhaite réellement s'en sortir. On sent même qu'il suffirait de pas grand-chose - un petit coup de pouce du destin, une main tendue au bon moment - pour qu'il puisse se faire sa place au soleil. Mais, comme le dit si justement le titre du roman, le soleil n'est pas pour lui. Les dés sont pipés, les places distribués à la naissance et pour ceux de son espèce, orphelins ou fils d'ouvrier, il n'y a que la misère et la poisse.


Loin d'être un atout ou même une excuse à leurs erreurs, leur jeunesse les dessert. Elle attire les ordures de tout poil à l'affût de jeune chair et de proies facile. Patrons indélicats, souteneurs, vieillards libidineux, les adultes cherchent presque toujours à profiter d'eux. Dès lors, il ne leur reste plus qu'une juste mais dangereuse révolte qui les mène le plus souvent en prison ou à la guillotine.


C'est ce destin joué d'avance, ce sentiment d'inéluctabilité qui fait le plus de mal. Malgré toutes les tentatives, malgré quelques instants de bonheur et d'oubli, les jeunes héros ne peuvent rien contre le sort. La populace aux idées toutes faites et les policiers bas de plafond les ramènent irrémédiablement dans le droit chemin, celui de la dèche.


« Le soleil n'est pas pour nous » est un roman percutant porté par un style nerveux auquel le récit à la première personne et l'utilisation intensive de l'argot parisien tonne un ton réaliste et imagé. A signaler aussi quelques belles évocations du Paris des années vingt, les entrepôts de Bercy, la prison de la Petite Roquette et les bidonvilles du XIIIème Arrondissement.

Pocket - 2010

7 août 2015

LE VOYAGE D'ANNA BLUME - PAUL AUSTER

 

actessud950-1995

Partie quelques années plus tôt chercher son frère dans un pays qui a sombré dans le chaos et la misère, la jeune Anna Blume survie depuis dans des conditions apocalyptiques. Elle décide un jour de conter son histoire à un ami d'enfance dans une longue lettre qui ne lui parviendra probablement jamais.

J'ignore qui du traducteur ou de l'éditeur a choisi le titre français de ce roman mais ce fut une belle erreur. L'histoire d'Anna Blume commence en effet alors qu'elle a déjà atteint ce "Pays des choses dernières" qu'évoque le titre original. S'il y a voyage, c'est donc un voyage immobile, un cheminement intérieur que l'héroïne accomplit.


Ce pays où vit désormais Anna, ou plutôt cette ville, est un bien étrange endroit. On ne sait pas où elle se situe exactement même si quelques allusions laissent supposer que c'est en Amérique. Cela n'a toutefois guère d'importance. Ce qui compte, c'est ce qui s'y passe, c'est l'état de délabrement généralisé où elle se trouve et dans lequel se débattent ses habitants. On ignore aussi l'origine de cette situation catastrophique mais l'Effondrement, comme le nomme les citadins, a sans doute plusieurs causes : économique assurément mais aussi climatique (hivers incroyablement rigoureux) et peut-être même chimique (absence de naissances).


Le premier tiers du roman, très immersif, fourmille de détails. Paul Auster n'avait sans doute pas prévu d'écrire un roman de Science-Fiction pourtant son récit a tout de la dystopie post-apocalyptique. Je lui ai même trouvé bien des ressemblances avec les bouquins de Serge Brussolo notamment dans sa description des différentes corporations et sectes qui prolifèrent dans la cité. Il y a d'abord de nombreuses associations de suicidaires comme les Coureurs qui se livrent à un jogging mortel ou les Sauteurs qui se jettent des plus hauts immeubles ainsi que des cliniques d'euthanasie qui font penser à celles de "Soleil vert" ou encore ces Clubs d'Assassinats qui rappellent le bureau du même nom imaginé par Jack London. Il y a ensuite des groupes religieux aux noms et aux croyances les plus fous tels les Tout-sourires ou les Rampants. Il y a enfin quelques rares professions dont les Fécaleux chargés de récupérer les déchets biologiques pour les transformer en méthane et les Charognards qui, dans ce monde qui ne créée plus grand chose, vivent de récupération.


Anna est justement l'une d'entre eux. Nous la suivons dans ses tournées à travers les différentes "zones de recensement", poussant le caddie dans lequel elle entasse ses maigres trouvailles, se défiant des voleurs et des concurrents pour gagner à peine de quoi se nourrir et même pas de quoi se loger. Une vie de misère et d'incertitude, jour après jour plus difficile. C'est d'abord le confort qui disparaît, puis l'utile, le nécessaire et enfin le vital. La précarité devient la règle et l'insécurité le lot de tous. Pourtant, les habitants de la cité s'habituent à ces conditions et s'adaptent à la détérioration de leur environnement. Ils continuent à espérer et font tout leur possible pour s'assurer une journée d'existence supplémentaire, puis une autre et une autre encore.


On se demande alors s'il faut s'émerveiller de cet acharnement à vivre ou si cela dénote au contraire une incroyable passivité face aux évènements, une sorte de renoncement à faire changer les choses. Il y a bien quelques émeutes lors des distributions de nourriture par exemple, mais jamais de révolte qui viendrait réformer la société en profondeur et la remettre sur de bons rails. Il est sans doute bien difficile de penser à faire bouger les choses lorsque la survie quotidienne occupe votre temps et vos pensées, néanmoins cette régression matérielle et culturelle, ce lâcher prise généralisé a quelque chose d'effrayant.


Heureusement, ce recul n'efface pas totalement les sentiments altruistes. L'amour, l'amitié, le dévouement subsistent encore. Pour Anna, ils se pareront des noms de Sam, Isabelle et Victoria, preuve qu'il est toujours possible de trouver un peu de bien au milieu du pire.

Actes Sud - Babel - 1995

2 août 2015

LE CHATEAU DES POISONS - SERGE BRUSSOLO

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Jehan de Montpéril est un ancien bucheron anobli pour sa bravoure sur le champ de bataille. Désormais chevalier sans fief, sans écuyer et sans armure, il est contraint de monnayer son épée pour gagner de quoi vivre. Engagés par le moine Dorius pour l'aider à convoyer des reliques sensés guérir un haut seigneur breton de la lèpre, il va se retrouver plongé dans une obscure histoire d'empoisonnement en compagnie d'une jolie trouvère et d'un vieux croisé.

Le moyen-âge est une période de l'histoire qui va comme un gant aux romans de Serge Brussolo. Une époque de violence et de superstition où son goût du morbide et son imagination débridée peuvent s'exprimer sans trop de contraintes. Il faut dire qu'il ne s'embarrasse pas trop de réalité historique, se contentant d'utiliser les éléments médiévaux qui lui conviennent le mieux : l'inquisition et son cortège de tortures, les tournois où l'on s'étripe à qui mieux-mieux, la lèpre, l'ordalie, bref, tout ce folklore médiéval enraciné dans l'imaginaire collectif. Il en va bien sûr de même pour ses personnages et c'est tout naturellement que sont évoqués le cruel seigneur, le moine retors, la jolie trobairitz (oui, ça sonne mieux que troubadour), les gueuses, les routiers et les serfs.


Mais Le château des poisons n'est pas qu'un un roman historique. C'est aussi un roman policier qui débute par une affaire de trafic de reliques, dérive sur une sombre histoire d'empoisonnement pour finir par la traque d'une bête fabuleuse. Une enquête guère palpitante puisque la recherche du coupable se limite, selon une méthode désormais bien ancrée chez l'auteur, à une succession de fausses pistes dans lesquelles son héros plonge à chaque fois. Habituellement, ce procédé fonctionne plutôt pas mal, nous embarquant dans toutes sorte d'hypothèses, des plus réalistes au plus folles. Ici en revanche, je l'ai trouvé trop répétitif. Tour à tour, ce sont presque tous les personnages qui seront soupçonnés par un Jéhan décidément bien crédule et ce, jusqu’à une révélation finale légèrement tirée par les cheveux.

Le roman reprend heureusement des couleurs lorsque la ville de Kandarec est victime d'un empoisonnement généralisée de ses ressources vivrières. Dans ces conditions particulières où cueillir et manger un fruit revient à jouer à la roulette russe, l'auteur peut se laisser aller à ces délires contrôlés qui forment le sel de ses romans. Il imagine alors à quelles étranges pratiques peuvent être conduits des habitants contraints de se méfier de tout ce qu'ils mangent. Une atmosphère de suspicion généralisée s'installe ainsi qu'une famine d'autant plus paradoxale que les greniers sont pleins. Chats, chiens ou prisonniers sont forcés de jouer les gouteurs tandis que les plus gourmands sont victimes de denrées tentantes mais mortelles. Pire encore, l'empoisonnement des fontaines, des mares et des ruisseaux oblige le peuple à ne consommer que du vin et c'est bientôt une populace plongée dans une ivresse permanente qui parcourt les rues de la petite cité.

Le château des poisons n'est donc pas le meilleur des polars médiévaux écrits par l'auteur mais son héros un peu pataud, chevalier malgré lui, est plutôt attachant. Je le retrouverai donc avec plaisir dans le tome deux de ses aventures : « L'armure de vengeance ».

Le Livre de Poche -1998

28 juillet 2015

CREATURE - BERNARD FLORENTZ

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Depuis l'horrible assassinat de son fils par sa propre épouse, l'écrivain Alain Tardieu vit reclus dans sa résidence marseillaise en dépit de l'énorme succès que remportent ses romans. C'est donc sans trop d'espoir que Carole Avedian, jeune étudiante en littérature, sollicite une entrevue. Contre toute attente sa demande est acceptée et la jeune femme est reçue par celui qui se fait désormais appeler le Spectre. Commence alors une longue nuit pleine de surprises et d'épouvante tandis qu'une entité mystérieuse trace une route sanglante dans leur direction.

Oui, ça y est, Bernard Florentz est enfin parvenu à nous concocter un bouquin qui tient la route ! Bon, soyons clair, "Créature" n'est pas le roman du siècle, loin s'en faut. Mais comparé aux précédents opus de l'auteur, il y a un monde.

Nous avons cette fois une intrigue digne de ce nom et des scènes d'horreur qui ne versent pas dans le ridicule. Ses personnages sont également mieux croqués y compris ceux qui se contentent de jouer le rôle de victimes. J'accorde même une mention particulière au duo formé par le mystérieux écrivain retiré du monde et la sympathique étudiante un peu trop curieuse.

Pour ce qui est du thème général on reste en revanche dans le très classique puisque l'auteur évoque pêle-mêle fantômes, créature visqueuse et serial-killer, le tout sur fond de vengeance. Rien de neuf donc même si l'aspect gore est plutôt réussi.


Par contre je suis un peu déçu par la chute qui laisse dans le flou une certain nombre de mystères : comment et pourquoi Judith se transforme après son suicide en une espèce de monstre protoplasmique capable d'hypnotiser ses victimes, pourquoi les fantômes se matérialisent-ils dans la maison de l'impasse de l'Etoile et pas ailleurs et enfin quid des motivations du véritable assassin du petit Nicolas ? Il est bien dommage que toutes ces questions restent sans réponses. Cela gâche un peu le plaisir du lecteur. Tant pis !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

23 juillet 2015

LE GRAND VESTIAIRE - ROMAIN GARY

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Après le décès de son père dans les derniers jours de la guerre, le jeune Luc Martin est pris en charge par une institution caritative qui l'envoie à Paris. Sitôt arrivé dans la capitale, il fait la connaissance d'un autre orphelin qui l'invite à s'installer chez lui. C'est ainsi qu'il rejoint Léonce et sa sœur Josette, deux ados délurés hébergés par Vanderputte, un vieil original vivant du marché noir et autres combines. Dans leur grand appartement de la rue Madame les trois amis vivent une existence étrange où le rêve côtoie la réalité la plus sordide.

Romain Gary est l'un des romanciers français que j'apprécie le plus. J'aime son écriture d'une aisance étonnante, à la fois classique et audacieuse. J'aime l'atmosphère quasi surréaliste qui baigne ses histoires ainsi que l'extravagance des lieux, des situations et des personnages. J'aime surtout cette sensation de folie maîtrisée et l'amour de l'humain qui émane de tous ses romans. Celui-ci fait partie de ses tout premiers, de ceux qu'il écrivit dans les années qui suivirent la fin de la deuxième guerre mondiale et qui ont d'ailleurs pour cadre ce conflit et ses conséquences.


Le récit se déroule dans le Paris d'après-guerre, période trouble où l'on vit dans la crainte du communisme et où se croisent soldats américains, collaborateurs et résistants. Nous y suivons un jeune orphelin d'une quinzaine d'années qui trouve refuge chez un vieil excentrique en compagnie d'un frère et d'une sœur de son âge. Ensemble, les trois ados se livrent à toutes sortes de trafics sous la houlette de Vanderputte, à la fois père adoptif et receleur, vieil homme plus malheureux que malhonnête.


Puis les petits voleurs deviennent braqueurs, autant pour réaliser leur rêve de voyage en Amérique que pour ressembler à ces acteurs de films noirs auxquels ils s'identifient. Ce faisant ils tentent à leur manière de préserver leur liberté, d'inventer leur avenir au lieu de se conformer au rôle que l'on attend d'eux. Ils se préfèrent gangster ou vamp plutôt que pupille de la nation promis à une vie toute tracée d'apprenti ou d'ouvrier.


Ils s'entourent aussi d'un quatuor d'originaux qui tous à leur manière ont rompu avec la société. Il y a là un faux tragédien mais véritable travesti, un ténor italien, un chimiste hongrois, un baron polonais. Quatre débris humains, laissés pour contre d'une Europe en pleine mutation, qui n'ont pas su ou pas voulu s'adapter. Des personnages détestables et attachants qui refusent d'endosser les vêtements du moment, d'entrer dans ce « grand vestiaire » où tout n'est qu'apparence. Des apparences au-delà desquelles les gens ne savent ou ne veulent pas voir. Ils restent au niveau du physique, de la fonction ou de la réputation. Au lieu de voir l'homme, ils ne voient que la défroque, l'allemand, le juif, le collabo...


La démonstration de Romain Gary culmine dans cette scène où un dentiste juif renonce à soigner un patient antisémite. Si l'on peut comprendre les réticences de l'ancien déporté, il n'en demeure pas moins que lorsqu'il prend cette décision, il cesse de voir un homme qui souffre pour ne plus voir que le raciste (
« Après ce qu'ils m'ont fait ! »). Concomitamment, il cesse lui-même d'être un homme quelconque, un dentiste, pour ne plus se définir que par sa judaïcité et ce, alors même qu'il venait d'avoir ces mots si justes : « enfin, un homme est un homme. ».


Cela illustre toute la difficulté qu'il y a à se conduire humainement envers son prochain, à ne pas juger avant de connaître. Il ne s'agit pas d'aimer ou de pardonner mais simplement d'essayer de comprendre. C'est cela que Romain Gary, lui-même juif et résistant, veut nous faire saisir. Il ne se fait cependant guère d'illusions et termine son histoire sur une note pessimiste. Son jeune héros se rallie à l'opinion générale ; il juge et applique la sentence voulue par tous. Il rentre dans le rang en abdiquant une partie de son humanité : sa capacité à compatir. Et la dernière phrase résonne comme un glas, un terrible aveu d'impuissance :
« Je pouvais maintenant retourner parmi les hommes ».

Gallimard - Folio

18 juillet 2015

LA PISTE DE BOHU - CHARLES SAUNDERS

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Cinq années se sont écoulées depuis les aventures vécues par Imaro et ses compagnons sur "La route du Cush". Les trois amis se sont installés dans ce puissant pays, fer de lance de la lutte contre les Dieux Démons. Pomphis a repris son rôle de conseiller auprès de la souveraine tandis qu'Imaro a appris le métier de forgeron. Une vie presque trop tranquille entre sa compagne Tanisha et le fils qu'elle lui a donné. Mais les Naamans qui le poursuivent toujours de leur haine implacable font assassiner sa famille renvoyant ainsi le bouillant guerrier sur le chemin de la vengeance.

Ce troisième volet des aventures d'Imaro confirme tout le bien que je pensais déjà de Charles Saunders et de son géant africain. Désormais, je vais même jusqu'à les placer dans le cercle très fermé des grandes sagas d'Eroïc fantasy", et quand je dis "grande", je parle de qualité et non du nombre de volumes.


"La piste de Bohu"  apporte en effet à Imaro une nouvelle dimension. Le format roman qui prend la place du recueil de nouvelles permet de diluer les scènes d'action et d'accorder une part plus importante à l'exploration de son univers. Nous découvrons ainsi de nouveaux royaumes, apprenons beaucoup sur leur organisation politique, leur religion, leur histoire et les rivalités qu'ils entretiennent. Tous ces renseignements ainsi que les nombreux détails ethnologiques (mœurs, architecture, métiers...) apportent une vraie profondeur au récit. Les héros n'évoluent pas dans un décor en carton-pâte. Autour d'eux, c'est tout un monde qui vit avec son petit peuple d'artisans, d'ouvriers et de pêcheurs.


Les personnages secondaires bénéficient aussi d'un meilleur éclairage. Si Imaro reste bien sûr au centre du récit, d'autres voient leur rôle s'étoffer. Ainsi de la Kandiss à qui revient la difficile tâche d'organiser la résistance face au Naamans ou de Rabir le sympathique capitaine de navire qui va devoir apprendre à vivre loin de la mer. D'autres encore font une première apparition remarquée tel le roi du Kitwara, jeune monarque déchu qui se révèle dans l'adversité ou bien côté "méchants" l'infâme Bohu, sorte de double maléfique d'Imaro.


Mais le point le plus important de ce volume réside sans conteste dans les révélations tant attendues sur les origines mystérieuses de notre héros. Au terme d'une longue et dangereuse équipée entre terre et mer, Imaro va en effet rencontrer son père et apprendre bien des choses sur les circonstances de sa naissance. L'aspect psychologique de sa personnalité est donc une fois encore mis en avant que ce soit à l'occasion de ses retrouvailles avec ses parents ou dans sa façon de gérer le deuil de sa femme et de son fils.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1987

13 juillet 2015

LA ROUTE DU CUSH - CHARLES SAUNDERS

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Imaro et ses deux compagnons continuent leur périple en Nyumbani pour rallier le royaume de Cush. Ils espèrent recueillir auprès de la souveraine de ce puissant pays des informations concernant la lutte souterraine qui s'est engagée entre le bien et le mal ainsi que sur le rôle qu'Imaro est appelé à y jouer. Mais les Mashaatan, les terribles dieux-démons, n'ont pas l'intention de les laisser faire.

Si les romans de Charles Saunders appartiennent indiscutablement à la fantasy guerrière, son héros est un personnage beaucoup plus fin et sensible que ceux que l'on a l'habitude de rencontrer dans ce genre de littérature. Imaro n'est pas qu'une montagne de muscle. Il réfléchit au moins autant qu'il cogne et se pose quantité de question, sur ses origines et sur sa destinée notamment. Il n'est pas non plus tout puissant. Il a ses moments de faiblesse - un héros qui vomit ses tripes à cause du mal de mer, ça n'est pas banal - et a souvent besoin de l'aide de ses compagnons.


Ces derniers, la belle Tanisha et le savant Pomphis, bénéficient aussi d'une belle mise en lumière. Ils ne sont pas cantonnés au rôle de faire-valoir mais influent au contraire beaucoup sur les événements. Ils ont une vie propre (des ambitions, des désirs) et entretiennent l'un envers l'autre une relation ambiguë tout en se disputant la première place dans l'amitié du géant noir.


Tous trois vont cette fois être confrontés à des univers qui leur sont étrangers : de grandes cités, des ports, la mer, et avec eux des lois et des règles ainsi que les outils pour les faire respecter (armée, police). Cela induit pas mal de nouveauté dans le déroulement de leurs aventures et dans les décors. Saunders prend heureusement tout son temps pour mettre en place un environnement fouillé (casernes, arène, taverne) et détailler tous les personnages, même secondaires, insufflant ainsi davantage de vie à son histoire.


Les scènes de combat sont aussi un peu plus variées. Il ne s'agit plus seulement d'un mano à mano entre Imaro et un vilain sorcier. Ses amis, ou des alliés de circonstances, y ont aussi leur part. Ils auront d'ailleurs tous largement de quoi faire entre des créatures mi-hommes mi-pierre, de monstrueux frères-siamois et de non moins affreux hommes-requins.

Ce deuxième tome des aventures d'Imaro tient donc toutes ses promesses. L'action est toujours aussi présente, les trois héros sont plus attachants que jamais et l'intrigue prend de l'amplitude. Vivement la suite ! 

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 

 

8 juillet 2015

IMARO - CHARLES SAUNDERS

GarancAF12L'enfance d'Imaro est un long chemin de croix, sa qualité de sang mêlé lui valant les moqueries, les brimades et même la haine de certains membres de sa tribu. Il en profite toutefois pour se forger un caractère insubmersible qui, allié à une force stupéfiante, va lui permettre de prendre sa revanche. Mais les Mashataan, les dieux démons, de Nyumbani n'ont pas l'intention de le laisser faire.

S'il n'est guère courant de voir l'Heroïc Fantasy s'inviter sur le continent africain, il est encore plus rare d'avoir affaire à un héros du cru. « Imaro » est à ma connaissance une première du genre et ce n'est sans doute pas une coïncidence si son auteur est lui-même un afro-américain.


Le héros de Charles Saunders est un petit cousin de Conan avec lequel il partage une force physique phénoménale et une haine farouche de la sorcellerie. Comme lui, c'est un solitaire sans attaches, épris de liberté mais qui n'hésite pas à risquer sa vie pour faire respecter son code de l'honneur et son idée de la justice. Ses aventures ont d'ailleurs pas mal de points communs avec celles du Cimmérien : une enfance rude au sein d'un peuple guerrier, une période d'esclavage suivie de quelques brigandages et un avenir qu'on imagine royal.
Imaro est toutefois un peu moins monolithique que le célèbre barbare. Enfant sans père, renié par les siens, il cache sous sa bravoure une fragilité psychologique certaine ainsi qu'un grand besoin d'amour et de reconnaissance. Cela le rend beaucoup plus humain et par là même plus attachant.


Quant à l'Afrique qui sert de cadre à ses aventures, elle peut bien s'appeler Nyumbani, elle ressemble quand même sacrément à celle que nous connaissons. Mwambututssi, Kahutu, Ruanda, Saunders n'est pas allé chercher bien loin les noms des peuples et contrées dont Imaro croisera la route. Il en va de même pour les aspects culturel et sociologique puisque, là encore, l'auteur s'est copieusement inspiré des mœurs de certaines tribus africaines et notamment de celles des
Massai auxquels ses guerriers-éleveurs Ilyassai ressemblent énormément. En tout cas, l'abondance de détail sur leur mode de vie est bienvenue et donne à l'histoire un fond de réalisme qui permet une totale immersion dans cet univers de jungle et de savane. Nous pouvons dès lors nous laisser porter par la plume solide de l'auteur et profiter au mieux des aventures mouvementées de son héros.

Les deux premières nouvelles sont passionnantes. Elles relatent deux épisodes marquants de la jeunesse d'Imaro illustrant le calvaire subi dans sa tribu et la manière dont il parvient à s'émanciper. On prend immédiatement fait et cause pour le jeune guerrier et c'est un réel plaisir que de le voir triompher des envieux de tout poil et des vilains sorciers.

Les trois autres voient Imaro prendre la mesure de sa force et de ses qualités de meneurs d'hommes. Il découvre d'autres pays et d'autres peuples, se fait de nouveaux ennemis ainsi que des amis fidèles. Il commence aussi à comprendre que ses combats s'inscrivent dans un conflit beaucoup plus vaste.

Au final, le seul petit reproche que je ferais à ce recueil est que chacun des cinq textes qui le composent se concluent peu ou prou de la même manière, à savoir un combat d'Imaro contre un sorcier ou une créature des ténèbres. Ce n'est pas que le côté surnaturel de la chose me gêne (c'est de la fantasy, je savais à quoi m'attendre) ou que les descriptions des combats épiques du géant d'ébène ne soient pas à la hauteur, mais un peu plus de variété eut été bienvenue.

L'ensemble est néanmoins d'excellente facture et, comme chaque nouvelle apporte sa part d'éclaircissements sur les forces qui s'affrontent en Nyumbani et sur le rôle qu'Imaro est appelé à jouer, on imagine que les autres tomes seront tout aussi riches et passionnants.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

2 juillet 2015

MONTSEGUR - ANTOINE DE LEVIS-MIREPOIX

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Récit des amours contrariées de Jordane de Montaure et de Gautier des Ormes sur fond de croisade contre les derniers cathares réfugiés dans la citadelle de Montségur.

L'histoire de Montségur c'est un peu Roméo et Juliette au pays des cathares ou plutôt Tristan et Yseult rapport au côté médiéval du roman. C'est en tout cas une de ces très belles et très romanesques histoires d'amour impossible entre un homme et une femme que tout, famille, histoire et croyance, séparent.


Malgré ce thème et quelques envolées un peu trop lyriques à mon goût, Lévis de Mirepoix nous livre là un très bon roman historique. Son moyen-âge n'est pas que de circonstances et il nous décrit plutôt bien les forces en présence et les enjeux de la prise de ce sanctuaire de la foi cathare.


Bien que descendant direct de ses seigneurs du nord qui vinrent soumettre la Provence, l'auteur ne prend parti à aucun moment. Hérétique ou catholique, chevalier faydit ou officier royal, consul ou sénéchal, tous les personnages sont abordés avec la même précision et la même sympathie. On sent bien parfois que le fanatisme des parfaits et leur mépris de la vie l'exaspèrent un peu mais leur volonté inflexible suscite aussi son admiration.


Montségur est donc un roman complet. L'amour, l'action et l'intrigue politique s'y mêlent agréablement pour nous donner une histoire qui illustre joliment cette date importante de l'histoire de France qui vit non pas tant la fin de la foi cathare que le rattachement de la Provence au royaume des capétiens.

J'ai Lu - 1971

27 juin 2015

FREAKSHOW ! - XAVIER MAUMEJEAN

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C'est Noël au Bedlam Asylum où Hugo Van Helsing a convié quelques un de ses chasseurs à venir partager un petit moment de convivialité. Mais la fête tourne court lorsqu'un commando de vampires et de loups-garous joue les invités surprise. Un grand nombre d'amis du maître des lieux sont mis hors de combat et, plus grave encore, l'informatique du Club Van Helsing est piratée. Qui donc a orchestré ce coup de force ? Qui a pu réunir des créatures si différentes et souvent opposées ? Qui et surtout, pourquoi ?

Même s'il en respecte l'esprit, ce dernier opus de la saison 1 du Club van Helsing se démarque nettement des précédents. Xavier Mauméjean y prend en effet des libertés avec la principale règle de la série : un monstre, un chasseur. Et pas qu'un peu puisqu'il commence par inverser les rôles en plaçant Hugo Van Helsing dans la situation d'une petite souris avec laquelle un vilain matou aurait décidé de s'amuser.

Débusqué du Bedlam Asylum, privé de ses moyens matériels et financiers, le grand chef va devoir mouiller la chemise pour venir à bout d'un ennemi particulièrement coriace et grand connaisseur en matière de monstre : T.P. Barnum. Et des monstres justement, ce n'est pas ça qui manque. Des démons chinois faiseurs de pluie, des gorgones, des vampires et pas moins de trois espèces de lycanthropes, bref, une sacrée tripotée de vilains-pas-beaux qui aimeraient bien s'offrir la peau de leur ennemi juré.

Mais pas d'inquiétude. Hugo le Boss (désolé !) est également bien entouré car, deuxième entorse à la sacro-sainte règle, trois chasseurs l'accompagnent. Et pas des moindres. Il y a là Tatiana Dovchenko ex-exécutrice en chef du KGB dont les armes favorites sont un marteau et une faucille forgés avec de l'uranium de Tchernobyl. Il y a aussi la jolie Farimba, mannequin vedette capable de vous clouer le bec avec ses talons aiguilles. Il y a enfin James Citrin un porte-flingue expert en toute sorte d'armements. Il pourra également compter sur l'aide ponctuelle de guerrier zoulous ou japonais, sur l'assistance d'une compagnie de navy seal ainsi que sur les conseils pas toujours avisés d'un avocat new-age.

Voilà qui nous fait tout de même pas mal de monde. Un peu trop sans doute puisqu'il faut encore y ajouter un dessinateur de comics dont les dessins peuvent changer le cours des évènements, un escapologue (z'avez qu'à chercher dans le dico) et quelques bêtes de foire. Une véritable débauche de personnages qui vous tombent dessus sans même vous laisser le temps d'apprendre à les connaître.

De la même manière il y a aussi trop de pistes, de lieux différents et de références pour un roman d'à peine 200 pages. On finit par s'y perdre et comme l'affrontement final, le mano a mano annoncé entre TPB et HVH tourne court, on ressort de tout ça un peu déçu.

En fait, j'ai eu l'impression pas forcément très agréable que le seul but de ce roman était de servir de liaison entre la première et la seconde saison du Club Van Helsing. Une sorte de cliffhanger destiné à appâter le lecteur. J'ai aussi eu le sentiment que Xavier Mauméjean voulait surtout se faire plaisir, fut-ce au détriment de son histoire.Il s'en donne à cœur joie, manie l'humour le plus fin ou le plus grossier, nous fait profiter de son érudition éclectique mais ne parvient pas à nous intéresser aux aventures de ses héros.


Bon, pour être tout à fait honnête, je reconnais que ça ne passe malgré tout pas trop mal grâce à la qualité de son écriture. Qui d'autre que lui serait en effet capable de discuter des mérites comparés des albums de Lenny Kravitz au beau milieu d'une scène de combat sans pour autant perdre le fil de son propos ? Pour autant, il me semble être complètement passé à côté de l'exercice. Dommage.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

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