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SF EMOI

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8 janvier 2014

NOIRE EST LA COULEUR - JOHN BRUNNER

imgDe retour à Londres après un long séjour en Espagne Mark Hanwell cherche à renouer avec son ancienne vie. Il se met donc en quête de Louisa, une jeune chanteuse avec laquelle il avait eu une relation éphémère. Ses recherches l'amènent à écumer les pubs où son amie est susceptible de se produire. C'est ainsi qu'il atterrit au Hoopla club, un bar fréquenté par la communauté noire, où il est témoin d'une cérémonie vaudou dont il se moque ouvertement. Un peu plus tard, il retrouve par hasard une Louisa encore plus mal en point que lui, sortant à peine d'une relation destructrice avec un diplomate sud africain sadique et raciste. Déjà bien éprouvés l'un et l'autre, ils vont être confrontés à la vindicte d'Azikikadze, le sorcier dont Mark s'est moqué. Il trouveront heureusement de l'aide auprès de Barrett, un musicien, et Deirdre, une fort jolie sorcière avec lesquels ils découvriront que vaudou et politique ne sont pas incompatibles.

Plutôt étrange ce roman de John Brunner. Plus politique que réellement fantastique. On peut même se demander s'il a bien sa place dans une collection de SF puisqu'à aucun moment l'auteur n'impose un point de vue surnaturel.

Son personnage principal, pourtant victime du sorcier Azikikadze, ne sera jamais totalement convaincu d'avoir été envoûté et continuera de privilégier des explications rationnelles. Une attitude qui semble raisonnable puisque les faits en question sont perçus soit par des personnes originaires de pays où ces pratiques sont coutumières (caraïbes, Afrique), soit par des individus psychologiquement affaiblis. Deirdre elle-même, malgré la réussite apparente de sa magie ne fanfaronne pas et se contente d'exprimer sa foi de façon très simple : « Appelez cela comme vous voulez, je l'appelle de la magie. C'est son véritable nom ».

De fait, même s'il est beaucoup question de magie blanche et de pratiques vaudou, le livre prend surtout des airs de roman d'espionnage. De ce point de vue sa construction est assez réussie et rien ne laisse présager les développements de l'histoire.

Les mésaventures de Mark et Louisa semblent longtemps n'avoir rien de commun puis finissent par se rejoindre pour aboutir à une intrigue politique originale. Il y est question d'apartheid et de luttes souterraines entre ségrégationnistes et militants blacks. Un thème bien rarement évoqué dans les littératures de l'imaginaire et qui trouve ici un traitement intéressant. Ce livre est donc une petite curiosité qui mérite le détour.

Pocket - SF - 1984

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3 janvier 2014

SI C'EST UN HOMME - PRIMO LEVI

 sans-titreL'histoire de la captivité de l'auteur dans le camp de concentration d'Auschwitz, de sa capture en 1944 à sa libération par les troupes soviétiques.

Le récit de Primo Levi est un témoignage, rien qu'un témoignage. Il n'y aborde que ce qu'il a vécu lui-même, vu de ses yeux et ressenti dans sa chair. Les tortures, les expériences sordides, tous ces actes de barbarie dont ont sait qu'ils se sont déroulés à Auschwitz et ailleurs ne sont donc pas évoqués. Il n'en a pas été témoin, n'a jamais vu de chambre à gaz et ne connaît des fours crématoires que la sinistre fumée qui s'échappait de ses cheminées.

Son propos, c'est le « Lager », le camp, et seulement lui. Il ne se livre à aucune attaque contre le nazisme et se contente de laisser parler des faits qui sont suffisamment éloquents. C'est d'ailleurs ce qui fait toute la force de son récit. Une relation fidèle et minutieuse de l'horreur quotidienne : la fatigue, le froid, la faim, la maladie et toujours la peur de faire partie de la prochaine "selektion" pour les chambres à gaz.

Il insiste plus particulièrement sur le processus de déshumanisation qui est à l'œuvre dans les camps. Elle commence dès la descente du train avec la séparation des familles et l'abandon des effets personnels puis continue avec le tatouage. Les gardiens ne les considèrent plus que comme des animaux, un vaste troupeau qu'on mène au travail ou à l'abattoir. Les prisonniers eux-mêmes finissent par perdre la conscience de leur humanité. Ils deviennent peu à peu imperméables à la misère de leurs compagnons d'infortune et ne sont plus guidés que par l'idée de leur propre survie.

On entend souvent parler dans les médias du devoir de mémoire. C'est exactement  le but que recherchait Primo Levi avec ce livre. Il le résume parfaitement avec cette phrase écrite à propos de la haine nazie: « Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire, par ce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtres aussi. »

Pocket - 1988

29 décembre 2013

TOUT A LA MAIN - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Un écrivain de science-fiction connu, qui habite seul avec son chat dans une maison campagnarde isolée sur le flanc d'une colline, a survécu à une catastrophe imprécise qui a transformé la vallée à ses pieds en un infranchissable fleuve de boue brûlante. L'écrivain imagine qu'il est l'unique survivant du cataclysme, et peut-être l'est-il. Mais il tente de mener une vie normale. Sa principale préoccupation, néanmoins, est de passer en revue toutes les femmes qu'il a connues dans sa vie. Il en conçoit des fantasmes qui se traduisent par force masturbations. Le corps du récit sera constitué de divers portraits de femmes et de menus incidents quotidiens, montés en parallèle. Un autre fantasme de l'écrivain est de pouvoir enfin écrire un grand roman qui-ne-serait-pas-de-la-SF. Va-t-il y parvenir ?

Une fois n'est pas coutume le résumé ci-dessus n'est pas de moi. Il ne s'agit pas non plus de la quatrième de couverture que j'évite toujours de reproduire en raison du caractère évidemment commercial de la chose. Non, cette fois, c'est tout simplement l'un des chapitres du roman qui en expose si bien le contenu qu'il eut été ridicule de s'en priver.

Jean-Pierre Andrevon est LE spécialiste français du post-apo dont il a écrit un grand nombre et signé quelques uns des meilleurs. Pourtant, Tout à la main n'appartient pas franchement au genre. Ou alors de façon incidente, en tant qu'élément déclencheur des confessions du narrateur. Quelques chapitres au début, quelques autres à la fin nous mettent dans l'ambiance. Guère plus.

Pour l'essentiel, le livre est donc un recueil de mémoires imaginaires. Mais par n'importe lesquelles. Celle d'un bonhomme qui se nomme Jean-Pierre Andrevon, qui est écrivain de SF et assez porté sur la gaudriole. Bref un personnage qui ressemble comme un frère à son créateur. Alors, même fantasmées, ces mémoires nous permettent d'en savoir un peu plus sur l'auteur.

Grâce à elles, on pénètre son univers et on se fait une petite idée de sa personnalité au travers de ses relations avec la gent féminine. On découvre un individu assez attachant, plutôt éternel amoureux que Casanova cynique, mais néanmoins amateur de gros seins et de touffes bien fournies. Un monsieur truculent qui aime aussi les chats, la nature et sa tranquillité.

On trouve également quantité d'autres choses dans ce livre patchwork : des chansons, des bribes de romans, des bouts d'articles. Bref, un fourre-tout bien sympathique qui parle aussi bien de musique que de cinéma, d'écriture que d'écologie. Un Objet Littéraire Non Identifié comme il est de bon ton de dire aujourd'hui. Un roman sur le dernier homme qui n'a vraiment pas grand chose à voir avec ceux de Mary Shelley ou de Margaret Atwood.

Carrere / Kian - 1988

24 décembre 2013

ENFER ET PURGATOIRE - MICHEL HONAKER

imgJack Albrand est un homme qui a réussi. Psychiatre respecté, il réside dans une jolie demeure et est l'amant comblé d'une ravissante jeune femme. Sa petite vie bien réglée va pourtant être bouleversée par le legs d'un collègue. Un cadeau bien encombrant que des personnages puissants aimeraient bien récupérer...

De Michel Honaker je connaissais déjà Le fouilleur d'âmes, un honnête roman d'épouvante lu il y a deux ou trois ans. J'avais également entendu parler du "Commandeur", le héros récurrent d'un important cycle de romans fantastiques parus au Fleuve Noir. Cette fois-ci, il semble avoir opté pour la science-fiction, encore que...

Nous sommes en présence d'une de ces sociétés futuriste et déshumanisée comme la littérature du genre en a donné des centaines. L'égoïsme est de règle et les inégalités flagrantes. La richesse est évaluée sous la forme d'unités de temps allouées à tout un chacun. Les plus riches peuvent se livrer à toutes les activités qu'ils souhaitent, aller partout sans contraintes. Les autres courent après le temps, limitent leurs déplacements et sont prêts à tout pour obtenir quelques "laps' supplémentaires. Ce que l'on comprend parfaitement quant on sait que l'épuisement de son quota est sanctionnée par la matérialisation d'une sorte de démon qui vous déchiquète sans merci.

Mais malgré  un décor futuriste (les biorythmes qui gèrent le temps imparti à chaque individu, les lances nécrophages pour aspirer les cadavres, la publicité sous-cutanées) et en dépit d'explications qui se veulent rationnelles, on a le sentiment que l'auteur hésite constamment entre SF et fantastique. Son récit est extrêmement confus et sa chute nous laisse dans l'expectative.

J'y ai pour ma part vu une réflexion sur le temps qui passe et la propension de l'homme à se presser, à courir après des futilités sans prendre le temps de vivre. Une sorte d'allégorie sur une humanité qui a perdu son âme (ou sa conscience) laquelle vient se rappeler à lui de bien déplaisante manière. Plus généralement, il développe l'idée selon laquelle la vraie richesse, c'est le temps. Une opinion à laquelle je souscrit totalement.

Fleuve Noir Anticipation - 1989

20 décembre 2013

LA POUPEE SANGLANTE - GASTON LEROUX

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Mais que font le prosecteur Cotentin, l'horloger Norbert et sa fille Christine dans leur petite boutique de l'Ile Saint Louis ? Quel est ce mystérieux personnage, beau comme un dieu, qui vit cloîtré dans la demeure de l'horloger ? De quelle étrange maladie souffre leur voisine, la marquise de Coulteray ? Qui est l'assassin de jeunes femmes qui sévit dans la petite ville de Corbillières ? Voici quelques unes des énigmes auxquelles Bénédict Masson, le relieur d'art au visage hideux, voisin des Norbert et amoureux transi de la jolie Christine, va se retrouver mêlé. Assassin présumé, victime, enquêteur, "homme-machine", il endossera bien des rôles avant que la vérité ne se fasse jour.

Gaston Leroux est surtout connu pour sa série des Roulletabille (Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir) ou pour son célèbre Fantôme de l'opéra. Son œuvre est pourtant riche de nombreux romans où la SF et le fantastique sont bien présents. La poupée sanglante est de ceux-là.

Avec une plume raffinée il nous propose une enquête policière déconcertante qui emprunte à Dracula et Frankenstein. Mais s'il mêle dans son roman ces deux grands mythes littéraires, il y apporte aussi de subtiles différences. Ainsi, sa créature est le fruit de la collaboration de deux génies : un artisan horloger à la recherche du mouvement perpétuel et un éminent chirurgien travaillant sur la conservation des tissus. Quant aux vampires, ils n'ont pas grand chose à voir avec le seigneur des Carpathes. Il y a bien un vieux château et une morte qui s'échappe chaque nuit de son tombeau mais les chauves souris et les canines bien aiguisées ne sont pas au rendez-vous. Ses suceurs de sang sont d'un genre plus discret et utilisent les moyens de la science moderne pour soutirer à leurs victimes leur ration d'hémoglobine. Du vampirisme scientifique en quelque sorte. Il y a aussi un soupçon d'exotisme avec la présence des terribles Thugs, les fameux étrangleurs dévoués à la déesse Kâlî.

Le récit de Gaston Leroux n'est pas linéaire. Les retours en arrière y sont fréquents et les digressions nombreuses. Il prend tout son temps pour nous présenter ses personnages et chacun d'entre eux, même mineur, est évoqué avec précision et, le plus souvent, avec humour.

Un humour qui se change en ironie mordante lorsqu'il s'agit de se moquer de la police et des politiques ou encore de ces journaux avides de scoops, qui se livrent à une course à l'échalote quitte à provoquer panique et catastrophes en chaîne. Le saccage du musée Fralin (frère jumeau du Grévin) en sera une des conséquences irrésistibles de drôlerie.

Ce roman est aussi une belle histoire d'amour impossible avec de jolies et profondes réflexions sur la beauté, physique et intérieure. Le personnage de Bénédict Masson est de ce point de vue extrêmement émouvant, cachant sous une apparence repoussante une âme de poète et des trésors de dévouement. Mais les autres acteurs de ce drame ne sont pas moins intéressants et sont tous, à leur manière, en quête d'absolu.

Dramatique et joyeux, drôle et tragique ou, pour reprendre l'expression de l'auteur : "épouvantablement rigolo", La poupée sanglante est un roman qui mérite d'être redécouvert.

Le Livre de Poche - 1976

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14 décembre 2013

MICKEY MONSTER - DENIS BRETIN & LAURENT BONZON

imgC'est un bien drôle d'individu qui vient interrompre l'exposé du professeur Guineas Sörberg devant ses pairs du Club Van Helsing au Bedlam Asylum. Obèse, aveugle, ridicule et suffisant, Roger Mc Orman n'a rien de commun avec eux. Et pourtant, lui aussi a combattu un monstre. Et pas n'importe lequel... 

C'est clairement du côté des States que Bretin & Bozon sont allé chercher leur inspiration. Pour le décor bien sûr avec son drive-in, sa banlieue proprette et son pub qui donnent parfaitement le ton et l'ambiance du récit mais surtout pour les nombreuses références aux séries et aux films d'outre atlantique.

Ca commence par un clin d'oeil appuyé aux Envahisseurs (...alors que je cherchais un raccourci que je n'ai jamais trouvé), ça continue avec les films d'horreur genre Massacre à la tronçonneuse et ça finit, bien sûr, avec ce fameux Blob.


Les lecteurs de ma génération, ceux qui avaient tout juste 20 ans en 1988, se rappellent sans doute du film éponyme, un nanar plus drôle que vraiment gore qui avait rencontré un certain succès. Bredin & Bozon en reprennent l'idée principale. Celle du météorite qui s'écrase sur Terre, libérant un organisme protoplasmique agressif. Une espèce de morve verdâtre qui colonise les canalisations et les égoûts et bouffe tout ce qui passe à sa portée : chats, chiens et humains imprudents.

Comme dans le film, les scènes bien cracra se succèdent, décrites avec beaucoup de complaisance et d'humour. Un humour bien noir, presque morbide. Mais le meilleur du roman tient à la personnalité du narrateur ainsi qu'à la façon dont il nous raconte ses épreuves.

C'est qu'avec Roger Mc Orman on est à des années lumières du redoutable chasseur de monstre que l'on s'attend à rencontrer chez Van Helsing. Sa logorrhée verbale incessante, ses réflexions, diatribes et digressions en tout genre sont irrésistibles de drôlerie. Il y est question aussi bien du monstre qui nous intéresse que de sa grassouillette fiancée ou des machines à Mickey qu'il fabrique dans son grenier.

Des apartés qui permettent de se faire une idée de la personnalité de Roger. Un américain très moyen convaincu de la supériorité de son pays, anticommuniste primaire et même un peu raciste sur les bords. Un individu qui place son confort personnel avant toute chose et pour qui le Blob est moins une menace pour ses concitoyens qu'un obstacle à la réussite de ses ambitions professionnelles. Bref un fichu con.

Pourtant, ce décalage entre un « héros » improbable et la responsabilité qui lui échoie est une très bonne idée qui aboutit à un CVH surprenant et particulièrement jouissif.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

9 décembre 2013

LE JOUR AVANT LE LENDEMAIN - JORN RIEL

poster_61424La vieille Ninioq est chargée par son fils d'aller faire sécher le fruit de la chasse et de la pêche de la tribu sur la petite île de Neqe, dans le nord est du Groënland. Manik, son petit fils âgé de 11 ans, se joint à elle pour ce séjour de quelques semaines. Mais lorsque l'hiver s'abat sur le minuscule îlot sans que la tribu n'ait donné signe de vie, les deux robinsons commencent à s'inquiéter. Leurs conditions de vie se dégradent rapidement et les connaissances de la vieille femme ne seront pas de trop pour surmonter les périls qui s'amoncellent.


Malgré le silence du grand nord et l'infini solitude de la banquise, c'est un livre plein de bruit et de fureur (merci Faulkner) que nous propose Jorn Riel.
L'histoire d'un combat pour l'existence, grandiose parce que quotidien. Une lutte de tous les instants où le danger est sans cesse renouvelé et la mort jamais bien loin. Qu'il s'agisse de combattre l'ours polaire ou les loups, chasser le phoque et le requin, affronter le froid extrême ou la tempête, Ninioq et son petit-fils font preuve d'un courage exemplaire.

Pourtant, en dépit de tout ce qu'elle a de rude et d'incertaine, la vieille esquimaude ne changerait sa vie pour rien au monde. "La vie était ainsi. Naître, vivre et mourir. Tout était si simple ". Elle a appris à aimer cette existence austère mais riche de ces menus évènements que l'homme moderne a cessé d'apprécier à leur juste valeur. Aucune résignation chez elle, juste l'acceptation de la vie dans ce qu'elle peut avoir de terrible et de merveilleux :"La vie était combat et mort, cruauté et angoisse, mélangés à une joie tout à fait inexplicable, la joie du simple fait de vivre."

Cet hymne à la vie et à la nature sauvage est aussi un superbe témoignage sur la culture esquimaude dans le Groenland de la fin XIXème. C'est encore une belle histoire de transmission du savoir ainsi qu'une merveilleuse démonstration d'amour d'une femme envers son petit-fils. A lire absolument.

Editions 10/18 - 2003

4 décembre 2013

L'HOPITAL ET AUTRES FABLES CLINIQUES - DANIEL WALTHER

neo037Lire un recueil de nouvelles de Daniel Walther est toujours une expérience étrange. Ses textes sont déconcertants, tant sur le fond que sur la forme, et nous obligent à faire un sérieux effort pour en apprécier toute la saveur.

La tâche n'est pas aisée. Le monsieur est adepte d'un vocabulaire raffiné dont la préciosité jure parfois avec la crudité des scènes décrites. Les effets de style sont nombreux et rendent parfois la lecture malaisée (adjectifs accolés deux à deux pour ouvrir le champ des possibilités/compréhensions, titres de chapitres reprenant systématiquement la dernière phrase du précédent, tics de langages : années de lumière et non années lumières). Bref, une écriture fort jolie mais qui parfois agace au plus haut point.

Les thèmes abordés par l'auteur n'ont rien de bien réjouissants. Il est presque toujours question de sociétés en déliquescence (L'hôpital, une fable clinique) et de régimes totalitaires (Mort dans la cité solitaire). Les hommes n'y sont que des pions entre les mains de consortiums tout puissants (A nous deux, dit le Dragon de Verre), des sujets d'expérimentation (Les montreurs d'images de JORDAN IV, Le Dr Morlo ou le mystère de l'île de la mort), des marionnettes. Il joue également beaucoup de la confusion entre rêve et réalité (Les montreur d'images de JORDAN IV, Le rendez-vous de Bucarest).

Ses personnages souhaitent fuir une vie oppressante et sans espoir (Le glissement). Ils désirent retrouver la sécurité du monde originel, la pureté des commencements (Une chasse à l'Ugu-Dugu dans les marais de Kwân) ou quelques instants de bonheur fugaces, fut-ce au prix de la trahison (Morgenland, une moralité fantastique) ou au risque d'y perdre la vie (La danse de mort du Capitaine Moon).

Tous vivent dans des mondes qui s'ignorent ou s'affrontent, imperméables les uns aux autres : médecins et malades (L'hôpital, une fable clinique), citadins et exclus (L'éruption de la lézarde), colons et autochtones (Le Dr Morlo). Et comme toujours avec Daniel Walther, la violence et le sexe sont très présents. Une sexualité sans tabous, le plus souvent détachée de toute idée d'amour, simple exutoire, besoin de domination, tendresse dévoyée.

Voici un bref aperçu de ce qui vous attend :

L'hôpital, une fable clinique

Dans un hôpital perdu au milieu de nulle part, surveillants, infirmières et docteurs assistent impuissants à la mort de leurs patients atteints d'un mal incurable. Pour tromper le temps, ils se livrent à des joutes sexuelles tandis qu'autour d'eux, les loups se rapprochent jour après jour, sentant peut-être venu le temps de prendre la place de l'homme.

L'éruption de la lézarde

Un quartier d'une ville se retrouve séparé du reste de la cité par l'apparition d'une profonde crevasse. Condamnés à l'isolement, entourés de hauts murs, surveillés par des miliciens, ses habitants cherchent une raison de s'accrocher à la vie

Une chasse à l'Ugu-Dugu dans les marais de Kwân

Invité à une chasse à courre dans les marécages d'une lointaine planète rétrograde un diplomate perd le sens des réalités et confond passé et présent.

A nous deux, dit le Dragon de Verre

Assassinat, torture, manipulations, l'homme de main d'une multinationale dévoile quelques unes des turpitudes auxquelles il se trouve mêlé. Vive le meurtre en gants blancs programmé sur ordinateur.

Les montreurs d'images de JORDAN IV

Hantés par des souvenirs d'un réalisme troublant, un homme en vient à douter de la réalité de son monde.

Le rendez-vous de Bucarest

Thomas Perrol à Paris, Vlanimir Hobana à Bucarest, Melissa Gwenn à Washington. Trois individus aux destins étrangement mêlés. Personnage ou écrivain, créateur ou créature, qui tient la vie des autres entre ses mains ?

Le glissement, la dernière aventure amoureuse de Barry Valentino

Alors que, cachée par les gouvernements, une menace d'ordre astronomique pèse sur la Terre, Barry Valentino aimerait croire encore à l'amour.

Morgenland, une moralité fantastique

Après avoir échappés aux terribles cavaliers de Chen-Yang et aux sortilèges de Fata Morgana, un homme trouve refuge dans l'inexpugnable citadelle du capitaine Morgenland. Mais ne serait-ce pas plutôt un espion de l'envoûtante créature ?

La danse de guerre du Capitaine Moon

Coincé dans un camp retranché au milieu d'une région rebelle qu'il doit soumettre, un militaire d'origine amérindienne pense à l'asservissement de sa propre race et se souvient de sa jeunesse tourmentée.

Mort dans la cité solitaire

Dans une cité déshumanisée, un individu décide de tuer le président du Centre Damien, le tout puissant institut qui dirige la ville d'une main de fer.

Oiseau(x) de malheur

Quelques scènes de la vie d'un homme et d'une femme dans un monde visiblement bouleversé par une catastrophe ou une guerre.

Le Dr Morlo ou le mystère de l'île de la mort

Jeune fonctionnaire ambitieux, Clovis Walderde arrive dans l'archipel des Lilianes où il doit assister le professeur de la Chicaudière dans sa gestion du Palais des sciences. Au cours d'un pique-nique dans les îles il croise une créature vaguement humaine. Serait-ce le résultat d'une expérience  du mystérieux Dr Morlo ?

Une nouvelle qui fait penser à un récit colonial avec sa chaleur écrasante, son microcosme consulaire, les réceptions mondaines, les boys et les parties fines avec les épouses délaissées. C'est aussi un sympathique hommage à H. G. Wells et son Dr Moreau.

Nouvelles Editions Oswald - 1982




30 novembre 2013

L'AUTRE COTE DU REVE - URSULA LE GUIN

img« Si je vous disais que certains de mes rêves exercent une influence sur la réalité, et que le docteur Haber s'en est aperçu et utilise ce talent qui est le mien pour ses buts personnels, sans mon consentement... » Georges Orr possède en effet l'étrange faculté de modifier la réalité lorsqu'il fait des rêves d'une certaine intensité. Une situation difficile à vivre mais qui devient carrément effrayante lorsque son psychiatre découvre son talent et décide de l'utiliser en le plaçant sous hypnose. Oh, pas pour lui-même. Juste pour rendre le monde meilleur. Mais l'enfer n'est-il pas pavé de bonnes intentions ?

J'aurais mis bien longtemps avant d'ouvrir mon premier roman d'Ursula Le Guin alors que trois ou quatre de ses livres traînaient sur mes étagères. Cette première incursion m'aura en tout cas donné envie d'y revenir dans un délai beaucoup plus bref. C'est que L'autre côté du rêve est un roman passionnant et peu commun.

Avec seulement trois personnages et sans jamais quitter la ville de Portland, Ursula Le Guin nous emporte dans un tourbillon où il est difficile de ne pas perdre pied. Une histoire ahurissante où il est question de guerre, de surpopulation, d'épidémies ravageuses et même d'extra-terrestres. Un univers surréaliste où les vérités d'hier ne sont plus celles d'aujourd'hui, où le présent peut modifier le passé et dans lequel ignorer ce que l'avenir vous réserve n'est pas qu'une simple expression.

L'histoire tourne donc autour de ce pouvoir que possède Orr. Un pouvoir qu'il vit comme une malédiction qui l'empêche de trouver sa place dans la société. Difficile en effet de faire des projets lorsque vous savez que votre prochain rêve peut bouleverser votre existence, celle de vos proches et même la marche du monde.

Haber, son psychiatre, voit les choses d'un autre œil. Pour lui, le don de Orr est une formidable opportunité de réformer son monde et d'assurer le bonheur des hommes en corrigeant les mauvais penchants de l'espèce humaine.

De ce point de vue le roman est un peu une fable sur la tentation du pouvoir et la vanité qu'il y a à vouloir faire le bonheur des autres contre eux même. Doté d'un pouvoir sans limites, grande est la tentation de se comporter en démiurge. Mais jouer à l'apprenti sorcier n'est pas sans risques.

Toutes les tentatives de Haber pour améliorer le sort de ses semblables semblent d'ailleurs vouées à l'échec. Qu'il supprime la guerre entres les hommes ; ils s'empressent de batailler avec les extra-terrestres. Qu'il impose la paix avec les envahisseurs d'outre espace : la violence est alors institutionnalisée et s'exprime dans des jeux ultra violents. De même du racisme : une seule race de couleur grise et l'exclusion s'abat sur les cancéreux et les malades. Les mentalités n'évoluent pas. Le racisme et la violence demeure. Seules les victimes changent.

Plus généralement, le roman nous parle de notre responsabilité face aux conséquence de nos actes. A plusieurs reprises, Georges Orr s'interroge : "La fin justifie-t-elle les moyens ?" Une question à laquelle Ursula Le Guin ne répondra pas. Tout juste nous fera-t-elle part d'une certaine philosophie de l'existence : Le monde existe, peut-importe la façon dont nous voudrions qu'il tourne. Nous devons être avec lui. Nous devons le laisser tourner. Ou encore : Je ne sais pas si notre vie a un but, et je ne vois pas ce que ça change. Ce qui est important c'est que nous en faisons partie.

Pocket SF - 1984

25 novembre 2013

LA FRESQUE - P-J. HERAULT

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Lid est un jeune guerrier qui a du mal à trouver sa place au sein de sa tribu. Fatigué par les mœurs sanguinaires des siens et leurs guerres incessantes, il décide de s'enfuir et de tenter seul sa chance. Au hasard de ses pérégrinations il découvre au fond d'une grotte une immense fresque, œuvre de lointains ancêtres bien plus évolués que ses contemporains.Il tirera de ces dessins et croquis plusieurs idées pour améliorer le quotidien des hommes (la pagaie, le gouvernail, la voile...) et dont il fera profiter deux communautés villageoises installées sur les rives d'un grand lac. Mais pêcheurs et agriculteurs se jalouseront et Lid deviendra sans le vouloir la cause et l'enjeu d'un terrible conflit. Sa bonne volonté et son astuce seront-ils suffisants pour sauver ceux qu'il aime ? 

Les héros de P. J. Herault sont presque tous fait sur le même modèle. Courageux, bons, épris de liberté et de paix ils n'hésitent cependant pas à combattre pour se défendre ou faire triompher leurs valeurs. Curieux et astucieux ils n'aiment rien tant que le contact des autres et leur amitié n'est jamais donnée à la légère.

Le personnage de Lid ne fait pas exception à la règle. C'est un jeune homme à l'esprit vif que la violence et la guerre dégouttent profondément mais qui saura utiliser ses talents de chasseurs et de guerrier lorsque les circonstances l'exigeront. En y regardant d'un peu plus près, on lui trouvera même des points communs avec "Cal de Ter", le héros du cycle du même nom. Certes, Lid ne dispose pas d'un super ordinateur mais son statut de guerrier et ses connaissances le placent au-dessus du commun des mortels et lui permettent d'influer grandement sur la destinée de ceux qu'il côtoie.

Mais on peut être animé des meilleures intentions et néanmoins causer du tort. C'est ce que Lid apprendra à ses dépens puisque ses tentatives pour améliorer le quotidien de ses amis se solderont par un échec cuisant. Et ce sera l'occasion pour P. J. Herault de démontrer une fois de plus que l'homme est un indécrottable imbécile que la jalousie, la bêtise et la cruauté empêchent trop souvent de trouver le bonheur. Il conclura néanmoins son roman sur une petite note d'espoir avec la promesse d'un avenir commun pour les survivants des deux communautés adverses.

Naïve mais inventive, cette histoire contient tous les ingrédients d'un bon roman d'aventure : un héros attachant, des combats, des bêtes sauvages, une grotte mystérieuse, de l'humour et des bons sentiments. Une distraction bien rafraîchissante !

Fleuve Noir Anticipation - 1981

 

20 novembre 2013

H4BLUES - JEAN-BERNARD POUY

9782070307180_1Quand la veuve de son ami Lionel lui demande d'enquêter sur les circonstances de la mort de son époux, Nicolas Bornand n'accepte qu'à contre cœur. En premier lieu parce qu'il ne croit pas à l'hypothèse d'un assassinat. Ensuite et surtout, parce qu'il n'a rien d'un détective privé. Chômeur, unijambiste, trompé par sa femme et en conflit avec son fils, il n'est pas dans les meilleurs dispositions pour jouer les Marlowe de service. Mais ses quarante années d'amitié avec Lionel emportent la décision et le voilà bientôt lancé dans une enquête qui va lui faire remonter le temps.

Par bien des aspects, ce bouquin de J-B Pouy m'a rappelé un autre de ses romans. On y trouve en effet le même type de personnage que dans La belle de Fontenay : un homme vieillissant et souffrant d'un handicap qui a conservé de sa jeunesse soixante-huitarde quelques convictions et de jolis réflexes d'auto défense. Les deux livres ont aussi en commun l'univers lycéen, à ceci près qu'ici, ce sont les années soixante qui sont évoquées.

L'enquête de Nicolas nous emmène dans le milieu des requins de l'immobilier et des marchands de sommeil ainsi que dans celui, plus feutré, des amateurs de cinéma expérimental. Une enquête assez tranquille ponctuée de plongées dans les souvenirs de lycée du héros qui se confondent sans doute avec ceux de l'auteur.

Au gré des circonstances, par associations d'idées, son personnage remet des noms sur les visages en papier glacé de ses photos de classe. Plusieurs de ses camarades refont ainsi surface et avec eux des scènes du passé : les colles du dimanche, la vente des bonbons dans la cour de l'école,  les profs, aimés, détestés ou moqués, les surgés... Bref, un roman placé sous le signe de la nostalgie. Le blues d'une époque sans soucis qui nous étreint parfois et nous donne envie de savoir ce que sont devenus nos amis d'alors. Si l'ambiance générale et le développement de l'intrigue sont parfaitement réussis, la chute est en revanche assez décevante. L'identité de l'assassin et surtout ses motivations m'ont semblé tirés par les cheveux et je m'attendais à quelque chose d'un peu plus travaillé, de plus subtil.

Mais ça n'est pas bien grave car, une fois encore, le style, l'humour et l'humanité de J-B Pouy font merveille.

Gallimard - Folio Policier - 2005

15 novembre 2013

INFERNO - FRED & GEOFFREY HOYLE

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Cameron est un physicien de renom travaillant en Suisse pour le compte du gouvernement britannique. Il continue néanmoins à cultiver ses racines écossaises et se rend aussi souvent que possible dans son chalet au cœur des Highlands. Alors qu'il séjourne en Australie pour une expertise sur la construction d'un télescope, Cameron fait une découverte inquiétante. Un corps céleste semble sur le point de pénétrer le système solaire où il pourrait provoquer l'anéantissement de la vie sur Terre. Après avoir informé les autorités compétentes de l'imminence de la catastrophe, il se retire en Écosse, l'un des rares territoires conservant une chance d'être épargné par le feu céleste.

Avec Inferno, les frères Hoyle nous proposent un roman que l'on rattachera sans hésitation à "l'école catastrophiste" britannique qui, avec des œuvres telles que Terre Brûlée de John Christopher, La révolte des Triffides de John Wyndham ou encore Le dernier rivage de Neville Shute (roman auquel l'un des personnages fait d'ailleurs allusion dans ce livre), a fait les belles heures de la SF anglaise.

Les premiers chapitres constituent une sorte de prologue dont l'objectif est de nous faire cerner la personnalité du héros et nous présenter les lieux qui serviront de décor à la partie post-apocalyptique du roman. Nous découvrons ainsi un petit bout d'Écosse perdu au bord de son loch et un homme au caractère bien trempé, propriétaire terrien respecté et fier de ses racines gaéliques.

Quelques phrases illustrent parfaitement son état d'esprit : «Il aspira de l'air entre ses dents serrées et maudit les subtilités qu'imposaient maintenant l'ère de la démocratie. » «La police est peut-être utile et importante dans certaines circonstances, mais dans d'autres elle devient une engeance parfaitement néfaste.""...certaines situations ne peuvent être dénouées dans le cadre des conventions bien policées d'aujourd'hui. » Des remarques qui nous permettent de deviner que derrière l'homme de science se cache un homme d'action, habitué à commander et régler les choses à sa manière.

Si le caractère de Cameron est abondamment détaillé, il n'en va pas de même pour tous les protagonistes de l'histoire et, à part son épouse, les autres personnages ne font que de la figuration. C'est l'une des deux faiblesses du roman. L'autre réside dans le déséquilibre entre ses deux grandes parties.

En effet, avant d'aborder les quatre chapitres consacrés à la catastrophe et ses conséquences, il aura d'abord fallu en passer par huit autres assez rébarbatifs. Presque une centaine de pages dans lesquelles, de l'Angleterre à L'Ecosse, des Etats-Unis à l'Australie, Cameron rencontre ses pairs et cause astronomie ou physique nucléaire.

Fred Hoyle était lui-même un astronome réputé. C'est lui qui a donné son nom au fameux Big-bang, théorie à laquelle il ne croyait d'ailleurs pas. On sent qu'il maîtrise son sujet et se trouve parfaitement à l'aise dans ce domaine qui le passionne. N'ayant pas de bagage scientifique, j'ai décroché à plus d'une reprise et, malgré ses explications et ses schémas, j'ignore toujours ce qu'est un quasar et pourquoi ça peut venir foutre le bordel sur notre bonne vieille Terre. Mais bon, c'est comme çà et je lui fais confiance.

Donc, un bidule hyper lumineux vient se balader dans la banlieue de notre galaxie et réchauffer du même coup notre petite boule de glaise. C'est l'enfer sur Terre. Tout est irrémédiablement cramé et seuls sont épargnés les territoires les plus au nord : le Canada, la Scandinavie, la Sibérie et... l'Ecosse pardi ! Ayant prévu le coup notre cher Cameron s'en retourne fissa au pays de ses ancêtres pour sauver sa peau et se préparer à des lendemains qui déchantent.

Comme je l'ai dit plus haut, le monsieur a du caractère et va rapidement se montrer l'homme de la situation. Il va prendre en main la destinée des quelques centaines d'habitants peuplant les bourgades alentour et commencer d'organiser leur survie. Il pourra heureusement compter sur pas mal de moyens humains et matériels : des véhicules, des stocks de nourriture, des médecins, des policiers... Bref, le redémarrage ne sera pas aussi compliqué qu'il aurait pu le craindre. Tant mieux pour lui. Et tant pis pour nous car, dans ces conditions, les difficultés sont bien vite gommées et l'histoire perd de son intérêt.

Heureusement, on trouve toujours en pareilles circonstances des individus peu scrupuleux qui tentent de profiter de la situation. Un chef de guerre et un monarque auto-proclamé vont ainsi lui compliquer la tâche et justifier l'emploi de la force et le recours à une justice expéditive. Des extrémités auxquelles Cameron se résoudra sans trop de scrupules ce qui ne contribuera pas à nous le rendre sympathique (sans parler de la gifle magistrale ponctuée d'un «Boucle la, bonne femme » qu'il assène à son épouse qui ose critiquer son autorité). On en vient même à penser que le bonhomme ne regrette en rien son ancienne vie et qu'il est même plutôt satisfait de pouvoir enfin agir à sa guise en dehors de tout cadre institutionnel.

Ce roman n'apporte donc rien de bien nouveau au genre et son seul intérêt est de nous présenter un "redémarrage" à l'échelle d'une communauté plus fournie qu'à l'accoutumée.

Denoël - Présence du Futur - 1976

 

10 novembre 2013

CAUCHEMARS D'ACIER - JEAN-PIERRE ANDREVON

fn-angoisses02-1993

Fred Carré est un trentenaire mal dans sa peau souffrant d'un profond sentiment d'infériorité. A l'issu d'une soirée bien arrosée au cours de laquelle il s'est disputé avec sa fiancée, ils sont victimes d'un accident de voiture. Si Fred s'en sort avec un doigt cassé, sa compagne est en revanche tuée sur le coup. Se sentant responsable de son décès, il a du mal à reprendre le cours de son existence. D'autant qu'un vague malaise s'est emparé de lui. Il a en effet le sentiment que le chirurgien qui a réduit sa fracture du doigt a profité de l'opération pour lui greffer une main en métal. Une main qui semble vouloir vivre sa propre vie.

J'ai déjà lu quantité de bouquins dont l'intrigue était fondée sur la confusion entre quotidien et existence fantasmée, rêve et réalité. Celui-ci se situe dans une honnête moyenne.Il tire l'essentiel de son intérêt dans la nature de l'obsession du personnage principal qui croit avoir été équipé à son insu de membres d'acier.

Un peu comme s'il était sous le coup d'une méthode Coué infernale, il se convainc peu à peu qu'il a un doigt, une main, des jambes puis une tête, métalliques.Cette montée en puissance de son délire va lui faire accomplir des actes toujours plus dangereux pour lui-même et pour ceux qui le côtoient. Quelques scènes assez spectaculaires émaillent d'ailleurs le récit dont une tentative d'automutilation au cutter ou un démembrement à main nue.

On croit alors que l'histoire à définitivement sombré dans le gore mais l'auteur récupère in extremis le fil de l'intrigue pour nous conduire vers une conclusion finalement assez logique.Cauchemars d'acier n'est donc qu'un petit roman de gare sans prétention qui parvient tout de même à dresser le portrait assez juste d'un psychotique original.

Fleuve Noir - Angoisses - 1993

 

 

 

5 novembre 2013

TERRE DES FEMMES - CHRISTOPHER STORK

FnAnt1340-1984

Dans un futur plus ou moins proche, les femmes, bien que nettement plus nombreuses que les hommes, demeurent éloignées du pouvoir. Des mouvements féministes ultras veulent y remédier et sont prêts à toutes les extrémités pour prendre leur revanche sur les mâles. Redoutant que cette « guerre des sexes » ne débouche sur un conflit nucléaire qui déstabiliserait l’équilibre cosmique, la Communauté Universelle des Planètes Evoluées dépêche sur Terre un représentant d’Andromède afin d’enquêter sur l’un de ces groupuscules extrémistes. Celui-ci acquiert très vite la certitude que cette révolte des femmes est instrumentalisée par une autre puissance galactique. 

Je m’interroge sur l’intention de Christopher Stork. A-t-il voulu écrire un récit d’anticipation sur la prise du pouvoir par les femmes et ce qui en découle ou une histoire de science-fiction nous contant la lutte entre deux races d’extra-terrestres ?

J’hésite encore, même si j’incline à penser que les éléments science fictifs permettent surtout à l'auteur de masquer les faiblesses de son scénario. Il est en effet bien utile d’avoir quelques Extra-Terrestres sous la main pour expliquer, par exemple, l’extrême facilité avec laquelle les femmes s’emparent du pouvoir et le laissent ensuite échapper.

L’auteur abuse de ces raccourcis un peu faciles, ses ficelles sont un peu trop grosses et la fin est malheureusement bâclée. Ajoutons enfin que le portait qu’il nous brosse des femmes est un peu outrancier puisqu’elles sont presque toutes présentées comme des viragos impitoyables, castratrices invétérées et bien entendu, lesbiennes.

C’est dommage car les premiers chapitres et leur atmosphère d’enquête policière laissaient espérer mieux. Alors si l’on souhaite lire un excellent roman sur les risques d’un féminisme poussé à son paroxysme je recommanderais plutôt la lecture du livre de Robert Merle : «Les hommes protégés».

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

31 octobre 2013

LA LEGENDE DES NIVEAUX FERMES - GILLES THOMAS

FnAnt1764-1990Voilà longtemps que Gerd cherche un moyen d'échapper à la condition d'esclave qui est le lot de tous les hommes de la Matriarchie. Mais quand on est un simple jardinier du secteur 42-23 Sud il n'y a guère d'espoir de voir son sort s'améliorer. Aussi, lorsque Josep le chanteur lui apprend que les "niveaux fermés" dont parle la légende existent bel et bien, il persuade ses amis de le suivre dans la recherche de cette zone de liberté où d'anciens révoltés auraient trouvés refuge. Josep les accompagnera. Ainsi que que son amante...

Gilles Thomas est décidément un fantastique conteur capable de vous embarquer dès la première page pour ne vous lâcher qu'à la toute dernière. Elle en fait une fois de plus la démonstration avec ce roman qui n'est pourtant pas des plus originaux.

Une société matriarcale où les femmes ont asservis les hommes ; déjà lu. Un monde souterrain dans lequel l'humanité à trouvé refuge des siècles plus tôt ; pas neuf non plus. Un groupe d'hommes déterminés à secouer leur carcan ; on s'en doute un peu. Quant à la chute, elle se laisse deviner quasiment dès le début (à votre avis que signifie "l'arli" pour des gens qui vivent sous terre ?).


Mais ce manque d'originalité disparait bien vite derrière la maîtrise avec laquelle tout cela nous est conté. Il lui suffit d'un petit chapitre pour tout mettre en place (décor, personnages, enjeux) et dès le second nous sommes plongés au cœur de l'action. Varappe dans les conduits d'aération, lutte contre une faune mutante, faim, soif, fatigue et désespoir. De quoi passer de bons moments d'angoisse et d'émotion.

Et ce n'est pas tout. Les relations tendues entre hommes et femmes viennent ajouter un parfum de haine et de suspicion dont on se demande sur quoi il va bien pouvoir déboucher. A cet égard, leur lente remontée vers la surface a des allures d'allégorie. Partageant les mêmes épreuves, contraints de s'entraider, les deux sexes finiront par surmonter leurs dissensions : "Nous étions deux, mais totalement unis. Un homme et une femme, qui avaient réussi à se rejoindre malgré l'abîme des coutumes de la Matriarchie, et qui s'acceptaient." Ils démontreront ainsi que pour vivre ensemble, il faut aller vers l'autre et apprendre à le connaître.

Ces éléments de réflexion qui n'entravent en rien le cours du récit sont l'une des choses que j'apprécie chez Gilles Thomas. Ses personnages ne sont jamais monolithiques. Ils ont des défauts, ils doutent, ils sont humains. Tout cela nous donne un bon roman, peut-être un tantinet en-deçà de ses meilleurs opus (L'ange aux ailes de lumière, Les voies d'Almagiel...) mais néanmoins fort recommandable.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

26 octobre 2013

L'HOMME AUX MAINS DE CIRE - JULES CLARETIE

glenat-marginalia13-1978Jules Clarétie m'étant totalement inconnu, je suis allé wikipédier pour me faire une idée du monsieur. Né en 1840, mort en 1913. Romancier, historien, dramaturge et chroniqueur ; président de la Société des gens de lettres, vice président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, administrateur général de la Comédie Française et membre de l'Académie Française. Ouf ! Voilà un emploi du temps bien chargé mais qui, semble-t-il, lui a laissé le temps d'écrire quelques nouvelles.  

Celle qui donne son titre au présent recueil a pour thème le vampirisme. L'histoire commence de façon tout à fait classique sur un épisode de la vie aventureuse d'un jeune français. Tous les ingrédients inventés par le papa de Dracula sont évoqués : la Valachie, un mystérieux homme au teint cadavérique, une jeune victime, la vengeance du père, le pieux dans le cœur... rien ne manque à l'appel. Puis nous revenons à Paris où l'histoire va connaître un prolongement dramatique qui jettera un doute sur l'aspect fantastique du récit de Ange-Gontran de Rouvre (tu parles d'un blase !). Ce dernier va en effet reconnaître dans un jeune homme aux mains particulièrement pâles, le vampire rencontré des années plus tôt. Or, cet individu s'intéressant de près à sa fiancée, il sera poussé à commettre l'irréparable. Ceci dit, Ange-Gontran avoue lui-même croire au magnétisme, aux sorciers, aux nécromants, à la magie, au spiritisme, à la chiromancie, bref, à tout ce qui est inexplicable. Aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir sombrer dans une paranoïa sans doute suscitée par sa jalousie.

Bien que se déroulant aussi à Paris, le second texte présente toutes les caractéristiques du roman russe à la Pouchkine. Serge Soménof compose en effet un bel exemple de héros romantique. Tourmenté, passionné, révolté mais néanmoins respectueux de ses devoirs, écartelé entre son attachement au milieu aristocratique dont il est issu et son rejet d'un régime archaïque et violent. La nouvelle s'ouvre d'ailleurs sur un long portrait du jeune homme et sur quelques épisodes militaires de sa jeune mais déjà triste existence. Mais le drame qui va se dérouler a bel et bien pour cadre Paris. Celui de la bonne société avec son aristocratie et ses parvenus ; celui des demi mondaines et des jeunes filles sorties du couvent pour le mariage ; celui des querelles qui se vident sur le pré au petit matin. Or, c'est précisément d'un duel dont il sera question et des diverses tentatives dont usera Serge pour éviter à son ami une mort certaine. Ce récit écrit à une époque où les duels étaient encore monnaie courante est aussi un petit réquisitoire contre ces soit disant affaires d'honneur. Les réflexions de l'un des duellistes réalisant qu'il risque de tout perdre à cause d'un instant de colère illustrent bien le ridicule de cette coutume barbare.

Avec Le premier jugement de Salomon, nous changeons de cadre et d'époque. C'est la Judée au temps du bon roi David et de son jeune fils Salomon. Une petite nouvelle amusante où le futur roi réputé pour sa sagesse fait preuve d'humour et d'esprit.


Histoire d'une ganache est un récit très court ; à peine cinq petites pages. Pour sauver l'honneur de la femme dont il est amoureux, un homme endosse la paternité d'un autre en l'épousant. Ce faisant, il devient la risée du village et des environs. Il fera pourtant preuve d'un don de soi encore plus extraordinaire et prouvera par la même occasion qu'il n'est pas la ganache que l'on croyait.

Voilà donc quatre récits dans lesquels le fantastique et le merveilleux ne jouent aucun rôle mais où le destin est néanmoins aux commandes. Un sort qui se joue des actes des personnages, les transformant en de ridicules marionnettes dont les fils seraient tenus par des parques vicieuses. Chacune de ces histoires illustre aussi quelques uns des grands défauts de l'homme : la jalousie, le sens de l'honneur exacerbé, la soif de triomphe. «Vanité des vanités, tout est vanité » nous dit l'écclésiaste, à quoiJules Claretie fait écho : « Le cri de l'amour-propre parle quelquefois plus haut que celui de la conscience ».

Glénat - Marginalia - 1978

21 octobre 2013

LA CORRECTION - BERNARD FLORENTZ

fn-frayeur07-1994

Depuis le décès de son mari, Jackie reprend petit à petit goût à la vie. Finies les raclées et les insultes. Terminée la terreur quotidienne. Elle peut désormais penser à elle et, qui sait, refaire sa vie. Avec Louis Cornillon par exemple, le gentil pharmacien qui la couve de son regard énamouré. Mais le mistral qui souffle sur Marseille semble porteur d'une aura maléfique qui pourrait bien réveiller les morts et les esprits torturés. Et si son époux revenait la faire souffrir !

Décidément, Bernard Florentz aime bien les zombies. Déjà, La femme morte mettait en scène le cadavre d'une prostituée qui reprenait vie pour assouvir sa vengeance contre son proxénète. Cette fois, il s'agit d'un homme décédé depuis peu qui décide de sortir de sa tombe pour retourner emmerder une épouse pourtant bien contente de sa disparition.

Celle-ci a en effet toutes les raisons d'être satisfaite de son veuvage. Son époux était un individu détestable, alcoolique et violent. Il ne se passait pas un jour sans qu'il ne la batte. Sans compter les humiliations de toutes sortes, les viols et la torture psychologique (il la forçait à écouter du Richard Kledermann !). Bref, quand le bonhomme s'est aplati comme une crêpe après une chute du haut d'un échafaudage, elle ne l'a pas regretté bien longtemps. Elle demeure néanmoins un peu perturbée et hésite encore à refaire sa vie.

Ce portrait de femme battue est sans doute ce que le roman nous propose de mieux. La description du calvaire de Jackie m'a paru assez juste. Sont notamment bien rendus ses terreurs journalières, son incapacité à s'en sortir et le vague sentiment de culpabilité que son tortionnaire parvenait à instiller dans son esprit.

En revanche l'histoire frise, une fois encore, le ridicule. Passés les trois premiers chapitres et les nombreux flash-backs qui exposent la situation, l'action se résume à un long huis clos qui voit Jackie aux prises avec son époux d'outre-tombe et deux affreux ectoplasmes.

Bon, ça passe tout de même mieux que dans son précédent roman. C'est plus second degré. Beaucoup plus marrant aussi. La scène où l'affreux macchabée essaye de violer son épouse mais pars en morceaux avant d'y parvenir est assez comique.

Côté style, Bernard Florentz confirme son goût pour les images et les métaphores. Mais cette recherche constante de l'allégorie, ces effets de langage me semblent surtout destinés à masquer la faiblesse de l'intrigue. Ainsi de ce gimmick sur le mistral (imagine un faune dansant nu sur la plage, imagine un capitaine sans visage débarquant sur le quai, imagine l'affolement d'un homme jeté dans une benne à ordure... et bien d'autres) qui revient à de trop nombreuses reprise, chacune plus improbable que la précédente. Et le coquin en a d'autres dans son sac, et des pas piquées des vers : «La lune de novembre, lourde et pleine à craquer de vaisseaux engloutis et d'enfants morts. », « La bouche de Jackie se tordit comme un beignet chinois dans l'huile bouillante".

Ce roman est donc légèrement, mais alors vraiment très légèrement, meilleur que le précédent. Il y a donc une petite, mais alors une très petite chance pour que je lise le troisième qui traîne dans ma bibliothèque. Eh oui, j'ai toute la collection Frayeur achetée en lot pour un prix dérisoire !

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

16 octobre 2013

LE MANOIR DES SORTILEGES - SERGE BRUSSOLO

ldp17203-2001

Lorsque son maître meurt au cours d'un sanglant tournoi, Gilles devient la propriété d'un bien étrange seigneur. Foulques de Braz est en effet un chevalier peu ordinaire qui ne quitte jamais son armure rouillée et prétend être la victime d'une malédiction qui l'oblige à se nourrir de chair humaine. Mais son invincibilité en fait le parfait candidat pour les missions les plus dangereuses. Le voici donc chargé par un inquisiteur de mettre la main sur un grimoire de sinistre réputation. En compagnie de Gilles et de Tara, une jeune égyptienne versée dans les écrits sataniques, il entreprend de fouiller le château de Lilith de Niel, la bergère devenue châtelaine grâce à ses formules démoniaques et ses philtres d'amour.

Lorsqu'il s'agit de donner dans l'étrange ou l'ambiguë Serge Brussolo n'est jamais en reste. Cette fois c'est l'imagerie populaire des contes de fées qui a les honneurs de son imagination sans limite. Ogre, sorcière, géant assoupi, loups et brebis son conviés à une drôle d'histoire où il ne faut toutefois pas se fier aux apparences.

Brussolo a du métier. Il s'est bien documenté et son moyen âge est plutôt réaliste. Le vocabulaire médiéval sonne juste tout comme le décor ou les mentalités des personnages. Des personnages guère sympathiques, victimes de leur passion ou de leur folie. Seul Gilles, l'écuyer narrateur, semble sain d'esprit même s'il demeure prisonnier de ses superstitions. Ces trois alliés de circonstances vont vivre un huis clos particulièrement délétère dans un château où chaque pièce recèle son lot de périls.

La demeure de la bergère diabolique est en effet truffée de pièges. Bibliothèques aux étagères à bascule déclenchant des avalanches de livres, grimoires empoisonnés, chandelles farcies de poudre, le moindre objet peut s'avérer mortel. Sans oublier le troupeau de moutons qui a élu domicile à l'intérieur des murailles et qui semble n'avoir de cesse de les précipiter du haut des remparts. Il leur faudra donc faire preuve de patience et de ténacité pour surmonter ces épreuves et mettre la main sur le mystérieux livre.

La chute est bien amenée et assez surprenante. Elle permet surtout de dégonfler la fantasmagorie qui imprégnait jusqu'alors le récit. Tout reprend de justes proportions, le surnaturel disparait et laisse place à une réalité bien plus prosaïque. Comme le dit la jeune Tara, une sorcière c'est avant tout une bonne empoisonneuse, une femme versée dans la chimie et connaissant les propriétés des plantes.

Mais avec Brussolo, le fantastique ne disparait jamais totalement tant est grande sa capacité à vous transporter vers les hypothèses les plus folles à partir de simples détails. Sous sa plume les moustiques se transforment en fées dont chaque baiser vous vole un souvenir et des enfants jouant au milieu des menhirs deviennent des lutins malintentionnés. De quoi espérer encore quelques jolies pages empreintes de mystère avec ses autres "romans médiévaux".

Editions du Masque - Le Livre de Poche - 2001

 

11 octobre 2013

LE JOUR DES TRIFFIDES - JOHN WYNDHAM

terrbrume246-2005

Pour avoir assisté à une spectaculaire pluie d'étoiles filantes, la quasi-totalité de l'humanité a perdu la vue. Seuls quelques chanceux ont échappé au fléau et se demandent comment venir en aide aux hordes d'aveugles qui tentent de survivre dans un monde devenu soudain périlleux. Mais le pire est encore à venir. Les triffides, des plantes d'origine extra-terrestre, carnivores, dotées de pseudopodes et de flagelles dont la piqure est mortelle, ont quittés les enclos ultra sécurisés où elles étaient cultivées pour leurs qualités nutritives. Elles menacent désormais les millions d'humains devenus des proies faciles. A Londres, William Masen est confronté à un choix cornélien : assurer sa survie sans s'occuper des autres ou sauver les non-voyants de ces terribles prédateurs.

Le jour des Triffides est l'un des tout meilleurs post-apo que je connaisse. C'est en tout cas l'un de ceux qui explore le mieux la question du choix de l'organisation sociale qui s'offre aux survivants. Quel type de société doit succéder à la civilisation qui vient de s'écrouler ? Lequel sera le plus à même d'assurer leur sécurité et de permettre un "redémarrage" ? Voilà l'enjeu fondamental qui s'impose aux personnages.

William Masen, le héros de ce livre, aimerait ne pas avoir à choisir. Profondément individualiste, il n'est pas prêt à troquer sa liberté contre n'importe quel projet de vie. Malheureusement pour lui, les circonstances font le faire à sa place et lui faire expérimenter différents modèles communautaires.

Le premier dont il tâtera est le régime théocratique instauré par Miss Durrant dans le manoir de Tynsham. Une société conservatrice qui prône la perpétuation des anciennes règles de vie et le respect des dogmes religieux. Une organisation sclérosée qui lui semble vouée à l'échec car incapable de s'adapter à un nouvel environnement.

Le second semble plus viable même s'il s'agit là encore d'un modèle fort ancien. Torrence cherche en effet à mettre en place un régime féodal avec résurgence du lien de vassalité. Il proposera ainsi à notre héros de « régner » sur une peite seignerie héréditaire et de bénéficier de la protection d'un suzerain en échange d'une totale soumission.

Finalement, la forme de société qui emportera l'adhésion de Masen est celle mise en place par le docteur Vorhess. Guidée par les seules considérations utilitaires, sans restrictions de liberté autres que celles rendues nécessaires par la vie en communauté, la colonie d'Elspeth Gary sur l'île de Wight, est aussi celle qui offre les meilleurs chances de succès sur les triffides.

En conclusion, et ce n'est pas une surprise, la religion, la force et la raison sont bien les fondements des systèmes politiques qui, de tout temps, se sont disputés le pouvoir. Bien sûr, aucun d'eux n'est exempt de défauts et Masen aurait préféré continuer à vivre en dehors de tout système. Toutefois, pour assurer sa sécurité et celle de ses proches, il devra choisir car, ainsi qu'il finira par l'apprendre, hors la société, point de salut !

Terre de brume - Poussières d'étoiles - 2005

 

 

6 octobre 2013

VOUS PLAISANTEZ, MONSIEUR TANNER - JEAN-PAUL DUBOIS

Livre - Dubois - Tanner

La vie de Paul Tanner, documentariste animalier de son état, est bouleversée le jour où il hérite de la maison de son oncle dans les environs de Toulouse. Désireux de restaurer la vieille bâtisse, il va se retrouver confronté aux pièges et chausses trappes d'une corporation redoutable : les ouvriers du bâtiment.

Tous ceux qui ont déjà eu affaire à un plombier, un électricien ou un maçon se retrouveront dans Paul Tanner. Enfin, presque. Parce que le pauvre semble avoir une poisse incommensurable. Il attire les ouvriers les plus farfelus ou les moins compétents et se retrouve invariablement plongé dans les situations les plus invraisemblables.

Il devra tour à tour affronter des couvreurs voleurs, un peintre qui refuse de se tacher, un électricien mystique, un chauffagiste dépressif, un fumiste irascible et bien d'autres tout aussi loufoques. Il lui faudra apprendre les idiomes les plus divers de cette internationale laborieuse qui parle russe ou arabe, décrypter les devis, traduire des notices, manier toutes sortes d'outils et composer avec la météo.

Il devra enfin subir les coups du sort : les orages, les inondations, les courts circuits sans oublier bien sûr les retards, les malfaçons et les "petits suppléments" qui viennent grossir le montant de la facture.

Drôle de bout en bout, ce livre réjouissant dont les courts chapitres se dévorent en un rien de temps, vous fera passer un bien bon moment. Il vous donnera aussi une furieuse envie de rester locataire.

Editions de l'Olivier - 2006

 

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FLEUVE NOIR
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SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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