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1 octobre 2013

LE LONG DETOUR - A. BERTRAM CHANDLER

albin-supfic46-1980

Lorsque vous êtes perdu dans le temps et dans l'espace et que l'équipage de votre vaisseau menace de se mutiner, il y a de quoi regretter d'avoir rempilé. Heureusement, le commodore Grimes en a vu bien d'autres au cours de sa longue carrière et il est bien décidé à ramener tout son petit monde sur Terre. Sur Terre, oui, mais à quelle époque ?

En lisant ce roman j'avais le sentiment de revoir un bon vieil épisode de Star Trek. Un vaisseau spatial explorant les confins de la galaxie, un commandant compétent et facétieux, de longs échanges de points de vue entre officiers dont chacun a sa spécialité (radio, biologiste)... tout me rappelait la célèbre série des années soixante.

D'ailleurs, de même que celle-ci évoquait les aventures du commandant Kirk, ce livre s'inscrit dans un important cycle de romans mettant en scène le commodore Grimes à divers moment de son existence. Dans celui-ci, il est question d'une rencontre avec nos voisins les martiens et de voyage dans le temps.

Bertram Chandler y manie le paradoxe temporel avec bonheur et s'en sert pour expliquer quelques-uns des mystères qui entourent la planète rouge, ses canaux ou son absence de vie. Cela lui permet aussi d'élaborer une théorie amusante sur les origines de certaines religions et une explication inattendue au mythe de la baleine de Jonas.

D'une manière générale l'humour est très présent, qu'il tienne aux relations entre Grimes et son épouse acariâtre (qu'elle idée d'emporter sa femme en mission) ou à leur confrontation avec les habitants de la Grèce archaïque. J'ai bien rit à l'occasion d'un repas qui tourne à l'orgie romaine ou à la façon peu conventionnelle dont un duel protocolaire se conclue.

Avec son rythme soutenu, son action, son humour, ce roman constitue un cocktail idéal pour se divertir le temps d'une ou deux soirées. On regrettera juste une entrée en matière un peu rapide (à peine une demi-page pour éclaircir la situation des personnages en début de roman), et une fin non moins abrupte.

Albin Michel - Super Fiction - 1980

 

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26 septembre 2013

LA MISSION DE RUN LE TORDU - LEON LAMBRY

P1010238

Aux premiers âges du monde, la vie est dure pour tout un chacun et plus encore pour ceux qui souffrent d'un handicap. Run, qu'un accident a rendu infirme, va toutefois prouver aux membres de sa tribu que la sagesse peut remplacer avantageusement la force. Il parviendra même à prendre la tête de son clan et à le mener vers un avenir plus serein.

J'aime beaucoup les ouvrages de la "collection bleue" de chez Tallandier dont les jolies couvertures et les titres évocateurs sont de véritables invitations à la lecture et au rêve. Aussi, lorsqu'il m'arrive d'en dénicher un pas trop cher dans une brocante ou un vide grenier, je me laisse presque toujours tenter. C'est ainsi que j'ai acquis ce roman de Léon Lambry qui, en dépit de son âge et du public visé, ne verse pas trop dans le fleur bleue ou les bons sentiments.

Run le Tordu est l'un de ces livres dont l'action se déroule aux temps préhistoriques, ces fameux âges farouches qui virent cro-magnon quitter sa caverne pour entamer son long chemin vers la connaissance. Il nous relate la quête du savoir et d'un mode de vie civilisé menée par un homme plus évolué que ses congénères.

Le récit ne comporte pas de véritable intrigue mais nous invite à suivre la dure existence de deux clans alliés puis la longue marche qui les conduira des rives de la Loire au bord du lac Léman. Un chemin semé d'embûches au cours duquel le jeune héros prendra l'ascendant sur sa tribu grâce à la vivacité de son esprit.

Tout au long de l'histoire, Run fera la démonstration de la prééminence de l'esprit sur la force brute. Son sens de l'observation, ses capacités de réflexion et son don pour la parole lui permettront de créer des inventions, d'anticiper les évènements et d'influer sur les décisions de la tribu.

Il fera également preuve d'un sens politique assez remarquable. Evitant de heurter les anciens, s'attachant la fidélité de ses alliés par les cadeaux et la flatterie, il use de toutes les ficelles de la diplomatie. Il comprend aussi très vite l'avantage qu'il peut avoir à installer l'un de ses amis dans les fonctions de chamane ; l'alliance séculaire entre les pouvoirs temporel et spirituel vient de naître.

Bien entendu, le récit est aussi ponctué de nombreux épisodes héroïques. On y affronte l'ours des cavernes ou le chat sauvage, on abat l'aigle voleur d'enfant et l'on se bat avec les tribus voisines. On trouve aussi le temps d'améliorer le quotidien (vêtements, armes et outils) et même d'inventer l'écriture quelques siècles avant les mésopotamiens !

Au final, cela nous donne une petite lecture toute gentillette qui ne souffre cependant pas la comparaison avec les romans du grand Rosny.

Editions Jules Tallandier - Grandes Aventures & Voyages Fantastiques - 1931

 

 

21 septembre 2013

L'ARAIGNEE DE YOSHIWARA - FELIX BRENNER

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C'est à la demande de son ami, le journaliste Toshihiro Mirayama, qu'Adam Legrissard débarque à Tokyo pour enquêter sur une série de morts suspectes. Pourtant, Adam n'est ni policier, ni détective. Son terrain de prédilection c'est l'occultisme et le surnaturel, un domaine où il est reconnu comme une sommité. Et précisément les décès dont Toshihiro souhaite l'entretenir n'ont rien de très naturel puisque les cadavres retrouvés portent tous les mêmes stigmates : le corps couverts de coupures, les yeux expulsés de leurs orbites et un sourire d'extase figé sur les lèvres. Leurs investigations les mèneront dans les bas-fonds du Tokyo d'hier et d'aujourd'hui et leur feront côtoyer quelques créatures étranges et dangereuses.

Il n'est pas très fréquent qu'un auteur de fantastique français choisisse le Japon pour cadre de son récit. Alors félicitons Félix Brenner d'en avoir eu l'idée même s'il a bien un peu triché en allant y vivre quelques années (c'est la 4ème de couv' qui me l'a dit).

A première vue sa description de Tokyo semble tenir la route. Ville immense et banlieue tentaculaire, échangeurs gigantesques, gares bondées, agitation fiévreuse à toute heure du jour et de la nuit, ça fait peut-être un peu docu-télé, mais ça fonctionne. Idem pour les vieux quartiers et leurs maisons de bois, les portes coulissantes, les cloisons de papier... Le Japon de tradition et de modernité est bien au rendez-vous.

Il y a aussi quelques détails qui viennent ajouter une touche de vécu : Shibuya et son célèbre carrefour, la statue d'Hachiko chien fidèle et les parties de Pachinko. Et au milieu de tout ça, des millions de tokyoïtes. Si, si ! C'est bien comme ça qu'on dit même si ça sonne bizarre à l'oreille. A la nôtre en tout cas, parce que Félix, lui, les tokyoïtes, il aime. Au point de nous en causer à tout bout de champs.

Mais son livre n'est pas un guide touristique ni un condensé de lieux communs sur le Japon et, s'il y a bien des geishas et des yakuzas, ils sont d'un genre un peu particulier. Son histoire n'est pas trop mal ficelée. Après une entrée en matière sur fond de règlement de comptes au sein de la mafia nippone, on bascule rapidement dans le fantastique le plus pur en compagnie d'une femme-araignée dont le baiser n'est pas de cinéma.

La donzelle est en effet la vedette d'une attraction mortelle et la cause d'une véritable hécatombe chez les riches industriels du soleil levant. Et ce n'est pas le courageux journaliste ni son ami français qui y pourront grand-chose, coincés qu'ils seront entre un vampire modern-style, des mamies-san dopées aux amphets. et un trio de freaks que n'aurait pas désavoué Tod Browning. Notre gentil héros est d'ailleurs vite dépassé. Il a beau être docteur es bizarreries, il ne sera finalement que le simple témoin de ce qui s'avère être la conclusion d'une histoire d'amour pluri séculaire.

Eh oui, L'araignée de Yoshiwara, c'est une sorte de Tristan et Yseult made in Japan. En un peu plus gore tout de même car, Collection Frayeur oblige, nous aurons droit à une série de meurtres bien cracra. Éventrations, gorges savamment tranchées, explosion de globes oculaires, l'amateur d'hémoglobine ne sera pas déçu. Il le sera en revanche par une conclusion un peu hâtive et étonnamment romantique. Qui l'eut cru !

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

16 septembre 2013

FAMINE - GRAHAM MASTERTON

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Ed Hardesty est préoccupé. Comme d'autres exploitations du Kansas, ses champs de céréales sont atteint par une mystérieuse rouille qui prolifère à une vitesse surprenante. Voyant la faillite se profiler, il interpelle le sénateur Jones, un poids lourd de la politique locale. Ce faisant, il ignore que ce dernier est un politicien corrompu qui voit dans les malheurs des fermiers le moyen de capter des fonds à son profit.

Mais tous deux sont bientôt dépassés par les évènements. La rouille s'est étendue à toutes les cultures du pays, la plupart des silos à grains ont été contaminés par des isotopes radioactifs et les stocks de nourritures infectés par la toxine botulique. Devant l'imminence d'une pénurie de nourriture, la panique s'empare de la population et les émeutes commencent. Dans cette ambiance de fin du monde, Ed Hardesty va tenter de sauver sa famille.

C'est sûrement pour des raisons bassement commerciale que ce roman a été divisé en deux petits tomes de 250 pages. Quoiqu'il en soit, le premier à la saveur d'un thriller politico-financier. Il nous plonge dans une histoire de détournement de fonds perpétré par un politicien véreux. On y cause magouilles et compte off-shore tandis que le FBI et les journalistes enquêtent sur un vilain sénateur. Chacun y joue le rôle que l'on attend de lui, sans beaucoup de surprise mais avec ce qu'il faut de conviction pour nous accrocher.

Ce tome permet aussi à l'auteur d'expliquer la genèse de l'incroyable famine qui s'annonce. Car très vite, le roman catastrophe éclipse l'intrigue policière. Et quelle catastrophe. Ni plus ni moins que l'effondrement de la première économie mondiale. On a d'abord un peu de peine à croire qu'un pays aussi puissant que les Etats-Unis puisse s'écrouler en l'espace de quelques jours.

Cependant, si l'on prend la peine d'y réfléchir, cela n'a rien d'invraisemblable. Il n'est que de se rappeler les ruées vers les denrées de première nécessité (riz, pâtes et huile) qu'entraîne invariablement l'annonce d'une grève. Il est donc tout à fait possible qu'une famine généralisée puisse désorganiser les pouvoirs publics et asseoir le règne du chacun pour soi. Graham Masterton le décrit d'ailleurs très justement en deux petites phrases : La fraternité avait été un luxe que seule l'abondance avait permis de maintenir. A présent chaque communauté raciale, éthique et sociale, se repliait sur elle-même afin de se protéger, et en quelques jours la nation se divisa en tribus.

C'est donc à une gigantesque lutte pour la survie que nous assistons dans le reste du roman. L'auteur multiplie les scènes percutantes : pillages, viols, lynchages et bien d'autres qui font froid dans le dos. Je pense notamment à ce père de famille qui tue l'une après l'autre ses trois fillettes qu'il ne peut plus nourrir.

Mais en dépit de leur intensité dramatique, ces épisodes n'ont rien de très original puisqu'on les retrouve dans la plupart des post apo. Et c'est bien là qu'on se rend compte des limites de ce roman. A part ces descriptions hallucinantes d'une Amérique qui s'enfonce dans l'anarchie, il n'y a pas grand intérêt à suivre l'épopée de Ed Hardesty à travers les States et seule l'envie de découvrir les auteurs du complot nous tient en haleine. Graham Masterton saura heureusement combler notre attente et le roman s'achève sur une fin ouverte qui lui va plutôt bien.

Naturellement - Forces Obscures - 2000

 

11 septembre 2013

LA MALLE SANGLANTE - MAURICE LEVEL

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Pour constituer son catalogue, l'éphémère collection Marginalia a pioché dans les œuvres mineures d'écrivains reconnus (Les forceurs de blocus de Jules Verne, Le pourvoyeur de cadavres de Robert Louis Stevenson, Les clés mystérieuses de Maurice Leblanc) mais a aussi exhumé les textes d'auteurs plus confidentiels. Maurice Level est l'un de ceux-là. La préface nous apprend que cet écrivain né en 1875 et mort en 1926 a surtout œuvré pour le Grand-Guignol, ce théâtre qui faisait la part belle aux pièces horrifiques et macabres. Les deux longues nouvelles, ou plutôt novellas comme c'est qu'on dit de nos jours, ne versent pas précisément dans ce genre mais distillent néanmoins une bonne dose de suspens.


La malle sanglante est un huis clos prenant qui se déroule dans un petit appartement parisien. Nous sommes chez Fred et Guiret deux étudiants en médecine criblés de dettes qui viennent de voir s'envoler leurs derniers espoirs de se refaire après une partie de poker malchanceuse. Une fois leurs compagnons de jeu partis, les deux amis envisagent sérieusement de se suicider lorsqu'ils découvrent sur le sofa la bourse de Chouchou, une demi-mondaine qui accompagnait l'un des joueurs. Bijoux, louis d'or, billets de banque, le sac contient largement de quoi les sortir d'affaire.

Aussi, quand la belle réapparaît quelques heures plus tard pour récupérer son bien, ils prétendent n'avoir rien trouvé. Le ton monte, les insultes volent, une lutte s'ensuit au cours de laquelle Guiret poignarde la jeune femme. Dès lors il ne reste plus aux assassins qu'à s'enfuir non sans avoir au préalable dissimulé le cadavre dans une malle. Mais le sort s'acharne sur eux et les contretemps s'enchaînent.

C'est d'abord le concierge de l'immeuble qui réclame leurs termes impayés et refuse de les laisser partir sans avoir reçu la quittance du propriétaire ; c'est ensuite l'amant de la défunte en quête de nouvelles et enfin un huissier venant faire son constat. A chacune de ces visites la pression monte d'un cran et la peur s'épaissit.

L'auteur fait parfaitement ressentir l'angoisse qui étreint les deux personnages : la nuit éprouvante passée à proximité du corps de la victime, la crainte que le corps ne soit découvert par l'amant éploré qui fouille l'appartement ou par l'huissier qui souhaite inventorier le contenu de la malle, les remords de Fred qui font craindre à Guiret des révélations intempestives... D'abord insidieuse, la tension se fait de plus en plus insupportable jusqu'à l'explosion finale et son dramatique dénouement. 

Le second texte, Laquelle ?, est beaucoup plus anodin. Il s'agit d'un drame passionnel ayant pour cadre la bonne société en villégiature en bord de mer.

Le suspens est cette fois beaucoup moins présent et l'auteur ne parvient pas à éviter une atmosphère un peu mièvre. On s'y échange des missives sous le sceau du secret, on se bat en duel pour l'honneur d'une demoiselle, on ne quitte pas le chevet de l'être aimé. Bref, c'est terriblement ennuyeux et l'auteur aurait pu tirer un bien meilleur parti du thème de la gémellité.

L'idée de deux sœurs absolument identiques refusant d'avouer laquelle d'entre elles est coupable d'une tentative de meurtre et compliquant du même coup la tâche de la justice offrait en effet de jolies perspectives. Mais, plutôt que de nous entraîner sur le terrain de l'enquête policière, Maurice Level s'englue dans le sentimental et l'eau de rose. D'ailleurs l'interrogation contenue dans le titre ne concerne pas tant l'identité de la coupable que celle de l'amoureuse éconduite. C'est tout dire.

Glénat - Marginalia - 1977

 

 

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6 septembre 2013

LE CHOIX DES DESTINS - PIERRE BAMEUL

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Cinq siècle après les aventures d'Arne Marsson dans l'Amérique précolombienne, la monarchie aztéco-viking est à la tête d'un immense empire. Avec l'aide d'un clergé tout puissant et grâce à un système de caste extrêmement rigide, Motecuhzoma V règne sans partage. Son peuple est maintenu dans l'obscurantisme et dans chaque ville s'élève une pyramide où sont sacrifiés quotidiennement des dizaines de victimes. Mais dans les colonies européennes la révolte gronde et il suffirait de peu de choses pour mettre à bas la dynastie décadente.

Pierre Bameul a placé ce second volume sous le double signe de l'uchronie et des univers parallèles. Il nous plonge tout d'abord dans un XIXème siècle alternatif où les aztèques ont non seulement refoulés les espagnols mais aussi conquis une bonne partie du monde.

L'histoire débute en Franhuas, la France d'alors soumise au pouvoir de l'empereur. Nous y suivons Malic, un jeune ouvrier qui rejoint la dissidence puis la lutte armée afin de venger le sacrifice de sa jeune épouse. L'ambiance est délibérément steampunk. On croise des engins à vapeur et des dirigeables, les soldats sont équipés de fusils rudimentaires ou d'arbalètes à répétition et la société décrite est un mélange d'inquisition espagnole et d'Allemagne nazie.

L'auteur s'amuse d'ailleurs énormément à décrire cette France qui ressemble beaucoup à celle de l'occupation. On y trouve ainsi un maquis dans le Verkhoc et un général au long nez nommé Gallix qui s'est réfugié en Grande-Bretagne. C'est bourré d'action et plein d'humour mais c'est beaucoup trop rapide. A peine a-t-on eu le temps de s'attacher au jeune héros que tout est joué et qu'il faut s'acclimater à un nouvel environnement.

Nous nous retrouvons alors au vingtième siècle à Mexico où le pauvre Malic s'est trouvé « projeté ». Son irruption intempestive dans notre époque a été remarquée par Miguel Huixtocihuatl, un homme politique qui rêve de redonner sa grandeur au peuple amérindien. Ayant compris que Malic vient d'une "autre réalité" où les aztèques dominent le monde, il décide d'influer sur notre passé afin de reproduire les conditions de la victoire de son peuple.

Bref, une histoire de paradoxe temporel assez classique et, là encore, trop hâtive. La boucle sera néanmoins bouclée et nous retrouverons le temps d'un dernier chapitre le héros viking et son épouse face à un choix crucial. Le choix des destins.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

1 septembre 2013

LA SAGA D'ARNE MARSSON - PIERRE BAMEUL

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Convaincu que la Pierre des Trolls découverte chez les suomi dévoile une partie de sa destinée, Arne Marsson s'embarque pour le Vinland avec sa femme, le savant Franck Ulssen et quelques compagnons. Ils espèrent trouver sur ces lointains rivages les cités d'or et les fabuleux trésors dont parlent les runes. Leurs attentes ne seront pas déçues mais il leur faudra livrer bien des combats avant d'entrer dans la légende.

Dans le premier tome de son diptyque "Pour nourrir le soleil" Pierre Bameul nous propose une épopée baroque, pleine de rires, de larmes et de sang. A la manière d'une saga islandaise, il nous raconte comment une poignée de vikings naufragés sur le nouveau monde va faire la nique à Collomb et Cortés en conquérant l'Amérique avec cinq siècles d'avance.

L'auteur a de bonnes connaissances en matière de civilisations amérindiennes. Il sait faire la différence entre un Toltèque et un Chichimèque, situe parfaitement Teotihuacan et restitue plutôt bien le mode de vie des habitants de l'Amérique précolombienne.

En revanche, il se fout éperdument de vraisemblance historique. Son chef viking manie autant l'intrigue et la psychologie que la hache ou l'épée tandis que son second pratique les arts martiaux, utilise la poudre, le feu grégeois, l'astrolabe, la boussole et la pénicilline ! Je sais que les guerriers nordiques furent de grands voyageurs mais cela ne suffit tout de même pas à expliquer cette débauche de connaissances.

Tout cela n'a heureusement aucune incidence sur l'intérêt de l'histoire. Mieux, ces anachronismes contribuent à égayer les aventures de nos héros, à leur donner un ton léger qui tranche avec les habituels récits du genre.

On s'amuse donc beaucoup à voir la légion romaine reformée au cœur de l'Amérique centrale et les cerfs et les biches pallier l'absence de chevaux. On sourira aussi aux relations amoureuses de nos braves vikings avec une Erika qui n'hésite pas à payer de sa personne pour maintenir le moral des troupes ou un Arne contraint d'honorer les 28 veuves du roi qu'il vient de destituer.

Le roman s'achève assez logiquement par une relecture du mythe de Quetzalcoatl. Une fin assez attendue mais suffisamment réjouissante pour me donner envie de lire la suite et découvrir ce qu'il advient de cette étonnante dynastie aztéco-viking !

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

14 août 2013

LE GRAND KIRN - B. R. BRUSS

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Le nord de la Scandinavie est le théâtre d'évènements étranges. Une large portion de territoire, de la Norvège à l'URSS, est en effet plongée dans un inquiétant silence. Des membres d'un institut de parapsychologie qui prédisait depuis longtemps un désastre dans ces régions, se rendent sur place. Ils y découvrent les populations plongées dans un état proche de la catalepsie. Toutes sortes d'hypothèses sont alors envisagées jusqu'à ce que la situation revienne à la normale. A une petite différence près : sitôt réveillés les habitants entreprennent la construction d'étranges structures et prétendent obéir à des êtres mystérieux : les Djarns.

Le procédé narratif utilisé dans ce roman est un classique de la littérature fantastique et une habitude chez Bruss. Il est vrai que le récit à la première personne, de la bouche même de l'un des principaux protagonistes de l'histoire, présente bien des avantages. Son côté confession lui donne un aspect vécu de bon aloi tout en instaurant une relation de confiance avec le lecteur.

Il autorise aussi le narrateur, donc l'auteur, à recourir à tous les préalables qu'il juge nécessaire pour faciliter notre compréhension. Les évènements se sont déjà déroulés, il a donc une vision d'ensemble qui lui permet d'installer des repères (géographiques, chronologiques...) et recourir à toute sorte de digressions, bref, nous mettre en situation.

Ici, il commence par la présentation de l'institut américain de Halburne et nous fait un topo assez complet sur la nature des études qui s'y pratiquent. Prémonition, suggestion, hypnose ou télépathie, toutes ces facultés mentales encore méconnues sont exercées avec brio par le Dr Hersan et ses élèves.

Ce pionnier de la parapsychologie et ses compagnons rappellent un peu le Dr Xavier et ses X-Men. Comme eux ils sont dotés de capacités hors normes et comme eux ils sont mis à l'index par des autorités soupçonneuses et une opinion publique moqueuse. Ils seront pourtant la planche de salut de l'humanité et pourront seuls repousser l'invasion d'un ennemi avec lequel ils partagent les même armes.

Le gros du roman s'attarde sur les différentes phases de cette invasion silencieuse. Comment les Djarns apparaissent, où et pourquoi s'établit une zone de ralenti dans laquelle les habitants voit leur rythme vital ralentir à un point tel qu'ils paraissent immobiles et, enfin, comment ils sont subjugués par leurs envahisseurs...

Bruss s'étend pas mal sur la description de villes peuplées de "mannequins vivants" auxquels il faut une bonne heure pour traverser la rue ! Il en tire même quelques situations cocasses qui viennent contrebalancer l'atmosphère de mystère et de peur qui s'est installée. Pareillement, lorsque les petits hommes rouges pointent le bout de leur nez, leur apparence et leurs actes sont abondamment décrits.

L'action n'est pas pour autant absente du livre. Entre les repérages, les missions d'espionnage et de sabotage, les attaques de commandos psychiques et l'affrontement final, on ne s'ennuie pas un instant.

Tout çà nous donne un excellent roman, bien dans la veine de ce qui se faisait en France dans les années cinquante. Mais en la matière, Bruss c'est tout de même le dessus du panier. N'hésitez pas à plonger la main dedans.

Nouvelles Editions Oswald - 1983

 

9 août 2013

VENISE.NET - THIERRY MAUGENEST

ob_55db016047d76c709150dfee189f5d0e_maugenest-2003Chargé d'élucider le meurtre d'une jeune universitaire française, l'inspecteur Baldi se retrouve confronté aux agissements d'une puissante confrérie vénitienne prête à tout pour préserver un mystérieux trésor. Grâce aux vastes connaissances d'un expert en histoire de l'art avec lequel il communique par internet, il va néanmoins tenter de mettre la main sur l"assassin et percer un secret vieux de huit siècles.

Venise.net est un roman épistolaire à la sauce XXIème siècle dans lequel les courriels ont remplacés les lettres. C'est sans doute dans l'air du temps mais çà n'apporte finalement pas grand chose de neuf au genre si ce n'est que l'immédiateté des e-mails permet de gommer temps et distance et d'instaurer un dialogue quasi quotidien.

Entre ces échanges électroniques, l'auteur a inséré des chapitres qui ont pour cadre la Venise de la renaissance et qui donnent leur éclairage sur les origines du mystère qui nous est proposé. Ainsi, en compagnie de Jacopo Robusti alias Le Tintoret et de son ami le poète Luigi Groto, nous vagabondons dans les méandres de la cité lacustre. Nous visitons ses palais, ses églises et sa prison, ces fameux Plombs où Casanova lui-même fit un court séjour.

Cette immersion dans le quotidien de la Sérénissime est assez réussie et c'est avec le plus grand intérêt qu'on assiste à deux évènements clés de son histoire : la peste de 1575 et la fin de la république suite à l'invasion de Bonaparte en 1797. Incidemment, nous enrichissons nos connaissances en matière de peinture. J'ai ainsi beaucoup appris sur la façon dont les artistes de la renaissance préparaient leurs toiles et je sais désormais qu'un repentir est une partie de tableau camouflée par le peintre et que la radiographie permet aujourd'hui de révéler.

Quant à l'intrigue policière, elle m'est apparue assez banale. Il faut dire aussi que le coup de la société secrète qui perdure par delà les siècles afin de protéger un trésor inestimable, on ma l'a déjà fait. Demandez donc à Mathilde Asensi et son Dernier Caton. Mais comme le roman est très court çà ne porte pas à conséquence et l'on passe malgré tout un agréable moment de lecture en sa compagnie.

Editions Liana Levi - Piccolo - 2003

4 août 2013

LE DERNIER CERCLE DU PARADIS - ARCADI & BORIS STROUGATSKI

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Ivan Zhilin est envoyé par l'ONU dans une cité balnéaire pour comprendre pourquoi l'un des leurs cessé de faire parvenir ses rapports. Dans cette ville où tout un chacun semble occupé à des futilités, il va avoir le plus grand mal a mener son enquête. Il y rencontrera quantité d'individu plus ou moins louches, devra prendre garde à des sectes étranges et remonter la filière de vente des extas, une drogue aux effets surprenants.


Ce roman des frères Strougatski nous plonge dans une atmosphère étrange empreinte de surréalisme et de non-sens. Longtemps, le lecteur nage en plein brouillard dans les méandres d'une société absurde où les coiffeurs sont des stars et où l'on érige des monuments à de parfaits inconnus. Une société prospérant dans une cité dont on ne sait à peu près rien. Ni où elle se trouve, ni qui la gouverne, ni même son nom. 

Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle est peuplée d'habitants futiles qui n'ont qu'une idée en tête : s'étourdir par tous les moyens. Alcool, TV, drogue, transe de masse, tout est bon pour prendre un maximum de plaisir, oublier, ne plus penser. Le règne de l'imbécile heureux comme dira Ivan Zhilin, un héros dont on ne sait pas bien ce qu'il vient faire là même si l'on se doute qu'il est investi d'une mission secrète. En tous cas, ces non-dits, ces incertitudes, créent un sentiment de confusion et donne l'impression d'être confronté à un univers kafkaïen.

De fait, ce n'est que parce que l'on sait que les frères Stougatski ont vécu dans l'URSS de Ktroutchev et Brejnev que le roman prend toute sa signification. On comprend alors qu'il s'agit d'une violente critique du régime stalinien dissimulée sous l'apparence d'une charge contre la société de consommation. Une condamnation sans appel de ces gouvernants qui n'aiment rien tant que des populations moutonnières qui ne réfléchissent guère et préfèrent s'étourdir dans les plaisirs :Ce n'est pas que le monde soit mauvais, c'est seulement qu'il est épouvantablement monotone. Un monde sans perspectives d'avenir, un monde sans promesses.

Malgré cela, et c'est déjà pas mal, ce livre est profondément ennuyeux. Passés les premiers chapitres et la découverte de cet univers si particulier, on attend avec impatience que les choses se décantent. Et çà prendra du temps. Trop. Le héros passe le sien à fréquenter les même lieux (la maison de son hôtesse, un hôtel) et les même gens. Son enquête progresse à pas de fourmi et les quelques scènes d'action parviennent à peine à nous maintenir éveillés. Et comme au final l'intrigue n'a rien d'exceptionnelle, on est bien content de tourner la dernière page.

Le Masque SF - 1978

 

30 juillet 2013

CIGALE EN CHINE - PAUL D'IVOI

jl1471-1983

Chargé par le tsar de remettre une missive à son ambassadeur à Pékin, Cigale arrive dans une capitale chinoise en pleine effervescence. Menés par le prince Tuan et avec l'accord tacite de l'impératrice Tsou-Hsi, les boxers s'en prennent aux intérêts des puissances occidentales. Les chrétiens sont persécutés, des missions religieuses attaquées et même les ambassades semblent menacées.

Par un fâcheux concours de circonstance Cigale se retrouve enfermé dans la cité interdite où il rencontre René Loret, un jeune diplomate captif de la princesse Roseau Fleuri. Eprise du beau français, celle-ci est prête à tout pour en faire son époux. Bien que répondant à ses sentiments, René entend rester fidèle à son pays et aspire à rejoindre ses compatriotes dans l'adversité. Ils devront tous les trois en passer par bien des épreuves avant de récolter le fruit de leur détermination.

Et revoilà Cigale, le titi parisien en compagnie duquel nous avons vagabondé dans l'Inde des brahmanes et des tigres dans le précédent volume des "Voyages excentriques". Le gamin de Paris a bien grandi. Après un long séjour en Russie dont l'auteur ne nous dévoile pas grand-chose, il est devenu un bel adolescent de dix-sept ans qui s'est affranchi de la tutelle du Dr Mystère et a pris son destin en mains. Le voici donc en Chine, juste à temps pour venir mettre son grain de sel dans un évènement de portée internationale : la révolte des boxers.

D'emblée, Paul d'Ivoi annonce la couleur en faisant dire à son héros dès la deuxième page : Ils me dégoûtent, les chinois. Alors pas de doute ce sont bien les macaques jaunes qui devront supporter le fiel de ses critiques moqueuses et parfois même violentes.

Cela fera des vacances aux anglais qui, une fois n'est pas coutume, sont les alliés des français. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls puisque toutes les puissances occidentales se voient contraintes de faire cause commune à l'occasion du célèbre "siège des légations" que Hollywood portera à l'écran dans "Les 55 jours de Pékin". Mais alors que le film met en avant le rôle des américains, ce sont ici les soldats français qui sont à l'honneur, faisant preuve d'un courage et d'un mépris du risque extraordinaires tandis que leurs femmes sont exemplaires de dévouement et de bonté.

Ceci excepté, la relation de Paul d'Ivoi semble assez exacte quant à la chronologie des évènements et les noms des principaux protagonistes. L'ouvrage est écrit en 1901 soit un an après cet épisode sanglant qui lui fournit ce qu'il faut d'héroïsme et de romanesque pour ne pas être tenté de trop en rajouter. Cela explique sans doute aussi que l'on y trouve pas une once de SF.

Le reste de l'histoire est placée sous le signe de la claustration puisque les héros se trouvent enfermés à deux reprises dans la cité interdite de Pékin. L'occasion pour l'auteur de nous promener dans cette ville dans la ville (une carte est insérée dans le livre) et de nous faire découvrir toute la complexité du protocole de la cour chinoise. L'occasion aussi de mettre en scène quelques-unes de ces évasions rocambolesques dont il est friand.

Entre ces deux "incarcérations" s'intercale une périlleuse mission à travers un pays sillonné par les bandes armées et au cours de laquelle Cigale en profitera pour participer au débarquement de Takou et faire le coup de feu à Tien Tsin.

Mais si l'adolescent se démène comme un beau diable et se trouve toujours à l'initiative des mauvais coups joués à l'ennemi, ce sont bien les amours contrariées de René Loret et Roseau Fleuri qui constituent le fil conducteur du roman.

Ces Roméo et Juliette au pays des boxers, lui diplomate français et patriote jusqu'au bout des ongles, elle princesse chinoise habituée au luxe et à l'obéissance, se trouvent en effet au centre de la tourmente. Victimes du conflit qui oppose leurs pays, il leur faudra beaucoup de temps et d'efforts pour faire triompher leur idylle. Ils y parviendront néanmoins en surmontant les préventions et les préjugés séparant leurs communautés.

Encore faut-il préciser que c'est surtout la jeune et jolie asiatique qui fera l'essentiel du chemin. Mais pouvait-il en aller autrement tant Paul d'Ivoi semble convaincu de la supériorité de la culture occidentale : Le courage, cette vertu innée de la race blanche ou encore Combien vous êtes supérieurs à ceux qui vous combattent.

Tout au long du roman, les chinois seront systématiquement dénigrés. Ils sont superstitieux, cruels, machiavéliques et cupides et, malgré son raffinement, leur culture demeure arriérée. L'auteur consacre d'ailleurs une dizaine de pages à nous démontrer la pauvreté de la langue chinoise en dépit de ses 40000 caractères.

Mais ce qu'il oublie, c'est que si Roseau Fleuri et son oncle Liang finissent par adopter la manière de penser des occidentaux, c'est au bout d'un long débat avec eux-mêmes, après avoir eu le courage de se remettre en question et de faire leur auto critique alors que nos chers français demeurent confits dans leurs certitudes...

Le roman sait aussi être plus léger. Les scènes amusantes ne manquent pas qui voient les chinois faire les frais de leur cupidité et de leur superstition. Tour à tour, un aubergiste, un roué banquier et un mandarin seront ainsi les victime d'un Cigale en grande forme.

Signalons encore que, même s'ils ne sont pas les grands méchants de l'histoire, les anglais restent la cible de vilaines petites piques dont celle-ci n'est pas la moins savoureuse : Tous ces officiers comprenaient le français, cette langue des lettrés de toutes nationalités, car si l'anglais est l'idiome commercial, le « parler de France » est demeuré le préféré de la diplomatie, des hauts commandements militaires, des savants. Répartition juste entre deux langues nées, l'une dans le pays où l'on vend, l'autre dans le pays où l'on rêve.

Et pour finir, je vous laisserais sur cette jolie citation qui nous change agréablement des discours patriotiques de l'auteur : La pensée domine le monde, se rit des calculs étriqués des souverains, des classes privilégiées. Elle triomphe parce qu'elle émane de l'âme de l'humanité.

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

 

25 juillet 2013

LA PUGNACE REVOLUTION DE PHAGOR - DANIEL WALTHER

FnAnt1317-1984Hainal d'Izanie, commandeur du Navire Gris, et Rashmal Khan des steppes infinies lient connaissance dans le cul de basse fosse où les oligarques de Wahlrunde les ont précipités. Le premier parce qu'il a osé critiqué le pouvoir de Créosoth IV et le second parce qu'il est le chef des nomades qui menacent ses frontières.

Unissant leurs efforts ils parviennent à s'échapper de l'infernale prison souterraine et entrent en rébellion. La découverte d'armes étranges et redoutables les aidera grandement.

Sous ce titre original se cache un roman qui l'est beaucoup moins. Tout juste une banale histoire de vengeance sur fond de révolte populaire, le tout dans un univers de science fantasy.

L'intrigue, filiforme et sans surprise, n'a rien d'excitante et me fait penser que Daniel Walther a privilégié la forme au fond. Son style est en effet assez particulier, tout de mots choisis, d'expressions recherchées et de phrases alambiquées. Une écriture précieuse et raffinée qui évoque parfaitement l'ambiance décadente de la société de Phagor, pourrie et corrompue.

Malheureusement, il s'attarde longuement sur des scènes qui n'apportent rien au récit (les jeux du cirque, une partie fine à trois) et expédie l'essentiel en deux coups de cuillère à pot. La révolte de la population de Wahlrunde et l'offensive des nomades sont traitées en à peine deux ou trois pages. L'évasion des deux héros et la façon dont ils fomentent la rébellion sont à peine évoquées et seule l'offensive finale contre la forteresse du tyran bénéficie d'un traitement suffisant.

C'est bien dommage car l'auteur avait assez de matière pour étoffer son récit. Les seconds rôles ( la courtisane, le marchand d'esclave, la putain au grand cœur) sont particulièrement attachants, les détails (faune, flore, villes et palais) nombreux et variés, et les relations entre personnages (amours, haines) promettaient beaucoup.

Reste finalement une belle histoire d'amitié entre deux hommes forts différents, une confrontation de caractères intéressante entre le farouche guerrier nomade et l'aristocrate désabusé et rêveur.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

20 juillet 2013

LES PIERRES SAUVAGES - FERNAND POUILLON

51oZg4+CbML__Au XIIème siècle, le récit journalier de la construction d'une abbaye cistercienne. 

"Comme tout se termine en bilan, je laisse ce cahier de petits faits, de personnages. Il résume l'histoire de la naissance d'une abbaye". Ces mots que Fernand Pouillon place sous la plume de son personnage définissent parfaitement le contenu de son roman.  

Grâce au témoignage d'un maître d'œuvre, nous assistons à l'édification de l'abbaye du Thoronet dans l'arrière-pays provençal. Nous découvrons avec lui les difficultés techniques, financières ou humaines qu'il faut aplanir jour après jour.  

Nous voyons vivre et grandir la petite communauté religieuse au fil des saisons. L'été sous le soleil et dans la poussière, l'automne qui gonfle les rivières et provoque des inondations, l'hiver qui engourdit tout un chacun... et nous assistons à ces milles et un menus faits qui font la vie de ce chantier. 

Ce roman est aussi un vibrant hommage au petit monde des artisans : Paul le tailleur de pierre, un fort en gueule aux opinions bien arrêtées, Joseph le maître potier fier de son art et un peu porté sur la bouteille, mais également la foule des anonymes, frères convers, manœuvres et paysans.  

Bel ouvrage sur la puissance de la foi, sur l'amour de son métier, sur l'humilité et la capacité à se sublimer pour réaliser ses idéaux, "Les pierres sauvages" vous fera regarder autrement les bâtiments religieux qui parsèment la France. 

Editions du Seuil - Le Livre de Poche - 1973

 

15 juillet 2013

LA MEUTE - SERGE BRUSSOLO

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La vieille demeure des Mareuil-Mondesco abrite bien des choses inquiétantes : un grand parc retourné à l'état sauvage, une collection d'animaux empaillés, la statue de cire de Werner, le célèbre chasseur, géant séducteur et impitoyable et... deux personnages à l'esprit passablement dérangé. Il y a d'abord Georges, l'héritier des Mareuil-Mondesco, un psychopathe qui agresse les femmes pour leur "voler" chevelure et toison pubienne. Il y a ensuite Sarah, l'orpheline SDF qui a par hasard trouvé refuge derrière les murs de la grande maison. Entre ces deux individus si dissemblables s'est instauré un pacte de l'horreur. La jeune femme s'occupe des repérages avant chaque agression et aide Georges à surmonter les crises qui l'assaillent sitôt son forfait accompli. En échange, ses victimes sont choisies parmi les femmes dont Sarah souhaite se venger. Ce fragile équilibre tiendra-t-il encore longtemps alors que des forces mystérieuses semblent être à l'œuvre dans la mystérieuse demeure ? 

Les aficionados de maître Serge se trouveront en terrain de connaissance avec ce roman dans lequel leur écrivain favori donne libre cours à ses obsessions coutumières. Ils ne seront donc surpris ni par les lieux choisis, ni par la personnalité des héros, ni par le déroulement de l'intrigue. Pour autant, il s'agit encore une fois d'une histoire passionnante qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne. 

L'action se déroule dans l'un de ces lieux clos que l'auteur affectionne. Une maison gigantesque, enclave mystérieuse au cœur de Paris, dotée d'un parc protégé de hauts murs, d'une immense verrière, de balustres et de colonnades. Une demeure baroque et inquiétante qui joue un rôle de premier plan. Presque un personnage à part entière.  

Ses occupants sont tout aussi déroutants. Un duo de névrosés, paranoïaques, maniaques et agoraphobes. Deux individus pitoyables qui ont en commun une enfance éprouvante où ils ne connurent que brimades et discipline. Leur histoire nous est contée par bribes, nous livrant ainsi les clés de leur personnalité et les motifs de leurs agissements présents. On apprend ainsi à connaître ces deux âmes blessées dont les relations sont au cœur du récit. Unis par une complicité forcée, ils se serviront l'un de l'autre jusqu'à ce que les circonstances en fassent des ennemis. Ils se livreront alors une lutte sans merci au cours d'un huis clos aussi étouffant que palpitant.  

Le décor planté et les acteurs identifiés, le spectacle peut alors commencer. A partir d'une idée somme toute assez basique, l'auteur va construire l'une de ces histoires abracadabrantes dont il a le secret. Cette fois-ci, c'est la taxidermie qui est à l'honneur. Un thème bien appétissant pour cet écrivain qui n'aime rien tant que martyriser les chairs et transformer les corps. Un thème qui va lui permettre de distiller ses trouvailles en un crescendo époustouflant.  

Tout commence avec Mareuil-Mondesco père et son amour immodéré de la chasse. Une passion qui le pousse à empailler ses trophées puis à les faire poser en des copulations choquantes et morbides.C'est ensuite la paranoïa du fils qui s'imagine devoir réparer les crimes deson père en offrant aux animaux naturalisés une compensation sous la forme de scalps humains. C'est enfin l'idée géniale et démente qui voit ces mêmes animaux accoucher de fœtus monstrueux dotés d'un appétit insatiable.  

Mais La meute, c'est aussi et surtout un roman sur la folie. Qu'elle soit passion dévorante pour la chasse, vengeance exacerbée, délire paranoïaque, elle est partout présente. Elle explique tout, du moins jusqu'à ce que le roman ne bascule définitivement dans un fantastique qui n'était alors qu'une hypothèse de cerveaux malades. A noter que, comme dans La nuit du venin, l'héroïne ne pourra rien contre le mal contenu dans les limites de la maison et qu'elle sera même le vecteur de sa propagation dans le reste du monde. 

Editions Gérard de Villiers - Serge Brussolo - 1990

 

10 juillet 2013

VUZZ... - P. A. HOUREY

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Un gigantesque aérolithe s'est écrasé à proximité de Paris, détruisant villes et villages et causant d'importants dégâts jusque dans la capitale. Mais le pire est toutefois à venir car le météore exhale une vapeur qui provoque l'apparition d'une pustule noire sur le visage de la victime, puis une léthargie conduisant inexorablement à la mort. L'épidémie a tôt fait de se répandre et Paris et sa région sont contaminés. Un journaliste et une équipe de chercheurs vont unir leurs efforts pour trouver le moyen de contrer l'étrange maladie.

"Vuzz..." est un roman qui fleure bon ses années cinquante. Un ton grandiloquent, des tournures de phrases désuètes et des héros aux personnalités caricaturales, qu'ils soient journaliste intrépide, fiancée dévouée ou vieux professeur bourru. Il s'agit néanmoins d'un roman catastrophe tout à fait convenable en dépit d'un découpage en trois parties de qualité assez inégale.

La première est sans doute la plus intéressante. En compagnie du journaliste Jacques Morfil nous nous aventurons sur les lieux dévastés par le météore et découvrons l'étendue des dégâts. Dans une ambiance d'exode, nous assistons aux progrès de la terrible maladie et à ses conséquences : la panique et les mouvements de foule, les populations trouvant le réconfort dans l'alcool ou la religion, des lieux désertés et, bien sûr, les inévitables scènes de pillage.

Puis nous changeons de décor et de personnages. Au cœur de Paris, dans les murs de l'institut de la recherche cosmique, l'équipe du professeur Thelme tente désespérément de trouver un remède à l'épidémie. Cela nous donne quelques chapitres extrêmement ennuyeux durant lesquels le biophysicien Noël Mayen joue les cobaye tandis que sa fiancée l'assiste de son mieux.

C'est dégoulinant de bons sentiments, une vraie guimauve. Tenez ! Goûtez-en un morceau : « Derrière la vitre, Hélène lui sourit. Ce visage adoré l'aide merveilleusement à supporter l'épreuve. En sa présence, il se sent moralement rénové, sa confiance, son énergie décuplées. Un héros de la science, un bienfaiteur de l'humanité, voilà ce qu'il veut-être pour elle ». Ecœurant, non !

L'auteur se rachète heureusement avec une troisième partie en forme de bilan matériel et humain du désastre. Il y sera aussi question des conséquences parfois inattendues de la catastrophe et notamment de l'enrichissement inattendu d'un fabricant de perles : une vrai petite leçon d'opportunisme et de capitalisme.

Quant à la fin du roman, elle est beaucoup moins convenue que l'on aurait pu s'y attendre et nous fait considérer d'un œil nouveau la nature du fléau qui s'est abattu sur Terre. Maladie, organisme vivant, arme extra-terrestre ? Toutes les hypothèses demeureront envisageables.

Gallimard - Le Rayon Fantastique - 1955

 

5 juillet 2013

LE CRI DU CORPS - CLAUDE ECKEN

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Fraîche émoulue de la fac de médecine de Montpellier, Aziki M'Bouhilé vient tout juste d'ouvrir son cabinet médical. Malgré son enthousiasme, les affaires ne sont pas florissantes et elle peine à rembourser les lourds emprunts qu'elle a contractés. Ces problèmes d'argent ne sont d'ailleurs pas les seuls. La secrétaire héritée de son prédécesseur est une vieille harpie qui lui mène la vie dure, son frère est un trafiquant de drogue recherché par la police et l'homme qu'elle aime un incorrigible séducteur. Et puis il y a Raymond Corlet, le petit homme falot qui vient la consulter presque quotidiennement pour toutes sortes de pathologies. Un malade imaginaire qui finit par l'agacer et dont elle cherche  désespérément à se débarrasser. Jusqu'au jour où il développeune étrange maladie...

Je me demande ce que ce livre peut bien faire dans la collection Anticipation du Fleuve Noir. Ce n'est pas de la SF, ce n'est pas non plus de la fantasy et c'est à peine si le fantastique y pointe le bout de son nez. Et encore faut-il faire la part de la métaphore.

De fait, ce roman nous parle avant tout de rapports humains, des relations que nous entretenons avec les autres, amis, famille, collègues et, plus généralement, de la difficulté à maintenir des liens sociaux dans notre société moderne.

Il y est d'abord question du couple patient/médecin. Claude Ecken décortique cette relation intime et ambiguë entre un malade qui souvent attend trop de son docteur et ce dernier qui pense tout régler avec une ordonnance.

En l'espèce, Raymond Corlet n'est pas un simple hypocondriaque. Son mal est beaucoup plus profond et s'il somatise d'une manière effarante c'est pour manifester sa complète inadaptation à la société. Il a une image de soi totalement dégradée et souffre de celle que la société lui renvoie ; une véritable peur sociale apparue à l'adolescence et qui n'a fait depuis que s'accentuer.

Une maladie que les médicaments seuls ne peuvent soigner comme va s'en rendre compte Aziki. Elle comprendra aussi que ses propres problèmes proviennent également d'un manque de communication, que ce soit avec son frère ou avec son ex.

Le cri du corps est donc un roman étrange qui ne parle ni de monstres ni d'aliens mais des démons que l'on porte en nous et qui s'avèrent peut-être plus difficile à affronter.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

30 juin 2013

UNE DERNIERE LUEUR - VINCENT KING

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Le héros du roman (on ne connaîtra jamais son nom) est l'un des derniers hommes libres à résister aux terribles envahs. Dans les fin fonds de la toundra où il a trouvé refuge il leur mène une guérilla sans merci mais aussi sans espoir. Après une embuscade au cours de laquelle il abat deux envahs et détruit l'un de leurs aérôdeurs, il est contraint de s'enfuir vers le sud. Ses faits d'armes l'ayant précédés, il est approché par les partisans de Craghead, un mutat qui souhaite sonner le vent de la révolte face aux envahs. Mais la situation est loin d'être aussi simple qu'elle le paraît.

L'intrigue de ce roman, c'est un peu le paradoxe de l'œuf et de la poule : lequel des deux a précédé l'autre. En l'espèce il s'agit de savoir qui des "mollusques", des humains ou des "originels" sont les premiers occupants de la planète et, incidemment, lesquels sont les envahisseurs.

Le récit s'ouvre sur un postulat tout simple : les humains ont été anéantis par de vilains extra-terrestres qui se sont ensuite livrés à des manipulations génétiques pour créer une race de serviteurs : les mutats. Le combat du héros nous semble donc tout à fait légitime et l'on espère en la réussite de son entreprise.

Puis, la découverte d'un vaisseau spatial visiblement construit par les humains, inverse la donne. Les envahisseurs ne seraient pas ceux que l'on croyait et les aliens (une sorte de colonie de moules accrochée à son rocher et dotée de pouvoirs psy) n'auraient donc fait que se défendre. Au temps pour nous.

Mais le mea-culpa ne dure pas longtemps. Des profondeurs de la planète surgissent les Originels qui, comme leur nom l'indique, seraient les seuls vrais autochtones. Les mutats seraient aussi leurs lointains descendants et non pas des humains transformés. Bon, d'accord.

Mais c'est pas tout ! Les personnages eux-même ne sont pas ce qu'ils semblent être. Certains mutats sont des humains déguisés tandis que le héros est, lui, un véritable mutat. Un mutat qui décide de servir les humains...avant de se retourner contre eux ! Vous me suivez toujours ? Non ? Aucune importance. Car en plus d'être confus le roman est insipide de bout en bout.

Rédigé dans un style «ras des pâquerettes» avec un humour potache qui ne fait rire que l'auteur, il ne vous procurera pas une once de plaisir. Seule sa petite critique (bien timide et en filigrane) du nationalisme et de la pureté ethnique et l'idée que les mélanges raciaux pourraient être un remède à ces maux sauvent le livre du néant absolu.

Le Masque SF - 1979

 

25 juin 2013

MYGALE - THIERRY JONQUET

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Quel rapport peut-il bien y avoir entre un riche chirurgien qui entretient des rapport sado-maso avec sa femme, un jeune braqueur qui se morfond dans sa planque et un individu kidnappé par un maniaque ? A priori, rien. Et pourtant ! 

"Mygale" est un roman tout à fait surprenant. En cent cinquante pages très denses, Jonquet nous captive avec une intrigue palpitante portée par une écriture dépouillée et une construction originale.

Nous suivons trois histoires parallèles et autant de personnages. La première nous est contée à la troisième personne et met en scène un couple étrange dans lequel un homme martyrise une femme-objet d'une étrange passivité. Les deux autres sont des récits à la première personne : celui de Vincent racontant son calvaire et celui d'Axel et ses espoirs d'avenir meilleur.

On est d'abord plongé dans le flou le plus complet.On se demande où l'auteur veut en venir et, si l'on apprend très vite que Vincent et Axel se connaissent, on ne voit pas bien le rapport entre la séquestration de l'un et le braquage de l'autre.

Et puis, petit à petit, les choses s'éclaircissent. Quelques indices se font jour, quelques coïncidences aussi. Puis les rapprochements s'opèrent jusqu'à la révélation finale où le passé rejoint le présent. On apprend alors que les choses n'étaient pas ce qu'elles semblaient être. On découvre surtout une vengeance d'un incroyable raffinement et la nature des liens qui unissent les trois protagonistes. Des liens de sang. Superbe !

Gallimard - Folio Policier - 1999

 

20 juin 2013

L'HETERADELPHE DE GANE - YVES FREMION

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Lorsque le royaume de Gane est envahi par les troupes de Modj, ses souverains tués et Ganelaan détruite, l'ermite Colloredo est contraint de quitter sa paisible retraite pour apporter aide et soutien aux héritiers de son pays martyrisé. Il entreprend alors un voyage incertain mais parsemé de rencontres qui l'amèneront à reconsidérer certains de ses jugements. Il se liera aussi d'amitié avec un célèbre trouvère qui l'accompagnera dans la plupart de ses pérégrinations.

Yves Frémion m'a fait battre un record en m'obligeant à dégainer mon petit Robert dès le titre de son roman. Il faut dire à ma décharge que ce n'est pas tous les jours que l'on croise la route d'un héradelphe, fut-il de Gane. Mais lorsque cela se produit, on ressort émerveillé de cette rencontre empreinte de poésie, d'humour et d'une once de philosophie.

C'est que la Fantasy de Frémion est de grande qualité. Intelligente, subtile et inventive, elle me rappelle à bien des égards le Khanaor de Francis Berthelot, notamment dans son recours à des personnages peu conventionnels et dans le choix délibéré de privilégier une relation distancée des évènements. En effet, s'il y a bien conflit entre deux nations ainsi que batailles, viols et pillages, l'auteur nous les fait découvrir, à de rares exceptions près, par le biais de récits ou par la vision de contrées dévastées.

Cette volonté de ne pas verser dans le roman guerrier, ni d'ailleurs dans la mythologie, les sorciers ou les magiciens, lui permet de s'attarder sur un autre aspect du roman de Fantasy : la création de pays imaginaires. Ce qui l'intéresse, c'est nous faire vagabonder dans des contrées étranges, nous faire découvrir les us et coutumes de populations variées, comprendre ce qui motive leurs actes, ce qui modèle leur tempérament.

A cet égard Yves Frémion fait preuve d'une imagination fertile avec une nette prédilection pour les aspects institutionnels. Nous apprendrons ainsi que le Prince de Sihan, sitôt élu par son peuple, est jeté à l'eau par le plus humble de ses sujets pour lui rappeler la fragilité de sa position ou que les juges et jurés de ce pays partagent un temps la captivité des condamnés pour prendre la mesure des peines qu'ils prononcent. Nous rencontrerons les temporisateurs qui ne prennent connaissance des évènements qu'à contretemps car ils se méfient des enthousiasmes ou des dégoûts trop prompts. Nous serons surpris par l'esclavage volontaire des buurmani troquant l'incertitude du lendemain contre le confort de la dépendance et plus encore par la coutume des moynes de Borda qui tuent à la fin de chaque hiver leurs chefs de village, mettant ainsi fin à toute lutte pour le pouvoir.

Mais je cause, je cause, et je m'aperçoit que n'ai toujours rien dit de ce fameux hétéradelphe dont vous brûlez sans doute de savoir quoi qu'est-ce que c'est. Et bien, pour faire simple, disons que c'est une sorte de frère siamois dont le corps se scinde à partir de la taille pour laisser apparaître deux bustes, l'un masculin, l'autre féminin. Deux être en un seul donc, mais dont les esprits sont étroitement connectés de telle sorte qu'il s'agit plus d'un individu avec une personnalité double que de deux individualités distinctes. Un être qui a beaucoup souffert de sa différence, fut un temps ermite mais se trouve aujourd'hui contraint de jouer un rôle de premier plan dans un conflit qui l'attriste et le dépasse.

Il sera heureusement secondé par Lambert de Machaut (cherchez la contrepèterie), le trouvère adulé, esprit fin jetant sur toutes choses un regard qui se veut plus désabusé qu'il ne l'est réellement et par la jolie Cayalina qui viendra s'immiscer dans leurs relations et créer ainsi un triangle amoureux pour le moins original.

Alors que dire de plus de ce petit roman si ce n'est qu'il est admirablement écrit et comporte de vrais morceaux de poésie et de profondes réflexions dont voilà qui vous donnera une petite idée :

«Il n'y a que deux choses qui aident un peuple à repartir : une, s'ouvrir au monde, ne pas se replier, laisser le progrès faire son chemin, l'encourager : deux, progresser par petites unités, par petits bonds. Une communauté, un petit village, va plus droit sur le chemin buissonnier du bonheur. Vouloir monter des grosses entreprises comme les draperies de Ganelaan, cela sert peut-être les nobles de la cour, mais cela ruine toute la cité quand cela ne marche pas ».

«Ils confondaient progrès et technologie. La technologie évolue, mais le progrès c'est autre chose, c'est ce qui fait que les êtres vivent mieux. Fabriquer des armes plus perfectionnées, c'est une technologie qui s'affine, mais cela n'est pas le progrès. Le progrès, ce serait d'inventer ce qui rendrait le combat inutile. Voilà pourquoi il faut savoir s'avancer dans une technologie perfectionnée mais en ayant toujours à l'esprit qu'elle doit servir une idée du monde, et non le contraire. »

« Nous sommes ainsi un mélange permanent d'horreur et de magnificence. Celui qui ne voit que l'une ou l'autre se trompe. Pour ma part je ne suis ni pessimiste, ni optimiste. Je suis un être vivant, c'est tout ; je regarde et j'agis selon mon esprit, selon ma pensée propre».

L'hétéradelphe de Gane a obtenu le prix J. H. Rosny Ainé en 1990 : c'est amplement mérité.

Editions de l'Aurore - Futurs - Science-Fiction - 1989

 

15 juin 2013

SYMPHONIE POUR L'ENFER - ALAIN VENISSE

fn-frayeur05-1994

Pour assouvir sa passion pour les vieux vinyls, Garry passe tous ces week-ends à écumer les puces de Saint-Ouen. Un jour qu'il fouine dans une boutique poussiéreuse il dégotte une très ancienne partition qu'il acquiert sans hésiter. Aussitôt, sa personnalité change du tout au tout. Il se met à boire, à fumer et passe son temps à jouer au piano l'étrange partition alors même qu'il ne connait pas le solfège. Pour lui venir en aide, sa fiancée et son meilleur ami envisagent toutes les hypothèses, y compris une influence maléfique... 

Pilier de cette collection Frayeur, Alain Vénisse est un honnête artisan. Qu'il évoque les loups-garous ou les morts-vivants, il le fait toujours avec beaucoup de professionnalisme mais aussi, il faut bien le dire, sans grande originalité. Et vous savez quoi  ? C'est encore une fois le cas.

Il avait pourtant sorti le grand jeu. Rien moins que les grands anciens. Vous savez, Cthulhu, Shub-Niggurath, Nyarlathothep et leurs petits copains. Malheureusement, les affreux du dépressif de Providence ne servent qu'à meubler le décor. Ils n'interviennent pas dans le cours du récit et laisse ce soin à Yagor, un vilain sorcier qui a trop lu le Nécronomicon et qui cherche à établir un pont entre leur monde et le notre grâce à une musique incantatoire.

Or donc, tout se résume à une banale histoire de possession par le truchement d'un objet maléfique. Une trame utilisée mainte et mainte fois dans la littérature fantastique. Transformation du héros sous l'emprise des forces démoniaques, étonnement et angoisse de son entourage puis sauvetage in extremis grâce à une chance de cocu. Bref, pas de quoi chatouiller un tentacule à Cthulhu.

Le roman reste néanmoins agréable à lire. Personnages, style, rythme, tous est OK. Manque juste un peu plus d'ambition.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

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