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26 octobre 2013

L'HOMME AUX MAINS DE CIRE - JULES CLARETIE

glenat-marginalia13-1978Jules Clarétie m'étant totalement inconnu, je suis allé wikipédier pour me faire une idée du monsieur. Né en 1840, mort en 1913. Romancier, historien, dramaturge et chroniqueur ; président de la Société des gens de lettres, vice président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, administrateur général de la Comédie Française et membre de l'Académie Française. Ouf ! Voilà un emploi du temps bien chargé mais qui, semble-t-il, lui a laissé le temps d'écrire quelques nouvelles.  

Celle qui donne son titre au présent recueil a pour thème le vampirisme. L'histoire commence de façon tout à fait classique sur un épisode de la vie aventureuse d'un jeune français. Tous les ingrédients inventés par le papa de Dracula sont évoqués : la Valachie, un mystérieux homme au teint cadavérique, une jeune victime, la vengeance du père, le pieux dans le cœur... rien ne manque à l'appel. Puis nous revenons à Paris où l'histoire va connaître un prolongement dramatique qui jettera un doute sur l'aspect fantastique du récit de Ange-Gontran de Rouvre (tu parles d'un blase !). Ce dernier va en effet reconnaître dans un jeune homme aux mains particulièrement pâles, le vampire rencontré des années plus tôt. Or, cet individu s'intéressant de près à sa fiancée, il sera poussé à commettre l'irréparable. Ceci dit, Ange-Gontran avoue lui-même croire au magnétisme, aux sorciers, aux nécromants, à la magie, au spiritisme, à la chiromancie, bref, à tout ce qui est inexplicable. Aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir sombrer dans une paranoïa sans doute suscitée par sa jalousie.

Bien que se déroulant aussi à Paris, le second texte présente toutes les caractéristiques du roman russe à la Pouchkine. Serge Soménof compose en effet un bel exemple de héros romantique. Tourmenté, passionné, révolté mais néanmoins respectueux de ses devoirs, écartelé entre son attachement au milieu aristocratique dont il est issu et son rejet d'un régime archaïque et violent. La nouvelle s'ouvre d'ailleurs sur un long portrait du jeune homme et sur quelques épisodes militaires de sa jeune mais déjà triste existence. Mais le drame qui va se dérouler a bel et bien pour cadre Paris. Celui de la bonne société avec son aristocratie et ses parvenus ; celui des demi mondaines et des jeunes filles sorties du couvent pour le mariage ; celui des querelles qui se vident sur le pré au petit matin. Or, c'est précisément d'un duel dont il sera question et des diverses tentatives dont usera Serge pour éviter à son ami une mort certaine. Ce récit écrit à une époque où les duels étaient encore monnaie courante est aussi un petit réquisitoire contre ces soit disant affaires d'honneur. Les réflexions de l'un des duellistes réalisant qu'il risque de tout perdre à cause d'un instant de colère illustrent bien le ridicule de cette coutume barbare.

Avec Le premier jugement de Salomon, nous changeons de cadre et d'époque. C'est la Judée au temps du bon roi David et de son jeune fils Salomon. Une petite nouvelle amusante où le futur roi réputé pour sa sagesse fait preuve d'humour et d'esprit.


Histoire d'une ganache est un récit très court ; à peine cinq petites pages. Pour sauver l'honneur de la femme dont il est amoureux, un homme endosse la paternité d'un autre en l'épousant. Ce faisant, il devient la risée du village et des environs. Il fera pourtant preuve d'un don de soi encore plus extraordinaire et prouvera par la même occasion qu'il n'est pas la ganache que l'on croyait.

Voilà donc quatre récits dans lesquels le fantastique et le merveilleux ne jouent aucun rôle mais où le destin est néanmoins aux commandes. Un sort qui se joue des actes des personnages, les transformant en de ridicules marionnettes dont les fils seraient tenus par des parques vicieuses. Chacune de ces histoires illustre aussi quelques uns des grands défauts de l'homme : la jalousie, le sens de l'honneur exacerbé, la soif de triomphe. «Vanité des vanités, tout est vanité » nous dit l'écclésiaste, à quoiJules Claretie fait écho : « Le cri de l'amour-propre parle quelquefois plus haut que celui de la conscience ».

Glénat - Marginalia - 1978

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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