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SF EMOI

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3 juillet 2017

LA PETITE FADETTE - GEORGE SAND

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Au hameau de la Cosse, les époux Barbeau sont les heureux parents de jumeaux. Les deux frères sont à ce point inséparables que lorsque leur père est contraint de louer les services de Landry à un fermier des environs, Sylvinet demeure inconsolable. Landry prend les choses moins à cœur. Il s’adapte plutôt bien à sa nouvelle vie et envisage sérieusement de se fiancer avec la jolie Madelon, la nièce de son maître. Sa rencontre fortuite avec Fanchon Fadet, une jeune fille à laquelle la rumeur publique prête tous les vices, va bouleverser sa vie et, incidemment, celle de son frère. 

« La petite Fadette » est le troisième - et à mon sens le meilleur - des grands romans champêtres de Georges Sand. C’est aussi une nouvelle déclaration d’amour au Berry, cette région qu’elle chérie entre toutes et qui lui semble une espèce de paradis originel où tout est simple et bon. Elle y emploie de nouveau ce style faussement naïf mâtiné de patois pour nous rapporter l'une de ces histoires paysannes comme il s'en raconte le soir à la veillée et qui tiennent à la fois du conte et du ragot de vieille femme. De commérage il est justement question et c’est un peu au procès de la médisance et des préventions fondées sur l'apparence et la réputation que nous sommes conviés. La dame de Nohant a beau aimer ces paysans berrichons et la rusticité de leurs mœurs, elle ne se prive pas de relever leurs travers et leurs mauvais penchants, l’avarice, l’appât du gain, l’intolérance...

Mais "La petite Fadette" c’est avant tout une très belle histoire d’amour ou, pour être plus précis, deux histoires. Celle qui se noue entre la petite héroïne et Landry et celle, différente mais tout aussi forte, qui unit ce même Landry à son frère jumeau. C’est d’ailleurs sur l’histoire des bessons Barbeau que s’ouvre le roman et nous les accompagnons de la naissance à l’heure de l'adolescence en découvrant la puissance du lien qui les attache l'un à l'autre et la passion quasi morbide de Sylvinet envers son frère. Cette première partie de l’ouvrage permet aussi de mettre en place le décor, un coin de nature idyllique avec ses jolies chaumières, ses prés et ses pâturages où les travaux des champs rythment la vie de tout un chacun.

Il faut donc patienter près de 80 pages – presque un tiers du roman - pour qu'apparaisse enfin Fanchon Fadet alias la petite Fadette, jeune sauvageonne dont la réputation souffre des mœurs légères de sa mère et des « sorcelleries » de son aïeule. L’histoire prend alors une autre tournure et c’est désormais le couple Fanchon/Landry qui occupe le devant de la scène. Nous assistons avec beaucoup de plaisir à l’éclosion et à l’évolution de leur relation. George Sand rend parfaitement les premiers émois et les tâtonnements de ces jeunes gens. La façon dont ils se cherchent et s’évitent, se taquinent à défaut de s’aimer encore est on ne peut plus crédible et la scène où ils se déclarent leur amour en se reprochant l’un l’autre leurs défauts est réellement inoubliable, un chef-d’œuvre de sensibilité et d’émotion.

Chemin faisant, c’est aussi le fantastique portrait d’une jeune femme indépendante et intelligente que nous brosse l’auteur. Plus que l’amour et la loyauté de Landry, c’est bien l’ingéniosité de Fanchon qui permettra aux deux amoureux de surmonter les obstacles et de rendre possible leur mariage. Avec beaucoup de finesse, elle saura changer de comportement et d'apparence pour rentrer dans le moule et renvoyer l’image que l’on attend d’une jeune fille de sa condition. Quant à la façon dont elle se joue du père Barbeau en lui dévoilant, l’air de rien, sa fortune soudaine, elle est digne du plus roué commerçant. Elle parviendra cependant à être acceptée et aimée pour elle-même, démontrant ainsi qu’il faut se garder des jugements hâtifs et, comme Landry, regarder au-delà des apparences.

Gallimard - Folio Classique - 2004

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27 juin 2017

LA DERNIER AUBE - PAUL BERNA

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Sept adolescents pensionnaires d’un centre équestre près d’Amboise entreprennent de rallier la Lozère à cheval pour participer à un rassemblement de jeunes cavaliers. Malheureusement, leur voyage coïncide avec l’irruption de la comète Kryla dans le système solaire. Une peur irraisonnée s’empare des populations et c’est avec bien des difficultés qu’ils parviennent dans les Cévennes où les attend un vieil original chargé de les héberger dans sa demeure millénaire. A peine installés, la comète frôle la Terre et provoque une chute vertigineuse de la température…

Paul Berna a beaucoup écrit pour la jeunesse et notamment quelques ouvrages de SF. "La dernière aube" fait partie de ceux-là mais je pense qu'il aurait aujourd’hui bien du mal à satisfaire de jeunes lecteurs. Sa fin ouverte, son style daté et surtout les réactions et le langage de ses jeunes héros ne manqueraient pas de faire sourire nos ados 2.0.

Le périple de Stève, Raphaël, Josette et les autres n'est cependant  ni mièvre ni fleur bleue. Leur bucolique randonnée équestre se transforme très vite en épopée survivaliste et les épreuves qui les attendent n'ont rien d'un sympathique jamboree. L’auteur leur évite toutefois les mauvaises rencontres qui pullulent habituellement dans tout post-apo qui se respecte. Ici, l'essentiel de l'intrigue repose sur leur capacité à faire face au froid glacial qui se répand sur la planète. C’est même le point fort de ce roman que de proposer une description minutieuse et crédible de cette glaciation éclair. Il nous propose ainsi quelques images saisissantes d’une France vide et silencieuse, recouverte d’un linceul blanc et seulement peuplée de statues de glace.

La façon dont les personnages échappent à l’étreinte du froid en trouvant refuge dans les cavernes situées sous une vieille commanderie templière occupe donc un bon tiers du roman. Paul Berna prend tout son temps pour nous conter par le menu les différentes phases de leur sauvetage, les affres de la faim, la recherche d’une source où s’abreuver et l’espoir qu’il faut conserver. Cette plongée dans les ténèbres au coeur du Causse de Sauveterre constitue sans conteste le point d'orgue de ce roman. C'est aussi une jolie métaphore sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, une sorte de seconde naissance après un séjour au sein de la terre nourricière pour retrouver à leur sortie un monde aussi  vierge et pur que la neige qui le recouvre désormais. L’occasion de faire table rase du passé et tout réinventer.

On sent que le monde des adultes et la société qu'ils ont mise en place ne recueillent pas les faveurs de l'auteur. Exception faite de l'ermite de l'hospitalou qui n'entretient d'ailleurs guère de rapports avec ses semblables, les adultes sont plutôt décriés : parents délaissant leurs enfants, populations moutonnières, individus violent ou apeurés, incapables de concevoir un nouveau mode de vie, « des résignés vivant sur les bribes d’une civilisation pourrie ».

Par opposition, ses jeunes héros sont parés de toutes les qualités. Volontaires, entreprenants, sensibles, altruistes, ils ne regardent pas vers le passé et se laissent porter par leur énergie : « …aller toujours de l’avant ! passer d’un abri à l’autre en visant chaque fois une amélioration possible, chercher et secourir d’autres compagnons au cœur pur, rebâtir une petite communauté qui s’agrandirait peu à peu sans retourner à la sauvagerie des premiers âges, et préparer enfin, si peu que ce fut, une renaissance étalée sur des millénaires. »

« La dernière aube » est donc un roman qui a incontestablement vieilli mais qui procure néanmoins un fort bon moment de lecture grâce à ses grandes qualités d’écriture.

Editions G. P. - Grand Angle - 1974

 

21 juin 2017

LE BOURREAU ET SON DOUBLE - DIDIER DAENINCKX

imagesA peine débarqué à Courvilliers, l’inspecteur Cadin est confronté à un double décès, celui de Claude et Monique Werbel, tous deux employés par les usines Hotch et accessoirement militants pour les droits des travailleurs immigrés. Les premières constatations laissent penser à un crime passionnel suivie d'un suicide. Mais l’inspecteur Cadin n’a pas l’habitude de se contenter des apparences…

A force d’être muté dans les patelins les plus déprimants de l’hexagone, l’inspecteur Cadin devait bien finir par échouer en banlieue parisienne. C’est chose faite avec ce volume qui le voit prendre ses quartiers à Courvilliers (La Courneuve ?) ville typique de Seine Saint Denis avec ses HLM, ses petits délinquants et sa forte population immigrée. Il y a aussi les usines Hotch, fleuron de l’industrie locale et principal employeur de la commune ou, présenté autrement, parangon du capitalisme et négrier des temps modernes.

Daeninckx fait en effet le procès de ces multinationales toutes puissantes qui croient pouvoir s’affranchir des lois et mener leurs petites affaires comme bon leur semble. Il met le doigt sur leurs pratiques déloyales, de la collusion avec le pouvoir au chantage à l’emploi. Il nous montre comment elles découragent  toute résistance grâce à des syndicats maisons à leurs ordres et des services de sécurité qui brisent et déconsidèrent ceux qui s’opposent à elles. Il montre enfin comment elles exploitent la misère du monde, « important » une main d’œuvre à faible coût qu’on laisse sur le carreau sitôt qu’un nouveau conflit ou une nouvelle catastrophe leur en fournit une autre, moins chère ou plus malléable, laissant à l’état et à la collectivité le soin d’assumer leurs responsabilités à leur place.

L’intrigue, elle, ressemble un peu à celle de « Meurtre pour mémoire » puisque  la solution de l’énigme est cette fois encore à chercher dans des faits vieux de vingt ans et parce qu’elle fait revivre les heures sombres de la colonisation française. Elle fait converger deux histoires, deux lieux et deux époques (le suicide d’un syndicaliste et le carnet de route d’un appelé du contingent pendant la guerre d’Algérie) pour mieux nous montrer la persistance de l’horreur et le poids du remord.

Quant à Cadin, il demeure fidèle à lui-même, plus dépressif et seul que jamais, affecté au service de nuit et partageant son lit avec un matou sans gêne. Ca s’arrange pas vraiment !

Gallimard - Folio Policier - 2005

 

15 juin 2017

COMME UN SEPULCRE BLANCHI - DOMINIQUE ARLY

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Gérard de Chanois est un propriétaire terrien qui vit confortablement de ses rentes dans son château provincial. Bien que déjà âgé, il n’a pas encore renoncé aux choses de l’amour et se laisse aller de temps à autre à quelques privautés sur sa femme de chambre. Aussi, lorsque la ravissante nièce de son intendant vient passer quelques jours dans sa vieille demeure, il tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme au point de faire siennes toutes ses lubies. La jolie Liliane est en effet persuadée d’avoir trouvé dans la chapelle castrale le tombeau de Joseph Balsamo. Depuis, elle croit être guidée par le célèbre alchimiste dans la réalisation du Grand œuvre.  

Deuxième volume de Dominique Arly paru au Fleuve Noir Angoisse, « Comme un sépulcre blanchi » a beaucoup de point commun avec « Les revenantes » qui le précédait de quelques mois seulement au catalogue de la collection à la tête de mort. Les deux romans partagent en effet le même décor (une vieille demeure médiévale dans une petite bourgade provinciale), la même ambiance (un quasi huis-clos dans ledit château) et un même procédé narratif (la confession du principal protagoniste de l’histoire).

Quant à l’intrigue, elle semble presque calquée sur celle des « Revenantes » puisqu’il s’agit là encore d’une histoire de manipulation mentale sur fonds de manifestations surnaturelles et d’évocation d’esprits. Après Barbe bleue et Gilles de Rais, c’est cette fois le fantôme du célèbre comte de Cagliostro qui est appelé à la rescousse. On est donc plongé dans l’univers du célèbre aventurier et on enchaine allègrement les séances de spiritisme et de possession démoniaque. Toute la panoplie de l’apprenti alchimiste est également de la partie avec moult vieux grimoires, athanor et plomb changé en or… et vice versa. Car les expériences de Gérard de Chanois et de ses compagnons vont avoir une fâcheuse tendance à échouer et les réserves de métal précieux du vieux hobereau à fondre comme neige au soleil.

A ce point du récit vous vous direz sans doute que le pauvre homme est en train de se faire plumer par deux arsouilles. Peut-être ? Mais sachez tout de même que le roman se termine sur une jolie pirouette et que, comme dans la fable, tel est pris qui croyait prendre. Le lecteur le premier qui, sûr de lui, commençait à penser que l’auteur était en panne d’imagination. Bien joué monsieur Arly !

Fleuve Noir Angoisse - 1966

9 juin 2017

COLZA MECANIQUE - KARIN BRUNK HOLMQVIST

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Hening et Albert, deux frères de 68 et 73 ans, vivent paisiblement dans leur maisonnette perdue au fin fonds de la campagne scanienne quand leur tranquillité est mise à mal par deux évènements inattendus : l’installation d’un centre de désintoxication pour femmes et la découverte dans un champ voisin de traces attribuées à des soucoupes volantes. L’effervescence gagne la petite communauté rurale et nos deux bonhommes vont avoir fort à faire pour conserver intact leur mode de vie. 

Jusqu’à présent lorsque je voulais ma petite dose d’humour scandinave je me tournais invariablement vers le finlandais Arto Paasilinna ou le danois Jorn Riel. Avec « Colza mécanique » j’ai découvert qu’il pouvait aussi être suédois. Karin Brunk Holmqvist ne fait toutefois pas dans la bonne grosse loufoquerie ou dans le gros rire qui tâche. Elle nous offre plus modestement une petite chronique villageoise qui met de bonne humeur. Cela ne l’empêche pas de nous donner un joli florilège de scènes cocasses et n’exclut pas non plus un peu de satire sociale.

Pour ce faire elle a appelé à la rescousse deux personnages assez inhabituels. Les frères Anderson n’ont en effet rien de très glamour. Ce sont deux vieux garçons de près de 70 ans qui n’ont jamais quitté leur village natal et qui vivent chichement de leur maigre pension et des petits boulots que leur confie le châtelain local. La description de leur quotidien occupe une grande place dans l’histoire non seulement parce qu’il est tout à fait pittoresque et prête à sourire mais aussi parce qu’il offre un contraste saisissant avec le mode de vie moderne. Et c’est précisément l’irruption de cette modernité dans leur petite existence bien réglée qui va être source de multiples quiproquos et de non moins nombreux bouleversements.

Dans ce monde et cette société qui changent beaucoup trop vite, Henning et Albert, sont comme deux repères, deux chênes centenaires bien enracinés dans leur terroir et leurs habitudes. Leur vie toute simple, dénuée de confort paraît d’abord rétrograde avant que l’on ne se rende compte que, tout bien considéré, c’est peut-être la nôtre qui ne tourne pas bien rond. Que penser en effet d’une société où les jeunes filles s’alcoolisent, où les journalistes sont à l’affût de sensationnel, où les policiers croient aux soucoupes volantes et où les élus s’apprêtent à mettre une région sans-dessus-dessous pour créer quelques emplois alors que la bourgeoisie du cru embauche des ouvriers polonais !

Nos deux papys, eux, continuent de vivre en accord avec leur environnement et en bonne entente avec leurs concitoyens. Ils ne cherchent pas le profit, la célébrité ou les honneurs. Le peu qu’ils possèdent suffit amplement à leur bonheur avec, par-dessus tout, la joie d’être ensemble et de partager.

« Colza mécanique nous donne une petite leçon de vie et d’humilité et par les temps qui courent ça fait plutôt du bien !

Mirobole Editions - 2017

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3 juin 2017

TREMBLEMENT DE TERRE - RUDOLPH WURLITZER

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Depuis le temps qu’on l’attendait il a enfin pointé le bout de son nez. Et le reste avec. Qui ? Le Big One bien sûr ! Le bon gros tremblement de terre qui vous ratatine Los Angeles et la Californie en une poignée de minutes. Au milieu des ruines, dans le bordel sans nom qui suit la grande frousse, la lutte pour la survie prend le pas sur la philanthropie et les bonnes manières. La violence aveugle et l’esprit de meute sont de retour…

Initialement paru en 1976 sous un titre (Quelle secousse !) et une couverture beaucoup plus provoc, c'est sous son titre original que ce roman de Rudolph Wurlitzer a été réédité par les éditions Christian Bourgeois. Pour autant son contenu est toujours aussi transgressif et outrancier et en cela bien représentatif de ce qui se faisait dans les seventies.

Est-ce l’atmosphère de libération sexuelle ou la peur de la fin du monde que faisait alors peser la menace nucléaire mais c’est une histoire totalement radicale que nous propose l’auteur, joyeusement libertaire et résolument nihiliste. Pas de paragraphes, pas de chapitres, rien qu’un long texte entrecoupé de dialogues. Une succession de séquences fortes, sans ordre ni raison, sans causes ni conséquences.

Une vision absolument chaotique de la société ou plutôt de ce qu’il en reste car, en même temps que s’écroulent immeubles et buldings, c’est toute la structure sociale qui s’effondre. Les corps constitués et toute autre forme d’autorité disparaissent laissant les personnalités libres de s’exprimer sans contraintes (« Une petite parenthèse de dépravation où nous pouvons nous ébattre à notre guise »). Et comme on pouvait s’en douter, c’est le pire qui se révèle. Orgies, viols, tortures, exécutions sommaires, l'homme retourne très vite à sa nature animale, laissant libre cours à sa frénésie sexuelle et reprenant la lutte atavique pour le territoire.

"Tremblement de terre" est donc un roman surprenant, une peinture ultra réaliste d'un lâcher prise généralisé dont on se demande toutefois l’utilité. L’auteur ne pose aucune question, n’apporte aucune réponse et n’initie pas la moindre intrigue. Un exercice un peu vain…

Christian Bourgeois - Collection Fictives - 1995

 

28 mai 2017

LE LIVRE DE SWA - DANIEL WALTHER

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Après la « Grande Déflagration » et la terrible « Guerre de Cristal » qui suivit, la Terre est revenue à sa sauvagerie primitive. Seuls subsistent quelques îlots de connaissance jalousement conservés dans des forteresses gouvernées par une oligarchie religieuse. Jeune apprenti promit à un brillant avenir, Swa trahit les siens et livre sa Citadelle à la horde de Visage-de-l’Ours, un chef nomade en qui il a décelé les qualités d’un dirigeant charismatique et impartial. Poursuivi par la vindicte des zélateurs du Grand Serpent, il doit fuir dans le Nomansland, territoire immense et dangereux qui conserve intactes les séquelles des cataclysmes passés. 

Cette trilogie parue au Fleuve dans les années 80 est l’une des rares incursions de Daniel Walther dans le domaine de la Fantasy. Encore s’agit-il d’une Fantasy timide où la SF n’a pas abdiqué tous ses droits mais qui respecte néanmoins la plupart des codes du genre. Les combats ont lieu à l’arme blanche, il y a des chefs de guerre et de bien méchants religieux et l’histoire s’ouvre sur le traditionnel apprentissage d’un jeune héros promis à un grand destin.

Après un premier tome très conventionnel mais néanmoins bien mené qui se termine sur la promesse d’une confrontation entre deux camps et deux modes de vie, l’histoire s’enlise quelque peu. Les deux volumes suivants traînent en longueur sans pour autant apporter beaucoup de nouveauté, se résumant à une succession de rencontres, presque toujours mauvaises.

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Swa et ses deux compagnons ne cessent de tomber de Charybde en Scylla et l’on ne compte plus les fois ou tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt les trois, se retrouvent prisonniers et doivent subir les sévices de leurs geôliers. Ils seront notamment captifs d’une vieille folle et de ses mutants assoiffés de sang, de robots pas si bêtes mais trop disciplinés et de peuplades nomades où ils subiront les derniers outrages.

Ils font aussi d’autres rencontres moins déplaisantes mais tout aussi répétitives pour le lecteur. Elles permettent cependant de se faire une idée de ce qu’est devenu le monde après une lointaine apocalypse. L’auteur confronte ses personnages aux débris de l'ancienne civilisation, leur faisant ressentir ce qu’elle pouvait avoir de superbement évolué mais aussi d’immensément dangereuse. Swa se frottera ainsi à divers peuplements humains qui survivent tant bien que mal des vestiges du passé mais dont l’avenir s’assombrit de jour en jour.

Car, et c’est une habitude  chez l’auteur, « Le livre de Swa » nous parle de lutte entre civilisation et barbarie, connaissance et ignorance. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ses faveurs ne vont pas forcément aux tenants de la science. Les sociétés évoluées y sont décrites comme corrompues et proches de sombrer tandis que la sauvagerie des jeunes peuplades, sa force brute et destructrice semble porteuse d’un renouveau violent mais salutaire. Bref ses avis sont partagés.

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Pour le reste on se rend compte que Daniel Walther s’est beaucoup amusé à rédiger cette trilogie. Cela se sent notamment dans les noms donnés à certains personnages (Lord Vashar) ou à la longue litanie des titres de Dunja IV de Mahagonny Dumdum, Grande-Duchesse de Carniole, souveraine de Cambrie et régente d’Estrellasz qu’il aime à égrener tant et plus. Ce style un peu précieux ainsi que son goût pour les ambiances baroques et luxurieuses aident heureusement à surmonter l’absence d’une réelle intrigue et nous permettent d’arriver au terme de l’histoire sans trop d’ennui.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

 

21 mai 2017

LES CAVALIERS DE LA PYRAMIDE - SERGE BRUSSOLO

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Antonus Crassus Samsalla est à la recherche du trésor d’Ankhnoût qui, selon la légende, serait caché dans les tréfonds d’une pyramide elle-même engloutie dans une poche de sables mouvants. Pour mener à bien son entreprise il lui faut décrypter des hiéroglyphes quasi effacés par l’usure du temps et la seule personne capable d’une telle performance, est une jeune femme sévèrement gardée dans un temple. Il confie son enlèvement à Junia et Shagan, la paire de mercenaires la plus redoutable d’Egypte… 

Serge Brussolo a beau être pourvu d’une imagination époustouflante, il lui arrive parfois d'être moins inspiré et de recycler certaines idées ou certains personnages. C’est le cas avec ce roman dans lequel on retrouve le duo Julia/Shagan, les héros du dyptique du Roi Squelette. Il se permet même de reprendre mot pour mot le récit des origines du cul de jatte et de l’ogresse, s’assurant ainsi une soixantaine de pages à peu de frais.

Tanita Taït est en revanche un personnage tout à fait neuf. Elle rappelle cependant beaucoup celui d'Anouna, l'héroïne des deux volumes que l’auteur a consacré à l’Egypte ancienne (Le labyrinthe de Pharaon & Les prisonniers de Pharaon). Une différence toutefois, Tanita Taït n’a pas d’odorat surdéveloppé mais est dotée d’un sens du toucher et d’une ouïe exacerbés. Quant à l'intrigue, elle reprend plus ou moins celle du premier de ces deux romans puisque nous sommes encore une fois lancés dans une chasse au trésor dans le désert égyptien puis à l’intérieur d’une pyramide recelant quantité de pièges et de périls. 

Bien que dieux, divinités, sorcières et autres fantômes soient fréquemment évoqués, l’histoire ne fait que flirter avec le fantastique. On est incontestablement en présence d’un péplum quand bien même l’Egypte de Brussolo est plus fantasmée que franchement réaliste. Il nous donne cependant ce qu’il faut d’éléments et de détails (vestimentaires, alimentaires, religieux…) pour que  l’immersion soit suffisamment crédible.

Les égyptologues ou, plus modestement, les amateurs de Christian Jacq, seront sans doute déçus d’autant qu’il se permet aussi quelques fameux anachronismes (le scaphandre, les chars à voiles). Mais cela n’est pas bien grave puisqu’au bout du compte, le maître nous régale une fois de plus d’idées aussi grandioses que ridicules : une pyramide coulée dans des sables mouvants, une carte au trésor auditive ou un défilé au vent si abrasif qu’il écorche jusqu’à l’os quiconque a le malheur de s’y hasarder : qui dit mieux !

Le livre de poche - 2004

14 mai 2017

CARNAGE - CRAZY FARMER

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Clotide et Vanessa viennent d’emménager dans une vieille ferme des Ardennes où elles rêvent d’ouvrir un lieu de culture alternative, un endroit qui leur corresponde, indépendant et atypique. Mais deux jolies nanas seules dans un coin paumé ça suscite forcément des interrogations… et des envies. 

A la lecture du pitch de ce 19ème opus des éditions Trash, je m’attendais à un roman gore on ne peut plus classique, mettant en scène des citadins confrontés à des culs-terreux arriérés façon « Délivrance ». Ce en quoi je ne m’étais guère trompé même s’il me faut avouer que l’auteur est parvenu à me surprendre en détournant légèrement les codes de ce genre de littérature.

Il faut d’abord souligner le fait que Crazy Farmer (un pseudo de circonstance) n’est pas tombé dans l’excès. Si certains passages sont particulièrement éprouvants, le nombre de scènes de violence demeure finalement assez limité. Six morts en tout et pour tout, ce n’est vraiment pas beaucoup pour les amateurs d’hémoglobine. Idem côté sexe puisque, excepté quelques attouchements saphiques, on ne dénombre qu’une malheureuse scène de cul, deux si l’on compte les amours zoophiles de l’un des personnages ! Cela n’empêche toutefois pas « Carnage » de nous fournir quelques séquences bien cracra et très « visuelles » dont un dépeçage en règle réalisée par les deux charmantes héroïnes en tenue d’Eve.

C’est d’ailleurs la façon dont l’auteur utilise ces jolies demoiselles qui donne au récit toute son originalité. Dans le roman gore, les femmes jouent la plupart du temps le rôle de victimes et la violence, la perversion ou la domination y sont presque toujours l’apanage des hommes. Ici, c’est exactement le contraire puisque, perversité mise à part, tous les meurtres sont à imputer à Clotilde ou Vanessa. Renversement de point de vue ? Girl power ? Pas vraiment car si nos deux lesbiennes deviennent meurtrières, c’est à leur corps défendant et pour tout dire un peu par hasard. 

Les circonstances de leurs premiers assassinats sont même carrément burlesques et je dois dire que c’est un ton que j’aurais aimé voir perdurer. Mais cet humour décalé reflue très vite pour se réfugier presque exclusivement dans les titres des chapitres ou dans les monologues intérieurs d’un abruti consanguin. C’est peu mais néanmoins suffisant pour faire de « Carnage » un gore rondement mené qui remplit pleinement son rôle : deux heures d’une lecture bien sympa.

Trash Editions - 2016

10 mai 2017

L'ILE D'EVE - EDGAR WALLACE

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A la fin du XIXème siècle, un aventurier américain met sur pied une incroyable opération visant à s’approprier un minuscule îlot perdu au milieu de l’Atlantique. Une fois parvenu à ses fins, il n’aura de cesse d’en faire un état indépendant. 

Sympathique petit roman qui nous conte avec un peu d’action et beaucoup d’humour, de quelle manière un homme parvient à réaliser un rêve insensé.

L’un de ses principaux attraits réside dans son mode de narration. L’histoire nous est en effet dévoilée au travers des témoignages de plusieurs des acteurs de cette aventure, ce qui donne un peu de distance à la narration et lui apporte un vernis de réalisme.

Pour le reste, on ne sera guère surpris par une intrigue qui suit son petit bonhomme de chemin entre réceptions mondaines et détournement de navire, course hippique et chasse au trésor.

Nouvelles Editions Oswald - Le Miroir Obscur - 1988

5 mai 2017

LE DIEU CARNIVORE - CLARK ASHTON SMITH

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Des sept volumes parus chez Néo j’ai déjà lu « Ubbo- Sattlah » et « Les abominations de Yondo ». Je suis donc  familiarisé avec l’écriture pointue et rigoureuse de M. Smith ainsi qu’avec les différents cycles (Zothiques, Poseidonis, Averoigne…) auxquelles se rattachent la plupart de ses nouvelles. Le présent recueil se distingue toutefois par le fait qu’il nous propose huit récits qui, justement,  n’appartiennent à aucun de ces cycles. Quatre nouvelles fantastiques et quatre autres qui s’apparentent à la SF. Des textes la plupart du temps horrifiques et angoissants mais dont l’humour n’est cependant  jamais totalement absent. 

C’est Genius Loci qui ouvre le bal par une histoire de lieu hanté. Non, pas de maison ni de château écossais mais une mare perdue au milieu des prés. Un cadre bucolique propice aux idylles mais qui, sous la plume de Smith, prend des allures de cloaque immonde suscitant chez ceux qui s’en approche des visions morbides qui les poussent au suicide.

Le paysage aux saules a la candeur et la fraîcheur d’un conte pour enfants. Dans la Chine impériale, un vieil érudit est contraint de vendre un à un les trésors dont il a hérité : jades, ivoires, porcelaines. Pourras-t-il  se résoudre à se séparer d’une huile sur soie représentant un paysage agreste où il aime à vagabonder par la pensée ?

Le neuvième squelette et Les cendres du passé sont deux histoires dans lesquelles le narrateur vit une expérience extra lucide : vision du passé pour la première, prémonition pour la seconde. 

Suivent quatre récits de science-fiction : 

Le monde éternel fait irrésistiblement songer à « La machine à explorer le temps ». Comme dans le grand roman de H. G. Wells, un savant parvient à construire un appareil qui lui permet de voyager vers le futur. Une erreur de calcul le projette « au-delà du temps, aux confins d’univers oubliés, là où le temps n’existait peut-être même plus et où, par conséquent, rien ne pouvait jamais se produire. » Un concept intéressant mais pas assez fouillé, l’histoire reprenant trop vite une tournure beaucoup plus conventionnelle.

Science-fiction très classique aussipour La cité première qui nous offre un récit de cité perdue,  protégée par une terrible malédiction. Un texte beaucoup trop court pour accrocher le lecteur en dépit  de descriptions assez convaincantes.

Si Vulthoom ne figurait pas dans un recueil consacré à C. A. Smith, je l’aurais attribué sans l’ombre d’une hésitation à C. L. Moore tant le cadre, l’intrigue et le ton ressemblent à ceux des nouvelles qu’elle a composé pour « Shambleau ».La planète rouge,une demeure sinistre qui dissimule des secrets millénaires, un être aussi puissant que dangereux, deux héros en quête d’aventure… on se croirait bel et bien dans l’une des aventures de Northwest Smith et Jarol. Une différence toutefois, l’histoire se termine mal pour les deux héros.

Dans Mutation cosmique, le pauvre Lemuel Sarkis ne s’en sort pas mieux même si lui est victime de la sollicitude des habitants de la planète Mlok et non de leurs visées expansionnistes ! 

Des trois récits « médiévaux » issus du cycle d’Averoigne, La vénus de Périgon est le plus intéressant grâce à son double niveau de lecture. Peu après la découverte de la statue d’une déesse païenne dans le potager d’une abbaye, un certain relâchement des mœurs est constaté chez la plupart des frères. Un puissant sortilège émane-t-il de la Vénus ou bien sont-ce ses rondeurs de marbre qui tourneboulent les pensées de moines sevrés des plaisirs de la chair ?

Le colosse d’Ylourgne est un classique de l’œuvre de Smith puisqu’il met en scène un redoutable nécromant qui ourdit une terrible vengeance contre les habitants de la ville qui l’a rejeté. Rien de très nouveau mais quelques jolies scènes de ce fameux colosse ravageant une contrée pacifique.

Le satyre est un agréable récit qui nous conte l’infortune conjugale du Seigneur de la Frénaie. Mais alors que l’on pense assister au récit de sa vengeance, Smith passe en un rien de temps de la tragédie à la comédie en introduisant un troisième larron qui vient ridiculiser les deux rivaux ! 

Zothique est un univers qui emprunte à la fois à l’Egypte ancienne et aux contes des mille et une nuits. Rois tous puissants, vils sorciers, jeunes vierges et guerriers courageux évoluent dans un décor oriental fantasmé aussi plaisant à l’œil que dangereux.

Le jardin d’Adompha en est le meilleur exemple qui nous emmène visiter le paradis secret du roi de Sotar, un parc orné d’arbres sur lesquels des morceaux de corps humains - nez, cheveux, seins, mains ou oreilles – ont été greffés grâce à la magie du sorcier Dwerulas…

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Le dieu carnivore nous propose une aventure qui aurait pu être vécue par le célèbre barbare de R. E. Howard. A Zul-Bha-Sair, cité vouée au culte du Dieu Mordiggian auquel sont offerts les cadavres de tous les défunts, Phariom a fort à faire pour récupérer le corps de son épouse cataleptique. Atmosphère angoissante, culte mystérieux et sorciers félons sont à l’honneur dans ce texte où l’action est aussi bien présente. 

Des combats encore avec Le Supérieur noir de Puthuum qui nous emmène à la suite de deux guerriers chargés d’escorter la nouvelle favorite de leur souverain. Dans les profondeurs sauvages et désolées du désert d’Izdrel, Zobal et Cushara vont affronter les maléfices d’Ujuk, fils d’un moine et d’une lamie. Une nouvelle animée qui se conclue sur une note féministe. Si, si !

La fileuse de momies est en revanche beaucoup plus sombre. Sur ordre de leur roi, trois soldats doivent récupérer une momie enfouie dans les ruines de la cité maudite de Chaon Gacca. Une fin funeste les y attend… 

Nouvelles Editions Oswald - 1987

30 avril 2017

MEURTRES POUR MEMOIRE - DIDIER DAENINCKX

 

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Le 17 octobre 1961 à Paris, un professeur d’histoire qui s’attarde à regarder les affrontements entre CRS et indépendantistes algériens est assassiné d’une balle dans la tête. Vingt ans plus tard à Toulouse, son fils, est abattu en pleine rue. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Cadin incline à penser que les deux affaires sont liées et que pour trouver l’assassin du fils, il faut  d’abord trouver celui du père.  

Après l’Alsace et le Nord, c’est sous le soleil toulousain que l’inspecteur Cadin mène sa troisième enquête ou, plus justement, qu’il l’entame puisque ses investigations l’obligeront à de fréquents aller/retour à la capitale. La ville rose sert donc surtout de cadre à des péripéties  plus légères (un braquage amusant et les canulars politiques des situationnistes) qui viennent alléger une atmosphère parfois pesante.

Selon un scénario déjà utilisé dans les autres aventures de son flic neurasthénique, l’auteur commence par nous embarquer sur une fausse piste. Cette fois, c’est la guerre d’Algérie et en particulier ses échos sur le sol français qui sert de fil rouge à son intrigue. Cela lui permet de nous parler d’un sujet qui lui tient manifestement à cœur à savoir la violente répression des manifestations du 17 octobre 1961 au cours desquelles de nombreux algériens perdirent la vie.

J’avais déjà eu connaissance de cet épisode peu glorieux de notre histoire récente mais la peinture qui nous en est faite est glaçante. La bêtise et la méchanceté gratuite dont font preuve les forces de l’ordre mais aussi les « honnêtes citoyens » est proprement horrible. Une horreur à laquelle une autre, commise vingt ans plus tôt, viendra répondre un peu plus loin. Une façon de rappeler que le racisme et la haine sont de tous les pays et de toutes les époques.

Outre ses qualités intrinsèques, ce roman revêt pour moi un intérêt complémentaire puisqu’une bonne partie de son histoire se déroule à Paris, rue Notre-Dame de Bonne Nouvelle à l’ombre de l’église du même nom où je fus baptisé, confirmé, communié (à l’insu de mon plein gré, je tiens à le préciser !), bref dans le quartier de mon enfance où je résidais encore lorsque Daeninckx écrivit son roman au début des eighties. Il y a d’ailleurs de nombreuses références à cette époque avec notamment le journal télévisé de Yann Maroussi, le Rubik-cub et les jeux électronique Banzaï (les plus vieux corrigeront d’eux même l’orthographe volontairement inexacte de ces noms). Cela m’a donc permis de visualiser parfaitement les déplacements des personnages et de constater le sérieux du travail de reconstitution de l’auteur.

Signalons encore, c’est assez rare pour le relever, que nous avons ici un Cadin plus joyeux qu’à l’ordinaire et qui s’offre même le luxe d’une gentille amourette. Aurait-il retrouvé confiance dans le genre humain ?

Folio Policier - 2007

 

23 avril 2017

LE PRONOSTIQUEUR - JOEL HOUSSIN

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Luc Gérin travaille pour « Galop d’or », un journal spécialisé dans les courses hippiques dans lequel il tient la rubrique des pronostics. Mais cela fait un bail qu’il n’a plus donné le moindre résultat, pas même un petits tiercé dans le désordre et, s’il ne couchait pas avec la fille du patron, il pointerait au chômage depuis longtemps. Aussi, lorsqu’il reçoit un courrier avec la liste des vainqueurs de la prochaine réunion, il ne peut s’empêcher d’y accorder un peu d’intérêt. Mauvaise blague ou signe du destin ? Luc va apprendre à ses dépens que la chance est une maîtresse volage. 

Sur les deux mille titres que compte la collection Anticipation il en est certains dont on se demande bien pourquoi ils ont été publiés sous cette étiquette. C’est le cas de ce roman de Joël Houssin qui a beaucoup plus à voir avec le roman policier que la science-fiction.

Il y a bien un argument qui flirte avec le roman d'anticipation mais il est extrêmement ténu. La fiction a d’ailleurs été rattrapée par la réalité car, si la miniaturisation des ordinateurs et les études sur le cerveau en étaient encore à leurs balbutiements en 1981, les choses ont considérablement évoluées depuis.

C'est donc une intrigue policière extrêmement classique qui nous attend avec ses flics, ses truands et ses journaleux. Il y est question de meurtres, de chantage et d’une gigantesque escroquerie aux paris hippiques.

L’immersion dans l’univers des courses est pour le coup tout à fait crédible et nous découvrons avec pas mal de détails un milieu assez nauséabond où gros sous et magouilles fleurissent allègrement sur le crottin des purs sangs.

Tout cela nous est raconté dans un style tout simple mâtiné d’un argot qu’on croirait tout droit sorti de chez Michel Audiard et qui donne au récit une note d’humour qui est sans doute son meilleur atout.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

7 avril 2017

FLEUR DE TONNERRE - JEAN TEULE

sans-titreHistoire de la très longue et bien remplie carrière criminelle d'Hélène Jégado, cuisinière hors pair et empoisonneuse hors norme. 

Au vu de ses derniers romans Jean Teulé semble se spécialiser dans les biographies romancées de  personnages historiques. Après François Villon, le marquis de Montespan ou Charles IX, il s'attaque cette fois à une obscure meurtrière bretonne.

Hélène Jégado est en effet une illustre inconnue. Elle est pourtant l'une des plus grandes tueuses en série que la France ait compté. A côté d'elle, Marie Besnard fait figure d'apprentie empoisonneuse et Landru d'enfant de coeur. Sa soupe aux herbes ou ses gâteaux à l'angélique ont fait passer de vie à trépas la quasi totalité des curés et petits bourgeois qui eurent recours à ses talents de cuisinière. De son Morbihan natal jusqu'en Ile et Vilaine et en passant par ses Côtes qui n'étaient pas encore d'Armor, elle a semé les cadavres, n'épargnant ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. Une mortelle randonnée de près de quarante ans au cours de laquelle elle commit près d'une cinquantaine d'assassinats.

Mais plus que le nombre de ses victimes c'est sa personnalité qui en fait une serial kileuse à part. Hélène Jégado est un pur produit de l'illettrisme, de l'obscurantisme et de la pauvreté qui règnent encore dans cette Bretagne du début du XIXème siècle. Une terre miséreuse où les paysans tirent à peine de quoi subsister d'un sol ingrat. Une région certes convertie à la religion catholique depuis belle lurette mais où les pratiques païennes ont la vie dure. Nourrie dès son plus jeune âge de folklore et de légendes, abreuvée à outrance de fées, korrigans et autres poulpiquets, Hélène a été traumatisée. A un point tel qu'elle a fini par s'identifier à l'Ankou, le collecteur d'âmes de la tradition celtique dont elle va reprendre à son compte la sinistre besogne.

Sa promenade funèbre dans cette Bretagne arriérée est ce que le roman nous propose de mieux. Nous découvrons en sa compagnie la façon dont vivent les habitants de cette région reculée ainsi que de bien étranges coutumes : s'arracher une mèche de cheveu (cuir chevelu compris) pour se punir d'une vilaine action, implorer Notre Dame de la Haine pour obtenir la mort d'un ennemi ou fouetter la statue de Saint Yves pour lui faire payer les malheurs qui vous accablent, voilà bien des pratiques d'un autre âge.
Malgré tout, le roman est ennuyeux. La longue litanie des méfaits de la Jégado finit par devenir lassante. Ses assassinats comme ses victimes se ressemblent tous et seuls deux passages, l'un dans un couvent, l'autre au bordel, viennent rompre pour un temps la monotonie qui s'installe.

Heureusement, l'humour pince sans rire de Jean Teulé est au rendez-vous et parvient à rendre presque drôles les scènes les plus affreuses. Sous sa plume, les contorsions des pauvres victimes deviennent grotesques et leur trépas tourne à la farce. Il y a aussi ce gimmick qui revient tout au long du roman en la personne de deux perruquiers normands qui vont faire les frais de tant de celtitude.

Julliard - 2013

 

1 avril 2017

CES CHOSES QUE NOUS N'AVONS PAS VUES VENIR - STEVEN AMSTERDAM

foliosf436-2012

De la crainte du bug de l’an 2000 aux conséquences angoissantes du réchauffement climatique, l’auteur nous propose une succession de tableaux d'un avenir si ce n'est probable, du moins totalement plausible.

Difficile de faire du neuf en matière de post-apo. Que ce soit au niveau des causes du cataclysme ou de ses conséquences, on a déjà eu droit à toutes les combinaisons possibles, de la guerre nucléaire à l'invasion zombie en passant par les épidémies les plus variées. Steven Amsterdam n'innove pas davantage. Son roman est même un pot-pourri de tous ces cataclysmes.

Les neuf chapitres qui le composent  nous montrent son héros aux prises avec l’une ou l’autre de ces saloperies, luttant contre la sécheresse ou les inondations, échappant à la maladie, membre d'une secte ou agent gouvernemental s’occupant des réfugiés. Neuf épisodes de sa vie séparés les uns des autres par quatre ou cinq années. Neuf instantanés, sans prémisses et sans conclusion, sans que l’on sache jamais ce qui l’a conduit dans telle ou telle situation, sans que l’on connaisse même les causes de l’effondrement. C’est donc au lecteur de boucher les trous et d'imaginer ce que le personnage a pu faire pendant les intervalles, chaque passage se contentant de dépeindre la façon dont il parvient à surmonter les pièges de ce monde chamboulé.

Car le roman de Steven Amsterdam est avant tout une histoire de survivant. Son héros est un homme déterminé à vivre envers et contre tout. Il est prêt à toutes les compromissions et s'adapte en permanence. Il recherche la protection des puissants et se sert des autres, vit en marge de la société ou rentre dans le système quand son intérêt le commande. C’est un individu finalement bien peu sympathique et ce n’est pas l'anonymat dans lequel l'auteur le laisse qui change notre sentiment à son égard.

« Ces choses que nous n’avons pas vues venir » est donc un roman qui ne parvient pas à se démarquer assez franchement des standards du genre mais qui offre tout de même une approche nouvelle. Un effort qu'il convient de signaler.

Gallimard - Folio SF - 2012

 

26 mars 2017

PAULINE - ALEXANDRE DUMAS

product_9782070412303_195x320Le narrateur, Alexandre Dumas lui-même, rencontre chez leur maître d’arme commun son vieil ami Alfred de Nerval. Ce dernier lui raconte alors l'étrange aventure survenue à Pauline de Meulien et à laquelle il fut en partie mêlé.

Hasard de mes lectures, « Pauline » est, après le « Frankenstein » de Mary Shelley, le deuxième récit enchâssé que je lis en l’espace de quelques semaines. Ces deux romans écrits au cours de la première moitié du XIXème siècle – respectivement en 1838 et 1818 –  partagent toutefois bien autre chose que cette construction façon « poupées russes » puisqu’on y trouve aussi les courants littéraires alors en vogue : le gothique et le romantisme.

Le premier est particulièrement prégnant dans le récit des aventures que vit Pauline dans la demeure normande de son époux. Portes dérobées, passages secrets, souterrains, abbaye en ruine, tous les ingrédients du genre sont présents jusqu’à la petite touche d’exotisme que représentent le serviteur malais d’Horace de Beuzeval et les aventures indiennes de son maître. Mais bien d’autres éléments (la nuit, le cachot, la substitution de cadavre) viennent encore ajouter à cette ambiance oppressante et quasi horrifique.

Le romanesque, lui, est presque entièrement contenu dans le caractère passionné et excessif des personnages. Leurs sentiments sont exacerbés par le sens de l’honneur et du devoir ainsi que par un besoin de changement et d’évasion qui viendraient fouetter leur petite existence terne et sans saveur. Pauline, Alfred et Horace sont de riches désœuvrés, des "enfants du siècle" mal dans leur époque, qui refusent le mode de vie de leurs parents mais désespèrent aussi de trouver un avenir à leur goût. Pour preuve cette tirade que Dumas fait dire à son héroïne : « Le grand malheur de notre époque est la recherche du romanesque et le mépris du simple. Plus la société se dépoétise, plus les imaginations actives demandent cet extraordinaire, qui tous les jours disparait du monde pour se réfugier au théâtre ou dans les romans ».

Mais si Alfred se laisse aller tout entier à sa passion dévorante pour Pauline tandis que cette dernière succombe à l’aura de mystère qui entoure la personnalité de son époux, seul Horace assume véritablement sa nature profonde dissimulée derrière un vernis d’honorabilité. Il est en cela le personnage le plus ambivalent et le plus fascinant du roman, le seul à mettre véritablement en pratique le mode de vie qui lui convient, fait d’aventures et de transgression.

Ambiance et personnages font donc de « Pauline » un très bon petit roman. Une œuvre qui n’a peut-être ni le souffle ni l’inventivité des grands succès d’Alexandre Dumas mais qui possède déjà une maîtrise certaine qui laisse entrevoir ses succès futurs.

Gallimard - Folio Classique - 2016

 

19 mars 2017

LES ENFANTS DE L'ESPRIT - ORSON SCOTT CARD

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Si « Les enfants de l’esprit » ne clos pas définitivement le cycle d’Ender (l’auteur a sorti depuis trois recueils de nouvelles) il permet au moins de conclure l’intrigue développée dans les deux précédents volumes. Nous retrouvons donc la planète Lusitania là où nous l’avions laissée, c’est-à-dire sous la menace que fait peser sur elle la flotte stellaire et son désintégrateur moléculaire diligentés par le conseil des cent planètes. Mais les lusitaniens ne manquent pas de ressources. Humains, doryphores et piggies préparent leur évacuation vers de nouvelles colonies tandis que Jane, l’IA toute puissante, et les compagnons d’Ender s’emploient à empêcher l’attaque par divers moyens,

Est-ce parce que Ender en est quasiment absent - même si l’on parle beaucoup de lui – mais j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire. Les autres personnages, Miro, Wang-Mu, Peter et Val ne sont pas parvenus à combler ce vide et leurs aventures sur différentes planètes et dans différentes cultures (japonaise, samoane) m’ont parues bien longues. Il y a beaucoup trop de discussions sur la culture justement, la puissance et l’influence de certains groupes, de certaines pensées ou philosophies. Ce n’est pas inintéressant mais ça ne fait guère avancer l’intrigue. Quant aux amours des couples Jane/Miro et Peter/Wang-Mu, leurs je-t’aime-moi-non-plus incessants finissent par lasser et seule peut-être l’incarnation de Jane et les sensations que lui procurent son corps présentent un certain intérêt.

Il faut attendre le dernier quart du livre pour retrouver ce ton et ce rythme qui faisaient la valeur et l’intérêt des deux précédents. Il est alors de nouveau question d’une menace extra-terrestre et des façons de la comprendre pour y faire échec. Cette manière d’enquête scientifique est toujours aussi passionnante grâce aux débats et confrontations d’opinions qu’elle génère. Elle n’est malheureusement pas au centre de l’histoire et n’influe presque pas sur la destinée de Lusitania et de ses habitants. Quant à la façon dont cette planète parvient à stopper la flotte interstellaire, elle s’avère un tantinet décevante, trop facile et trop simple. L’omnipotence de Jane est une nouvelle fois mise à contribution et l’on en vient presque à se demander si la menace était bien réelle et si nos héros jouaient vraiment leur vie dans cette partie d’échec galactique.

De vie et de mort il est pourtant question d’un bout à l’autre du roman. L’auteur aborde les deux bouts de l’existence sous tous leurs aspects, individuel et collectif, et il est aussi bien question de survie (d’une espèce ou d’un individu seul) que de transmission (de ses gênes ou d’une histoire familiale). Ses personnages se penchent aussi sur l’éventualité d’une vie après la mort, sur l’existence de l’âme et la possibilité de sa migration vers une autre forme d’existence, autant de thèmes qui nous rappellent que Card est mormon est qu’il s’agit là de problématiques qui ont pour lui de l’importance.

« Les enfants de l’esprit » est donc un roman assez moyen qui a pour principal mérite de donner une fin - provisoire - aux aventures d’Ender.

J'ai lu - 2008

14 mars 2017

XENOCIDE - ORSON SCOTT CARD

jl4024-1995

Sur Lusitania, la planète où humains, piggies et doryphores essayent de vivre en bonne entente, l’heure et grave. Le congrès stellaire a envoyé une flotte avec mission de détruire la planète pour éviter que le virus de la descolada ne soit exporté sur d’autres mondes. La résistance s’organise et Ender essaye de regrouper autour de lui toutes les bonnes volontés. Il aura fort à faire pour concilier des conceptions de l’existence et des points de vue radicalement opposés.

Si « La voix des morts » nous parlait avant tout de tolérance et d’ouverture à autrui, le thème principal de « Xénocide » est sans conteste le libre-arbitre et son corollaire la responsabilité. Agir, décider, pour soi ou pour les autres, s’affranchir de l’autorité de sa famille, des lois de la société ou de celles de son espèce, tels sont quelques-uns des combats qu’Ender et ses compagnons vont devoir mener. Des choix pas toujours faciles et dont il leur faudra aussi assumer les conséquences parfois redoutables.

Parmi les différents principes régissant leur existence qu’ils vont devoir affronter, la religion fait figure d’ennemi  public numéro 1. Qu’elle soit utilisée pour asservir un peuple (les habitants de la planète de la Voie) ou pour servir les ambitions de quelques-uns (l’hérésie de Planteguerre), elle est ici présentée sous son aspect le plus sombre. L’auteur se garde toutefois de raccourcis trop simplistes et s’interroge davantage qu’il ne critique, sur l’intelligence, l’âme ou les origines de la création. Il n’hésite cependant pas à mettre les croyants face aux contradictions de leur culte à l’instar des catholiques de Lusitania contraints d’adapter leurs rites aux spécificités des races autochtones.

Alors vous l’aurez compris, « Xénocide » est un roman dans lequel on utilise davantage sa cervelle que ses muscles. Hormis une scène d’émeute, il n’y a pas la moindre action violente, pas le moindre combat. Cela ne signifie pas pour autant que le roman soit exempt de confrontations, bien au contraire. Les multiples débats entre les nombreux personnages sont éprouvants. Il s’agit de véritables affrontements où l’on domine son adversaire par la seule force de son raisonnement et où certains arguments ont la puissance d’un d’uppercut. Certes il faut faire un petit effort pour suivre l’auteur dans ses théories et les concepts qu’il manie, mais il vulgarise juste ce qu’il faut pour rendre son propos aussi précis que passionnant et chaque découverte fait avancer l’intrigue mieux que n’importe quel autre agissement.

Cela nous donne une intrigue assez proche de celle du tome précédent. Menace, confrontation d’idées et de personnalités, recherches scientifiques puis découverte finale qui résout, momentanément, les problèmes : le canevas est en effet quasi identique. Orson Scott Card a cependant eu l’heureuse idée d’introduire un peu de nouveauté grâce à la planète de la Voie et quelques-uns de ses habitants. Nous faisons ainsi connaissance avec Han Fei-Tzu, sa fille Quing Jao et leur servante Si Wang Mu, des personnages extrêmement intelligents mais atteints de Troubles Obsessionnels Compulsifs qu’ils croient être le signe d’une connexion avec les dieux. Leur histoire, d’abord parallèle, puis intimement imbriquée dans l’intrigue générale permet de s’évader de l’atmosphère parfois pesante de Lusitania et de découvrir un autre petit morceau de l’univers d’Ender Wiggin.

Au final, le seul défaut de ce livre est qu’il appelle une suite puisque la destinée de Lusitania et de ses habitants reste une fois encore en suspens. Ceci étant, si le quatrième volet est de même qualité que les précédents je suis preneur.

J'ai Lu - 1996

 

9 mars 2017

LA VOIX DES MORTS - ORSON SCOTT CARD

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Bien que reprenant le personnage principal de « La stratégie Ender », "La voix des morts" n’en est pas à proprement parler une suite. Trois mille ans se sont en effet écoulés depuis la victoire d’Ender Wiggins sur les doryphores et la Terre a depuis essaimé à travers l’univers. Toutes ces colonies sont désormais gouvernées par le conseil des cent planètes qui veille au respect de principes propres à assurer la cohésion et la paix entre les différents peuplements humains ainsi qu’à préserver les espèces extra-terrestres.

C’est que depuis le xénocide perpétré sur les doryphores, l'humanité a pris la mesure de ses responsabilités. Aussi, lorsqu'une nouvelle race intelligente est découverte sur la planète Lusitania, elle prend des mesures draconiennes pour éviter d'interférer dans l'évolution des piggies, de petits humanoïdes à faciès de cochon.

L’histoire débute après qu’un biologiste qui étudiait ce « petit peuple » ait été odieusement torturé et assassiné par les sujets de son étude. Ender Wiggins, toujours en vie grâce à ses incessants voyages à la vitesse de la lumière, est devenu porte-parole des morts auxquels il rend hommage en racontant leur vie. Appelé sur Lusitania par un membre de la famille du défunt, il va se livrer à une véritable enquête sur sa vie et déterminer les raisons de son décès, bouleversant les certitudes des uns et les croyances des autres.

Orson Scott Card  nous plonge donc dans une sorte de polar ethnologique où la solution de l’énigme ne réside pas dans les motivations de l’assassin ou la signification de son geste mais dans le décryptage de la biologie intime d’une planète. Tout au long de ce roman riche de réflexions diverses, il invite ses personnages – et ses lecteurs - à reconsidérer leur façon de voir et de juger les autres. Il les encourage à adopter une attitude ouverte et tolérante, à agir en connaissance de cause et pas seulement selon une perspective purement humaine. Enfin  et surtout, il leur enjoint de ne pas décider pour autrui.

Ethnologie, biologie, religion, intelligence artificielle, les thèmes abordés sont nombreux. J’ai rarement lu un roman de SF qui m’ait donné autant de motifs de réflexion. Et l’intrigue n’est pas en reste. On est tenu en haleine de bout en bout par l’envie de percer le mystère de Lusitania et par une foule d’intrigues parallèles. La tension et permanente, les débats entre les divers protagonistes plus que passionnants et la chute sera tout à fait à la hauteur de nos attentes.

Ma seule petite réserve a trait au fait que l’auteur prépare manifestement le terrain à une suite et que cela se voit beaucoup trop. Il n’est ainsi pas bien difficile de deviner que l’intrigue tournera autour de la résistance de Lusitania face au conseil des cent planètes et que les principaux protagonistes en seront, outre Ender, sa sœur valentine et Jane l’intelligence artificielle omnisciente et rancunière.

J'ai Lu - 1998

5 mars 2017

LA STRATEGIE ENDER - ORSON SCOTT CARD

jl3781-1998

Il y a cinquante ans, les doryphores ont été à deux doigts de conquérir la terre et sans les talents de stratège du légendaire Mazer Rackham, la flotte humaine aurait été défaite et les aliens en mesure d'exterminer ou d'asservir les humains. Pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise, la coalition internationale a mis au point un programme de sélection des enfants les plus prometteurs afin de dénicher un nouveau leader de génie capable de défaire l'ennemi. Pressenti pour devenir l’un des futurs commandants de la Flotte Internationale, le jeune Andrew Wiggin est expédié avec d’autres surdoués à l’école de guerre de la ceinture d’astéroïdes où ils débutent leur formation d’élève-officier. Commence alors pour ces enfants souvent très jeunes, une existence rude, entièrement dédiée à l’apprentissage de la stratégie et du combat dans l’espace.

Ender Wiggin à l’école de la guerre.

Et oui, cela semblera peut-être étrange à certains mais par bien des aspects ce roman de Scott Card m’a fait penser au best-seller de J. K. Rowling. Comme le petit sorcier à lunette, le jeune Wiggin est un enfant à part sur lequel repose les seules chances de l’humanité de triompher d’une dangereuse menace. Comme lui, sa réputation de prodige contribue à l’isoler au sein d’un pensionnat un peu particulier où il se fera malgré tout quelques amis. Comme lui aussi, il est surveillé de près par des professeurs qui n’hésitent pas à lui cacher la vérité, voire à le manipuler, pour parvenir à leurs fins. Bon, la comparaison s’arrête là car « La stratégie Ender » n’est pas franchement un roman pour la jeunesse quand bien même la plupart des personnages sont de très jeunes enfants.

Pour le reste, c’est plutôt du côté d’ « Etoiles, garde à vous ! » qu’il faut aller chercher des ressemblances avec ce roman de SF militariste. Car c’est bien de guerre dont il est question tout au long du livre. De la guerre que les humains s’apprêtent à livrer aux vilains doryphores et de celle que l’on enseigne dans cette fameuse école où de petits génies soigneusement sélectionnés se tirent la bourre à longueur de temps. L’essentiel du roman nous propose donc de suivre pas à pas la formation du jeune Wiggin laquelle repose essentiellement sur des simulations de combats de type laser game ou paint ball.

On aurait pu craindre que la répétition de ces séances de combats de groupe ne devienne lassante mais l’auteur maîtrise parfaitement son sujet et nous surprend à tous les coups. Chacune d’entre elles est l’occasion de découvrir les capacités hors nomes du jeune héros. Au cours de ces affrontements en apesanteur, il fait la démonstration de ses qualités de combattant et dévoile ses dispositions pour le commandement. Fin stratège, alliant une inventivité fertile à une très grande réactivité, il manie également parfaitement la psychologie et sait tirer le meilleur parti des équipiers qui lui sont confiés.

Si l’on suit avec un intérêt grandissant l’irrésistible ascension du jeune Wiggin en prenant un plaisir intense à le voir triompher des coups bas et des pièges que lui tendent des professeurs machiavéliques et des concurrents malveillants, on ressent en même temps une sensation de malaise devant l’existence qui est la sienne. Ender est en effet  poussé à l’extrême limite de ses capacités. Jalousé par tous, laissé pour compte, molesté parfois, il vit dans l’isolement et la crainte sans personne à qui se confier et sans jamais pouvoir laisser transparaître la moindre faiblesse. Une situation qui le mènera a plus d’une reprise aux portes de l’abandon, voire du suicide.

D’une façon plus générale, l’idée d’utiliser des enfants pour la guerre en raison de leur attrait pour le jeu et la compétition ainsi que pour leur manque de retenue (morale, religieuse) face aux conséquences de leurs actes est assez dérangeante. Les adultes qui les entourent se posent bien quelques questions sur le bien-fondé de leur méthode d’éducation et sur ses conséquences sur leurs jeunes élèves mais elles sont bien vite balayées par l’importance de l’enjeu : gagner la guerre. Une fois de plus la fin justifie tous les moyens et conduira Ender à endosser la responsabilité d’un véritable génocide pour sauver une race humaine qui semble bien peu mériter une telle hécatombe puisque sitôt la menace alien disparue, elle recommence à se déchirer.

Avec ses personnages fouillés, son action incessante et les réflexions pertinentes qu’il propose, « La stratégie Ender » est un roman passionnant et complet qui mérite assurément son statut de classique. Une reconnaissance d’autant plus justifiée que l'auteur y fait montre d’une vision quasi prophétique des développements futurs de l’outil l’informatique comme moyen d’éducation, de jeu et de réseau social.

J'ai Lu - 1998

 

 

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