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SF EMOI

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4 décembre 2019

LA CITE DU FUTUR - ROBERT CHARLES WILSON

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1872 : les hommes du futur ont créé dans les plaines de l’Illinois la cité de Futurity, deux immenses tours jumelles servant de porte d’accès aux touristes du XXIème siécle et de barnum technologique à destination des américains du cru. Pour avoir sauvé la vie du président Grant, Jesse Cullum, un autochtone affecté à la sécurité, se voit proposer une promotion. En compagnie d’une ancienne « marine », il enquêtera désormais sur le trafic d’objets du futur. Leurs investigations vont emmener les deux partenaires bien plus loin qu’ils ne le supposaient 

Le thème du voyage temporel est un sujet qui intéresse visiblement beaucoup Robert Charles Wilson. Il lui a consacré plusieurs romans dans lesquels il a exprimé cet intérêt de façon tantôt classique (A travers temps), tantôt  insolite (Les chronolithes). Ici, l’approche apparaît de prime abord très conventionnelle. Il y a une porte temporelle au fonds d’un bunker ultra protégé qui n’est pas sans rappeler la Stargate de la série télévisée, ainsi que ces inévitables scènes où les héros se tirent d’affaire grâce à leurs connaissances du futur et quelques objets d’une technologie toute neuve. Pourtant, ce n’est pas le voyage en lui-même qui intéresse l’auteur, ni les paradoxes qui l’accompagnent et qui sont d’ailleurs très vite évacués grâce à la notion de futurs multiples. Non, ce qui semble le passionner, c’est la confrontation de deux mondes et les réactions des gens face à l’inconnu et l’incompréhensible.

Ce choc des cultures – presque de civilisation - est plutôt bien restitué. Il occupe l’essentiel de la première des trois parties du livre, laquelle nous permet d’appréhender la nature des relations que les visiteurs du futur entretiennent avec les « locaux ». On est ainsi à même de mesurer le gouffre qui sépare leurs mentalités respectives, les premiers reprochant aux seconds leur racisme et leur misogynie tandis que ces derniers ont bien du mal à s’habituer à ces touristes venus d’un monde « de putains, de tapettes, de chinois et de nègres ». Le roman est riche de détails qui illustrent fort bien l’état d’esprit des uns et des autres, en particulier le sentiment de supériorité des « touristes » qui s’offusquent du manque d’hygiène de leurs hôtes mais s’interrogent aussi sur leurs responsabilités vis-à-vis d’eux (Peut-on influer sur leur destinée ? Est-il juste de leur refuser les connaissances qui permettraient de soulager certains de leurs maux ?).

Côté scénario, j’ai été moins séduit. Passées les deux premières parties où il est question de trafic d’armes du XXIème siècle et de fugitifs qui comptent refaire leur vie dans une jeune Amérique fantasmée, le récit se transforme en un thriller qui reprend le thème archi connu de la gosse de riche qui s’est enfuie pour faire la nique à son paternel et qu’il faut retrouver avant que le fenêtre temporelle ne se referme. C’est mené tambour battant, l’action est au rendez-vous, la reconstitution historique tient la route mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. Fort heureusement, tout cela nous est raconté par Jesse, employé local de Futurity, qui traîne derrière lui un passé compliqué et un ennemi aussi vicieux que revanchard. Le duo qu’il forme avec Elisabeth, lui l’homme du passé, elle la femme du futur, et leur impossible histoire d’amour apporte au récit une touche sentimentale qui lui va bien sans toutefois le faire sombrer dans le sirupeux ou le larmoyant.

La qualité de ces personnages et la belle écriture de l’auteur m’ont donc une fois de plus happé dès les premières pages et j’avoue avoir eu du mal lâcher cette histoire avant que de l’avoir fini. D’autant qu’elle n’est pas seulement divertissante mais invite aussi à réfléchir. Peut-être verra-t-on alors dans les reproches adressés à Futurity par Jesse et quelques autres, une critique d’un capitalisme sans conscience qui s’installe, fait des profits en exploitant les richesses et les populations locales et se retire quand il n’y a plus rien à gagner, sans se soucier des conséquences de ses activités.

Denoël - Folio SF - 2019

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27 novembre 2019

LE MAGASIN DES SUICIDES - JEAN TEULE

« Vous avez raté votre vie ? Avec nous vous réussirez votre mort ! » Telle est la devise du magasin des suicides, maison tenue avec passion et professionnalisme par le couple Tuvache. Tous les produits vendus y sont de la meilleure qualité, les lames de rasoir affûtées, les cordes tressées dans le meilleur chanvre et les poisons confectionnés avec le plus grand soin. Les propriétaires, sombres et désabusés comme il se doit, sont toujours disponibles pour vous conseiller sur le meilleur moyen de mettre fin à vos jours. Bref tout va pour le pire dans le moins bon des mondes jusqu’à l’apparition du petit dernier de la famille Tuvache qui, allez savoir pourquoi, a décidé de prendre la vie du bon côté. 

Excellent petit roman, original, drôle et plein de fraîcheur malgré le sujet évoqué. L’humour y est parfois un peu grinçant mais les répliques sont toujours savoureuses et les trouvailles y sont légion. On prend un immense plaisir à suivre la famille Tuvache s’éveiller au bonheur et à la joie de vivre suite au travail de sape entrepris par leur benjamin. Mais, et c’est finalement assez paradoxal, l’intérêt du roman décroît à mesure que le désespoir fait place au bonheur. L’univers décalé perd alors de son intensité et on regrette presque que le petit Allan parvienne à ses fins.

Julliard - Pocket - 2008

20 novembre 2019

LES RATES - GILLES THOMAS

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Au chômage et sans aucun espoir de retrouver un emploi, Julien Méry accepte de participer à un projet scientifique ultra secret. En compagnie de cinq autres candidats, il se retrouve alors coupé du monde, prisonnier dans un domaine parfaitement clos et gardé par des vigiles peu amènes. Le temps passant, les jeunes cobayes s’interrogent sur leur devenir et l’angoisse s’installe chaque jour un peu plus. 

Les romans de Gilles Thomas représentent ce que la collection Anticipation du Fleuve Noir a produit de mieux : des récits d’aventures sans prétention mais bien construits avec un parfait dosage d’action, de personnages bien caractérisés, de back-grounds fouillés et des intrigues qui tiennent la route. La plupart du temps il s’agit d’histoires de science-fiction qui nous emmènent sur des planètes lointaines où la science la plus évoluée côtoie des peuples rétrogrades dans des ambiances souvent médiévales. Elle s’est aussi essayée avec beaucoup de bonheur au post-apo ainsi qu’en témoigne sa célèbre trilogie de l’Autoroute Sauvage.

« Les ratés » est en revanche un roman d’anticipation dont le thème n’est pas particulièrement original puisqu’il y est question de mutants dotés de pouvoirs psy et de leur inévitable lutte contre les méchants humains qui en sont dépourvus. Ce manque d’audace n’est toutefois pas bien grave puisque l’auteur s’intéresse plus à la manière dont ses héros acquièrent ces capacités hors normes qu’à la façon dont ils les utilisent. Le récit débute d’ailleurs par une longue entrée en matière qui nous montre pourquoi et comment Julien et ses compagnons d’infortune furent contraints de servir de cobaye à des scientifiques et des industriels sans scrupules.

On est de suite immergé dans une France alternative en proie à une gigantesque crise économique et l’on ressent parfaitement le marasme social où se débat le narrateur. Les CV sans réponses, les entretiens avec des cadres méprisants, les économies qui fondent, les repas sautés et la peur de la rue, son quotidien est parfaitement restitué. Il en va de même ensuite pour les conditions de vie dans le centre où doivent avoir lieu les expériences. Le domaine ultra-protégé où les volontaires jouissent d’un confort dont ils n’avaient plus l’habitude a tôt fait de se transformer en prison. Les brimades, la tension, les pressions s’enchaînent jusqu’à ce que souffle l’heure de la révolte… Quant à la façon dont leurs pouvoirs se font jour, elle est aussi très bien amenée de même que cette idée que les « talents » des uns et des autres doivent se conjuguer pour former un tout qui les rend quasi invincibles.

On regrettera sans doute une fin un peu précipitée qui, une fois n’est pas coutume, ne doit rien au format court de la collection mais découle des pouvoirs acquis par les personnages. C’est d’ailleurs toute la limite des histoires de mutants. Devenus tout-puissants, les héros ne risquent plus grand-chose et le lecteur cesse alors de s’inquiéter de leur sort. Un état de fait que j’avais déjà pu constater dans un précédent roman de l’auteur et qui l’avait contraint, là aussi, à hâter sa conclusion.(cf : Les hommes marqués). Mais qu’importe ce petit bémol puisque le voyage en compagnie de Julien, Léna, Michel et les autres aura été bien agréable !

Fleuve Noir Anticiaption - 1989

13 novembre 2019

LES ENVOUTEES / LA FILLE AU DOUBLE CERVEAU - JEAN DE LA HIRE

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Madeleine et Lucie Font-Romain ont été envoûtées par un puissant médium qui entend faire d’elles ses esclaves. Leurs fiancés, Maxime Lystrac et Paul d’Oria, aidés par Edmond Royer, un policier versé dans les sciences occultes et par Léna Christiansen, une jeune danoise, vont tenter de faire barrage aux sombres visées du spirite. Ils ignorent qu’ils se préparent à affronter une organisation redoutable dirigée par un esprit brillant et sans scrupules.  

Il est des livres qui, alors même qu’ils ne sont pas si vieux que cela, ont vraiment mal vieillis. C’est le cas de ces romans de Jean de la Hire écrits il y a une soixantaine d’années mais qui en paraissent infiniment plus. Tout y est en effet très, très daté. L'écriture est passablement désuète sans pour autant avoir l'intérêt stylistique d'un roman du XIXème et les personnages sont abominablement démodés, lisses et sans saveur. Les héros y sont de beaux jeunes gens bien propres sur eux, courageux et prêt à faire le don de leur vie pour faire triompher l’amour et le bon droit. Les méchants sont d’infâmes crapules ne cherchant qu’à assouvir leurs sinistres passions. Aucune nuance, guère de doutes, les uns sont blancs, les autres noirs et seule la chute nous réserve une petite surprise.

L’histoire quant à elle, fait penser à ces vieux James Bond où il est question d’un dangereux mégalomane qui veut devenir maître du monde grâce à sa fortune ou une invention extraordinaire. Le comte d’Armanza a effectivement tout du Grand Méchant qui dirige ses affidés à partir de son repaire secret, ici un laboratoire ultra moderne caché derrière les remparts d’une forteresse médiévale. Bien qu’il s’agisse d’un sujet maintes et maintes fois utilisées, en littérature comme au cinéma, ce n’est pas ce manque d’originalité qui m’a gêné, mais la façon dont il est traité ainsi que le changement radical qui s’opère entre les deux volumes.

Le premier possède le charme discret d’une histoire un peu provinciale. On séjourne en Touraine, en Bretagne ou dans l'Hérault en compagnie de personnages tout simples projetés au coeur d'une aventure dangereuse. L’enquête est un peu simplette mais bien amenée, riche de détails en tout genre et la lutte inégale qui s’engage entre les victimes et le puissant médium n’est pas déplaisante à suivre.

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Avec «  La fille au double cerveau », la donne change. Exit Edmond Royer, Maxime Lystrac, Paul d’Oria et Lena Christiansen. Tous les personnages qui étaient au cœur de l’intrigue ne réapparaîtront plus alors que d’autres apparaissent ex abrupto. Une espionne russe, un diplomate périgourdin, un jésuite entrent dans la danse et l’on est projeté dans une histoire d’espionnage (James Bond again) avec commandos, filatures et séquences de drague dans les meilleurs hôtels de la Riviera. Tout cela se termine comme de juste par la destruction du repaire, la mort de l’affreux et les tendres retrouvailles de nos gentils héros.

C’est donc un récit très convenu que nous a pondu-là le très prolifique Jean de la Hire. On lui reconnaîtra néanmoins le mérite d’avoir tenté de renouveler les bons vieux thèmes de la possession et des médiums en les associant à des éléments d’ordre scientifique (poupées vaudou et hypnose d’un côté, prises de sang, photographies et enregistrements sonores de l’autre). Cela donne un mélange qui aurait pu être passionnant s’il avait été traité avec davantage de maîtrise et de conviction.

 

Jaeger D'Hauteville - Fantastic - 1954

6 novembre 2019

SCORIES - BRUNO POCHESCI

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Il y a cinquante ans, une bombe atomique a pulvérisé un petit bout de France, faisant du même coup basculer le pays dans le repli sur soi et la dictature. C’est dans ces circonstances dramatiques que François, indécrottable anarchiste qui s’accroche envers et contre tout à ses idéaux, a rencontré Pierre-Etienne qui devait devenir le tout-puissant Président de ce qui reste d’une république attaquée de toutes parts. Alors que les deux hommes n’entretiennent plus que des rapports ambigus fondés sur leurs souvenirs communs , Pierre-Etienne fait appel à son vieil ami pour intervenir auprès de terroristes fermement décidés à faire exploser une centrale nucléaire… 

Bien qu’encore tout nouveau sur la scène SFFF française, Bruno Pochesci fait pas mal parler de lui et cela fait déjà un petit moment que je tourne autour de ses nombreuses publications sans oser sauter le pas. C’est désormais chose faite grâce aux Editions 1115 qui nous proposent avec « Scories » une novella percutante et sans complexe.

Ce que l’on remarque au premier abord, c’est la qualité de l’écriture. Une prose brillante, recherchée et inventive qui dénote une grande maîtrise de la langue française même si l’on a parfois le sentiment que l’auteur s'écoute écrire comme d'autres s'écoutent parler, goutant à l’avance l’effet produit par ses bons mots et ses jolies formules. Personnellement cela ne me dérange pas. Je serais même plutôt fan. D’autres en revanche pourraient s’en agacer, d’autant qu’ils ne trouveront peut-être pas leur pitance avec ce récit qui manque de substance et d’unité.

En fait, on ne sait pas trop à quoi on a affaire. Une énième histoire de futur dystopique avec un vilain tyran opposé à de gentils rebelles ? Un road-trip survitaminé avec un as du volant lancé dans une équipée sauvage façon « Route 666 » de Zelazny ? Une utopie post-apocalyptique où les barbus du Larzac se seraient réfugiés à Tchernobyl ? « Scories », c’est un peu tout ça à la fois, sans qu’aucun de ces aspects ne prennent vraiment le dessus. Trois idées, trois atmosphères, trois instantanés d’un futur bien pourri, reliés un peu artificiellement les uns aux autres et ne réussissant pas à former un tout crédible. C'est rapide, c'est nerveux, avec un petit côté pulp au niveau des personnages. L’humour est décapant, les réparties fusent, les cadavres s’empilent mais, n’eut-été la chouette plume de l’auteur, je me serai passablement ennuyé.

Sentiment mitigé donc. Je suis conquis par la forme, beaucoup moins par le fonds. Ceci étant, Bruno Pochesci est indiscutablement une plume à suivre. Je le garde à l’œil. Il n’a qu’à bien se tenir !

Editions 1115 - 2019

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30 octobre 2019

LA TOILE DU PARADIS - HARADA MAHA

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Avant de se tourner vers l’écriture, Harada Maha a longtemps travaillé comme conservatrice de musée, au Japon et à New York. Cela explique ses connaissances en matière de peinture et, bien évidemment, le sujet de son roman.

"La toile du paradis" a en effet pour cadre le monde l'art. Nous y suivons plus particulièrement un assistant-conservateur du MoMA et une historienne de l’art, tous deux grands admirateurs de l’œuvre du douanier Rousseau. Et ça tombe bien puisqu’ils sont conviés par un richissime collectionneur bâlois à venir expertiser un tableau inconnu de ce peintre. Les voici donc partis pour le pays du chocolat et des coffres forts où leur commanditaire leur réserve une belle surprise. Non seulement ils vont pouvoir admirer la fameuse peinture mais ils vont aussi avoir accès à un manuscrit qui relate les dernières années de l’artiste. Un récit en sept parties qui doit leur permettre de se faire une opinion sur l’authenticité du tableau et qu’ils découvriront à raison d’un chapitre par jour.

Le récit se déroule donc sur deux plans. Il y a d’abord l’histoire relatée dans le manuscrit qui fait revivre le Paris des années 1906 à 1910. On y côtoie Picasso et Apollinaire, on passe du Bateau-Lavoir aux galeries des marchands d’art et on accompagne un Rousseau qui use ses dernières forces à la création de son ultime chef-d’œuvre. L’érudition de l’auteur fait merveille. On y apprend beaucoup sur l’art naïf et les débuts du surréalisme et sur la façon dont quelques peintres novateurs ont révolutionné leur art.

L’autre fil narratif se déroule en 1983 et tourne autour de la fameuse expertise. On se trouve alors plongé dans un beau panier de crabes où s’affairent des marchands véreux, des collectionneurs sans scrupules, des voleurs, des faussaires. Si les enjeux économiques qui entourent l’apparition sur le marché d’une telle œuvre sont plutôt bien explicités, les autres idées de l’auteur m’ont parues assez éculées. Le tableau est-il une œuvre volée ? Est-ce un faux ? Dissimule-t-il une autre peinture ? Toutes ces pistes ont déjà servies dans maints récits du genre et ce ne sont pas la petite intrigue sentimentale ou les rebondissements de derrière minute, hélas très prévisibles, qui changent la donne.

Philippe Picquier - 2018

23 octobre 2019

CINQ SEMAINES EN BALLON - JULES VERNE

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Le docteur Samuel Ferguson a mis au point une montgolfière dotée d’un système révolutionnaire lui permettant de rester gonflée en permanence. Pouvant désormais parcourir des distances considérables, il décide de tenter la traversée de l’Afrique d’est en ouest, de Zanzibar au Sénégal. Son ami Dick Kennedy et Joe son serviteur se joignent à son entreprise. 

S’il est le premier des 62 volumes que Jules Verne consacra à sa série des « voyages extraordinaires »,« Cinq semaines en ballon » n’en est assurément pas le meilleur. On y trouve pourtant déjà tout ce qui fera le charme de ses futurs chef d‘œuvres et notamment sa triple volonté de dépayser, de divertir et d’instruire ses lecteurs.

Côté spéculation scientifique, on est encore à des années lumières de l’inventivité dont il fera preuve plus tard en envoyant ses héros dans l’espace, sous la terre ou au fonds des océans. Il faut ici se contenter d’un voyage en ballon qui, s’il était encore très peu usité à l’époque, fera sourire le lecteur du XXIème siècle. D’autant que la montgolfière en question n’est pas des plus maniable. Comme un bateau dépourvu de gouvernail, elle doit s’en remettre à la fantaisie des vents et dérive donc au gré des courants d’air, des orages et des tempêtes. La comparaison avec un navire est d’ailleurs constante. Equipée d’une ancre qui lui permet de s’arrimer aux arbres, l’aéronef fait de fréquentes haltes pour s’approvisionner en eau et en viande fraîche et, bien sûr, pour explorer.

Comme des marins abordant une terra incognita, le Docteur Fergusson et ses compagnons découvrent un continent encore largement méconnu. Par l’entremise de son professeur de héros, Jules Verne en profite pour nous faire un exposé assez complet des différentes missions entreprises par les européens pour percer le secret des sources du Nil, remonter le cours du fleuve Niger ou pénétrer au plus profond des jungles. On fait donc connaissance avec les Mungo Park, les Livingstone, les Speke et autres Burton tandis que nous sont révélés leurs exploits ou leurs échecs.

Pour intéressante qu’elle soit, la leçon de géographie est heureusement entrecoupée par les nombreuses péripéties qui émaillent l’épopée volante de nos trois héros. Confrontés aux caprices de mère nature, ils devront protéger la fragile enveloppe de leur ballon des griffes des rapaces et des éclairs, affronter les bêtes sauvages et survivre à la faim et à la soif au cœur de l’immensité désertique. Il leur faudra aussi compter avec les autochtones, échapper aux rebelles musulmans, triompher des tribus cannibales et donner une belle leçon au cheikh de Mosfeia.

Ils se tireront toutefois d’affaire grâce à la science de Fergusson, au fusil de Dick Kennedy et, surtout, au dévouement et à l’esprit d’à-propos de Joe. Ce valet qui préfigure le Passe-Partout du « Tour du monde en 80 jours » est peut-être le véritable héros du récit. C’est en tout cas celui dont le rôle s’étoffe le plus. Aussi drôle que courageux, il sera pour beaucoup dans la réussite de leur entreprise alors que les deux gentlemen qui l’accompagnent ne feront finalement guère plus que ce que l’on attendait d’eux.

Le Livre de Poche - Collection Jules Verne - 1979

16 octobre 2019

LA TÊTE DE LENINE - NICOLAS BOKOV

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Contraint de se réfugier dans le mausolée de Lénine pour échapper à la police, un voleur conçoit le surprenant projet de subtiliser la tête de l’illustre personnage. Son méfait va engendrer une succession d’évènements cocasses et dramatiques et agiter le régime des soviets jusqu’au sommet de l’état. 

Savez-vous ce qu’est un Samizdat ? Non. Et bien moi, si. Depuis deux jours. Depuis que j’ai lu « La tête de Lénine », une nouvelle de Nicolas Bokov écrite en 1970 et diffusée sous le manteau en union soviétique. Ah ! Vous commencez à avoir une petite idée de la chose. Alors autant abréger votre attente. Les samidzats étaient ces textes écrit par les dissidents à l’époque du rideau de fer, reproduits avec les moyens du bord et distribués clandestinement. Le but était donc clairement de critiquer le régime soviétique et ses dérives totalitaires.

Et c’est précisément ce que fait Nicolas Bokov. Avec beaucoup d’humour et toutes les apparences du non-sens, il nous conte les mésaventures d’un pickpocket dans la Russie de Krouchtchev ou de Brejnev. Mais ce qui ressemble au délire d’un junkie sous acide n’est qu’à peine exagéré : le culte du héros, les épurations (fosses communes), le gouvernement par la terreur (les suicides des officiers ayant échoués), les rivalités au sein de l’armée (l’antagonisme entre Biglov et Sourdinguov), tout cela a bel et bien existé. La réalité a largement dépassé la fiction et la grosse farce dissimule à peine une critique extrêmement corrosive d’un système basé sur le mensonge, la manipulation et la répression.

Libretto - 2019

9 octobre 2019

TOUS NE SONT PAS DES MONSTRES - MAUD TABACHNIK

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La France est au bord du gouffre. La colère des banlieues si longtemps contenue a fini par exploser, ouvrant la voie à l’islamisme le plus radical. Téléguidés par des terroristes à la solde de puissances étrangères les jeunes banlieusards ont instaurés autour des grandes villes des zones de non droit et, malgré la promulgation de l’état d’urgence, les forces de police ne parviennent pas à les déloger et essuient même quotidiennement de cuisants revers. Nathan, un professeur d’histoire féru d’occultisme a reconnu derrière ces évènements l’influence d’une entité surnaturelle. Pour inverser le rapport de force, il décide de faire appel aux mystères de la kabbale. 

J’ai toujours apprécié de voir des auteurs s’essayer à d’autres genres que ceux où ils ont leurs habitudes et même, de temps à autre, les mélanger entre eux. Cela donne des romans originaux avec des approches nouvelles et un ton bien particulier. Mais, s’il est vrai que les métissages font en général de jolis bébés, Maud Tabachnik a ici accouché d’un vilain petit canard. Ce n’est pas que son roman soit foncièrement mauvais mais il souffre de défauts si flagrants qu’ils ôtent au roman toute forme d’intérêt.

En premier lieu, on sent que l’auteur n’est pas à l’aise avec le fantastique et c’est sans doute la raison pour laquelle celui-ci n’a finalement qu’une place assez maigre dans son roman. C’est dommage car l’idée d’une confrontation entre un djinn et un golem avait de quoi séduire. Elle aurait pu permettre de pénétrer l’imaginaire et les traditions de deux cultures moyen-orientales, de les confronter ou les rapprocher bref, d’en tirer une intrigue captivante et originale. Malheureusement ce duel, pour audacieux qu’il soit, tourne court. Il n’est que très peu question de ces deux créatures et on ne les voit quasiment pas à l’œuvre. Un seul et unique chapitre traite de leur affrontement et encore cela nous est-il présenté d’une façon plutôt allégorique.

De la même manière, les passages consacrés à la recherche du golem dans le vieux Prague, à l’évocation de la créature ou à la figure du fameux rabbi Löw baignent dans une ambiance onirique. Il y manque de la matière, du « vécu ». On a le sentiment que tout cela est irréel et n’est que le fruit de l’imagination de Nathan. D’un bout à l’autre du récit, le pauvre héros apparaît dépassé par les évènements et semble n’être qu’un jouet entre les mains des puissances qu’il a invoquées. Son périple pragois et son intervention dans la lutte contre les terroristes islamistes pâtissent terriblement de cette absence d’implication.

En fait les meilleurs moments du livre sont ceux qui mettent en scène le personnage de Pascale, une fliquette de la BAC qui ne manque pas de sang-froid. On voit de suite que l’auteure est mieux à son affaire avec l’univers du polar comme le montre aussi sa description des scènes d’émeutes et, d’une façon générale, les scènes qui se rapprochent d’une enquête policière. Le souci, c’est que son approche manque là encore de finesse. Son discours est très manichéen avec les méchants arabes d’un côté, les gentils juifs de l’autre et au milieu de pauvres gaulois trop empêtrés dans les remords de leur passé colonialiste pour oser remettre à sa place un islam dévoyé. Je passe sur les nombreuses critiques d’un gouvernement émasculé qui préfère discuter plutôt qu’agir et sur les lieux communs concernant les banlieues et leurs habitants. Maud Tabachnik a une vision simpliste et outrée d’une situation extrêmement complexe même si son approche n’est pas dénuée de vérité ainsi que la France a, depuis, chèrement payé pour le savoir (le roman date de 2007).

Quant au lien entre ce roman et le fameux Club Van Helsing, il est aussi ténu qu’artificiel. Il se résume à la courte visite du héros au Bedlam Asylum qui nous est hâtivement narrée dans le prologue et l’épilogue et qui n’apporte aucune valeur ajoutée à l’intrigue.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

2 octobre 2019

LA TRACE DES RÊVES - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Treize hommes s’éveillent en même temps dans les profondeurs d’une caverne, sans autres connaissances que leur nom. Après quelques instants de stupeur, ils s’aventurent à l’extérieur où ils découvrent une faune et une flore étonnante ainsi que bien d’autres surprises : des femmes, d’autres hommes, des dieux… 

S’il n’avait pas été écrit par Jean-Pierre Andrevon, j’aurai sans doute eu beaucoup de mal à aller au bout de ce roman de plus de 300 pages. Ce n’est pas que l’histoire soit mauvaise, mais l’intrigue – disons plutôt le fil conducteur – est tellement ténue et prévisible qu’elle n’incite guère à persévérer dans notre lecture. Heureusement, la belle écriture de l’auteur et cette façon bien à lui de traiter des rapports humains ont une fois de plus fait merveille. Il faut dire qu’en la matière, il avait largement de quoi faire. Il nous propose en effet de suivre quelques dizaines d’individus sortis d’un long sommeil cryogénique et ayant tout oublié de leur existence. Une idée qui lui permet de nous montrer par le menu l’éveil à la conscience de ces hommes et de ses femmes ainsi que le lent apprentissage de leur condition humaine.

Il fait preuve pour cela d’une belle imagination et d’un grand sens de la déduction pour nous faire ressentir leurs premières sensations (faim, soif, fatigue) et leurs premiers sentiments (colère, amitié, amour). On assiste à la transformation de ces chasseurs-cueilleurs un peu frustes en membres d’une communauté villageoise soudée où chacun se spécialise et où les découvertes (feu, artisanat, écriture..) se succèdent à un rythme effréné. Malheureusement, d’autres concepts tels que la religion et la guerre seront également de la partie… C’est donc tout un pan de l’histoire de l’humanité que nous revivons en accéléré, un peu comme si des générations et des générations de Cro-Magnon défilaient sous nos yeux pour nous faire revivre leur longue épopée sur le chemin de la connaissance et de l’organisation sociale.

L’histoire prend une tournure radicalement différente lorsque la petite communauté tombe sur les traces des humains qui les ont précédés. Voyant en eux leurs créateurs ou leurs dieux, ils se lancent alors dans la dangereuse quête de leurs origines dont, ainsi que je l’ai dit plus haut, on imagine assez facilement sur quoi elle va aboutir. Après quelques vilaines rencontres et des scènes fortes en émotions, les survivants obtiendront toutes les réponses à leurs questions métaphysiques, et plus encore. Quant au lecteur, il aura passé un agréable moment en compagnie de personnages attachants en qui il se reconnaîtra sans doute un peu.

Le Livre de Poche - 1995

22 septembre 2019

RAFALES D'AUTOMNE - SÔSEKI NATSUME -

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Nakano et Takanayagi sont deux jeunes hommes que tout oppose. Le premier, parfaitement à l’aise en société, est issu d’une famille fortunée et jouit d’un certain succès auprès des femmes. Le second, souffreteux et solitaire, tire le diable par la queue. Ils sont néanmoins liés par une amitié profonde datant de leurs années d’université et espèrent l’un et l’autre s’illustrer dans le domaine littéraire. Leur rencontre avec un professeur anticonformiste va leur faire reconsidérer leurs vies et leurs ambitions. 

Malgré déjà un bon siècle « Rafales d’automne » est un roman qui ne parait pas son âge. Son style est relativement moderne et son contenu l’est plus encore. Il faut dire que le message que Sôseki nous délivre par l’entremise de Shirai Dôya, le personnage central de son roman, est plus que jamais d’actualité. Il nous rappelle, entre autres choses, que le but de l’existence n’est pas d’accumuler les richesses mais de créer. Selon lui, une vie ne vaut que si elle est vécue pour la réalisation d’un idéal quel qu’il puisse être, grand ou petit. Ce qui doit nous motiver, ce n’est pas l’enrichissement, la recherche de la gloire ou le désir de conquérir la postérité, mais juste l’envie d’apporter sa petite pierre à l’édifice commun qu’est la société des hommes et des femmes. Un chemin bien difficile à emprunter comme le constateront les deux élèves de maître Dôya qui, chacun à leur manière, se fourvoieront.

« Rafales d’automne » est aussi une belle illustration du Japon à l’orée du XXème siècle. L’occidentalisation du pays est en marche. Les mentalités changent et les fondements de la société – shogunat, religion… - vacillent et cèdent la place à de nouvelles aspirations. Le pays ne semble plus guère résister aux sirènes du modernisme et les anciennes traditions perdent chaque jour un peu plus de terrain. Les costumes trois pièces remplacent les kimonos, on fume des cigarettes et partout l’argent est roi. Sôseki se lance d’ailleurs dans une violente diatribe contre la puissance de l’argent et contre les bourgeois qui, fort de leur richesse, voudraient tout régenter, se mêlant de politique, d’éducation et même d’art…

Tout cela nous donne un roman qui flirte avec l’essai philosophique tout en nous proposant une belle histoire sur l’amitié et la confrontation des idéaux de la jeunesse avec les tristes réalités de l’âge adulte.

Philippe Picquier - 2015

 

15 septembre 2019

CONAN LE DEFENSEUR - ROBERT JORDAN

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Belverus est en effervescence. Le peuple a faim, la révolte gronde et le pouvoir du roi Garian ne tient plus qu’à quelques fils que d’ambitieux courtisans sont en passe de trancher. C’est donc dans une véritable poudrière que Conan fait son entrée pour rejoindre son vieil ami Hordo avec lequel il espère fonder une compagnie de mercenaires. Son intérêt pour une jeune frondeuse et la secrète présence d’une vieille connaissance vont le précipiter au cœur d’un jeu de pouvoirs où il sera balloté d’un camp à l’autre et risquera sa vie à plus d’une reprise. 

J’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises : la collection « Conan » des éditions Fleuve Noir ne rend pas franchement hommage au héros de Howard. Elle nous propose la plupart du temps des récits insipides dans lesquelles les auteurs pensent s’en tirer avec quelques combats, de jolies donzelles et un vilain sorcier qui veut dominer une ville, un pays, le monde… Celui-ci ne fait pas exception à la règle. On y suit Conan en jeune mercenaire qui flirte, se castagne et finit comme toujours par endosser le rôle du gentil héros qui sauve le monde d’une horrible menace. Le scénario est affreusement prévisible et totalement dénué d’originalité et c’est d’autant plus dommage qu’il y avait, une fois n’est pas coutume, un arrière-plan et une atmosphère intéressants.

« Conan le défenseur » nous offre en effet une aventure totalement citadine. Du début du roman jusqu’à sa conclusion, nous ne franchirons jamais les remparts de Belverus, passant d'un palais à une auberge, d’une salle d’arme aux arènes, des catacombes aux toits des immeubles. Là, dans cet espace finalement assez restreint, s’affrontent légitimistes, rebelles et intrigants dans une ambiance d’urgence, de révolte et de trahison.

En gommant toutes références à la magie, l’intrigue n’aurait rien perdu de son attrait, bien au contraire. L’auteur aurait été contraint de fignoler l’aspect politique de l’histoire et de soigner certains personnages qui ne sont qu’esquissés. Je pense notamment à celui d’Arianne qui n’est ici guère plus qu’une fille à papa un peu idéaliste alors qu’elle aurait pu incarner une remarquable pasionaria révolutionnaire ainsi qu’à celui de Garian qui est tout de même au centre de l’histoire puisque son pouvoir est contesté et son trône convoité et qui joue néanmoins les faire-valoir. Mais il y en avait bien d’autres : le capitaine de la garde, les représentants de la noblesse, les contrebandiers et les profiteurs, les idéalistes et les opportunistes, les traîtres des deux camps bref un beau panel de bons et de méchants qui offrait bien des possibilités.

Robert Jordan a malheureusement choisi la facilité. Ses personnages sont monolithiques, guidés par l’attrait du pouvoir et de la fortune, par la haine ou la concupiscence. Ils ne font que ce que l’on attend d’eux, sans surprises ni nuances. Dans ces conditions, il faut s’en remettre aux fondamentaux de la fantasy pour faire décoller l’histoire et c’est bien sûr à grand renfort de sorcellerie et d’objets magiques que l’auteur s’en sort. Il sera donc question d’une épée enchantée qui rend quasi invincible celui qui s’en sert, d’une pierre hypnotique qui asservit ses victimes et même du golem de la tradition juive ! Le récit se termine bien entendu par une démonstration de force de notre barbare préféré avec du muscle, de l’acier, du sang, de la chique et du mollard comme c’est qu’on disait quand j’étais gosse.

Signalons pour finir une chute plutôt amusante où l’on voit un Conan perdre sur tous les fronts : la fille qu’il courtise tout au long du roman lui préfère son vieux pote et la richesse et les honneurs dont le couvre le roi de Némédie ne l’inspire guère en raison de l’humeur changeante des souverains.

Fleuve Noir - Conan - 1994

8 septembre 2019

VESTIAIRE DE L'ENFANCE - PATRICK MODIANO

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« Vestiaire de l’enfance », tout petit roman d’à peine 150 pages, est ma première lecture de cet auteur nobélisé en 2014. J’ignore s’il est très représentatif de son œuvre mais je suis immédiatement tombé sous le charme de son écriture toute simple mais terriblement précise et de l’atmosphère étrange et vaguement onirique qu’elle suscite. Car tout est mystère dans cette histoire, à commencer par la ville qui lui sert de cadre. Difficile en effet de déterminer où nous sommes. Pas en Espagne puisque certains personnages parlent de s’y rendre mais sans doute dans une de ses anciennes colonies ou quelque part en Afrique du nord. Une place forte en bord de mer devenue cité balnéaire où de nombreux touristes croisent de non moins nombreux expatriés venus chercher le soleil ou l’oubli.

Jimmy Sarano est l’un d’eux. De lui on ne saura pas grand-chose, ou alors incidemment, et le peu que l’on apprend vient encore ajouter au brouillard qui l’entoure. A-t-il fuit les conséquences d’un accident de voiture qu’il aurait provoqué ? Quelles étaient ses relations avec cette milliardaire qui, même morte, continue de le faire surveiller par son chauffeur ? On n’en saura rien. Une seule chose est certaine, c’est un écrivain qui connut un certain succès et qui se contente aujourd’hui de rédiger un roman feuilleton historique dont un chapitre est diffusé chaque jour sur Radio-Mundial. Sa vie solitaire semble désormais faite de petits cérémonials : l’observation de son voisin, des balades dans les ruelles du quartier historique, un café au Rosal, sa visite journalière aux locaux de son employeur, le tout dans une ambiance de torpeur et de farniente. Sa rencontre avec une jeune femme un peu paumée va mettre fin à sa tranquillité en ravivant les souvenirs de son ancienne vie.

A partir de ce moment, l’histoire se fait moins passionnante. Alors que c’est l’étrangeté de son présent qui nous intrigue, Jimmy s’étend sur un épisode de sa jeunesse parisienne, quand il servait de chaperon à la fille d’une comédienne qu’il voulait séduire. J’ai cru un instant que son passé allait nous donner les clefs de son existence actuelle mais ce ne sera pas franchement le cas. On ne découvrira finalement qu’un homme hanté par les rendez-vous manqués et par le désir de rattraper le cours du temps.

Cela nous donne au final un roman empreint de nostalgie et de nonchalance… ainsi qu’une grosse envie de vacances au soleil ! 

Gallimard - Folio - 1991

25 août 2019

BLIND LAKE - ROBERT CHARLES WILSON

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Grace à une technologie quantique encore mal maîtrisée, il est désormais possible d’observer des planètes extrêmement lointaines. A Blind Lake, les scientifiques s’intéressent à une planète située à 50 années lumières de la Terre et plus précisément à l’un de ses habitants : le « sujet ». La routine des chercheurs  va se trouver brusquement balayée par deux évènements. Blind Lake est subitement mis en quarantaine et le » sujet » se lance dans ce qui ressemble à long pèlerinage. Y-a-t-il un rapport entre les deux ? Un trio de journalistes et quelques chercheurs vont se retrouver au cœur de bien grands bouleversements. 

Cela devient désormais une habitude mais à chaque fois que je chronique un roman de Robert Charles Wilson, je ne peux m’empêcher de louer la façon exceptionnelle dont il donne vie à ses personnages. C’est particulièrement vrai pour « Blind Lake » qui se présente sous la forme d’une sorte de huis-clos dans lequel quelques milliers d’individus, dont une bonne dizaine de premiers rôles, se retrouvent prisonniers d’un complexe scientifique sans connaître les raisons de leur isolement. Une situation extrême qui va générer une chaîne de réactions qui ne le seront pas moins.

Le traitement tout de finesse et de précision dont bénéficient les personnages permet une immersion réussie au sein de cette micro société. Tout au long de son récit l’auteur distille indices et révélations sur le passé de chacun d’eux. Cela contribue à nous les rendre particulièrement proches et l’on a tôt fait de faire nôtre leurs angoisses et leurs espoirs. Le journaliste en quête de rédemption, la mère divorcée en butte aux avanies que lui fait subir son ex, l’adolescente perturbée et tous les autres sont extrêmement convaincants. Même le méchant de l’histoire sonne vrai. Il ne représente pas l’incarnation du mal absolu mais juste un homme comme les autres avec ses ambitions et ses démons. La tension presque permanente, la menace diffuse, le danger qui peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur, vont transformer chacun d’eux et révéler les caractères…

J’ai en revanche été beaucoup moins convaincu par l’argument science-fictif du roman. Si nous faire pénétrer l’univers de chercheurs occupés à étudier une lointaine planète et ses habitants est plutôt une bonne idée, les explications fournies sur la technologie utilisée et l’interaction éventuelle entre les deux mondes m’ont parus bien confuses. De plus, on s’attend à une révélation tellement fantastique que l’on ne peut s’empêcher d’être légèrement déçu par la chute de l’histoire. Pourtant, elle s’accorde plutôt bien avec le récit en ce sens qu’elle nous renvoie au même mirage que celui dans lequel se complaisent les chercheurs de Blind Lake.

Et si RCW suscite finalement plus de questions qu’il ne donne de réponses, il nous aura au moins permis de nous frotter à quelques-uns des problèmes auxquels sont confrontés les scientifiques. Il pose notamment l’intéressante question de savoir dans quelle mesure l’observation influe sur le sujet observé et si les observateurs n’auraient pas une fâcheuse tendance à s’abuser eux même, emportés par leurs souhaits ou trop sûr du résultat escompté. Une histoire qui en dit long sur les fantasmes de l’homme quant à ce que l’univers lui cache encore.

Gallimard - Folio SF - 2009

17 août 2019

CETTE LUMIERE QUI VIENT DE LA MER - KAWAKAMI HIROMI

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Comme elle l’a démontré avec brio dans « Les années douces » mais aussi dans la plupart de ses autres romans, Kawakami Hiromi est particulièrement douée pour nous faire partager les sentiments de ses personnages. Cette fois, c’est à l’adolescence qu’elle s’attaque, période de l’existence où les émotions sont exacerbées et les réactions promptes et souvent excessives.

Récit à la première personne, « Cette lumière qui vient de la mer » nous dévoile les réflexions de Midori, ado de 17 ans élevé dans un univers presque exclusivement féminin, entre une mère très indépendante et une grand-mère au caractère affirmé. Difficile dans ces conditions de trouver sa place, que ce soit dans le cercle familial ou dans la société. Midori lui, ne rêve que normalité, se fondre dans la masse de ses camarades de classe et ne pas se faire remarquer. Il peut heureusement compter sur l’amitié indéfectible de son vieil ami Hanada et le soutien de Mitsue sa fiancée, pour partager ses bonheurs et ses déceptions, ses espoirs et ses craintes.

Avec beaucoup de dialogues et un style très simple sensé refléter le langage et les pensées un peu désordonnées d’un jeune de cet âge, l’auteur nous raconte sa vie quotidienne. Pas vraiment d’intrigue. Juste une succession de saynètes sans forcément de rapport les unes avec les autres mais qui permettent d’illustrer son caractère en nous montrant ses réactions en diverses occasions : une rencontre avec l’amant de sa mère, sa première rupture sentimentale, des vacances avec son meilleur ami, la complicité avec un professeur… Ce faisant, elle nous dévoile ses appréhensions face à l’avenir alors qu’il se trouve au seuil de sa vie d’adulte et qu’il s’aperçoit que ces derniers ont aussi leur lot de problèmes. Elle le fait avec beaucoup d’intelligence et de pudeur mais sans se censurer puisqu’il sera aussi bien question de sexualité que de la difficulté à se réaliser pleinement dans une société nippone encore très rigide.

Les amateurs de romans bien calibrés avec intrigue, développements et révélation finale seront peut-être désorientés par ses tranches de vie qui n’ont d’autre ambition que de saisir sur le vif l’enthousiasme et l’émotivité de l’adolescence. Les autres se régaleront.

Editions Philippe Picquier - 2008

11 août 2019

L'HEURE - WALTER LEWINO

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« L’heure » est un post-apo qui reflète bien l’angoisse de la bombe qui pesa sur le monde pendant les quatre décennies qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale. Walter Lewino part du postulat que la menace s’est réalisée. La bombe est tombée sur Paris et sur la France, provoquant la mort de la plus grande partie de la population mais sans provoquer le moindre dégât dans les infrastructures. Bombe à neutrons, gaz mortels, nul ne sait et les rares survivants ne peuvent qu’émettre des hypothèses. Le récit se concentre sur les premiers jours qui suivent la catastrophe. L’espace d’une semaine nous suivons la trajectoire de quelques-uns de ces rescapés et plus particulièrement celle du narrateur et d’Agnès, une jeune femme qu’il rencontre dans les premières heures de ce grand bouleversement. 

Le moment n’est pas encore à la reconstruction ou aux projets d’avenir, à l’utopie des uns ou aux appétits des autres. Il n’est donc pas question de sauveurs autoproclamés ni de despotes tentant d’imposer leur loi par la force des armes. C’est à peine si l’on commence à s’organiser et, si des groupes se forment, c’est plus par besoin de chaleur humaine que dans un véritable but. L’heure est à l’égoïsme et à l’anarchie, « quelque chose entre la colonie de vacances et la débâcle de 1940 ». C’est un joyeux capharnaüm où chacun est désormais libre d’agir à sa guise. Il y a bien, ici ou là, quelques actes désintéressés (déblayage des cadavres, soins aux malades) mais on en profite surtout pour faire ce dont on a toujours rêvé : emménager dans l’hôtel de Cluny, se servir dans les vitrines des magasins, s’habiller de neuf...

On ne sent pas non plus beaucoup d’empathie de la part des survivants. Est-ce parce qu’ils ont du mal à croire à une apocalypse qui n’a rien détruit, eux qui ont connus les bombardements de la seconde guerre mondiale et leur cortège de destructions et d’horreurs ? Est-ce parce que la catastrophe est trop vaste, le drame si important qu’il n’est plus mesurable et, partant, pas assimilable ? En tout cas, les héros de Lewino ne paraissent pas particulièrement émus. Les morts anonymes, les montagnes de cadavres leur sont presque indifférents et il faudra un drame personnel pour que le narrateur prenne véritablement conscience de la situation et des changements irréversibles qu’elle induit.

« L’heure » est un roman surprenant qui suscite des images assez spectaculaires, le plus souvent drôles mais parfois aussi, dérangeantes. Il nous invite également à nous interroger sur notre rapport à une société qui n’envisage le bonheur que sous l’angle matériel. En plaçant ses personnages dans la situation de tout posséder, il les met au défi de trouver la satisfaction et la joie dans un monde qui n’a plus ni règles ni repères.

Eric Losfeld - 1968

20 juillet 2019

LE PONT DES SOUPIRS - MICHEL ZEVACO

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Pour Roland Candiano, l’avenir s’annonce sous les meilleurs auspices. Jeune et valeureux fils du doge, aimé du peuple vénitien qui voit en lui le successeur de son père, il doit épouser bientôt la ravissante Léonore. Il ignore hélas qu’un quarteron d’arrivistes, dont certains sont de proches amis, conspirent à sa perte. Accusé le jour de ses noces d’un crime qu’il n’a pas commis, il est condamné et emprisonné dans un cul de basse fosse tandis que son père est destitué et aveuglé. Après six ans de captivité, il parvient à s’échapper avec la complicité d’un bandit repenti qui va l’aider à punir les responsables de ses malheurs. 

Il fut une époque, désormais bien lointaine, où j’ai lu pas mal de romans de Michel Zevaco et notamment toute la série des Pardaillan. Un temps qui ne risque pas de revenir de sitôt au vu de la grosse déception qui fut la mienne à la lecture des deux forts volumes que sont « Le pont des soupirs » et sa suite « Les amants de Venise ». Ma déconvenue tient à plusieurs choses et tout d’abord au style de l’auteur. Un style certes solide et bénéficiant d’une belle écriture tout de mots choisis et d’expressions recherchées, mais malheureusement aussi beaucoup trop grandiloquent. Cela sonne la plupart du temps terriblement faux et donne au récit des allures de conte ou de légende. A aucun moment on n’arrive à croire aux aventures qui nous sont contées ni à faire nôtres les angoisses et les peurs des personnages.

Ceux-ci sont d’ailleurs beaucoup trop monolithiques et presque totalement dénués d’ambigüité. Les gentils sont parés de toutes les qualités, bonté, pitié, modestie, alors que les méchants ne pensent que pouvoir, crime et luxure. Les premiers se sacrifient, les seconds trahissent sans vergogne. Le couple de héros n’échappe pas à la règle puisque Roland, aussi fort que magnanime, devient l’égal de son illustre homonyme tandis que sa fiancée est le prototype de la vierge antique qui préfère la mort à la souillure. Seul le personnage (réel celui-là) de Pierre l’Arétin, trouillard opportuniste, vaniteux et débauché, tire son épingle du jeu et apporte au roman une note de légèreté et d’humour grâce à sa roublardise et ses bons mots.

Et que dire de l’histoire ? Qu’il s’agit d’un plagiat du Comte de Monte-cristo, c’est évident et ce n’est pas ce qui m’a gêné. Le célèbre roman de Dumas a été copié à de nombreuses reprises, parfois avec bonheur, parfois non. Ce qui ici, m’a vraiment déplu, c’est la façon dont le héros réalise sa vengeance. Alors qu’Edmond Dantès procédait avec méthode et froideur, agissant dans l’ombre et se faisant reconnaître au tout dernier moment, le héros de Zevaco avance à découvert et crie sa colère sur tous les toits. Ses « sentences » manquent aussi de finesse et se concluent presque toujours par la mort du coupable tandis que son modèle ne tuait jamais ses victimes mais utilisait leurs mauvais penchants pour les mener à leur perte.

Le livre de poche - 1972

14 juillet 2019

BLUE - JOËL HOUSSIN

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Pour le quinquagénaire que je suis, Il est bien difficile de ne pas faire de lien entre "Blue" et "Les Guerrier de la nuit", ce film de Walter Hill sorti dans les salles en 1979. Certes, le film a pour cadre le New-York des seventies et non un Paris post-apocalyptique mais, cette différence exceptée, les deux œuvres se ressemblent tout de même sacrément. Elles partagent notamment une atmosphère est un thème fort proches puisqu’il est question dans les deux cas de gangs urbains ultra violents qui se livrent une guerre sans merci ponctuée de trêves et, plus rarement, d’alliances.

Une bonne part du roman est tout naturellement consacrée aux combats de toute nature au cours desquels les différents clans font preuve de la même sauvagerie, se distinguant seulement par leur façon de liquider leurs adversaires. Les « Saignants » sont ainsi adeptes des armes blanches, les « Youves » préfèrent les armes à feu tandis que les « Bouleurs » utilisent la plaque d’acier qu’ils se font greffer sur le front pour estourbir les malchanceux qui croisent leur chemin. Quant à Blue, c’est le chef des « Patineurs », le clan le plus puissant du moment qui règne sur les ruines du Trocadero grâce à la mobilité de ses truands équipés de rollers. Une suprématie qui ne le satisfait toutefois pas. Ce qu’il veut Blue, c’est franchir le Mur, la gigantesque barrière de béton qui ceinture la capitale. Mais pour cela, il faut anéantir les innombrables guerriers télépathes armés de lasers qui opposent à toute tentative de franchissement une résistance farouche. D’autres que lui, et de plus puissants, s’y sont déjà cassé les dents. Alors il est contraint de trouver des alliés et même, c’est un comble, de solliciter l’aide des Saignants.

Toute l’intrigue va donc reposer sur les relations entre Blue et les autres chefs de gang. Suspicions, trahisons, vengeances, le jeu de la haine et de la diplomatie va s’exprimer dans toute sa cruauté avec ce qu’il faut de meurtres et de règlements de comptes. C’est sans doute un peu léger niveau scénario mais Joël Houssin a du métier. Il fait intervenir de nombreux personnages de premier plan et initie suffisamment d’intrigues parallèles pour maintenir un suspens constant. Cela permet d’atteindre sans ennui la bataille finale, véritable point d’orgue du roman au terme duquel on espère découvrir ce qui se cache derrière le mur. La révélation sera à la hauteur de nos attentes : sombre et grandiose. Dérisoire aussi, avec un petit goût de cendre, surtout pour les personnages !

Fleuve Noir Anticipation - 1982

30 juin 2019

LA PAPETERIE TSUBAKI - OGAWA ITO

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Après quelques années passées à l'étranger, la jeune Ameniya Hatoko revient dans sa ville natale avec l'intention de reprendre la papeterie que tenait sa grand-mère. La gestion de ce petit commerce va l’amener à faire quantité de rencontres qui lui feront considérer d’un œil nouveau son passé et son avenir.

« La papeterie Tsubaki » est le dernier en date de ces romans « feel good » dont Ogawa Ito s’est fait une spécialité. La recette est ici très proche de celle utilisée dans « Le restaurant de l’amour retrouvé », puisqu’il est de nouveau question d’une jeune femme qui retourne dans la ville de son enfance pour y tenir un commerce. Il s’agit cette fois-ci d’une papeterie mais c’est surtout grâce à son activité d’écrivain public que la jeune Hatoko va enchainer les rencontres et nous faire découvrir le microcosme de la petite ville de Kamakura située à une cinquantaine de kilomètres de Tokyo.

Notre héroïne va en effet être amenée à rédiger des courriers aussi divers que des lettres de rupture ou de condoléances, des dépêches administratives ou des courriers d’affaires. Ce sera à chaque fois l’occasion de faire connaissance avec des personnages fort divers mais aussi de découvrir des coutumes et des traditions bien différentes des nôtre. Saviez-vous par exemple qu’au Japon, on envoie des faire parts de divorce, qu’à l’occasion de la nouvelle année on accroche à sa porte des cordes sacrées (shime Kazari), que les cartes de vœux permettent de participer à la grande loterie annuelle de la poste nippone et qu’il convient de se couper les ongles le 7 janvier (Wanagusa-tsume) ? Moi pas. Et ce ne sont là que quelques-uns des nombreux aspects de la vie au pays du soleil levant que nous dévoile Ogawa Ito.

Ces découvertes et ces rencontres se font en toute simplicité, au gré des saisons qui rythment la vie de Hatoko et de ses nombreux amis. Car l’autre point fort du récit est de s’attacher aux rapports humains en nous montrant les personnages dans leurs occupations quotidiennes, sans tralala ni fioritures. Pour autant, c’est un réel plaisir que de lier connaissance avec Madame Barbara, la sexagénaire toujours partante pour une virée ou une soirée dansante, la jolie Panty et ses histoires de coeur, le Baron, vieil épicurien grincheux mais attachant ou la petite QP et sa fraîcheur désarmante. On est ravi de se promener avec eux un peu partout en ville et les voir se livrer à ces petits riens qui font de chaque jour une journée spéciale.  

La papeterie Tsubaki est aussi une histoire de liens familiaux et de transmission. En reprenant le flambeau de sa défunte aïeule, Hatoko va peu à peu s’imprégner de son art et cerner sa personnalité. Elle en viendra à apprécier la rigueur de l’enseignement reçu et comprendre que la sévérité de sa grand-mère cachait un véritable amour. Ce sera également l’occasion de nous faire partager les subtilités de la calligraphie japonaise et de tout ce qui touche à l’univers de l’écriture, papier, encres, plumes…

Vous l’aurez compris, j’ai une fois de plus succombé au charme de ces romans où il ne se passe pas grand-chose mais qui se dévorent en un rien de temps, comme une friandise un peu trop sucrée que l’on mange avec un plaisir vaguement coupable.

Editions Philippe Picquier - 2018

23 juin 2019

SOLEIL VERT - HARRY HARRISON

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Andy Rush est un jeune flic new-yorkais chargé de retrouver l’assassin d’un gros ponte du marché noir. Une mission d’autant plus compliquée que Billy, le meurtrier, a trouvé refuge parmi les millions de sans-abri que compte la ville surpeuplée. Entre son enquête et la répression des manifestations de plus en plus violentes, Andy n’ a que peu de temps à consacrer à la jolie Shirl qui vit de plus en plus mal leurs conditions de vie précaires… 

Il est assez rare qu’une adaptation cinématographique soit meilleure que le livre dont elle s’inspire. C’est pourtant le cas avec ce roman d’Harry Harrison qui souffre indubitablement de la comparaison qu’on ne peut manquer de faire avec le film de Richard Fleischer. Difficile en effet de lutter contre Charlton Heston et Edward G. Robinson ou d’oublier des images aussi frappantes que l’euthanasie du vieux Sol et les manifestants écrasés par les bulldozers. Difficile surtout de faire l’impasse sur la terrible révélation finale. Or si l’intrigue du film et celle du roman différent très peu, le mystère autour de l'approvisionnement alimentaire de la population n'existe pas dans le second. On doit donc se contenter d'une enquête toute simple sur l'assassinat d'un mafieux qui avait des accointances politiques et de la traque de son assassin. Une enquête guère passionnante qui me fait penser qu’elle n’est peut-être qu’un alibi permettant à l’auteur de nous immerger dans ce New-York de 1999 pour nous proposer une tranche de vie de quelques-uns de ses 35 millions d’habitants.

Et de ce point de vue, le roman est tout à fait réussi. En compagnie d’Andy, de Shirl et de Billy nous plongeons dans cette cité tentaculaire où la richesse la plus tapageuse côtoie l’extrême misère. Immeubles insalubres et surpeuplés, rationnement de l’eau et de la nourriture, marché noir et corruption généralisée, on a le sentiment d’évoluer dans une société tiers-mondisée et sans avenir. La survie devient une lutte quotidienne et, semble-t-il, perdue d’avance. Les responsables - surexploitation des ressources naturelles, pollution - sont clairement désignés et ne surprendront pas le lecteur de 2019. L’auteur met en revanche l’accent sur les effets dévastateurs d’une démographie incontrôlée, n’hésitant pas à pointer du doigt certains responsables, au premier rang desquels les religions et leurs dogmes.

Bon, le roman se passe en 1999 et force est de constater que, 20 ans plus tard, nous n'en sommes pas encore arrivés à cette situation extrême. Ceci étant et vu notre mode de vie, l’échéance se rapproche de plus en plus vite. Sept milliards d’habitants, 10 milliards, 15 milliards, la bombe à retardement écologique, comme un gros soleil vert, finira quand même par exploser.

Pocket SF - 1988

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