Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

SF EMOI

Publicité
20 juin 2019

UN HIVER A MANNHEIM - BERNHARD SCHLINK

5179PM582TL

Et revoilà Selb, le vieux privé qui traîne ses 69 ans, son souffle court et ses problèmes domestiques dans l’Allemagne tout juste réunifiée des années 90. Cette fois-ci c’est le terrorisme et l’ombre de la bande à Baader qui sont au menu d’une enquête qui lui fera côtoyer des psychiatres, des militaires, des journaleux, des militants écologistes et des agents immobiliers. Si l’intrigue ma semblée plus aboutie que la précédente (cf : Brouillard sur Manheim), en tout cas plus touffue et plus riche en surprises et en rebondissements, j’ai en revanche trouvé qu’elle en perdait un peu au niveau du background. Est-ce parce que l’effet de surprise ne fonctionne plus, mais j’ai été beaucoup moins emballé que la première fois par les scènes de sa vie quotidienne et ses rapports avec son petit monde, famille, amis, voisins, bref tout ce qui faisait le charme du premier opus.

Pour autant, Selb demeure un héros attachant. Cet ancien magistrat du IIIème Reich bien revenu de l’idéologie nazie, est un privé atypique. Limité par son âge avancé, il compense ses faiblesses physiques par son expérience des rouages politico-policiers et sa connaissance de la nature humaine. Désabusé mais pas encore misanthrope, il va cette fois voler au secours d’une jeune femme piégée par d’anciens idéologues d’extrême gauche. Une histoire où les intérêts particuliers et la raison d'état s'unissent comme souvent pour dissimuler la vérité et où les idéaux de jeunesse se transforment en réalisme mercantile.

Gallimard - Folio Policier - 2003

Publicité
16 juin 2019

"HEURE ZERO" - VARGO STATTEN

FnAnt0053

Gordon Fryer, jeune ingénieur sans le sou, accepte de servir de cobaye au Professeur Royd. Celui-ci a mis au point une machine permettant de lire le futur d’un individu dans les couches profondes de son cerveau et de faire des clichés de certaines scènes de son existence. L’expérience est une réussite. Le futur de Gordon lui est dévoilé et il a la mauvaise surprise d’apprendre qu’il ne lui reste plus que treize ans à vivre. Mais à 25 ans, une dizaine s’années constitue une quasi éternité qui devrait, pense-t-il, lui permettre de faire mentir les pronostics du Scruteur d’Avenir… 

Ma première rencontre avec l’œuvre de Vargo Statten n’avait pas été concluante. Il s’agissait d’un space-opera extrêmement daté dans lequel la représentation de l’espace et des vaisseaux spatiaux était tellement absurde et dépassée que le roman en devenait ridicule. Aussi étais-je légitimement réticent à l’idée de lire un nouveau titre de l’auteur mais, puisqu’il s’agissait cette fois d’un récit d’anticipation dont l’action se déroulait dans un futur pas trop lointain, je me suis dit que je pouvais lui laisser sa chance. Et bien m’en prit car « Heure zéro » est un petit roman de genre qui réussit le délicat pari de nous divertir tout en nous proposant quelques éléments de réflexion.

L’histoire repose pourtant sur une idée toute simple : « Que ferions-nous si nous connaissions à l’avance le terme de notre existence ? » Chercherions-nous à jouir le plus possible des plaisirs qu’elle a à nous offrir ou bien ferions-nous comme si de rien était, refusant de croire à la véracité du sort qui nous est échu ? Le héros lui, a choisi une troisième voie. Il est fermement décidé à se battre contre son avenir et à prouver que l’invention de son mentor se trompe. Nous assisterons donc tout au long du roman à ses nombreuses tentatives pour infléchir sa destinée, essayant notamment d’éviter les lieux et les personnes figurant sur les scènes de son futur qui lui ont été révélées. Comme un rat pris au piège d’un labyrinthe sans issue, nous le verrons s’agiter en tous sens, provoquant les évènements en pensant leur faire échec et perdant espoir à mesure que se rapproche la date fatidique et que ses chances de survie s’amenuisent.

Bien que cette idée soit indéniablement bonne elle ne suffit toutefois pas à meubler les cent-quatre-vingts pages du roman. Vargo Statten a donc ajouté à son intrigue d’autres fils conducteurs qui tournent tous autour des inventions que le jeune ingénieur et le vieux scientifique mettent au point. Il sera tour à tour question d’un carburant révolutionnaire qui leur vaudra des démêlés avec les grandes compagnies pétrolières, d’une montre à mouvement perpétuel, d’un œil bionique et même d’une potion qui rend invulnérable. Le plus clair du récit est donc consacré à ces recherches et à leurs développements, tout juste entrecoupés par une histoire d’amour sans grand intérêt et les sombres visées d’un dangereux rival.

Fleuve Noir Anticipation - 1955

13 juin 2019

LA PETITE FILLE AUX YEUX SOMBRES - MARCEL PAGNOL

41CB9GGCRWL

A l’instar de ses amis Peluque et Grasset, Jacques Panier s’est juré de ne jamais succomber à l’amour, ce piège nuptial que nous tendent nature et société pour mieux nous enchaîner. Mais que peuvent les meilleures résolutions face au regard envoûtant d’une charmante jeune fille ?  

« La petite fille aux yeux sombres » est un roman de jeunesse de Marcel Pagnol dans lequel il n’est pas défendu de voir, ici et là, quelques éléments autobiographiques. Jacques Panier, Peluque, Lemeunier et Grasset ressemblent sans doute beaucoup au Marcel des années 20 et à ses amis d’alors, de jeunes hommes fraîchement diplômés et bien décidés à vivre une vie plus stimulante que celle de leurs parents. Ils professent un même rejet de l’amour, du mariage et du travail bref de tout ce qui constitue à leurs yeux cet idéal petit bourgeois qui les rebute tant. Ils sont désinvoltes et insouciants, imbus de leurs connaissances toutes neuves et passent leurs temps en beuveries et blagues potaches. Pourtant, malgré leurs prétentions et leur cynisme de façade, ils restent soumis à ces lois de la nature qu’ils dénigrent si fort. Alors, quand Cupidon se met de la partie, il leur faut composer avec leur amour propre et les railleries de leurs amis.

Dans cette petite fable humoristique qui nous parle aussi d’amour et du temps qui passe, l’auteur de « Marius » fait revivre le temps de quelques semaines le Marseille de sa jeunesse et quelques-uns de ses souvenirs qu’il mettra si bien en lumière quelques années plus tard. On n’y trouve pas encore la poésie de ses écrits plus tardifs et la Provence tant aimée n’est qu’à peine évoquée. Le style est aussi un peu lourd, parfois même pédant, mais convient finalement à l’idée que l’on peut se faire de ces garçons vaniteux qui pense que la jeunesse leur donne tous les droits. Quant à l’histoire, elle se conclue d’une façon tout à fait inattendue et fort drôle qui démontre qu’il vaut sans doute mieux garder intacte la fraîcheur d’un amour de jeunesse que de tenter de le faire revivre des années plus tard.

Editions de Fallois - Pocket - 1991

9 juin 2019

DANGER, PARKING MINE ! - SERGE BRUSSOLO

FnAnt1475

Dans un monde et une société indéterminés mais qui semblent bien proches de sombrer, une unité de l’armée veille sur une zone protégée où vivent deux clans ennemis. Chaque année les deux peuples s’affrontent dans un combat épique, ceux du sol se lançant à l’assaut des tours où vivent leurs adversaires. Mais cette année pourrait bien être celle du dernier combat, de l’ultime bataille… 

« Danger, parking miné ! » est un Brussolo pur jus quoiqu’un peu en-deçà de sa production habituelle pour ce qui est du nombre et de la qualité de ces idées époustouflantes qui sont sa marque de fabrique. Ici l’histoire se résume à la confrontation entre deux tribus dont le mode de vie et les coutumes s’opposent à peu près sur tout. Une intrigue relativement faible heureusement compensée par la présentation passionnante de ces deux clans, peuples, sectes, on ne sait pas trop comment les qualifier. La description de leur univers est en effet d’une précision redoutable. L’auteur fait preuve d’une rigueur et d’un sens du détail quasi scientifiques et on a parfois l’impression de lire une étude anthropologique.

Le roman débute par deux chapitres qui servent d’introduction, un peu, et à planter le décor, beaucoup. Ce dernier se limite à un morceau de ville dominé par quelques buildings qui constitue une sorte de réserve naturelle dans laquelle vivent deux peuples qui ont considérablement régressés et que, pour d’obscures raisons, le pouvoir a décidé de protéger de toute influence extérieure afin d’observer leur évolution. Deux peuplades ennemies donc mais qui partagent une origine commune ou plutôt, qui se sont constitués sur un même rejet de la société.

Il y a d’abord les Anonymes qui ont colonisés les parkings au pied des immeubles et qui vivent parmi les ruines des infrastructures et les carcasses de voitures sans pouvoir pénétrer dans les tours dont les accès ont été murés. Leur crédo, on s’en doute vu leur nom, est l’anonymat. Afin de ne plus être fichés, répertoriés, archivés, ils ont décidés de s’affranchir de tout ce qui permettait de les individualiser et donc de les identifier. Finis les noms et les adresses, adieu les numéros, de téléphone, de compte bancaire, de sécurité sociale… La distinction est bannie, l’uniformité devient la règle. Tous les points de repères sont gommés. Il n’y a plus de couples ni de familles et les enfants changent de nourrice chaque année pour éviter le moindre attachement. Tous les anonymes sont vêtus du même imperméable de caoutchouc noir et leurs visages sont tatoués de trois bandes horizontales de manière à amoindrir les traits distinctifs que sont les yeux, le nez et la bouche…

Les Hypernommés ont en revanche un culte de la personnalité très affirmé dont la manifestation la plus évidente réside dans leurs noms à rallonge composés de surnoms et de qualificatifs qui résument les évènements qui ont jalonnés leur vie. Ils sont les descendants des agents de maintenances des buildings qui ont fini par emménager à demeure en haut des tours pour échapper à la pollution et à des conditions de vie au sol de plus en plus dégradées. Ils continuent désormais de vivre au sommet des immeubles où ils entretiennent avec dévotion les gigantesques enseignes néons qui les coiffent provoquant ainsi la haine des anonymes qui y voient une atteinte caractérisée à leur mode de vie.

La découverte de ces tribus rivales se fait par l’entremise de l’un de leur membre que nous suivons sur quelques journées. Deux héros qui n’en sont pas vraiment puisque Nath-Freuden-Yellow-Anchor-Sextant-bleu-du-cap-anglais et la jeune anonyme n’ont aucune prise sur les évènements et ne donnent pas franchement envie de s’identifier à eux ou de frémir pour leur sécurité. Ce serait de toute façon peine perdue puisque tout se termine sur un gigantesque combat entre les deux groupes ethniques et la mort de presque tous les protagonistes de l’histoire. Bref, une fin tout à fait brussolienne qui ne résout rien et qui se termine mal !

Fleuve Noir Anticipation - 1986

2 juin 2019

BROUILLARD SUR MANNHEIM - BERNARD SCHLINK & WALTER POPP

C_Brouillard-sur-Mannheim_7338

Engagé par un géant de la chimie pour résoudre un problème d’intrusion informatique, un détective privé se retrouve plongé dans une enquête qui va ressusciter les heures les plus sombres de l’Allemagne et le confronter à son propre passé. 

A première vue « Brouillard sur Mannheim » est un polar tout à fait classique avec privé, femme en détresse et enquête plus compliquée et plus dangereuse qu’il n’y parait de prime abord. Mais il y a tout de même quelques petits points qui nous changent agréablement du classique roman noir américain. En premier lieu nous ne sommes pas aux States mais en Allemagne, plus précisément à Mannheim, petite ville du Bade-Wurtemberg qui ne ressemble guère, même de loin, à la grosse pomme. Secundo, le détective qui mène l’enquête n’a rien d’un jeune premier. La soixantaine bien tassée, des crises de rhumatismes plus souvent qu’à son tour et des habitudes de vieux célibataire, Selb n’est pas le genre de héros qu’on s’attend à trouver dans ce type de récit. C’est pourtant lui qui donne toute sa saveur au roman grâce à son caractère et son histoire personnelle.

Selb est en effet un ancien procureur du régime national socialiste. Une idéologie dont il est heureusement revenu et qui lui a laissée une certaine méfiance vis-à-vis des institutions et un regard sans illusions quoique bienveillant sur ses semblables. Derrière sa bonhommie et sa fausse nonchalance, le monsieur dissimule une grande force de caractère. Il n’hésite pas à mouiller la chemise - au propre comme au figuré ainsi qu’en atteste sa plongée dans les eaux du Rhin – et peut vous envoyer au tapis n’importe quel petit malfrat. Il est surtout diablement pugnace et n’abandonne pas facilement une piste. On le suivra ainsi un peu partout dans le sud-ouest de la RFA (le mur n’est pas encore tombé), mais aussi en France, en Italie et jusqu’aux Etats-Unis. Côté vie privé, Selb est beaucoup moins efficace. S’il est fidèle à ses vieux amis et à son adorable matou, il est plutôt maladroit avec la gente féminine et son cœur d’artichaut le pousse à courir plusieurs lièvres à la fois avec toutes les déconvenues qu’on imagine…

Si le personnage est indéniablement sympathique, l’intrigue l’est en revanche nettement moins. On est là dans du très/trop classique avec une enquête qui va dévoiler quelques-unes des belles saloperies dont sont capables les grandes sociétés pour augmenter les dividendes de leurs actionnaires. D’une histoire d’intrusion dans un système informatique, on bifurque très vite sur une histoire de manipulation des indicateurs de pollution atmosphérique pour aboutir finalement au travail forcé des scientifiques juifs pendant la guerre. Une enquête pas inintéressante mais pas transcendante non plus qui se borne à nous démontrer que les multinationales se satisfont de tous les régimes, qu’ils soient démocratiques ou autoritaires, puisqu’elles sont assurées d’y trouver toujours quelqu’un à corrompre ainsi que des hommes de main pour s’occuper de leurs basses œuvres. Mais qui en doutait ?

Gallimard - Folio Policier - 1999

Publicité
26 mai 2019

UN MONDE D'AZUR - JACK VANCE

pp5193-1984

Treize générations se sont écoulées depuis qu’un astronef chargé de détenus de droit commun s’est abîmé sur une planète totalement dénuée de continents. Leurs descendants se sont parfaitement adaptés à ce monde aquatique où ils mènent une vie simple et non dénuée de charme. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient contraints d’entretenir le Kragen, une gigantesque créature semi-intelligente qui les protège de ses congénères plus petits en échange de nourriture. Le marché semble à priori équitable mais à mesure que le monstre grandit, ses appétits se font plus féroces. Sklar Hast, un jeune transmetteur fougueux et épris de justice, va rompre ce fragile équilibre. 

Beaucoup de romans de Jack Vance mettent en avant des personnages en rébellion contre le système. La plupart du temps il s’agit d’une révolte individuelle (Emphyrio) et souterraine (La vie éternelle), mais elle prend parfois des allures de révolution où la destinée d’un homme se confond avec celle d’un peuple. C’est le cas dans « Les chroniques de Durdane » où Gastel Etzwane combat seul la dictature de l’Anome avant d’être rejoint dans sa lutte par d’autres citoyens. C’est le cas aussi dans « Un monde d’azur » dans lequel l’insubordination de Sklar Hast va déboucher sur une crise politique qui verra se rejouer l’éternel conflit entre les anciens et les modernes, entre les conservateurs et les forces de progrès.

Pourtant, le héros de ce roman court et bondissant n’est pas un révolté dans l’âme. S’il remet en cause l’organisation sociale et politique de son peuple c’est simplement parce qu’il estime que les puissants ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des humbles. Ce qu’il conteste, c’est un système qui écrase le commun au profit d’une classe, celle des arbitres et des médiateurs - autrement dit les politiques et les religieux - qui ne produisent rien, profitent de la communauté et assoient leur autorité sur la peur et l’ignorance.

La rébellion de Sklar est d’ailleurs très progressive. Après avoir tenté de supprimer ce Roi Kragen qui opprime son peuple, il tente très humblement de rallier ses concitoyens à ses idées. Il lui faudra pour cela convaincre les hésitants et lutter contre « l’establishment ». Sa lutte est donc avant tout politique et ce n’est que forcé et contraint qu’il prendra les armes pour faire échec aux partisans de l’immobilisme qui protègent leurs intérêts. Mais alors que d’action ! Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné et nous plongent dans une atmosphère très guerrière où il est question d’espionnage, de batailles navales et d’exécutions.

Si l’histoire ne manque pas d’animation, elle est en revanche moins riche de ses petits détails ethnologiques qui sont pourtant l’une des caractéristiques des romans de Jack Vance. Cela est en partie dû à la nature de la planète sur laquelle il situe son histoire. Ce monde d’azur est en effet entièrement recouvert par les océans. Les habitants y vivent sur des sortes d’archipels constitués par les feuilles de plantes aquatiques qui affleurent à la surface de l’eau, un peu comme le font celles des nénuphars. Un univers minimaliste dont la principale caractéristique est l’absence de matériaux solides. Pas de métaux, pas de roches, tous les objets, toutes les structures sont construits à partir de fibres végétales ou d’ossements. Cela donne à cette société et à ses réalisations un côté fragile et éphémère tandis que ses membres prennent des allures de robinsons obligés de faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour survivre. D’ailleurs, la recherche et les expériences de toutes nature occupent une grande place dans ce récit où la découverte du moyen de fabriquer du fer sera la clé de la victoire.

Pocket SF - 1984

23 mai 2019

LES CHIENS - ANDRE RUELLAN

tsf01

Henri Féret, médecin d’une quarantaine d’années, achève à peine son installation dans une cité dortoir de la banlieue parisienne que les premiers patients affluent déjà. Mais ce n’est pas à une épidémie de grippe qu’il doit la visite des habitants de cette banlieue poussée trop vite. La plupart viennent le voir afin qu’il soigne les séquelles d’agressions physiques et, le plus souvent, de morsures. Il se rend vite compte que cette violence n’est pas seulement le fait de jeunes délinquants ou de ces immigrés que l’on pointe du doigt. Les partisans de l’auto défense y ont aussi leur part et notamment leur leader, l’inquiétant Morel, éleveur et dresseur de chiens. 

A sa sortie, dans les années 80, ce roman pouvait avoir un côté spéculatif qu’il a aujourd’hui totalement perdu. Il faut dire que les lieux et les faits qui y sont décrits constituent désormais le quotidien de centaines de milliers de français et que les thèmes évoqués (délinquance, racisme, conditions de vie des immigrés) sont malheureusement toujours d’actualité.

Toutefois, si cela lui fait perdre une partie de son intérêt, il n’en conserve pas moins toute sa force de dénonciation et constitue une critique virulente de l’auto défense.

A noter que André Ruellan a écrit « Les chiens » en parallèle au scénario du film éponyme de Alain Jessua.

J-C Lattès - Titres SF - 1979

19 mai 2019

AUTOUR DE LA LUNE - JULES VERNE

ldp2035-1975

Suite et fin des aventures des membres du Gun Club de Baltimore bien décidés à envoyer un boulet « habité » sur la Lune. 

J’ai lu « De la Terre à la Lune » lorsque j’avais dix ou onze ans c’est-à-dire il y a presque quarante ans. Inutile de vous dire qu’au moment d’entamer sa suite il ne m’en restait plus que de très vagues souvenirs. Fort heureusement, Jules verne débute son histoire par un chapitre préliminaire qui résume cette « première partie ». Cela permet de renouer connaissance avec le Président Barbicane et le Capitaine Nicholl, dont l’antagonisme scientifique aboutit à l’étonnant projet d’envoyer un boulet sur la Lune, ainsi qu’avec Michel Ardan, le fantasque français qui eut l’idée de s’enfermer dedans.

Le présent roman est donc le récit d’un aller-retour puisque, comme son titre le laisse supposer, nos héros ne mettront jamais les pieds sur l’astre de la nuit. Cela limite forcément les rebondissements et les découvertes d’autant que la face cachée de la Lune plongée dans une obscurité absolue, ne leur permettra rien de plus que quelques extrapolations et autres suppositions. Il n’y aura donc pas de rencontres avec de mystérieux sélénites, pas de civilisation extra-terrestre ou de merveilles lunaires. Tout juste auront nous droit à quelques petits rebondissements liés pour la plupart aux conditions particulières du voyage spatial. Nos trois héros devront ainsi composer avec l’absence de gravité, le froid intersidéral, l’ébriété due à un excès d’oxygène dans leur bolide ou encore le passage d’un météore. Cela permet, le temps de quelques pages, de rompre la monotonie du voyage mais ne suffit toutefois pas à secouer l’ennui qui nous guette.

Cat il faut bien l’avouer, cette histoire est dans l’ensemble assez soporifique. Enfermé dans leur « astronef », nos trois héros n’ont guère à se mettre sous la dent que les observations qu’ils peuvent faire au travers des hublots et qu’ils confrontent avec leurs connaissances. Le récit est donc fort logiquement émaillé de nombreux dialogues au cours desquels les hommes de science que sont Barbicane et Nicholl font étalage de leur culture devant un Michel Ardan qui joue le rôle du Candide de service. Un Candide heureusement fort drôle et qui évite au roman de sombrer dans une aridité technique absolument imbuvable. Ceci dit, on reconnaîtra à l’auteur le mérite de s’être copieusement documenté puisqu’il se montre capable de nous dresser un historique des observations humaines de la lune et de sa cartographie depuis Galilée ! Cela ne manque pas d’intérêt et permet de se faire une idée assez précise de l’état de l’astronomie au milieu du XIXème siècle mais ça ne suffit malheureusement pas à sauver le roman.

Heureusement, les trois aventuriers finiront par redescendre sur Terre pour nous faire vivre, in extremis, quelques instants de suspens suivit d’un happy end bien mérité !

Le livre de poche - 1969

16 mai 2019

EVEIL - MATSUMOTO TAIYÔ

CVT_Eveil-tome-0_8612

Dans un lointain futur – ou un passé tout aussi éloigné – les habitants d’un village vivent au plus près de la nature qu’ils vénèrent par l’entremise de danses rituelles. Pour communier avec les esprits, les danseurs du clan des Oiseaux ont besoin des masques réalisés par celui des Fleurs. Or, le chef des sculpteurs s’apprête à choisir un successeur parmi ses fils. Choisira-t-il le trop sensible Yuri qui vit reclus dans son atelier ou l’ambitieux Tsubaki qui envie le talent de son frère ? 

Je ne suis pas un gros lecteur de BD et ma préférence en matière de livres va incontestablement aux romans. Aussi, sans être insensible à la beauté des dessins, à la construction, la mise en page, le rythme, je n’apprécie véritablement ces histoires dessinées qu’à la condition qu’elles nous racontent quelque chose. Or, un bon scénario, c’est précisément ce qui manque à cette œuvre de Matsumoto Taiyô. Ici, la trame est très légère. Beaucoup trop. On comprend bien qu'il est question de transmission (du savoir, de l'histoire familiale...), de choix de vie et de place dans la société mais cela ne va pas beaucoup plus loin. C’est dommage. La rivalité entre les deux castes ou celle entre les sculpteurs de masques, l’un jalousant l’autre, aurait pu déboucher sur une intrigue plus fournie et prendre par exemple une tournure dramatique. Mais non. On reste au niveau des intentions. Tout n'est que suggéré et l'on a le sentiment que rien ne se passe, si ce n’est le défilement des saisons. C’est une sorte d’allégorie que nous propose l’auteur. Poétique mais ennuyeuse.

Mon impression est en revanche beaucoup plus positive en ce qui concerne le dessin de Taiyô. Exception faite de la jaquette et des deux premières pages, la BD est en noir et blanc. Un noir et blanc bien tranché. Ombre et lumière, jour et nuit, hiver ou été, le contraste est permanent. Cela donne à chaque case une grande intensité d’autant que le trait est toujours vigoureux. L’auteur utilise beaucoup les hachures et ses dessins ont un aspect un peu brut avec des formes heurtées, rarement arrondies ou adoucies, contrairement à ce que l’on pourrait penser au vu de la couverture. Il fait aussi preuve d’une certaine originalité dans sa mise en page, s’autorisant à peu près tout (pleine pages ou double page, découpage atypique…) et utilisant finalement très peu les phylactères. J’ai particulièrement aimé une succession de quatre pages divisées chacune en quatre bandeaux horizontaux qui illustrent une scène de repas familial d’une manière très cinématographique, un peu comme si une pellicule défilait sous nos yeux.

La forme l’emporte donc largement sur le fonds et l’on est ici plus près du livre d’art que de la vraie BD. La très belle couverture, la qualité du papier et de la reliure participent d’ailleurs grandement à cette impression.

Kana - 2019

12 mai 2019

LA GUERRE DU NAAMA - CHARLES SAUNDERS

cvt_Imaro-integrale_1803

Tandis que la flotte du Cush et de ses alliés fait voile vers le Naama pour opérer leur jonction avec celles du Monomatapa avant de livrer l’ultime bataille contre les Erritem, Imaro se lance à la recherche de Bohu pour lui faire expier le meurtre de sa femme et de son fils. Mais dans la lutte millénaire entre les Mashataan et les Arpenteurs de nuages, la frontière entre le bien et le mal semble plus floue que jamais.  

J’ai découvert Imaro grâce aux éditions Garancière qui publièrent à la fin des années quatre-vingt dans leur « Collection Jaune » les trois premiers volets des aventures de ce « Conan africain ». Manque de bol, ladite collection baissa le rideau avant que ne paraisse le quatrième et dernier épisode du cycle. J’eu cependant la chance de lire ces trois romans en 2013 soit quelques mois seulement avant que les éditions Mnémos n’ait la très bonne idée de publier une intégrale dans laquelle figurait la conclusion tant attendue sur laquelle je me jetai comme un crève-la-faim.

Comme son titre le laisse présager, « La guerre du Naama » est un récit presqu’exclusivement guerrier. Batailles navales ou terrestres, sièges et embuscades, duels et combats singuliers, tout l’arsenal de la littérature guerrière est présent. Charles Saunders nous démontre une fois encore qu’il est parfaitement à l’aise dans ce type d’exercice. Il ne se contente pas de nous montrer des guerriers balèzes qui se démontent la gueule à grands coups de tranchoirs. Il sait créer des ambiances, faire monter la pression et susciter l’attente. Qu’il nous surprenne par une attaque éclair ou qu’il fasse durer le plaisir en retardant le face-à-face tant attendu, chaque confrontation arrive au bon moment. Et ce ne sont pas toujours les bons qui gagnent ! Dans cet enième affrontement des forces du mal contre les partisans du bien, les victimes se comptent par dizaines de milliers et Imaro lui-même n’est pas toujours à la fête. Il ira d’ailleurs au tapis à deux reprises et le plus beau duel ne sera pas son combat final contre Bohu, mais celui que son cousin remporte face à un redoutable géant.

Car c’est une autre qualité de l’auteur que de savoir donner leur chance à tous les personnages. Loin d’être de simples faire-valoir, ils existent par eux-mêmes et ont tous un rôle à jouer. Le récit suit d’ailleurs plusieurs intrigues parallèles dans lesquelles ces seconds rôles apportent leur contribution, grande ou modeste, à la résolution du conflit. On verra ainsi la Kandisa utiliser sa puissante magie pour tenir en respect la sorcellerie des Erritem et les parents d’Imaro déjouer une tentative de coup d’état. Certains se sacrifient pour faire triompher leur cause, d'autres la trahissent mais, qu’ils soient portés par l’ambition, la vengeance ou la peur, tous sont actifs et chacun d’entre eux, même les plus humbles, bénéficie d’une belle mise en lumière.

Tout cela donne à l’histoire une allure à la fois moins manichéenne qu’il n’y parait au premier abord et surtout moins monolithique. Imaro ne porte pas sur ses seules épaules la responsabilité de la victoire et, même si l’on se doute qu’il finira par faire triompher la cause du bien, on comprend également très vite que le prix à payer sera très élevé. Le héros de Saunders qui, dans les premiers volumes de ses aventures, rappelait surtout Conan par sa stature de guerrier indomptable, acquiert ici d’une destinée moorcockienne, torturée et solitaire, qui lui donne ainsi une dimension supplémentaire et fait de ses aventures l’une des meilleures sagas de fantasy.

Mnémos - 2013

9 mai 2019

JE N'INVENTE RIEN - MARTIN VEYRON

CVT_Je-ninvente-rien_4427

J’ai eu la chance de rencontrer Martin Veyron il y a une dizaine d’années à l’occasion de Normandie Bulles, le festival de BD de Darnétal-les-Rouen où il était venu présenter sa dernière création : Papy Ploof. Je me souviens qu’il pleuvait abondamment ce jour-là et que le site de l’exposition consacrée à l’auteur étant situé en un lieu distinct des autres stands, nous nous trouvâmes, mon épouse, ma fille et moi-même, à peu près seuls en sa compagnie pendant une bonne demi-heure. Cela nous permis d’échanger assez longuement sur son travail et notamment sur son dernier album où il abordait déjà des thèmes de société tels que la vieillesse et les retraités, le tourisme ou encore les conflits générationnels et les problèmes démographiques.

Dans « Je n’invente rien » nous retrouvons ce regard aiguisé qui lui permet de croquer avec autant d’humour que de tendresse nos petits défauts et nos gros travers. Pas de BD cette fois-ci mais un florilège de dessins de presse parus pour la plupart dans Le Nouvel Observateur et Le Point et répartis en cinq thèmes : l’éducation, la santé, le travail, l’amour et les modes de vie bref, tout ce qui occupe l’existence d’un français moyen.

Il s’agit la plupart du temps de vignettes uniques qui vont droit au but. Pour autant le travail reste soigné. Qu’elles soient de taille modeste ou s’étalent sur une double page, elles s’accompagnent presque toujours d’un décor minutieusement dessiné et enrichit de couleurs vives. A noter aussi, la présence presque systématique de phylactères. Heureusement d’ailleurs puisque certains des dessins qui en sont dépourvus me sont restés totalement hermétiques. Ces textes contribuent au moins pour moitié à l’humour de l’ensemble grâce à leur ton percutant et mordant. Martin Veyron possède le sens de la formule et du mot juste et j’ai particulièrement apprécié ceux des dessins qui comportaient de véritables dialogues entre les personnages. Cela m’a donné envie de me replonger dans l’une des BD de l’auteur, un « Bernard Lermitte » ou un autre de ses albums délicieusement irrévérencieux et politiquement incorrects ! 

« Je n’invente rien »  est donc un bel objet, joliment présenté avec un papier de qualité qui en rend la manipulation agréable et qui a le mérite de donner un coup de projecteur sur le travail de dessinateur de presse de l’auteur.

Höebeke

5 mai 2019

LES AFFINITES - ROBERT CHARLES WILSON

denoel-lunes13072-2016

C’est grâce au soutien financier de sa grand-mère qu’Adam Fisk peut étudier dans une école d’art de Toronto. Quand elle décède soudainement, il pense un temps à retourner chez son père avec lequel il entretient pourtant des rapports extrêmement tendus. Il trouve heureusement une aide aussi inattendue qu’efficace auprès des membres de la communauté Tau, l’une des 22 affinités révélées par le test de Meir Klein. Intégré à ce nouveau groupe social composé d’individus avec lesquels il partage un même profil psychologique, un avenir vaste et serein semble s’ouvrir devant lui. Mais les vieux pouvoirs politiques et économiques sont-ils prêts à passer la main ? 

« On choisit ses amis mais on ne choisit pas sa famille ». Cette expression de la sagesse populaire aurait pu servir de sous-titre à ce roman tant elle résume parfaitement la situation de son héros. D’un bout à l’autre de l’histoire il est en effet question des relations qu’Adam entretient avec les uns et les autres et de la difficulté de choisir entre liens du sang et liens amicaux. Il faut dire à sa décharge que ses amis sont d’un genre un peu particulier. Sélectionnés comme lui sur des critères scientifiques, émotionnellement et intellectuellement très proches, il paraît effectivement logique que se crée entre eux une certaine alchimie et qu’il soir plus facile de communiquer, de travailler et bien sûr de s’entendre avec des individus qui ont le même profil psychologique que vous. Mais est-ce pour autant le gage d’une vie heureuse ? C’est tout le propos de RCW qui va d’abord nous montrer les avantages de cette fameuse communauté Tau avant d’en dénoncer les mauvais côtés.

La tâche n’est pas difficile quand on considère la famille dont est issu Adam. Entre un père raciste et dominateur qui refuse de lui payer ses études d’art (des études de lopette), un frère violent, une belle-mère effacée et un demi-frère perturbée, on comprend qu’il ait envie d’aller voir ailleurs. Surtout quand vos nouveaux amis solutionnent vos problèmes de logement et d’argent et qu’une charmante jeune femme vous ouvre le chemin de son cœur. Mais leur sollicitude ne s’arrête pas là comme le prouve ce passage où le groupe (la tranche) auquel appartient Adam réagit comme un seul homme à la menace qui pèse sur l’une d’entre eux (un ex jaloux et dangereux). Bref, des gens sur qui compter pour tout et en toute circonstances, quoi de plus rassurant dans une époque dure (crise économique) et un monde dangereux (le conflit indo-pakistanais).

Malheureusement, cette affection qu’ils portent aux membres de leur communauté est si forte qu’il n’en reste plus guère pour les autres. « L’affinité » montre alors sa face sombre : le repli communautaire et l’exclusion des autres. Des autres considérés comme des ennemis ou des concurrents (les membres des différentes « affinités »), ou comme des êtres sans intérêt et vaguement inférieurs, des « brides » qui vous attirent ou vous retiennent hors du groupe. Tout cela est très bien amené sur fond de guerre larvée entre affinités et de menace sur la paix mondiale. Les personnages sont, comme toujours chez l’auteur, particulièrement soignés et même les rôles secondaires ont droit à une belle mise en lumière. Ils ne font pas que jouer les utilités pour faire avancer le récit mais sont également travaillés en profondeur.

« Les affinités » nous offre donc une dystopie très sage. On est bien loin de la SF pure et dure, à peine dans l’anticipation. Et c’est sans doute pour cela que le sujet nous parle tant. A l’heure de la mondialisation et des réseaux sociaux informatisés, Robert Charles Wilson nous invite à nous interroger sur l’émergence de nouvelles communautés fondées sur des concepts différents de ceux de nation, de religion ou de famille. Une idée séduisante mais qui – le roman le démontre – n’exclue pas le communautarisme ou la dérive sectaire. Et puis, n’oublions pas qu’il  n’y a qu’un seul groupe social qui compte vraiment : l’humanité.

Denoël - Lunes d'Encre - 2016

2 mai 2019

MA ZAD - JEAN-BERNARD POUY

51LpCY-drCL

Je ne pensais pas que ça arriverait un jour et pourtant il me faut bien l’avouer, j’ai été déçu par le dernier roman de J-B Pouy. Le bonhomme est pourtant toujours aussi à l’aise pour nous narrer avec son style acrobatique et bourré d’humour, la vie des humbles et les saloperies du grand capital. Mais cette fois, je n’ai été embarqué ni par l’intrigue, ni par les personnages. La faute à mes attentes plus qu’à la qualité du livre. Car voyez-vous, son titre me faisait espérer une chouette histoire de résistance d’un groupe d’utopistes face à de vilains bétonneurs épaulés comme il se doit par l’état et sa police avec derrière tout ça une histoire bien malpropre de gros sous et de corruption.

Je crus dans un premier temps que mes vœux allaient être exhaussés. L’auteur nous emmène dans le nord de la France où nous faisons connaissance avec Camille Détroit, un quadra qui vivote entre un boulot chiant à l’hyper du coin et la vieille ferme qu’il a hérité de ses parents. Une vie un peu morose qui se trouve bouleversée le jour où des zadistes sont brutalement évacués d’un site proche de chez lui. Interpellé en même temps que les activistes, licencié puis tabassé par les hommes de main des notables locaux, Camille entre en résistance.

Jusque-là  tout se passait à merveille. Le sympathique héros transforme sa ferme en Fort Alamo altermondialiste, il s’entoure de joyeux hippies et de black-blocs, mène quelques actions coup-de-poing contre la richissime famille Valter et trouve même le temps de tomber amoureux. Et puis, le roman prend une direction radicalement différente pour se transformer en une histoire de vengeance et de manipulation. Pas mauvaise d’ailleurs, rondement menée, efficace et pourtant la déception - ma déception – demeure. Comme quoi, il ne faut jamais trop se fier au titre d’un livre.

Gallimard - Folio Policier - 2019

28 avril 2019

GOMORRHE - MARVIN KARLINS & LEWIS ANDREWS

fut2em17

« Gomorrhe » est un roman d’anticipation relativement sobre. Une sobriété vraisemblablement recherchée par les auteurs qui ont écrit ce livre en 1974 mais ont choisi de situer leur histoire seulement une quinzaine d’années plus tard. Or, quinze ans, c’est beaucoup trop peu pour imaginer des révolutions technologiques majeures. C’est en revanche un laps de temps tout à fait suffisant pour constater l’écroulement d’une société ou à tout le moins des transformations profondes.

Le New-York des années 80 qui sert de cadre à l’histoire n’est donc pas foncièrement différent de son modèle. Pas de cité futuriste avec ses tours côtoyant les nuages, ses voitures volantes et ses hologrammes publicitaires. En fait, la Grosse Pomme de Karlins & Andrews est un peu blette. La mégapole est à moitié ruinée et n’est désormais peuplée que par les laissés pour compte et les repris de justice, chômeurs, clochards, voleurs et trafiquants en tout genre. Les « bons citoyens », entendez par là les plus riches, vivent dans les Oasis, des enclaves surprotégées qui bénéficient des dernières innovations de la science moderne. Oh, rien de très novateur. Ici, le futur se limite à un armement un peu plus sophistiqué et à des moyens de contrôle totalement informatisés mais, au début des seventies, l’informatique appartenait encore presque au domaine de la Science-Fiction !

C’est donc dans ce décor qui n’a rien de particulièrement surprenant que se développe une petite intrigue qui, il faut bien le dire, ne brille ni par sa qualité, ni par sa complexité. Une jeune idéaliste partisane d’un rapprochement entre la vieille cité et les villes nouvelles a été kidnappée par des activistes. Le peuple est en émoi, la police est sur les dents et les politiques n’en mènent pas large. Un agent du redoutable Psycorps est dépêché sur place pour retrouver l’écervelée disparue parmi les « rebuts ». Un scénario tout simple pour une petite enquête policière mâtinée d’espionnage qui n’accouchera que d’une très classique histoire de corruption et d’intérêts particuliers primant le bien public.

On est donc légitimement fondé à penser que la mission du jeune et fringant agent secret n’est qu’un prétexte pour nous faire découvrir une cité abandonnée par le gouvernement et soumise à la loi du plus fort. Les descriptions qui nous sont fournies ne manquent d’ailleurs pas de saveur. La ville est devenue un no mans land d’insécurité et de violence et Central Park est une jungle où l’on ne s’aventure plus dès la tombée du jour. Bandits et malfrats tiennent le haut du pavé et seuls des véhicules blindés circulent encore dans les rues pour permettre aux touristes d’effectuer un « Tour du crime » ou une « Partie de chiens » et leur procurer ainsi quelques délicieux frissons avant de retrouver le confort de leur foyer. Une société à deux vitesses qui peut paraître choquante mais pas si impossible que cela. Il n’est que d’observer nos banlieues et leurs cités où la police ne met plus les pieds, les quartiers désertés par les classes moyennes et les Gated Community (les quartiers fermés) qui prolifèrent aux States, pour constater que finalement, K & A ont à peine forcé le trait.

Presses de la Cité - Futurama - 1978

 

 

21 avril 2019

LA FILLE DU TEMPLIER - JEAN-MICHEL THIBAUX

515XzMBOMCL

Depuis que son père a rejoint les templiers, la jeune Aubeline d’Aups doit gérer seule son petit domaine de Meynarguette. Elle peut heureusement compter sur sa fidèle Bérarde, une forte femme capable de faire entendre raison au plus aviné des soudards ainsi que sur la protection des dames de la cour d’amour de Signes. Loin de là, en Terre Sainte, le chevalier Jean d’Agnis est bien revenu de ses illusions. Les croisés ont oubliés tous leurs serments et ne songent qu’à se tailler des fiefs ou se vendre au plus offrant. Pour avoir déplu à l’épouse du roi de France, il lui faut aussi vivre avec la menace constante que la reine débauchée fait peser sur sa tête. Aubeline, Jean, deux destins, deux combats, une rencontre… 

« La fille du templier » est un roman historique et régionaliste sans prétention qui distille en part à peu près égales intrigues politiques et sentimentales, scènes de combats et séquences plus tendres.

La période historique c’est le moyen-âge du XIIème siècle, celui de la grande époque de la chevalerie et des croisades. La région, c’est une Provence de carte postale entre Avignon et les Baux avec ses châteaux hauts perchés, ses vallées plantées d’oliviers, ses montagnes et ses torrents. Il est question de templiers et de sorcières, il y a des preux chevaliers et des gentes dames, des serments d’amour et des questions d’honneur, bref tout l’attirail coutumier à ce type de littérature.

Cela aurait d’ailleurs eu le goût légèrement fade du déjà lu s’il n’était aussi question de l’une de ces cours d’amour qui tentèrent en cette époque de brutalité et d’obscurantisme de donner corps à l’idéal romantique de l’amour courtois. La cour d’amour de la dame de Signes a semble-t-il réellement existé tout comme la plupart des héroïnes de Jean-Michel Thibaux. Cela lui permet en tout cas de brosser quelques jolis portraits de femmes volontaires, contraintes assez paradoxalement de vivre loin des hommes et de cet amour qu’elles exaltent, pour conserver leur indépendance. D’aucunes bénéficient certes d’une liberté et d’une conscience quelque peu anachroniques, mais après tout il s’agit d’un roman et il est assez réjouissant de voir des femmes rivalisant avec les hommes d’alors pour ce qui est de la vaillance et de l’esprit de commandement.

Ceci étant et malgré cette belle évocation, le roman manque d’unité ainsi que d’une intrigue qui saisirait le lecteur dès les premiers chapitres pour ne le lâcher qu’à la toute fin. A défaut, on doit se contenter de plusieurs fils conducteurs (la rébellion d’un fils contre sa mère, la vengeance d’une reine contre un chevalier, une lutte d’influence au sein de la cour d’amour, les rivalités entre provençaux et catalans..) qui, mis bout à bout suffisent tout juste à meubler les quatre cent pages du roman. Alors, s’il y a un beau décor et des personnages hauts en couleurs, le résultat reste tout de même assez terne et convenu. Tout juste distrayant.

Presses de la cité - Terres de France - 2011

14 avril 2019

L'ENIGME DE GIVREUSE - J. H. ROSNY AINE

neosff061

Dans les premiers mois de la première guerre mondiale, des brancardiers découvrent sur le champ de bataille, à quelques mètres de distance, deux soldats parfaitement semblables qui prétendent l’un et l’autre s’appeler Pierre de Givreuse. De retour à la vie civile, se pose alors pour les deux hommes, le problème de déterminer lequel va retrouver sa place dans la société. 

Le thème du double est un classique de la littérature fantastique. La plupart du temps, il est question d’un « jumeau maléfique » qui cherche à prendre la place de l’original. C’est notamment le cas du célèbre Mister Hyde de Robert Louis Stevenson mais aussi dans « Le double » de Fiodor Dostoïevski. Rosny Aîné a donc innové en ne mettant pas en scène un personnage confronté à un autre lui-même mais un individu qui se retrouve scindé en deux moitiés strictement identiques. Nous n’assisterons donc pas aux manigances de l’un cherchant à prendre la place de l’autre mais au contraire à l’émancipation progressive de celui des deux qui acceptera de renoncer à son identité.

C’est que notre infortuné héros n’est pas seul au monde. Il a une mère, une fiancée, une amante qui ne comprendraient sans doute pas cette situation extraordinaire. Sans compter que pour l’état civil, il ne peut y avoir, surtout en temps de guerre, qu’un seul Pierre de Givreuse. Qu’à cela ne tienne, l’un des deux prend une identité d’emprunt et devient Philippe Freneuse, l’étonnant sosie du gentilhomme breton. Ce faisant il va devoir sacrifier sa place dans le monde, la tendresse de sa famille et l’amour d’une femme.

Pour une bonne part, le récit s’attache donc à nous conter comment notre double héros parvient à surmonter les difficultés liées à son nouvel état. C’est la partie la plus romanesque du roman. C’est assez fleur bleue. Les sentiments sont forts, les réactions violentes et le sens de l’honneur et des conventions toujours présent à l’esprit des protagonistes de l’histoire. Il n’empêche, le désarroi des personnages confrontés à cette situation improbable est assez bien rendu. Cet aspect « psychologique » du roman est entrecoupé de quelques scènes d’action. Rosny Aîné a écrit ce roman en 1916. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver ces passages guerriers dans lesquels Freneuse s’en va courir sus au vilain teuton, dans les airs ou sur la mer. Deux épisodes qui permettent à l’auteur de faire la preuve de son patriotisme mais qui n’apportent strictement rien à l’intrigue. 

Pour la faire avancer, il faudra l’intervention du docteur Savarre. Cet éminent neurologue ami de la famille de Givreuse, s’est mis en tête de percer ce mystère. Il n’épargnera ni son temps, ni ses efforts pour y parvenir, interrogeant les témoins, confrontant ses constatations avec celles de ses confrères et poursuivant ses investigations jusque sur le champ de bataille. Des recherches qui lui permettront d’apporter à cette fameuse énigme une réponse scientifique, transformant ce qui ressemblait à une histoire fantastique en un pur récit de SF. 

Nouvelles Editions Oswald - Fantastique/SF - 1982

11 avril 2019

BALADE POUR UN PERE OUBLIE - JEAN TEULE

41NAAurGp7L

Avant de donner dans la biographie décalée de personnages historiques (Le montespan, Je François Villon, Charly 9, Graine de colère, Héloïse ouille ! et j’en passe), Jean Teulé a commencé par écrire de petits romans foncièrement originaux tant par leur contenu que par leur style. "Balade pour un père oublié" fait partie de ceux-là. On y retrouve sa prédilection pour les personnages borderline et les situations trashi-comiques. Avec son style d’une simplicité désarmante mais d’une efficacité redoutable, sa poésie surréaliste et des allégories qui font penser au Raymond Queneau des « Fleurs bleues » ou au Romain Gary de « Gros-calin », il nous donne un bouquin merveilleusement inclassable.

On y suit le parcours d’un jeune homme qui, devenu père et donc sur le point de s’effacer derrière sa progéniture, se retourne pour voir la trace qu’il a laissée dans la mémoire des femmes qui ont traversées sa vie. Cela nous donne 11 jolis portraits, le sien et celui des femmes en question parmi lesquelles se trouvent sa compagne, une infirmière, une gérontophile, une femme angoissée par le temps qui passe, une prostituée, une photographie dans le fond d’une tasse, une pneumologue collectionneuse de radiographie des poumons, une amie d’enfance complexée, sa défunte mère, une clocharde…

C’est loufdingue, c’est poétique, c’est innovant, c’est vaguement agaçant et pourtant, ça fonctionne, ça émeut et ça fait réfléchir. En un mot : excellent.

Julliard - Pocket - 2016

7 avril 2019

L'ADIEU AUX ARMES - ERNEST HEMINGWAY

C_LAdieu-aux-armes_1433

Engagé volontaire dans l’armée italienne où il officie en qualité d’ambulancier, Frederic Henry a été affecté dans la ville de Gorizia sur le plateau du Bainsizza, Il y fait la rencontre de Catherine Barkley, une jeune infirmière écossaise avec laquelle il entame une relation. D’abord réticents à l’idée de donner de l’importance à leur liaison, les deux amants finissent par s’éprendre profondément l’un de l’autre. Mais la Grande Guerre n’en finit pas de détruire tout ce qu’elle touche… 

C'est de son expérience personnelle qu'Ernest Hemingway a tiré le sujet de son roman. Comme son héros il fut ambulancier sur le front italien pendant la première guerre mondiale. Comme lui il fut blessé aux jambes et passa près de trois mois dans un hôpital de l'arrière avant de retourner au front. Comme lui encore il s'éprit d'une infirmière au cours de sa convalescence à Milan. Tout son récit est donc imprégné des sentiments et sensations éprouvés alors.

Il y exprime un profond pessimisme. Ses personnages, soldats ou civils, sont totalement englués dans le conflit. Ils ont le sentiment que la guerre ne finira jamais et que tout espoir est vain. Incapables de se projeter vers l'avenir, ils refusent de s’engager dans une relation sérieuse et cherchent l’oubli dans l’étourdissement de l’alcool et les amours sans lendemain. Catherine et Frédéric eux-mêmes n’osent croire à la possibilité du bonheur. Ils hésiteront longtemps avant de s’investir dans leur relation et tenter de construire quelque chose de durable. Il y faudra des circonstances particulières et un coup de pouce du destin pour leur permettre de tourner le dos à la guerre. En ce sens, l’adieu aux armes ne désigne donc pas seulement la désertion de Frédéric mais la volonté des deux amants de s’extraire de cet état de guerre perpétuelle afin de retrouver une vie normale. Ils finiront par y parvenir mais ce sera pour constater que le bonheur demeure fugace et que l’homme ne peut échapper à sa condition.

Si le conflit, telle une ombre mortifère, plane en permanence sur la destinée de nos héros, il n’y a finalement que très peu d'épisodes guerriers. Exceptés le bombardement au cours duquel Frederic est blessé ainsi que la retraite sur la Piave après la victoire austro-allemande de Caporetto, on y est presque jamais confronté aux horreurs du front. La mort n’y apparait donc pas sous ses manifestations les plus éprouvantes mais sa stupidité reste entière comme en témoignent certains passages : le sergent abattu pour avoir refusé de servir, un soldat tué par un tir ami, les gradés exécutés sommairement lors de la retraite. Pour le reste c’est surtout la vie à l’arrière qui nous est dépeinte. On y découvre notamment le fonctionnement d’un hôpital militaire et le quotidien d’un cantonnement, l’attente entre deux opérations, les soirées au mess et les nuits au bordel. On y voit aussi le reste du peuple continuer à vivre presque comme avant, les pauvres souffrant des restrictions et les aristocrates buvant du champagne en jouant au billard dans les palaces !

Gallimard - Folio - 2011

31 mars 2019

LE TERRITOIRE HUMAIN - MICHEL JEURY

pp5188-1985

Sous la férule du Grand Etat II, il est bien difficile de trouver sa place. Que vous soyez un pauvre étudiant, la fille du directeur de l’AIRE de Normandie ou un estimé procurateur, tout semble joué d’avance. Seul le Timindia, pays de rêve et de folie où furent jadis déportés les opposants politiques semble en mesure d’offrir quelques perspectives. Mais qui peut l’affirmer avec certitude ? 

L’une des raisons pour lesquelles j’aime autant la science-fiction c’est qu’elle laisse aux écrivains une liberté quasi totale qui leur permet toutes les audaces sans être freinés par les contingences de la réalité et du plausible. Mais, pour que les lecteurs puissent pénétrer leur univers, encore faut-il que les auteurs leur en donne les clés et veillent à leur offrir des repères suffisants pour visualiser leur monde et, pourquoi-pas, s’identifier à leurs personnages. Or, qu’il s’agisse des protagonistes du roman, du décor ou de l’intrigue, je suis resté totalement extérieur à cette histoire de Michel Jeury.

C’est d’abord avec ses personnages que j’ai eu du mal à me familiariser. On ne sait pas grand-chose d’eux, leurs motivations restent obscures et leur comportement est le plus souvent imprévisible voire même proche de la folie. Qu’est-ce qui pousse Jonas Claude à entrer en opposition avec le gouvernement mondial ? Dona Rejren n’est-elle qu’une gosse de riche en rupture avec le système ? Qu’espère Jaël Denak en se réfugiant au Timindia ? Beaucoup de questions, aucune réponse. Bien difficile dans ces conditions d’éprouver de l’empathie à leur égard ou de comprendre leurs raisonnements et leurs aspirations.

Idem pour ce qui est de l’univers. On n’en sait pas assez même si l’on imagine sans trop de mal ce qui a pu conduire notre planète à son et état présent : capitalisme débridé, apocalypse écologique et régime dictatorial. Mais là encore l’auteur ne va pas au fond des choses. Exception faite d'une sorte de poste frontière, on ne visite pas le Timindia, ce territoire mystérieux qui semble être l’enjeu de toutes les convoitises et on ne connaît du reste du monde qu’un château normand ou une résidence marocaine. Il y a bien un long passage qui se déroule dans une sorte de campus où résident les jeunes convoqués au service civique mais les descriptions restent assez confuses et ne permettent pas de visualiser correctement les lieux et leurs occupants. On n’en voit ni le début ni la fin, les gens y errent sans but, se heurtent et se rencontrent sans vraiment se lier nous laissant une impression de vacuité assez désagréable.

Quant à l’intrigue, je ne sais qu'en dire ou en penser. On devine un jeu de pouvoirs entre industriels et politiques, une révolution de palais et quelques intérêts particuliers mais cela reste trop flou pour s'y retrouver. D'une manière générale "Le territoire humain" est un roman abscons et fort étrange dans lequel on a du mal à pénétrer et dont on n’est pas mécontent de sortir. Ce n’était sans doute pas la meilleure porte d’entrée dans l’œuvre de l’auteur et je retenterai sans doute ma chance avec Jeury un autre jour.

Pocket SF - 1985

24 mars 2019

LES QUATRE VERITES - DAVID LODGE

sans-titre

Adrian est un écrivain qui a connu son heure de gloire mais qui s’est depuis longtemps retiré à la campagne avec son épouse Eleanor. Lorsque leur ami Sam, un scénariste à succès, leur demande de l’aider à piéger une journaliste qui vient de l’égratigner dans sa chronique hebdomadaire, le couple n’est guère enthousiaste. Toutefois, au nom de leur vieille amitié, Adrian accepte finalement de se laisser interviewer par la jeune femme dans le but de la « cuisiner » à son insu afin de brosser d’elle, et publier, un portrait satirique. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. 

Ce tout petit roman d’à peine 150 pages est la novellisation d’une pièce de théâtre que l’auteur avait écrite quelques années auparavant. Il en a d’ailleurs conservé la structure puisqu’on y retrouve ses principaux éléments : un seul décor, quatre personnages et tout juste trois petites scènes espacées d’une semaine chacune. Ceci étant et malgré ce contenu relativement épuré, David Lodge parvient à nous trousser une redoutable satire du monde de la création littéraire, des écrivains, des scénaristes et des journalistes qui gravitent autour.

Avec une parfaite virtuosité, il tisse une histoire où passé et présent s’entremêlent pour venir éclairer d’une lumière crue, la vie et les ambitions de trois quinquagénaires liés par une amitié vieille de 30 ans. Il fait resurgir les non-dits et les jalousies, les blessures mal cicatrisées et les petites rancunes. Petit à petit, la foire aux vanités se transforme en un jeu de dupes où tous les protagonistes sont piégés les uns après les autres. Il nous dévoile ainsi, sans avoir l’air d’y toucher, les aspirations et les renoncements de ces auteurs qui oscillent constamment entre le besoin de reconnaissance et l’appât du gain, entre l’épanouissement personnel et les sirènes de la célébrité.

Si vous hésitiez encore à découvrir l’œuvre de David Lodge, je vous conseille de commencer par ce livre. Une petite heure de lecture et vous serrez conquis !

Rivages Poche - 2002

Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 40 > >>

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité