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23 avril 2018

LE LIVRE D'OR DE LA SCIENCE-FICTION - JOHN WYNDHAM

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Editée dans le courant des années quatre-vingts par les éditions Pocket, la collection « Le livre d’or de la Science-Fiction » s’était donné pour objectif de mettre en lumière quelques grands noms de la SF au travers de leur talent de novelliste. Parmi eux, la place de Wyndham n’est assurément pas usurpée. Il est en effet l’un des plus célèbres représentant de l’école britannique et le papa de « La révolte des Triffides », des « Coucous de Midwich » et de « Choky ». En dix nouvelles - dont sa toute première parue en 1931 - nous découvrons des textes appartenant à toutes les branches de la SF (space opera, voyage temporel, invasion ET) avec même quelques intrusions dans le domaine du fantastique. Des textes au ton généralement assez léger avec un humour parfois franc et grossier mais le plus souvent beaucoup plus subtil, ironique voire même cruel.

Le troc des mondes est l’histoire d’une invasion extra temporelle : et si nos lointains descendants nous obligeaient à échanger leur planète vieillissante contre la nôtre ?

Le monstre invisible nous démontre que l’auteur de "Choky" sait faire peur et n’hésite pas à donner dans l'hémoglobine avec un texte où il est question d’une mystérieuse entité extra-terrestre qui se nourrit d’à peu près tout ce qui passe à sa portée.

Adaptation commence comme une histoire classique de conquête et de terraformation de la planète Mars et se termine sur un retournement complet de point de vue : et si c'était à l'homme de s'adapter à son environnement ?

Indiscrets passe-temps de Pawley ressemble fort au « Martiens go home » de Fredric Brown sauf qu’ici ce ne sont pas de facétieux ET qui ennuient les habitants de Westwich mais des voyageurs du futur venant observer la façon dont vivaient leurs ancêtres.

Péril rouge est un petit space opera assez classique où il est question d’une entité extra-terrestre ressemblant à une gelée rouge qui se propage dangereusement dans l’univers. Toute comparaison avec certaine doctrine communiste ne serait absolument pas fortuite.

La roue m'a rappelé la fin de "Ravage" de René Barjavel. Dans un village qui semble vivre à l’ère du néolithique un jeune garçon qui vient d’inventer la roue est condamné par sa communauté. Son grand-père lui explique pourquoi toute forme de progrès est taboue.

Casse-tête chinois est la nouvelle la plus délibérément comique du recueil. Avec ce texte qui met en scène les troubles causés par l’introduction d’un dragon asiatique au Pays de Galles, Wyndham en profite pour égratigner de nouveau le communisme au travers d’un militant syndical ridicule et outrancier tout en se moquant des gallois et de leurs traditions.

Abus de confiance appartient également au genre fantastique. Un petit échantillon de londoniens est précipité en enfer. Ils vont constater que le monde des ténèbres, comme le paradis, n’engage que ceux qui y croient.

Ce rêve étrange et pénétrant est une nouvelle anecdotique et sans grand intérêt qui nous conte les déboires de deux femmes qu’un homme vient visiter dans leurs rêves.

La quête aléatoire est une jolie histoire d’amour qui oscille entre rêve et réalité et où il est question du passage du temps et des caprices de la vie.

Pocket - Le Livre d'Or de la Science-Fiction - 1987

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15 avril 2018

HEVEL - PATRICK PECHEROT

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Janvier 1958. Gus et André gagnent leur vie en transportant toutes sortes de marchandises dans leur camion antédiluvien. Dans les environs de Dôle, le manque de fret et l’état de leur Citroën les oblige à faire halte dans le routier de Simonne. Là, ils se trouvent confrontés aux répercussions sur le territoire métropolitain des « évènements » d’Algérie, coincés entre une présence policière inaccoutumée et les manifestations d’ouvriers algériens. Deux rencontres vont définitivement sceller leurs destins. 

Après la commune, la première guerre mondiale et celle de 39/45, Patrick Pécherot a de nouveau choisi une heure sombre de l’histoire de France comme thème de son nouveau roman. Cette fois-ci c'est dans le Jura des années cinquante qu’il nous transporte pour nous conter une histoire de conscience sur fond de guerre d’Algérie. Un peu comme Didier Daeninckx l’a fait dans des romans comme : « Meurtre pour mémoire » ou « Le bourreau et son double », il nous parle des séquelles que ce conflit a laissé dans les esprits ou plutôt est en train de laisser, puisque son roman à lui se déroule bel et bien pendant la guerre et non des décennies plus tard.

Cela lui permet de faire revivre cette époque difficile pour le populo dont les conditions de vie sont encore relativement précaires en dépit du plein emploi dans un pays qui se reconstruit. Son récit est donc très orienté sur les aspects sociaux de l'époque. On prend le pouls de la société d’alors en compagnie de Gus et André, on visite les petites entreprises qui vivotent, les routiers où se côtoient les ouvriers, le zinc où l’on refait le monde à grand coups de canons, les premières cités... La guerre, elle, n’est que suggérée. On n’en sait que ce que la TSF veut bien en dire ou ce que les témoins en racontent. Pour le reste il faut se contenter du discours officiel ou de ses répercussions en métropole : les manifestations des travailleurs algériens et les porteurs de valises.

Les héros de Pécherot n’y sont confrontés que par la bande. Et encore, c’est davantage à leurs démons intérieurs qu’ils ont affaire. Ils vont notamment devoir surmonter leur rancune et leurs préjugés et apprendre à juger les gens « au singulier », à voir le gamin dans le bidasse ou le père de famille dans l’arabe et décider s’il y a une différence à faire passer la frontière à un juif en 1945 ou exfiltrer un membre du FLN ou un déserteur en 1958. Ce faisant, il nous rappelle cette évidence trop souvent oubliée qui consiste à ne pas considérer les individus en fonction de leur milieu, de leur race, ou de leur religion.

Les amateurs d’intrigues alambiquées ou d’enquêtes rondement menées seront sans doute déçus. C'est un instantané de vie que nous propose l’auteur et les seuls mystères à éclaircir sont ceux qui se lovent dans la personnalité des personnages, dans les recoins intimes de leur cerveau. Le roman n’en est pas moins passionnant et l’on se demande jusqu’au bout quelle route vont emprunter les protagonistes. Celle de la colère et de l’appât du gain ou celle de la compassion.

L’écriture est en revanche particulièrement soignée. Elle possède une puissance d’évocation peu commune grâce à une plume qui mêle l’argot à la littérature pour accoucher d’une poésie de la dèche. Si vous ne me croyez pas, ces quelques lignes devraient suffire à vous convaincre : « Sept bâtisses barrant l’horizon comme pour le rayer de la carte. Des fenêtres à fientes, des caniveaux à reflux, des puanteurs de marais. Quatre cent personnes à loger. Des familles, les mômes en ribambelle, cannes de serins et morve au nez. Les hommes usés avant terme, les femmes plus fanées que leurs couronnes de mariées. De la fatigue à chaque étage et des tâches ménagères qu’on ne s’imagine plus. Les marches à grimper, les brocs à transbahuter, les lessives à casser le dos, le charbon à monter, les corvées de patates et la cuisson des nouilles. La toilette à la bassine, les matelas côte-côte et les sommeils tête-bêche. Des aubes froides, des jours crasseux et le soir, lumière éteinte dans la carrée unique, les étreintes expédiées à la va-comme-je-te-pousse. »

Gallimard - Série Noire - 2018

9 avril 2018

LES LOUVETIERS DU ROI - SERGE BRUSSOLO

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Frédéric Lemât est un peintre qui rencontre un certain succès auprès de la bonne société parisienne. Mais en ce début de XVIIIème siècle, ce ne sont pas les rares acquisitions de ses riches clients qui lui permettent de vivre selon ses désirs. Aussi, pour arrondir ses fins de mois, Frédéric pratique l’assassinat sur commande à l’aide de ses tableaux inflammables ou empoisonnés. Tout irait donc pour le mieux si les peintures prophétiques du mystérieux Ikonos ne lui faisaient pas de l’ombre…

Serge Brussolo aime s’immiscer dans les coulisses de l’histoire. Il l'a prouvé à maintes reprises en situant l'intrigue de ses romans dans l'Egypte ancienne, l'antiquité gréco-romaine et surtout, le moyen-âge. C’est en revanche la première fois qu'il nous propose une immersion au coeur de l'ancien régime. Une excellente idée puisqu’il s’agit d’une époque charnière où les idées du siècle des lumières coexistent avec un obscurantisme quasi médiéval. C'est donc sous le double signe de la superstition et de la science que vont se dérouler ces « faits & exploits de Frédéric Chevaslier de Lemât, peintre de cour & assassin ».

Frédéric n'est pas un héros brussolien typique. C'est un homme décidé, peintre par goût, assassin par nécessité. Un esprit libre et déterminé à tout faire pour le rester. On est donc bien loin de l’habituel héros-victime, ballotté d'un bout à l'autre du récit et sans prise sur les évènements. Certes, Frédéric sera abusé à plus d'une reprise mais il n’aura de cesse de découvrir la vérité et de se battre pour ses idées, fussent-elles contraires à ses intérêts. Une démarche bien compliquée en ces temps incertains qui suivent la mort de Louis XIV. La régence est en effet une période instable. Après plus de soixante ans de monarchie absolue, il souffle sur la France un vent de nouveauté et d’incertitude. Le dauphin est encore bien jeune, la noblesse turbulente et le régent prend goût au pouvoir. Le papier monnaie et la spéculation pointent le bout de leur nez avec déjà les premières banqueroutes. C’est dans cette atmosphère de poudrière que l’histoire débute.

Après une longue présentation du héros et de ses activités artistiques et criminelles, nous entrons dans le vif du sujet avec l'irruption d'un rival dont les œuvres éclipsent celles de Frédéric. Serge Brussolo déploie alors quelques idées surprenantes tournant autour de la peinture. On retiendra notamment ces "tableaux pelures d’oignons" dont les couches s’écaillent progressivement, dévoilant une succession de dessins qui  racontent une histoire, un peu comme une BD ou un film au ralenti. Mais attention, pas n’importe quelle histoire ! Les scènes qui s’affichent sur ces toiles représentent ni plus ni moins que l’avenir, celui de la personne qui l’acquiert ou celui de la France…

A partir de là le récit s’emballe. Frédéric cherche à découvrir la véritable identité de cet Ikonos et remonte sa piste jusqu’en Bretagne. Dans le même temps une mystérieuse confrérie semble le poursuivre de sa vindicte. Combats, chevauchées, on pense être parti pour un roman d'aventures teintées de mystère et puis finalement non. On retombe sur un scénario plus fade, du Brussolo classique, lu maintes et maintes fois. On retrouve alors ses obsessions et ses thèmes de prédilection : la folie, l’enfermement, une Bretagne arriérée avec landes et dolmens. Six longs chapitres qui ne servent au développement de l’intrigue que dans la mesure où ils permettent de faire la connaissance d’Ikonos, le peintre au don de double vue. Les autres évènements - la jacquerie, les méfaits d’un faux loup-garou (on ne saura jamais s’il s’agit d’Ikonos ou du curé !), la rencontre de Frédéric et de la petite Yoëlle - ne servent qu’à meubler. Ce n’est qu’un joli décor d’où émergent quelques images saisissantes (les sculptures d’animaux exotiques qui parsèment la forêt) ou prophétiques (les têtes coupées de Danton et Robespierre).

C’est donc avec grand plaisir que l’on voit l’action se recentrer sur la capitale pour un final tonitruant, un peu convenu (on se doute dès le début que la demeure de Timoléon à Passy aura un rôle à jouer) mais néanmoins parfaitement efficace. Et puis, une fois n’est pas coutume chez Brussolo, nous avons droit à une fin très bien tournée et pas trop désespérée. Ca change !

Plon - 2010

28 mars 2018

LA CHUTE DU BRITISH MUSEUM - DAVID LODGE

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Adam Appleby est un jeune doctorant londonien qui a pris l’habitude de travailler à sa thèse dans la salle de lecture du British Museum pour échapper aux jérémiades de ses enfants. Il est vrai que trois gamins, ça fait beaucoup pour un jeune homme de 25 ans, même catholique, que l’éventualité d’une nouvelle paternité n’enchante guère. C’est donc passablement perturbé qu’Adam commence une journée de travail qui va s’avérer riche d’incidents en tout genre. 

J’ai découvert David Lodge il y a déjà un bon bout de temps en lisant « Changement de décor » roman fort drôle dans lequel il se moquait sans ambages du microcosme universitaire. « La chute du British Museum » le précède d’une quinzaine d’années mais on y trouve déjà une critique assez corrosive de ce « tout petit monde » d’enseignants et de chercheurs qui se tirent la bourre pour une chaire rémunératrice ou qui passent des années à plancher sur des thèses absconses qui n’intéresseront que 4 ou 5 spécialistes à travers le monde. Ceci dit, le thème principal de ce roman a surtout trait à la difficulté pour les couples catholiques de concilier une vie sexuelle épanouie avec le respect des préceptes religieux et notamment la prohibition des contraceptifs. Il faut ici préciser que l’auteur est lui-même catholique et qu’il écrivit son histoire en 1965 soit peu de temps après le concile Vatican II qui fit souffler sur l’Eglise une petite brise libérale. Il n’est donc pas interdit de penser qu’il y a un peu de lui-même dans le personnage d’Adam Appleby, dans ses interrogations, dans ses soucis et dans ses espoirs.

Ce sujet délicat, Lodge l’aborde avec un sérieux et un flegme tout britannique qui n’empêchent toutefois pas l’histoire de basculer très vite dans le « nonsense » et l’absurde grâce à une pléthore de situations scabreuses. Son héros anxieux et malchanceux m’a d’ailleurs rappelé les personnages de Tom Sharpe ou de William Boyd, c’est-à-dire des individus timides et vaguement fantasques qui se retrouvent malgré eux plongés dans des problèmes inextricables où, quoi qu’ils fassent, ils s’enfoncent de plus en plus. Sur une seule journée, le pauvre Adam va ainsi accumuler les malentendus et les quiproquos. Il va provoquer l’évacuation de la bibliothèque du British Museum, se retrouver entraîné dans un trafic de manuscrits et frôler de près l’adultère. Il rencontrera aussi quantité d’individus étranges, des bouchers argentins, un curé irlandais, un bibliophile américain, une lycéenne dévergondée et des touristes chinois fans de Karl Marx.

A cette poisse déjà suffisamment copieuse, il ajoute encore une singulière tendance à perdre pied avec la réalité, se transformant à l’occasion en un nouveau Walter Mitty. Mais à la différence du héros de James Thurber qui confondait rêve et réalité, Adam s’imagine revivre les scènes importantes de quelques-unes de ses lectures. Là, il me faut avouer que sans la préface qui fait une analyse très complète de ces passages, je serai passé à côté de la plupart de ces références littéraires ce qui, au demeurant, n’eut pas été si grave tant le roman recèle d’autres qualités.

Amateurs d’humour britannique, de burlesque et d’histoires un peu folles, n’hésitez plus. Précipitez-vous sans crainte sur cette lecture réjouissante ou, pour rester dans le thème, pénétrez-y à tête découverte ! Vous ne le regretterez pas.

Rivages Poche - Bibliothèque Etrangère - 2014

22 mars 2018

SANG DORE - JACK WILLIAMSON

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Price Durand s'est associé avec Jacob Garth pour monter une expédition au cœur du désert arabique afin de découvrir la ville mythique d’Anz. Si le premier est mû par le désir d’aventures, le second n’est attiré que par les monceaux d’or que l’antique cité est censée renfermer. Très vite, les relations entre Durand et les soldats de fortune engagés par Garth s’enveniment et le jeune homme profite d’une dispute et des premières échauffourées avec les autochtones pour s’enfuir en compagnie d’une jeune captive. Mais, entre les mercenaires d’un côté et les mystérieux habitants d’Anz de l’autre, les deux fuyards vont aller de Charybde en Scylla.

Houlà, grosse déception que ce cinquième volume de la collection jaune des éditions Garancière qui m’avait jusqu’alors habitué à beaucoup plus de qualité avec du très connu (Rider Haggard, Poul Anderson) et du beaucoup moins (Carl Sherrell, Charles Saunders). Pourtant Williamson n’est pas le premier venu, même s’il est davantage réputé pour ses récits de SF que pour ses rares incursions dans le domaine du fantastique.

Ici, on est dans du très, très classique en matière de récit d’aventures et de monde perdu avec ce roman paru en 1933 qui louche copieusement du côté du déjà nommé Henry Rider Haggard pour son histoire d’amour et de haine qui se rejoue à deux mille ans d’intervalle entre la reine immortelle et le guerrier réincarné. Pour le reste, on retrouve tous les attributs du genre : l’expédition montée par un groupe d’individus disparates, l’antique cité, le trésor et les dangereux autochtones.

Ceci étant le manque d’originalité n’est pas forcément rédhibitoire et des romans très classiques sur le fonds ou dans la forme n’en demeurent pas moins très divertissants. Ce n’est toutefois pas le cas ici puisque Williamson pêche autant par la pauvreté de son style que par son absence d’idées. Il se montre notamment incapable de susciter ces visions extraordinaires et dépaysantes qui sont la substance de ce genre de littérature et tout au plus lui concèdera-t-on d’avoir eu la bonne idée d’opter pour un décor moyen-oriental en lieu et place de la jungle africaine, de la cordillère des Andes ou de l’Himalaya.

Ici, place à l’Arabie, ses déserts et ses oasis et je reconnais que les ruines de la cité d’Anz à moitié englouties sous les sables du désert ont éveillé un temps ma curiosité. Mais cela ne dure pas. Ses descriptions restent survolées et l’on ne parvient pas à ressentir l’atmosphère de chaleur et de sécheresse, l’aridité et la soif, la solitude… Il faut aussi compter avec quelques expressions extrêmement agaçantes telle cette « chance des Durand » dont il nous rebat les oreilles à tout bout de champ ou encore les fameux « yeux obliques » de l'un des personnages qui reviennent également tant et plus.

Les scènes de combats sont poussives et répétitives, sans aucun souffle héroïque malgré une intéressante confrontation entre un équipement moderne (tank, avion, mitrailleuse) et des armes moyenâgeuses. Et que dire de cette scène à mourir de rire où le héros, enfermé dans un tombeau et quasi asphyxié en raison du manque d'oxygène, décide de se griller une petite cigarette pour se rafraîchir les idées !

Quant aux personnages, ils ne valent guère mieux. Ils sont monolithiques, sans profondeur ni ambigüité. Les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Les uns foncièrement mauvais, les autres forcément altruistes et seule Vekyra, la nana aux yeux obliques, m’a parue touchante dans son amour déçu qui se transforme en haine.

On pourra donc aisément se dispenser de cette lecture qui, si elle n’a rien d'un pensum, n’apporte pas grand-chose en termes de distraction.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

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9 mars 2018

LA TERRE DEMEURE - GEORGE STEWART

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Jeune étudiant en géologie, Isherwood Williams est mordu par un serpent alors qu’il effectuait une randonnée dans les montagnes californiennes. Après quelques jours de fièvre au cours desquels il frôle la mort, il se sent suffisamment rétabli pour redescendre vers la baie de San Francisco où réside sa famille. Arrivé dans la vallée, il constate que pendant son absence une épidémie extrêmement virulente a presque décimé l’espèce humaine, ne laissant que quelques survivants éparpillés ici et là. Bien que désespéré, il choisit néanmoins de continuer à vivre pour voir ce qu’il adviendra de l’homme et de ses réalisations. Sa rencontre avec une jeune femme et quelques autres compagnons va lui donner de nouvelles raisons d’espérer.   

L’amateur de récits post-apocalyptiques que je suis souhaitait lire depuis longtemps ce roman de Stewart qui jouit d’une réputation de classique du genre depuis sa parution en 1949. Le problème est qu’il n’a été édité que deux fois en France, la première en 1951 chez Hachette sous le titre « Un pont sur l’abîme » et la seconde en 1980 dans l’excellente collection « Ailleurs et demain » des éditions Robert Laffont. Difficile dans ces conditions de mettre la main dessus sauf à l’acheter à un tarif stratosphérique sur Etruc ou Pricemachin. J’ai donc pris mon mal en patience et m’en suis remis au hasard lequel faisant parfois très bien les choses, a fini par me sourire au détour d’une brocante où j’ai pu l’acquérir à un prix plus que raisonnable*.

Mon attente fut amplement récompensée. « La terre demeure » est sans conteste l’un des tout meilleurs romans post-apocalyptiques et a très vraisemblablement servi de modèle à plus d'un auteur. Il s’agit d’un véritable condensé du genre où la plupart des thèmes inhérents à ce type de récit sont évoqués de façon pertinente et passionnante. Qu’il s’agisse de la question de la solitude des rescapés, du désir de reconstruire et de préserver la civilisation ainsi que des inévitables dangers qui guettent le survivant – rats, chiens, pillards - le roman de Stewart aborde tous ces sujets avec la même justesse. Sans jamais sombrer dans l’excès - de violence, de misanthropie ou d’espoir béat – l’auteur nous livre un formidable roman d’aventures doublé d’une excellente réflexion sur l’homme, la civilisation, la transmission du savoir et la quête du bonheur.

Cette incontestable réussite, le roman la doit à deux qualités principales. Il y a d’abord l’extrême minutie avec laquelle nous est racontée l’existence d’Ish et de ses compagnons. Exception faire du voyage de son héros à travers les States pour se rendre compte de la situation du pays, l’action est circonscrite à la seule ville de San Francisco. C’est là, dans un quartier de banlieue avec ses maisons proprettes et ses petits jardinets que les rescapés organisent leur survie. Nous y assistons à la rencontre du héros et de sa future compagne, à la formation d’une petite communauté et à son organisation sociale. Nous les suivons aussi bien dans les menues occupations de leur vie quotidienne que dans les circonstances les plus dramatiques. Il est question de justice, d’éducation, voire même de la nature des relations à entretenir avec d’autres tribus de survivants. C’est pertinent et précis sans jamais être ennuyeux. C’est l’une des grandes réussites de ce roman.

Son second point fort, c’est le spectre temporel très large couvert par son intrigue, laquelle va des premiers jours de la catastrophe à une cinquantaine d’années plus tard. Cela permet à l’auteur de ne pas s’en tenir à la description des bouleversements nés du cataclysme ou aux prémices de la reconstruction. Ici, il peut imaginer comment évolue la vie de ces hommes, de ces femmes et de leur descendance dans un monde où le confort qui était le leur disparait progressivement. Nous les voyons ainsi utiliser les vestiges de la civilisation puis s’adapter peu à peu à la disparition de l’électricité, de l’eau courante, des conserves, de la poudre… Nous comprenons en même temps qu’eux combien il est difficile d’être prévoyant, de former des compétences et de préserver les connaissances. Ce sera d’ailleurs la principale préoccupation du personnage principal.

Tout au long du roman Ish s’acharne à transmettre son savoir et sauver ce qu’il peut de la civilisation. Il créée une école pour les enfants de sa communauté et cherche à les intéresser à la culture, aux sciences puis, plus modestement, à leur inculquer quelques techniques qui pourraient leur servir dans l’avenir. Il en va ainsi de la fabrication des arcs ou de la façon de faire du feu qui n’intéressent que modérément des jeunes gens qui ont encore à leur disposition des fusils, des balles et des allumettes ! Ish se désespère donc de constater qu’après lui ses enfants régresseront inéluctablement et que la société qu’il a connue, sa richesse intellectuelle et son dynamisme disparaîtront.

S’il n’a pas tort pour ce qui concerne le recul technologique auquel sera confrontée sa descendance, il se trompe en revanche lourdement en mettant en balance le monde qu’il a connu et celui qui s’annonce, en mesurant le bonheur d’un peuple à la seule aune de son degré d’avancement scientifique. Malgré son adaptation au monde de l’après, malgré son empathie envers sa communauté, Ish se montre incapable de tourner la page. Il reste prisonnier de sa conception de la société, de sa vision de la culture. C’est un homme de l’ancien monde, un monde dont il n’arrive pas à faire le deuil et ses tentatives pour le préserver sont infiniment tristes et émouvantes.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, « La terre demeure » est un roman qui mérite d’être découvert. C’est un livre prenant, passionnant et intelligent de bout en bout avec un héros qui s’interroge en permanence et nous pousse à faire de même. Une grande réussite ou, pour paraphraser John Brunner qui en signe la préface, un chef d’œuvre. Je terminerai en signalant que le roman est complété par une étude de Rémi Maure sur les « recommencements post-catastrophiques » où l’amateur de post-apo trouvera une analyse pertinente et détaillée de ce genre littéraire ainsi que bien des pistes de  lecture.

* Le roman vient tout juste d'être réédité aux Editions Fage

Robert Laffont - Ailleurs et Demain - Classiques - 1980

25 février 2018

VENUS PLUS X - THEODORE STURGEON

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Lorsqu’il se réveille après ce qui ressemble à un long cauchemar, Charlie Johns découvre avec stupeur qu’il a été catapulté dans un lointain futur où hommes et femmes ont laissé place aux ledoms, une race androgyne extrêmement évoluée. Accueilli avec chaleur et gentillesse, il va de découvertes en révélations avant de soupçonner ses charmants hôtes de dissimuler des intentions peut-être moins désintéressées qu’il n’y parait.

Presque tous les romans de Theodore Sturgeon s’intéressent aux relations humaines et au vivre ensemble. Avec toujours beaucoup de sensibilité, il y prône la tolérance et appelle à surmonter toutes les différences, qu’elles soient fondées sur le physique (Cristal qui songe) ou sur le mental (Les plus qu’humains). Ici, c’est aux relations hommes/femmes qu’il s’intéresse et, dans une moindre mesure, à l’amour et à l’éducation que nous donnons à nos enfants.

Avec « Vénus plus X », il nous propose une histoire un peu déconcertante puisqu’elle alterne de longs passages dans un monde futuriste et d’autres, plus courts, se déroulant à notre époque ou du moins celle de l’auteur lorsqu’il écrivit son roman. La première n’a a priori rien de particulièrement surprenante. L’auteur utilise la trame ultra-classique de l’homme du XXème siècle (ou du XXIème, j’ai souvent tendance à oublier que nous avons changé de siècle et de millénaire !) confronté à une société nettement plus développée que la sienne. Nous sommes cette fois en présence d’un voyageur du temps projeté à son corps défendant dans un lointain futur et qui constate que la Terre et ses habitants ont bien évolués.

Il faut dire que ce qu’il découvre a de quoi l’étonner. Le monde Ledom surprend autant pas ses manifestations architecturales et technologiques que par le mode de vie de ses habitants. On est en présence d’une sorte d’utopie new age, une société un peu naïve où les hippies seraient parvenus à imposer leurs vues : vie pastorale, méditation de groupe, collectivisme… Un retour à la nature et à la simplicité toutefois tempéré par une science incroyablement avancée. Le premier tiers du roman est d’ailleurs pour une bonne part consacré à la description de toutes leurs inventions dont les plus fascinantes sont les Champs-A, des champs de force utilisés pour les déplacements, les constructions et la médecine, et le cérébrostyle qui permet d’acquérir n’importe quelle connaissance en quelques minutes.

Mais le caractère le plus étonnant de la société Ledom réside dans le fait que tous ses membres sont hermaphrodites. Un particularisme considéré par ce peuple étrange comme un gage de stabilité et de bonheur car, ainsi que l’un d’entre eux le rappelle au héros, l’histoire de l’humanité prouve la propension de l’être humain à tyranniser ses semblables et celle de l’homme à dominer son pendant féminin. Il nous rappelle aussi comment nous sommes conditionnés dès notre plus jeune âge avec des jouets, des vêtements et des activités genrés : les poupées, les robes et la cuisine pour les filles, les voitures, les pantalons et le foot pour les garçons.

Ce discours qui pourrait sembler à certains très théorique et légèrement pontifiant est fort justement étayé par les passages qui se déroule aux States à notre époque. Ce deuxième fil narratif nous montre en effet un couple d’américains moyens dans quelques scènes de leur vie quotidienne. On y suit notamment un père de famille qui se rend progressivement compte que son attitude vis-à-vis de sa femme et de ses enfants est empreinte de sexisme. Et par sexisme j’entends non pas la discrimination dont sont victime les femmes, laquelle n’est malheureusement plus à démontrer, mais le simple fait de se comporter différemment en fonction du sexe de son interlocuteur ou de son vis-à-vis. Une scène du roman illustre parfaitement cette idée. On y voit un père souhaiter bonne nuit à ses enfants, embrasser sa fille en lui disant combien il l’aime puis serrer la main de son fils et le quitter sur un viril « Bonne nuit mon gars ». Ce passage prouve à quel point nos attitudes et nos comportements sont imprégnés par cette distinction homme/femme alors même qu’il y a, entre l’un et l’autre, beaucoup plus de similitudes que de différences.

Alors la société Ledom est-elle le bon remède à cette « guerre des sexes » ? Assurément non ! Au lieu de travailler à leur rapprochement, à une meilleure compréhension entre les hommes et les femmes et à des relations fondées sur le respect mutuel, les ledoms ont préféré supprimer la différence et créer des citoyens androgynes. Une solution radicale qui ressemble tout de même beaucoup à un constat d’échec.

« Vénus plus X » rebutera peut-être ceux qui préfèrent l’action à la réflexion. Et pourtant, ce roman vaut vraiment la peine de s’accrocher ne serait-ce que pour sa chute qui nous réserve une kyrielle de surprises.

Jean-Claude Lattès - Titres SF - 1980

18 mai 2018

LES CHRONOLITHES - ROBERT CHARLES WILSON

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En 2021 Scott Warden réside avec sa femme et sa fille en Thaïlande quand surgit près de Chumphon le premier chronolithe, un monument célébrant la victoire d’un certain Kuin survenue en 2041. Il ignore alors qu'il s'agit du premier d'une longue série et que son existence et celles de ses proches seront étroitement liées à ces étranges manifestations du futur.

Avant d’entamer la lecture de ce roman je comptais déjà deux RCW à mon compteur : « Darwinia » et « A travers temps ». Le premier comportait une idée époustouflante mais bien mal exploitée. Pour le second c’était exactement l’inverse : un sujet extrêmement classique (le voyage temporel) mais traité de fort agréable manière. Avec « Les chronolithes », l’auteur a réussi la synthèse de ces deux exigences : originalité et traitement intelligent.

Pour ce qui est de l'originalité il est vrai que l'on est dans le haut de gamme même si c'est une nouvelle fois le temps et ses paradoxes qui sont conviés. Imaginez de gigantesques obélisques qui surgissent un peu partout sur Terre et qui commémorent les victoires d'un conquérant... 20 ans plus tard ! Un tel postulat pose naturellement un grand nombre de questions dont on espère des révélations exceptionnelles. Qui est ce fameux Kuin qui figure sur ces incroyables monuments, est-il de nature humaine ou extra-terrestre, comment s’y prend-il pour les faire surgir dans le passé et bien sûr pourquoi ? La réponse à ces interrogations sera bien évidemment au cœur du récit avec une autre, sans doute la plus importante de toutes : peut-on empêcher ce futur angoissant de se produire.

Pour enquêter sur ce phénomène l’auteur a bien sûr réuni quelques grosses têtes. Il y a là Sulamit Chopra, une physicienne de renom aux théories aussi surprenantes que son physique et quelques autres scientifiques en compagnie desquels nous faisons connaissance avec des théories aussi absconses que les turbulences Tau ou les espaces Calabi-Yau. Heureusement, il y a aussi Scott Warden, le héros de l’histoire, dont la présence dans l’équipe de Sulamit oblige les scientifiques à se mettre à son niveau – et au notre- et à vulgariser ce qu’il faut pour nous empêcher de lâcher prise. Malgré tout, j’ai craint un moment que l'histoire ne bascule dans la hard-science pure et dure et que l’auteur ne finisse par nous endormir avec ses spéculations difficilement compréhensibles. Mais non. Il nous ramène très vite à un niveau plus intime et à des considérations plus terre à terre.

Dès la seconde partie (sur les trois que compte le roman), Scott reprend sa liberté pour s'occuper de sa famille. L'intrigue prend alors un tour bien différent qui s'apparente même le temps de quelques chapitres à une enquête policière avec exfiltration et tout et tout. Dès lors, l’histoire s’attache au quotidien de Scott, à celui de son ex, de sa fille, de sa nouvelle compagne… L’histoire couvre en effet une période d’une vingtaine d’années qui nous permettent de constater de quelle façon leur vie est impactée par cet évènement.

Robert Charles Wilson a particulièrement soigné le back-ground. Ses descriptions d'un futur pas très lointain ou le monde est confronté à une redoutable crise ecolomique (ou éconogique, c'est vous qui voyez !) et où les progrès scientifiques (télécommunications, santé) voisinent avec une misère d’un autre siècle (tickets de rationnement, troc, soupe populaire…) sont sobres mais frappantes. Mais l’influence des chronolithes se fait aussi sentir sur le plan moral et l’émergence de mouvements et de sectes favorables au conquérant du futur jouera aussi un rôle de premier plan.

Pour autant, RCW n’a pas oublié son sujet en cours de route. Il explore plus particulièrement la notion de « Boucle de rétroaction », un concept passionnant selon lequel la connaissance d’un évènement du futur agirait inconsciemment sur nos actes et favoriserait donc sa réalisation. Une idée qui n’est pas du goût de Sulamit Chopra qui lui oppose sa conviction que rien n’est jamais écrit et que le futur se forge dans le présent et non pas le contraire...

Denoël - Lunes d'Encre - 2003

11 mai 2018

LES MAITRES SONNEURS - GEORGE SAND

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A Saint-Chartier, en Berry, Joset est un jeune homme qui se passionne pour la musique. Bien décidé à devenir joueur de cornemuse, il se rend dans le Bourbonnais pour y recevoir l'enseignement d'un maître sonneur réputé. Il va entrainer dans ses aventures Tiennet et La Brûlette, deux amis d'enfance avec lesquels il se retrouvera au cœur d’un méli-mélo sentimental.

Publié en 1853 "Les maîtres sonneurs" est le dernier des romans champêtres de Georges Sand. Il n'est donc pas surprenant d'y retrouver un peu de ceux qui l'ont précédé, en particulier au niveau des personnages. Il y a ainsi de La petite Fadette chez sa Brûlette qui lutte elle aussi contre la médisance des villageois tandis que Joset rappelle beaucoup le Sylvinet du même roman par son caractère excessif et ses problèmes de santé. Il y a aussi un Champi qui n’a, en revanche, guère à voir avec le célèbre François.

Ceci étant, le roman apporte tout de même quelques nouveautés. Tout d’abord, Georges Sand y fait une petite infidélité à son cher Berry puisqu’elle situe une partie de son histoire dans le Bourbonnais voisin, pays montagneux, plus austère et plus mystérieux que les environs de Nohant. Il est ensuite question de compagnonnage et de confréries avec leurs rites et leurs secrets propices, une fois n’est pas coutume, à quelques scènes d’action dans les profondeurs de la forêt ou dans l’obscurité des souterrains.

Mais, mis à part ces quelques passages un peu mouvementés, l'histoire n'a pas grand intérêt à moins d'être amateur d'intrigues sentimentales. Elle se résume en effet presque uniquement aux peines de cœur des cinq personnages principaux : Tiennet aime La brûlette qui lui préfère Huriel, lequel le lui rend bien mais n'ose se déclarer pensant qu'elle en tient pour Joset. Joset aime effectivement La brûlette sans être payé de retour et reporte son affection sur Thérence qui l'aimait mais qui, lasse de l’attendre, finit par tomber amoureuse de... Tiennet. Et hop, la boucle est bouclée ! J'ignore si le récit de Georges Sand est représentatif des amours campagnardes de l'époque mais quatre cent pages de déclarations d'amour, de protestations d'affection et de serments entrecoupés de doutes et de reculades sont venues à bout de ma patience.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans ce roman où l’on apprend beaucoup sur les mœurs berrichonnes (les fêtes religieuses, les fêtes de villages, le déroulement d’une noce…) et sur certains métiers d’alors. Georges Sand met notamment en lumière trois professions - les fendeux (bûcherons), les musiqueux et les muletiers - qui ont en commun l’itinérance ce qui, dans un pays très rural où les axes de circulation demeurent limités, fait de ses membres des individus à part, suspects et parfois même redoutés.

Gallimard - Folio Classique

7 février 2018

AU SUD DE LA FRONTIERE, A L'OUEST DU SOLEIL - HARUKI MURAKAMI

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A l'approche de la quarantaine, un homme se souvient des femmes qu’il a connu et s’interroge sur le sens à donner à son existence. 

Haruki Murakami bénéficie d’une belle côte de popularité au Japon comme en France et les trois énormes tomes de « 1Q84 », l’un de ses derniers romans, ont tous été de gigantesques best-sellers. J’ai pour ma part choisi plus modestement de m’attaquer à un titre un peu plus ancien mais surtout beaucoup plus court.

Un roman qui commence dans une atmosphère de nostalgie, celle d'un presque quadragénaire qui se remémore son passé par le prisme des femmes qui ont traversées son existence. Le ton est d’abord assez léger tandis que nous revivons avec Hajime quelques épisodes de sa jeunesse, les bons moments et les occasions manquées, les amitiés et les premières amours. Mais ce qui ressemblait à une confession parsemée d'anecdotes et de souvenirs se transforme en une longue interrogation sur la vie lorsque son héros en vient à évoquer son présent.

Hajime est désormais marié et père de famille, Il est propriétaire d’un club de jazz qui tourne plutôt bien et mène une vie parfaitement réglée. Mais est-il heureux ? Est-il réellement maître de son existence ? A-t-il fait les bons choix ? Quel est sa part de responsabilité dans la destinée des femmes qu’il a connu, de ses proches ? A cet âge charnière ou l’on peut à la fois se retourner sur sa vie pour voir ce qui a été accompli et où il vous reste assez de temps devant vous pour envisager de changer d’existence, toutes ces questions prennent une importance accrue.

C’est alors que deux femmes se rappellent à son bon souvenir. Izumi tout d’abord, une ex du lycée dont il apprend incidemment qu’elle ne s’est jamais remise de leur rupture. Shimamoto-San ensuite, son amie d’enfance qui cherche à renouer avec lui. Si le destin pitoyable de la première provoque surtout sa tristesse, l’irruption – réelle ou fantasmée - de la seconde au milieu de sa routine agit comme un révélateur de son insatisfaction.

Shimanoto-San représente en effet la possibilité d'un recommencement, une échappatoire à une existence qui, sans lui peser ou lui déplaire, lui semble devenue vaine et sans intérêt. Elle n’est donc pas tant un amour de jeunesse jamais oublié que la personnification de cet instant où tout paraissait encore possible, où Hajime n'avait pas encore vécu ces évènements qui vous changent durablement et vous engagent sur des chemins qu’il est difficile de quitter.

Il apprendra heureusement à ne pas confondre "le sud de la frontière" cette contrée rêvée de l’enfance où tout semble possible et " l’ouest du soleil", là où l’astre solaire finit sa course et l’homme sa misérable petite existence. Il trouvera sa place quelque part entre les deux, entre Izumi et Shimamoto-San, entre le rêve et la réalité, entre l’impossible et l’acceptable.

10/18 - Domaine Etranger - 2011

1 février 2018

LE SCARABEE - RICHARD MARSH

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Qui est le mystérieux individu qui a pris pension dans une maison délabrée d’un quartier mal famé de Londres ? Quel est le lien qui le rattache à Paul Lessingham un jeune député à l’avenir prometteur ? Quest-ce que cet étrange scarabée capable d’effrayer les uns et de se faire obéir des autres ? Dans l’Angleterre victorienne, quatre personnes fort différentes vont croiser leur route et apporter, à leur corps défendant, quelques réponses à ces questions. 

Pour les amateurs de littérature fantastique, 1897 c’est l’année où Bram Stoker a donné naissance à Dracula. Mais ce qu’ils ignorent la plupart du temps c’est que le vampire de Transylvanie ne fut pas la seule étrange et dangereuse créature à s’établir à Londres cette année-là. Une autre, venue de l’Egypte mystérieuse et millénaire, y a également pris ses quartiers pour y mener d’obscurs desseins et s’attaquer à quelques représentants de la bonne société londonienne.

Avec une écriture aussi désuète que distinguée, très caractéristique de la littérature anglo-saxonne de cette époque, Richard Marsh nous propose un récit découpé en quatre parties à peu près égales. Quatre confessions émanant de personnages aussi divers qu’un vagabond, un inventeur un peu fantasque, une femme de tête et un détective qui n’a rien à envier à son confrère de Baker Street. Tous vont être confrontés plus ou moins directement à ce redoutable ennemi aux puissants pouvoirs de persuasion, chacun réagissant à sa manière selon sa force de caractère ou son état d’esprit. A cet égard j’ai beaucoup aimé la façon dont Sydney Atherton, le scientifique du deuxième récit, oppose son rationalisme et quelques outils de la science moderne à son adversaire, démontrant la prééminence de la connaissance sur la superstition…

Outre ce récit choral et son agréable évocation d’une époque et d’un style de vie désormais disparus (le bal chez la duchesse, les balades en fiacre…), le principal atout de ce roman réside dans le mystère qui entoure la personnalité du personnage principal. Paul Lessingham n’est pas l’un des quatre narrateurs. C’est pourtant bien lui qui est au cœur de l’intrigue. Son portrait, évoqué en creux grâce aux commentaires et aux impressions des autres, se construit peu à peu, au gré des révélations sur son histoire et son caractère et l’on se demande presque jusqu’à la fin s’il est une victime du « scarabée » ou s’il a partie liée avec la créature.

Malgré ces qualités, le roman déçoit par une chute qui laisse presque entières toutes nos questions ainsi que le résume fort bien le détective du dernier récit : « Qu’est devenue la créature qui faillit la tuer ? Qui était-il ? (s’il s’agissait d’un « il » ce dont je doute). D’où venait-il ? Où allait-il ? Quel était le but de sa présence en Angleterre ? Aujourd’hui encore ces questions restent sans réponse ». Ben oui ! Et c’est bien là le problème. On s’attendait à avoir des explications, des confirmations, des surprises. Et bien rien, walou, nib de nib ! Tout juste sait-on qu’il vient d’Egypte et qu’il a un lien avec le culte d’Isis. Mais quand à sa nature même (un dieu, un démon, un disciple…) ou ses motivations (vengeance ?), l’auteur reste étonnamment discret. Zut ! Si j’aurais su, j’aurais pas lu.

Nouvelles Editions Oswald - Néo Plus - 1987

26 janvier 2018

L'ABBAYE AUX LOUPS - PAUL COUTURIAU

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Son mari s’étant croisé, la jeune Isabelle de Sion doit veiller seule sur leur vaste domaine. Elle s’en sortirait plutôt bien si le chapelain du château, un être odieux et cupide, ne s’acharnai pas à sa perte. Elle va heureusement trouver un soutien inattendu auprès de Wulff, un mystérieux meneur de loups arrivé au village à l’occasion des fêtes de Noël. 

Ce n’est pas un hasard si « L’abbaye aux loups » a été édité dans la collection « Romans Terre de France » des Presses de la Cité. Nous sommes bel et bien en présence d’un roman régionaliste avec ses codes et ses figures imposées dont une action circonscrite aux strictes limites d’un terroir. Ici, c’est un petit bout de Lorraine à l’époque des croisades que Paul Couturiau a choisi de nous faire découvrir. Nous sommes aux environs de Metz, dans le village de Saint-Martin, une petite bourgade avec son château, son abbaye et bien entendu ses habitants qui vont être évoqués le temps de faire revivre des temps et des mœurs révolus depuis belle lurette.

Il y parvient plutôt bien, sans trop user de mots ou d’expressions d’un autre temps qui, sous prétexte de « faire vrai », viennent trop souvent alourdir la prose des romans historiques médiévaux. Il s’est également bien documenté et illustre son récit de quantité d’informations sur la vie au XIIIème siècle. Il le fait parfois maladroitement mais le plus souvent ces renseignements sont parfaitement intégrés au récit. Il en va ainsi de toutes les précisions qu’il apporte sur la lèpre et la façon dont est organisé l’ostracisme des lépreux.

Côté intrigue, son histoire sent un peu trop la romance à mon goût avec sa châtelaine passionnée mais fidèle à son croisé de mari, une ribaude au grand cœur et un beau chevalier qui tentera de gagner le cœur de sa belle. Si l’histoire s’était limitée à cela, j’aurai bien vite refermé ce livre. Heureusement elle comporte aussi un personnage particulièrement intéressant, un grand méchant que l’on prend plaisir à détester et qui, d’un bout à l’autre du roman, n’aura de cesse de causer le malheur d’autrui. Cela n’étonnera personne, c’est un cureton qui endosse ce rôle. Mais le bonhomme le fait bien. Il est diablement intelligent et utilise parfaitement la superstition et la peur pour arriver à ses fins. C’est même la meilleure idée de Paul Couturiau que d’avoir construit son intrigue sur les peurs du siècle : celle de l’étranger (les forains), des maladies (la lèpre), de la mort et de l’au-delà bref, de tout ce qu’ils ne connaissent ou ne comprennent pas.

Presses de la Cité - Terres de France - 2010

19 janvier 2018

JANUA VERA - JEAN-PHILIPPE JAWORSKI

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Lorsque j’ai commencé à lire de la fantasy au début des années quatre-vingt, il s’agissait alors d’un genre presque exclusivement anglo-saxon dominé par l’imaginaire tolkiennien et les récits pleins de fureur de Robert Ervin Howard. Depuis, les choses ont bien changé. Les petits français s’y sont mis, tâtonnant, imitant puis s’affranchissant des maîtres américains ou anglais pour finir par nous livrer des œuvres de qualité et souvent originales. Aujourd’hui la fantasy française se porte bien avec une production abondante et quelques auteurs se sont fait une belle renommée, tout à fait justifiée. Parmi ceux-là, Jean-Philippe Jaworski fait figure de chef de file.

Avec ses récits du Vieux Royaume – quatre volumes à ce jour – il a créé en quelques années un univers dense et cohérent mis en lumière par une écriture d’une qualité rare. Pourtant son monde est tout à fait classique pour qui a l’habitude de ce genre de littérature avec son back-ground médiéval, ses dieux, ses sorciers et ses différentes races. Il se distingue toutefois de ses confrères par une utilisation très sobre du fait magique et par le peu de place accordée aux elfes, nains et autres créatures fantastiques. Mais ce qui caractérise le plus son œuvre, c’est le choix de ses personnages et la façon dont il les utilise. Chez lui, pas de légende en marche, de prophétie à réaliser ou de quête à entreprendre. Nous restons toujours au plus près des individus. Qu’ils soient chevaliers ou paysans, assassins ou hommes d’église, c’est dans leur vie de tous les jours que nous les suivons, faisant notre leur existence et découvrant l’histoire du Vieux Royaume par le petit bout de la lorgnette.

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle qui lui donne son nom, un texte très court et assez anodin dont le principal mérite est de nous présenter la Léomance, le royaume mythique dont l’éclatement donna naissance aux différents pays dans lesquels se déroulent les textes suivants.

« Mauvaise donne » nous emmène dans la très colorée république de Ciudalia. Ciudalia c’est l’Italie de la renaissance. C’est la Florence des Médicis, la Rome des Borgia. C’est Machiavel surtout avec cette intrigue complexe et retorse où se mêlent politique et commerce, alliances et conflits d’intérêts et où l’on joue sa vie sur sa capacité à duper autrui.

Avec « Le service des dames » nous partons pour le Brochmail, ce duché dont les incessantes guerres féodales furent évoquées dans la nouvelle précédente. Il y est question de preux chevaliers et de gentes dames, d’honneur et d’amour courtois. Mais, si le récit commence bel et bien à la façon d’un roman de Chrétien de Troyes il se termine de manière beaucoup plus prosaïque sur une histoire de vengeance, d’intérêts financiers et de manipulation. Une belle réussite.

« Une offrande très précieuse » est la nouvelle la plus faible du recueil. Elle commence pourtant sur les chapeaux de roues par l’embuscade dont est victime une horde de pillard d’Ouromagne sur les terres du duché de Bromael. Jaworski nous donne un récit âpre et sans concessions. Nous sommes au cœur de la mêlée. Pas d’héroïsme ou de grandeur d’âme, il s’agit de sauver sa peau sans s’occuper de celle de ses compagnons. Il faut tuer ou être tué, le plus efficacement et le plus rapidement possible. C’est court, c’est violent, ça somme terriblement juste. Mais la nouvelle ne s’arrête pas là et la suite n’est malheureusement pas du même tonneau. Un peu de magie, un peu de psychologie à deux balles et une fin pas très convaincante. Passons…

Avec « Le conte de Suzelle » Jaworski se fait en revanche l’égal d’un Maupassant. Suzelle est une autre Jeanne qui, comme l’héroïne « d’Une vie », verra ses rêves d’amour et ses espérances se heurter aux réalités de l’existence. Un superbe récit sur le temps qui passe, sur le poids de la famille, de la société… et une chute qui vient clore la nouvelle de façon aussi subtile que cruelle.

Changement de ton et d’atmosphère pour « Jour de guigne ». Jaworski donne cette fois dans la grosse farce pour nous conter les mésaventures de Maître Calama, copiste-adjoint polygraphe de l’Académie des Enregistrements de Bourg-Preux. Malédiction, créature démoniaque et un soupçon d’enquête policière font de ce récit un petit bijou de drôlerie.

Les deux dernières nouvelles ont en commun d’avoir pour personnage principal un prêtre du culte du desséché. Dans « Un amour dévorant », le gyrovague Phasma est confronté aux « appeleurs » de Noant-le-Vieux, deux fantômes aux façons un peu particulières. Une nouvelle qui permet aussi à l’auteur de faire défiler toute une galerie de portraits : une vieille herboriste, un gardien de pourceaux, un charbonnier…

« Le confident » est un texte plus intimiste. Du fond du caveau où il vit reclus après avoir fait vœu d’obscurité, un prêtre nous raconte sa vie, des circonstances de sa vocation à son attente de la mort. Un récit sombre qui nous apprend beaucoup sur les adeptes du Desséché et qui se termine sur une jolie pirouette.

Gallimard - Folio SF - 2009

26 octobre 2017

COMMENT VIVRE EN HEROS ? - FABRICE HUMBERT #MRL17

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« Vivre en héros ?». Que voilà un vaste programme ! Mais avant de chercher à l’appliquer, encore faut-il savoir ce qu’est un héros ? Ce qu’est un acte héroïque et, par opposition, ce qu’est une attitude lâche. C’est ce que Fabrice Humbert se propose de nous expliquer, du moins dans la première partie de son roman. Il a choisi pour cela un personnage tout simple, un individu lambda mis dans une situation finalement assez ordinaire : prendre ou non la défense d’une personne agressée dans le métro ou le train.

Devenir un héros ou se transformer en lâche, c’est donc ce qui attend Tristan Rivière. Il sera tour à tour l’un et l’autre. Lâche tout d’abord en laissant son ami se faire défoncer la tronche par trois loubards. Héros ensuite lorsque, quelques années plus tard et dans des circonstances similaires, il sauve une jeune femme de ses agresseurs. Deux évènements qui vont à chaque fois changer profondément sa vie. Et pourtant, dans l’un ou l’autre cas, il demeure foncièrement le même. Il s’en faut même d’un rien qu’il ne passe d’un état à un autre, qu’il agisse sans réfléchir ou qu’il pèse trop les risques et les conséquences. Réflexe ou réflexion, voilà peut-être ce qui sépare le héros du lâche. Pas grand-chose finalement.

Ce qui pèse en revanche c’est le regard des autres et le jugement que l’on porte sur soi. Et cela est parfaitement évoqué par l’auteur. De la déception d’un père lui-même héros de la résistance à la réaction d’une jeune femme qui place son sauveur sur un piédestal, il fait passer son personnage sous les fourches caudines de l’opinion publique. Nous voyons alors à quel point la rumeur peut rendre la vie compliquée, faire sombrer dans le spleen ou donner des envies de revanche, faire prendre tous les risques pour obtenir une sorte de rédemption.

Outre l’impact sur la vie de son personnage, l’auteur examine aussi la notion d’héroïsme sous un angle plus général. Et là encore il met le doigt sur des notions intéressantes, notamment sur le fait que l’héroïsme soit la plupart du temps envisagé sous la forme du courage physique alors que bien d’autres actes peuvent mériter cette étiquette. Plus généralement encore il nous montre à quel point la force est, dans certains milieux, plus et mieux respectée que l’intelligence ou la diplomatie. Il nous rappelle aussi à quel point notre société voue un culte aux héros guerriers, aux combattants, aux résistants même qui, souvent, doivent leur gloire à des actions violentes.

L’auteur soulève enfin bien d’autres sujets de réflexion. Il traite ainsi d’école et d’éducation, du rôle des parents, du problème des banlieues, d’aménagement du territoire. C’est parfois pertinent mais ça n’a la plupart du temps rien de bien original. Et c’est là le principal bémol que je mettrai dans mon appréciation de ce livre. Fabrice Humbert enfonce quand même pas mal de portes ouvertes. C’est bien écrit, c’est agréable et fluide avec aussi un sens de l’humour certain, mais ça a déjà été dit ou lu bien souvent. En fait, dès qu’il installe son héros dans sa vie de père de famille, son roman prend un tour trop conventionnel. Ce qui arrive à son fils, sa fille, ses beaux-parents n’ont plus grand-chose à voir avec son sujet et il se borne alors à nous démontrer que la vie est faite d’incertitude, qu’elle peut à tout moment prendre un tour imprévu mais que, malgré tout, elle en vaut quand même la peine. Mais qui en doutait ?

Alors finalement, c’est quoi « vivre en héros » ? C’est peut-être simplement essayer de vivre la vie que l’on s’est choisie et non celle que notre entourage veut nous imposer. C’est aller au bout de ses envies, de ses idéaux sans se laisser détourner de son objectif par ses parents, son conjoint, ses enfants… Mais, et c’est paradoxal, vivre en héros c’est aussi être attentif aux autres, être capable, par amour ou altruisme, de faire passer ses intérêts ou ses rêves après ceux des autres. Une combinaison bien difficile à trouver : tout le monde n’est pas un héros !

Gallimard - 2017

8 octobre 2017

L'ARCHIPRETRE ET LA CITE DES TOURS - JEAN D'AILLON

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1357, dans une France mise à feu et à sang par la guerre que se livre anglais et français, les trois bourgs qui ne forment pas encore la cité d’Aix en Provence ont décidé de s’unir pour préserver leur indépendance et assurer leur protection face aux multiples dangers qui les menacent. Ils sollicitent auprès de la ville de Florence un prêt qui doit leur permettre d’équiper leurs soldats afin de résister à Arnaud de Cervole, l’un des mercenaires les plus redoutés du royaume. C’est Pietro da Sangallo qui est mandaté par la république italienne pour convoyer l’argent. Mais à son arrivée, les cités sont en émoi. Deux des partisans de l’unité ont été assassinés et un troisième ne tarde pas à subir le même sort. Pour préserver sa vie et les intérêts de sa ville, le jeune toscan va devoir faire la lumière sur une affaire où les suspects sont légion. 

Jean d’Aillon est l’un des grands maîtres du polar historique français. Avec des personnages récurrents tels que Louis Fronsac, Guilhem d’Ussel ou Lucius Gallus il nous entraîne dans des enquêtes qui ont pour cadre la France à différentes périodes de son histoire, l’antiquité, le moyen-âge ou encore l’ancien régime. « L’archiprêtre et la cité des Tours » est quant à lui un one-shot qui se déroule à Aix en Provence pendant la guerre de cent ans. Une époque troublée qui vit s’affronter les royaumes de France et d’Angleterre au cours d’un conflit aussi complexe que meurtrier. Un back-ground très intéressant que l’auteur utilise au mieux pour nous livrer une intrigue bien embrouillée où le politique et le guerrier vont le disputer au policier.

Car c’est bien l’ombre de Machiavel qui flotte sur ces pages où l’on voit s’affronter différentes factions aux intérêts et ambitions divergents. Roi de France, reine de Naples, empereur germanique ou pape, tous avancent leurs pions sur l’échiquier provençal où des acteurs locaux - petits seigneurs, bourgeois et ordres religieux - se disputent également le pouvoir et les prébendes qui l’accompagne. Pour compléter ce tableau déjà bien rempli, il faut y ajouter les nombreuses bandes de mercenaires, ces fameux bandoulliers qui mettent le pays à feu et à sang, pillant les campagnes et rançonnant les cités.

Et c’est dans ce nid de vipères que l’auteur plonge son héros. Il a fort heureusement choisi un personnage qui a du répondant. Capitaine de la milice de Florence, sachant lire et écrire et ayant même quelques notions de médecine, Pietro da Sangallo n’est pas un perdreau de l’année. Il maîtrise aussi bien le métier des armes que les arcanes de la diplomatie et s’avèrera l’homme de la situation. Néanmoins et malgré l’attachement que l’on ne tarde pas à lui porter, j’ai été un peu déçu par ce héros au cœur un peu trop tendre. Pietro est en effet présenté comme un ancien condottiere, l’un de ces chefs de guerre qui ravageaient la péninsule italienne en se vendant au plus offrant, c’est-à-dire un mercenaire tout aussi sanguinaire que ceux qu’il affronte en Provence. J’ai donc eu un peu de mal à admettre qu’un homme habitué à torturer les hommes et violer les femmes puisse changer aussi radicalement au point de risquer sa vie pour, entre autres choses, assurer le bonheur de deux jeunes tourtereaux…

Ceci étant, l’enquête où il se trouve plongé s’avère absolument palpitante. L’auteur ne lui laisse pas le temps de souffler et ses investigations lui font courir les plus grands risques : emprisonnements, évasions, assassinats et quantité de combats. Quant au siège final, parfaitement orchestré et « lisible » grâce aux nombreuses précisions distillées tout au long du récit sur la défense d’une cité et son organisation militaire, il conclut parfaitement une histoire où l’on ne s’ennuie pas une seconde.

Pour être tout à fait honnête je reprocherai à l’auteur quelques ficelles un peu trop grosses (la dissimulation d’une corde et de clefs sur les lieux de l’évasion de Pietro comme s’il savait à l’avance qu’il aurait besoin de pénétrer à nouveau dans sa prison ou encore le personnage de Calagaspague qui semble n’avoir d’autre utilité que de lui permettre de rencontrer Arnaud de Cervole) et une happy-end presque anachronique avec ses trois gentils mariages. Mais ces petits défauts sont largement compensés par des explications passionnantes et précises sur la façon dont est organisée une ville médiévale avec ses juridictions civiles et religieuses ainsi que par la jolie peinture de l’Aix du XIVème siècle encore profondément marquée par son passé romain.

Le Masque - 2017

8 août 2017

LA BROCANTE NAKANO - HIROMI KAWAKAMI

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Dans la même veine que « Les années douces », « La brocante Nakano » est la chronique douce-amère de la vie d’une brocante et de ses habitués dans un quartier populaire de Tokyo. Il y a là Haruo Nakano le propriétaire, un quinquagénaire impulsif mais néanmoins fort sympathique, sa sœur Masayo, une artiste du même âge, et deux jeunes employés, Hitomi la vendeuse et Takeo le chauffeur. D'autres personnages gravitent autour de ce noyau dont Sasiko et Murayama les compagnons respectifs des Nakano.

Tout au long des douze chapitres qui composent le roman nous assistons à la façon dont se nouent et se dénouent les histoires de cœur de ce quatuor. Nous suivons plus particulièrement celle qui se dessine entre le très renfermé Takeo et la non moins timide Hitomi et qui sert un peu de fil conducteur au récit. Avec beaucoup de tact et de simplicité, mais sans fausse pudeur, Hiromi Kawakami décrit fort joliment les rapports des uns et des autres. Il y a beaucoup de non-dit dans cette histoire. Les japonais semblent avoir du mal à dévoiler leurs sentiments et à se confier. Ils tournent autour du pot, s’épient, extrapolent mais répugnent à avoir une discussion franche. Cela génère forcément pas mal d’incompréhension et de frustration, de malentendus et de rendez-vous manqués.

Le lecteur amateur d’intrigues complexes ou d’histoires à rebondissements sera déçu car il faut bien avouer qu’il ne se passe pas grand-chose de notable. Chaque chapitre est axé sur un objet de la brocante et constitue une petite nouvelle qui permet à l’auteur d’égrener une succession de menus faits quotidiens sans grande importance. Mais pour anodins qu’ils soient, ils permettent de se faire une représentation précise du caractère de chaque personnage. Leur portrait n’est pas peint une fois pour toute mais se dessine chapitre après chapitre, jour après jour au gré des évènements qui surviennent dans leur vie quotidienne.

Se dessine ainsi une géographie intime des personnes et des lieux. Car la réussite du roman doit beaucoup à l’environnement dans lequel évoluent les personnages et à la façon dont l’auteur restitue l’ambiance de quartier. Il y a la brocante bien sûr, ce fourre-tout magique et dérisoire où se déroule une bonne part de l’histoire mais d’autres décors apportent leur touche de réalisme : la pâtisserie Poésie, la pension Kanamori avec son joli parc paysagé et ses hôtes acariâtres, les salles de vente ou le minuscule studio d’Hitomi. Cela permet également de se faire une idée du mode de vie des japonais, de leurs habitudes de consommation ou encore du regard qu'ils portent sur leur passé récent.

Au final, « La brocante Nakano » est un roman bien rafraîchissant dont on ressort avec le sentiment de quitter de vieux amis et le regret qu’un tel lieu n’existe que dans l’imagination de l’auteur. 

Editions Philippe Picquier - 2007

  

9 juillet 2017

A TRAVERS TEMPS - ROBERT CHARLES WILSON

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Suite à une rupture sentimentale douloureuse accompagnée de la perte de son emploi, Tom Winter retourne s’installer à Belltower, la petite ville côtière qui l’a vu grandir. Il a accepté un poste de vendeur de voiture dans l’une des entreprises de son frère aîné et fait l'acquisition d'une maison sur Post Road, une route à flanc de coteau, un peu en retrait de la bourgade. Très vite, il se rend compte que la réputation d’étrangeté qui pèse sur la bâtisse n’est pas usurpée. Mais il ignore encore la nature du secret qu’elle renferme et à quel point sa vie va s’en trouver changée. 

S’il ne révolutionne pas le thème du voyage temporel, « A travers temps » nous propose une approche pour le moins originale de ce classique de la SF. Les héros de Wilson ne sont pas des scientifiques qui espèrent s’affranchir des limites de l’espace-temps. Ce ne sont pas non plus des voyageurs temporels souhaitant découvrir le passé ou le futur. Tom ne sait pas qu’il emprunte un passage temporel et Billy Gargullo ignore vers quelle époque il se rend. L’un et l’autre sont à la recherche de paix et de sécurité. Ils fuient un danger ou se fuient eux-mêmes, ils veulent simplement rompre avec un quotidien insurmontable. On ne trouvera donc pas de paradoxe temporel qui viendrait mettre le récit en abîme et, si Tom envisage un temps de sauver ses parents de leur accident de voiture, il ne se servira guère de sa connaissance du futur et le passé ne sera quasiment pas impacté.

Mais ce qui fait vraiment la singularité de l’histoire de Wilson c’est la nature de son personnage principal. Car le véritable héros ce n’est pas Tom, ni Joyce, ni même Billy mais la maison de Post Road. Tout part de là, tout y revient et ce n’est pas un hasard si le récit s’y attarde longuement avant le départ de Tom pour les sixties et si, une fois ce dernier parti, nous y revenons par le biais de nouveaux personnages. Dès le début du roman l’accent est mis sur la réputation de cette maison étrange, à l’écart de la ville, inhabitée mais pourtant en parfait état. L’intrigue reste longtemps axée sur ses particularités et ses mystères. Qui était son ancien propriétaire, mystérieusement disparu, par quel prodige la maison reste-t-elle toujours d’une propreté immaculée, que dissimulent les fondations du bâtiment ? Toutes ces questions donnent lieu à une enquête sympathique menée par Tom et, si l'auteur nous a mis d'emblée dans la confidence pour ce qui est du passage temporel, les détails qui nous sont révélés ne manquent cependant pas d’intérêt, notamment ces drôles d’anges gardiens que sont les nano-insectes ménagers ou son concierge temporel qui se régénère patiemment.

Pour autant, le soin apporté aux autres personnages et en particulier à celui de Tom, est remarquable. L'approche psychologique est d'une grande finesse et diantrement fouillée. L’auteur nous le présente sous toutes les coutures et l'on ignore plus grand-chose de son passé, de ses sentiments et de l'état de son moral. On rencontre presque toute sa famille, son frère, sa belle-sœur et même son ex qui s’inquiète de sa santé mentale. Ses compagnons ne sont pas en reste puisque Joyce la hippie de Greenwich Village, Doug Archer l’agent immobilier adepte du surnaturel ou Catherine Simmons la voisine bénéficient du même travail de précision.

Enfin, si l’action est peu présente, elle n’est pas absolument absente. Elle se réfugie principalement dans les souvenirs du soldat du futur Billy Gargullo et dans la chasse à l'homme à laquelle il se livre dans Greenwich village grâce à son armure ultra sophistiquée qui fait de lui un guerrier presque invincible. La menace qu’il fait peser sur Tom, ses proches et tous les hôtes de la maison de Post Road installe une atmosphère d’urgence et ajoute au récit cette intensité et ce rythme qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’au bout.

Denoël - Lunes d'encre - 2010

3 juillet 2017

LA PETITE FADETTE - GEORGE SAND

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Au hameau de la Cosse, les époux Barbeau sont les heureux parents de jumeaux. Les deux frères sont à ce point inséparables que lorsque leur père est contraint de louer les services de Landry à un fermier des environs, Sylvinet demeure inconsolable. Landry prend les choses moins à cœur. Il s’adapte plutôt bien à sa nouvelle vie et envisage sérieusement de se fiancer avec la jolie Madelon, la nièce de son maître. Sa rencontre fortuite avec Fanchon Fadet, une jeune fille à laquelle la rumeur publique prête tous les vices, va bouleverser sa vie et, incidemment, celle de son frère. 

« La petite Fadette » est le troisième - et à mon sens le meilleur - des grands romans champêtres de Georges Sand. C’est aussi une nouvelle déclaration d’amour au Berry, cette région qu’elle chérie entre toutes et qui lui semble une espèce de paradis originel où tout est simple et bon. Elle y emploie de nouveau ce style faussement naïf mâtiné de patois pour nous rapporter l'une de ces histoires paysannes comme il s'en raconte le soir à la veillée et qui tiennent à la fois du conte et du ragot de vieille femme. De commérage il est justement question et c’est un peu au procès de la médisance et des préventions fondées sur l'apparence et la réputation que nous sommes conviés. La dame de Nohant a beau aimer ces paysans berrichons et la rusticité de leurs mœurs, elle ne se prive pas de relever leurs travers et leurs mauvais penchants, l’avarice, l’appât du gain, l’intolérance...

Mais "La petite Fadette" c’est avant tout une très belle histoire d’amour ou, pour être plus précis, deux histoires. Celle qui se noue entre la petite héroïne et Landry et celle, différente mais tout aussi forte, qui unit ce même Landry à son frère jumeau. C’est d’ailleurs sur l’histoire des bessons Barbeau que s’ouvre le roman et nous les accompagnons de la naissance à l’heure de l'adolescence en découvrant la puissance du lien qui les attache l'un à l'autre et la passion quasi morbide de Sylvinet envers son frère. Cette première partie de l’ouvrage permet aussi de mettre en place le décor, un coin de nature idyllique avec ses jolies chaumières, ses prés et ses pâturages où les travaux des champs rythment la vie de tout un chacun.

Il faut donc patienter près de 80 pages – presque un tiers du roman - pour qu'apparaisse enfin Fanchon Fadet alias la petite Fadette, jeune sauvageonne dont la réputation souffre des mœurs légères de sa mère et des « sorcelleries » de son aïeule. L’histoire prend alors une autre tournure et c’est désormais le couple Fanchon/Landry qui occupe le devant de la scène. Nous assistons avec beaucoup de plaisir à l’éclosion et à l’évolution de leur relation. George Sand rend parfaitement les premiers émois et les tâtonnements de ces jeunes gens. La façon dont ils se cherchent et s’évitent, se taquinent à défaut de s’aimer encore est on ne peut plus crédible et la scène où ils se déclarent leur amour en se reprochant l’un l’autre leurs défauts est réellement inoubliable, un chef-d’œuvre de sensibilité et d’émotion.

Chemin faisant, c’est aussi le fantastique portrait d’une jeune femme indépendante et intelligente que nous brosse l’auteur. Plus que l’amour et la loyauté de Landry, c’est bien l’ingéniosité de Fanchon qui permettra aux deux amoureux de surmonter les obstacles et de rendre possible leur mariage. Avec beaucoup de finesse, elle saura changer de comportement et d'apparence pour rentrer dans le moule et renvoyer l’image que l’on attend d’une jeune fille de sa condition. Quant à la façon dont elle se joue du père Barbeau en lui dévoilant, l’air de rien, sa fortune soudaine, elle est digne du plus roué commerçant. Elle parviendra cependant à être acceptée et aimée pour elle-même, démontrant ainsi qu’il faut se garder des jugements hâtifs et, comme Landry, regarder au-delà des apparences.

Gallimard - Folio Classique - 2004

27 juin 2017

LA DERNIER AUBE - PAUL BERNA

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Sept adolescents pensionnaires d’un centre équestre près d’Amboise entreprennent de rallier la Lozère à cheval pour participer à un rassemblement de jeunes cavaliers. Malheureusement, leur voyage coïncide avec l’irruption de la comète Kryla dans le système solaire. Une peur irraisonnée s’empare des populations et c’est avec bien des difficultés qu’ils parviennent dans les Cévennes où les attend un vieil original chargé de les héberger dans sa demeure millénaire. A peine installés, la comète frôle la Terre et provoque une chute vertigineuse de la température…

Paul Berna a beaucoup écrit pour la jeunesse et notamment quelques ouvrages de SF. "La dernière aube" fait partie de ceux-là mais je pense qu'il aurait aujourd’hui bien du mal à satisfaire de jeunes lecteurs. Sa fin ouverte, son style daté et surtout les réactions et le langage de ses jeunes héros ne manqueraient pas de faire sourire nos ados 2.0.

Le périple de Stève, Raphaël, Josette et les autres n'est cependant  ni mièvre ni fleur bleue. Leur bucolique randonnée équestre se transforme très vite en épopée survivaliste et les épreuves qui les attendent n'ont rien d'un sympathique jamboree. L’auteur leur évite toutefois les mauvaises rencontres qui pullulent habituellement dans tout post-apo qui se respecte. Ici, l'essentiel de l'intrigue repose sur leur capacité à faire face au froid glacial qui se répand sur la planète. C’est même le point fort de ce roman que de proposer une description minutieuse et crédible de cette glaciation éclair. Il nous propose ainsi quelques images saisissantes d’une France vide et silencieuse, recouverte d’un linceul blanc et seulement peuplée de statues de glace.

La façon dont les personnages échappent à l’étreinte du froid en trouvant refuge dans les cavernes situées sous une vieille commanderie templière occupe donc un bon tiers du roman. Paul Berna prend tout son temps pour nous conter par le menu les différentes phases de leur sauvetage, les affres de la faim, la recherche d’une source où s’abreuver et l’espoir qu’il faut conserver. Cette plongée dans les ténèbres au coeur du Causse de Sauveterre constitue sans conteste le point d'orgue de ce roman. C'est aussi une jolie métaphore sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, une sorte de seconde naissance après un séjour au sein de la terre nourricière pour retrouver à leur sortie un monde aussi  vierge et pur que la neige qui le recouvre désormais. L’occasion de faire table rase du passé et tout réinventer.

On sent que le monde des adultes et la société qu'ils ont mise en place ne recueillent pas les faveurs de l'auteur. Exception faite de l'ermite de l'hospitalou qui n'entretient d'ailleurs guère de rapports avec ses semblables, les adultes sont plutôt décriés : parents délaissant leurs enfants, populations moutonnières, individus violent ou apeurés, incapables de concevoir un nouveau mode de vie, « des résignés vivant sur les bribes d’une civilisation pourrie ».

Par opposition, ses jeunes héros sont parés de toutes les qualités. Volontaires, entreprenants, sensibles, altruistes, ils ne regardent pas vers le passé et se laissent porter par leur énergie : « …aller toujours de l’avant ! passer d’un abri à l’autre en visant chaque fois une amélioration possible, chercher et secourir d’autres compagnons au cœur pur, rebâtir une petite communauté qui s’agrandirait peu à peu sans retourner à la sauvagerie des premiers âges, et préparer enfin, si peu que ce fut, une renaissance étalée sur des millénaires. »

« La dernière aube » est donc un roman qui a incontestablement vieilli mais qui procure néanmoins un fort bon moment de lecture grâce à ses grandes qualités d’écriture.

Editions G. P. - Grand Angle - 1974

 

21 juin 2017

LE BOURREAU ET SON DOUBLE - DIDIER DAENINCKX

imagesA peine débarqué à Courvilliers, l’inspecteur Cadin est confronté à un double décès, celui de Claude et Monique Werbel, tous deux employés par les usines Hotch et accessoirement militants pour les droits des travailleurs immigrés. Les premières constatations laissent penser à un crime passionnel suivie d'un suicide. Mais l’inspecteur Cadin n’a pas l’habitude de se contenter des apparences…

A force d’être muté dans les patelins les plus déprimants de l’hexagone, l’inspecteur Cadin devait bien finir par échouer en banlieue parisienne. C’est chose faite avec ce volume qui le voit prendre ses quartiers à Courvilliers (La Courneuve ?) ville typique de Seine Saint Denis avec ses HLM, ses petits délinquants et sa forte population immigrée. Il y a aussi les usines Hotch, fleuron de l’industrie locale et principal employeur de la commune ou, présenté autrement, parangon du capitalisme et négrier des temps modernes.

Daeninckx fait en effet le procès de ces multinationales toutes puissantes qui croient pouvoir s’affranchir des lois et mener leurs petites affaires comme bon leur semble. Il met le doigt sur leurs pratiques déloyales, de la collusion avec le pouvoir au chantage à l’emploi. Il nous montre comment elles découragent  toute résistance grâce à des syndicats maisons à leurs ordres et des services de sécurité qui brisent et déconsidèrent ceux qui s’opposent à elles. Il montre enfin comment elles exploitent la misère du monde, « important » une main d’œuvre à faible coût qu’on laisse sur le carreau sitôt qu’un nouveau conflit ou une nouvelle catastrophe leur en fournit une autre, moins chère ou plus malléable, laissant à l’état et à la collectivité le soin d’assumer leurs responsabilités à leur place.

L’intrigue, elle, ressemble un peu à celle de « Meurtre pour mémoire » puisque  la solution de l’énigme est cette fois encore à chercher dans des faits vieux de vingt ans et parce qu’elle fait revivre les heures sombres de la colonisation française. Elle fait converger deux histoires, deux lieux et deux époques (le suicide d’un syndicaliste et le carnet de route d’un appelé du contingent pendant la guerre d’Algérie) pour mieux nous montrer la persistance de l’horreur et le poids du remord.

Quant à Cadin, il demeure fidèle à lui-même, plus dépressif et seul que jamais, affecté au service de nuit et partageant son lit avec un matou sans gêne. Ca s’arrange pas vraiment !

Gallimard - Folio Policier - 2005

 

15 juin 2017

COMME UN SEPULCRE BLANCHI - DOMINIQUE ARLY

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Gérard de Chanois est un propriétaire terrien qui vit confortablement de ses rentes dans son château provincial. Bien que déjà âgé, il n’a pas encore renoncé aux choses de l’amour et se laisse aller de temps à autre à quelques privautés sur sa femme de chambre. Aussi, lorsque la ravissante nièce de son intendant vient passer quelques jours dans sa vieille demeure, il tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme au point de faire siennes toutes ses lubies. La jolie Liliane est en effet persuadée d’avoir trouvé dans la chapelle castrale le tombeau de Joseph Balsamo. Depuis, elle croit être guidée par le célèbre alchimiste dans la réalisation du Grand œuvre.  

Deuxième volume de Dominique Arly paru au Fleuve Noir Angoisse, « Comme un sépulcre blanchi » a beaucoup de point commun avec « Les revenantes » qui le précédait de quelques mois seulement au catalogue de la collection à la tête de mort. Les deux romans partagent en effet le même décor (une vieille demeure médiévale dans une petite bourgade provinciale), la même ambiance (un quasi huis-clos dans ledit château) et un même procédé narratif (la confession du principal protagoniste de l’histoire).

Quant à l’intrigue, elle semble presque calquée sur celle des « Revenantes » puisqu’il s’agit là encore d’une histoire de manipulation mentale sur fonds de manifestations surnaturelles et d’évocation d’esprits. Après Barbe bleue et Gilles de Rais, c’est cette fois le fantôme du célèbre comte de Cagliostro qui est appelé à la rescousse. On est donc plongé dans l’univers du célèbre aventurier et on enchaine allègrement les séances de spiritisme et de possession démoniaque. Toute la panoplie de l’apprenti alchimiste est également de la partie avec moult vieux grimoires, athanor et plomb changé en or… et vice versa. Car les expériences de Gérard de Chanois et de ses compagnons vont avoir une fâcheuse tendance à échouer et les réserves de métal précieux du vieux hobereau à fondre comme neige au soleil.

A ce point du récit vous vous direz sans doute que le pauvre homme est en train de se faire plumer par deux arsouilles. Peut-être ? Mais sachez tout de même que le roman se termine sur une jolie pirouette et que, comme dans la fable, tel est pris qui croyait prendre. Le lecteur le premier qui, sûr de lui, commençait à penser que l’auteur était en panne d’imagination. Bien joué monsieur Arly !

Fleuve Noir Angoisse - 1966

9 juin 2017

COLZA MECANIQUE - KARIN BRUNK HOLMQVIST

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Hening et Albert, deux frères de 68 et 73 ans, vivent paisiblement dans leur maisonnette perdue au fin fonds de la campagne scanienne quand leur tranquillité est mise à mal par deux évènements inattendus : l’installation d’un centre de désintoxication pour femmes et la découverte dans un champ voisin de traces attribuées à des soucoupes volantes. L’effervescence gagne la petite communauté rurale et nos deux bonhommes vont avoir fort à faire pour conserver intact leur mode de vie. 

Jusqu’à présent lorsque je voulais ma petite dose d’humour scandinave je me tournais invariablement vers le finlandais Arto Paasilinna ou le danois Jorn Riel. Avec « Colza mécanique » j’ai découvert qu’il pouvait aussi être suédois. Karin Brunk Holmqvist ne fait toutefois pas dans la bonne grosse loufoquerie ou dans le gros rire qui tâche. Elle nous offre plus modestement une petite chronique villageoise qui met de bonne humeur. Cela ne l’empêche pas de nous donner un joli florilège de scènes cocasses et n’exclut pas non plus un peu de satire sociale.

Pour ce faire elle a appelé à la rescousse deux personnages assez inhabituels. Les frères Anderson n’ont en effet rien de très glamour. Ce sont deux vieux garçons de près de 70 ans qui n’ont jamais quitté leur village natal et qui vivent chichement de leur maigre pension et des petits boulots que leur confie le châtelain local. La description de leur quotidien occupe une grande place dans l’histoire non seulement parce qu’il est tout à fait pittoresque et prête à sourire mais aussi parce qu’il offre un contraste saisissant avec le mode de vie moderne. Et c’est précisément l’irruption de cette modernité dans leur petite existence bien réglée qui va être source de multiples quiproquos et de non moins nombreux bouleversements.

Dans ce monde et cette société qui changent beaucoup trop vite, Henning et Albert, sont comme deux repères, deux chênes centenaires bien enracinés dans leur terroir et leurs habitudes. Leur vie toute simple, dénuée de confort paraît d’abord rétrograde avant que l’on ne se rende compte que, tout bien considéré, c’est peut-être la nôtre qui ne tourne pas bien rond. Que penser en effet d’une société où les jeunes filles s’alcoolisent, où les journalistes sont à l’affût de sensationnel, où les policiers croient aux soucoupes volantes et où les élus s’apprêtent à mettre une région sans-dessus-dessous pour créer quelques emplois alors que la bourgeoisie du cru embauche des ouvriers polonais !

Nos deux papys, eux, continuent de vivre en accord avec leur environnement et en bonne entente avec leurs concitoyens. Ils ne cherchent pas le profit, la célébrité ou les honneurs. Le peu qu’ils possèdent suffit amplement à leur bonheur avec, par-dessus tout, la joie d’être ensemble et de partager.

« Colza mécanique nous donne une petite leçon de vie et d’humilité et par les temps qui courent ça fait plutôt du bien !

Mirobole Editions - 2017

10 mai 2017

L'ILE D'EVE - EDGAR WALLACE

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A la fin du XIXème siècle, un aventurier américain met sur pied une incroyable opération visant à s’approprier un minuscule îlot perdu au milieu de l’Atlantique. Une fois parvenu à ses fins, il n’aura de cesse d’en faire un état indépendant. 

Sympathique petit roman qui nous conte avec un peu d’action et beaucoup d’humour, de quelle manière un homme parvient à réaliser un rêve insensé.

L’un de ses principaux attraits réside dans son mode de narration. L’histoire nous est en effet dévoilée au travers des témoignages de plusieurs des acteurs de cette aventure, ce qui donne un peu de distance à la narration et lui apporte un vernis de réalisme.

Pour le reste, on ne sera guère surpris par une intrigue qui suit son petit bonhomme de chemin entre réceptions mondaines et détournement de navire, course hippique et chasse au trésor.

Nouvelles Editions Oswald - Le Miroir Obscur - 1988

30 avril 2017

MEURTRES POUR MEMOIRE - DIDIER DAENINCKX

 

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Le 17 octobre 1961 à Paris, un professeur d’histoire qui s’attarde à regarder les affrontements entre CRS et indépendantistes algériens est assassiné d’une balle dans la tête. Vingt ans plus tard à Toulouse, son fils, est abattu en pleine rue. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Cadin incline à penser que les deux affaires sont liées et que pour trouver l’assassin du fils, il faut  d’abord trouver celui du père.  

Après l’Alsace et le Nord, c’est sous le soleil toulousain que l’inspecteur Cadin mène sa troisième enquête ou, plus justement, qu’il l’entame puisque ses investigations l’obligeront à de fréquents aller/retour à la capitale. La ville rose sert donc surtout de cadre à des péripéties  plus légères (un braquage amusant et les canulars politiques des situationnistes) qui viennent alléger une atmosphère parfois pesante.

Selon un scénario déjà utilisé dans les autres aventures de son flic neurasthénique, l’auteur commence par nous embarquer sur une fausse piste. Cette fois, c’est la guerre d’Algérie et en particulier ses échos sur le sol français qui sert de fil rouge à son intrigue. Cela lui permet de nous parler d’un sujet qui lui tient manifestement à cœur à savoir la violente répression des manifestations du 17 octobre 1961 au cours desquelles de nombreux algériens perdirent la vie.

J’avais déjà eu connaissance de cet épisode peu glorieux de notre histoire récente mais la peinture qui nous en est faite est glaçante. La bêtise et la méchanceté gratuite dont font preuve les forces de l’ordre mais aussi les « honnêtes citoyens » est proprement horrible. Une horreur à laquelle une autre, commise vingt ans plus tôt, viendra répondre un peu plus loin. Une façon de rappeler que le racisme et la haine sont de tous les pays et de toutes les époques.

Outre ses qualités intrinsèques, ce roman revêt pour moi un intérêt complémentaire puisqu’une bonne partie de son histoire se déroule à Paris, rue Notre-Dame de Bonne Nouvelle à l’ombre de l’église du même nom où je fus baptisé, confirmé, communié (à l’insu de mon plein gré, je tiens à le préciser !), bref dans le quartier de mon enfance où je résidais encore lorsque Daeninckx écrivit son roman au début des eighties. Il y a d’ailleurs de nombreuses références à cette époque avec notamment le journal télévisé de Yann Maroussi, le Rubik-cub et les jeux électronique Banzaï (les plus vieux corrigeront d’eux même l’orthographe volontairement inexacte de ces noms). Cela m’a donc permis de visualiser parfaitement les déplacements des personnages et de constater le sérieux du travail de reconstitution de l’auteur.

Signalons encore, c’est assez rare pour le relever, que nous avons ici un Cadin plus joyeux qu’à l’ordinaire et qui s’offre même le luxe d’une gentille amourette. Aurait-il retrouvé confiance dans le genre humain ?

Folio Policier - 2007

 

7 avril 2017

FLEUR DE TONNERRE - JEAN TEULE

sans-titreHistoire de la très longue et bien remplie carrière criminelle d'Hélène Jégado, cuisinière hors pair et empoisonneuse hors norme. 

Au vu de ses derniers romans Jean Teulé semble se spécialiser dans les biographies romancées de  personnages historiques. Après François Villon, le marquis de Montespan ou Charles IX, il s'attaque cette fois à une obscure meurtrière bretonne.

Hélène Jégado est en effet une illustre inconnue. Elle est pourtant l'une des plus grandes tueuses en série que la France ait compté. A côté d'elle, Marie Besnard fait figure d'apprentie empoisonneuse et Landru d'enfant de coeur. Sa soupe aux herbes ou ses gâteaux à l'angélique ont fait passer de vie à trépas la quasi totalité des curés et petits bourgeois qui eurent recours à ses talents de cuisinière. De son Morbihan natal jusqu'en Ile et Vilaine et en passant par ses Côtes qui n'étaient pas encore d'Armor, elle a semé les cadavres, n'épargnant ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. Une mortelle randonnée de près de quarante ans au cours de laquelle elle commit près d'une cinquantaine d'assassinats.

Mais plus que le nombre de ses victimes c'est sa personnalité qui en fait une serial kileuse à part. Hélène Jégado est un pur produit de l'illettrisme, de l'obscurantisme et de la pauvreté qui règnent encore dans cette Bretagne du début du XIXème siècle. Une terre miséreuse où les paysans tirent à peine de quoi subsister d'un sol ingrat. Une région certes convertie à la religion catholique depuis belle lurette mais où les pratiques païennes ont la vie dure. Nourrie dès son plus jeune âge de folklore et de légendes, abreuvée à outrance de fées, korrigans et autres poulpiquets, Hélène a été traumatisée. A un point tel qu'elle a fini par s'identifier à l'Ankou, le collecteur d'âmes de la tradition celtique dont elle va reprendre à son compte la sinistre besogne.

Sa promenade funèbre dans cette Bretagne arriérée est ce que le roman nous propose de mieux. Nous découvrons en sa compagnie la façon dont vivent les habitants de cette région reculée ainsi que de bien étranges coutumes : s'arracher une mèche de cheveu (cuir chevelu compris) pour se punir d'une vilaine action, implorer Notre Dame de la Haine pour obtenir la mort d'un ennemi ou fouetter la statue de Saint Yves pour lui faire payer les malheurs qui vous accablent, voilà bien des pratiques d'un autre âge.
Malgré tout, le roman est ennuyeux. La longue litanie des méfaits de la Jégado finit par devenir lassante. Ses assassinats comme ses victimes se ressemblent tous et seuls deux passages, l'un dans un couvent, l'autre au bordel, viennent rompre pour un temps la monotonie qui s'installe.

Heureusement, l'humour pince sans rire de Jean Teulé est au rendez-vous et parvient à rendre presque drôles les scènes les plus affreuses. Sous sa plume, les contorsions des pauvres victimes deviennent grotesques et leur trépas tourne à la farce. Il y a aussi ce gimmick qui revient tout au long du roman en la personne de deux perruquiers normands qui vont faire les frais de tant de celtitude.

Julliard - 2013

 

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