Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
23 mai 2019

LES CHIENS - ANDRE RUELLAN

tsf01

Henri Féret, médecin d’une quarantaine d’années, achève à peine son installation dans une cité dortoir de la banlieue parisienne que les premiers patients affluent déjà. Mais ce n’est pas à une épidémie de grippe qu’il doit la visite des habitants de cette banlieue poussée trop vite. La plupart viennent le voir afin qu’il soigne les séquelles d’agressions physiques et, le plus souvent, de morsures. Il se rend vite compte que cette violence n’est pas seulement le fait de jeunes délinquants ou de ces immigrés que l’on pointe du doigt. Les partisans de l’auto défense y ont aussi leur part et notamment leur leader, l’inquiétant Morel, éleveur et dresseur de chiens. 

A sa sortie, dans les années 80, ce roman pouvait avoir un côté spéculatif qu’il a aujourd’hui totalement perdu. Il faut dire que les lieux et les faits qui y sont décrits constituent désormais le quotidien de centaines de milliers de français et que les thèmes évoqués (délinquance, racisme, conditions de vie des immigrés) sont malheureusement toujours d’actualité.

Toutefois, si cela lui fait perdre une partie de son intérêt, il n’en conserve pas moins toute sa force de dénonciation et constitue une critique virulente de l’auto défense.

A noter que André Ruellan a écrit « Les chiens » en parallèle au scénario du film éponyme de Alain Jessua.

J-C Lattès - Titres SF - 1979

Publicité
16 mai 2019

EVEIL - MATSUMOTO TAIYÔ

CVT_Eveil-tome-0_8612

Dans un lointain futur – ou un passé tout aussi éloigné – les habitants d’un village vivent au plus près de la nature qu’ils vénèrent par l’entremise de danses rituelles. Pour communier avec les esprits, les danseurs du clan des Oiseaux ont besoin des masques réalisés par celui des Fleurs. Or, le chef des sculpteurs s’apprête à choisir un successeur parmi ses fils. Choisira-t-il le trop sensible Yuri qui vit reclus dans son atelier ou l’ambitieux Tsubaki qui envie le talent de son frère ? 

Je ne suis pas un gros lecteur de BD et ma préférence en matière de livres va incontestablement aux romans. Aussi, sans être insensible à la beauté des dessins, à la construction, la mise en page, le rythme, je n’apprécie véritablement ces histoires dessinées qu’à la condition qu’elles nous racontent quelque chose. Or, un bon scénario, c’est précisément ce qui manque à cette œuvre de Matsumoto Taiyô. Ici, la trame est très légère. Beaucoup trop. On comprend bien qu'il est question de transmission (du savoir, de l'histoire familiale...), de choix de vie et de place dans la société mais cela ne va pas beaucoup plus loin. C’est dommage. La rivalité entre les deux castes ou celle entre les sculpteurs de masques, l’un jalousant l’autre, aurait pu déboucher sur une intrigue plus fournie et prendre par exemple une tournure dramatique. Mais non. On reste au niveau des intentions. Tout n'est que suggéré et l'on a le sentiment que rien ne se passe, si ce n’est le défilement des saisons. C’est une sorte d’allégorie que nous propose l’auteur. Poétique mais ennuyeuse.

Mon impression est en revanche beaucoup plus positive en ce qui concerne le dessin de Taiyô. Exception faite de la jaquette et des deux premières pages, la BD est en noir et blanc. Un noir et blanc bien tranché. Ombre et lumière, jour et nuit, hiver ou été, le contraste est permanent. Cela donne à chaque case une grande intensité d’autant que le trait est toujours vigoureux. L’auteur utilise beaucoup les hachures et ses dessins ont un aspect un peu brut avec des formes heurtées, rarement arrondies ou adoucies, contrairement à ce que l’on pourrait penser au vu de la couverture. Il fait aussi preuve d’une certaine originalité dans sa mise en page, s’autorisant à peu près tout (pleine pages ou double page, découpage atypique…) et utilisant finalement très peu les phylactères. J’ai particulièrement aimé une succession de quatre pages divisées chacune en quatre bandeaux horizontaux qui illustrent une scène de repas familial d’une manière très cinématographique, un peu comme si une pellicule défilait sous nos yeux.

La forme l’emporte donc largement sur le fonds et l’on est ici plus près du livre d’art que de la vraie BD. La très belle couverture, la qualité du papier et de la reliure participent d’ailleurs grandement à cette impression.

Kana - 2019

9 mai 2019

JE N'INVENTE RIEN - MARTIN VEYRON

CVT_Je-ninvente-rien_4427

J’ai eu la chance de rencontrer Martin Veyron il y a une dizaine d’années à l’occasion de Normandie Bulles, le festival de BD de Darnétal-les-Rouen où il était venu présenter sa dernière création : Papy Ploof. Je me souviens qu’il pleuvait abondamment ce jour-là et que le site de l’exposition consacrée à l’auteur étant situé en un lieu distinct des autres stands, nous nous trouvâmes, mon épouse, ma fille et moi-même, à peu près seuls en sa compagnie pendant une bonne demi-heure. Cela nous permis d’échanger assez longuement sur son travail et notamment sur son dernier album où il abordait déjà des thèmes de société tels que la vieillesse et les retraités, le tourisme ou encore les conflits générationnels et les problèmes démographiques.

Dans « Je n’invente rien » nous retrouvons ce regard aiguisé qui lui permet de croquer avec autant d’humour que de tendresse nos petits défauts et nos gros travers. Pas de BD cette fois-ci mais un florilège de dessins de presse parus pour la plupart dans Le Nouvel Observateur et Le Point et répartis en cinq thèmes : l’éducation, la santé, le travail, l’amour et les modes de vie bref, tout ce qui occupe l’existence d’un français moyen.

Il s’agit la plupart du temps de vignettes uniques qui vont droit au but. Pour autant le travail reste soigné. Qu’elles soient de taille modeste ou s’étalent sur une double page, elles s’accompagnent presque toujours d’un décor minutieusement dessiné et enrichit de couleurs vives. A noter aussi, la présence presque systématique de phylactères. Heureusement d’ailleurs puisque certains des dessins qui en sont dépourvus me sont restés totalement hermétiques. Ces textes contribuent au moins pour moitié à l’humour de l’ensemble grâce à leur ton percutant et mordant. Martin Veyron possède le sens de la formule et du mot juste et j’ai particulièrement apprécié ceux des dessins qui comportaient de véritables dialogues entre les personnages. Cela m’a donné envie de me replonger dans l’une des BD de l’auteur, un « Bernard Lermitte » ou un autre de ses albums délicieusement irrévérencieux et politiquement incorrects ! 

« Je n’invente rien »  est donc un bel objet, joliment présenté avec un papier de qualité qui en rend la manipulation agréable et qui a le mérite de donner un coup de projecteur sur le travail de dessinateur de presse de l’auteur.

Höebeke

5 mai 2019

LES AFFINITES - ROBERT CHARLES WILSON

denoel-lunes13072-2016

C’est grâce au soutien financier de sa grand-mère qu’Adam Fisk peut étudier dans une école d’art de Toronto. Quand elle décède soudainement, il pense un temps à retourner chez son père avec lequel il entretient pourtant des rapports extrêmement tendus. Il trouve heureusement une aide aussi inattendue qu’efficace auprès des membres de la communauté Tau, l’une des 22 affinités révélées par le test de Meir Klein. Intégré à ce nouveau groupe social composé d’individus avec lesquels il partage un même profil psychologique, un avenir vaste et serein semble s’ouvrir devant lui. Mais les vieux pouvoirs politiques et économiques sont-ils prêts à passer la main ? 

« On choisit ses amis mais on ne choisit pas sa famille ». Cette expression de la sagesse populaire aurait pu servir de sous-titre à ce roman tant elle résume parfaitement la situation de son héros. D’un bout à l’autre de l’histoire il est en effet question des relations qu’Adam entretient avec les uns et les autres et de la difficulté de choisir entre liens du sang et liens amicaux. Il faut dire à sa décharge que ses amis sont d’un genre un peu particulier. Sélectionnés comme lui sur des critères scientifiques, émotionnellement et intellectuellement très proches, il paraît effectivement logique que se crée entre eux une certaine alchimie et qu’il soir plus facile de communiquer, de travailler et bien sûr de s’entendre avec des individus qui ont le même profil psychologique que vous. Mais est-ce pour autant le gage d’une vie heureuse ? C’est tout le propos de RCW qui va d’abord nous montrer les avantages de cette fameuse communauté Tau avant d’en dénoncer les mauvais côtés.

La tâche n’est pas difficile quand on considère la famille dont est issu Adam. Entre un père raciste et dominateur qui refuse de lui payer ses études d’art (des études de lopette), un frère violent, une belle-mère effacée et un demi-frère perturbée, on comprend qu’il ait envie d’aller voir ailleurs. Surtout quand vos nouveaux amis solutionnent vos problèmes de logement et d’argent et qu’une charmante jeune femme vous ouvre le chemin de son cœur. Mais leur sollicitude ne s’arrête pas là comme le prouve ce passage où le groupe (la tranche) auquel appartient Adam réagit comme un seul homme à la menace qui pèse sur l’une d’entre eux (un ex jaloux et dangereux). Bref, des gens sur qui compter pour tout et en toute circonstances, quoi de plus rassurant dans une époque dure (crise économique) et un monde dangereux (le conflit indo-pakistanais).

Malheureusement, cette affection qu’ils portent aux membres de leur communauté est si forte qu’il n’en reste plus guère pour les autres. « L’affinité » montre alors sa face sombre : le repli communautaire et l’exclusion des autres. Des autres considérés comme des ennemis ou des concurrents (les membres des différentes « affinités »), ou comme des êtres sans intérêt et vaguement inférieurs, des « brides » qui vous attirent ou vous retiennent hors du groupe. Tout cela est très bien amené sur fond de guerre larvée entre affinités et de menace sur la paix mondiale. Les personnages sont, comme toujours chez l’auteur, particulièrement soignés et même les rôles secondaires ont droit à une belle mise en lumière. Ils ne font pas que jouer les utilités pour faire avancer le récit mais sont également travaillés en profondeur.

« Les affinités » nous offre donc une dystopie très sage. On est bien loin de la SF pure et dure, à peine dans l’anticipation. Et c’est sans doute pour cela que le sujet nous parle tant. A l’heure de la mondialisation et des réseaux sociaux informatisés, Robert Charles Wilson nous invite à nous interroger sur l’émergence de nouvelles communautés fondées sur des concepts différents de ceux de nation, de religion ou de famille. Une idée séduisante mais qui – le roman le démontre – n’exclue pas le communautarisme ou la dérive sectaire. Et puis, n’oublions pas qu’il  n’y a qu’un seul groupe social qui compte vraiment : l’humanité.

Denoël - Lunes d'Encre - 2016

2 mai 2019

MA ZAD - JEAN-BERNARD POUY

51LpCY-drCL

Je ne pensais pas que ça arriverait un jour et pourtant il me faut bien l’avouer, j’ai été déçu par le dernier roman de J-B Pouy. Le bonhomme est pourtant toujours aussi à l’aise pour nous narrer avec son style acrobatique et bourré d’humour, la vie des humbles et les saloperies du grand capital. Mais cette fois, je n’ai été embarqué ni par l’intrigue, ni par les personnages. La faute à mes attentes plus qu’à la qualité du livre. Car voyez-vous, son titre me faisait espérer une chouette histoire de résistance d’un groupe d’utopistes face à de vilains bétonneurs épaulés comme il se doit par l’état et sa police avec derrière tout ça une histoire bien malpropre de gros sous et de corruption.

Je crus dans un premier temps que mes vœux allaient être exhaussés. L’auteur nous emmène dans le nord de la France où nous faisons connaissance avec Camille Détroit, un quadra qui vivote entre un boulot chiant à l’hyper du coin et la vieille ferme qu’il a hérité de ses parents. Une vie un peu morose qui se trouve bouleversée le jour où des zadistes sont brutalement évacués d’un site proche de chez lui. Interpellé en même temps que les activistes, licencié puis tabassé par les hommes de main des notables locaux, Camille entre en résistance.

Jusque-là  tout se passait à merveille. Le sympathique héros transforme sa ferme en Fort Alamo altermondialiste, il s’entoure de joyeux hippies et de black-blocs, mène quelques actions coup-de-poing contre la richissime famille Valter et trouve même le temps de tomber amoureux. Et puis, le roman prend une direction radicalement différente pour se transformer en une histoire de vengeance et de manipulation. Pas mauvaise d’ailleurs, rondement menée, efficace et pourtant la déception - ma déception – demeure. Comme quoi, il ne faut jamais trop se fier au titre d’un livre.

Gallimard - Folio Policier - 2019

Publicité
14 avril 2019

L'ENIGME DE GIVREUSE - J. H. ROSNY AINE

neosff061

Dans les premiers mois de la première guerre mondiale, des brancardiers découvrent sur le champ de bataille, à quelques mètres de distance, deux soldats parfaitement semblables qui prétendent l’un et l’autre s’appeler Pierre de Givreuse. De retour à la vie civile, se pose alors pour les deux hommes, le problème de déterminer lequel va retrouver sa place dans la société. 

Le thème du double est un classique de la littérature fantastique. La plupart du temps, il est question d’un « jumeau maléfique » qui cherche à prendre la place de l’original. C’est notamment le cas du célèbre Mister Hyde de Robert Louis Stevenson mais aussi dans « Le double » de Fiodor Dostoïevski. Rosny Aîné a donc innové en ne mettant pas en scène un personnage confronté à un autre lui-même mais un individu qui se retrouve scindé en deux moitiés strictement identiques. Nous n’assisterons donc pas aux manigances de l’un cherchant à prendre la place de l’autre mais au contraire à l’émancipation progressive de celui des deux qui acceptera de renoncer à son identité.

C’est que notre infortuné héros n’est pas seul au monde. Il a une mère, une fiancée, une amante qui ne comprendraient sans doute pas cette situation extraordinaire. Sans compter que pour l’état civil, il ne peut y avoir, surtout en temps de guerre, qu’un seul Pierre de Givreuse. Qu’à cela ne tienne, l’un des deux prend une identité d’emprunt et devient Philippe Freneuse, l’étonnant sosie du gentilhomme breton. Ce faisant il va devoir sacrifier sa place dans le monde, la tendresse de sa famille et l’amour d’une femme.

Pour une bonne part, le récit s’attache donc à nous conter comment notre double héros parvient à surmonter les difficultés liées à son nouvel état. C’est la partie la plus romanesque du roman. C’est assez fleur bleue. Les sentiments sont forts, les réactions violentes et le sens de l’honneur et des conventions toujours présent à l’esprit des protagonistes de l’histoire. Il n’empêche, le désarroi des personnages confrontés à cette situation improbable est assez bien rendu. Cet aspect « psychologique » du roman est entrecoupé de quelques scènes d’action. Rosny Aîné a écrit ce roman en 1916. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver ces passages guerriers dans lesquels Freneuse s’en va courir sus au vilain teuton, dans les airs ou sur la mer. Deux épisodes qui permettent à l’auteur de faire la preuve de son patriotisme mais qui n’apportent strictement rien à l’intrigue. 

Pour la faire avancer, il faudra l’intervention du docteur Savarre. Cet éminent neurologue ami de la famille de Givreuse, s’est mis en tête de percer ce mystère. Il n’épargnera ni son temps, ni ses efforts pour y parvenir, interrogeant les témoins, confrontant ses constatations avec celles de ses confrères et poursuivant ses investigations jusque sur le champ de bataille. Des recherches qui lui permettront d’apporter à cette fameuse énigme une réponse scientifique, transformant ce qui ressemblait à une histoire fantastique en un pur récit de SF. 

Nouvelles Editions Oswald - Fantastique/SF - 1982

11 avril 2019

BALADE POUR UN PERE OUBLIE - JEAN TEULE

41NAAurGp7L

Avant de donner dans la biographie décalée de personnages historiques (Le montespan, Je François Villon, Charly 9, Graine de colère, Héloïse ouille ! et j’en passe), Jean Teulé a commencé par écrire de petits romans foncièrement originaux tant par leur contenu que par leur style. "Balade pour un père oublié" fait partie de ceux-là. On y retrouve sa prédilection pour les personnages borderline et les situations trashi-comiques. Avec son style d’une simplicité désarmante mais d’une efficacité redoutable, sa poésie surréaliste et des allégories qui font penser au Raymond Queneau des « Fleurs bleues » ou au Romain Gary de « Gros-calin », il nous donne un bouquin merveilleusement inclassable.

On y suit le parcours d’un jeune homme qui, devenu père et donc sur le point de s’effacer derrière sa progéniture, se retourne pour voir la trace qu’il a laissée dans la mémoire des femmes qui ont traversées sa vie. Cela nous donne 11 jolis portraits, le sien et celui des femmes en question parmi lesquelles se trouvent sa compagne, une infirmière, une gérontophile, une femme angoissée par le temps qui passe, une prostituée, une photographie dans le fond d’une tasse, une pneumologue collectionneuse de radiographie des poumons, une amie d’enfance complexée, sa défunte mère, une clocharde…

C’est loufdingue, c’est poétique, c’est innovant, c’est vaguement agaçant et pourtant, ça fonctionne, ça émeut et ça fait réfléchir. En un mot : excellent.

Julliard - Pocket - 2016

7 avril 2019

L'ADIEU AUX ARMES - ERNEST HEMINGWAY

C_LAdieu-aux-armes_1433

Engagé volontaire dans l’armée italienne où il officie en qualité d’ambulancier, Frederic Henry a été affecté dans la ville de Gorizia sur le plateau du Bainsizza, Il y fait la rencontre de Catherine Barkley, une jeune infirmière écossaise avec laquelle il entame une relation. D’abord réticents à l’idée de donner de l’importance à leur liaison, les deux amants finissent par s’éprendre profondément l’un de l’autre. Mais la Grande Guerre n’en finit pas de détruire tout ce qu’elle touche… 

C'est de son expérience personnelle qu'Ernest Hemingway a tiré le sujet de son roman. Comme son héros il fut ambulancier sur le front italien pendant la première guerre mondiale. Comme lui il fut blessé aux jambes et passa près de trois mois dans un hôpital de l'arrière avant de retourner au front. Comme lui encore il s'éprit d'une infirmière au cours de sa convalescence à Milan. Tout son récit est donc imprégné des sentiments et sensations éprouvés alors.

Il y exprime un profond pessimisme. Ses personnages, soldats ou civils, sont totalement englués dans le conflit. Ils ont le sentiment que la guerre ne finira jamais et que tout espoir est vain. Incapables de se projeter vers l'avenir, ils refusent de s’engager dans une relation sérieuse et cherchent l’oubli dans l’étourdissement de l’alcool et les amours sans lendemain. Catherine et Frédéric eux-mêmes n’osent croire à la possibilité du bonheur. Ils hésiteront longtemps avant de s’investir dans leur relation et tenter de construire quelque chose de durable. Il y faudra des circonstances particulières et un coup de pouce du destin pour leur permettre de tourner le dos à la guerre. En ce sens, l’adieu aux armes ne désigne donc pas seulement la désertion de Frédéric mais la volonté des deux amants de s’extraire de cet état de guerre perpétuelle afin de retrouver une vie normale. Ils finiront par y parvenir mais ce sera pour constater que le bonheur demeure fugace et que l’homme ne peut échapper à sa condition.

Si le conflit, telle une ombre mortifère, plane en permanence sur la destinée de nos héros, il n’y a finalement que très peu d'épisodes guerriers. Exceptés le bombardement au cours duquel Frederic est blessé ainsi que la retraite sur la Piave après la victoire austro-allemande de Caporetto, on y est presque jamais confronté aux horreurs du front. La mort n’y apparait donc pas sous ses manifestations les plus éprouvantes mais sa stupidité reste entière comme en témoignent certains passages : le sergent abattu pour avoir refusé de servir, un soldat tué par un tir ami, les gradés exécutés sommairement lors de la retraite. Pour le reste c’est surtout la vie à l’arrière qui nous est dépeinte. On y découvre notamment le fonctionnement d’un hôpital militaire et le quotidien d’un cantonnement, l’attente entre deux opérations, les soirées au mess et les nuits au bordel. On y voit aussi le reste du peuple continuer à vivre presque comme avant, les pauvres souffrant des restrictions et les aristocrates buvant du champagne en jouant au billard dans les palaces !

Gallimard - Folio - 2011

31 mars 2019

LE TERRITOIRE HUMAIN - MICHEL JEURY

pp5188-1985

Sous la férule du Grand Etat II, il est bien difficile de trouver sa place. Que vous soyez un pauvre étudiant, la fille du directeur de l’AIRE de Normandie ou un estimé procurateur, tout semble joué d’avance. Seul le Timindia, pays de rêve et de folie où furent jadis déportés les opposants politiques semble en mesure d’offrir quelques perspectives. Mais qui peut l’affirmer avec certitude ? 

L’une des raisons pour lesquelles j’aime autant la science-fiction c’est qu’elle laisse aux écrivains une liberté quasi totale qui leur permet toutes les audaces sans être freinés par les contingences de la réalité et du plausible. Mais, pour que les lecteurs puissent pénétrer leur univers, encore faut-il que les auteurs leur en donne les clés et veillent à leur offrir des repères suffisants pour visualiser leur monde et, pourquoi-pas, s’identifier à leurs personnages. Or, qu’il s’agisse des protagonistes du roman, du décor ou de l’intrigue, je suis resté totalement extérieur à cette histoire de Michel Jeury.

C’est d’abord avec ses personnages que j’ai eu du mal à me familiariser. On ne sait pas grand-chose d’eux, leurs motivations restent obscures et leur comportement est le plus souvent imprévisible voire même proche de la folie. Qu’est-ce qui pousse Jonas Claude à entrer en opposition avec le gouvernement mondial ? Dona Rejren n’est-elle qu’une gosse de riche en rupture avec le système ? Qu’espère Jaël Denak en se réfugiant au Timindia ? Beaucoup de questions, aucune réponse. Bien difficile dans ces conditions d’éprouver de l’empathie à leur égard ou de comprendre leurs raisonnements et leurs aspirations.

Idem pour ce qui est de l’univers. On n’en sait pas assez même si l’on imagine sans trop de mal ce qui a pu conduire notre planète à son et état présent : capitalisme débridé, apocalypse écologique et régime dictatorial. Mais là encore l’auteur ne va pas au fond des choses. Exception faite d'une sorte de poste frontière, on ne visite pas le Timindia, ce territoire mystérieux qui semble être l’enjeu de toutes les convoitises et on ne connaît du reste du monde qu’un château normand ou une résidence marocaine. Il y a bien un long passage qui se déroule dans une sorte de campus où résident les jeunes convoqués au service civique mais les descriptions restent assez confuses et ne permettent pas de visualiser correctement les lieux et leurs occupants. On n’en voit ni le début ni la fin, les gens y errent sans but, se heurtent et se rencontrent sans vraiment se lier nous laissant une impression de vacuité assez désagréable.

Quant à l’intrigue, je ne sais qu'en dire ou en penser. On devine un jeu de pouvoirs entre industriels et politiques, une révolution de palais et quelques intérêts particuliers mais cela reste trop flou pour s'y retrouver. D'une manière générale "Le territoire humain" est un roman abscons et fort étrange dans lequel on a du mal à pénétrer et dont on n’est pas mécontent de sortir. Ce n’était sans doute pas la meilleure porte d’entrée dans l’œuvre de l’auteur et je retenterai sans doute ma chance avec Jeury un autre jour.

Pocket SF - 1985

24 mars 2019

LES QUATRE VERITES - DAVID LODGE

sans-titre

Adrian est un écrivain qui a connu son heure de gloire mais qui s’est depuis longtemps retiré à la campagne avec son épouse Eleanor. Lorsque leur ami Sam, un scénariste à succès, leur demande de l’aider à piéger une journaliste qui vient de l’égratigner dans sa chronique hebdomadaire, le couple n’est guère enthousiaste. Toutefois, au nom de leur vieille amitié, Adrian accepte finalement de se laisser interviewer par la jeune femme dans le but de la « cuisiner » à son insu afin de brosser d’elle, et publier, un portrait satirique. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. 

Ce tout petit roman d’à peine 150 pages est la novellisation d’une pièce de théâtre que l’auteur avait écrite quelques années auparavant. Il en a d’ailleurs conservé la structure puisqu’on y retrouve ses principaux éléments : un seul décor, quatre personnages et tout juste trois petites scènes espacées d’une semaine chacune. Ceci étant et malgré ce contenu relativement épuré, David Lodge parvient à nous trousser une redoutable satire du monde de la création littéraire, des écrivains, des scénaristes et des journalistes qui gravitent autour.

Avec une parfaite virtuosité, il tisse une histoire où passé et présent s’entremêlent pour venir éclairer d’une lumière crue, la vie et les ambitions de trois quinquagénaires liés par une amitié vieille de 30 ans. Il fait resurgir les non-dits et les jalousies, les blessures mal cicatrisées et les petites rancunes. Petit à petit, la foire aux vanités se transforme en un jeu de dupes où tous les protagonistes sont piégés les uns après les autres. Il nous dévoile ainsi, sans avoir l’air d’y toucher, les aspirations et les renoncements de ces auteurs qui oscillent constamment entre le besoin de reconnaissance et l’appât du gain, entre l’épanouissement personnel et les sirènes de la célébrité.

Si vous hésitiez encore à découvrir l’œuvre de David Lodge, je vous conseille de commencer par ce livre. Une petite heure de lecture et vous serrez conquis !

Rivages Poche - 2002

17 mars 2019

UN TOUR EN THAERY - JACK VANCE

pp5124-1981

En Thaery, lorsque vous êtes le cadet d’une maison noble, vous ne pouvez compter que sur vos qualités pour vous faire une place au soleil. Jubal Droad l’a bien compris qui prend très vite le chemin de la capitale pour solliciter un emploi dans l’administration. Hélas là encore les bonnes places sont prises par des citoyens « mieux nés » que lui et Jubal doit se contenter d’un modeste poste au service de la santé et de l’hygiène. Fort heureusement, un litige d’ordre privé qui l’oppose à un grand seigneur va le faire remarquer par Nai le Hever, chef des services secrets thariotes…  

Si l’on fait abstraction du cadre général de l’histoire, ce roman de Jack Vance est incontestablement un roman d’espionnage. Enquêtes, filatures, assassinats, intrigues politiques et commerciales, « Un tour en Thaery » réunit la plupart des ingrédients de ce genre en y ajoutant toutefois une bonne dose d’humour grâce à un personnage particulièrement intéressant. Ambigu, pugnace et malin, Jubal Droad est un héros typiquement vancéen. Il possède l’esprit d’entreprise d’un Gavin Waylock, l’instinct de révolte d’un Gastel Etzwane ou d’un Ghyl Tarvoke, la soif de vengeance de Kirth Gersen et le sens de l’autodérision d’un Magnus Ridolph. Il est en tout cas éminemment sympathique et l’on prend immédiatement son parti d’autant que le sort semble s’acharner contre lui. Mais le bonhomme a de la ressource comme il va le démontrer au cours de multiples aventures qui lui feront parcourir la Thaery en tous sens avant de s’embarquer pour l’étrange pays des waels et même s’envoler vers d’autres planètes.

Ces voyages seront bien sûr l’occasion pour l’auteur de donner corps à quelques-uns de ces univers chatoyants et originaux comme lui seul en a le secret. Il nous balade ainsi dans des contrées rétrogrades ou futuristes faisant alterner la SF pure et dure avec des éléments qu’on pourrait qualifier de steampunk et incorpore bien sûr à son récit une multitude de détails ethnologiques. Parmi ceux-là j’ai particulièrement aimé l’idée de la « Yallow », sorte de service civique que tout jeune adulte doit accomplir durant une année au cours de laquelle il voyage à travers le pays en essayant de se rendre partout utile. Autre jolie trouvaille : le « Juste Châtiment » qui permet à une personne qui s’estime lésée par une autre d’obtenir de la justice un mandat qui l’autorise à lui infliger la punition de son choix ou à la faire exécuter par des agences spécialisées !

Si le ton du roman est globalement léger et humoristique grâce aux relations conflictuelles que Jubal entretient avec son supérieur et aux mauvais tours qu’il joue à ses ennemis, il s’avère néanmoins un peu plus profond et politique qu’il n’y parait. On y trouve en effet, çà et là, une critique discrète mais bien réelle du commerce, de la société de consommation et des multinationales plus fortes que les états. Vance y dénonce aussi un système de castes qui empêche les plus humbles de révéler leurs qualités en réservant ses meilleures places aux fils des familles nobles, montrant à cette occasion une conscience sociale plus vive que je ne l’aurais cru.

Finalement, mon seul petit reproche - ou plutôt mon seul regret - concerne le manque de présence du « grand méchant » de l’histoire. Pendant l’essentiel du roman, Ramus Ymph n’est qu’une ombre après laquelle Jubal passe son temps à courir. On ne le connaît qu’au travers de ses ambitions et de ses agissements et il faut attendre la toute fin de l’histoire pour le rencontrer en chair et en os. Et là encore, la confrontation tourne court puisque ce n’est même pas notre héros qui en vient à bout. Ceci étant, la nature du châtiment qui attend Ramus et la façon méchamment drôle dont Jubal se dédommage de ses déboires valent bien à elles seules cette longue attente.

Pocket SF - 1981

13 mars 2019

DE L'AUTRE CÔTE DU LAC - XAVIER LAPEYROUX

CVT_De-lautre-cote-du-lac_1656

Hermann vit une existence paisible avec son épouse et sa fille dans un quartier résidentiel au bord d’un lac. Sous la chaleur accablante de ce début d’été, sa tranquillité va toutefois être mise à mal par l’irruption de plusieurs évènements, petits ou grands, anodins ou angoissants. Il y a d’abord les problèmes de santé de son épouse et ses conditions de travail dans un foyer pour jeunes qui se dégradent sensiblement. Il y a aussi ces disparitions d’enfants signalées par la police ainsi que la mort accidentelle de l’un des fils de son voisin. Il y a enfin cette apparition, de l’autre côté du lac, d’une maison en tout point semblable à la sienne… 

C’est à un voyage au bout de la folie que Xavier Lapeyroux nous invite dans son troisième roman. Grâce une narration à la première personne du singulier, il nous fait pénétrer les pensées d’un paranoïaque et met à jour les mécanismes mentaux qui vont conduire son personnage toujours plus loin dans son délire. Nous sommes ainsi aux premières loges pour assister à la transformation de celui que l’on prenait pour un homme parfaitement équilibré en un malade mental dangereux pour lui-même et pour ses proches.

L’une des principales qualités du roman repose sur le fait que l’on met un certain temps à comprendre qu’Hermann souffre d’une paranoïa aigüe. Il parait au premier abord absolument normal. Mari prévenant, père aimant et complice d’une ado de seize ans, il exerce en outre la profession d’éducateur social, un boulot qui nécessite d’avoir les pieds sur terre. Il a certes quelques idées fixes concernant la pollution ou les ondes électro magnétiques et couve sans doute un peu trop sa fille mais dans l’ensemble, c’est un père de famille tout à fait raisonnable. Et puis, des raisons de craindre pour la sécurité des siens, il en a quand même quelques-unes quand on sait que les camarades de classe de sa fille disparaissent les uns après les autres.

Bref, a priori rien d’inquiétant dans son comportement et ses attitudes. On est donc légitimement amené à se poser les même questions que lui et l’on ressent la même impression de danger et de mystère : qui a construit une maison identique à la sienne de l’autre côté du lac ? Pourquoi la police perd-elle son temps à l’interroger plutôt que d’enquêter sur les disparitions ? Pourquoi ses relations avec sa femme et sa fille se dégradent-elles ?

Et puis, petit à petit, on se rend compte que quelque chose cloche. L’agacement naturel d’Hermann devant les petits soucis de l’existence se transforme en manie de la persécution. L’idée que le monde se ligue contre lui l’emporte sur toute autre considération et son comportement devient de plus en plus étrange, D’indices en évidences on finit par comprendre qu’il est en train de basculer dans l’irrationnel et tente de se construire une existence parallèle où il pourrait tout contrôler, un peu comme lorsqu'il joue aux échecs, seul contre lui-même.

Avec ce roman psychologique qui se lit comme un thriller, Xavier Lapeyroux nous brosse le portrait d’un homme incapable de faire face aux angoisses du siècle. Son écriture particulièrement fluide permet à l’histoire de se dérouler sur un rythme endiablé qui maintient le lecteur sous tension et le pousse à enquiller les chapitres jusqu’à la conclusion, d’une logique insensée. Une belle découverte.

Anne Carrière - 2019

3 février 2019

L'ATTENTE DE L'AUBE - WILLIAM BOYD

41BnvhTSH-L

Lorsque Lysander Rief, jeune et prometteur acteur britannique contracte une dette envers deux membres de l’ambassade britannique à Vienne, il est loin d’imaginer que sa reconnaissance le conduira à risquer sa vie à plus d’une reprise. Ceci étant, en cette veille de première guerre mondiale, des millions d’hommes et de femmes vont voir leur vie bouleversée par ce conflit meurtrier et inhumain…

La première guerre mondiale est une période historique qui inspire visiblement William Boyd. Elle était au cœur de son second roman, « Comme neige au soleil », qui traitait des répercussions du conflit sur le continent africain. Elle occupait aussi une bonne part des « Nouvelles confessions », roman protéiforme qui demeure à ce jour mon « Boyd » préféré. La voici donc encore au menu de « L’attente de l’aube » qui nous entraîne cette fois dans une sombre histoire d’espionnage de Vienne à Londres en passant par les tranchées françaises et la douce neutralité de la Suisse.

L’histoire commence pourtant d’une façon assez légère dans la Vienne d’avant-guerre en compagnie de Lysander Rief, un sympathique acteur britannique venu dans la capitale austro-hongroise pour consulter un émule de Freud à propos de ses problèmes de zigounette. Le ton est léger et les personnages, un peu caricaturaux, prêtent à rire. William Boyd ne fait pas dans la dentelle et convoque sans vergogne un psychanalyste, un peintre grincheux, une sculptrice nymphomane, un officier austro-hongrois, un joueur de violoncelle, une soubrette... On se retrouve en plein vaudeville avec mari trompé, amant joué, arrestation et fuite rocambolesque...

Avec l'entrée en guerre les choses changent radicalement et l'on passe de la comédie viennoise au pur roman d’espionnage. L’atmosphère se fait plus sombre, on découvre le front avec ses tranchées et son inépuisable cortège d'horreurs, mais c'est surtout à la fin des illusions de Lysander que nous assistons. L’acteur insouciant occupé de ses seuls succès professionnels et sentimentaux se trouve propulsé dans un univers brutal où il lui faut s’endurcir et mettre de côté sentiments et nobles aspirations. Devenu espion pour le compte de sa gracieuse majesté, il sera contraint de suspecter tout le monde, de tendre des pièges et même de recourir à la torture pour démasquer un bien vilain traître.

Et des suspects, il y en a à la pelle ! C’est d’ailleurs l’une des qualités de ce roman que de nous proposer une copieuse brochette de seconds rôles parfaitement croqués dont la plupart feraient un espion ou une Mata-Hari tout à fait convenable. Il y a sa famille d’abord (Lysander est autrichien par sa mère) ainsi que ses anciennes connaissances viennoises dont certaines se rappellent à son bon souvenir avec un à propos quelque peu troublant. Mais il y aussi quantité d’autres individus, militaires, acteurs, gens de la haute, bref pas de quoi s’ennuyer d’autant que William Boyd joue avec ses lecteurs et multiplie les fausses pistes.

Au final, cela nous donne un très bon divertissement qui se lit avec une grande facilité mais qui ne parvient pas, loin s’en faut, à me faire oublier les premiers opus de l’auteur.

Editions du Seuil - 2012

2 février 2019

LES CLANS DE L'ETANG VERT (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 9) - ADAM SAINT-MOORE

FnAnt1368

Avec « Les clans de l’Etang Vert » nous retrouvons Athyr exactement là où nous l’avions laissée au terme du tome précédent. Comme dans celui-ci, l’intrigue se limite aux aventures qu’elle va vivre parmi les différents clans qui prospèrent sur les berges d’un immense lac. L’histoire débute sur l’enlèvement de la jeune héroïne par la tribu des Hurleurs, des humains dégénérés mais parfaitement adaptés à la vie lacustre.

Après une évasion épique et riche de rebondissements (ah, l’attaque de la tortue géante !), Athyr et une alliée de circonstance abordent l’île des Ichtos. Là, elles découvrent une communauté étrange dirigée par le pape Pie XXVIII qui prétend être l’héritier des souverains pontifes et qui s’emploie à faire perdurer une nouvelle cité du Vatican. Et comme souvent, qui dit religion, dit danger. Les deux jeunes femmes vont devoir faire preuve de courage et d’opiniâtreté pour faire échec à la Sainte Inquisition puis repousser une attaque de terribles guerriers cannibales...

Et c’est sur ce volume sans surprise ni intérêt particulier que se conclue très moyennement un cycle lui-même très moyen.

Fleuve Noir Anticipation - 1985

1 février 2019

LES OMBRES DE LA MEGAPOLE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 8) - ADAM SAINT-MOORE

FnAnt1300

« Les ombres de la Mégapole » n’apporte absolument aucune nouveauté au cycle puisqu’il s’agit d’une énième histoire de matriarche qui s’aventure dans les zones d’insécurité et qui y trouve l’amour auprès d’un beau chef de clan non sans avoir été au préalable confrontée à de multiples dangers. Mais, si cette histoire reprend le même canevas que les précédentes, elle s’en distingue néanmoins par la qualité de son héroïne.

Athyr n’a en effet rien à voir avec les guerrières sûre d’elle-même qui composent la plupart des personnages des autres romans. Il s’agit cette fois d’une scientifique, une jeune agronome sans la moindre formation militaire et qui, de ce fait, n’aura pas la moindre prise sur des évènements qu’elle ne fera que subir d’un bout à l’autre de l’histoire. Elle sera néanmoins cause de bien des remous au sein des différentes communautés qu’elle rencontre, déchaînant autour d’elle les passions et le désir.

Pas de mutants cette fois-ci mais des communautés humaines aux caractéristiques très marquées dont celle des « Nez-Rouges » qui perpétuent le folklore et les traditions du monde du cirque ou bien celle des Ailés qui vivent dans les hautes tours d’une ancienne cité d’où ils assurent la surveillance et la police à l’aide d’un équipement qui leur permet de planer d’un building à l’autre.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

31 janvier 2019

L'HERESIARQUE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 7) - ADAM SAINT-MOORE

FnAnt1159

Et encore un androïde et des mutants au menu de « L’hérésiarque ». La comparaison s’arrête toutefois là puisque ce septième tome nous conte la destinée d’Orsa, une matriarche appelée à réformer l’Eglise de l’UMAT.

Jeune milicienne solitaire et mystique Orsa se croit en effet investie d’une croisade par la Grande Mère depuis qu’elle a découvert d’antiques fresques représentant plus vraisemblablement la Vierge Marie. Au hasard d’une mission de reconnaissance avec quelques militaires de la ferme d’état où elle est affectée, elle est capturée par une tribu de mutants qui prospère au milieu des marais. Ces derniers sont dirigés par un androïde qui souhaite régénérer ses protégés en les croisant avec les jeunes matriarches.

Orsa va devoir s’employer pour éviter ce destin de reproductrice et parvenir à s’échapper, non sans avoir volé à l’androïde des armes susceptibles de permettre la réalisation de ses ambitions religieuses. A noter que le personnage d’Ouro, le beau mâle du tome précédent, fait une courte apparition en fin de roman.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

29 janvier 2019

LA VINGT-SIXIEME REINCARNATION (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 5) - ADAM SAINT-MOORE

FnAnt1049

« La vingt-sixième réincarnation » nous dévoile un nouvel aspect du Matriarcat Universel au travers de sa religion d’état. Nous y suivons une expédition de matriarches chargée de découvrir la réincarnation de la défunte Mat Or, cheffe de l’Eglise de l’UMAT, un peu à l’image de ce qui se fait lors du décès du Dalaï Lama.

Alors que le petit groupe de religieuses et de guerrières que dirige Blinska vient de mettre la main sur la jeune élue, il est attaqué par un fort parti de déviants qui parvient à les capturer. Elles se retrouvent prisonnières des adeptes du Grand Revenu, une communauté religieuse dirigée par un chef charismatique et qui prospère dans une ancienne forteresse.

L’histoire se résume alors au récit de la révolte des femmes asservies par ces moines revanchards et lubriques qui leur font subir les derniers outrages. C’est bien sûr l’intrépide Blinska qui prendra la tête de l’insurrection qu’elle fera triompher grâce à ses qualités de stratège. Un opus où, pour la première fois, ce sont les hommes qui ont le mauvais rôle.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

27 janvier 2019

LES JOURS DE LA MONTAGNE BLEUE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 2) - ADAM SAINT MOORE

FnAnt0980-1980

Avec « Les jours de la Montagne Bleue » nous retrouvons Goveka et Kerval. Une dizaine d’années s’est écoulée depuis leur fuite des terres soumises à l’UMAT et leur installation parmi le libre peuple des Eghors. Ils y mènent une vie pastorale épanouissante, mais leur petit paradis montagnard reste sous la menace constante d’une expédition de Matsurs ou des fourberies des Sous-Hums qui infestent les ruines de la mégapole toute proche. Et précisément l’ORGA a décidé d’éradiquer une fois pour toutes le nid de rebelles que représente la vingtaine de clans Eghors. Trente milles matriarches s’apprêtent à investir les villages et tout espoir semble perdu. Le réveil impromptu d’un militaire cryogénisé sept cent ans plus tôt va heureusement changer la donne…

Beaucoup de combats dans cet opus, des duels à l’arme blanche, des embuscades et des affrontements avec les redoutables Nains Chauves et une bataille finale ou l’antique technologie se mesure aux armes rétrogrades des matriarches. Et, si le personnage de Goveka continue de jouer les premiers rôles, celui de Kerval passe en revanche au second plan, remplacé par le sergent Wilcox, ses connaissances du passé et son humour potache.

Fleuve Noir Anrticipation - 1980

20 janvier 2019

POUR UNE POIGNEE D'HELIX POMATIAS - MICHEL PAGEL

FnAnt1628

Chris Malet est un mutant capable de pénétrer au cœur des œuvres romanesques pour en vivre les aventures et, à l’occasion, en changer le déroulement. Il travaille pour le compte des services secrets français qui utilisent son don pour modifier les romans qui porteraient atteinte au prestige de la nation. Sa dernière mission consiste à protéger la gastronomie française en empêchant qu’un personnage ne meure après avoir mangé des escargots de Bourgogne. Un travail qui pourrait être facile si le gourmet en question n’avait élu domicile dans un roman gore... 

Encore un Fleuve Noir Anticipation construit sur une idée foncièrement originale mais dont le traitement laisse malheureusement à désirer. Il y avait pourtant de quoi faire avec ce personnage capable de s’immiscer à l’intérieur des romans et d’en modifier la trame. Avec un tel sujet, on était en droit d’espérer une histoire passionnante qui nous aurait, pourquoi pas, permis de revisiter quelques-unes des grandes œuvres de la littérature.

Hélas, Michel Pagel a choisi une approche purement humoristique et son livre n’est, de bout en bout, qu’une parodie poussive des différents genres de la litt’ pop. Cela commence comme un roman gore, se poursuit à la manière d’un polar avant de se transformer en roman d’espionnage puis en roman d’aventures. Il fait appel à tous les stéréotypes et poncifs de ces genres et convoque sans aucune vergogne les figures traditionnelles du policier désabusé, du serial killer, de la jolie espionne et du savant fou.

Sans doute faut-il voir ce livre comme un hommage appuyé à la littérature populaire. C’est bourré de clins d'œil ou d’images assez sympathiques et les apparitions de l’écrivain en plein milieu de son histoire ainsi que les innombrables notes de bas de page entretiennent une certaine complicité entre l’auteur et son lecteur. Le souci, c’est qu’on ne dépasse jamais le stade de la gentille pochade, celle qui vous arrache un sourire de temps en temps mais qui peine à vous tenir en haleine.

Le livre étant heureusement fort court on parvient tout de même à son terme sans trop s’ennuyer mais il s’agit là d’une bien maigre consolation. Et comme si ce n’était pas suffisant, l’auteur ne nous offre même pas une fin digne de ce nom et conclut son histoire sur la promesse d'une suite qui, bien sûr, ne vit jamais le jour. "Pour une poignée d'Helix Pomatias" rejoint donc la longue liste de ces FNA qui, sans être franchement mauvais, ne contribuent pas à relever le niveau général de la collection. 

Fleuve Noir Anticipation - 1988

13 janvier 2019

LE GRAND MEAULNES - ALAIN-FOURNIER

product_9782070396948_195x320

François Seurel entame sa dernière année à l’école communale de Sainte-Agathe dont son père est le directeur. L’arrivée dans sa classe d’Augustin Meaulnes, un grand adolescent attachant et fantasque va bouleverser son quotidien. Ce dernier l’entraîne en effet dans sa recherche d’une mystérieuse jeune fille entrevue l’espace de quelques heures dans un étrange domaine peuplé d’enfants où il accéda par hasard après s’être perdu.

Oui, je sais, «  Le grand Meaulnes » est un roman qu’on lit habituellement à l’adolescence, le plus souvent dans le cadre scolaire. Mais que voulez-vous, ma culture littéraire a des lacunes que je m’efforce de combler quand bien même la cinquantaine approche dangereusement. J’ai donc essayé de retrouver mon âme d’enfant l’espace de quelques heures pour apprécier au mieux cette histoire de passage à l’âge adulte et je dois dire que je ne suis pas resté insensible au charme qui se dégage de cette œuvre assez surprenante où se mêlent régionalisme, symbolisme et onirisme,

« Le grand Meaulnes" est une formidable illustration de l’enthousiasme juvénile, de la recherche de l’amour et de la quête d’absolu des adolescents. Augustin, Franz et dans une moindre mesure François sont des jeunes gens avec une sensibilité à fleur de peau. Tout leur est motif à exaltation. Une partie de campagne, l’arrivée d’une troupe de saltimbanques, un nouveau venu dans la classe suffisent à enflammer leur imagination et sublimer leur quotidien. Ce faisant, ils cherchent autant à s’amuser et stimuler leur potentiel imaginaire qu’à retarder leur entrée dans le monde adulte dont ils pressentent qu’il leur réserve une vie terne et monotone. Ils préfèrent fantasmer, s’illusionner, se mentir à eux-mêmes plutôt que d’accepter une triste réalité.

Bien sûr, les personnages de Fournier sont excessivement romantiques. Ils sont prêts à toutes les extrémités, tous les sacrifices pour conquérir leur belle ou respecter un serment. Mais, si l’on excepte ce romantisme un peu daté, sont-ils vraiment si différents de nos ados d’aujourd’hui au caractère parfois si entier, si intransigeant ? Pas sûr. En revanche il y a peu de chances que ces derniers se retrouvent dans les aventures de nos trois héros parce que, franchement, à l’époque des réseaux sociaux et de Google Map, ils trouveraient en un tournemain Yvonne, Valentine et le Domaine Mystérieux ! Sans doute était-il beaucoup plus facile de rêver en ces temps où l’on connaissait à peine le pays situé à une journée de marche de chez soi et où l’étranger, le bohémien, représentait à lui seul un monde de mystère et de nouveauté.

Quant à moi, c’est justement cette atmosphère surannée qui m’a plu. Cette plongée dans la France d’il y a un siècle et sa belle évocation de la campagne solognote avec son petit peuple de paysans, d’ouvriers et de boutiquiers est tout à fait charmante. Les chevauchées en carrioles ou à vélo, la vie d’une école communale, les occupations des uns et des autres témoignent avec beaucoup de finesse et de poésie d’une époque désormais bien lointaine.

Gallimard - Folio - 2009          

6 janvier 2019

LE SENTIMENT DU FER - JEAN-PHILIPPE JAWORSKI

moutons198-2017

Enchanté par ma lecture de Janua Vera, je n’ai pas tardé à éprouver l’irrépressible besoin de retourner baguenauder du côté du Vieux Royaume. J’ai d’abord été tenté par l’idée de Gagner la guerre mais devant l’ampleur de la tâche (et son nombre de pages) j’ai jugé plus raisonnable de m’en tenir à ce petit recueil où j’ai retrouvé presque tout ce qui m’avait séduit la première fois et en premier lieu la magnifique écriture de Jean-Philippe Jaworski. D’une finesse et d’une richesse hors pairs, elle contribue pour une très large part au plaisir de la lecture. Précise et délicate, ronflante ou intimiste, recherchée sans être pédante, elle sait aussi se faire changeante comme en témoigne la façon dont elle nous restitue le caractère et la personnalité des différents personnages au travers de leur langage : la gouaille du maître assassin, le parler ampoulé du troubadour, la cautèle du voleur, le ton de commandement d’un seigneur nain… Une parfaite réussite qui accompagne admirablement le récit et facilite grandement notre immersion dans l’univers de l’auteur.

Si la forme est admirable, le fond n’est pas en reste. C’est de guerre que nous parle ici Maître Jaworski. La guerre sous toutes ses facettes avec ses artisans, ses victimes et ses atrocités. Il nous fait tour à tour ressentir l’atmosphère d’urgence et de fébrilité d’une ville qui s’apprête à subir un siège, le dégoût suscité par les méfaits d’une bande de soudards ou l’horreur d’un champ de bataille au petit matin quand voleurs et détrousseurs récoltent leur ignoble provende. Il nous entrainera aussi dans une expédition guerrière à travers montagnes et cavernes puis nous fera assister à un épisode de la lutte souterraine que se livrent sorciers et magiciens. Cinq nouvelles que rapproche un thème commun mais qui demeurent néanmoins très différentes grâce au ton et à la nature des héros qu’il nous propose avec en prime, des chutes toujours inattendues et la plupart du temps fort caustiques.

Le sentiment du fer nous ramène à Ciudalia, capitale de cette république corrompue où s’affrontent condottiere et sénateurs dans un jeu de pouvoir où les assassins jouent les arbitres. Alors que la cité s’attend à être investie d’un jour à l’autre par les troupes du roi Maddan, nous suivons le maître assassin Cuervo Moera chargé de récupérer un manuscrit de grande valeur dans la demeure d’un illustre patricien. Un récit vif et haletant dans lequel un malfrat de la pire espèce se transforme sous nos yeux en héros de légende.

Dans L’elfe et les égorgeurs nous retrouvons l’elfe Annoeth qui faisait déjà une courte apparition dans Janua Vera. Et c’est de nouveau un petit bijou - de drôlerie et de cynisme cette fois – où nous voyons le troubadour aux oreilles pointues se jouer d’un quatuor de reîtres et démontrer ainsi la supériorité de l’intelligence et de la parole sur la force brute. S’il pouvait en aller toujours ainsi !

Profanation se présente sous la forme du procès d’un détrousseur de cadavre. En un long monologue à peine entrecoupé par les questions des prêtres du desséché qui président le tribunal, le prévenu Sabaude Cufart témoigne de la présence de morts vivants dans les contrées ravagées par la guerre. Un récit époustouflant de maîtrise, porté par l’aplomb et la parfaite mauvaise foi de l’ignoble sacripant.

Avec Désolation, Jaworski adresse un gros clin d’œil à Tolkien en mettant en scène des nains et des gobelins qui s’affrontent dans un décor qui ressemble à s’y méprendre à la Moria et à la désolation de Smaug. Mais les similitudes s’arrêtent là. Hjalmberich n’est pas Gimli et le dragon veille ici sur un secret bien plus précieux qu’une montagne d’or…

La troisième hypostase est un récit plus introspectif qui nous dévoile les états d’âme de la magicienne Lusinga séparée de ses compagnons elfes partis guerroyer en Léomance. D’abord purement mélancolique, le récit sombre peu à peu dans la noirceur et dans la peur avec l’apparition des archontes du Desséché.

Les Moutons Electriques - Hélios - 2017

 

30 décembre 2018

PIERROT-LA-GRAVITE - KOTARO ISAKA

51IgmM0L6ZL

A mi-chemin du polar et du roman de mœurs «  Pierrot-la-gravité » est un livre dans lequel on pénètre très rapidement grâce à une enquête passionnante et un trio de détectives pour le moins original. Nous avons là un nettoyeur de tags, le commercial d’une entreprise de génétique et un vieux monsieur atteint d’un cancer en phase terminale. Deux frères et leur père unis par les liens du sang - mais pas que -  qui fédèrent leurs efforts pour démasquer un incendiaire. Le pyromane laisse en effet sur les lieux de ses méfaits des messages que les trois héros tentent de décrypter afin de cerner sa personnalité et décoder son modus operandi. Une enquête qui s’avère riche en surprises et en révélations d’autant qu’un détective privé, une jeune et jolie stalker et un ignoble proxénète viennent brouiller les pistes.

On est tout de suite captivé par les déductions du père et les investigations de ses fils qui nous baladent un peu partout dans Tokyo. Hôtels miteux, immeubles high-tech ou petits restos à ramen, on enchaîne les visites et les rencontres en s’offrant au passage un panorama assez complet de la capitale japonaise. Et c’est un plaisir de suivre Haru et Izumi, d’assister à leurs rencontres et de suivre toutes leurs discussions où ils confrontent leurs idées. Car les deux frangins ne parlent pas seulement de leur enquête. Ils échangent sur quantité d’autres sujets, littéraires, scientifiques ou philosophiques sans oublier bien sûr les préoccupations des jeunes de leur âge : le boulot, les sorties, les filles… »

Le récit est également émaillé de nombreuses incursions dans leur passé qui nous dévoilent quelques épisodes touchants ou cocasses de leur jeunesse ou de celle de leurs parents. Loin d’alourdir l’histoire, ces flash-backs éclairent la personnalité des deux frères et les rapports qui les unissent l’un à l’autre. La famille et tout ce qui gravite autour de cette notion, est en effet au centre du récit. Kotaro Isaka s’interroge sur quantité de sujets qui ont trait aux relations familiales : la part de l’éducation et de l’hérédité, l’amour filial et fraternel, l’inné et l’acquis…. Tout cela donne au roman une dimension un peu plus large que celle d’un simple polar et invite le lecteur à s’interroger et se poser les mêmes questions que les personnages.

Picquier Poche - 2015

5 juillet 2018

LE VILLAGE EVANOUI - BERNARD QUIRINY

416OS1YYPcL

Un beau matin de septembre 2012, la commune de Chatillon-en-Bierre se retrouve coupée du monde. Impossible de s’éloigner de plus de cinq kilomètres du village. Quels que soient la direction ou le chemin empruntés, les voitures tombent en panne et les piétons ont beau marcher des heures, ils ne parviennent nulle part et sont contraints de faire demi-tour. Pire encore, toute communication avec « l’extérieur » s’avère impossible. Le temps passant, les villageois sont contraints de s’organiser pour assurer à tout un chacun le nécessaire vital et éviter ainsi les dissensions entre ceux qui possède quelque chose et ceux qui n’ont plus rien. Mais certains agriculteurs refusent de mettre leurs terres au service de la collectivité et décident de faire sécession… 

J’aime les robinsonnades à peu près autant que les romans post-apocalyptiques. Rien d’étonnant à cela puisque ces deux genres partagent une même idée, celle d’hommes et de femmes obligés de repenser les rapports communautaires à l’aune d’un bouleversement total de leurs habitudes de vie. Avec « Le village évanoui » Bernard Quiriny nous en propose une un peu particulière puisque c’est une ville entière et ses environs qui se trouvent transformés en île : « un vaisseau miniature et arboré, comme une planète en réduction ». Les habitants de Châtillon-en-Bierre ne sont donc pas de nouveaux vendredis échoués sur une île déserte. Ils n’ont quittés ni leur pays ni leurs maisons et continuent de vivre dans leur environnement quotidien. Les changements auxquels ils sont confrontés sont donc moins radicaux ; iIs n’en sont pas moins intéressants.

C’est donc sur un territoire d’une quinzaine de kilomètres carrés et peuplés de deux à trois mille âmes que se déroule l’histoire. Un espace limité mais suffisant pour permettre à l’auteur de dérouler une intrigue avec assez de personnages et un décor conséquent où les faire évoluer. Et cela commence plutôt pas mal avec la description du phénomène d’isolation, de sa découverte aux premières réactions qu’il suscite : incompréhension, émotions diverses et variées, tentatives pour s’échapper… Vient ensuite le temps de la résignation avec pour conséquence la nécessité de s’organiser dans le temps. Les premières difficultés surgissent alors et notamment le problème de l’approvisionnement en produits de première nécessité. L’occasion pour l’auteur de glisser quelques passages amusants dont celui relatif à la baisse des réserves d’alcool dans les troquets ou les scènes de ruées vers le supermarché et les épiceries qui préfigurent mal des relations futures entre les villageois

Et de fait les chatillonais vont devoir s’adapter… et faire des choix. Faut-il changer de régime politique ou conforter dans leur rôle le maire et les gendarmes ? Doit-on mettre en commun toutes les ressources ou laisser fonctionner la loi du marché ?  Deux questions parmi tant d’autres auxquelles il faut répondre urgemment dans ce monde qui semble faire marche arrière, où la « hiérarchie des compétences » se renverse et où ceux qui savent coudre, réparer, cultiver et chasser deviennent les personnes importantes de la communauté. On le voit, il y avait de la matière à exploiter. Malheureusement, on reste beaucoup trop en surface. Il eut fallu approfondir les personnages et prendre le temps de faire évoluer les choses, mais tel n’était sans doute pas le but recherché par l’auteur.

Ici, on est davantage dans la fable moderne qui doit permettre de donner quelques axes de réflexion, de s’interroger sur soi-même et sur la vie que nous menons. Et il est vrai que les pistes que soulève l’auteur sont nombreuses et pertinentes. Cette micro société recentrée sur elle-même redécouvre en effet le mode de vie des anciens. Plus de télé, plus de téléphone ou d’informatique, on se déplace à pied ou en vélo, on redécouvre sa région à défaut de partir en vacances à l’autre bout du monde, on relocalise les activités de production, en un mot on mène un mode de vie plus écolo qu’aucun militant de Greenpeace n’aurait osé l’imaginer.

Tout cela est indéniablement intéressant mais, si ces réflexions constituaient le véritable objectif de l’auteur, pourquoi donc consacrer une si grosse part de son intrigue au personnage de Verviers, au régime pseudo féodal qu’il met en place sur ses terres et à ses relations tumultueuses avec les autres châtillonais ? Pourquoi en faire le personnage principal, je n’ose dire le héros tant le bonhomme est détestable, pour finalement le faire disparaître sans tambour ni trompettes et revenir à un statu quo ante assez décevant ? Quant à la fin, elle est tout aussi frustrante. Le phénomène d’isolement ne sera pas expliqué, ce qui en soi n’est pas bien grave, mais surtout aucun des problèmes de la communauté ne se trouve résolu et l’histoire se conclut sur un nouveau mystère. J’espérais mieux !

Flammarion - J'ai Lu - 2014

30 mai 2018

L'HYDRE DE TSWAMBA SALU - MICHEL HONAKER

fn-avmyst01-1995

De retour d'une expédition au Kenya, Parsifal Crusader sauve in extremis le docteur Urquardt des griffes d'une tribu d'indigènes particulièrement coriaces. Quelques semaines plus tard, à Londres, ce même docteur est assassiné alors qu’il vient de révéler à Parsifal l’existence d’un secret d’état entourant la région de Tswamba Salu et la mystérieuse tribu des hommes-lunes. Le jeune aventurier se lance alors dans une dangereuse enquête qui le conduira de nouveau au cœur de l’Afrique et de ses insondables mystères.

« L’hydre de Tswamba Salu » est le premier des trois volumes que l’auteur a consacré au personnage de Parsifal Crusader. Les tomes 1 et 2 sont parus dans la collection « Aventures et Mystères » du Fleuve Noir tandis que le troisième a eu les honneurs de sa collection SF.

Dans cet opus, Michel Honaker ne perd pas beaucoup de temps à nous présenter son héros. Quelques descriptions et réflexions éparses suffisent néanmoins à dresser un portrait assez complet de ce jeune lord britannique immensément riche qui combat son ennui en risquant sa vie dans les endroits les plus dangereux de la planète. Et oui, les riches ont décidément bien des soucis ! C'est en tout cas un personnage bien sympathique, peut-être un peu anachronique (un gars de la haute qui entretient une histoire d'amour avec une employée, passe encore mais avec une demoiselle Massaï, c'est assez improbable en ce début de 20ème siècle !). Plus classiques en revanche, "verniens" même, le fidèle valet qui le seconde toujours très opportunément et un grand méchant proprement ignoble avec œil de verre et tout et tout…

Tous vont trouver à employer leur énergie au cours d’aventures trépidantes qui les conduiront des très sélects clubs londoniens aux prisons tanzaniennes. Ils visiteront des égouts et des morgues, escaladeront des toits et voyageront en voilier ou en montgolfière. Mais c’est bien au cœur de l’Afrique, sur ce continent qui commence tout juste à livrer à l’occident quelques-uns de ses secrets immémoriaux que se déroule l’essentiel de l’histoire. Et là, l’auteur ne se contente pas de nous refaire le coup de l’antique civilisation perdue au fin fond de la forêt équatoriale. Il innove même carrément en remplaçant la traditionnelle déesse immortelle par une entité plus étonnante et ô combien plus dangereuse ainsi qu’en adossant à son intrigue africaine une sombre histoire de trafic d'influence et de marchands d’armes.

Tout cela nous donne un chouette roman d'aventures comme il s'en faisait dans les années trente ou quarante chez Tallandier et Ferenczy mais avec un ton beaucoup plus jeune et dynamique.

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1995

29 avril 2018

KAFKA A PARIS - XAVIER MAUMEJEAN

CVT_Kafka-a-Paris_284

Xavier Mauméjean a tiré l’idée de son roman du séjour que Franz Kafka et son ami Max Brod effectuèrent à Paris au printemps 1911. Pour originale qu’elle soit, cette idée de prendre pour personnages les deux écrivains pragois n’apporte cependant pas une grande plus-value à l’histoire. Hormis les premiers chapitres qui se déroulent à Prague et nous montrent un Kafka en conflit avec son père ou bien le caractère soupe au lait de Brod, le roman eut tout aussi bien fonctionné avec d’autres personnalités, d’autres touristes venus visiter la capitale française. Il s’agit avant tout d’une réjouissante et instructive plongée dans le Paris de l’époque, sans véritable histoire derrière l’idée de départ.

L’auteur a néanmoins travaillé son sujet. Son récit est truffé d’informations et d’anecdotes, des tarifs en vigueur dans les maisons closes aux menus que l’on trouvait dans les brasseries et il fait revivre avec beaucoup de réalisme et de précision la ville d’avant-guerre - la première - et ses habitants. Nous redécouvrons ainsi les petits métiers d’alors et visitons des lieux aujourd’hui disparus ou transformés : les entrailles du « Bon Marché », le cinéma Pathé installé dans le cirque d’hiver, la Ruche où les artistes survivent misérablement, le ratodrome où l’on parie sur la rapidité d’un chien à venir à bout d’une meute de rats…

On croise aussi quantité d’individus surprenants, fictifs ou réels. Parmi ceux-là, signalons un Fernand Léger complètement barré, un Appollinaire suspecté d’avoir volé la Joconde (véridique), l’artiste de cabaret Evatima Tardo et bien d’autres. Des personnages et des célébrités qui feront vivre à nos deux sympathiques tchèques des aventures particulièrement cocasses mais toujours instructives.

Alors, en dépit d’une intrigue quasi inexistante, « Kafka à Paris » nous fait passer un moment fort agréable grâce au style de l’auteur, plein de finesse, d’érudition et de simplicité qui sont, à n’en pas douter, la marque d’un grand écrivain.

Alma Editeur - 2015

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité