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17 janvier 2021

UN BON CRU - PETER MAYLE

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Le sort semble s'acharner sur le pauvre Max Skinner. Criblé de dettes et licencié sans la moindre indemnité, il apprend le même jour le décès de son oncle. Seule consolation, le vieil homme lui lègue un petit domaine viticole dans le sud de la France. Plus rien ne le retenant dans son pays, le jeune homme part prendre possession de son héritage avec l'espoir de relancer l'exploitation et de s'installer au soleil. Il ignore alors qu'il aura fort à faire. Le vin de sa propriété est une abominable piquette, son métayer ne semble pas ravi de l'accueillir et sa jolie notaire lui fait des cachotteries. Il pourra heureusement compter sur la bonne humeur de son ami Charlie et sur l'aide inattendue d'une mystérieuse cousine. Et puis il y a Fanny, la ravissante serveuse du restaurant du village...

J'avais jusqu'à présent volontairement dédaigné les romans de cet anglais lubéronophile qui me semblaient écrits pour ses compatriotes, curieux de découvrir la Provence et les petits travers des méridionaux. En cela je ne m'étais qu'à moitié trompé. Malgré sa connaissance de la France, Peter Mayle ne parvient pas à s'affranchir des préventions des britanniques à l'égard des grenouilles. Il nous dépeint comme d'impénitents séducteurs, esclaves de leur estomac et un tantinet paresseux ou bien comme de dangereux chauffards doublés d'affreux exhibitionnistes dont l'haleine empeste l'ail. Quant à notre pays, il prend sous sa plume des allures de tiers monde. Une contrée où il fait certes beau et chaud mais dans lequel il faut renoncer au confort de la vie moderne.

On devine cependant que ces petites piques tiennent plus de l'amicale taquinerie que de la vraie moquerie. A l'instar de son personnage, Peter Mayle semble réellement amoureux de la Provence et du french way of life. Il ne se lasse pas de décrire les mille et un petits riens qui rendent la vie si douce : les marchés et ses myriades de saveurs, les flons-flons et les accordéons de la fête du village, les repas pantagruéliques et, forcément, les inévitables parties de boules.

C'est d'ailleurs la peinture de cette atmosphère qui constitue le principal, pour ne pas dire le seul, attrait du roman. La minuscule intrigue sur les méandres du négoce viticole et les arsouilles qui sévissent dans le milieu n'est que prétexte à une timide immersion dans le monde du vin tandis que ses personnages, s'ils sont joliment croqués, n'en restent pas moins assez convenus.

Cette histoire pleine de bonhomie constitue donc un gentil divertissement qui égayera vos vacances. Celles d'hiver, lorsque la pluie et le ciel gris vous donnerons des envies de soleil, de cigale et de pastis.

Nil Editions - Point Romans - 2006

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10 janvier 2021

A L'IMAGE DU DRAGON - SERGE BRUSSOLO

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Ils sont dix. Dix jeunes chevaliers-quêteurs envoyés aux confins du désert immense. Leur but : traquer le peuple des caméléons et tuer autant d’ennemis qu’il est possible. Le temps leur est compté. La saison des pluies approche et le peuple des hydrophobes auquel ils appartiennent ne peut vivre sans les rayons du soleil dont ils se nourrissent, sans leur chaleur régénératrice. Pire encore, la moindre goutte d’eau, la plus petite parcelle d’humidité provoque sur leurs corps des boursouflures qui les conduisent inexorablement à la mort. Déjà le vent se lève, annonciateur des premiers nuages. Comme ses neuf compagnons, comme tous ceux qui les ont précédés années après années, Nath sait que leur mission est une mission sans retour. Saura-t-il la mener à bien ? 

Malgré une production pantagruélique couvrant à peu près tous les genres de la littérature, Serge Brussolo ne s’est que rarement aventuré en terre de Fantasy. A ma connaissance il n’a publié que quatre ou cinq romans du genre, la plupart édités dans la collection Anticipation du Fleuve Noir (je ne compte pas les rééditions ou les éditions jeunesse). Parmi ceux-ci, « A l’image du dragon » n’est pas un pur exemple de « médiéval fantastique » puisque de nombreux indices laissent supposer que l’origine du monde dont il est question serait à chercher du côté de la science et non de la magie ! Ceci étant il est indéniablement à classer parmi ce type de récits avec sa quête, ses combats à l’arme blanche et l’ambiance fantastique dans laquelle il baigne.

Ceci étant précisé, que dire de cette histoire ? Qu’elle ne nous laisse pas un instant de répit ? C’est vrai. Qu’elle est bien sombre et bien angoissante ? C’est encore vrai. Qu’on y trouve des idées génialement folles ? Normal, c’est du Brusssolo ! Mais ici, le cocktail est parfait. La montée en puissance des périls que ses personnages doivent affronter est parfaitement gérée, tout comme le cheminement intérieur du jeune héros qui, peu à peu, en vient à douter du bienfondé de sa mission.

Au gré des rencontres et des interrogations qu’elles suscitent, Nath remet en cause les principes et les dogmes qu’on lui a inculqués et finit par se persuader que, dans le conflit qui oppose les hydrophobes aux caméléons, il n’est pas forcément dans le bon camp. Boa, son écuyère, n’a pas les mêmes scrupules. Totalement embrigadée, elle voit aussi dans leur quête l’occasion de se hisser à un statut auquel ses origines ne lui permettaient pas de prétendre. La relation entre le chevalier-quêteur et sa servante est donc au cœur du récit. Au fur et à mesure que Nath perd la foi, Boa s’évertue à le maintenir dans le droit chemin, allant même jusqu’à le malmener et prendre sa place, un peu comme si Sancho Pança avait pris l’ascendant sur Don Quichotte.

Pour le reste, l’auteur à recours à un processus narratif qui lui est coutumier et qu’on retrouvera presque à l’identique dans les aventures de Shagan et Junia à savoir de longs flash-backs qui nous dévoilent l’histoire des deux héros et les contours de la société où ils évoluent. Il y a aussi quantité de détails qui viennent égayer le tout et apporter de l’épaisseur à l’ensemble. Surtout, il y a cette idée force autour de laquelle s’articule tout le roman : une planète marquée par deux saisons aux climats extrêmes, l’une sèche où le soleil triomphant transforme la planète en un vaste désert et l’autre humide pendant laquelle la végétation reprend ses droits grâce à des pluies abondantes. Une planète, deux saisons, deux peuples que tout oppose et qui s’affrontent. Une idée qu’il triture, malaxe et étend à l’infini avec des trouvailles démentielles comme ces villes peuplées de statues parmi lesquelles les caméléons se dissimulent pendant leur hibernation, les femmes éponges dont le corps absorbent l’humidité, les pierres-miroirs dont l’éclat amplifie l’éclat du soleil et tant d’autres…

Un excellent opus - le deuxième publié au Fleuve - dont on regrettera toutefois la fin abrupte qui nous laisse dans l’expectative la plus complète…

Fleuve Noir Anticipation - 1982

6 janvier 2021

KALOS KAGATHOS - DJORDJE MILOSLAVJEVIC & MILAN JOVANOVIC

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Kalos Kagathos est une BD originale à plus d’un titre. En premier lieu parce qu’il s’agit d’une BD serbe ce qui, encore aujourd’hui, n’est pas si fréquent. Alors imaginez à l’époque où elle fut écrite, c’est-à-dire il y a près de trente ans, alors que la Serbie était embourbée dans la guerre sui suivit l’éclatement de la Yougoslavie.

En second lieu par son sujet. Il s’agit d’une BD historique (et un peu plus que cela…) dont l’action se situe à une époque et en un lieu extrêmement intéressants. Constantinople,  529 after J-C. Une époque et un lieu charnière. L’antiquité vient tout juste de laisser la place à un moyen-âge balbutiant et la capitale de l’empire byzantin constitue, plus que jamais, la porte de l’orient.

Et il s’en passe des choses dans la vaste cité ! L’empereur désire ouvrir la voie au commerce avec l’extrême orient et convoite de secret de la fabrication de la soie. Il charge un trio d’aventuriers - un chevalier, un marchand et un cartographe - d’accomplir la redoutable mission. Les trois héros vont ainsi se retrouver mêlés à un jeu de pouvoir où la religion, le commerce et la politique sont étroitement liés. Ils devront surmonter maints dangers et composer avec les secrets que chacun d’eux dissimule tout en tentant de réaliser leurs propres ambitions.

L’histoire ne manque ni d’action ni de surprises. Il y a des complots et des voyages. Il y la mer et le désert, des palais et des souterrains. On y croise des savants érudits, des lépreux, des voleurs. On s’y bat, on s’y trahit, on s’y tue... J’ai d’abord éprouvé un peu de mal à suivre les différents fils de l’intrigue. Le nombre important de personnages, surtout dans trente premières pages, engendre une certaine confusion. Mais passé ce cap, les choses se mettent tranquillement en place et le rythme devient plus tranquille. Le récit gagne en lisibilité et le lecteur peut se concentrer à la fois sur l’histoire et sur les dessins.

Le graphisme justement, en surprendra plus d’un. Hormis les sept ou huit pages du prologue et de l’épilogue (que je soupçonne l’auteur d’avoir ajoutées après coup pour les besoins de la présente édition), le style n’a rien à voir avec celui de la couverture. Il est beaucoup plus brut, avec des couleurs vives et peu nuancées. Cela donne une impression de force et d'immédiateté, un peu comme s'il s'agissait de croquis pris sur le vif.

Les choses changent avec la deuxième partie. Le trait se raffermit et se fait plus doux. Les dessins deviennent plus classiques mais gagnent en précision. On voit que du temps s'est écoulé entre les deux BD (le présent volume est une intégrale) et que le travail de Milan Jovanovic a considérablement évolué. Il faudrait que je lise un ouvrage plus récent pour voir ce qu'il en est désormais. Pourquoi pas « La bête noire » publié par ces même éditions Inukshuk qui ont réalisé avec « Kalos Kagathos » un remarquable travail.

Inukshuk - 2019  

 

20 décembre 2020

37 MINUTES POUR SURVIVRE - P-J HERAULT

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Au moment d'entamer le cinquième volet de son célèbre cycle, P. J. Herault a sans doute pensé qu'il était temps de relancer une intrigue qui menaçait de sombrer dans la monotonie et les redites. Alors quoi de mieux pour réveiller notre intérêt que de renvoyer ses deux héros dans ce système solaire qu'ils avaient dû quitter en catastrophe alors que la guerre entre la Terre et ses colonies martiennes était sur le point de débuter.

Si l'intention est louable, le résultat n'est en revanche guère probant. Passé un chapitre introductif qui nous remet dans le bain et quelques autres qui traitent du voyage vers leur planète d'origine, les aventures de Cal et Giuse vont se limiter à des rencontres avec différents peuplements humains et aux inévitables conflits qui vont les opposer aux uns et aux autres. Ils devront notamment triompher d’une tribu retournée au stade néolithique puis s’attaquer aux descendants de terriens qui continuent de vivre dans la crainte d’une attaque de leurs ennemis martiens.

Mais pas d’inquiétude. La technologie qu’ils ont héritée des Lloys et l’appui de leurs nombreux androïdes leur permettront de se tirer d’affaire beaucoup plus aisément que ne le laisse supposer le titre du roman.Tout cela nous donne au final un opus assez décevant d’où n’émerge qu’une idée digne d’intérêt à propos des rapports que Cal et Giuse entretiennent avec leur androïdes et de l’humanité que ces derniers semblent acquérir à leur contact. Alors, la suite au prochain épisode !

Fleuve Noir Anticipation - 1979

19 novembre 2020

LA CAGE AUX CONS - ROBIN RECHT & MATTHIEU ANGOTTI

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Ah le con, mais quel con alors ! Faut vraiment être con pour se bourrer la gueule dans un troquet quand on a des biftons pleins les poches et se vanter par-dessus le marché d’en avoir encore plus à la maison. Un con pareil ça devrait pas exister. Mais puisqu’il est là, à portée de main, avec tout son pognon en petites coupures, on aurait vraiment tort de laisser passer une occase pareille. Sûr ! Mais à con, con et demi… 

Ayant lu il y a quelques années « Le jardin du bossu » de Frantz Bartelt », j’étais curieux de voir ce que l’adaptation BD de ce roman pouvait donner, amputée de la chouette écriture de l’auteur.

Premier constat, le ton de l’histoire et son atmosphère, à la fois dramatique et irrésistiblement drôle, sont bien restitués.  Les dialogues soulignent comme il faut la confrontation entre le geôlier et son prisonnier ainsi que le petit jeu de dupes auquel ils se livrent, chacun pensant maîtriser la situation et berner l’autre. Le scénario respecte parfaitement le déroulé de l’intrigue avec tous ses détails et ses rebondissements. Les moments de tension et les passages plus introspectifs sont toujours là bref, le passage de la parole à l’image s’est plutôt bien déroulé.

Côté graphisme, pas de défauts majeurs à signaler, exceptée peut-être la physionomie du héros. Je ne me souviens plus très bien du physique que Bartelt a donné à ses personnages ou de la façon dont je me les étais représentés. Ici, j’ai trouvé la trombine du « con » assez caricaturale. Avec ses bacchantes et ses joues mal rasées, son torse velu et son marcel, il donne une image péjorative et très cliché du populo pas très soigné de sa personne. Fallait-il en passer par là pour croquer un paumé un peu alcoolo sur les bords ?

Cette petite réserve mise à part, le dessin de Recht fait le job. L’option pour le noir et blanc est en phase avec l’ambiance et s’accorde bien au décor et au climat. Les personnages sont crédibles même si je regrette que le regard de Cageot-Dinguet  soit constamment dissimulé derrière ses lunettes, nous empêchant de visualiser ses expressions. La mise en page est quant à elle assez classique avec un découpage en trois bandeaux horizontaux de tailles égales. Recht s’autorise toutefois quelques pleines pages, voire même des doubles quand les besoins de l’intrigue le requièrent ou pour insister sur l’état d’esprit du héros à l’aide de gros plans.

Tout cela nous donne une BD qui se dévore en un rien de temps et laisse tout à la fois une belle impression  de légèreté et de profondeur.

Delcourt - 2020

 

 

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15 novembre 2020

JUSQU'A PLUS SOIF - JEAN AMILA

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C'est pleine de bonne volonté que Marie-Anne Augereau prend son poste d'institutrice dans le village de Nomville au coeur du bocage normand. La jeune femme va toutefois vite déchanter en constatant que toute la région vit de la distillation clandestine et que ses habitants, y compris les enfants, consomment sans modération l'alcool local.

Bien que sorti en "Série Noire" et réédité en "Carré Noir" puis en "Folio Policier", le meilleur atout de "Jusqu'à plus soif" n'est pas son côté polar. Cette histoire de trafic de gnôle et de règlement de compte entre bandes rivales est en effet un peu trop simpliste même si la confrontation entre les malfrats parisiens et les bouilleurs de cru normands ne manque pas de sel. Les convois nocturnes pour acheminer l'alcool sur Paris, les échauffourées avec la maréchaussée, toute cette ambiance "Incorruptibles" est bien sympathique mais ne suffit pas à elle seule à passionner le lecteur.

Ce qui en revanche, retient son attention, c’est la vision de cette Normandie des années soixante encore largement rurale, où la pomme est reine et la goutte coule à flot. Dans ce bocage parsemée de petites fermes familiales qui font vivre la plupart des habitants, dans les auberges de villages ou à la communale, on y croise de beaux spécimens de normands bas de plafond, prisonniers de leurs habitudes et méfiant envers tout ce qui vient de Paris. Certains sont même admirablement croqués tels la mère Dhozier, directrice d’école qui se venge d’une vie ratée sur les jeunes bachelières que lui envoie Paris ou le père Hulin, ce brave bonhomme de curé victime de son amour immodéré du calva. Il y a aussi un député local parfaitement démago, un rusé aubergiste, un douanier dépassé par les évènements et quelques autres pas piqués des vers.

Mais on retiendra surtout le couple improbable que forment Marie-Anne et Pierrot. La jeune institutrice et le trafiquant. Elle, venue de la capitale pour prêcher la bonne parole académique. Lui, le jeune ambitieux décidé à faire son trou dans le milieu des trafiquants d'alcool. Deux personnes que tout oppose mais que rapprochent une même franchise et une même compassion envers autrui.

Gallimard - Folio Policier - 2005

25 octobre 2020

CALL-BOY - ISHIDA IRA

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"J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". J’ignore si Ishida Ira connait Paul Nizan et s’il a jamais lu « Aden Arabie » et son célèbre incipit. Ce qui est sûr en revanche, c’est que ces paroles, il les met presque à l’identique dans la bouche de son héros : « Vingt ans. Existe-il un âge plus désastreux que celui-là ? ».

Ryô a donc vingt ans et il traîne une mélancolie qui le coupe progressivement de ses semblables. Il ne met plus les pieds à l’université depuis belle lurette et se contente d’occuper ses soirées en travaillant comme barman.  Il n’a aucun projet, guère d’envies et semble blasé de tout et de tous. Une rencontre inattendue avec la directrice d’une agence d’escort boy va changer sa vie.

En acceptant de se prostituer Ryô va multiplier les rencontres avec des femmes de tous âges et de toutes conditions. En leur compagnie, il va découvrir que la quête du plaisir peut prendre les aspects les plus divers et que ce que l’on nomme perversité ou déviance peuvent n’être que des chemins détournés pour accéder au bonheur. Il comprendra aussi que son spleen et son isolement proviennent de son incapacité à s’intégrer dans une société qui ne lui convient pas. Sa nouvelle profession, pour particulière qu’elle soit, va lui permettre d’échapper au moule qui lui était promis et de se créer son propre destin.

Jamais scabreux malgré la crudité de scènes très explicites, « Call-boy » est un roman maîtrisé de bout en bout. Loin de se limiter à une succession de rencontres tarifées - amusantes, surprenantes, dérangeantes - il nous montre comment le jeune homme s’affranchit des conventions pour se forger sa propre ligne de conduite. Chaque femme est une nouvelle leçon de vie, chaque contrat un palier qui lui ouvre de nouvelles perspectives.

Finalement, le seul reproche que j’adresserai à l’auteur est de donner une vision idyllique de la prostitution. Ryô enchaîne les belles rencontres. Il évolue dans un univers luxueux et policé et tire beaucoup de satisfaction de son travail. Il ne faudrait pourtant pas oublier que, pour la presque totalité de ceux qui la subisse, les choses sont loin d’être aussi agréables.

Philippe Picquier - 2016

18 octobre 2020

ENDER WIGGIN, PREMIERES RENCONTRES - ORSON SCOTT CARD

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Recueil hétérogène composés de textes écrits avant ou après « La stratégie Ender », dans lesquels le célèbre héros de Card apparait à divers moment de son existence ou cède sa place à des personnages secondaires.

« Le petit polonais » met en scène le père d’Ender Wiggin dans une Pologne réfractaire à la politique de l’Hégémonie en matière de contrôle des naissances. Le petit Jean-Paul n’a que cinq ans lorsque les enquêteurs de la Flotte Internationale viennent évaluer ses ainés. Sa précocité et son éveil attirent l’attention des envoyés gouvernementaux avec lesquels il va livrer une véritable joute diplomatique pour obtenir divers avantages pour lui et sa famille en échange de vagues promesses de services futurs. Une nouvelle qui prouve qu’en matière d’intelligence et d’esprit d’initiative, Ender a de qui tenir. Elle nous montre aussi que la Terre vit alors sous un régime de lois d’exceptions et que la planète est tout entière tournée vers l’effort de guerre et le repérage des petits génies.

Dans « L’étudiant » nous retrouvons Jean-Paul une quinzaine d’années plus tard. Le petit polonais est désormais un américain d’une vingtaine d’années qui poursuit de brillantes études. Il a réussi à échapper à l’Ecole de Guerre mais la Flotte Internationale n’a pas renoncé à utiliser ses capacités hors normes. Alors qu’il hésite encore sur sa spécialisation il tombe amoureux de son professeur, une jeune et talentueuse doctorante. Jolie petite romance à peine obscurcie par la menace diffuse que l’Hégémonie laisse planer sur la destinée des deux jeunes gens et qui donne à penser que cette rencontre – et donc la conception de la fratrie Wiggin – ne fut peut-être pas aussi fortuite qu’il y parait.

« La stratégie Ender », longue nouvelle de plus de soixante pages, constitue la première mouture du roman du même nom. Cette version accélérée de l’histoire du jeune Wiggin n’apportera pas grand-chose à ceux qui ont déjà lu le chef-d’œuvre de Card. En revanche, elle privera les autres d’un grand moment de lecture en leur révélant l’essentiel de l’intrigue sans leur donner toutes les clés de la personnalité de son jeune héros. La dimension psychologique y est en effet beaucoup moins poussée. Pas un mot sur ses relations compliquées avec son frère et sa sœur ou sur la rivalité parfois brutale qui l’oppose à ses condisciples. Le back-ground y est aussi assez mince et si certains personnages de premier plan sont bien présents (Graff, Anderson, Rackham) leurs rôles et leur influence sur Ender ne sont eux, que survolés.

Finalement la meilleure nouvelle du recueil, quoique à priori la plus anodine, est la dernière. « Conseiller financier » est un petit bijou d’humour qui nous propose de suivre un Ender de tout juste vingt ans aux prises avec un percepteur bien décidé à s’accaparer l’immense fortune du jeune homme. Outre qu’il nous révèle comment Ender a embrassé le métier de porte-parole des morts et nous fait vivre sa rencontre avec Jane, l’entité informatique qui l’accompagnera dans ses futurs voyages, ce texte au ton léger nous fait entrevoir ce que fut la vie du xénocide pendant la période qui précède son arrivée sur la planète Lusitania.

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2007

11 octobre 2020

MON VIEUX - THIERRY JONQUET

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Thierry Jonquet a l’habitude de nous confronter aux aspects les moins reluisants de notre société. Dans « Mon vieux » il nous parle de nos anciens et du sort, pas très enviable, qui leur est réservé dans les EHPAD, maisons de retraite et autres institutions spécialisées. Situant son roman pendant la canicule de l’été 2003 et l’hécatombe de séniors qui l’accompagna, il met en scène un monsieur tout le monde qui, ne pouvant faire face aux frais d’hospitalisation de son père, songe à commettre l’irréparable.

Sur cette intrigue très légère qui n’occupe finalement que fort peu de pages dans le roman, l’auteur s’emploie surtout à dépeindre la France d’en bas et ces millions de personnes que le moindre incident de parcours - un licenciement, une rupture, la maladie - précipite dans la précarité ou l’indigence. Qu’il s’agisse de Daniel, leRMIste qui perd son logement et sombre dans la délinquance, de Mathurin, l’assistant de vie qui trouve réconfort dans l’alcool ou d’Alain, le scénariste accablé de dettes qui doit choisir entre les soins de sa fille et ceux de son père, tous ses personnages vivent sur le fil et se débattent jour après jours avec les problèmes d’argent, de logement, de santé. Des français très moyens sur lesquels plane le spectre de la clochardisation incarné par Nanard et sa bande d’éclopés dont les tribulations alcoolisées apportent au roman une note d’humour triste et décalé.

 « Mon vieux » nous propose aussi une chouette plongée dans le quartier de Belleville si cher à l’auteur, véritable creuset social et culturel où se succédèrent les différentes vagues d’immigration, européenne, maghrébine puis asiatique. Un quartier en pleine mutation où les lofts à bobos remplacent les pâtés de maisons insalubres, parfait exemple de cette société de l’argent roi où les possédants écrasent les démunis et les chassent vers des banlieues toujours plus lointaines.

Editions du seuil - Points - 2005

29 juillet 2020

LES MAL LUNES - PIERRE SINIAC

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Amateur de polars bien formatés avec crime, enquête et révélations, passez votre chemin ! Ce roman n’est assurément pas pour vous. Avec ses « Mal lunés », Pierre Siniac semble avant tout s’être fait plaisir en s’offrant une bonne grosse pochade où le burlesque s’efface progressivement au profit du tragique. Il ne s’encombre donc pas d’une intrigue bien fouillée et son scénario est des plus simples.

Un trio d’affreux composé d’un ancien milicien, d’un mercenaire sur le retour et d’un flic réformé végète dans un bidonville près d’une cité balnéaire de la côte atlantique. Alors qu’ils hésitent à cambrioler une bijouterie, leur attention est attirée par une pièce de théâtre qui se joue non loin de là et qui va cristalliser leur rancœur envers une société dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Il faut dire que le sujet du spectacle a de quoi les démanger. Il s’agit d’une critique virulente des dictatures et de leurs méthodes musclées, torture et répression. Se sentant personnellement visés à raison de leurs parcours respectifs, Delaurier, Hennoque et Susquin s’invitent à l’une des répétitions à laquelle a été conviée une partie de l’intelligentsia parisienne.

Passés les premiers chapitres destinés à familiariser le lecteur avec l’ensemble des protagonistes, l’histoire se transforme très vite en un huis-clos halluciné au cours duquel nos trois anti-héros vont laisser parler leurs mauvais penchants. La confrontation est radicale, en paroles comme en actes. D’un côté la France d’en bas, l’avenir bouché, l’argot. De l’autre des bobos satisfait d’eux-mêmes, beaux esprits amateurs de petits fours, langage châtié et parole acérée. Quant aux acteurs, pris entre deux feux, ils vont faire les frais de l’histoire, contraints de jouer pour de vrai les scènes de torture de la pièce de théâtre avec gégène, baignoire et le toutim.

Et finalement, en dépit de leur bêtise et de leur méchanceté, on se surprend à éprouver un peu de sympathie pour ces trois brutes pathétiques. Le contraste avec les « intellectuels parisiens » y est sans doute pour beaucoup mais il y a aussi un petit quelque chose de poignant dans leur chant du cygne… avant qu’il ne tourne au carnage. En bref, « Les mal lunés » c’est corrosif, c’est méchant, c’est violent mais, dussé-je passer pour un sadique, je dois avouer que je me suis régalé !

Rivages Noir - 1995

25 juillet 2020

BARBARELLA UNE SPACE ODDITY - VERONIQUE BERGEN

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Avant toutes choses, je dois avouer que je n’ai jamais lu les bandes-dessinées de Jean-Claude Forest. Je ne connais donc Barbarella qu’à travers le film de Roger Vadim et son héroïne a pour moi les traits - et la plastique - de Jane Fonda. Je comptais donc sur cet ouvrage de Véronique Bergen pour faire plus ample connaissance avec la célèbre aventurière interplanétaire, avec les mondes qu’elle visite et la faune et la flore extra-terrestre qu’elle y rencontre.

Et de ce point de vue je n’ai pas été déçu. Véronique Bergen nous offre une étude extrêmement fouillée des quatre albums qui composent ses aventures. Des aventures qu’elle explore sous presque tous les aspects : scientifique, psychologique, politique, écologique, symbolique… C’est réellement passionnant mais j’ai tout de même éprouvé un peu de mal à la suivre dans tous ses développements. Je n’étais sans doute pas suffisamment armé pour apprécier son analyse à sa juste valeur et j’ai souvent eu l’impression de lire une communication universitaire et non un ouvrage destiné à un public plus large. Les termes techniques, les concepts compliqués, les tournures alambiquées, tout concoure à rebuter le simple amateur de SF ou de BD qui souhaite juste approfondir un peu ses lectures. J’ai également beaucoup regretté que l’ouvrage ne soit  illustré d’aucuns dessins ni d’aucunes photos. Parti pris artistique ou simple question de droits, cette absence est véritablement regrettable s’agissant d’un livre consacré à une héroïne picturale et ajoute encore à l’aridité de l’ensemble.

Quoiqu’il en soit, le livre de Véronique Bergen m’a dévoilé une héroïne fascinante, éprise de liberté, luttant contre tout ce qui aliène et rejetant tous les pouvoirs, exercés ou subis. Une héroïne que je vais m’empresser de retrouver avec l’une quelconque de ses aventures aux titres évocateurs : « Les colères du mange-minutes », « Le semble Lune », « Le miroirs aux tempêtes »…

Les Impressions Nouvelles - La Fabrique des Héros - 2020

22 juillet 2020

CHASSE COSMIQUE - LYON SPRAGUE DE CAMP

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Le lecteur qui se contenterait de lire le premier chapitre de ce livre pourrait facilement se croire en présence d’un roman noir très basique puisqu’il y est question d’un privé engagé par un richissime homme d’affaire pour retrouver sa fille qui vient de fuguer en compagnie d’un bellâtre possiblement coureur de dot. Oui mais voilà, Victor Hasselborg n’est pas Humphrey Bogart et la planète Krishna n’a pas grand-chose à voir avec New-York. Et puis surtout, c’est Lyon Sprague de Camp qui est aux commandes et forcément la SF ne saurait tarder à pointer le bout de son nez. De fait, on est rapidement transporté aux confins de l’univers, sur une planète bien différente de cette bonne vieille Terre.

« Chasse cosmique » appartient en effet au cycle des « Viagens Interplanetarias » qui met en scène des terriens contraints pour diverses raisons de se rendre dans le système de Ceti et de séjourner sur l’une de ses planètes : Vishnu, Ganesha et surtout Krishna dont les habitants sont les plus proches des humains. Il s’agit de romans de science-fantasy dans lesquels les personnages découvrent à leurs dépens les particularités de mondes aussi étranges que peu évolués, le tout dans une ambiance le plus souvent fort drôle.

Et c’est exactement le cas ici. Quelques soient les circonstances et même lorsque le héros est confronté aux pires situations (emprisonnement, duel, combat..) c’est l’humour qui prédomine. On ne ressent jamais vraiment les dangers auxquels Hasselborg doit faire face et l’on sait d’avance qu’il va s’en sortir par une pirouette ou grâce à une solution de dernière minute tirée de son savoir de terrien civilisé. Cette absence de dimension dramatique nuit beaucoup à l’histoire. Là où il y avait matière à un bon récit d’aventures mâtiné d’humour, c’est exactement le contraire qui s’est produit et « Chasse cosmique » ne dépasse jamais le niveau de la bonne grosse farce.

L’anachronisme entre le caractère médiéval de la société gozashtandoue et le statut d’homme moderne de Victor Hasselborg constitue donc le seul véritable attrait du récit. Bien plus que sa mission ou ses démêlées avec des trafiquants d’armes, ce sont toutes les petites péripéties liées à sa méconnaissance des krishniens et de leurs coutumes qui assurent pour l’essentiel, l’intérêt du roman. Et pour le coup l’imagination de Sprague de Camp fait merveille. Non content de nous transporter sur une planète rétrograde, il fait preuve d’une grande inventivité dans tous les domaines (faune, flore, religions, transports…) et nous distrait par les multiples découvertes de son héros et par ses non moins nombreuses déconvenues.

Il est en cela bien aidé par des personnages bien campés, au premier rang desquels un héros hypocondriaque qui aura fort à faire sur une planète où la nourriture et les conditions d’hygiène rudimentaires lui seront un soucis constant. Mais bien d’autres viennent ajouter leur grain de sel à ses déboires dont la belle Fouri et ses velléités matrimoniales ou bien le pusillanime Hasté, grand prêtre d’un culte en perte de vitesse.

Sans prétentions mais non sans qualités, « Chasse cosmique » est une lecture divertissante qui n’apportera pas grand-chose à votre culture SF mais vous offrira deux ou trois heures de dépaysement et d’humour. Ce n’est déjà pas si mal !

Librairie des Champs-Elysées - Le Masque SF - 1976

24 juin 2020

LE MEDECIN DE CAMPAGNE - HONORE DE BALZAC

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Après le sympathique « Colonel Chabert » et l’excellent « Eugénie Grandet », je poursuis ma découverte de l’œuvre de Balzac avec un roman un peu moins connu. « Le médecin de campagne », c’est un fait, n’est pas le plus célèbre des opus de la comédie humaine et maintenant que je l’ai lu, je comprends mieux pourquoi. L’ouvrage souffre en effet d’une construction un peu bancale et d’un manque de cohésion entre ses différentes parties.

Il démarre pourtant de fort belle façon par la rencontre entre un officier en retraite et un médecin qui vit retiré dans une vallée du Dauphiné. Ce dernier est une sorte d’ermite philanthrope que l’ancien militaire est venu trouver pour des raisons qui nous seront révélées plus tard. Passé un accueil un peu froid, les deux hommes font plus ample connaissance et le Docteur Benassis explique à son hôte comment il est parvenu à transformer un pays misérable et arriéré en une contrée riante et prospère.

La seconde partie est tout aussi réussie. C’est une sorte d’illustration par l’exemple des propos du médecin. On y voit les deux hommes se promenant dans la vallée et enchaînant les rencontres avec les habitants du cru qui ont, pour la plupart, bénéficié des bons soins du docteur. Portraits et témoignages se succèdent qui attestent de l’immense bonté du docteur et de l’indéniable réussite de ses entreprises. Il n’est sans doute pas interdit de voir là une illustration des convictions politiques de Balzac avec ce qui ressemble fort à une utopie sociale. Il y développe un véritable modèle économique et social en insistant notamment sur la santé, la nécessité d’un habitat salubre et sa conviction que les bonnes volontés construisent des synergies profitables à tous.

Le troisième chapitre lève le voile sur le passé du médecin et nous comprenons alors les raisons qui l’ont poussé à fuir Paris et le grand monde pour faire le don de lui-même à la communauté villageoise où il s’est retiré. Si le roman s’était arrêté là, il eut constitué un tout cohérent et aurait juste nécessité une petite explication quant aux raisons de la visite de l’officier. Hélas, Balzac a décidé de rallonger la sauce et d’introduire une histoire dans l’histoire. C’est donc reparti pour un nouveau récit qui nous parle cette fois d’amour contrariées, de considérations sur les bienfaits de la nature et des guerres napoléoniennes…

Petite déception donc, mais que je compte bien effacer prochainement avec la lecture du célébrissime « Père Goriot ».

Le Livre de Poche - Classiques - 1999

3 juin 2020

LE POINT ZERO - MATSUMOTO SEICHO

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A peine un mois après leur mariage, l’époux de Teiko disparait dans les environs de Kanazawa où il soldait ses derniers dossiers avant de rejoindre son nouveau poste à Tokyo. Elle décide alors de se rendre sur place pour essayer de retrouver sa trace. Mais, ignorant presque tout du passé de son conjoint, sa tâche va vite s’avérer compliquée.  

Seichô Matsumoto est considéré comme le Simenon du pays du Soleil Levant . N’ayant lu qu’un seul roman du grand écrivain belge je ne saurai me prononcer sur cette comparaison. Pour autant, une chose est certaine, « Le point zéro » est un récit où le cadre, temporel, géographique et social, est au moins aussi important que l’intrigue criminelle qui nous est proposée.

Dans ce roman écrit en 1959, l’auteur évoque un Japon encore très marqué par les conséquences, matérielles et morales, de la défaite face aux Etats-Unis. Nous y découvrons un pays qui se remet doucement de la gigantesque crise économique qui suivit la fin de la guerre. Les coutumes reculent devant le mode de vie occidental, l’habitat traditionnel est progressivement remplacé par des demeures modernes et le capitalisme à l’américaine (usines et société de publicité) commence à s’imposer. L’histoire se déroule pour l’essentiel dans une préfecture du nord, coincée entre mer et montagne et subissant du fait de cette situation, la rigueur des éléments et une certaine pauvreté. On côtoie le petit peuple et les notables et la diversité des lieux fréquentés par les personnages (ryokans, salons de thé, bains et toute sorte d’institutions) nous offre un panorama assez complet de la vie dans une ville de province.

Mais là n’est pas le sujet principal du roman. Ce dont Seichô Matsumoto veut nous parler, c’est de ces milliers de japonaises que la misère de l’immédiat après-guerre a contraintes à se prostituer auprès des soldats américains. Ces « pan-pan » que le Japon s’est dépêché d’oublier, il les remet sur le devant de la scène en posant notamment la question de savoir ce qu’elles sont devenues une fois le pays sorti de la misère. Il s’interroge également sur l’influence que ces relations ont pu avoir sur les mentalités dans une société nippone encore très patriarcale, pour ne pas dire carrément machiste.

L’émancipation des femmes est donc au cœur du récit et ce n’est pas un hasard si les principaux personnages sont féminins, à commencer par son héroïne. Pourtant, au début du roman, Teïko apparait comme une femme effacée, subissant l’emprise de sa mère puis celle de son mari. Un mari qu’elle ne connaît guère puisque leur union a été arrangée par un entremetteur comme il était encore de coutume à l’époque. Cependant, en dépit des règles de politesse très pesantes et de la retenue qui s’imposait alors aux femmes, elle va révéler son caractère, faisant preuve d’une perspicacité et d’une persévérance peu commune. Son enquête fera émerger le joli portrait d’une femme volontaire qui doit comprendre qui était son époux afin de découvrir la vérité… à moins que ce ne soit le contraire.

10/18 - Grands Détectives - 2020

6 mai 2020

NEUTRON - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Le futur post-apocalyptique est un thème qui a toujours inspiré Jean-Pierre Andrevon. Il l’a abordé à de très nombreuses reprises au cours de sa longue carrière, dans des romans et des nouvelles mais aussi dans une autobiographie romancée et même dans un court-métrage. Ici, il s’intéresse plus particulièrement à la possibilité d’un conflit nucléaire et au cortège d’horreurs qui l’accompagnerait. Il en envisage tous les aspects, qu’il s’agisse de la peur devant le cataclysme annoncé, de ses effets sur les sociétés et les rapports humains (régression technologique, recommencements aléatoires) ou de ses conséquences sur notre planète (villes ravagées, paysages bouleversés, radiations...). Mais c’est avant tout l’humain qu’il nous montre derrière la bombe, avec ses peurs, ses espoirs et ses désirs. Des hommes et des femmes toujours dominés par leurs passions et bien décidés à survivre pour reprendre l’éternel cycle de leur perpétuation.

 « Il faut bien y penser » est la seule nouvelle qui se déroule avant la bombe. Nous y suivons en parallèle deux familles confrontées à la crainte de l’apocalypse nucléaire. Il y a les Chauveau, un couple de Bidochon bien décidé à faire la nique aux missiles soviétiques. Le cœur fragile de l’un et le cancer de l’autre en décideront autrement. Il y a aussi les Mallet, Georges, Denise, leurs deux enfants et leur ami Bernard. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont heureux et veulent quitter le monde avant d’être vaporisés par la bombe ou bouffés par les radiations. Ils ont donc planifié leur suicide et sont bien décidés à passer à l’acte dès que les sirènes retentiront… A noter que ce récit reprend à l’identique le scénario de « Nul n’y survivra » un court-métrage réalisé par l’auteur trois ans plus tôt.

« Au cœur de la bombe » est le récit confus d’un homme irradié qui n’a plus que quelques jours à vivre. Entre scènes du présent et flashbacks, nous revivons l’irruption de la guerre dans son existence et les prémices d’une histoire d’amour qui n’eut pas le temps d’éclore.

Nous retrouvons ensuite un peu de légèreté avec « La peau d’un chien et les yeux d’une femme », qui nous conte avec autant d’humour que de cruauté, la quête de compagnie d’un survivant. Une nouvelle qui nous prouve si besoin était que, si le chien est le meilleur ami de l’homme, la réciproque n’est pas forcément vraie !

« Comme une étoile solitaire et fugitive » reprend le thème archi connu des mutants dotés de pouvoirs psy. Son cadre post-apocalyptique rappelle beaucoup « Les transformés » de John Wyndham et bien d’autres romans qui nous parlent de ces êtres à part, pourchassés par des religieux fanatiques ou des humains apeurés. Un beau texte qui se conclue sur une fin surprenante et extrêmement poétique.

Toujours plus loin après la bombe - 100 ans pour être tout à fait précis - « Manger ! » met en scène un groupe d’hommes et de femmes cryogénisés qui reviennent à la vie. Se pose alors pour ces quelques chanceux l’éternelle question du but et des moyens d’y parvenir à commencer par le plus important : manger.

A nouveau un thème assez éculé avec « Toute la mémoire du monde ». On pense notamment à la fin du « Ravage » de Barjavel puisqu’il est question d’une société post-cataclysmique retournée à un stade préindustriel où la science et toutes ses manifestations sont proscrites. Un joli texte qui, malgré ses trente pages, propose un background assez fouillé avec une structure sociale et familiale vraiment originale. On notera aussi que ce texte est apparenté à un autre, le quatrième, puisqu’il est de nouveau question des terribles purificateurs.

«  Les longues vacances » nous parle d’un homme privé de ses souvenirs et qui nous raconte la drôle de vie qu’il mène désormais dans une espèce d’oasis où il est servi par une tribu d’humanoïdes qui préviennent ses moindres désirs mais l’empêchent de quitter son refuge. Est-il devenu à son insu une curiosité zoologique ou le dernier représentant d’une espèce qu’il convient de préserver ?

La suivante est d’une infinie tristesse. Un homme observe à sa fenêtre un petit bout de ville, les bâtiments, les passants, les arbres, les lumières… Mais s’agit-il bien de la réalité ?

La dernière nouvelle, celle qui donne son titre au recueil, se présente sous la forme du scénario d’un film que l’auteur se propose de réaliser. Si l’idée est originale, le contenu l‘est beaucoup moins puisque l’on y retrouve les scènes et les personnages inhérents à ce genre de récit. Après la bombe, quelques groupes de survivants prennent leurs quartiers dans un hypermarché où ils trouvent temporairement de quoi subsister. Ils se mettent ensuite à la recherche d’autres rescapés dans l’espoir de commencer une nouvelle vie mais ce sont des militaires qu’ils trouvent sur leur chemin…

Au final, je ne peux pas dire que « Neutron » soit l’un des meilleurs recueils de l’auteur mais il confirme l’immense talent qui est le sien lorsqu’il s’agit de traiter des relations humaines.

Denoël - Présence du Futur - 1981

15 avril 2020

AMAZ - LISA GOLDSTEIN

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Orientaliste de renom, le Docteur Mitchell Parmenter s’est installé pour un an dans la cité d’Amaz afin d’y étudier une ancienne épopée retranscrite sur un manuscrit qu’il a redécouvert. Accompagné de sa femme et de ses deux filles, il a élu domicile au cœur de la vieille ville, bien loin des complexes hôteliers et des plages à touristes. C’est un véritable choc culturel qui attend la petite famille qui va se retrouver plongée malgré elle dans un étrange conflit.  

Avant d’être réédité par "Les Moutons Electriques" ce roman de Lisa Goldstein avait eu les honneurs de la collection Présence du Futur chez Denoël en 1991 sous le titre de « Touristes ». Même si sa première dénomination n’était pas dénuée d’intérêt ainsi que nous le verrons plus loin, je trouve pour ma part que ce nouveau titre lui va beaucoup mieux. « Amaz », la cité où se déroule la totalité du récit, est en effet au cœur de l’histoire. Elle concentre toutes les intrigues, toutes les actions des personnages, toutes leurs interrogations. Amaz c’est un condensé de toutes ces villes moyen-orientales riches d’une histoire millénaire mais pour l’heure confrontées à une certaine déchéance économique et culturelle et soumises à des clivages politiques très marqués. Il faut donc faire un effort pour la comprendre avant qu’elle ne vous dévoile ses charmes. Elle se mérite.

C’est ce que la famille Parmenter va apprendre à ses dépens. Il faut dire qu’entre le père qui préfère l’étude de vieux manuscrits dans le confort de son bureau à l’archéologie sur le terrain, la fille ainée qui s’enferme dans sa chambre pour s’adonner à ses marottes et la mère qui pense avoir conquis l’esprit de la ville parce que les taxis préviennent ses désirs alors qu’ils savent tout simplement qu’un touriste américain fréquente toujours les même lieux, pas un ne fait le moindre effort pour s’acclimater à son nouvel environnement de vie. Seule Angie, la petite dernière, se montre suffisamment curieuse. Elle apprend la langue du cru, lie connaissance avec les locaux et s’intéresse à leur vie. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle soit la seule à en pénétrer les secrets et notamment, à avoir accès au petit peuple de la rue du 25 Novembre.

Cette rue où sont installés les brocanteurs et leurs familles est sans doute la plus belle réussite du roman. A la fois marché aux puces et bazar oriental, on y trouve une multitude d’échoppes recelant chacune son lot d’objets inattendus, de personnages surprenants, de mystères… Chaque chapitre qui s’y déroule est précédé d’une petite histoire qui met en scène l’un de ces commerçants. Des petites fables à la morale souvent obscure mais qui apportent au récit un délicieux parfum de « milles et une nuits ». Quant à l’intrigue du roman il faut bien reconnaître qu’elle reste un peu floue et pour tout dire, secondaire. Sachez simplement qu’il sera question d’une épée légendaire et de la lutte pluriséculaire que se livrent les partisans du Roi des Gemmes aux sectaires du Saint Sozran.

Au final Amaz est donc une jolie parabole sur le comportement des touristes qui vont chercher dans ces pays exotiques un dépaysement de carte postale en oubliant de s’intéresser à leur culture et à leurs habitants, bref qui passent à côté de l’essentiel.

Les Moutons Electriques - Helios - 2017

8 janvier 2020

LES TENTES NOIRES - MICHEL PEYRAMAURE

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De 1226 à 1276, Foulque de Merle, cadet de petite noblesse limousine, nous conte ses mémoires et notamment sa participation aux croisades de Saint Louis.  

En plus de soixante ans de carrière, Michel Peyramaure a écrit un nombre incalculable de romans historiques et régionalistes. Une œuvre considérable à laquelle il apporte, à près de 97 ans, une nouvelle pierre. Si je salue la performance, je suis en revanche plus réservé quant à la qualité de ce dernier opus.

« Les tentes noires » m’ont en effet laissé une désagréable sensation de survol. Il faut dire que raconter cinquante années d’une vie de chevalier et des pages d’histoire aussi importantes que les croisades en seulement 240 pages, tient un peu de la gageure. Du coup, on reste en surface. La plupart des personnages ne font que jouer les utilités et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Les batailles et les scènes de combats sont expédiées en quelques paragraphes et les amours de Foulque, pourtant nombreuses, ne sont pas mieux traitées. Tout va beaucoup trop vite et c’est à peine si l’on se rend compte que le jeune héros est devenu un homme mûr puis un vieillard.

Il y a quand même de bons moments et quelques idées intéressantes qui auraient méritées d’être traitées plus en profondeur. Je pense notamment à sa relation assez libre avec une aubergiste assez délurée, ses tentatives pour lier amitié avec les bédouins et pénétrer leur culture ou encore la vengeance dont le poursuit le bandit Aymar le Roux. Il y a aussi tous ces menus détails de la vie dans une petite seigneurie limousine ou dans une commanderie hospitalière qui donnent de la véracité et de la matière au récit.

Malheureusement, toutes ces bonnes intentions s’effacent derrière la Grande Histoire et les personnages historiques. Saint Louis, Joinville, Baybars, Charles d’Anjou et bien d’autres écrasent le récit de leur renommée et l’on a parfois l’impression de lire un livre d’histoire plutôt qu’un roman.

Malgré ces défauts et cette impression de roman un peu bâclé, Michel Peyramaure nous brosse le joli portrait d’un homme de son temps écartelé entre son goût de l’aventure et l’amour de son terroir.

Calmann-Lévy - 2018

20 novembre 2019

LES RATES - GILLES THOMAS

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Au chômage et sans aucun espoir de retrouver un emploi, Julien Méry accepte de participer à un projet scientifique ultra secret. En compagnie de cinq autres candidats, il se retrouve alors coupé du monde, prisonnier dans un domaine parfaitement clos et gardé par des vigiles peu amènes. Le temps passant, les jeunes cobayes s’interrogent sur leur devenir et l’angoisse s’installe chaque jour un peu plus. 

Les romans de Gilles Thomas représentent ce que la collection Anticipation du Fleuve Noir a produit de mieux : des récits d’aventures sans prétention mais bien construits avec un parfait dosage d’action, de personnages bien caractérisés, de back-grounds fouillés et des intrigues qui tiennent la route. La plupart du temps il s’agit d’histoires de science-fiction qui nous emmènent sur des planètes lointaines où la science la plus évoluée côtoie des peuples rétrogrades dans des ambiances souvent médiévales. Elle s’est aussi essayée avec beaucoup de bonheur au post-apo ainsi qu’en témoigne sa célèbre trilogie de l’Autoroute Sauvage.

« Les ratés » est en revanche un roman d’anticipation dont le thème n’est pas particulièrement original puisqu’il y est question de mutants dotés de pouvoirs psy et de leur inévitable lutte contre les méchants humains qui en sont dépourvus. Ce manque d’audace n’est toutefois pas bien grave puisque l’auteur s’intéresse plus à la manière dont ses héros acquièrent ces capacités hors normes qu’à la façon dont ils les utilisent. Le récit débute d’ailleurs par une longue entrée en matière qui nous montre pourquoi et comment Julien et ses compagnons d’infortune furent contraints de servir de cobaye à des scientifiques et des industriels sans scrupules.

On est de suite immergé dans une France alternative en proie à une gigantesque crise économique et l’on ressent parfaitement le marasme social où se débat le narrateur. Les CV sans réponses, les entretiens avec des cadres méprisants, les économies qui fondent, les repas sautés et la peur de la rue, son quotidien est parfaitement restitué. Il en va de même ensuite pour les conditions de vie dans le centre où doivent avoir lieu les expériences. Le domaine ultra-protégé où les volontaires jouissent d’un confort dont ils n’avaient plus l’habitude a tôt fait de se transformer en prison. Les brimades, la tension, les pressions s’enchaînent jusqu’à ce que souffle l’heure de la révolte… Quant à la façon dont leurs pouvoirs se font jour, elle est aussi très bien amenée de même que cette idée que les « talents » des uns et des autres doivent se conjuguer pour former un tout qui les rend quasi invincibles.

On regrettera sans doute une fin un peu précipitée qui, une fois n’est pas coutume, ne doit rien au format court de la collection mais découle des pouvoirs acquis par les personnages. C’est d’ailleurs toute la limite des histoires de mutants. Devenus tout-puissants, les héros ne risquent plus grand-chose et le lecteur cesse alors de s’inquiéter de leur sort. Un état de fait que j’avais déjà pu constater dans un précédent roman de l’auteur et qui l’avait contraint, là aussi, à hâter sa conclusion.(cf : Les hommes marqués). Mais qu’importe ce petit bémol puisque le voyage en compagnie de Julien, Léna, Michel et les autres aura été bien agréable !

Fleuve Noir Anticiaption - 1989

9 octobre 2019

TOUS NE SONT PAS DES MONSTRES - MAUD TABACHNIK

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La France est au bord du gouffre. La colère des banlieues si longtemps contenue a fini par exploser, ouvrant la voie à l’islamisme le plus radical. Téléguidés par des terroristes à la solde de puissances étrangères les jeunes banlieusards ont instaurés autour des grandes villes des zones de non droit et, malgré la promulgation de l’état d’urgence, les forces de police ne parviennent pas à les déloger et essuient même quotidiennement de cuisants revers. Nathan, un professeur d’histoire féru d’occultisme a reconnu derrière ces évènements l’influence d’une entité surnaturelle. Pour inverser le rapport de force, il décide de faire appel aux mystères de la kabbale. 

J’ai toujours apprécié de voir des auteurs s’essayer à d’autres genres que ceux où ils ont leurs habitudes et même, de temps à autre, les mélanger entre eux. Cela donne des romans originaux avec des approches nouvelles et un ton bien particulier. Mais, s’il est vrai que les métissages font en général de jolis bébés, Maud Tabachnik a ici accouché d’un vilain petit canard. Ce n’est pas que son roman soit foncièrement mauvais mais il souffre de défauts si flagrants qu’ils ôtent au roman toute forme d’intérêt.

En premier lieu, on sent que l’auteur n’est pas à l’aise avec le fantastique et c’est sans doute la raison pour laquelle celui-ci n’a finalement qu’une place assez maigre dans son roman. C’est dommage car l’idée d’une confrontation entre un djinn et un golem avait de quoi séduire. Elle aurait pu permettre de pénétrer l’imaginaire et les traditions de deux cultures moyen-orientales, de les confronter ou les rapprocher bref, d’en tirer une intrigue captivante et originale. Malheureusement ce duel, pour audacieux qu’il soit, tourne court. Il n’est que très peu question de ces deux créatures et on ne les voit quasiment pas à l’œuvre. Un seul et unique chapitre traite de leur affrontement et encore cela nous est-il présenté d’une façon plutôt allégorique.

De la même manière, les passages consacrés à la recherche du golem dans le vieux Prague, à l’évocation de la créature ou à la figure du fameux rabbi Löw baignent dans une ambiance onirique. Il y manque de la matière, du « vécu ». On a le sentiment que tout cela est irréel et n’est que le fruit de l’imagination de Nathan. D’un bout à l’autre du récit, le pauvre héros apparaît dépassé par les évènements et semble n’être qu’un jouet entre les mains des puissances qu’il a invoquées. Son périple pragois et son intervention dans la lutte contre les terroristes islamistes pâtissent terriblement de cette absence d’implication.

En fait les meilleurs moments du livre sont ceux qui mettent en scène le personnage de Pascale, une fliquette de la BAC qui ne manque pas de sang-froid. On voit de suite que l’auteure est mieux à son affaire avec l’univers du polar comme le montre aussi sa description des scènes d’émeutes et, d’une façon générale, les scènes qui se rapprochent d’une enquête policière. Le souci, c’est que son approche manque là encore de finesse. Son discours est très manichéen avec les méchants arabes d’un côté, les gentils juifs de l’autre et au milieu de pauvres gaulois trop empêtrés dans les remords de leur passé colonialiste pour oser remettre à sa place un islam dévoyé. Je passe sur les nombreuses critiques d’un gouvernement émasculé qui préfère discuter plutôt qu’agir et sur les lieux communs concernant les banlieues et leurs habitants. Maud Tabachnik a une vision simpliste et outrée d’une situation extrêmement complexe même si son approche n’est pas dénuée de vérité ainsi que la France a, depuis, chèrement payé pour le savoir (le roman date de 2007).

Quant au lien entre ce roman et le fameux Club Van Helsing, il est aussi ténu qu’artificiel. Il se résume à la courte visite du héros au Bedlam Asylum qui nous est hâtivement narrée dans le prologue et l’épilogue et qui n’apporte aucune valeur ajoutée à l’intrigue.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

8 juillet 2020

APPARITION DES SURHOMMES - B. R. BRUSS

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Sorti la même année que « Les Plus qu’humains » de Sturgeon, deux ans avant « Les transformés » de Wyndham et seulement 13 années après « A la poursuite des Slans » de Van Vogt, ce roman prouve que la SF française n’a guère perdu de temps pour emboiter le pas aux auteurs anglo-saxons en matière d’histoires de mutants. Avec ce livre, Bruss nous donne en effet sa propre vision du surhomme. Stade ultime de l’évolution humaine, les siens sont supérieurement intelligents et son histoire commence d’ailleurs par la manifestation de leur puissance.

Il nous emmène pour cela en Suisse où un phénomène étrange et inexpliqué vient de survenir. Une barrière invisible autant qu’infranchissable isole du reste du monde la ville de Neufchâtel et ses environs. Impossible d’entrer en communication avec ceux qui sont restés à l’intérieur et que l’on cesse bientôt de discerner à cause de l’opacité qui recouvre peu à peu la zone isolée. Les scientifiques du monde entier se penchent sur l’inquiétant prodige. Les théories les plus farfelues sont avancées mais aucune explication convaincante n’est trouvée. Lorsque la zone opaque se met à s’étendre et que des aéronefs d’une technologie futuriste apparaissent au-dessus des capitales pour réclamer toutes sortes de richesse, les gouvernements du monde entier commencent à prendre peur… Toute cette première partie nous est contée sur un ton résolument impersonnel, un peu comme un rapport administratif ou une leçon d’histoire. Aucun personnage ne vient occuper le devant de la scène, exception faite peut-être du professeur Doorn, le scientifique qui a pris la tête des recherches et qui jouera un rôle important à la fin du roman.

Il faut donc attendre la seconde partie pour voir l’histoire s’incarner en la personne de Georges Bardin, jeune artiste peintre de 25 ans enlevé par les Agoutes (les surhommes en question) et contraint de les servir dans une mystérieuse cité souterraine. A partir de là, le récit consiste principalement dans la relation qu’il nous fait de son existence dans la cité des Agoutes et des merveilles technologiques qu’il y découvre. Mais le plus intéressant reste sans conteste sa rencontre avec leur chef et le récit que ce dernier lui fait de son existence et des circonstances qui l’ont amené à entreprendre la domination du monde.

Cette seconde partie qui se déroule pour l’essentiel sous Terre m’a beaucoup rappelée « La race à venir » d’Edward Bulwer-Lytton. Dans ce vieux roman datant de 1870, il était en effet déjà question d’une race d’humanoïdes extrêmement évolués, également pourvus d’ailes et réfugiés sous Terre dans l’attente de leur avènement. Il s’agissait là encore de nous présenter leur écrasante supériorité scientifique et le récit se terminait sur la promesse d’une confrontation dont l’espèce humaine n’aurait pas lieu de se réjouir.

Or, je ferais à ce roman de Bruss le même reproche que j’avais fait à celui de son illustre devancier. Dans les deux cas le récit manque cruellement d’action. De l’enlèvement du héros jusqu’à son évasion, il se passe fort peu de choses et ce n’est pas son amourette avec une autre captive qui suffit à enflammer l’histoire. Celle-ci à néanmoins le mérite de se terminer sur l’affrontement tant attendu, une bataille aussi rapide que définitive. A votre avis, qui a gagné ?

Le Livre de Poche - SF - 1977

1 juillet 2020

MARUNE : ALASTOR 933 - JACK VANCE

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Deuxième des trois volumes que Vance a consacré à l’univers d’Alastor, Marune ressemble beaucoup au premier opus pour ce qui est de l’intrigue. Dans les deux cas il est en effet question d’un individu de retour sur sa planète natale et qui se retrouve confronté à l'antagonisme d'une famille qui cherche à le dépouiller de sa situation et de ses biens, de voisins un peu trop entreprenants et, d'une manière générale, d'individus acharnés à sa perte. L'essentiel de l'histoire va donc tourner autour des chausses trappes que lui tendent toutes ces "bonnes âmes" et à la façon dont Efraïm, le sympathique et déterminé héros, se tire d'affaire.

Toute l’originalité du présent roman tient donc à un détail d’importance : Efraïm est amnésique. D’ailleurs, le roman débute alors qu’il erre sans but sur une planète fort éloignée de son monde d'origine, sans la moindre idée de son identité et sans un seul appui pour l'aider dans ses recherches. Ce long passage qui nous fera visiter les planètes de Bruse-tansel et Numénès ainsi que le palais du Conatic (le tout puissant dirigeant de l'amas d'Alastor) est le seul où il soit vraiment question de science-fiction car, dès le retour d’Efraïm sur sa planète d’origine, celle-ci se fait toute petite et laisse la place à une ambiance plutôt médiévale.

Jack Vance nous emmène en effet sur Marune et plus précisément en pays Rhunes, un ensemble de petites principautés belliqueuses où le sens de l’honneur et l’étiquette sont portés à leur paroxysme. Nous y découvrons une société particulièrement étrange où les manifestations physiologiques considérées comme trop animales font l'objet d'interdits. Ainsi, l’alimentation y est jugée aussi malséante que la défécation et ne s'effectue qu'en privé, seul ou bien dissimulé derrière un paravent. Quant aux relations sexuelles, tenues pour particulièrement répugnantes, elles ne sont autorisées que lors de la journée des « ténèbres »  au cours de laquelle toutes les folies sont permises.

C’est donc dans une société austère et sclérosée que notre héros sans passé va tenter de re-trouver sa place. Etranger parmi les siens, il lui faudra batailler pour récupérer son rang et ses prérogatives. Il devra pour cela chercher des indices, trouver des témoins, interroger et menacer, tirer ses déductions, bref se livrer à une véritable enquête policière. Il devra surtout se méfier de tout et de tous… Une recherche de la vérité qui s’avèrera aussi dangereuse que passionnante même si elle se conclue d’une façon un peu trop hâtive à mon goût.

J'ai Lu - 1983

 

2 octobre 2019

LA TRACE DES RÊVES - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Treize hommes s’éveillent en même temps dans les profondeurs d’une caverne, sans autres connaissances que leur nom. Après quelques instants de stupeur, ils s’aventurent à l’extérieur où ils découvrent une faune et une flore étonnante ainsi que bien d’autres surprises : des femmes, d’autres hommes, des dieux… 

S’il n’avait pas été écrit par Jean-Pierre Andrevon, j’aurai sans doute eu beaucoup de mal à aller au bout de ce roman de plus de 300 pages. Ce n’est pas que l’histoire soit mauvaise, mais l’intrigue – disons plutôt le fil conducteur – est tellement ténue et prévisible qu’elle n’incite guère à persévérer dans notre lecture. Heureusement, la belle écriture de l’auteur et cette façon bien à lui de traiter des rapports humains ont une fois de plus fait merveille. Il faut dire qu’en la matière, il avait largement de quoi faire. Il nous propose en effet de suivre quelques dizaines d’individus sortis d’un long sommeil cryogénique et ayant tout oublié de leur existence. Une idée qui lui permet de nous montrer par le menu l’éveil à la conscience de ces hommes et de ses femmes ainsi que le lent apprentissage de leur condition humaine.

Il fait preuve pour cela d’une belle imagination et d’un grand sens de la déduction pour nous faire ressentir leurs premières sensations (faim, soif, fatigue) et leurs premiers sentiments (colère, amitié, amour). On assiste à la transformation de ces chasseurs-cueilleurs un peu frustes en membres d’une communauté villageoise soudée où chacun se spécialise et où les découvertes (feu, artisanat, écriture..) se succèdent à un rythme effréné. Malheureusement, d’autres concepts tels que la religion et la guerre seront également de la partie… C’est donc tout un pan de l’histoire de l’humanité que nous revivons en accéléré, un peu comme si des générations et des générations de Cro-Magnon défilaient sous nos yeux pour nous faire revivre leur longue épopée sur le chemin de la connaissance et de l’organisation sociale.

L’histoire prend une tournure radicalement différente lorsque la petite communauté tombe sur les traces des humains qui les ont précédés. Voyant en eux leurs créateurs ou leurs dieux, ils se lancent alors dans la dangereuse quête de leurs origines dont, ainsi que je l’ai dit plus haut, on imagine assez facilement sur quoi elle va aboutir. Après quelques vilaines rencontres et des scènes fortes en émotions, les survivants obtiendront toutes les réponses à leurs questions métaphysiques, et plus encore. Quant au lecteur, il aura passé un agréable moment en compagnie de personnages attachants en qui il se reconnaîtra sans doute un peu.

Le Livre de Poche - 1995

25 août 2019

BLIND LAKE - ROBERT CHARLES WILSON

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Grace à une technologie quantique encore mal maîtrisée, il est désormais possible d’observer des planètes extrêmement lointaines. A Blind Lake, les scientifiques s’intéressent à une planète située à 50 années lumières de la Terre et plus précisément à l’un de ses habitants : le « sujet ». La routine des chercheurs  va se trouver brusquement balayée par deux évènements. Blind Lake est subitement mis en quarantaine et le » sujet » se lance dans ce qui ressemble à long pèlerinage. Y-a-t-il un rapport entre les deux ? Un trio de journalistes et quelques chercheurs vont se retrouver au cœur de bien grands bouleversements. 

Cela devient désormais une habitude mais à chaque fois que je chronique un roman de Robert Charles Wilson, je ne peux m’empêcher de louer la façon exceptionnelle dont il donne vie à ses personnages. C’est particulièrement vrai pour « Blind Lake » qui se présente sous la forme d’une sorte de huis-clos dans lequel quelques milliers d’individus, dont une bonne dizaine de premiers rôles, se retrouvent prisonniers d’un complexe scientifique sans connaître les raisons de leur isolement. Une situation extrême qui va générer une chaîne de réactions qui ne le seront pas moins.

Le traitement tout de finesse et de précision dont bénéficient les personnages permet une immersion réussie au sein de cette micro société. Tout au long de son récit l’auteur distille indices et révélations sur le passé de chacun d’eux. Cela contribue à nous les rendre particulièrement proches et l’on a tôt fait de faire nôtre leurs angoisses et leurs espoirs. Le journaliste en quête de rédemption, la mère divorcée en butte aux avanies que lui fait subir son ex, l’adolescente perturbée et tous les autres sont extrêmement convaincants. Même le méchant de l’histoire sonne vrai. Il ne représente pas l’incarnation du mal absolu mais juste un homme comme les autres avec ses ambitions et ses démons. La tension presque permanente, la menace diffuse, le danger qui peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur, vont transformer chacun d’eux et révéler les caractères…

J’ai en revanche été beaucoup moins convaincu par l’argument science-fictif du roman. Si nous faire pénétrer l’univers de chercheurs occupés à étudier une lointaine planète et ses habitants est plutôt une bonne idée, les explications fournies sur la technologie utilisée et l’interaction éventuelle entre les deux mondes m’ont parus bien confuses. De plus, on s’attend à une révélation tellement fantastique que l’on ne peut s’empêcher d’être légèrement déçu par la chute de l’histoire. Pourtant, elle s’accorde plutôt bien avec le récit en ce sens qu’elle nous renvoie au même mirage que celui dans lequel se complaisent les chercheurs de Blind Lake.

Et si RCW suscite finalement plus de questions qu’il ne donne de réponses, il nous aura au moins permis de nous frotter à quelques-uns des problèmes auxquels sont confrontés les scientifiques. Il pose notamment l’intéressante question de savoir dans quelle mesure l’observation influe sur le sujet observé et si les observateurs n’auraient pas une fâcheuse tendance à s’abuser eux même, emportés par leurs souhaits ou trop sûr du résultat escompté. Une histoire qui en dit long sur les fantasmes de l’homme quant à ce que l’univers lui cache encore.

Gallimard - Folio SF - 2009

14 juillet 2019

BLUE - JOËL HOUSSIN

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Pour le quinquagénaire que je suis, Il est bien difficile de ne pas faire de lien entre "Blue" et "Les Guerrier de la nuit", ce film de Walter Hill sorti dans les salles en 1979. Certes, le film a pour cadre le New-York des seventies et non un Paris post-apocalyptique mais, cette différence exceptée, les deux œuvres se ressemblent tout de même sacrément. Elles partagent notamment une atmosphère est un thème fort proches puisqu’il est question dans les deux cas de gangs urbains ultra violents qui se livrent une guerre sans merci ponctuée de trêves et, plus rarement, d’alliances.

Une bonne part du roman est tout naturellement consacrée aux combats de toute nature au cours desquels les différents clans font preuve de la même sauvagerie, se distinguant seulement par leur façon de liquider leurs adversaires. Les « Saignants » sont ainsi adeptes des armes blanches, les « Youves » préfèrent les armes à feu tandis que les « Bouleurs » utilisent la plaque d’acier qu’ils se font greffer sur le front pour estourbir les malchanceux qui croisent leur chemin. Quant à Blue, c’est le chef des « Patineurs », le clan le plus puissant du moment qui règne sur les ruines du Trocadero grâce à la mobilité de ses truands équipés de rollers. Une suprématie qui ne le satisfait toutefois pas. Ce qu’il veut Blue, c’est franchir le Mur, la gigantesque barrière de béton qui ceinture la capitale. Mais pour cela, il faut anéantir les innombrables guerriers télépathes armés de lasers qui opposent à toute tentative de franchissement une résistance farouche. D’autres que lui, et de plus puissants, s’y sont déjà cassé les dents. Alors il est contraint de trouver des alliés et même, c’est un comble, de solliciter l’aide des Saignants.

Toute l’intrigue va donc reposer sur les relations entre Blue et les autres chefs de gang. Suspicions, trahisons, vengeances, le jeu de la haine et de la diplomatie va s’exprimer dans toute sa cruauté avec ce qu’il faut de meurtres et de règlements de comptes. C’est sans doute un peu léger niveau scénario mais Joël Houssin a du métier. Il fait intervenir de nombreux personnages de premier plan et initie suffisamment d’intrigues parallèles pour maintenir un suspens constant. Cela permet d’atteindre sans ennui la bataille finale, véritable point d’orgue du roman au terme duquel on espère découvrir ce qui se cache derrière le mur. La révélation sera à la hauteur de nos attentes : sombre et grandiose. Dérisoire aussi, avec un petit goût de cendre, surtout pour les personnages !

Fleuve Noir Anticipation - 1982

26 mai 2019

UN MONDE D'AZUR - JACK VANCE

pp5193-1984

Treize générations se sont écoulées depuis qu’un astronef chargé de détenus de droit commun s’est abîmé sur une planète totalement dénuée de continents. Leurs descendants se sont parfaitement adaptés à ce monde aquatique où ils mènent une vie simple et non dénuée de charme. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient contraints d’entretenir le Kragen, une gigantesque créature semi-intelligente qui les protège de ses congénères plus petits en échange de nourriture. Le marché semble à priori équitable mais à mesure que le monstre grandit, ses appétits se font plus féroces. Sklar Hast, un jeune transmetteur fougueux et épris de justice, va rompre ce fragile équilibre. 

Beaucoup de romans de Jack Vance mettent en avant des personnages en rébellion contre le système. La plupart du temps il s’agit d’une révolte individuelle (Emphyrio) et souterraine (La vie éternelle), mais elle prend parfois des allures de révolution où la destinée d’un homme se confond avec celle d’un peuple. C’est le cas dans « Les chroniques de Durdane » où Gastel Etzwane combat seul la dictature de l’Anome avant d’être rejoint dans sa lutte par d’autres citoyens. C’est le cas aussi dans « Un monde d’azur » dans lequel l’insubordination de Sklar Hast va déboucher sur une crise politique qui verra se rejouer l’éternel conflit entre les anciens et les modernes, entre les conservateurs et les forces de progrès.

Pourtant, le héros de ce roman court et bondissant n’est pas un révolté dans l’âme. S’il remet en cause l’organisation sociale et politique de son peuple c’est simplement parce qu’il estime que les puissants ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des humbles. Ce qu’il conteste, c’est un système qui écrase le commun au profit d’une classe, celle des arbitres et des médiateurs - autrement dit les politiques et les religieux - qui ne produisent rien, profitent de la communauté et assoient leur autorité sur la peur et l’ignorance.

La rébellion de Sklar est d’ailleurs très progressive. Après avoir tenté de supprimer ce Roi Kragen qui opprime son peuple, il tente très humblement de rallier ses concitoyens à ses idées. Il lui faudra pour cela convaincre les hésitants et lutter contre « l’establishment ». Sa lutte est donc avant tout politique et ce n’est que forcé et contraint qu’il prendra les armes pour faire échec aux partisans de l’immobilisme qui protègent leurs intérêts. Mais alors que d’action ! Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné et nous plongent dans une atmosphère très guerrière où il est question d’espionnage, de batailles navales et d’exécutions.

Si l’histoire ne manque pas d’animation, elle est en revanche moins riche de ses petits détails ethnologiques qui sont pourtant l’une des caractéristiques des romans de Jack Vance. Cela est en partie dû à la nature de la planète sur laquelle il situe son histoire. Ce monde d’azur est en effet entièrement recouvert par les océans. Les habitants y vivent sur des sortes d’archipels constitués par les feuilles de plantes aquatiques qui affleurent à la surface de l’eau, un peu comme le font celles des nénuphars. Un univers minimaliste dont la principale caractéristique est l’absence de matériaux solides. Pas de métaux, pas de roches, tous les objets, toutes les structures sont construits à partir de fibres végétales ou d’ossements. Cela donne à cette société et à ses réalisations un côté fragile et éphémère tandis que ses membres prennent des allures de robinsons obligés de faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour survivre. D’ailleurs, la recherche et les expériences de toutes nature occupent une grande place dans ce récit où la découverte du moyen de fabriquer du fer sera la clé de la victoire.

Pocket SF - 1984

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