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7 janvier 2016

DEVIATION - ALAIN VENISSE

fn-frayeur32-1995

Laurent, Morgane, Carole, Franck et Thomas se préparent à passer d'excellentes vacances. A bord d'un camping-car, ils font route vers la villa des parents d'un ami où ils comptent profiter d'un cadre de vie luxueux sans bourse délier. Mais après s'être perdus au fin fond du massif auvergnat, les jeunes gens se retrouvent à Gaubertville, un hameau peuplé d'individus aussi étranges qu’inquiétants...

Ce 32ème et dernier titre de la collection Frayeur aurait pu être édité chez sa cousine du Fleuve Noir, la défunte collection Gore. On y trouve en effet tous les ingrédients de base de ce genre si particulier à savoir du sang, du sexe et de l'humour noir.


Alain Vénisse distille parfaitement chacun d'entre eux. Il prend notamment tout son temps avant de faire basculer son récit dans l'horreur et le sordide. La bonne humeur et les petites histoires de cul de ses personnages cèdent lentement la place à l'inquiétude, à l'angoisse puis à la terreur absolue.

Ce crescendo permet de faire tranquillement connaissance avec tous les protagonistes, les bons comme les méchants, et de frémir d'avance en imaginant les sévices qui attendent les futures victimes. Les scènes de meurtre et autres viols sont certes à réserver à un public averti mais l'auteur ne fait pas dans la surenchère. Il compense d'ailleurs cette réserve toute relative par un humour un peu grinçant mais toujours fort à propos.


Pour ce qui est de l'histoire, rien que de très classique. Nous retrouvons la traditionnelle bande d'ados en route pour des vacances sea, sex and drugs qui tombe sur une tribu de dégénérés de la pire espèce. Des crétins consanguins et arriérés qui rappellent un peu ceux de "Délivrance", l'excellent film de John Borman, sauf qu'ici l'action se déroule dans la France profonde.


"Déviation" est donc un petit bouquin d'horreur très classique par son sujet et son déroulement mais qui offre sans barguigner au lecteur ce qu'il était venu y chercher.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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10 décembre 2015

BAYOU - ZAROFF

bayou

Il s’en passe de belles à Crooked Bayou. Les sheriffs sont pendus aux arbres, les enfants disparaissent au fond des marigots et des croix brûlent la nuit. La peur et le soupçon empuantissent la vie des habitants et les esprits s’échauffent. C’est dans ces circonstances pour le moins troublées qu’un policier new-yorkais muté pour faute grave vient prendre ses fonctions dans la petite bourgade perdue au fin fonds de la Louisiane.

Le seul reproche, bien timide, que j’avais adressé à Zaroff sur son premier roman tenait au manque de surprises de son intrigue. Et encore, cela était en partie dû au fait qu’il s’inspirait alors de faits réels - de l’itinéraire d’un tueur en série - ce qui réduisait d’autant le champ de ses possibilités.

Avec « Bayou » il a eu les coudées plus franches et ne s’en est pas privé. Ku Klux Klan, sorciers vaudou, zombies, braconniers zoophiles et jolie nymphomane, le bougre n’a pas lésiné sur les moyens. Mais avant de me répandre en louanges sur son chouette bouquin je vais tout de même lui faire quelques petites observations vicelardes, histoire de lui rabattre un peu de sa superbe.

Ma première observation est d’ordre stylistique. Zaroff s’est bien documenté, en particulier sur le Ku Klux Klan et le culte vaudou. Cela apporte une réelle plus-value à son roman, lui donne davantage de fond, du véridique. Mais la façon dont certains termes spécifiques sont introduits et parfois un peu maladroite. Un exemple : « La femme se releva et remua son açon, hochet sacré fait d’une calebasse recouverte d’une résille de grosses perles de couleur et de vertèbres de serpents. Elle le tenait d’une… ». L’explication du mot açon, ainsi présentée, a tout de la notice encyclopédique. Un simple renvoi en bas de page eut été plus efficace. Nous aurions ainsi bénéficié de la définition de ce terme inconnu et la lecture en eut été allégée.  

Mon second bémol a trait au contenu. C’est une évidence, le sexe est une figure imposée du gore. Mais dans « Bayou », il est omniprésent, trop à mon goût. Presque tous les chapitres comportent une scène de cul et, contrairement à ce que prétend Rocco, trop de cul, tue le cul. Elles sont heureusement extrêmement variées. Zaroff connaît son kamasutra. Il a une imagination débordante et ses personnages ne se contentent pas toujours des trois orifices que les dieux ont donnés à la gent féminine (merci Gainsbarre). Les femmes sont d’ailleurs ravalées au rang d’objets sexuels sur lesquels les hommes assouvissent leurs fantasmes les plus crus.  Et oui « Bayou », c’est pas un bouquin à mettre entre les mains d’une femen !

Mais qu’on se rassure, tout cela nous est heureusement conté avec un humour redoutablement efficace. Qu’il soit vulgaire ou plus fin, plein de sous-entendus et de private joke, il fait mouche à tous les coups. Les situations sont toujours extrêmement cocasses (la turlute dans les chiottes est un véritable morceau d’anthologie) et même les scènes les plus gores sont hilarantes tellement la violence en est outrancière.

Le choix des personnages y est aussi pour beaucoup. Comme dans « Night Stalker », l'auteur a opté pour les figures traditionnelles des séries B américaines. Un shérif qui traîne un lourd passif, une adjointe sexy et peu farouche, un maire autoritaire… rien de particulièrement original, mais les portraits sont soignés et les personnalités délicieusement poussées à l'extrême. Il y a également plein de seconds rôles qui n'influent en rien sur l'intrigue mais donnent à l'ensemble une touche "couleur locale" du plus bel effet. Je pense notamment au chasseur de ratons laveurs, ceux qui ont lu le livre comprendront !

Mais c’est surtout dans les dialogues que Zaroff donne le meilleur de lui-même. Son roman est un véritable festival de répliques désopilantes. Les conversations entre ses personnages sont absolument tordantes, parfois même presque surréalistes. Je me suis en tout cas régalé de bout en bout et le sourire n’a pas quitté un seul instant le coin de mes lèvres.  Zaroff est décidément un grand maître du gore comique.

Pour ce qui est de l’intrigue, on n’est pas déçu non plus. Comme je l’ai dit plus haut, l’histoire est plus aboutie que celle de « Night Stalker ». Il y a cette fois une enquête originale, un vrai mystère à élucider. J’aurais sans doute préféré un peu plus d’investigations de la part de son shérif, qu’il agisse davantage et subissent moins les évènements, mais les 150 pages en vigueur chez Trash ne permettent pas forcément ce genre de développements. En l’état, elle est néanmoins tout à fait satisfaisante. Les chapitres très courts lui donnent un rythme endiablé et cette confrontation originale entre le KKK et la magie vaudou tient toutes ses promesses.

Alors si vous aimez le sang, les larmes, les glaires et les sécrétions séminales, ce livre est fait pour vous.

« C’est dégueulasse. »

« C’est le bayou… »

Trash Editions - 2015

25 novembre 2015

MEMOIRE EN CAGE - THIERRY JONQUET

Memoire-en-cage

Pourquoi Cynthia, la jeune handicapée moteur, fait-elle semblant d'avoir perdu la raison ? Pourquoi Morier le médecin chef du service où réside l'adolescente est-il mal à l'aise en sa présence. Et que vient donc faire Alain et ses problèmes d'érection dans cette histoire ?

Qui ? Pourquoi ? Comment ? La sainte trinité du policier, les trois questions auxquelles il se doit de répondre s’il veut confondre le meurtrier. Qui ? Pourquoi ? Comment ? Ce sont aussi les titres des trois parties de ce roman étrange, sorte d’enquête à l’envers où l’auteur commence par nous révéler l’identité de l’assassin avant de nous parler de ses motivations et de son mode opératoire. Mais rassurez-vous cela n’empêche pas les surprises d’être au rendez-vous,  jusqu’à la dernière ligne.


"Qui ?" nous permet de faire connaissance avec les trois principaux protagonistes du drame. Grâce à la technique du monologue intérieur nous pénétrons au cœur même de leurs pensées et ce que nous y trouvons n'est pas joli-joli. Il y a d'abord Cynthia, adolescente de 15 ans lourdement  handicapée qui ne rêve que vengeance et passe son temps à ruminer sa rage contre l’ordure (le  médecin de l’institution où elle végète), le salaud (son beau-père) et sa sale conne de mère. Il y a ensuite Morier, le médecin en question, un arriviste de première, froid et insensible, en instance de divorce. Enfin il y a Alain, 17 ans, obsédé sexuel et néanmoins impuissant, venu à l’institution pour un job d’été.


« Pourquoi » permet de comprendre les liens qui relient ces trois personnages. Peu à peu les différentes pièces du puzzle s’emboîtent. Des pans de leur passé nous sont dévoilés, des connections se font jour et l'on comprend mieux le rôle que chacun est amené à jouer.


« Comment », c’est l’enquête policière à proprement parler. Une enquête menée par Gabelou, le commissaire pépère de "La bête et la belle", qui se retrouve plongé dans une nouvelle affaire bien sordide.


Qui ? Pourquoi ? Comment ?  Mais il faudrait ajouter « Où », car le décor à son importance. L'institut pour jeunes handicapés où se déroule le plus clair de l’histoire n’est pas le genre d’endroits que l’on évoque volontiers. On préfère habituellement les ignorer, eux et leurs pensionnaires, faire comme s’ils n’existaient pas pour ne pas être dérangé dans notre petit confort bien douillet.


Jonquet lui, ne nous en cache rien. Il nous force à les regarder bien en face, sans détourner la tête. Très crûment, il nous montre leur quotidien, nous fait toucher du doigt leur vie éprouvante, l’asservissement dans la maladie et même les détails les plus cracra, la bave, l’incontinence… Il décrit la honte ou le remord des parents, les visites qui s’espacent, l’absence d'empathie du personnel médical, et surtout  l’isolement dans la douleur physique et morale.


Pourtant le récit ne donne pas dans le pathétique larmoyant. Au contraire, Jonquet réussit le tour de force de nous faire oublier le handicap de Cynthia. La dureté de la jeune fille, sa haine et sa détermination en font un personnage comme un autre, un individu à part entière.


Cette nouvelle histoire de vengeance, aussi forte que celle de « Mygale », est aussi une critique sans concession du milieu de la bourgeoisie médicale avec ses week-ends à Deauville, ses conférences à Genève et ses cliniques privées qu'il faut rentabiliser. Un monde de riches et de puissants qui bénéficient d'une certaine forme d'immunité en achetant le silence de leurs victimes.

Gallimard - Folio - 1999

25 octobre 2015

HROLF KRAKI - POUL ANDERSON

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Réécriture de la saga médiévale éponyme narrant les exploits de quelques rois Danois du haut moyen-âge.

« Hrolf Kraki », est le roman idéal pour qui veut découvrir les sagas scandinaves sans avoir à se frotter à l'aridité de ces textes médiévaux. Poul Anderson les a dépoussiérés juste ce qu'il fallait pour les rendre lisibles sans pour autant les dénaturer. Son récit a donc conservé pour une bonne part la forme de ces longs poèmes en prose que les scaldes composaient pour chanter la gloire des rois vikings. Cela nous donne un curieux mélange de faits historiques et de légendes nordiques, à la fois travail d’historien et œuvre de conteur.


On y apprend donc beaucoup sur le Danemark du haut moyen-âge et sur ses souverains qui ne sont encore guère plus que des roitelets, tantôt fermiers et tantôt chefs de guerre. On découvre leur mode de vie mêlant agriculture et artisanat, commerce et rapine et on observe leurs rapports tumultueux avec les peuples voisins, suédois, saxons et autres vikings.


Mais le roman de Poul Anderson a le plus souvent des allures de conte de fées. Il y est question d’oncles malveillants qui usurpent le trône de leurs neveux, de sorcières et de malédictions. Il y a aussi des épées magiques et des créatures maléfiques, bref tout l’arsenal de la magie et du merveilleux est au rendez-vous.


J'ai d’ailleurs été surpris de la grande ressemblance qui existe entre l'épopée de ce roi danois et la légende arthurienne. Les points communs entre la vie romancée de ces deux monarques sont en effet nombreux. On y trouve à chaque fois un roi sage et respecté entouré de champions, une naissance dans des circonstances particulières, la trahison d’une sœur et jusqu'à leur mort à l’issu d’un combat épique.


Pour être tout à fait honnête j'avouerai que je me suis tout de même bien ennuyé. Passe encore la première partie, riche d’intrigues et de rebondissements. Helgi, le papa de Hrolf, est en effet un personnage haut en couleur, pas forcément sympathique mais doté d’un gros tempérament. Sa difficile conquête du trône, ses démêlées avec ses vassaux et ses aventures galantes font de sa vie un combat continuel très agréable à suivre.

Les pages consacrées à la vie de Hrof Kraki sont en revanche beaucoup moins passionnantes. Le célèbre roi ne mouille d’ailleurs guère le maillot, laissant à  ses champions le soin de tuer le troll ou le dragon. Les exploits des uns et des autres se succèdent donc, presque toujours selon le même scénario, et cette redondance finit par devenir lassante.

Garancière - Aventures fantastiques - 1985

26 mai 2015

LES EMMURES - SERGE BRUSSOLO

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Pour se faire pardonner une faute professionnelle, Jeanne a accepté un reportage sur la "Maison Malestrazza" où, vingt ans plus tôt, des meurtres abominables ont été perpétrés. Il s'agit de recueillir les témoignages de ceux des habitants qui ont connu Beppo Mallestrazza, l'architecte-assassin qui murait ses victimes dans les parois de l'immeuble. Afin de s'imprégner de l'atmosphère des lieux elle emménage dans l'un des appartements resté vacant et commence son enquête. Très vite, elle acquiert la certitude que le meurtrier, qui ne fut jamais arrêté, habite toujours la sinistre résidence.


La plupart des romans de Serge Brussolo ont pour cadre un univers clos : une île, une pyramide, un bunker, un château. Des lieux en marge du temps, microcosmes étouffants régis par leurs propres règles.
Cette fois, il s'agit d'un immeuble qui pourrait être banal si un serial killer n'y avait trouvé refuge depuis bientôt vingt ans.

Et comme le bonhomme n'est autre que le concepteur du bâtiment, les rumeurs les plus folles circulent sur son agencement. Passages secrets, murs creux, glaces sans tain, nul n'est à l'abri du psychopathe. Sa présence, réelle ou supposée, fait peser sur tous les locataires une angoisse irraisonnée qui les pousse aux conduites les plus étranges. Offrandes déposées dans l'ancien appartement du tueur, lits protégés par une cage, murs recouverts de zinc, chacun exorcise sa peur comme il le peut.

Cette ambiance de folie latente et de crainte permanente donne le ton de la première partie du roman. Sans elle, l'enquête de Jeanne serait bien terne malgré ses allures de randonnées en haute montagne. L'exploration de l'immeuble a en effet tout d'une l'expédition. Les corridors succèdent aux escaliers déserts, les étages abandonnés aux appartements vides. L'héroïne bivouaque dans les chambres de bonnes et fait du rappel sur les toits. Quant aux rares habitants qu'elle rencontre, ce sont pour la plupart de vieux originaux rappelant ces paysans qui refusent de quitter leurs alpages. Elle finira néanmoins par retrouver la trace de l'architecte et, à partir de là, le roman changera d'allure.

Sans déflorer l'intrigue, indiquons simplement qu'il s'ensuit un huis-clos particulièrement stressant. Jeanne se retrouve prisonnière au fond d'une courette, véritable cul de basse fosse qu'elle partage avec un fou de la pire espèce. Un dément auquel elle doit disputer sa part de nourriture et surveiller en permanence pour éviter d'être mutilée. Un face à face éprouvant qui trouvera sa conclusion tout au bout d'un crescendo de folie et d'horreur.

Editions Gérard de Villiers - 1990

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2 mai 2015

LA PARABOLE DES TALENTS - OCTAVIA E. BUTLER

audiable010Lauren Olamina, son époux et leurs compagnons de route ont finalement décidé de s'installer à la Chênaie, dans le nord de la Californie. Grâce à un travail acharné, ils parviennent à créer une communauté prospère qui sert aussi de socle à la diffusion des idées de Lauren. Mais leurs efforts vont être compromis par l'arrivée au pouvoir d'un fondamentaliste religieux et nationaliste qui embarque le pays dans une guerre hasardeuse contre le Canada et commence à persécuter ceux qu'il juge responsables de la déchéance de la nation. La communauté dirigée par Lauren en fait partie.

Si "La parabole du semeur" baignait dans une atmosphère résolument post-apocalyptique, sa suite a plutôt des allures de dystopie. "L'épidémie", cette catastrophe économique et écologique qui a mis à genou les USA continue à produire ses effets néfastes. La population est toujours aussi pauvre, la vie demeure rude et précaire mais le gouvernement a repris la main et un avenir semble désormais possible.

Malheureusement les élections changent la donne et les Etats-Unis de 2032 prennent rapidement des allures d'Allemagne des années trente. Pour décrire les méfaits de ce régime autoritaire, Octavia Butler s'est en effet copieusement inspirée du régime nazi et de ses manifestations les plus nauséabondes. Propagande, guerre, boucs émissaires et camps d'internement, les buts recherchés et les méthodes utilisées sont bien les mêmes. 

C'est donc dans des circonstances toujours aussi troublées que nous retrouvons ses personnages là où nous les avions laissés cinq ans plus tôt, un peu mieux lotis tout de même puisque leur communauté s'est étoffée et leurs conditions matérielles améliorées. Mais cela ne dure pas. Au bout de deux cents pages, leur petit paradis est pris d'assaut et transformé en enfer.

Octavia Butler évite ainsi de nous servir une resucée de son précédent roman dans lequel il était déjà question d'une communauté contrainte de vivre en autarcie. Cela lui permet d'élargir le champ d'action de son récit et d'installer ses personnages dans un contexte plus général, celui de leur pays et de leur époque. C'est qu'on avait tendance à oublier que si le mode de vie de nos héros est proche de celui des pionniers du XIXème, il n'en va pas de même pour tout le monde. En Amérique ou ailleurs, la recherche scientifique continue... et les découvertes. Ainsi d'une forme de vie originale sur la planète Mars ou de la mise au point des dreamasks, des appareils de réalité virtuelle.

La seconde bonne initiative de l'auteur est d'introduire un point de vue différent de celui de son héroïne en insérant entre les pages de son journal les commentaires de sa fille rédigés une vingtaine d'années plus tard. Celle-ci porte un regard distancié et volontiers critique sur la vie de sa mère. Il souligne ce que l'idéal de Lauren peut avoir d'exclusif et comment elle relègue au second plan tout ce qui pourrait la distraire de son objectif.

Enfin, la dimension religieuse qui n'était que esquissée dans "La parabole du semeur" s'affirme davantage. Le rôle messianique de l'héroïne y est flagrant et la comparaison avec Jésus évidente. Tout comme le Christ, Lauren partage les joies et les peines des hommes et femmes qu'elle côtoie (son hyperempathie lui fait en effet éprouver la douleur ou le plaisir d'autrui). Comme lui elle s'entoure de fidèles et vivra une passion (ses deux années d'esclavage et de tortures quotidiennes) dont elle sortira fortifiée dans sa volonté de répandre ses idées.

Heureusement, cet aspect "christique" n'entrave en rien la lisibilité du roman. Il reste toujours aussi passionnant, exactement dans la même veine que le précédent et clos de fort belle manière cette peinture d'un futur angoissant parce que plausible.

Au Diable Vauvert - 2001

8 avril 2015

LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TOM GORDON - STEPHEN KING

ldp15136Pour s'être éloigné du sentier balisé sur lequel elle randonnait en famille, la petite Trisha se retrouve perdue au cœur des Appalaches. Espérant sortir des bois en suivant le cours d'un ruisseau elle va au contraire s'enfoncer davantage dans les profondeurs du massif montagneux, sans équipement ni provisions. Pour retrouver les siens, il va dès lors lui falloir faire preuve de courage et d'ingéniosité et, surtout, surmonter ses terreurs de petite fille.

Je suis perplexe. Je me demande s'il me faut saluer la performance d'un auteur capable de nous raconter sur deux-cent-quatre-vingt pages les mésaventures d'une gamine de neuf ans perdue dans la forêt ou si je dois m'insurger contre un gigantesque "fouttage de gueule". Sincèrement je ne sais que penser. Alors, pour tenter d'y voir plus clair, je vais lister les arguments pour et les arguments contre. On verra après.

Ce qui plaide indiscutablement en faveur de ce livre, c'est son portrait réussi de petite fille courageuse. Parfaitement crédible tant au niveau de son langage, de ses réflexions et de ses réactions, la jeune héroïne occupe avec brio le devant de la scène. Son long monologue intérieur nous fait découvir ses relations avec ses parents divorcés ou des sujets plus légers tels que ses goûts musicaux, ses jeux avec son amie Pepsie, ses profs, bref, tout le petit univers d'une enfant de neuf ans est très bien restitué.

L'aspect « survie en milieu hostile » est également bien abordé. Mister King a potassé le sujet avec sérieux pour déterminer le type de faune et de flore que Trisha peut rencontrer en juillet, dans les forêts du New Hampshire. Ses descriptions sonnent juste et il distille ce qu'il faut de bonnes et de mauvaises rencontres, sans en rajouter. Les guêpes et les moustiques lui rendent ainsi la vie dure tandis que les baies et les graines lui évitent de mourir de faim. Ajoutons-y le froid, l'eau polluée, la diarrhée et la fièvre qui s'ensuivent, tout cela donne à l'histoire un aspect indéniablement plausible.

Mais la vraie bonne idée, c'est d'avoir fait prendre corps aux peurs enfantines de Trisha. Ce monstre que les enfants croient tapis sous le lit ou au fond de l'armoire, la petite fille le sent rôder autour d'elle, acharné à sa perte et se moquant de ses misères. Elle voit sa main dans tous les obstacles qui se dressent sur son chemin et c'est donc autant contre elle-même que contre les éléments qu'elle doit lutter.

Côté contre, je n'ai finalement qu'un seul argument, mais de taille : je me suis copieusement ennuyé. C'est long, long, long à n'en plus finir. A l'instar de la petite Trisha qui espère découvrir derrière chaque arbre un signe de présence humaine, j'ai passé tout le livre à attendre que survienne quelque chose d'excitant, que surgisse un monstre, un pervers, des indiens sur le sentier de la guerre, n'importe quoi pourvu qu'il se passe enfin quelque chose.

Stephen King a oublié que ce qui ne manque pas d'intérêt sur cinquante page, une centaine à la rigueur, devient franchement lassant au-delà. La petite est fatiguée, a faim, froid, peur, est malade, veut son papa, sa maman. Oui, on le comprend aisément. Mais est-ce que ça suffit à faire un livre ? Certains penseront que oui et crieront à la performance littéraire, au génie. Voire. Pour ma part je reste sur un profond sentiment d'ennui. Malgré un bon personnage et un sens indubitable de la narration, le roman de Stephen King est tout de même sacrément creux. Et ce ne sont pas les matchs de base ball que la petite héroïne écoute à la radio (et auxquels je ne comprend foutre rien) qui m'ont aidés à faire passer la pilule !

Mon troisième rendez-vous avec Stephen King est donc encore raté. Ça devient une habitude.

Albin Michel - Livre de Poche - 2002

15 septembre 2014

LES CHEVALIERS SANS EPERONS - JEAN D'ESME

imagesC'est avec une immense joie que Jacques Debat accueille sa nomination au Groupe Nomade du capitaine Croisville. Cette unité qui opère au cœur du Sahara est en effet considérée comme l'élite des troupes montées et tous les officiers rêvent d'y être affectés. Le jeune lieutenant a toutefois un motif plus personnel de se réjouir : le capitaine est un ami de longue date ainsi que le frère de Françoise, sa fiancée. Sa déception est donc d'autant plus grande lorsqu'il est accueilli fraîchement par son supérieur qui lui annonce derechef que sa sœur a décidé de rompre ses fiançailles. Mais alors que les relations entre les deux hommes tournent à l'orage, les tribus berbères montrent des signes de révolte... 

Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon méhariste. Désolé pour la rime mais je n'avais pas de légionnaire sous la main. Ce qui n'a finalement pas grande importance puisque les soldats de la coloniale font aussi bien l'affaire. Il sont tout aussi bronzés, musclés et sévèrement burnés que les affreux jojos de la légion.

Et c'est heureux parce que c'est bel et bien à un roman guerrier que nous avons affaire. Un récit d'aventures coloniales comme on en écrivait avant guerre. Une histoire qui célèbre l'honneur et le sens du devoir, l'amitié virile et le courage.

On y croise tout plein d'officiers parfaitement à l'aise dans leurs jolis uniformes, de braves tirailleurs sénégalais parlant petit nègre et qui, comme en quatorze, viennent servir de chair à canon pour les beaux yeux du gentil bwana, sans oublier les méchants de services, ces fourbes chefs de tribus qui refusent de reconnaître les bienfaits de la colonisation française !

Bon, soyons honnête, tous ça nous est fort bien raconté. L'auteur sait très bien de quoi il parle. Il a lui même fait l'école coloniale et a bourlingué un peu partout dans le monde, notamment dans ce désert mauritanien dont c'est qu'il nous cause. Faune, flore, vocabulaire militaire ou indigène, il est parfaitement à son affaire.

Mais son histoire est un peu terne et le livre tient presque plus du documentaire que du roman.  Il y a juste une petite intrigue sentimentale qui vient pourrir les relations entre deux officiers, lesquels se retrouveront toutefois à la faveur d''un engagement contre l'ennemi. Ce combat dans les dunes constitue d'ailleurs le morceau de bravoure du livre : charges à dos de chameaux, soif, sable et sang, une belle démonstration d'héroïsme et de patriotisme.

Flammarion - 1942

7 mars 2014

DERRIERE LA COLLINE - XAVIER HANOTTE

xavier-hanotte-derriere-la-colline

1948. Chargé d'entretenir les cimetières militaires de la grande guerre, un jardinier se souvient de sa participation au conflit et de ses amis morts au combat. Il évoque en particulier la mémoire de l'un d'entre eux dont la disparition eut sur son existence des conséquences inattendues.

Enfant, j'ai passé une bonne partie de mes vacances en Picardie, dans un petit village de l'Aisne où se trouvait un cimetière de soldats britanniques. Je me souviens très bien de la petite nécropole avec ses alignements de pierres blanches et ses pelouses impeccables. Je me rappelle aussi y avoir lu les noms de ces anglais venus mourir en France et de l'étonnement que j'éprouvais quand, comparant la date de naissance à celle du décès, je découvrais que des gamins de dix-huit ou dix-neuf ans pouvaient mourir à la guerre. Ce roman m'a fait éprouver un sentiment similaire. Il m'a fait ressentir à nouveau l'immense tristesse de ce gâchis sans nom et réaliser l'incroyable tragédie que représentent ces jeunes vies fauchées avant que d'avoir pu s'accomplir pleinement.

Xavier Hanotte met des visages sur ces noms gravés dans la pierre. Il nous invite à partager l'existence de plusieurs de ces jeunes britanniques qui ne furent pas que des soldats mais des hommes avec une famille, des espoirs et des peines. Nous découvrons grâce à lui la lucidité teintée d'amertume du lieutenant Burrell, la gouaille de Frank- putain de wombat-Bates ou l'amour sans faille qu'Evans porte à son épouse. Nous découvrons surtout la formidable amitié qui unit Nigel et William, leur rencontre à Londres et  leur engagement dans un de ces « bataillons de copains » composés d'amis, de collègues ou de voisins.

Nous les suivons tous dans les environs de Thiepval où se prépare la terrible offensive qui verra la mort de la plupart d'entre eux et nous les côtoyons au quotidien, à l'arrière ou dans les tranchées. Dès lors, le destin de tous ces hommes ne peut plus nous laisser indifférent. Les sentiments qu'ils éprouvent avant l'assaut, leur peur, leur impatience, sont un peu les notre, tout comme le sera le désarroi des survivants.

Même s'il illustre les premières heures de la bataille de la Somme, « Derrière la colline »n'est pas un roman guerrier. Les combats n'y occupent pas une grande place, tout juste une grosse cinquantaine de pages sur les 400 que compte le livre. Mais elles sont intenses et montrent parfaitement leur âpreté ainsi que la soudaineté de la mort sur un champ de bataille : « L'obus qui me faucha ne me cherchait pas davantage que les dizaines, les centaines, les milliers de projectiles qui éclataient au même moment sur le front de Somme. Le ciel vint à ma rencontre tel le fond d'un puits. J'y plongeait la tête la première, dans les eaux noires d'un sommeil sans rêves où je sombrai bientôt, oublieux d'un monde qui, probablement, ne méritait rien d'autre ». Elles reflètent aussi le sentiment d'impuissance et d'abandon de ces soldats déboussolés, abrutis de peur et de douleur et qui ne souhaitent plus qu'une chose : en finir au plus vite.

Quant à la description de ce no man's land où ils souffrent et meurent, elle est proprement hallucinante. Une vision d'enfer digne de Dante : « Aussi loin que portait le regard, une vérole d'entonnoirs défigurait le paysage retourné par la charrue folle d'un géant ».

On en ressort complètement ahuri. Dégouté aussi par l'ampleur du carnage. Près de 60000 tués et blessés en une seule journée, tel est le bilan de cette attaque mal pensée ou mal préparée. En tout cas inutile. Dans ces conditions, difficile pour les survivants de trouver une justification au sacrifice de leurs compagnons. Difficile aussi de comprendre pourquoi ils ont survécus et d'imaginer quoi faire du supplément de vie qui leur est accordé.

Le héros de Xavier hanotte est de ceux-là. Un rescapé qui, à défaut d'avoir trouvé un sens à la mort de ses amis, essaye d'en donner un à sa vie. Un homme qui n'est certes pas mort en même temps que ses camarades mais dont l'existence n'en est pas moins restée bloquée au 1er juillet 1916. Depuis, il perpétue le souvenir des défunts en veillant sur leurs sépultures. Une façon de rester près d'eux et d'éviter que leur souvenir ne disparaisse trop tôt : «  Un mort qu'il me fallait sauver coûte que coûte de l'oubli, de la dissolution, du grand plongeon dans le noir absolu de l'anonymat ».

Plus qu'un roman sur la guerre, Derrière la colline est donc un roman sur l'amitié, la vraie, capable de survivre à la honte et au remord. Capable même de survivre à la mort. C'est aussi un livre remarquablement écrit, souvent poétique et parfois même onirique. D'ailleurs, quitte à spoiler un peu, je ne résiste pas à la tentation de citer l'un des derniers paragraphes qui est aussi l'un des plus beaux : « Quand le moment sera venu, je vous retrouverai tous. Toi d'abord, papa, que je pourrai enfin serrer entre mes bras. Toi qui, j'en suis sûr, comprendras. Vous aussi, mon lieutenant, vous qui savez déjà ce qu'il y a derrière la colline, alors que moi, j'ai pris peur sur le seuil. Et vous, mes amis d'avant, dont la fidélité fut si mal récompensée. Peut-être même toi, Béatrice, que je ne puis ni haïr, ni pardonner. Et puis toi, William, mon frère, qui m'a offert bien plus que tu ne le sauras jamais ».

Un grand merci à Babelio et aux éditions Belfond pour m'avoir fait découvrir ce très beau livre.

Belfond - 2014

 

15 novembre 2013

INFERNO - FRED & GEOFFREY HOYLE

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Cameron est un physicien de renom travaillant en Suisse pour le compte du gouvernement britannique. Il continue néanmoins à cultiver ses racines écossaises et se rend aussi souvent que possible dans son chalet au cœur des Highlands. Alors qu'il séjourne en Australie pour une expertise sur la construction d'un télescope, Cameron fait une découverte inquiétante. Un corps céleste semble sur le point de pénétrer le système solaire où il pourrait provoquer l'anéantissement de la vie sur Terre. Après avoir informé les autorités compétentes de l'imminence de la catastrophe, il se retire en Écosse, l'un des rares territoires conservant une chance d'être épargné par le feu céleste.

Avec Inferno, les frères Hoyle nous proposent un roman que l'on rattachera sans hésitation à "l'école catastrophiste" britannique qui, avec des œuvres telles que Terre Brûlée de John Christopher, La révolte des Triffides de John Wyndham ou encore Le dernier rivage de Neville Shute (roman auquel l'un des personnages fait d'ailleurs allusion dans ce livre), a fait les belles heures de la SF anglaise.

Les premiers chapitres constituent une sorte de prologue dont l'objectif est de nous faire cerner la personnalité du héros et nous présenter les lieux qui serviront de décor à la partie post-apocalyptique du roman. Nous découvrons ainsi un petit bout d'Écosse perdu au bord de son loch et un homme au caractère bien trempé, propriétaire terrien respecté et fier de ses racines gaéliques.

Quelques phrases illustrent parfaitement son état d'esprit : «Il aspira de l'air entre ses dents serrées et maudit les subtilités qu'imposaient maintenant l'ère de la démocratie. » «La police est peut-être utile et importante dans certaines circonstances, mais dans d'autres elle devient une engeance parfaitement néfaste.""...certaines situations ne peuvent être dénouées dans le cadre des conventions bien policées d'aujourd'hui. » Des remarques qui nous permettent de deviner que derrière l'homme de science se cache un homme d'action, habitué à commander et régler les choses à sa manière.

Si le caractère de Cameron est abondamment détaillé, il n'en va pas de même pour tous les protagonistes de l'histoire et, à part son épouse, les autres personnages ne font que de la figuration. C'est l'une des deux faiblesses du roman. L'autre réside dans le déséquilibre entre ses deux grandes parties.

En effet, avant d'aborder les quatre chapitres consacrés à la catastrophe et ses conséquences, il aura d'abord fallu en passer par huit autres assez rébarbatifs. Presque une centaine de pages dans lesquelles, de l'Angleterre à L'Ecosse, des Etats-Unis à l'Australie, Cameron rencontre ses pairs et cause astronomie ou physique nucléaire.

Fred Hoyle était lui-même un astronome réputé. C'est lui qui a donné son nom au fameux Big-bang, théorie à laquelle il ne croyait d'ailleurs pas. On sent qu'il maîtrise son sujet et se trouve parfaitement à l'aise dans ce domaine qui le passionne. N'ayant pas de bagage scientifique, j'ai décroché à plus d'une reprise et, malgré ses explications et ses schémas, j'ignore toujours ce qu'est un quasar et pourquoi ça peut venir foutre le bordel sur notre bonne vieille Terre. Mais bon, c'est comme çà et je lui fais confiance.

Donc, un bidule hyper lumineux vient se balader dans la banlieue de notre galaxie et réchauffer du même coup notre petite boule de glaise. C'est l'enfer sur Terre. Tout est irrémédiablement cramé et seuls sont épargnés les territoires les plus au nord : le Canada, la Scandinavie, la Sibérie et... l'Ecosse pardi ! Ayant prévu le coup notre cher Cameron s'en retourne fissa au pays de ses ancêtres pour sauver sa peau et se préparer à des lendemains qui déchantent.

Comme je l'ai dit plus haut, le monsieur a du caractère et va rapidement se montrer l'homme de la situation. Il va prendre en main la destinée des quelques centaines d'habitants peuplant les bourgades alentour et commencer d'organiser leur survie. Il pourra heureusement compter sur pas mal de moyens humains et matériels : des véhicules, des stocks de nourriture, des médecins, des policiers... Bref, le redémarrage ne sera pas aussi compliqué qu'il aurait pu le craindre. Tant mieux pour lui. Et tant pis pour nous car, dans ces conditions, les difficultés sont bien vite gommées et l'histoire perd de son intérêt.

Heureusement, on trouve toujours en pareilles circonstances des individus peu scrupuleux qui tentent de profiter de la situation. Un chef de guerre et un monarque auto-proclamé vont ainsi lui compliquer la tâche et justifier l'emploi de la force et le recours à une justice expéditive. Des extrémités auxquelles Cameron se résoudra sans trop de scrupules ce qui ne contribuera pas à nous le rendre sympathique (sans parler de la gifle magistrale ponctuée d'un «Boucle la, bonne femme » qu'il assène à son épouse qui ose critiquer son autorité). On en vient même à penser que le bonhomme ne regrette en rien son ancienne vie et qu'il est même plutôt satisfait de pouvoir enfin agir à sa guise en dehors de tout cadre institutionnel.

Ce roman n'apporte donc rien de bien nouveau au genre et son seul intérêt est de nous présenter un "redémarrage" à l'échelle d'une communauté plus fournie qu'à l'accoutumée.

Denoël - Présence du Futur - 1976

 

17 mai 2013

LA PLANETE DES SINGES - PIERRE BOULLE

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Le journaliste Ulysse Mérou a accepté d'accompagner le professeur Antelle pour une expédition spatiale qui doit les mener du côté de Bételgeuse. Arrivés à destination ils entament l'exploration d'une planète visiblement peuplée par une race évoluée. A leur grande surprise, les humains qu'ils rencontrent sont nus, ne parlent pas et vivent de façon primitive. Une question se pose alors : quelle est la race intelligente qui gouverne la planète ?


Mondialement connu pour les adaptations cinématographiques dont il a fait l'objet, La planète des singes est avant tout un excellent roman dont beaucoup ignorent qu'il fut écrit par un français. Chauvinisme à part, il faut reconnaître que cette notoriété n'est pas usurpée car, film ou roman, il s'agit d'une œuvre intéressante à bien des égards.

L'histoire étant connue de tous j'insisterais sur les trois points qui m'ont parus les plus importants. En premier lieu, le roman est basé sur une inversion des rôles. Sur Soror ce sont les singes qui tiennent les rênes du pouvoir. Ils ont su développer leur intelligence et maintenir un haut degré de civilisation tandis que les hommes n'ont cessé de régresser pour n'être plus que des animaux guidés par leur instinct.

Malgré tout, on prend naturellement parti pour les pauvres humains asservis par les vilains macaques et la situation d'Ulysse Mérou maintenu en captivité nous semble injuste. Pourtant, les singes ne font que jouer leur rôle de race dominante. Ils ne se comportent ni mieux, ni moins bien que les hommes de la Terre qui ont soumis toutes les autres espèces animales à leur volonté. Ce retournement de situation nous fait ainsi entrevoir ce que certains de nos actes peuvent avoir d'inhumains, notamment à l'égard d'espèce chez lesquelles ont reconnaît une certaine intelligence (singes, dauphins).

Le second point digne d'intérêt concerne les débats scientifiques entre chimpanzés et orangs-outangs sur le fait de savoir si l'homme a précédé ou pas le singe sur le chemin de la connaissance. Cela nous rappelle la controverse entre les tenants de la doctrine créationniste et les partisans de la théorie de l'évolution. On y retrouve d'ailleurs les mêmes esprits obtus qui préfèrent le mythe à la vérité du moment que cela conforte leur position et leurs prébendes.

Jolies aussi, les réflexions sur la notion de civilisation. A quoi reconnaît-on une société intelligente ?  (langage, rites funéraires, jouets...) Qu'elle doit être notre conduite à l'égard des espèces chez lesquelles on décèle cette étincelle ? Les questions soulevées sont passionnantes et sur ce point le roman est à mettre en parallèle avec "Les animaux dénaturés" de Vercors.

Mais la plus grande qualité du roman réside dans le soin apporté aux personnages. Sentiments, espoirs, certitudes, leurs personnalités sont remarquablement étudiées et nous les voyons évoluer au fil des rapports qui se nouent. Ainsi de Cornélius partagé entre vérité scientifique et souhait de préserver la prééminence des quadrumanes, de Nova la jolie indigène dont la vie est irrémédiablement bouleversée par sa rencontre avec Ulysse et surtout la relation entre ce dernier et Zira, la chimpanzé.  Une relation qui, à défaut d'être charnelle, débouche sur une très belle communion d'esprit.

Signalons encore quelques petites divergences entre le livre et le célèbre film de Franklin Schaffner. La première concerne le niveau de développement de la société simiesque : alors que le roman décrit une civilisation développée avec voitures et avions, le cinéma a préféré opter pour un stade pré industriel.

Mais c'est la chute de l'histoire qui diffère le plus puisque le film suggère davantage un voyage dans le temps qu'un voyage dans l'espace. J'avoue pour ma part, préférer la splendide image d'un Charlton Heston à genoux devant les restes de la statut de la liberté.

Pocket - Littérature Best - 1981

 

15 mai 2013

TROIS COEURS, TROIS LIONS - POUL ANDERSON

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Danemark, hiver 1943. Sur le point de succomber aux nazis, Holger Carlsen se trouve projeté dans un univers médiéval fantastique. Sans le vouloir, il y prend la place d'un preux chevalier dont il ignore tout mais qui semble appeler à jouer un rôle déterminant dans le conflit qui oppose les forces de la Loi aux puissances du Chaos. Décidé malgré tout à retourner dans son pays et son époque, il se met en quête du moyen d'y parvenir. Il rencontrera sur son chemin un nain râleur et une fort jolie femme-cygne qui lui feront découvrir le monde du Milieu, ce dangereux territoire qui sépare l'empire carolingien du royaume de Faërie.  

En refermant ce livre je reste sur une impression mitigée : pas franchement déçu mais bien loin de l'enthousiasme escompté. C'est que je m'attendais à beaucoup mieux de la part du grand Poul, l'homme aux 7 prix Hugo. A du grandiose, de l'épique ! Quelque chose comme une formidable épopée médiévale qui nous aurait conduit de la cour de Charlemagne au royaume de Faërie. Un récit où l'on aurait assisté à des batailles dantesques entre preux chevaliers et démons, à des alliances contre nature, à des trahisons et de hauts faits d'armes. Parce que, c'est pas pour dire, mais c'est à rien moins que la lutte entre la Loi et le Chaos qu'il nous conviait !

Or, qu'avons-nous réellement ? Rien de plus qu'une gentille quê-quête menée par un chevalier errant et ses trois compagnons. Pas exactement une promenade de santé puisque les quat'zamis devront surmonter bien des périls et affronteront tour à tour un dragon, un géant, un loup-garou, une ondine et un troll. Mais pas de crainte, ils en viendront facilement à bout grâce à Holger et ses connaissances scientifiques d'homme du XXème siècle.

C'est que le monsieur a beau être plongé dans le plus extraordinaire des mondes, côtoyer fées et sorcières, il n'en cesse pas moins de chercher des explications rationnelles à tout ce qui l'entoure. Pour lui, le feu d'un dragon s'explique par quelques notions de thermodynamique, la malédiction pesant sur un loup-garou est un simple problème de gêne récessif et lorsqu'un géant se change en pierre il y voit a transformation de carbone en silicium entraînant la formation d'un isotope radioactif !

Tout cela apporte évidemment une note d'humour décalé qui constitue d'ailleurs la principale réussite de ce livre et que l'on retrouve aussi dans des dialogues plutôt bien tournés (les remarques sarcastiques du nain Hugui, l'échange d'amabilités entre Morgane ou Alianora...). Mais là encore ce n'est pas transcendant et en la matière, je lui préfère de beaucoup celui de Sprague de Camp.

Bon, n'allez tout de même pas croire que je me sois ennuyé. Le récit est rondement mené et ne souffre d'aucun temps mort. Il y a même quelques très bonnes idées dont cet imaginaire Carolingien qui nous change agréablement du sempiternel folklore breton.

Alors si vous aviez décidé de lire ce bouquin, ne changez surtout pas vos plans. Il vous réserve quelques bons moments de franche gaieté.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 

10 mai 2013

TERRASSEMENT - BRIAN ALDISS

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Alors qu'il vogue vers les côtes de l'Afrique à bord d'un super cargo nucléaire, Knowle Noland se souvient de différents moments de sa vie. De sa jeunesse misérable dans une ville surpeuplée, de ses longues années de travail forcé dans une ferme d'état ou de son bref passage chez les "voyageurs". Mais un naufrage et quelques lettres d'une inconnue le plongeront dans les méandres de la politique de l'Afrique, dernier continent encore "viable". 


Ce roman de Brian Aldiss vaut surtout pour sa description d'une Terre transformée par l'homme, soumise, épuisée, exsangue.
 

Nous découvrons des continents entiers transformés en open-field et subissant les effets néfastes d'un productivisme porté à son paroxysme. Nous pénétrons dans des villes érigées sur d'immenses plateformes où la promiscuité est telle que les gens traînent dans les rues plutôt que rester dans leurs minuscules habitations. Nous côtoyons un temps les "voyageurs" qui refusent l'existence que le système leur impose et vivent traqués dans les ruines des anciennes cités. Nous rencontrons la secte des abstinents qui s'oppose au suicide collectif que représente une natalité non maîtrisée et nous abordons le continent africain riche d'espoir mais divisé et au bord de la guerre. 

Un livre sombre et d'un abord difficile. Le récit y est fait à la première personne par un individu qui, de son propre aveu, est victime d'hallucinations. Les flash-backs y sont fréquents et l'on passe, sans crier gare et sans aucun souci de chronologie, du présent à diverses périodes de son passé. 

Pourtant il vaut la peine de s'y accrocher ne serait-ce que pour le décor qu'il nous brosse d'un monde surpeuplé en proie à une famine chronique mais aussi pour les états d'âme de son héros, désabusé mais refusant d’abdiquer tout espoir.  

Après le très ardu "Mars blanche" et le décevant "Monde vert", me voici réconcilié avec cet écrivain. Tant mieux. 

Le Masque Science-Fiction - 1979

 

10 mai 2013

L'ETOILE DU TEMPLE - MAUD TABACHNIK

untitledEn ce début de XIVème siècle, dans la France de Philippe le Bel, il ne fait pas bon être juif ou templier. Aussi, lorsqu'on trouve sur son pré un templier assassiné et dépouillé, Aaron Meyerson, riche diamantaire de Troyes, sent venir les problèmes. Et ils ne tarderont pas à arriver. Accusé d'avoir tué le templier Agnetti et de lui avoir dérobé le "Grand Joïpur", il est promis à une mort certaine. Mais sa fille ne l'entend pas de cette oreille et se lance à corps perdu dans la recherche du véritable coupable. Son enquête lui fera courir bien des dangers et la conduira à mettre au jour un complot contre les templiers. Mais peut-on vraiment faire triompher la justice quant on est juive...et femme de surcroît. 


Pour sa première incursion dans le roman historique, Maud Tabachnik spécialiste du thriller et du roman policier, a choisi une date intéressante. 1306, c'est bien sûr l'année de l'expulsion des juifs du royaume de France mais c'est aussi l'année qui précède la condamnation puis l'éradication des templiers. Dans ces conditions rien d'étonnant à ce que figurent parmi les principaux personnages des membres de ces deux communautés, certes bien différentes et souvent opposées, mais réunies en la circonstance par une même menace.

Toutefois, s'il est fréquent de retrouver des templiers jouer les têtes d'affiche, il est en revanche plus rare de voir des juifs occuper les premiers rôles. C'est là une originalité qu'il convient de saluer et qui permet de découvrir leur vie quotidienne dans une société où ils sont à peine tolérés.

Mais si la description des vexations et persécutions qu'ils subissent sonne juste, il n'en va pas de même du personnage principal. Rachel est en effet parée de trop de qualités et de vertus pour en faire une héroïne crédible. Elle s'habille en homme, chevauche sans complexe et tire l'épée. Ce fût déjà bien difficile pour Jeanne d'Arc un siècle plus tard, alors pour une juive ! Ajoutons à cela qu'elle fait preuve d'une tolérance à l'égard de tout un chacun et d'une indépendance pour le moins anachroniques.

Je lui préfère de loin le personnage de Philippe de Champagne. Faible, indécis, occupé de ses seuls plaisirs mais néanmoins ouvert et curieux, il me parait beaucoup plus en accord avec son époque, et par là même, plus vrai. D'autant qu'il évolue au fil du récit, prend de l'envergure, s'interroge et va même jusqu'à contrarier sa nature et risquer sa position. Un personnage multiple et assez attachant.

Pour en finir avec les protagonistes de l'histoire, signalons aussi Jean le Pieux qui campe un méchant pour le coup parfaitement crédible, confit de haine et rongé par l'ambition, mais aussi tous ces templiers sentant le vent tourner et les représentants de la communauté juive de Troyes, craintifs mais pas totalement soumis.

Pour ce qui est de l'enquête, il faut avouer qu'elle s'avère finalement assez secondaire et sert surtout de révélateur aux ambitions et aux manœuvres des puissants et sa conclusion sera, somme toute, assez sommaire. Ce livre vaut donc surtout pour son atmosphère et ses descriptions : la ville de Troyes et son marché, la prison du palais ducal ou l'intérieur d'une maison bourgeoise, la campagne sous la neige, une maison templière, une auberge...

Editions Vivianne Hamy - 1997

 

10 mai 2013

LA TERRE ETAIT ICI - MAXIME BENOIT-JEANNIN

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Après la gigantesque guerre nucléaire qui a ravagé la Terre, les survivants se sont réfugiés sous les coupoles protectrices d'une gigantesque conurbation : Liparis. Celle-ci couvre la quasi-totalité de l'Europe avec pour capitale Bureaucratis où siège la Chambre haute d'astrologie qui dirige d'une main de fer une population amorphe et soumise. 

Seule Station 5, la cité libertaire, s'oppose à son pouvoir hégémonique. Ses clans de loubards sèment partout la terreur et s'aventurent même dans les faubourgs de Bureaucratis. Mais ces hordes de motards sont-elles vraiment indépendantes ? Pourquoi Korch et Chronos veulent-ils s'emparer du pouvoir ? Et surtout, quel jeu jouent les anciennes colonies, Mars et Vénus ?  


Maxime Benoit-Jeannin se défend dans sa postface d'avoir voulu écrire un roman d'avant-garde. Cela n'empêche pas son livre d'avoir un petit côté expérimental. Mots en caractères gras pour souligner leur importance, flashs infos ou notices biographique s'intercalant entre les chapitres, noms farfelus des personnages, le style est assurément déconcertant. Mais, au-delà de ces libertés d'écriture, il m'a surtout semblé être le reflet de son époque : celle des années punk.

Cela se sent à la façon dont ses personnages vomissent l'establishment ou critiquent institutions politiques et populations moutonnières. Cela se sent aussi au ton employé, extrêmement cru et provocateur. L'intention de choquer est évidente et ce n'est pas un hasard si les scènes de sexe et de violence foisonnent, si le meurtre succède aux viol, le massacre à la torture. L'auteur ne fait preuve d'aucune pitié envers ses personnages, ne leur laisse aucun espoir,  ne leur promet rien d'autre qu'une chevauchée sanglante et désespérée avec la mort au bout. No future !

Mais ce livre n'est pas qu'un exercice stylistique ou un pamphlet libertaire. Il possède aussi une véritable intrigue, une histoire d'espionnage et de manipulation, et l'on y rit souvent des références à notre XXème siècle décadent.

Petite remarque en passant : Brantonne n'a certainement pas lu ce bouquin avant d'en illustrer la couverture car ses motards à tête de chérubins sont bien loin des malfrats crasseux et obscènes du roman !

Kesselring - Ici et maintenant - 1978

 

9 mai 2013

LE DRAGON DU ROI SQUELETTE - SERGE BRUSSOLO

untitledJunia et Shagan sont chargés par leur maître, le magicien-forgeron Massalian, d'une mission auprès du roi de Kromosa. Voici donc l'improbable couple (le cul de jatte et la géante) contraint de pénétrer dans une ville maudite sur laquelle plane l'ombre d'un dragon assoupi. Véritable épée de Damoclès, celui-ci effectue de lentes révolutions au-dessus de la cité qu'il affecte de son influence pernicieuse. Les habitants des quartiers populaires qui vivent dans son ombre sont ainsi victimes d'horribles mutations tandis que les patriciens qui consomme la neige rouge issue de son haleine perdent la faculté de se nourrir normalement. Shagan et Junia auront fort à faire pour contrecarrer de nouveau les noirs desseins du roi squelette.


Ce second volume du " roi squelette " s'inscrit dans la droite ligne du précédent. Nous y retrouvons donc son atmosphère de fantasy d'opérette truffée d'anachronismes que même la magie ne saurait justifier (la montgolfière, le fil de fer barbelé...) et qui mélange allègrement moyen âge et péplum.

Il met également en scène les mêmes protagonistes : le roi squelette, le magicien Massalian et bien sûr notre duo de choc : Shagan et Junia. C'est d'ailleurs cette dernière qui est à l'honneur et qui, la plupart du temps, prend les choses en mains et relègue son compagnon à un rôle d'assistant. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en savoir un peu plus sur elle (seul l'histoire de Shagan nous avait été dévoilé dans "Le tombeau du roi squelette"), sur son passé et sur la race des femmes Ooni, géantes et cannibales.

Sous ses airs de conte de fée horrifique ce roman est donc un Brussolo pur jus où chaque page recèle son lot d'idées géniales et loufoques. La plupart du temps elles sont pour l'auteur l'occasion d'explorer l'infini variété des mutations et transformations auxquelles il peut soumettre le corps humain. Et il s'en donne à coeur joie le bougre : foetus phagocytés par des esprits malins, enfants malformés, cadavres ramenés à la vie, hommes et femmes transformés en reptiles ou en viande de boucherie ; la liste est longue des mauvais traitement qu'il fait subir à ses personnages.

Mais on ne s'en plaindra pas car cela nous procure quelques agréables frissons et une lecture facile et dépaysante. Que demander de plus ?

Fleuve Noir Anticipation - 1989

9 mai 2013

LE TOMBEAU DU ROI SQUELETTE - SERGE BRUSSOLO

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Junia et Shagan sont esclaves du forgeron Massalian, un sorcier réputé qui utilise la force de l'une et l'intelligence de l'autre pour régler quelques affaires délicates. Une main d'œuvre bon marché dont la fidélité lui est assurée grâce à l'engourdissement qui les saisit sitôt quittée l'atmosphère surchauffée de la forge et que seule peut ralentir une potion connue de lui seul.

Ils seront ainsi amenés à porter secours à un homme victime d’une armure ensorcelée et, surtout, à neutraliser l’esprit du roi squelette dont le réveil menace toute la région. Il leur faudra pour cela vaincre les nombreux périls de la lande des exécutions. 

Ce roman est l'une des rares incursion de Serge Brussolo dans l'univers de l'eroïc fantasy. Cela ne l'empêche pas de nous servir comme à son habitude, une histoire qui foisonne d'idées et de scènes percutantes mais au scénario trop faible pour mettre en valeur toutes ces jolies trouvailles.

Et c'est bien regrettable car Junia et Shagan sont des héros particulièrement originaux. La première est une géante obèse sujette à des crises de sommeil tandis que son compagnon est un cul de jatte à l'esprit vif et aux bras remarquablement musclés.

Complémentaires (comme qui dirait "la tête et les jambes") leurs services sont très appréciés de leur maître qui leur confie les missions les plus périlleuses. Voici résumé le concept de ce qui constitue désormais une série puisqu'aux deux opus parus chez Fleuve noir (le présent livre et Le dragon du roi squelette) il faut ajouter Les cavaliers de la pyramide et Les mangeurs d'argile qui reprennent les deux personnages dans l'univers plus réaliste du péplum.

Après une brève entrée en matière au cours de laquelle l'histoire de Shagan nous est contée, l'auteur nous plonge rapidement dans l'action. Un amuse bouche tout d'abord qui voit nos deux héros affronter une armure ensorcelée puis le plat de résistance en la personne du roi squelette et de ses sortilèges.

Bref, beaucoup d'action, quantité de tableaux surprenants et horrifiques, mais une chute un peu abrupte et qui ne résout rien puisque le danger n'est que momentanément repoussé et que la condition de Shagan et Junia n’évolue pas d’un pouce. Mais on ne s’en étonnera pas puisque c’est là un petit défaut que l’on retrouve dans bon nombre des romans de l’auteur.

On passera en tout cas une paire d’heures bien agréable en compagnie de ce couple aussi improbable qu’attachant et on n’oubliera pas de sitôt la vision hallucinante de gibets et autres instruments de mort s’animant et cherchant à faire de nouvelles victimes

Fleuve Noir Anticipation - 1988

 

9 mai 2013

PROMETHEE DE L'OMBRE - VINCENT VOX

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Lorsqu'un confrère lui demande de s'occuper d'une patiente atteinte d'amnésie, le Dr Lasserre, psychiatre réputé sur la place de Paris, est d'abord tenté de refuser. Mais lorsqu'il apprend que l'amnésique est âgée de près d'un siècle et que, malgré cet âge avancé, elle a conservé l'apparence d'une jeune femme et attend un enfant, il accepte avec enthousiasme et décide de lui consacrer tout son temps. 

Afin de la sortir de son état catatonique, il entreprend de recréer l'atmosphère et les circonstances de son traumatisme. Ils emménagent donc dans le vieux manoir où Martine de Neuville, sa patiente, vécut le drame qui fut cause de son amnésie et au cours duquel son mari disparut et son assistant trouva la mort. L'expérience est couronnée de succès. Martine reprend goût à la vie et sa grossesse parvient à son terme. Mais la sombre demeure où ils ont emménagé recèle bien des secrets, lesquels ont peut-être un rapport avec la croissance accélérée de l'enfant de Martine et son appétence pour...le sang.


L'éphémère collection "Frayeur" du fleuve noir a édité dans les années 90 une trentaine de petits romans écrits pour la plupart par des auteurs peu ou pas connus. Une politique éditoriale qui a permis de révéler de nouveaux talents dont l'excellente Anne Duguel. Malheureusement la qualité ne fut pas toujours au rendez-vous et ce n'est pas ce roman de Vincent Vox qui me contredira. 

Je suis pourtant "bon public" et lorsque je décide de m'envoyer un bouquin d'épouvante, genre où l'on trouve à boire et à manger, je suis d'avance disposé à faire des concessions. Je conçoit même volontiers que l'ouvrage ne soit pas foncièrement original et vampires, fantômes et loups garous ne me rebutent nullement. 

Mais dans ce roman, l'auteur accumule les clichés (le manoir délabré, les souterrains humides avec laboratoire secret et oubliettes, les villageois suspicieux, le savant maudit, un vieux grimoire...) sans que rien ne vienne compenser ce manque d'originalité. 

Les meurtres ne sont pas franchement gore, l'humour est inexistant et même ses scènes de cul manquent de conviction ! Et comme en plus l'intrigue est rapidement éventée, cela nous donne un roman mou du genou et insipide. 

Alors on pourra toujours me dire que son vampire est d'un genre particulier ou que ses morts-vivants différent quelques peu des habituels zombies. C'est vrai. Mais çà n'est quand même pas suffisant pour retenir mon intérêt et seule l'envie de savoir ce qui s'est passé un siècle plus tôt entre le triangle amoureux mari/femme/amant m'a poussé à finir le roman.

Alors si vous croisez ce livre chez un bouquiniste, passez votre chemin ! Vous trouverez sans doute bien mieux à lire dans votre PAL.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

4 mai 2013

LA VOIE DU CYGNE - LAURENT KLOETZER

untitledPour le professeur Jéophras Dénio, la journée commence plutôt mal. A peine remis de l'échec de sa première tentative de vol mécanique, il apprend que sa pupille a été emprisonnée pour le meurtre du prince de Céthys. Convaincu de l'innocence de Carline et bien déterminé à la sauver, il rend visite à Jaran chez qui s'est déroulée la soirée au cours de laquelle le meurtre a eu lieu. Ce dernier, frère jumeau du prince de Dvern, le charge alors de faire la lumière sur cette affaire. Le voici donc lancé dans une dangereuse enquête qui le conduira à soupçonner tour à tour les personnages les plus puissants du royaume.

Cela fait bien longtemps que je ne m'aventure plus qu'avec circonspection dans le domaine de la fantasy. Non qu'il s'agisse d'un genre qui me déplaise, mais j'ai été déçu par tant de tolkienneries insipides que je m'en suis progressivement éloigné.

Avec ce livre de Laurent Kloetzer j'ai pourtant fait une bonne pioche. Il parvient en effet à se démarquer de la production sus mentionnée de bien des façons. Son univers tout d'abord, fouillé, original et qui, avec son atmosphère de renaissance italienne, nous change agréablement du sempiternel background médiéval. Exit aussi la magie, la sorcellerie et autres effets de manches de vieux croûtons enchapeautés. Place à la raison et à la réflexion scientifique ! Les personnages ne disposent pas de "talents" ou de "pouvoirs" particuliers et utilisent juste leur cervelle pour tracer leur route. Ce qui ne les empêche pas d'être foutrement intéressants, Jeophras denio en tête, savant plus très jeune, grincheux mais recelant un cœur d'or, mais aussi Carline, jeune femme pleine de fougue et d'idéaux ou encore Alexis, le gavroche local.

L'intrigue est au diapason du décor. Surprenante, absolument pas manichéenne mais au contraire multiple et retorse. Elle nous est dévoilée d'une façon singulière et originale au grès de chapitres qui alternent le présent avec l'enquête de Jéophras, le passé proche et la partie de jeu de l'oie dans le palais de Jaran et enfin, l'enfance des protagonistes du crime, seize années plus tôt. Bref, trois niveaux de narration qui s'interpénètrent pour nous donner les clés du mystère.

La cité de Dvern dans laquelle se déroule l'essentiel du roman est également digne d'intérêt. Remarquablement décrite, c'est un véritable plaisir que de se perdre dans ses ruelles et ses tavernes, visiter églises et palais semi-troglodytes ou s'aventurer dans la petite Dvern, enclave mystérieuse et entièrement soumise aux caprices d'un prince.

Une seule petite réserve à mon enthousiasme : le clin d'œil un peu trop marqué à la mythologie grecque. Bien sûr, le jeu de l'oie est l'une des représentations du labyrinthe dont le plus célèbre est sans doute celui imaginé par Dédale pour y enfermer le Minotaure. Pour autant, était-il nécessaire de calquer à ce point le récit sur les aventures de Thésée, Minos, Arianne, Icare et Egée? Je trouve pour ma part que cela n'apporte pas de valeur ajoutée au récit et lui enlève même une part de son originalité.

Mais rassurez-vous, tel quel, ce roman demeure très recommandable et vous fera passer un bien bon moment.

Gallimard - Folio SF - 2001

7 mai 2013

ETRANGE CONFLIT - DENNIS WHEATLEY

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Londres, 1941. Alors que la bataille d’Angleterre fait rage, l’intelligence service requiert l’aide du duc de Richleau. Ce dernier se voit ainsi confier la tâche de découvrir par quel moyen les allemands se procurent les itinéraires de la flotte britannique et parviennent à couler leurs convois maritimes. Grâce à ses connaissances en magie blanche, il soupçonne très vite une intervention surnaturelle et parvient à remonter jusqu’à un prêtre du culte vaudou. Aidé de ses trois fidèles compagnons il se lance alors sur les traces de cet allié des nazis et le traque jusqu’en Haïti. Mais de chasseurs, les voilà bientôt transformés en gibier… 

 

Voici un nouvel épisode des aventures du Duc de Richleau contre les forces des ténèbres.

Après avoir lutté contre le Guépéou dans la Russie des soviets (Territoire interdit) et contre une secte satanique (Les vierges de Satan), il est cette fois confronté à un grand maître du Vaudou.

C’est une nouvelle occasion pour l’auteur de nous faire partager ses connaissances en matière de sorcellerie, de magie, de vie après la mort et bien sûr de Vaudou. C’est que monsieur Whaetley s’est parfaitement documenté et n’ignore plus rien des pentacles, bâtons d’encens, eau magnétisée et autres objets propices à l’évocation des forces surnaturelles. 

Malheureusement, ces explications sont surabondantes et les trop nombreuses séances de « spiritisme »  ralentissent le déroulement de l’intrigue. Et comme les quelques scènes d’action qui émaillent le récit ne sont pas très convaincantes, on peine à s’intéresser au sort de nos héros.

Dommage car cette alliance des forces maléfiques avec le nazisme, autre représentation du mal absolu, était plutôt bien trouvée. Restent quelques idées sympathiques dont la description du corps astral des personnages vivant une vie indépendante pendant leur sommeil ou encore une utilisation originale du mythe des zombies.

Un autre intérêt de ce roman, plus anecdotique, réside dans le fait qu’il fut rédigé en 1941 c’est à dire pendant les évènement qui lui servent de cadre. Il ne faut donc pas s’étonner d’y entendre les allemands appelés nazi ou boches, ni être surpris que l’un des personnages secondaires souhaite « couper la gorge à tous les français sans discrimination » en raison de la trahison du régime de Vichy.

« Etrange conflit » est en quelque sorte la participation de Dennis Wheatley à l’effort de guerre britannique et c’est à dessein qu’il conclu son livre en prophétisant que le Royaume-Uni sera le rempart du monde. L’histoire lui a donné raison.

Editions NéO - NéO Plus - 1988

 

13 mai 2020

LES DERNIERS JOURS DU PARADIS - ROBERT CHARLES WILSON

denoel-lunes11644-2014

Une bonne partie des romans de RCW est construite sur l’idée de l’irruption d’un phénomène inexpliqué qui vient bouleverser le quotidien de l’humanité. "Les chronolithes", « Spin » ou encore « Darwinia » en sont de bons exemples. « Les derniers jours du paradis » s’inscrit dans cette continuité avec tout de même une différence notable puisqu’ici seul un petit nombre d’individus a conscience de ce changement.

Le postulat est le suivant : au début du XXème siècle, une entité extra-terrestre semblable à un gigantesque nuage de spores a colonisé la radiosphère (la couche située au-dessus de l’atmosphère) et contrôle depuis les communications terrestres afin d’orienter les politiques, les recherches bref, la destinée de la planète. Une manipulation secrète mais pas forcément néfaste pour l’humanité. L’hypercolonie – c’est le nom donné à l’entité – agit un peu à la façon d’un symbiote. Pour assurer en toute sécurité sa reproduction et son essaimage, elle a besoin des capacités techniques que lui procurent les hommes et veille donc à ce que notre planète soit la plus tranquille possible. Peu de guerres, une prospérité à peu près universelle, la Terre soumise au règne de l’hypercolonie a des allures de paradis. Pourtant, cent ans plus tard, des hommes et des femmes s’opposent à cette dictature bénéfique. Ce sont pour la plupart des scientifiques et leurs familles regroupés au sein d’une organisation parallèle : la Correspondence Society. Peu nombreux, ils sont contraints de vivre dans la clandestinité pour échapper aux Simulacres (les Sims), des humanoïdes chargés d’éliminer ceux des humains qui viendraient à s’opposer aux projets de l’hypercolonie…

En dépit de cette idée assez captivante, le traitement de l’intrigue n’a rien de particulièrement neuf. Remplacez l’hypercolonie par une agence gouvernementale du genre CIA ou KGB, les Sims par des tueurs à gage et les membres de la Correspondance Society par des résistants et vous aboutissez à une histoire d’espionnage et de guerre souterraine relativement banale. Quelques fusillades, des fuites, des planques et des rendez-vous manqués, le plus clair de l’intrigue reprend le schéma très classique de ce type de récits. Celui-ci est heureusement entrecoupé par les souvenirs des différents personnages qui nous montrent de quelle façon les résistants ont découvert le pot aux roses et comment ils ont entrepris de lutter contre ce qu’ils considèrent comme une invasion.

Ces personnages sont d’ailleurs, et c’est une constante chez l’auteur, particulièrement bien croqués. Psychologie, rapports humains, espoirs ou déceptions, leurs caractères sont formidablement exploités et c’est avec plaisir que nous suivons quatre ados confrontés à des responsabilités qui les dépassent, un couple séparé depuis de nombreuses années mais contraint de faire cause commune, un paranoïaque, un junkie… Cela n’est malheureusement pas suffisant pour faire de ce livre un grand roman de SF et ce ne sont pas les ultimes révélations ni les sympathiques allusions à « L’invasion des profanateurs de sépultures » ou aux « Coucous de Midwich » qui me feront changer d’avis. Reste qu’il nous propose une invasion extra-terrestre pour le moins originale et nous invite à réfléchir à une question qui ne l’est pas moins : peut-on, en échange d’une vie meilleure, aliéner notre libre arbitre et accepter de n’être plus totalement maître de notre destinée ?

Denoël - Lunes d'Encre - 2014

5 juillet 2016

TROGLO-BLUES - BERTRAND PASSEGUE

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Troglo-blues est un post-apo nerveux, sombre et violent qui pallie son manque d'originalité par un cadre intéressant. Bertrand Passegué a en effet située son intrigue dans le métro parisien, précédant ainsi d'une bonne quinzaine d’années Dimitri Glukhosky et son « Métro 2033 ». Anecdote mise à part, il faut avouer que cet univers souterrain ne manque pas d'attrait avec sa théorie de tunnels quadrillant le sous-sol parisien, sa pénombre et ses culs de basse fosse.

L'histoire se déroule trente ans après une bonne grosse guerre qui a vu la France écoper de sa part de bombes. Paris et sa région ont bien morflés et seul le centre de la capitale s’en est sorti sans trop de dommages. Autour, des ruines et une campagne désertique où survivent tant bien que mal des paysans pressurés par les affreux parisiens. Ces parasites sont de deux sortes. Il y a ceux qui vivent à la surface, aux alentours de l'hôtel de ville, sous la coupe du maire Lacourt. Il y a ensuite les troglos qui  ont choisi de vivre sous terre dans les galeries du métro où ils avaient trouvé refuge pour échapper aux bombes.

Deux communautés qui se craignent et se disputent la ville, le jour pour les uns, la nuit pour les autres. Mais cette rivalité n’est qu’une façade destinée à maintenir les masses sous le joug de deux totalitarismes, la peur mutuelle justifiant dans les deux camps un pouvoir fort et sans partage. Pour avoir mis au jour la collusion entre les deux « mondes », cette symbiose de la terreur, Joris est contraint de fuir l’entourage du maire et finit par trouver refuge chez les troglos sous une fausse identité. 


A partir de ce moment l'intrigue perd un peu de son ambiance post-apo pour prendre des allures d'histoire de sociétés secrètes avec secte, grand maître et épreuves initiatiques. Le récit demeure vif et l'action bien présente mais ça manque tout de même d'inventivité dans le déroulement des évènements. Heureusement la personnalité du héros est plus complexe. On croit longtemps que Joris n’est motivé que par l’envie de survivre et de se mettre définitivement à l’abri. Puis, quand on le voit gravir les échelons de la hiérarchie souterraine, on pense qu’il cherche le moyen de se venger de ceux qui ont tué sa copine tout en mettant à bas la double tyrannie.

Or, on se rend finalement compte qu’il est exactement comme ceux qu’il exècre. Ce qu’il veut, ce n’est pas réformer le système, mais le reprendre à son compte. Il est avide de pouvoir et des avantages qu’il procure, il est violent et égoïste, bref c’est une belle ordure. Mais comme on s’est pris au jeu, qu’on a jusqu’alors frémit avec lui et formé des vœux pour sa réussite, on ne peut malgré tout s’empêcher d’espérer qu’il s’en sorte. Heureusement pour la morale, Bertrand Passegué se montrera beaucoup moins indulgent que nous…

Fleuve Noir Anticipation - 1991

 

 

 

 

19 mars 2015

KAMARDE - PASCAL FRANCAIX

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Pour approvisionner son petit théâtre des horreurs, Garrigou fait régulièrement affaire avec Luther, un antiquaire capable de redonner vie à des cadavres. Il dispose ainsi d'une petite troupe de "monstres" qu'il exhibe dans les foires et maltraite sans vergogne jusqu'à ce que l'un d'eux lui échappe...

Le premier tiers de ce roman m'a fait penser au Freaks de Tod Browning. Nous y suivons les pérégrinations d'un camelot qui parcourt les routes de Flandres pour exhiber de pauvres hères affublées d'un physique improbable. Mais alors que je m'attendais à une histoire de revanche des "monstres" sur leur persécuteur, le roman prend une toute autre direction.

Nous partons pour la Bretagne où l'un d'eux a choisi de se réfugier. Un choix peu judicieux lorsqu'on a l'apparence d'un squelette et que les habitants de cette région arriérée (le récit doit se dérouler au XIXème siècle puisque, s'il est question de journalistes, on s'éclaire encore à la bougie) vous prennent pour l'Ankou.

A partir de là, le récit devient extrêmement confus. Une épidémie de peste se déclare, la population désespérée se livre à d'effroyables bacchanales tandis que l'homme-squelette est poursuivi par la foule et par un journaliste qui semble avoir une idée derrière la tête. Pour finir, une partie des personnages se retrouve de nouveau en Flandres pour une séance de nécromancie assez pathétique.

On le voit, le l'histoire manque cruellement d'unité. Pascal Françaix enchaîne les scènes effrayantes mais n'arrive pas à construire une intrigue cohérente. Il manque aussi quantité d'explications (comment le nécromant s'y prend pour redonner vie aux cadavres, pourquoi ses créations se nourrissent de la peur des gens) ce qui nuit à la bonne tenue de l'histoire.

Kamarde vaut donc principalement pour sa galerie de personnages (le montreur de monstres, la créature qui tente de trouver sa place dans une société qui le rejette, un nouvel Orphée qui pourchasse l'Ankou pour le forcer à lui rendre sa défunte épouse), pour son l'atmosphère cafardeuse et pour l'utilisation d'un vocabulaire argotique fort savoureux.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

3 mai 2013

LA BOUFFE EST CHOUETTE A FATCHAKULLA - NED CRABB

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Lorsque la tête d’Oren Purvis est retrouvée au bord d’une route, personne à Fatchakulla Springs n’éprouve la moindre tristesse. Il est vrai que la victime était détestée d’à peu près tout le monde et que plus d’un avait un bon motif de le supprimer. Ce qui n’arrange pas les affaires du Shérif Beemis qui se retrouve ainsi avec presque autant de suspects que d’habitants.

Désemparé, il n’a d’autre ressource que d’appeler à l’aide le Sherlock Holmes local : Linwood Spivey, ainsi que Doc Bobo, le médecin de la petite bourgade. Mais les trois hommes auront fort à faire pour débusquer le responsable de ce meurtre…et de quelques autres. 

Ce roman n’a que peu à voir avec le fantastique qui ne fait d’ailleurs son apparition qu’à la toute fin du récit. Raison pour laquelle il a été publié dans la série noire de Gallimard et non dans une collection SF. Mais pour autant, le côté policier de ce livre n’est pas son principal attrait. Son intérêt réside plutôt dans sa description, irrésistible de drôlerie, d’une bourgade du sud des Etats-Unis et de son folklore fantasmé : chaleur et humidité, bayous peuplés d’alligators, gargotes crasseuses et belles américaines (les voitures, pas les femmes).

Côté personnages nous sommes également très bien servis puisque défile devant nous une palanquée de loufoques de tous poils, piliers de comptoirs, abrutis consanguins, prédicateurs véreux, shérifs à la gâchette facile, putes vérolées et autres truands.

Vous l’aurez compris, c’est à une bonne grosse comédie policière que nous convie Ned Crabb. Alors, si vous souhaitez vous divertir un brin je vous en conseille vivement la lecture ; de préférence par temps de canicule, confortablement installé dans un hamac avec un pack de bières à portée de main. Histoire de porter un toast à la santé de Willie le siffleur !

Folio Policier - 2008

 

 

17 octobre 2021

LA FIN DE SELB - BERNHARD SCHLINK

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Alors que son vieux cœur commence à donner des signes de faiblesse, Selb accepte une mission anodine : trouver l’identité de celui qui sauva la banque Weller & Welker de la faillite, un siècle plus tôt. Une enquête à tiroirs qui le conduira jusque dans les länders de  l’ex RDA. 

Ainsi que le laisse supposer son titre, ce roman est le dernier que Bernard Schlink a consacré à son détective septuagénaire, ancien procureur du troisième Reich revenu de ses erreurs de jeunesse. Comme dans les autres opus de la trilogie, il nous propose une intrigue à double détente. Ici, elle débute par une histoire de blanchiment d’argent avant de rebondir sur des faits de spoliation des avoirs juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Premier constat : cela se lit toujours aussi bien. Selb est plus attachant que jamais, tout comme les nombreux personnages secondaires qui gravitent autour de lui : l’inspecteur Nagelbach et son épouse, Philipp et Füruzan, le chirurgien et l’infirmière toujours prêt à soigner ses gros et petits bobos, sa compagne Brigitte et bien d’autres encore. Des amis qui vont être mis à contribution davantage que de coutume pour faire la lumière sur une affaire où les victimes ont une fâcheuse tendance à se transformer en coupables.

L’enquête de Selb se déroule dans le milieu feutré des banques d’affaire. Des institutions discrètes qui dissimulent bien des secrets derrière leurs façades cossues, et pas que des plus avouables. Malversations ou corruption, l’argent fait toujours bon ménage avec le pouvoir et les banquiers savent s’arranger de tous les régimes, qu’ils soient nazis, communistes ou capitalistes.

Les déambulations de Selb seront aussi pour l’auteur l’occasion d’évoquer la réunification de l’Allemagne. Un évènement qui ne fut pas forcément bien vécu par les allemands de l’est. Entre les licenciements qui ont accompagnés la privatisation des entreprises d’Etat et la perte d’un système social plus protecteur, ces derniers ont en effet le sentiment d’avoir beaucoup perdu. Malgré une liberté retrouvée, ils se sentent humiliés et ont la désagréable impression d’avoir été conquis plutôt que réellement accueillis par leurs cousins de l’Ouest.

Gallimard - Folio Policier - 2009

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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