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SF EMOI
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17 mai 2013

LA FEMME MORTE - BERNARD FLORENTZ

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Arnaud Flacelière est un jeune homme de dix-sept ans en proie à une sévère crise d'adolescence. Il passe le plus clair de son temps libre dans les garrigues des environs de Marseille où il se laisse aller à ses idées morbides. C'est là qu'il découvre le corps d'une jeune femme, visiblement assassinée. Plutôt que de prévenir la police, il décide de transporter le cadavre dans un refuge isolé.

Dans le même temps, Louis le Merle, un vieux proxénète, décide de retourner sur les lieux du crime pour faire disparaître définitivement le corps de Nora, l'une de ses "protégées" qu'il a fait supprimer la veille. Mais en ce jour de la Toussaint, les morts sont à la fête et Nora leur réserve une belle surprise. 

Sur la 4ème de couverture, la collection Frayeur se flatte d'être la première à avoir osé publier un roman de Bernard Florentz. Honnêtement, il n'y a pas de quoi se vanter car cette histoire de fantômes (ou de zombie, on ne sait plus très bien) est extrêmement pauvre dans à peu près tous les registres.

Bernard Florentz y fait dans le sordide sans que cela apporte grand chose à son récit. Il se complaît à décrire la pourriture des chairs, les humeurs, les sanies et les vomissures. On a l'impression qu'il souhaite choquer son lecteur mais il n'y parvient même pas.

Utilisées mal à propos, ces images repoussantes suggèrent davantage le grand guignol que l'horreur pure. On atteint d'ailleurs le sommet du mauvais goût avec une scène de nécrophilie ou le jeune héros s'envoie en l'air avec un cadavre qui commence à se putréfier.

Ses personnages ne sont que de mauvaises caricatures (l'ado rebelle, la femme au foyer déprimée...) et certains ne servent à rien (le vieux maçon retraité).

Quant à son son style, il est particulièrement verbeux et frise souvent le ridicule. Voici un petit florilège de ses expression les plus invraisemblables : "une voix plus immatérielle qu'un pet lâché par le fantôme de Janis Joplin", "comme un têtard sorti trop tôt de son bocal et cherchant vainement à rejoindre la mère patrie", "un virage plus étroit que la gorge d'un nouveau né".

Alors, premier roman ou pas, ce n'est vraiment pas bon. Il n'y a aucun suspens et l'intrigue, une histoire de vengeance post mortem d'une pute sur son proxo, est indigente. Mais comme je suis d'un naturel indulgent et que je possède un autre bouquin de cet auteur dans la même collection, je lui laisse une seconde chance. J'espère ne pas être déçu.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

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8 mai 2013

LA NUIT DU VENIN - SERGE BRUSSOLO

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Employée chez Sweeton et Sweet, une société spécialisée dans l'édition d'œuvres lyriques, Cécile est chargée par son patron d'une mission particulière. Il s'agit de retrouver des enregistrements d'Isadela Gest, une illustre cantatrice qui mit un terme brutal à sa carrière et se retira sur une île. Elle reprend ainsi le travail de sa meilleure amie dont le suicide a interrompu les recherches. C'est donc dans ces circonstances particulières qu'elle débarque sur l'îlot et entreprend de mettre la main sur les précieuses bobines. Mais en fouinant dans les affaires de la diva elle va réveiller autre chose que de vieux souvenirs...


Ce roman fantastique est très représentatif de l'univers de Serge Brussolo, tant au niveau de l'intrigue et du décor que des personnages. 

L'action se déroule sur une île isolée au milieu d'un lac aux eaux troubles sur laquelle se dresse une vieille demeure délabrée. Des lieux confinés et mystérieux qui se prêtent merveilleusement à ses récits angoissants. Les nombreuses pièces de la grande maison lui permettent ainsi de réserver à son héroïne quantité de surprises (objets anciens et secrets inavouables) tandis que l'insularité du cadre ajoute une sensation de captivité étouffante, de bête aux abois. 

Cécile campe une héroïne brussolienne classique. Complexe et complexée, elle manque de confiance et subit les évènements plus qu'elle ne les provoque. Sans être totalement dénuée d'initiative ou de tempérament, elle agit le plus souvent sous le coup de la peur ou par défi, sans mesurer les conséquences de ses actes. C'est d'ailleurs elle qui précipitera les évènements et sera cause de la catastrophe finale. 

A ses côtés nous découvrons une belle brochette de "freaks"qui viennent ajouter à une ambiance déjà pesante, leur présence grotesque ou menaçante : une diva déjantée, un médecin bossu et retors, une lesbienne masochiste, un clown décrépit, une attardée mentale et...un tamanoir ! 

Bref, un décor et des acteurs angoissants pour une intrigue placée sous le signe du camouflage. Car dans ce livre, chacun se cache, se dissimule, trompe son monde. Les victimes, contraintes de cacher leurs visages déformés sous des masques de porcelaine ou de dissimuler leur corps à l'agresseur (les taches d'encre de Frane ou la farine d'Amietta), mais surtout l'organisme tueur qui se livre à une partie de cache-cache diabolique, se tapit dans l'ombre, se fait ombre. 

Menace d'origine inconnue et dont la nature se précise au fur et à mesure des découvertes de Cécile (malédiction, virus extra terrestre, protoplasme agressif) cette "chose" constitue l'ingrédient le plus intéressant du livre et permet à l'auteur de nous concocter quelques scènes dantesques et surréalistes.

Fleuve Noir Anticipation 1987

 

18 juillet 2021

LES AMANTS ETRANGERS - PHILIP JOSE FARMER

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Ce roman de Philip José Farmer, ainsi que la nouvelle dont il est une extension, tire sa notoriété du fait qu’il fut la première œuvre de SF à faire état d’une relation sexuelle de manière explicite. Dans l’Amérique d’alors, il fit parait-il l’effet d’une bombe. Soixante ans plus tard la bombe a des allures de pétard mouillé. Les mentalités ont changées, la morale itou et la scène de cul qui fit scandale n’a aujourd’hui plus rien de choquante. Ce qui en revanche reste d’actualité et parle encore au lecteur du XXIème siècle, c’est sa dénonciation du puritanisme et sa célébration de la différence.

Pour le reste, « Les amants étrangers » est un excellent mélange de dystopie et de planet-opera. Dystopie car la société qui s’est établie sur une bonne partie de la Terre fait froid dans le dos. Le Clergétat, sorte de communisme théocratique, a la main sur tout. Il détermine qui vous devez épouser, où vous habitez et planifie chaque instant de votre vie grâce à un complexe système d'interdits. Délation et confession obligatoire permettent aux instances étatiques de tout savoir et tout contrôler. Les déviants, les fortes têtes, les comportements individualistes sont sévèrement réprimés.

La description de l'existence de Hal Yarrow, linguiste de seconde zone, illustre parfaitement cette société liberticide "qui a pour fondement la peur, l’ignorance et la coercition". Marié à une épouse qu'il exècre, il est contraint de partager son minuscule logement avec un autre couple. Ses moindres gestes sont surveillés et s'il s'éloigne un tant soit peu de la Sainte Parole de Sigmen, sa carrière et même son existence sont menacés. C'est donc avec joie qu'il accepte de se joindre à une expédition scientifique chargée d'explorer une planète située à plus de quarante années lumières de la Terre.

Commence alors avec la découverte de la planète Ozagen, la partie "planet-opera" du roman. La qualité de linguiste de Hal lui permet de s'immerger parmi les autochtones, des humanoïdes insectoïdes relativement accueillants et dotés d'une technologie semblable à celle de la Terre au début du XXème siècle. Il se lie d'amitié avec l'un d'eux, Fobo, ainsi qu'avec Jeannette, une femme aux origines mystérieuses dont il tombe immédiatement amoureux. La découverte de ce nouveau monde n'est pas foncièrement originale et demeure assez limitée, l'auteur s'en tenant principalement aux particularités physiques de ses habitants, à leurs coutumes et à quelques représentants de la faune locale. Le récit est toutefois plus enlevé qu'au début avec deux ou trois scènes d'action et, ici et là, quelques touches d'humour.

Là n'est pourtant pas le plus intéressant. L'effort de l'auteur porte surtout sur la métamorphose qui s'opère dans l'état d'esprit de son personnage. Bien que souffrant des dérives liberticides de la société dans laquelle il vit, Hal éprouve les plus grandes difficultés à se départir de ses habitudes et de ses principes. Il faudra pour y parvenir la logique sans faille de Fobo pour lui démontrer les contradictions de son dogme et, bien sûr, l'amour de Jeannette pour lui rappeler que les sentiments ne s'embarrassent guère de politique et de morale.

J'ai Lu - Science-Fiction - 1976

15 juillet 2016

NOUNOURS EST PYROMANE - ROBERT BLOCH

neosff115Ce troisième recueil de nouvelles choisies et présentées par François Truchaud pour le compte des éditons NéO regroupe des textes parus entre 1963 et 1979. C'est surtout le genre policier qui est mis à l'honneur, la SF n'intervenant que dans deux cas (Un jouet pour Juliette et Groovyland) et le fantastique à une seule reprise (Ce que tu vois, c'est ce qui t'attend).
Le temps passant, Bloch semble de plus en plus remonté contre la société américaine et le chemin qu'elle prend. Ses critiques sont en tout cas beaucoup plus dures, presque violentes (
Mais d'abord ces mots ou La foire aux monstres) et son humour noir toujours plus dévastateur.

Les cinq premières nouvelles illustrent chacune à leur manière le célèbre adage : « Tel est pris qui croyait prendre ».
Le joyeux farceur, Tout en famille et La capsule du temps ont pour thème les rapports amoureux ou conjugaux et les frictions qui en découlent parfois : un amoureux éconduit désire se venger de la femme qui l'a rejeté, un entrepreneur de pompes funèbres veut tirer parti de son métier pour faire disparaître son épouse, une femme s'apprête à quitter son mari sans éveiller ses soupçons. Tous verront leurs manigances se retourner contre eux.
Un vampire sur mesure a pour cadre la France à l'époque de l'occupation allemande. Un acteur de théâtre partisan des nazis se fait passer pour un vampire afin de dissuader les habitants d'une petite bourgade d'aller roder dans les ruines d'un château où est installé un poste émetteur. Il jouera son rôle à la perfection. Trop même...
Un jouet pour Juliette nous catapulte en revanche dans un lointain futur. A chacun de ses voyages dans le temps, un savant ramène a sa petite fille un homme que la perverse jeune femme utilise pour ses jeux sexuels avant de les mettre à mort. Hommage au divin marquis ce texte propose aussi une explication inattendue à la disparition de Jack l'éventreur
.

Parmi les textes suivants, quatre sont des critiques acerbes de différent aspects de la société américaine que Bloch semble réprouver.
Nounours est pyromane fait le portrait d'un hippie libertaire. Un genre d'individu que Bloch ne porte apparemment pas dans son cœur et qu'il qualifie de oisif et d'inadapté. Il réserve à celui-ci un châtiment particulièrement cruel. Dans Groovyland c'est l'industrie du loisir (parc d'attraction, musique, cinéma, télévision...) qui est passée au crible de son humour corrosif tandis que Mais d'abord ces mots fait le procès des médias et de la politique. Mais c'est La foire aux monstres qui comporte l'attaque la plus virulente. Les habitants de Goober City se bousculent sous le chapiteau de Mr Fall pour assister à sa parade des monstres. Mais les monstres ne sont peut-être pas ceux que l'on croit ? Une attaque en règle contre les « bonnes gens » et un final réellement flamboyant.

Ce que tu vois, c'est ce qui t'attend est le seul texte fantastique du recueil. Un individu entre en possession d'un appareil photo dont les clichés prédisent les circonstances de la mort des personnes photographiées. Un récit très plaisant malgré le classicisme de son sujet et sa fin un peu trop prévisible.

Les autres nouvelles peignent la folie des hommes, du délire paranoïaque à la schizophrénie en passant par la jalousie maladive.
Tu ne fais jamais rien de bien est un texte très bref au final percutant.
Tout est dans le jeu nous propose une petite plongée dans le milieu du théâtre avec une utilisation du monologue d'Hamlet pour le moins originale.
Regarde comme elles courent nous montre toute la difficulté du métier de psychiatre. Et ses risques !
Rapports patient/psychiatre encore pour Celui qui ferme la voie. Mais pas n'importe quel patient puisqu'il s'agit de Robert Bloch lui-même. L'écrivain tente de prouver sa santé mentale à un psychiatre qui lui oppose ses manies et autres psychoses révélées par ses nouvelles. L'auteur en profite pour faire un tour d'horizon d'une bonne partie de ses écrits et met en relief les thèmes récurrents de son œuvre.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

14 juillet 2014

NIGHT STALKER - ZAROFF

imgDans les années 80, en Californie, la trajectoire sanglante d'un serial killer, adepte de satan et fan d'AC/DC.

Précisons-le tout de suite, je ne suis pas amateur de romans gores. Ce n'est pas que les passages ultra-violents ou les descriptions bien cracra me posent problème mais j'avoue ne les apprécier que s'ils sont mis au service d'une intrigue digne de ce nom. Or, mes quelques expériences en la matière m'ont laissés le souvenir d'histoires qui n'étaient que prétexte à un étalage de violence et d'hémoglobine.

Dans ces conditions, pourquoi lire un bouquin de ces éditions Trash qui ne se cachent pas de marcher dans les pas de la célèbre collection Gore du Fleuve Noir ? Pourquoi ? Parce que Zaroff. J'avais déjà pu apprécier sa prose sur ses différents blogs et dans quelques unes de ses nouvelles postées sur le site de L'écritoire des ombres. Je connaissais donc déjà son style : imagé, puissant, souvent provocateur et parfois même vulgaire et j'étais curieux de voir ce que tout cela pouvait donner à l'échelle d'un roman. Et je n'ai pas été déçu.

Une chose est en tout cas certaine, il a respecté le cahier des charges de son éditeur parce que, côté gore, on est servi. Et copieusement ! Zaroff ne respecte rien. Ni les vieux, ni les enfants, pas même les handicapés. Ses personnages sont poignardés, égorgées, étripés, embrochés ou plus modestement, abattus. Son roman est gorgé de sang, de merde, de bouts de cervelles et de viscères. Et de foutre aussi ! Parce que dans Night Stalker, il y a presque autant de sexe que de violence. Et du bien hard, du genre à passer à la télé le samedi soir.

Heureusement, l'humour n'est jamais bien loin et aide grandement à supporter l'accumulation de scènes immondes. Il se niche dans certaines répliques ("je vais t'arracher la tête et te chier dans le cou"), dans quelques scènes (la vie sexuelle de l'adjoint Hunt, les bavures de Winkins), mais surtout dans les rapports entre le Sherriff  Dumont et la tripotée d'imbéciles ou d'arrivistes qu'il côtoie.

Tous ces personnages constituent d'ailleurs le meilleur atout du roman. Entre le shérif désabusé qui attend la retraite, l'ancien du vietnam complètement frappadingue et le maire occupé par sa réélection, on a un peu l'impression d'être dans une série B américaine. Mais c'est à l'évidence le but recherché. Zaroff se joue de ces stéréotypes. Ils les caricature à l'excès pour en faire les figures loufoques d'un polar totalement décalé. Même ses scènes de meurtres prêtent à rire. Pourtant, selon un procédé assez classique, elles sont toutes précédées d'une petite présentation des futures victimes, des instantanés de la vie de ces américains moyens qui permettent au lecteur de pénétrer un peu de leur intimité et de les connaître juste ce qu'il faut pour ne plus être indifférent à la mort ignominieuse qui les attend.Mais l'outrance est telle que là encore, c'est l'humour qui domine... avec un arrière goût de nausée tout de même.

Côté style, on signalera quelques petit tics d'écriture et notamment des expressions qui reviennent un peu trop souvent comme ces femmes qui "ne cachent rien de leur nudité" ou la "matière cervicale" répandue à tout bout de champs. Mais je chipote parce que, globalement, ça tient carrément la route. Les dialogues surtout sont particulièrement bien menés, avec des répliques qui claquent, cinglantes et savoureuses.Quant à sa description de la Californie, elle m'a semblé assez juste, en tout cas conforme à l'idée que je m'en fait.

Un mot tout de même de l'histoire. Zaroff s'est inspiré de celle de Richard Ramirez, un tueur en série qui sévit dans la Californie des eighties. Le personnage est effectivement intéressant mais l'enquête qui doit mener à son interpellation manque un peu de punch et de rebondissements. Cela n'est toutefois pas très grave car, comme je l'ai dit plus haut, le point fort du roman réside dans son ton drôle et percutant qui culmine dans un final absolument immoral mais terriblement jouissif.

Au final, si Night Stalker est indéniablement un roman gore, il a aussi un petit côté parodique qui lui va plutôt bien. Je me suis en tout cas bien poilé en le lisant. Sans doute autant que Zaroff en l'écrivant.

Trash Editions  - 2014

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2 mai 2013

ENCORE UN PEU DE VERDURE - WARD MOORE

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Un fertilisant surpuissant qui agit sur la molécule des graminées a été mis au point par une chimiste originale. Répandu sur la pelouse d’un pavillon de la banlieue de Los Angeles par un représentant de commerce aussi chanceux que maladroit, il provoque la pousse accélérée d’une certaine variété d’herbe qui voit sa hauteur atteindre plusieurs mètres. Mais, plus que sa taille, c’est sa propension à croître sur n’importe quel sol qui alerte les autorités et, malgré tous les moyens employés, « l’herbe du diable » a tôt fait de recouvrir la Californie, les Etats-Unis et bientôt le reste du monde. 

Voici un exemple de roman catastrophe conté sur le mode comique. Certes nous y retrouvons la plupart des ingrédients propres à ce type de littérature : la description de la catastrophe proprement dire, la lutte des autorités contre le phénomène, ses conséquences sur la société et les changements géopolitiques qui s’ensuivent ou encore le parcours de quelques personnages modifié par cet état de fait.

Mais, plus qu’un livre d’anticipation, il s’agit surtout pour l’auteur de se livrer à une critique du capitalisme sauvage. En effet, parallèlement à l’expansion de cette herbe particulièrement envahissante, nous suivons le parcours de Albert Weener, le représentant de commerce à l’origine du mal, dont la réussite dans le monde des affaires est proportionnelle à la pousse de la graminée.

Profitant de la situation, ce dernier acquiert à vil prix des sociétés qui périclitent, investit dans la production d’aliments de substitution, profite de marchés avec les autorités militaires et se réjouit de trouver dans les millions de réfugiés chassé de leurs pays une main-d’œuvre bon marché. Le tout, avec une bonne conscience et une satisfaction de soi à toute épreuve !

Ward Moore se permet également de placer son pays dans les pires des situations. Les Etats-Unis se voient ainsi envahit un temps par l’Union Soviétique (rappelons que ce livre fut écrit en 1947, c’est à dire en pleine guerre froide) et sont la première nation à disparaître sous la couche de verdure. Les américains devront donc quitter leur pays  pour émigrer vers la vieille Europe où ils seront soumis aux mêmes conditions d’accueil que celles pratiquées à Ellis Island. 

Enfin, les savants, chimistes et docteurs de tout poil promettant jour après jour un remède qui ne vient jamais, ne sont pas épargnés et leur incapacité à corriger leurs erreurs est vivement critiquée.

Bref, un roman bien plaisant qu’il conviendrait de faire lire aux fabricants d’OGM et aux milliers d’Albert Weener, actionnaires de ces grandes compagnies.

Denoël - Présence du Futur - 1975

 

28 janvier 2024

BUNKER - SERGE BRUSSOLLO

Premier des trois romans mettant en scène le personnage d’Oswald Caine, quadragénaire baroudeur et auteur de littérature populaire, « Bunker » n’est assurément pas du niveau des deux suivants (oui j’ai lu la trilogie dans le désordre mais, comme souvent chez l’ami Serge, cela n’est pas du tout gênant).

 

Et pourtant, tous les ingrédients d’un bon « Brussolo » étaient réunis : une société en déliquescence, des milices toutes puissantes qui font régner la peur et la violence, une maison inquiétante peuplée des « fantômes » de ses derniers habitants, un trésor mystérieux, il y avait a priori de quoi faire. 

 

Malheureusement, l’auteur ne s’est guère foulé question intrigue. Il s’est contenté de développer deux fils narratifs assez simplistes et qui, au premier abord, ne semblent pas avoir grand-chose en commun. D’une part, une chasse au trésor de guerre nazi dissimulé dans un petit coin d’Amérique latine. De l’autre, une passionaria révolutionnaire qui souhaite se venger d’un dictateur local. 

 

Le premier nous propose un quasi huis-clos dans une maison-bunker construite sur une île. Demeure tarabiscotée tombant en décrépitude, passages secrets et face à face délétère avec un concierge dangereusement fantasque sont au menu de ce versant du récit. Pour le second, c’est une ville quasi désertée de ses habitants qui sert de décor. Une cité balnéaire où la végétation et la faune sauvage reprennent peu à peu leurs droits, où les derniers citadins se terrent dans des appartements transformés en fortins et vivent dans une atmosphère de crainte permanente.

 

Comme toujours, l’auteur nous abreuve d’idées hallucinantes et de fulgurances démentielles et, sans que l’on comprenne trop comment, les deux fils conducteurs finissent par se rejoindre pour un final d’une ironie macabre et déprimante.

 

Ceci étant, il manque à ce roman un petit quelque chose pour le hisser au niveau des meilleurs opus de l’auteur. Pas assez original, pas assez surprenant, pas assez délirant, « Bunker » est un Brussolo relativement moyen. Mais un Brussolo moyen, c’est déjà très bien !

 

Le Livre de Poche - 2006

10 avril 2022

BECAUSE THE NIGHT - GILLES VIDAL

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Désastre climatique, effondrement social, le Grand Chaos a fini par nous tomber sur le coin de la gueule. Dans une France ravagée soumise à la violence des sectes, des hordes d'anthropophages et des pilleurs de tout poil, Angus trace sa route. Au hasard d’une halte, une rencontre impromptue l’amène dans une ferme fortifiée occupée par un petit groupe d’hommes et de femmes. Les jours, les semaines s’écoulent paisiblement, puis les vivres viennent à manquer... 

C’est désormais un fait bien établi, le post-apo s’est affranchi des strictes limites de la science-fiction pour faire des émules parmi les auteurs de littérature dite blanche. Les maisons d’éditions, grandes ou petites, lui ouvre leurs portes et quantité d’auteurs s’engouffrent dans la brèche. Et c’est tant mieux. Cela permet de renouveler le genre et laisse entrevoir de nouvelles perspectives, de nouvelles approches.

Le roman de Gilles Vidal, principalement connu pour ses polars, s’inscrit donc complètement dans ce mouvement. Il a insufflé à son histoire un rythme bien particulier. Pas de chapitres ni de paragraphes, presqu’une seule et longue phrase mêlant narration, conversations et réflexions. C’est ainsi que son héros nous livre ses pensées et ses actions, comme elles viennent, sans prendre le temps d’y réfléchir. Ses souvenirs aussi. Des flash-backs un peu bordéliques suscités par un objet, une vision, une odeur.

De fait, c’est autant son passé que son présent qu’Angus nous raconte. On devine ainsi ce qui a amené la société à cette situation désespérée et ce qui a conduit Angus là où il se trouve. Car il n’est pas là par hasard et, en dépit des apparences, du manque de précisions et de pistes, il y a dans ce roman une véritable intrigue avec un vrai dénouement. Une chute que l’on ne voit pas venir et qui nous cueille sans crier gare, comme un bon gros uppercut.

En attendant, on l’écoute Angus. On se rappelle avec lui les bons et les mauvais moments de la vie. Celle d’avant, quand il y avait encore de l’espoir, un avenir et non pas une existence stérile dédiée à la seule survie. La famille, les amours, les enfants, le travail aussi, tout ce quotidien qui parait parfois sans relief mais qu’on regrette sitôt qu’on l’a perdu.

Post-apo original et sobre, dur mais sans violence excessive, « Because the night » se lit d’une traite, comme une longue expiration dont on sort essoufflé, mais ravi de vivre encore... ici et maintenant.

La Déviation - 2022

4 novembre 2018

PARANOIA - CHRISTOPHE SIEBERT

Paranoia

Ce roman de Christophe Siebert me laisse perplexe. Je sais que j’ai aimé mais je serai bien en peine de vous dire exactement pourquoi. D’ailleurs je ne sais même pas vraiment ce que j’ai lu. Ca ne ressemble à rien de ce que je connais ou plutôt, ça ressemble à trop de choses à la fois. Tâchons d’y voir plus clair.

Premier indice, le roman est publié par les éditions Trash. On aurait donc naturellement tendance à penser qu’il s’agit d’un roman gore. Pourtant, ce n’est pas franchement le cas. Il y a bien quelques scènes de cul et pas mal de meurtres mais on ne tombe jamais dans l’excès. La violence et le sexe sont utilisés, si j’ose dire, à bon escient. Les descriptions sont précises, presque anatomiques, sans que le narrateur ne laisse passer la moindre émotion. Le but n’est pas de choquer mais d’informer, de montrer les choses dans leurs crudité et leur réalité.

Alors si ce n’est pas du gore qu’est-ce donc ? De la SF peut-être puisqu’il est question d’une invasion de la planète par une armée de robots qui viendraient se substituer aux humains. C’est effectivement une piste. Plusieurs personnages sont en effet convaincus de la présence de ces androïdes et de l’existence d’un complot planétaire visant à éradiquer la race humaine. Le problème, c’est que les dits personnages ne sont pas exactement dignes de foi. Alcoolos ou camés, paranoïaques échappés de leur hôpital psychiatrique, ces hommes et ces femmes n’inspirent pas confiance. On aurait même plutôt tendance à croire que leurs visions sont dues aux substances qu’ils s’envoient dans le gosier ou les narines et qu’un régime au pain sec et à l’eau aurait tôt fait de les ramener à de plus saines occupations.

Ce n’est donc pas tout à fait de la SF mais ce n’est pas non plus du fantastique pur jus. On y cause bien des grands anciens, de Nyarlathotep et de ses petits copains, il y a des messes noires au fond d’une crypte et le maître de cérémonie s’envoie en l’air avec un gigantesque crapaud. Mais là encore il est difficile de faire la part des choses entre la réalité et le cauchemar, entre le délire et les faits.

Reste donc une seule possibilité : le polar. C’est sans doute de ce genre que « Paranoïa » se rapproche le plus. Mais un polar social alors, genre néo polar à la française, à la façon d’un Jonquet ou de ces auteurs pour lesquels l’ambiance, la forme et le cadre comptent au moins autant que l’intrigue. Siebert est en plein dedans. D’une écriture nerveuse, sèche et tranchante, il nous montre une frange de la société qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer, les SDF et les laissés pour compte, les malades mentaux et les drogués, les masures sordides et les hôtels miteux. On s’en prend plein la gueule. C’est sombre et désespéré, c’est triste, c’est violent, c’est dégueu, mais c’est vrai.

Trash Editions - 2016

23 juin 2018

KONNAR ET COMPAGNIE - PIERRE PELOT

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Rien ne va plus au Pays des Héros. Les mortels ont cessé de croire en eux et ne font plus appel à leurs bons services depuis fort longtemps. Résultat, les héros s’emmerdent. Pour rallumer la flamme et réveiller l’intérêt des mortels, le Grand Konnar a pris une décision radicale : organiser un concours qui permettra à l’un d’entre eux d’accéder au statut de Héros. Manque de bol, c’est Gilbert Lafolette qui rafle la mise… 

« Konnar et Compagnie » est à ma connaissance la seule incursion de Pierre Pelot dans le domaine de la Fantasy. Espérons qu’elle le reste !

Ce cycle paru au Fleuve Noir Anticipation dans les années 90 est en effet d’une rare indigence. Exception faite peut-être du premier volume qui sert d'introduction et bénéficie de ce fait de l'impression de nouveauté, l'ensemble ne présente aucun intérêt. Tout au long de ses cinq maigres tomes, l’auteur se contente de jouer - se jouer ? - avec son lecteur. Il le prend à témoin, discute avec lui et, sous couvert de lui expliquer les ficelles du métier, de le mettre dans la confidence de la création, il ne fait que meubler. Il se permet même de débuter chaque volume par un long rappel des précédents, s’assurant ainsi une trentaine de pages à peu de frais et multiplie les présentations de ses personnages quitte à se répéter là encore d’un titre à l’autre. Pour le reste il égrène une intrigue étique qui consiste en tout et pour tout pour ses pseudos héros à récupérer l’un des leurs égaré au pays des mortels. C’est creux, sans le moindre suspense et bourré de redites, notamment à propos d’un quiproquo né de l'échange de corps entre deux personnages.

Alors bien sûr il s’agit d’une parodie et c’est avant tout l’humour et la bonne humeur qui sont recherchés. Mais là encore on est loin du compte. Rien qu’avec les noms des personnages à base de contrepèteries navrantes (Konnar le Barbant, Yvil le Viran…) on comprend que cela ne volera pas très haut. Mais c’est pire que ça. L’humour est poussif, daté, parfois vulgaire, bref, un vrai pensum que j’ai quand même lu jusqu’au bout. Oui, je suis maso. Mais en tout cas quelle déception, quel naufrage. Où est le Pelot de Canyon Street, de Fœtus Party, de Parabellum Tango ? Où est le créateur d’univers sombres et désespérés, où est le merveilleux conteur doté d’une imagination sans borne et d’une plume d’une rare créativité ? C'est la première fois que je suis déçu à ce point par un bouquin du grand Pierre. Ceci étant, le bonhomme en a écrit tellement qu'il est tout à fait normal d'y trouver, de ci, de là, quelques déchets. Le génie a bien le droit de se reposer de temps en temps !

Fleuve Noir Anticipation - 1990

5 mai 2018

PETITE CHANSON DANS LA PENOMBRE - ANNE DUGÜEL

florentmassot5003-1996

Ceux qui connaissent l’œuvre d’Anne Dugüel ne seront pas surpris de découvrir dans « Petite chanson dans la pénombre » une nouvelle histoire d’enfance brisée par la bêtise et la méchanceté des adultes. Cette fois-ci elle nous plonge dans les pensées d’un fantôme, celui d’une gamine de douze ans violée et tuée par un fermier voisin de ses parents, cinquante ans plus tôt. Au moment où commence le récit cela fait donc un demi-siècle que la petite Jeanne - ou plutôt son esprit - est prisonnière de l’étable où son meurtrier a enterré son corps. Un demi-siècle qu’elle ressasse sa haine contre son bourreau et qu’elle rêve de s’incarner pour réaliser enfin sa vengeance. Jusqu’à présent seuls quelques vaches et quelques oiseaux lui ont prêté leur corps mais les choses pourraient bien changer avec le rachat puis l’installation d’un couple de parisiens dans le vieux bâtiment.

Les deux bobos ont en effet une fille, une petite Zoé âgée de huit ans qui va très vite devenir son amie et lui offrir le moyen d’approcher l’assassin, toujours vivant et toujours impuni. Je ne vous dirai rien de la façon dont elle s’y prendra pour régler ses comptes - le châtiment sera à la hauteur du crime - mais cette vengeance est accomplie alors qu’on en est à peine à la moitié du livre. On se dit alors que le pire n’est peut-être pas derrière nous et que l’auteur nous réserve une surprise pas piquée des vers.

Et, de fait, c’est exactement ce qui nous attend. « Petite chanson dans la pénombre » est une histoire à double détente. Après nous avoir fait aimer la petite Jeanne, nous l’avoir fait plaindre et encourager, l’auteur va nous la faire détester. Le gentil fantôme se transforme en ectoplasme rancunier et décide de rejouer son drame avec de nouveaux acteurs et en redistribuant les rôles…

Toute cette histoire nous est racontée avec le langage d’une ado de douze ans. L'auteur rend à merveille les pensées faussement innocentes de son héroïne, ses regrets, ses envies, ses colères, tout un panel de sentiments exacerbés, macérés dans la haine et le désespoir. Elle a aussi des mots fantastiquement sobres et justes pour décrire le gâchis de cette jeune existence fauchée si tôt (« Une vie qui s’arrête à douze ans parce qu’un salopard a voulu se vider le ventre, qu’est-ce que c’est moche ! ») et parvient même à introduire un peu d'humour et de légèreté au milieu de pages beaucoup plus rudes.

Florent-Massot - Poche Revolver Fantastique - 1996

2 octobre 2017

SUCCUBES - JEAN-MARC LIGNY

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« Succubes » est le second volume du cycle des chimères, un ensemble de romans de fantasy écrits par différentes plumes de la SF française : Bruno Lecigne et sa comparse Sylviane Corgiat à l’origine du concept, mais aussi Alain Paris, Jean-Pierre Hubert, Pierre Vernay. Chaque ouvrage s’insère dans un univers et un cadre définis. L’univers c’est Galova, un monde où les vivants doivent composer avec la présence des chimères, des entités immatérielles issues d’Avolag, la face sombre, le reflet inversé de Galova. La cadre lui est tout à fait classique, médiéval et merveilleux, avec de vilains religieux, de puissants sorciers, des nobles arrogants et des héros ballottés en tous sens par une destinée cruelle. Dans le présent volume, nous suivons plus particulièrement les aventures croisées de Feïn le berger et Thazi la petite pêcheuse de Fleijo appelés à renverser le pouvoir des Manes et des Raconteurs.

N’ayant lu que le présent opus je me garderai bien de juger le projet dans son ensemble. Je peux en revanche vous assurer que ce « Succubes » ne restera pas dans les annales du genre. Jean-Marc Ligny y déploie un style grandiloquent, fait d’envolées lyriques et de tournures alambiquées qui mettent beaucoup trop de distance entre l’action et sa narration, entre le lecteur et les personnages. Ses dialogues, ses scènes de combat et même ses scènes de cul manquent de consistance. On ne s’attache à aucun des protagonistes de l’histoire et j’ai eu souvent l’impression de lire un récit de la table ronde ou bien ces contes et légendes avec leurs héros mythiques mais désincarnés.

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L’auteur eut gagné à prendre son temps afin de donner au récit plus de matière et de concret que d’effets de manche même si je reconnais que son écriture est solide et parfois même fort poétique. Ses héros sont trop vite jetés dans le vaste monde, au cœur d’une lutte qui les dépasse et dont ils ne comprennent pas les enjeux. Leurs caractères sont trop peu dessinés et les relations entre les uns et les autres ont quelque chose d’artificiel.

L’autre défaut de ce roman est de nous laisser trop longtemps dans le flou le plus complet concernant les dessous de l’intrigue. On a beaucoup de mal à relier ensemble les différents fils de l’histoire et à comprendre la nature des forces en présence, ce que Feïn et Thiza doivent accomplir et pourquoi. L’auteur nous fournira bien toutes les réponses mais il le fera in extremis et d’un bloc, juste avant la fin. Voilà qui manque de finesse et gâche un peu le plaisir de la découverte !

Fleuve Noir Anticipation - 1990

22 février 2017

LES HOMMES SALMONELLE SUR LA PLANETE PORNO - YASUTAKA TSUTSUI

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Une expédition scientifique japonaise explore la planète Nakamura surnommée la planète « Porno » en raison de la tendance de sa faune et de sa flore à copuler et se reproduire à tout va. Lorsque la botaniste de l’équipe tombe enceinte après avoir été fécondée par une spore, une expédition est montée pour se rendre auprès des nunubiens, une race humanoïde dont on pense qu’elle connaît un remède à cette grossesse non désirée.

Yasutaka Tsutsui est principalement connu en France  pour « La traversée du temps », un roman de SF jeunesse adapté avec succès pour le cinéma. Avec « Les hommes salmonelle sur la planète porno » on change de public. Mais attention, malgré son titre racoleur et sa couverture explicite il ne s'agit pas de littérature pornographique. En fait, nous sommes toujours en présence de science-fiction et, pour être plus précis, de hard-science.

Une bonne part de l'histoire de ce court roman consiste en effet en débats scientifiques entre un bactériologiste et un biologiste. L’auteur en profite pour élaborer quelques théories originales à propos de la faune et de la flore de la planète dont une surprenante « théorie de la dégénérescence » qui prend le contre-pied exact de celle de Darwin. Il imagine aussi un écosystème libidinal où les relations entre espèces ne se feraient pas de prédateurs à proies mais consisteraient en une sorte de symbiose sexuelle, quelque chose comme la victoire d'Eros sur Thanatos.

N’allez surtout pas croire au vu de ce qui précède que le texte de Tsutsui soit rébarbatif. L’expédition des professeurs Mogamigawa, Sona et Yohachi à travers la jungle de la planète Nakamura leur réserve bien des surprises,  pas toutes désagréables puisque les rouges-glands, les touches-pipettes et autres farfouilleuses n’en veulent pas à la vie de nos héros mais simplement à leurs attributs virils. Ils devront aussi se méfier des réveille-bobonnes dont le cri provoque des rêves érotiques et des champs de myosotristes dont le parfum provoque un phénomène « Algernon » de perte de mémoire et de régression intellectuelle…

Humour et réflexion sont donc présents en parts à peu près égales et je regrette juste d’en avoir appris si peu sur les nunubiens qui constituent pourtant le but de l’expédition. A part leurs mœurs libérées et leur don de télépathie on n’apprend guère de choses sur eux, leur origine, leur organisation sociale et leur vie sur cette planète obscène et vicieuse. De même, les autres personnages de la mission scientifique entrevus au début de l’histoire sont trop peu utilisés. Il y avait me semble-t-il matière à nous concocter quelque chose comme un MASH spatial avec ces scientifiques et leurs histoires de cul confrontés à un environnement riche de découvertes extraordinairement grivoises.  

Cela n’est cependant pas bien grave puisque j’ai passé une heure bien réjouissante sur cette étonnante planète et je pense m’attaquer très bientôt à « Hell » l’autre roman de Tsutsui édité dans cette collection Iwazaru que les éditions Wombat consacrent aux auteurs nippons.  

Nouvelles Editions Wombat - Iwazaru - 2017

25 juillet 2013

LA PUGNACE REVOLUTION DE PHAGOR - DANIEL WALTHER

FnAnt1317-1984Hainal d'Izanie, commandeur du Navire Gris, et Rashmal Khan des steppes infinies lient connaissance dans le cul de basse fosse où les oligarques de Wahlrunde les ont précipités. Le premier parce qu'il a osé critiqué le pouvoir de Créosoth IV et le second parce qu'il est le chef des nomades qui menacent ses frontières.

Unissant leurs efforts ils parviennent à s'échapper de l'infernale prison souterraine et entrent en rébellion. La découverte d'armes étranges et redoutables les aidera grandement.

Sous ce titre original se cache un roman qui l'est beaucoup moins. Tout juste une banale histoire de vengeance sur fond de révolte populaire, le tout dans un univers de science fantasy.

L'intrigue, filiforme et sans surprise, n'a rien d'excitante et me fait penser que Daniel Walther a privilégié la forme au fond. Son style est en effet assez particulier, tout de mots choisis, d'expressions recherchées et de phrases alambiquées. Une écriture précieuse et raffinée qui évoque parfaitement l'ambiance décadente de la société de Phagor, pourrie et corrompue.

Malheureusement, il s'attarde longuement sur des scènes qui n'apportent rien au récit (les jeux du cirque, une partie fine à trois) et expédie l'essentiel en deux coups de cuillère à pot. La révolte de la population de Wahlrunde et l'offensive des nomades sont traitées en à peine deux ou trois pages. L'évasion des deux héros et la façon dont ils fomentent la rébellion sont à peine évoquées et seule l'offensive finale contre la forteresse du tyran bénéficie d'un traitement suffisant.

C'est bien dommage car l'auteur avait assez de matière pour étoffer son récit. Les seconds rôles ( la courtisane, le marchand d'esclave, la putain au grand cœur) sont particulièrement attachants, les détails (faune, flore, villes et palais) nombreux et variés, et les relations entre personnages (amours, haines) promettaient beaucoup.

Reste finalement une belle histoire d'amitié entre deux hommes forts différents, une confrontation de caractères intéressante entre le farouche guerrier nomade et l'aristocrate désabusé et rêveur.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

5 juin 2013

GUÊPE - ERIC FRANK RUSSELL

pp5156La guerre ente le Système solaire et le Combinat Sirien bat son plein. Or, si les terriens bénéficient d'une technologie supérieure, les siriens ont pour eux l'avantage du nombre. Un avantage qui, à terme, devrait leur permettre de l'emporter. Le haut commandement a alors une idée : essaimer sur les planètes ennemies des agents chargés de déstabiliser l'ennemi. C'est ainsi que James Mowry, un individu quelconque mais parlant parfaitement le sirien, est envoyé sur Jaïmec. Ses bourdonnements seront -ils suffisants pour agacer et désorganiser l'ennemi ?

La préface de Marcel Thaon présente ce roman comme l'un des récits les plus amusant de la SF anglo-saxonne et la quatrième de couverture nous parle de chef d'œuvre du délire burlesque. Mouais ! Ben si c'est pas de la publicité mensongère, çà s'en rapproche beaucoup.

Il est vrai que les premiers chapitres du roman laissent présager une histoire truculente dans laquelle un gaffeur professionnel irait foutre le bordel chez l'ennemi. Malheureusement, le reste de l'histoire ne tient pas cette promesse et si les aventures de James Mowry suscitent bien un petit sourire de temps en temps, on est bien loin du délire annoncé.

De plus, excepté le cadre général d'un conflit galactique, le côté spéculatif fait carrément défaut. Les pistolets font ffout ! au lieu de bang !, une voiture s'appelle une dyno et on dit ouin et nin plutôt que oui et non. Mais à part ces éléments de langage et quelques gadgets technologiques, l'action pourrait très bien se dérouler à notre époque et dans n'importe quel pays.

C'est donc finalement à un roman d'espionnage tout à fait classique que nous avons affaire. L'auteur y déploie tout l'arsenal de déstabilisation dont peut user un agent infiltré : fausses rumeurs et fausse monnaie, assassinats ciblés, colis piégés. Tout les coups sont permis pour créer une ambiance de suspicion et de crainte et mettre sur les dents la police et les services secrets. Le héros est aidé d'une chance assez phénoménale, presque un sixième sens, et on ne compte plus les fois où il échappe in extremis à l'arrestation. Tout çà pour vous dire que sa mission se déroulera sans trop d'embûches même si sa réussite ne trouve pas forcément de juste récompense !

Eric Frank Russell nous offre donc avec Guêpe une honnête distraction mais assurément pas un classique de la SF ou de l'humour.

Pocket SF - 1983

17 mai 2013

HYDRA - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Hydra est une minuscule planète du système du taureau. Une boule d'eau fangeuse plongée dans la brume, la pluie et les nuages, sans la moindre parcelle de terre où poser le pied. C'est pourtant là que séjourne une équipe de scientifiques. Huit individus. Quatre hommes et quatre femmes. Leur mission : découvrir parmi la faune et la flore prolifiques de cette planète, une arme qui permettrait de vaincre les "autres". Les autres, c'est à dire l'ennemi de la race humaine. Des extra-terrestres invisibles et insaisissables dont on sait peu de choses si ce n'est qu'ils sont incroyablement puissants. C'est donc fort logiquement que Val Elkaich, le monsieur sécurité de la petite expédition, suspecte leur main dans la série de meurtre qui endeuille la petite expédition. Mais a-t-il réellement raison de se méfier d'eux ? 

Je suis un inconditionnel de Jean-Pierre Andrevon. J'aime son imaginaire qui embrasse aussi bien le polar que la SF, le fantastique ou la littérature générale. J'aime aussi son style qui fait la part belle à l'ironie et à l'humour pince sans rire. J'apprécie même la crudité de son langage et les scènes de cul qui parsèment ses histoires. Une petite manie qui n'a, à mon sens, rien de dérangeant et ajoute au contraire de la véracité au récit, un petit supplément d'humanité. Et justement, ce que je préfère chez lui, c'est sa façon de représenter l'humain, de traiter de sa place dans la société et de ses relations avec ses semblables.

Et là on est plutôt bien servi avec des personnages aux caractères bien trempés et fort variés. Le plus grand soin est apporté à leur description, au physique comme au caractère. De façon incidente et l'air de rien, nous découvrons tout d'eux, leur passé, leurs amitiés et leurs vieilles rancunes, leurs désirs et leurs ambitions. Quantité d'informations qui nous permettront d'échafauder toute sorte d'hypothèses quant à l'identité du meurtrier.

Car dans le premier tome ("Soupçons sur Hydra"), il est surtout question de découvrir lequel des huit robinsons volontaires assassine ses petits camarades. Une enquête intelligemment menée, avec ce qu'il faut de fausses pistes et de rebondissements, le tout dans un décor minutieusement représenté.

La peinture de la faune locale et des conditions météo de cette planète inhospitalière est d'ailleurs l'autre point fort du roman. L'humidité est partout, les microbes aussi et on ressent parfaitement l'atmosphère de déprime de l'équipe confrontée à la solitude, la promiscuité, la malbouffe et les dangers.

La seconde partie ("Le premier hybride") est nettement plus faible. On y retrouve Val Elkaich dans une situation désespérée, seul sur la planète aquatique et tentant de survivre sur un frêle esquif. Une partie introspective qui nous plonge dans les réflexions du personnage, dans ses espoirs (ténus) et dans ses doutes (profonds). C'est un peu lent, un peu longuet même, et l'on est bien ravi de voir apparaître enfin les fameux "autres".

Dès lors les révélations se succèdent et, après un bref passage sur le vaisseau des extra-terrestres et un autre sur un vaisseau humain, J-P nous concocte une chute comme il en a le secret : dérision, allusions et références sont au rendez-vous avec, sous-jacente, l'idée que les dieux sont peut-être tout simplement une race infiniment plus évoluée que la nôtre.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

 

 

8 mai 2013

L'OMBRE DU VENT - CARLOS RUIZ ZAFON

untitledDaliel Sempere est âgé de 10 ans lorsque son père lui fait visiter un lieu étrange connu de quelques rares initiés : le "Cimetière des livres oubliés". Il y découvre un livre de Julian Carax, écrivain mystérieux mort à Barcelone dans les premiers temps du franquisme. Fasciné par ce roman il décide d'en apprendre plus sur l'écrivain et son oeuvre. Bien qu'aidé dans son entreprise par Fermin, un ancien clochard plein de ressources, il se rend vite compte que son entreprise comporte maints dangers.

Il y a d'abord cet homme au visage brûlé qui semble échappé d'un livre de Carax et qui souhaite réduire en cendres tous les livres de cet auteur. Il y a aussi, plus réel mais non moins dangereux, l'ignoble Fumero, le chef de la police de Barcelone qui semble s'intéresser de près à ses recherches. Il faudra en tout cas bien des années à Daniel pour faire toute la lumière sur l'écrivain maudit et éviter de commettre les mêmes erreurs que lui.


Ce livre que l'on m'a offert pour mes 40 ans prenait la poussière sur son étagère depuis déjà une bonne année sans parvenir à capter mon intérêt. Et puis, à force de lire un peu partout des critiques élogieuses à son sujet, d'en entendre parler comme d'un best seller incontournable, je me suis décidé à entamer la lecture de ce gros pavé.

Et c'est vrai que ce roman ne manque pas d'intérêt. Grande et belle fresque de l'Espagne sous la férule franquiste, il nous propose une splendide peinture de Barcelone. Nous visitons en compagnie du jeune Daniel, ses quartiers populaires peuplés de petites gens bien sympathiques et ses banlieues huppées aux villas démesurées. Nous passons des salons de la grande bourgeoisie férue d'art aux taudis et aux hospices dans lesquels s'entassent les miséreux. Nous côtoyons les commerçants sans conscience et les culs bénis satisfaits d'un régime autoritaire mais aussi la foule de ceux qui subissent humiliations et répression. Bref, un gigantesque maelström de lieux et de personnages ainsi qu'un fabuleux chassé croisé de destinées.


Pourtant, ce livre m'a laissé un petit goût d'inachevé. Comment dire ? Un peu comme si l'on m'avait promis l'Everest et qu'au final je me retrouve à bivouaquer sur le Mont Blanc ! Sans doute est-ce en partie dû au fait que le début du roman a une petite connotation fantastique (des livres introuvables, le personnage échappé du roman, le cimetière…), une aura de mystère que l'on perd en cours de route sans que rien de plus excitant ne vienne les remplacer.

Et lorsque le fin mot de l'histoire s'est enfin dévoilé, je n'ai pu m'empêcher d'être un peu déçu par une chute finalement assez logique, presque trop simple. Un peu l'impression d'une baudruche qui se dégonfle pour vous remettre brutalement les pieds sur Terre.

Ceci étant, je dois avouer que j'ai lu les 600 et quelques pages de ce livre sans presque m'en rendre compte : un signe qui ne trompe pas quant à la qualité du bouquin !

Livre de Poche - 2006

7 mai 2013

LA MEMOIRE DU MORT - CURT SIODMAK

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A la fin des années soixante, en pleine guerre froide, un scientifique Est-Allemand est gravement blessé alors qu’il tente de passer à l’ouest. Désespérant de le sauver, la CIA demande au Dr Cory d’expérimenter sur le moribond sa technique de transfert de la mémoire afin de récupérer des informations capitales. La mémoire du mort est ainsi « implantée » dans l’organisme de l’assistant du docteur Cory. Sa mémoire, mais peut-être aussi, sa personnalité… 

Voici le deuxième livre que Curt Siodmak publie dans la série noire et, là encore, il est question d’une expérience sur le cerveau et des conséquences induites sur la vie du cobaye. Nous y retrouvons d’ailleurs le docteur Cory, héros du «Cerveau du nabab », qui joue cette fois-ci les seconds rôles, simple observateur de la transformation de son assistant.

Ce petit rappel étant fait, précisons de suite que ce livre ne souffre pas la comparaison avec son prédécesseur. L’aspect « scientifique » de l’histoire n’est que peu développé et la partie espionnage guère intéressante. On y passe quantité de frontières, on y est capturé, emprisonné, interrogé, on s’échappe, on est repris et interrogé à nouveau, puis l’on s’échappe encore… C’est affreusement long, répétitif et ne présente aucun intérêt d’autant que la chute se laisse très vite deviner. 

Non vraiment, Siodmak aurait pu faire beaucoup mieux. Un exemple : l’esprit du défunt qui fût une victime du nazisme se retrouve placée dans le corps d’un juif. N’eut-il pas été plus captivant de placer dans ce même corps les pensées d’un nazi et suivre le combat intérieur qui en découlerait ?

Gallimard - Série Noire - 1969

 

6 mai 2013

STATION SOLAIRE - ANDREAS ESCHBACH

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Rien ne va plus à bord de la station spatiale « Nippon ». Toutes ses tentatives de récupération et d’acheminement de l’énergie solaire vers la Terre échouent lamentablement alors que les tests s’étaient jusqu’alors avérés concluants. Suspectant un sabotage, le commandant Moriyama demande au chef de la sécurité, Léonard Carr, de mener une enquête discrète. L’assassinat de l’un des neuf membres de l’équipage vient confirmer leurs doutes, des doutes qui sont définitivement levés lorsqu’ils sont abordés par le module d’une fusée européenne.

Mais qui sont donc les trois individus armés qui prennent possession de la station ? Des pirates de l’espace espérant une rançon fabuleuse ou bien des terroristes ? Et comment faire pour les empêcher de mener à bien leurs projets ? Voilà quelques unes des questions que Léonard Carr devra résoudre pour sauver sa peau, celle de ses compagnons et peut-être même celles de bien d’autres personnes. 

 

« Station solaire » est un roman à double détente. Il débute à la façon d’un roman d’Agatha Christie, nous proposant un huis clos entre neuf personnages isolés et confrontés au meurtre de l’un d’entre eux. Mais, alors que l’on s’attend à découvrir une version SF de ses « Dix petits nègres », la partie de cluedo tourne court et se transforme en véritable thriller. Le flegme britannique cède alors la place au punch américain et l’action se substitue allègrement à la réflexion et à l’introspection.

Malheureusement, ce côté « hollywoodien » est beaucoup trop marqué. L’auteur n’est pas parvenu à éviter les poncifs du genre et notamment celui du « héros désabusé mais conscient de ses devoirs, qui n’a que quelques heures devant lui pour contrecarrer le sinistre projet de dangereux terroristes et sauver ainsi son fils et des dizaines de milliers d’individus ».  Ouf !

Malgré cela, Eschbach parvient à maintenir l’intérêt du lecteur grâce à d’excellentes descriptions de la station spatiale et des conditions de vie particulières en apesanteur. C’est d’ailleurs la principale réussite de ce livre que d’avoir su trouver un juste équilibre entre science et romanesque. 

De la hard science pas chiante, c’est suffisamment rare pour être salué !

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2006

 

4 mai 2013

LA SINSE GRAVITE AU 21 - ROLAND C. WAGNER

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Parce qu'il a fumé un cigarillo à proximité d'un Xawor et provoqué ainsi la naissance intempestive des milliers de petits rejetons de la créature, Viper a compromis l'équilibre de la planète Achernar VI. Le soucis, c'est que ce tout petit monde est une nursery pour bio puces et que par sa faute des années de travaux expérimentaux se trouvent compromis. 

Condamné à rembourser une somme astronomique, Viper se voit contraint d'accepter les missions les plus farfelues (exfiltrer un espion  en danger de mort, livrer des cristaux-m pornos...) et deviendra la cible favorite des dangereux clowns gris.


Roland C. Wagner, puisque c'est bien lui qui se cache derrière ce pseudo, a du prendre un plaisir jubilatoire à écrire cette gigantesque et réjouissante loufoquerie. 

Tout y est en effet motif à rire et à dérision. Ça commence dès le titre et çà continue tout au long des 300 et quelques pages que compte le bouquin. Les noms des planètes ou des galaxies sont autant de clins d'œil aux grands auteurs de SF ou à l'une de leurs œuvres, les Extra-Terrestres y empruntent les formes les plus inattendues et les situations burlesques se suivent à un rythme endiablé. 

Côté personnages, il n'hésite pas à recourir aux stéréotypes les plus éculés et c'est ainsi que défilent devant nous le gentil baroudeur revenu de tout, l'ado en rupture familiale et même un huissier de justice qui, pour le coup, n'a plus rien d'humain. Et puis il y a Ganja, la biopuce Shag TM 73-S à prise A+, sorte de nounours psychédélique et complètement jeté, aussi intelligent qu'effronté, capable de vous sortir de situations invraisemblables ou de vous plonger dans les pires emmerdes...

L'histoire, elle, se résume aux missions confiées à Viper avec en toile de fond le conflit qui oppose deux planètes : Spirit of America et New Amsterdam. Une opposition volontairement exagérée et permettant à Roland Wagner de jouer à fond la carte de cette dissemblance. D'une part un monde austère, gris et bétonné à l'extrême, peuplé des descendants de japonais et d'américains qui ont pris les plus mauvais côté de leurs ancêtres : le puritanisme des premiers et l'obéissance aveugle des seconds. De l'autre, New Amsterdam, véritable petit paradis libertaire et autogéré, producteur de « sinsé », une herbe aux vertus hallucinogènes. 

Roland Wagner ne fait donc pas dans la finesse mais son délire est totalement assumé et vous assurera une lecture fertile en rebondissements et répondant à un seul mot d'ordre : de l'humour, encore de l'humour, toujours de l'humour. Une recette qui fonctionne plutôt pas mal ! 

Fleuve Noir Anticipation - 1991

 

4 mai 2013

DOUGLAS KENNEDY - CUL-DE-SAC

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Nicholas Hawthorne, américain de 38 ans, a quitté son emploi de pigiste pour s'octroyer des vacances dépaysantes en Australie. Alors qu'il traverse le pays à bord d'un vieux combi, Nick fait la rencontre d'une jeune et peu farouche auto stoppeuse : Angie. Commencent alors plusieurs journées très chaudes et copieusement arrosées au terme desquelles il se réveille à Wollanup, bourgade microscopique perdue au milieu du bush australien. 

Mais il n'est pas au bout de ses surprises ! Il découvre qu'il est désormais considéré comme l'époux de Angie, que son beau-père est le chef de la petite communauté (une cinquantaine de personnes réparties en 3 ou 4 familles) et qu'il lui est interdit de quitter sa famille d'adoption. Bien déterminé à quitter ce trou paumé et sa tribu de dégénérés, Nick devra faire preuve de patience et tenter, si possible, de trouver des alliés. 


Une de mes meilleures lectures de l'année. Ce roman, irrésistible de drôlerie, emprunte ce qu'ils ont de meilleur à plusieurs genres. 

La comédie tout d'abord car les mésaventures de Nick au pays des ploucs sont absolument tordantes. Les personnages sont hors normes et les situations délirantes, parfois outrancières (la chasse annuelle aux chiens) mais jamais grotesques. 

Le thriller ensuite car, en dépit de ce qui précède, il y a une réelle tension. Dans cette affaire, c’est la vie de Nick qui est en jeu et il lui faut enquêter sur ses geôliers s'il veut se donner les moyens de réussir son évasion. 

La robinsonnade enfin, puisque cette communauté fantôme qui a décidé de vivre en marge du système ressemble énormément à des naufragés tentant de survivre sur leur île. Les descriptions de Douglas Kennedy sont même assez fouillées et nous font découvrir une micro société, avec ses rites, ses interdits, son organisation du travail, son gouvernement et même sa monnaie. 

Mais ce livre est aussi plus fin qu'il n'y parait et, derrière la grosse comédie, la critique pointe le bout de son nez. Car Wollanup, c'est le résultat d'un double échec. L'échec du libéralisme dans ce qu'il peut avoir de plus inhumain. Celui qui pollue une région entière et expose les populations à des produits dangereux. Celui qui ferme ses usines dès que la rentabilité vient à baisser sans se soucier de condamner toute une région. Celui pour qui les salariés ne sont que des variables d'ajustement et non des individus de chair et de sang. Mais c'est également l'échec d'une utopie, d'une certaine forme de communisme qui se serait dissout dans la bière, le farniente et la chaleur. 

Folio Policier - 2006

 

4 mai 2013

PARABELLUM TANGO - PIERRE PELOT

untitledSur une planète et en un temps indéterminés coexistent deux territoires bien distincts. D'un côté le "Domaine de l'œil", état surprotégé où les citoyens sont totalement pris en charge mais aussi soumis à un contrôle inquisitorial permanent. D'autre part la "Hors-vue", immense zone de non droit.

C'est dans cet univers que nous suivons le parcours de deux hommes. Anton Girek est un chanteur de rock contestataire, auteur du célébrissime "Parabellum Tango" qui prône la révolte face au pouvoir hégémonique du domaine. Également natif de la Hors-vue, Woodyn Noman n'a au contraire d'autre vœu que de réussir son intégration dans ce domaine où il vient d'être accepté.


Encore un roman intéressant de Pierre Pelot bien que souffrant d'une mise en forme par trop statique. Les personnages m'ont parus un peu figés, comme manquant de ressort. Il est vrai qu'il leur est difficile de chambouler le cours de leur destinée, que les dés sont pipés et la lutte disproportionnée.

Mais j'aurais tout de même apprécié de les voir davantage à l'oeuvre. Girek ne fait finalement pas grand chose d'autre que se lamenter et Noman est rapidement privé de toute volonté. Quant à Léna, personnage féminin d'importance puisque faisant le lien entre Noman et Girek, elle disparaît très vite du récit sans raison particulière.

Le style de narration choisi par l'auteur y est aussi pour quelque chose. Pierre Pelot use et abuse du monologue intérieur. La psychologie des personnages nous est ainsi copieusement révélée mais cela se fait au détriment de l'action. Voilà pour la forme.

Le fond est en revanche nettement plus intéressant. Pierre Pelot nous propose une fois encore l'une de ces sociétés dystopique qu'il affectionne. Une société à deux visages. Mais deux visages d'une même répression.

Le "Domaine de l'oeil" est un état policier où les caméras (les scruts) sont relayées par les hommes (les veilleurs) et par les AC, ces animaux de compagnie remis à chaque citoyen, soit disant confidents mais en réalité mouchards. La Hors-vue est un monde où règne l'insécurité mais dans lequel le domaine intervient néanmoins pour éliminer les gêneurs.

Woodyn Noman et Anton Girek sont tous deux victimes de ce système inhumain. Le premier est attaqué de front, censuré, molesté, mis au ban. Le second, comme d'ailleurs tous les citoyens du domaine, doit renoncer à son libre arbitre. Il doit respecter un code de loi précis et personnalisé, exercer l'emploi proposé et même accepter la compagne qu'on lui désigne !

Dans l'un et l'autre cas, l'objectif est le même : annihiler toute velléité de révolte, toute pensée divergente. Une jolie démonstration de la politique de la carotte et du bâton : la promesse du paradis pour les bons petits soldats et le rejet ou l'élimination pour les autres.

Denoël - Présence du Futur - 2000

3 mai 2013

REQUIEM POUR DIX CERVEAUX EN FUGUE - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Mark Sidzik est un astrophysicien d'une quarantaine d'années qui rend à l'occasion de petits services au World Ethics and Resaerch, une ONG qui œuvre à la moralisation de la recherche scientifique. Alors qu'il enquête sur les récentes révélations d'une scientifique américaine, d'autres chercheurs ayant comme elle travaillés dans l'équipe du Dr Kramer, sont assassinés.Un groupuscule mystérieux, « les gardiens des commandements divins » ayant revendiqué les meurtres, les survivants décident de se mettre sous la protections du FBI. Profitant de sa ressemblance avec l'une des victime dont la mort a été tenue secrète, Mark se joint à eux avec la ferme intention de démasquer le meurtrier.

Interrompue aujourd'hui, la collection "Quark noir" s'était donné pour objectif l'édition de romans noirs dont l'intrigue se déroule ou puise certains de ses ingrédients dans le domaine scientifique. Elle marchait aussi sur les brisées du "Poulpe" puisque, si chaque livre était écrit par un auteur différent, le héros en demeurait inchangé.

Un héros un peu trop lisse à mon goût, avec un côté "gendre idéal" légèrement agaçant. Il ne boit pas, ne fume pas (si, si, il baise !), il est végétarien et aime beaucoup sa grand-mère. Est-ce Jean-Pierre Andrevon qui a déterminé ces traits de caractère ou bien s'est-il contenté de reprendre à son compte ceux initiés par les autres "géniteurs" du personnage ? Pour le savoir il faudrait lire les 3 romans qui précèdent celui-ci. Un exercice qui serait loin de me rebuter (j'aime beaucoup Richard Canal et Pierre Bordage) mais je n'ai malheureusement pas leurs bouquins sous la main !

J'ai en tous cas apprécié la première partie de l'histoire grâce notamment aux lieux évoqués. Le Chinatown de la porte d'Ivry, des ateliers d'artistes, un petit laboratoire au cœur du bois de Vincennes composent des décors qui s'accordent bien avec les différents protagonistes et les premiers meurtres. Le rythme de l'enquête est soutenu et les suspects nombreux. Cà cause, çà s'agite, çà conjecture et çà assassine, bref, pas une seconde d'ennui.

Malheureusement cela ne dure pas. Nos scientifiques s'envolent pour le nouveau monde, s'enferment dans un ranch paumé et le temps passe alors beaucoup moins vite. Pour eux comme pour nous. Ils s'observent, s'engueulent, se dénoncent mais ne tentent rien pour démasquer l'assassin. Même notre héros sans peur et sans reproche reste remarquablement sage. L'hécatombe peut donc continuer et nous assistons alors à une resucée des "10 petits nègres". Sauf qu'ici les meurtres ne suivent pas les strophes d'une comptine mais sont le reflet de chacune des 10 plaies d'Égypte. Dès lors, il ne nous reste plus qu'à parier sur le nom de la prochaine victime et la nature de son trépas en attendant un final un peu trop rapide à mon goût.

Un petit mot pour finir sur le côté "scientifique" du bouquin. Jean-Pierre Andrevon me semble avoir respecté le cahier des charges. Le livre fourmille de scientifiques (les fameux 10 cerveaux) dont les recherches sont au cœur de l'intrigue. Et surtout, il y a la "slavine" cette mystérieuse molécule dont le nom (de l'anglais "slave" = esclave) laisse deviner ses effets sur les personnes qui l'ingère.

Flammarion - Quark Noir - 1999

 

3 mai 2013

RAUM - CARL SHERRELL

untitledChevalier démon de seconde zone, Raum a quitté les enfers et le service d’Asteroth pour se rendre chez les humains. Il espère y rencontrer Merlin et obtenir du sorcier les réponses aux questions qui le taraudent. Mais le monde des hommes est-il prêt à accueillir un comte des enfers ? 

 

Ce livre aurait pu n’être qu’une énième digression sur le mythe Arthurien si Carl Sherrell n’était parvenu à se démarquer de la production pléthorique que Merlin et compagnie ont inspirée aux auteurs de fantasy, grâce à la personnalité pour le moins surprenante de son héros.

Car pour une fois, nous avons un personnage central vraiment méchant, dénué de morale et qui ne s’encombre pas de sentiments aussi inutiles que l’amour ou la compassion. Ils tue, pille, viole sans le moindre remord et passe au fil de son épée quiconque voudrait le détourner de son sanglant chemin.

Malheureusement l’auteur n’a pas maintenu ce cap jusqu’au bout. Raum finit par s’humaniser et par éprouver ces sentiments qui lui étaient jusqu’ici inconnus. Il en devient presque gentil et c’est sur un chevalier repenti cherchant à réparer ses erreurs que s’achève le roman.

Mais avant cela on aura quand même pris grand plaisir à le voir foutre le bordel à la cour du roi Arthur, se moquer de Perceval, ridiculiser Gauvain, mettre une branlée à Kay ou apprendre l’obéissance à la vénéneuse Morgane. De chouettes moments de lecture, un peu irrévérencieux à l’égard de tous ces nobles héros, mais sacrément jouissifs.

Raum est un personnage entier, plus individualiste que mauvais, attachant en diable et je regrette pour ma part qu’il finisse par s’amender : le roman y perd une bonne part de son sel.

Signalons toutefois que la fin laisse entrevoir une suite au cours de laquelle notre diabolique héros pourrait aller jusqu’au Vinland (l’Amérique des vikings) pour délivrer sa dulcinée. Il est donc permis d’espérer un sursaut de méchanceté !

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

5 mars 2023

J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES - BORIS VIAN

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Avec seulement un huitième de sang noir dans les veines, Lee Anderson peut facilement se fondre dans la communauté blanche de la petite ville de Buckton. Il en profite pour se mêler à un groupe de jeunes avec lesquels il multiplie les expériences sexuelles et la consommation de stupéfiants. Pourtant, Lee ne cherche pas à enchainer les conquêtes ni à séduire une riche héritière. Son but est bien différent. Et beaucoup plus effrayant…

Malgré l’étiquette de roman noir qui lui est attachée, « J’irai cracher sur vos tombes » n’a rien d’un polar. Pas de détective, pas d’enquête, à peine quelques questionnements sur la personnalité et les motivations du narrateur. Pas de méchants non plus ou du moins pas de ceux dont on a l’habitude dans ce genre de littérature. Juste des victimes, de leurs passions, de leurs vices, de leur milieu.

En fait, le principal objectif de Boris Vian est d'interpeller son lecteur. Pour ce faire il a choisi de le choquer. Cela commence avec un titre bien provocateur et se poursuit tout au long du livre en un crescendo de sexe et de violence proprement hallucinant. Sa vision de la société américaine est à des années-lumière de celles que nous renvoient les films hollywoodiens de l’époque. On y découvre des jeunes désœuvrés qui passent leur temps à s’envoyer en l’air de toutes les manières possibles : alcool, drogue, sexe. Les scènes de cul, nombreuses, sont particulièrement osées et explicites. On a du mal à croire que ce livre ait été écrit en 1946 et l’on comprend mieux pourquoi il a été censuré des deux côtés de l’Atlantique.

Mais l‘aspect le plus dérangeant du roman est ailleurs. Il se niche dans le but recherché par son personnage principal, dans sa froide détermination et son absence totale de scrupules. Le récit à la première personne du singulier nous fait plonger au cœur de ses pensées. Il permet de comprendre ce qui l’a conduit à échafauder une machination aussi redoutable et pourquoi il s’acharne sur deux jeunes femmes qui ne méritaient pas un sort aussi affreux. Car oui, ce qui les attend est affreux, ignoble, impardonnable. Et pourtant c'est bien là ce que subissaient les afro-américains sans que cela n’éveille l’ombre d’une émotion parmi la communauté blanche. On regrettera malgré tout que son personnage finisse par basculer dans une sorte de folie homicide. Le combat qu’il menait, la revanche qu’il recherchait s’effacent derrière l’horreur de ses actes et la dimension politique de son geste s’en trouve quelque peu amoindrie.

Roman étrange, roman sulfureux, roman coup de poing, « J’irai cracher sur vos tombes » a fait beaucoup pour asseoir l’aura de son auteur. A-t-il contribué à changer les rapports sociaux entre blancs et noirs dans l’Amérique des années quarante ? Rien n’est moins sûr.

Livre de Poche - 1997

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