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SF EMOI

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21 mai 2023

D'UN LIEU LOINTAIN NOMME SOLTROIS - GILLES THOMAS

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Les romans de Gilles Thomas constituent la quintessence de cette SF populaire mise à l’honneur par la collection Anticipation du Fleuve Noir. Courts, vifs, dépaysants et bourrés d’action, ses récits sont en outre très bien écrits. Son style simple mais non dénué de poésie, lui permet d’embarquer le lecteur en quelques pages pour le déposer là où elle veut : un monde lointain, un univers parallèle, la Terre après l’apocalypse… Cette fois, ce sera sur l’une de ces planètes colonisées jadis par l’espèce humaine mais retournés depuis à la barbarie et l’obscurantisme.

La planète c’est Provence, mais l’action se déroule presque exclusivement à Rauluis et ses environs, une petite seigneurie gouvernée avec sagesse par Jiran. Las, le vieux seigneur est malade et il sait qu’à sa mort, son frère tentera d’écarter Jellal, l’enfant qu’il a eu d’une serv’. Et en effet, le jeune homme va très vite devoir faire face à la duplicité de son oncle, à l’inimitié d’un seigneur voisin et aux manigances de l’église de la Justice Fraternelle. Heureusement, la mystérieuse Dame Verte dont il s’est épris veille sur lui…

Des chevaliers, des inquisiteurs, des traitres, tout semble donc prêt pour nous offrir une épopée médiévale où le jeune héros aura l’occasion de faire la démonstration de ses vertus guerrières. Et bien non ! Par un subtil retournement de situation, Gilles Thomas va transformer le récit guerrier en ode à la non-violence et donner le premier rôle à un personnage féminin et… non-humain.

On ne s’en rend pas immédiatement compte puisque c’est Jellal lui-même qui nous raconte les évènements. Il demeure ainsi au centre de l’histoire et c’est bel et bien de ses mésaventures qu’il est question tout au long du récit. Pourtant, c’est sa compagne qui prend rapidement les choses en main et qui lui sauve la mise à plusieurs reprises. Certes, la Dame Verte a des capacités que n’ont pas les pauvres humains. Elle est capable de « ressentir » les pensées des hommes et des femmes ou de provoquer la confusion en leur esprit. Pour autant, c’est surtout du point de vue psychologique qu’elle prend l’ascendant sur son compagnon. Elle saura notamment le convaincre de ne pas recourir aux armes et d’user de la persuasion et de la compassion pour parvenir à ses fins.

Ce personnage étrange, à mi-chemin de l’animal et du végétal, est sans conteste l’idée la plus intéressante du roman. L’autrice fait preuve d’une belle inventivité pour nous décrire son mode de vie, ses besoins, ses aspirations et même la façon dont elle s’y prend pour s’envoyer en l’air avec un humain ! Boutade mise à part, Ralaï – c’est son nom – fait surtout preuve d’une immense ouverture d’esprit qui, par contraste, fait ressortir l’intolérance et le racisme des humains.

La fin du roman est sans doute un peu précipitée, mais elle apporte néanmoins des réponses aux origines du monde et de ses habitants. Elle évite aussi une conclusion qui passerait par des batailles et des combats et se trouve de la sorte parfaitement raccord avec le pacifisme de ses personnages.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

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14 mai 2023

SAMEDI 14 - JEAN-BERNARD POUY

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Ce n'est pas la première fois que Jean-Bernard Pouy met en scène des activistes de gauche qui reprennent du service après s'être longuement tenus tranquilles. Il y a eu les deux soixante-huitards de "Larchmütz 5632" réveillés par leur cellule après 25 ans de "sommeil" ou encore Enric Jovilar, le vieil anarchiste de "La belle de Fontenay" qui sort de sa retraite pour retrouver l'assassin d'une jeune femme.

Pour Maxime Gerland, c’est l’accession au poste de ministre de l’intérieur du fils de ses charmants voisins qui sera cause de son retour aux affaires. Interrogé et malmené par les pandores puis emprisonné pour quelques pieds de mari jeanne découverts dans son jardin, il finit par prendre la poudre d’escampette avant que son passé de terroriste ne remonte à la surface. S’en suit lors une échappée belle entrecoupée de quelques coups d’éclats, histoire de faire une dernière fois la nique au pouvoir et à ses représentants.

L’idée de départ est fort sympathique mais je n’ai pas retrouvé dans ce roman la verve habituelle de l’auteur ni sa capacité à surprendre. La cavale de son personnage est néanmoins intéressante en ce qu’elle nous montre au plus près les conditions de vie d’un criminel recherché par toutes les polices. Les planques, les contacts, les changements d’identité et de résidence, c’est toute une vie en transit qui nous est exposée avec pour corollaire la traque dont il est l’objet de la part d’agents des services secrets froids et déterminés. Par comparaison, ses actions terroristes s’avèreront finalement bien soft puisqu’il se contentera de se moquer des institutions et de ruiner la réputation d’hommes politiques ou de personnalités en vue.

La Branche - 2011

7 mai 2023

OWEN WINGRAVE - HENRY JAMES

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Le fantastique d’Henry James est si léger qu’on se demande si les fantômes et autres manifestations surnaturelles qui hantent les pages de ses récits n’existeraient pas seulement dans la tête de ses personnages. D’ailleurs, les narrateurs des quatre textes qui composent le présent recueil ne se prononcent pas. Ils se contentent de rapporter les faits dont ils ont été témoins en soulignant tout de même la fragilité psychologiques de ces derniers. Et en effet, ces nouvelles mettent en scène des individus perturbés par un environnement familial et affectif dégradé. Angoissés par l’avenir, visités par les souvenirs, ils sont la proie de tourments psychiques plus ou moins importants qui les rendent perméables à l'irrationnel. Les lieux et les objets parmi lesquels ils évoluent ajoutent à leur désarroi. Vieille demeure ou antique secrétaire, ces reliques du passé participent à l’ambiance de mystère qui les entoure et sont souvent même à l'origine de l'irruption de l'étrange dans leur existence.

Dans le premier texte qui donne son titre au recueil, le jeune Owen Wingrave est l'objet d'une pression familiale presque insoutenable. Dernier rejeton d'une dynastie de militaires, il est destiné depuis sa naissance à prendre la relève de ses aïeux. Mais le jeune homme s'y refuse et doit faire face à l'acharnement de ses proches qui voient dans son attitude un signe de lâcheté et non la manifestation de ses convictions pacifistes. Afin de prouver son courage, il accepte de passer la nuit dans une chambre du manoir familial réputée hantée.

Dans Sir Dominick Ferrand, un jeune écrivain découvre dans le secrétaire d'occasion qu'il vient d'acquérir, la correspondance d'un homme politique célèbre. Flairant un parfum de scandale, le propriétaire d'une maison d'édition lui promet de publier ses œuvres en échange des précieuses lettres. La femme dont le jeune homme est épris lui conseille au contraire de détruire les missives. Tiraillé entre l'amour et l'ambition, il ne sait qu'elle position adopter.

Les deux derniers textes sont beaucoup plus insipides. La vie privée nous convie à une soirée mondaine au cours de laquelle un individu se comporte de manières fort différentes selon les circonstances ou selon son interlocuteur. Frère jumeau, dédoublement de personnalité, double diabolique ? Les paris sont ouverts.

Le coin plaisant mer en scène un quinquagénaire de retour à New-York après plus de deux décennies passées en Europe. Alors qu'il visite la demeure de son enfance, il est saisi d'une sensation étrange, comme l'impression que le jeune homme qu'il fut alors, lui reproche l'existence qu'il a choisi.

Nouvelles Editions Oswald - 1983

30 avril 2023

LE TEMPS DES GRANDES CHASSES - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Des millénaires après la guerre nucléaire qui fit rage à sa surface, la Terre est redevenue un monde sauvage parcouru par quelques clans d’humains retournés à une existence primitive. Le « clan des hommes » est l’un de ceux-là et Roll et Reda comptent parmi les meilleurs chasseurs de la petite communauté. Leur existence toute simple mais néanmoins heureuse prend fin le jour où ils sont capturés par les descendants d’une lointaine colonie terrienne et emmené sur leur monde pour participer à des jeux mortels. 

Daté de 1973, « Le temps des grandes chasses » est seulement le deuxième roman de Jean-Pierre Andrevon. On y trouve pourtant déjà ce qui fera la force de son œuvre : une écriture solide et fortement évocatrice ainsi qu’un intérêt pour l’écologie et la chose sociale qui ne se démentira jamais. Deux thèmes qui sont cœur de ce récit même s’ils sont exploités ici de façon très manichéenne avec d’un côté de bons sauvages qui mènent une vie saine au plus près de la nature et de l’autre une société ultra sophistiquée, aliénante et ecocidaire.

Pour simpliste qu’elle soit, la démonstration de l’auteur est néanmoins bien amenée. Ses descriptions d’une Terre retournée à sa sauvagerie originelle sont bien tournées tout comme est bien rendu le désarroi de Roll et de ses compagnons face à l’irruption dans leur quotidien des habitants de la planète Orum. Leur transfert sur ce monde lointain est également bien vu, riche de scènes tantôt drôles et tantôt déchirantes.

En revanche, la vision qu’il nous offre de la planète Orum est beaucoup plus succincte. Hormis une ou deux balades dans sa capitale tentaculaire, elle se limite pour l’essentiel au complexe « sportif » où sont détenus les gladiateurs. On devine tout de même une société qui ressemble beaucoup à la nôtre : l’euro pour monnaie et un « prolétariat oisif » maigrement pensionné et abreuvé de grand-messes télévisuelles, avatars modernes du panem et circences des romains.

D’ailleurs, c’est bien de la Rome antique que s’est inspiré l’auteur pour donner corps à la société de la planète Orum. Le recours aux esclaves pour effectuer les tâches ingrates, l’existence d’une aristocratie militaire toute puissante et bien sûr ces gladiateurs qui s’entre-tuent dans l’arène dans l’espoir d’une hypothétique liberté : autant d’aspects intelligemment recyclés et modernisés.

Bref, malgré quelques longueurs dans la narration et une happy-end un peu surprenante, Jean-Pierre Andrevon signe là un roman solide avec une intrigue simple mais efficace et un héros dont on prend plaisir à suivre l’évolution psychologique.

Denoël - Présence du Futur - 1980

23 avril 2023

LES DEMONS DU PIERRIER - JEAN-FRANCOIS FOURNIER

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A xxx, la ferveur religieuse n'est plus ce qu'elle était. L'église est désormais presque vide et les jeunes du village préfèrent aller au bal plutôt qu'à confesse. Pour ramener ses ouailles dans le droit chemin le curé décide d'employer les grands moyens. Avec l'aide de deux colosses asociaux qui vivent à l'écart du village, il entreprend d'effrayer la population en faisant croire à la présence de démons dans le pierrier qui domine le petit bourg. Très vite la situation lui échappe...

Village de montagne, isolement, patriarches obtus et jeunesse qui ne rêve que ville et modernité, c'est une nouvelle plongée dans la ruralité que nous propose ce neuvième Gore des Alpes. Hélas, l'intrigue de cet opus est bien maigrelette. Tout est dit dès le début du roman et l'on sait très vite le but recherché, les moyens utilisés et l'identité des coupables. Les seules questions que le lecteur sera amené à se poser concernent l'identité de leurs futures victimes et la façon dont elles seront trucidées. Le seul suspens réside dans le fait de savoir qui, de la police ou d'un groupe de jeunes, mettra la main en premier sur les abominables assassins.

Côté personnages, on est guère mieux lotis. Seuls les méchants de l'histoire - le curé et ses deux acolytes - bénéficient d'un vrai travail sur les caractères. Le premier compose un bel exemple de religieux rétrograde qui supporte mal l'évolution des mœurs tandis que les seconds sont d'odieux psychopathes alcooliques et pédophiles, qui ont trouvé dans l'entreprise du curé l'occasion de laisser parler leurs mauvais penchants. Tous les autres ne seront qu'entraperçus et ne joueront pas un grand rôle à l'exception du jeune Jean-Jean qui prendra la tête de ses camarades. Sa virée nocturne dans un bordel permettra aussi à l'auteur d'incorporer à l'histoire quelques scènes de cul sans lesquelles un roman gore ne serait pas digne de ce nom.

Le gore justement est en revanche bien présent. Tortures, viols et meurtres ignobles, Jean-Louis Fournier déroule toute la gamme des sévices que l'homme est capable d'infliger à ses semblables. A main nues, à l'arme blanche ou au fusil de chasse, seuls ou à l'aide de leur chien, les affreux tortionnaires s'en donnent à cœur joie. Le raisiné et la tripaille sont au rendez-vous et les amateurs ne pourront pas dire qu'ils ont été trompés sur la marchandise !

Gore des Alpes - 2020

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16 avril 2023

LES RECITS DE LA DEMI-BRIGADE - JEAN GIONO

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Il y a près de vingt ans, j’avais pris énormément de plaisir à lire la trilogie que Jean Giono a consacré au personnage d’Angelo Pardi et dont « Le hussard sur le toit » constitue le volet le plus célèbre. Ce plaisir, je l’ai de nouveau ressenti, et plus encore, avec ce recueil de nouvelles. J'y ai retrouvé cette écriture chaleureuse et virevoltante qui m'avait enchanté et ce style à la fois robuste et délicat qui nous fait toucher du doigt la vie des habitants de Haute-Provence sous le règne de Louis-Philippe.

Nous sommes en effet en 1831 et c'est le capitaine Martial Langlois qui nous relate les grandes et les petites heures de la demi-brigade de gendarmerie de Saint Pons. Il nous conte avec rudesse et bonhomie ses démêlées avec les bandits de grands chemins et les conspirateurs légitimistes ou ses relations tantôt cordiales, tantôt houleuses, avec le colonel Achille.

Tout au long des six récits dont il est le héros involontaire, on ressent son énorme joie de vivre, ce bonheur fou qu'il éprouve à galoper à travers combes et prairies en sentant sous lui la complicité d'un fier destrier. Personnage truculent pour qui "le travail bien fait est encore ce que j'ai de mieux pour me distraire", Langlois se joue de sa hiérarchie, des préfets et des agents du gouvernement. Il ne se fie qu'à sa parfaite connaissance du terrain et sa capacité à manier le fusil ou le pistolet d'ordonnance.

Et il a bien raison car l'action ne manque pas. Il y a des chevauchées dans la neige, des attaques de diligence, des poursuites et des embuscades. On se fusille à bout portant ou on se tire comme à la foire bref, on ne se fait pas de cadeau. Cela n'exclut toutefois pas le respect mutuel et même une certaine forme de courtoisie. Les brigands, comme la noblesse, ont leur sens de l'honneur et les conflits se règlent tout aussi bien autour d'une bonne table !

Gallimard - Folio - 2000

10 avril 2023

VALENTINA - CHRISTOPHE SIEBERT

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Bienvenue dans la RIM, la République Indépendante de Mertvecgorod, minuscule état coincé entre l’Ukraine et la Russie, pays dépotoir livré aux oligarques et aux mafieux. Si vous avez lu les deux livres que l'auteur a déjà consacrés à cet univers, vous savez où vous mettez les pieds. Dans le cas contraire, préparez-vous à vous prendre une bonne claque dans la gueule. Avec "Valentina",  Christophe Siébert nous précipite dans un tourbillon de sons, de drogues, d’alcool et de sexe. Un maelström de misère, de crasse et de violence. Une apnée de deux cent cinquante pages dont on ressort essoré, harassé d’avoir touché du doigt le quotidien des habitants de la Zona, le quartier le plus pollué, le plus dangereux, le plus sordide d'un pays quarmondisé.

Contrairement à "Images de la fin du monde" et "Feminicid", on s'écarte ici des "grandes heures" de la RIM pour se concentrer sur le petit peuple. C'est donc un récit à hauteur d'homme que nous propose l'auteur ou, plus justement, à hauteur d’enfant. Les cinq héros de ce roman, si tant est que "héros" soit bien le terme qui convienne, sont en effet des ados de 15/16 ans que l’on va suivre sur quelques journées. L'occasion de découvrir l'horizon terriblement borné de ces jeunes qui ont bien compris que l'avenir sera encore plus gris que le présent.

C'est Klara qui nous sert de guide mais cela aurait pu tout aussi bien être Laska, Sbrod, General ou Kreditka, l'un quelconque de ses camarades de mouise. Ils partagent tous la même vie pourrie, les mêmes parents condamnés à vie au chômage ou à l'usine, la même absence de perspectives. Leurs journées sont toutes pareilles : la schola obligatoire jusqu'à leurs 16 ans, les plans thunes, les teufs et bien sûr la défonce sous toutes ses formes : gnôle, pétards, speed, coke. Une existence précaire et souvent dangereuse.

Pourtant, malgré la mouscaille qui leur colle aux basques et les fait vieillir avant l'heure, ils conservent encore une minuscule parcelle d'innocence. C'est ce dernier vestige de candeur que Christophe Siébert s'ingénie à faire briller. Il va la dénicher dans des petits riens : la solidarité qui unit ce club des cinq version punk, le regard attendri que Klara porte sur son petit frère ou leur capacité à s'émouvoir du meurtre d'un vieux travesti. Aussi endurcis et désabusés qu'ils soient, ils ont encore besoin de savourer des moments de bonheur tout simple et de rêver, l’espace d’un instant, à une autre existence.

Alternant les descriptions bien cracra et des séquences très touchantes, "Valentina" est un roman surprenant et diablement immersif. Original aussi avec toutes ces références musicales qui fourmillent et qui viennent souligner un état d'esprit, une émotion. Je vous invite d'ailleurs à aller faire un tour sur la page facebook de l’auteur. Vous y trouverez des liens youtube vers toutes les références musicales qu’il cite dans son livre. Des trucs sympas, surprenants, entêtants, pour prolonger votre séjour à Mertvecgorod. Si tant est que vous en ayez encore envie…

Au Diable Vauvert - 2023

2 avril 2023

DIX JOURS AVANT LA FIN DU MONDE - MANON FARGETTON

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Parties de Nouvelle-Zélande, deux lignes d’explosions d’origine inconnue ravagent tour sur leur passage. La côte Atlantique devant être la dernière touchée, les routes de France sont prises d’assaut par une foule compacte qui souhaite repousser l’échéance fatidique. 

Avant d’avoir les honneurs de la collection Folio SF, le roman de Manon Fargetton est paru dans une édition jeunesse. Je ne suis pas sûr que Gallimard ait eu raison de lui faire franchir ce pas. Ce n’est pas que la littérature jeunesse ne soit pas digne d’intérêt ou ne puisse donner de bons romans. Des livres comme « Le deuxième matin du monde » de Manuel de Pedrolo sont là pour nous prouver le contraire, notamment dans le genre apocalyptique choisi par l’autrice. Ce n’est pas non plus parce que celle-ci aurait trop édulcoré son propos, même si les scènes les plus dures de son récit (pillages, morts, sexe) sont très vite expédiées. Non, ce qui à mon sens, justifie de cantonner son roman dans une collection à destination d’un jeune public est son absence quasi totale d’originalité.

Les histoires de fin du monde, la SF en a produit des centaines et il est désormais bien difficile d’apporter sa petite pierre à l’édifice. Manon Fargetton n’y est pas parvenue. Son histoire n’est qu’une succession de scènes « déjà vues » ou « déjà lues », et plutôt deux fois qu’une. L’alliance entre individus issus de milieux divers, l’alternance de comportements égoïstes ou altruistes, le tout dans un contexte de pagaille généralisée, tout cela a déjà été écrit, maintes et maintes fois.

Elle insiste aussi beaucoup sur la psychologie de ses personnages, mais cela reste superficiel, sonne faux et frise même parfois le ridicule. Je pense notamment à ce passage où deux personnages abordent le thème du viol et où l’un d’entre eux a cette réflexion surprenante : « Tout le monde est un violeur potentiel. Sauf les violeurs avérés. ». Ben oui ma pauv’ dame. Et puis tout le monde est aussi un fraudeur potentiel, un voleur potentiel, un assassin potentiel. Dans quel monde vivons-nous !

Il y a quand même, ici où là, quelques scènes touchantes : le suicide d’une femme dépressive qui souhaite libérer son fils du poids de sa présence ou encore ces alzheimers qui s’éclatent comme des petits fous dans leur maison de retraite vidée de son personnel médical.

Signalons enfin que le récit de Manon Fargetton flirte aussi avec le fantastique sans que cela  n’influe sur les évènements ou n’éclaire certains aspects de l’intrigue, notamment les raisons de l’apocalypse.

« Dix jours avant la fin du monde » est donc un roman que j’aurai peut-être apprécié à 13/14 ans quand ma culture SF était encore balbutiante. Quarante ans plus tard, ça ne passe plus.

Gallimard - Folio SF - 2021

 

 

26 mars 2023

LES MOTS PERDUS DU KALAHARI - ALEXANDER McCALL SMITH

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Voilà déjà deux ans que je n’avais pas remis les pieds au Botswana et c’est avec grand plaisir que j’ai de nouveau rendu visite à Mma Ramotswe et son sympathique entourage.

Les choses n’ont guère changées à l’Agence n°1 des Dames Détectives. La situation financière de la petite agence est toujours précaire mais la sémillante quadragénaire ne manque pas d’idées et de motivation pour développer son affaire. Mma Makutsi, sa secrétaire, n’est pas en reste et a décidé d’ouvrir un cours de dactylographie pour hommes. Quant à J. L. B. Matekoni, il est enfin sorti de sa dépression et a repris les rênes de son garage.

Comme dans les trois premiers volumes, l’histoire alterne enquêtes et menus problèmes de la vie domestique, les seconds n’étant pas toujours les plus faciles à résoudre. Mma Ramotswe sera ainsi confrontée au mal-être de ses deux enfants adoptifs tandis que son fiancé devra faire face à la crise de mysticisme de l’un de ses apprentis.

Quant aux deux enquêtes que le roman nous propose, elles sont tout à fait anecdotiques et se contentent d’illustrer la légèreté des hommes bostwanais – de tous les hommes ? - dans leurs relations avec les femmes. La première concerne un homme qui désire réparer ses torts vis-à-vis d’une femme qu’il avait poussé à avorter alors qu’ils étaient de jeunes étudiants. La seconde ne serait qu’une banale histoire de mari volage si Mma Makutsi n’était, à son insu, partie prenante de ce malheureux vaudeville. Bref, rien de très excitant mais toujours traité avec un humanisme et une bonhommie à toute épreuve.

On regrettera en revanche que la rivalité avec une nouvelle agence de détective dirigée par un homme particulièrement détestable tourne court sans donner lieu à une véritable confrontation.

10/18 - 2004

19 mars 2023

AWACS - ALAIN PARIS

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Dans "Nimitz, retour vers l'enfer", un film de Don Taylor de 1980, un porte-avion de la Navy était projeté quarante années en arrière, au moment de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. Dans le roman d'Alain Paris, le saut dans le temps est encore plus vertigineux puisque c'est un AWACS de la première guerre du golfe qui se trouve catapulté en Mésopotamie à l'époque des premiers royaumes sumériens. Manque de bol, l'avion se crashe dans le delta de l'Euphrate et seuls trois survivants parviennent à s'extraire de sa carcasse. Re-manque de bol, ils tombent au beau milieu du conflit qui oppose les cités-états d'Uruk et de Lagash.

Le roman d'Alain Paris se lit extrêmement bien en dépit d'une construction un peu déséquilibrée. L'entrée en matière est beaucoup trop longue même si elle permet de parfaitement planter le décor et de présenter minutieusement les personnages. L'auteur s'est aussi très bien documenté. Qu'il s'agisse de l'aspect technico-militaire concernant le fonctionnement d'un AWACS ou du mode de vie des mésopotamiens du troisième millénaire avant J.C, ses descriptions sont toujours précises et pertinentes.

La contrepartie de ce luxe de détails est qu'il faut attendre les deux tiers du livre pour que l'action se décante. Tout va alors très vite. Capture, emprisonnement, rapt, bataille rangée, déluge. Ouf ! Pas le temps de souffler que c'est déjà fini. Ha, non, j'oubliais ! Il y a aussi l'épilogue et son petit paradoxe temporel, histoire de clore le récit sur une note étrange et amusante.

Fleuve Noir Anticipation - 1993

12 mars 2023

HIER ET DEMAIN - JULES VERNE

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"Hier et demain" est un recueil de nouvelles assez disparates qui mélange le conte de fée, le récit de voyage et la science-fiction. Les sujets comme les ambiances y sont extrêmement variés et l'on passe sans coup férir de la comédie au drame populaire et à l'anticipation la plus pessimiste.

La famille Raton est un vrai conte de fée à l'ancienne. Construite sur le concept de métempsycose, l'histoire nous fait suivre les aventures d'une famille qui passe par tous les stades de l'évolution - mollusques, poissons, oiseaux, mammifères - avant d'atteindre l'état d'être humain. Un sorcier et un riche ambitieux tentent de subjuguer la fille de la maisonnée. Heureusement, une bonne fée veille au grain et chaque transformation permet à la famille de se tirer des pièges où leurs ennemis tentaient de les faire tomber. Une gentille morale, beaucoup d'humour et de charmantes bêbêtes font de ce texte une œuvre à destination des plus jeunes.

M. Ré-Dièze et Mlle Mi-Bémol est une sorte de conte de Noël sans grand intérêt si ce n'est de nous apprendre quantité de choses sur les métiers d'organiste et de facteur d'orgues. Il vaut aussi pour son atmosphère et ses descriptions d'un petit village suisse à la veille des fêtes de la nativité.

La destinée de Jean Morenas a des allures de Conte de Monte Cristo. Un homme injustement condamné s'évade du bagne de Toulon. Plutôt que de se mettre à l'abri en quittant la France, il retourne sur les lieux de son prétendu crime où vivent encore le véritable coupable et la femme qu'il a aimé. La vengeance est à portée de main, mais Jean Morenas n'est pas Edmond Dantes...

Jules Verne s'est toujours beaucoup intéressé aux Etats-Unis où il a situé bon nombre de ses romans. La vigueur de cette jeune nation et l'esprit d'entreprise de ses citoyens semblent l'avoir vivement impressionné et c'est sans doute pourquoi il y situe cette sympathique chronique du monde des affaires et de la publicité. Le Humbug nous raconte en effet comment un entrepreneur rusé parvient à s'enrichir en exploitant la crédulité et l'appât du gain des habitants de la ville d'Albany.

Il faut donc attendre la cinquième nouvelle pour trouver un texte où il est question de Science-Fiction. Au XXIXe siècle : La journée d'un journaliste américain en 2889 est un récit qui rappelle beaucoup Paris au XXème siècle. Il s'agit d'une sorte de flânerie dans le monde du journalisme en compagnie d'un capitaine d'industrie. L'occasion de constater les prouesses technologiques auxquelles les hommes du troisième millénaire sont parvenus. Visioconférence, engins volants, nourriture synthétique, voyages intercontinentaux dans des tubes pneumatiques, communications avec d'autres planètes... longue est la liste des inventions de nos lointains descendants !

L'éternel Adam est un récit beaucoup plus sombre. Des bouleversements géologiques considérables ont provoqué la disparition des continents. Un petit groupe de survivants erre longuement en mer avant d'accoster sur une nouvelle terre surgie au milieu de l'océan Atlantique. L'espèce humaine semble sauve mais la civilisation s'apprête à faire un bond en arrière de plusieurs centaines d'années. Le désespoir du narrateur confronté à cette régression est semblable à celui du héros de "La Terre demeure" de George Stewart, qui lutte lui aussi pour préserver les connaissances de l'humanité.

Le Livre de Poche - 1976

5 mars 2023

J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES - BORIS VIAN

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Avec seulement un huitième de sang noir dans les veines, Lee Anderson peut facilement se fondre dans la communauté blanche de la petite ville de Buckton. Il en profite pour se mêler à un groupe de jeunes avec lesquels il multiplie les expériences sexuelles et la consommation de stupéfiants. Pourtant, Lee ne cherche pas à enchainer les conquêtes ni à séduire une riche héritière. Son but est bien différent. Et beaucoup plus effrayant…

Malgré l’étiquette de roman noir qui lui est attachée, « J’irai cracher sur vos tombes » n’a rien d’un polar. Pas de détective, pas d’enquête, à peine quelques questionnements sur la personnalité et les motivations du narrateur. Pas de méchants non plus ou du moins pas de ceux dont on a l’habitude dans ce genre de littérature. Juste des victimes, de leurs passions, de leurs vices, de leur milieu.

En fait, le principal objectif de Boris Vian est d'interpeller son lecteur. Pour ce faire il a choisi de le choquer. Cela commence avec un titre bien provocateur et se poursuit tout au long du livre en un crescendo de sexe et de violence proprement hallucinant. Sa vision de la société américaine est à des années-lumière de celles que nous renvoient les films hollywoodiens de l’époque. On y découvre des jeunes désœuvrés qui passent leur temps à s’envoyer en l’air de toutes les manières possibles : alcool, drogue, sexe. Les scènes de cul, nombreuses, sont particulièrement osées et explicites. On a du mal à croire que ce livre ait été écrit en 1946 et l’on comprend mieux pourquoi il a été censuré des deux côtés de l’Atlantique.

Mais l‘aspect le plus dérangeant du roman est ailleurs. Il se niche dans le but recherché par son personnage principal, dans sa froide détermination et son absence totale de scrupules. Le récit à la première personne du singulier nous fait plonger au cœur de ses pensées. Il permet de comprendre ce qui l’a conduit à échafauder une machination aussi redoutable et pourquoi il s’acharne sur deux jeunes femmes qui ne méritaient pas un sort aussi affreux. Car oui, ce qui les attend est affreux, ignoble, impardonnable. Et pourtant c'est bien là ce que subissaient les afro-américains sans que cela n’éveille l’ombre d’une émotion parmi la communauté blanche. On regrettera malgré tout que son personnage finisse par basculer dans une sorte de folie homicide. Le combat qu’il menait, la revanche qu’il recherchait s’effacent derrière l’horreur de ses actes et la dimension politique de son geste s’en trouve quelque peu amoindrie.

Roman étrange, roman sulfureux, roman coup de poing, « J’irai cracher sur vos tombes » a fait beaucoup pour asseoir l’aura de son auteur. A-t-il contribué à changer les rapports sociaux entre blancs et noirs dans l’Amérique des années quarante ? Rien n’est moins sûr.

Livre de Poche - 1997

26 février 2023

LA FÊTE DE LA VICIEUSE - PHILIPPE BATTAGLIA

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Les habitués de la collection Gore des Alpes trouveront au roman de Philippe Battaglia quelques ressemblances avec ceux de Stéphanie Glassey et de Jordi Gabioud. Comme dans "L'éventreuse", on y parle en effet de maternité et de sorcellerie tandis que les conflits entre les habitants d'un minuscule village du Valais rappellent l'atmosphère de "Tantine Chevrotine". Deux sujets qui se disputent à part presque égales la première partie du récit. D'une part, l'histoire du couple Pittet et de leurs pratiques démoniaques qui aboutissent à la conception d'un monstre. De l'autre la description du village d'En L'haut La Pointe et sa galerie de portraits pas piqués des vers. D'un côté, le drame et l'horreur, de l'autre l'humour vachard.

Une fois le décor planté et les personnages présentés, il n'y a plus qu'à laisser parler les bas instincts des uns et des autres. On commence donc par s'amuser des rancunes entre villageois et des mauvais tours qu'ils se jouent. Et il y a beaucoup à dire avec un maire véreux qui ne supporte plus ses administrés, un curé libidineux, des amatrices de fleurs qui se tirent la bourre, un agriculteur vindicatif et même des mafieux russes. Puis c'est l'irruption de l'horreur avec l'arrivée d'une palanquée de gnomes cruels et vicieux qui s'attaquent à tout ce qui bouge. S'en suivra une mêlée furieuse où monstres et villageois s'affrontent avec férocité, griffes et crocs contre fourches et fusils.

Philippe Battaglia clôt son histoire sur une apocalypse liquide du plus bel effet qui rappelle beaucoup celle de "La robe de béton". C'est chouette, sans doute aussi pratique pour mettre un point tout à fait final à son roman, mais faudrait pas que ça devienne une habitude !

Gore des Alpes - 2020

19 février 2023

L'ODYSSEE DU VAGABOND - LUKE RHINEHART

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"L'odyssée du vagabond" date de 1983, c'est à dire quelques années avant que Gorbatchev et sa perestroïka ne viennent mettre un terme à la guerre froide entre les pays de l'OTAN et ceux du pacte de Varsovie.  La menace d'un conflit nucléaire était alors toujours d'actualité (elle l'est redevenue depuis peu), et représentait dans l'esprit du plus grand nombre, le risque d'apocalypse le plus probable. Il est donc tout à fait logique que la bombe atomique soit présente dans la plupart des récits post-apocalyptiques de l'époque. Celui de Luke Rhinehart ne fait pas exception à la règle. Il est même l’un de ceux où les conséquences immédiates d’un tel conflit sont le mieux exposées.

Le roman commence alors que les Etats-Unis et l’URSS viennent tout juste d’entrer en guerre. New-York, Washington et bien d’autres villes sont immédiatement atomisées et les retombées de cendres radioactives menacent toute la côte Est. Un groupe de quelques amis partis faire du yachting à bord d’un trimaran, décide de prendre le large pour échapper à la menace sanitaire et à la violence des hommes.

L’essentiel de l’histoire se passe donc sur mer et les personnages sont confrontés à presque tous les dangers que l’on peut y rencontrer. Tempêtes ou calme plat, actes de piraterie, abordages, mutinerie, rien ne leur sera épargné. Apparemment, l’auteur dispose de connaissances solides en matière de navigation qui lui permettent de rendre particulièrement crédible l’odyssée maritime de ses personnages.

Celle-ci sera tout de même entrecoupée de quelques escales à terre plus ou moins longues. Le manque de nourriture et de médicaments, la nécessité d’effectuer des réparations les obligera ainsi à aborder en Caroline du nord et dans diverses îles des Antilles. A chaque fois, ils pourront constater le délitement des institutions. A Morehaed City, ils devront fuir les conséquences de la loi martiale décrétée par ce qui reste de l’armée américaine tandis qu’aux Bahamas, ils échapperont de peu à l’appétit de douaniers corrompus. Mais c’est aux îles vierges qu’ils vivront les épreuves les plus pénibles, coincés à terre par des émeutes raciales, une épidémie et les adeptes d’une nouvelle religion.

Pour autant, leur fuite sur l’océan ne les met pas totalement à l’abri de la folie des hommes. Alors que le monde s’écroule autour d’eux, les rescapés du « Vagabond » se montrent incapables de se départir de leurs mauvais penchants. Instinct de propriété, besoin de commander ou d’obtenir plus que son voisin sans oublier les combats de coqs autour des rares femmes disponibles, les motifs de dissensions restent nombreux. Le leadership du petit groupe fera aussi l’objet d’âpres discussions et le soin apporté aux caractères des personnages rend cette lutte pour le pouvoir réellement passionnante.

Avec un parfait équilibre entre les nombreuses scènes d’action et les séquences consacrées aux échanges de points de vue sur la situation et la conduite à tenir, « L’odyssée du vagabond » nous offre une vision convaincante de ce qui pourrait attendre les hommes et les femmes s’ils ne parviennent pas à surmonter leurs différends.

Au Forges de Vulcain - 2023

5 février 2023

CUGEL L'ASTUCIEUX - JACK VANCE

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Parce qu'il a tenté de dérober quelques-uns de ses trésors au magicien Iucounu, Cugel est envoyé aux confins du monde pour y retrouver une mystérieuse lentille de verre. Pour prévenir toute tentative de désertion de son nouveau serviteur, le magicien a implanté dans son ventre une créature qui le fait horriblement souffrir dès qu'il s'écarte de l'objectif qui lui a été fixé. Contraint de s'exécuter, Cugel commence ses recherches non sans garder dans un coin de son esprit l'idée de se venger de son tourmenteur.

Deuxième opus du cycle de « La terre mourante », « Cugel l’astucieux » se distingue du précédent sur bien des points. Tout d’abord, nous sommes ici dans une ambiance de fantasy tout à fait classique. Alors qu'Un monde magique nous proposait un univers dans lequel subsistaient les traces technologiques des anciennes civilisations Terriennes, on ne trouve plus ici que de vagues allusions à ce lointain passé. On y croise d'ailleurs davantage de monstres et de démons que d'artefacts et seul le premier chapitre nous laisse entrevoir les bribes d'un savoir qui a presque disparu.

En second lieu, il s’agit cette fois d’un roman et non d’un recueil de nouvelles. L’ouvrage perd donc en diversité ce qu’il gagne en unité. Un seul fil conducteur, une seule intrigue, une quête entrecoupée d’une succession d’épreuves et de rencontres souvent dangereuses. Tout au long de son voyage, Cugel va en effet découvrir des communautés qui vivent selon des principes surprenants. On retiendra notamment son séjour dans une ville où, après une vie de labeur, les plus méritants de ses citoyens se voient attribuer une paire de lunette qui déforme la réalité et leur donne l'illusion de vivre une existence princière. Malheureusement, le héros de Vance ne s'attarde jamais bien longtemps et les descriptions des us et coutumes de ces villages et de ces cités restent assez superficielles.

Enfin, "Cugel l'astucieux" est entièrement consacré au personnage qui lui donne son titre. Tous les autres ne sont que des faire-valoir et, à l'exception peut-être du sorcier Iucounu, ils ne font que passer sans laisser grande impression ou souvenir. Mais cela n'est pas bien grave car Cugel occupe avantageusement le devant de la scène. Astucieux sans doute mais aussi égoïste, envieux, rancunier et sans scrupules, capable de provoquer la mort d'une caravane de pèlerins ou la destruction d'un village si cela sert ses intérêts, il compose un héros assez peu sympathique mais néanmoins attachant. Je le préfère en tout cas aux colosses bodybuildés ou aux valeureux guerriers qui hantent les pages de la plupart des romans de fantasy. Les vilains tours qu'il joue à ses ennemis, ses entourloupes et ses mensonges mais aussi les déconvenues dont il est victime sont toujours fort drôles et j'ai passé en sa compagnie quelques heures bien réjouissantes. 

J'ai Lu - Science-Fiction - 1976

29 janvier 2023

LES DISPARUS - ANDRE DHÔTEL

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Quelques années après que son ami Casimir eut disparu dans les environs de Sommeperce, Maximin revient s'installer dans la petite ville avec l'idée de retrouver sa trace. Dans cette bourgade tranquille dirigée par les descendants des comtes de Rouzy, le jeune homme va découvrir qu’il est des vérités que tous ne sont pas prêts à entendre.

« Le village pathétique » est le titre du second roman d'André Dhôtel mais il conviendrait tout aussi bien à son trente-huitième. "Les disparus" nous transporte en effet dans une petite bourgade des Ardennes sur laquelle pèse la chape de plomb de la tradition et du conformisme. A Sommeperce, chacun doit rester à sa place. Les notables sont regroupés dans la ville haute, les commerçants et les artisans occupent le centre de la bourgade au bas de la colline et les touristes sont cantonnés au camping. Les comportements "originaux" y sont bannis et si vous vous hasardez à jouer de la trompette ou de l'harmonica, nul doute qu'un édile vienne bientôt vous conseiller de changer de passe-temps.

Dans cet univers morose et monotone où chaque jour ressemble au précédent, il n'est pas étonnant que les petits riens d'hier et d'aujourd'hui prennent une dimension singulière. La mort d'un hobereau, la disparition de quelques jeunes du village, des actes de vandalisme, il n'en faut pas plus pour créer un sentiment d'insécurité et évoquer les puissances surnaturelles. Les faits divers se mêlent alors aux anciennes légendes et la forêt toute proche cristallise les passions et les peurs.

Comme souvent chez l'auteur, l'énigmatique et le merveilleux finiront par s'effacer derrière une réalité bien plus prosaïque. L’assassinat du dernier comte de Rouzy n’est peut-être qu’un banal accident de chasse et la clairière magique où disparaissent les jeunes du village n’a de fantastique que sa beauté sauvage et presque vierge. Les légendes et les commérages ne font que masquer la vérité et éviter de regarder la réalité en face. Mais qu’importe ! Une fois de plus André Dhôtel nous aura embarqué dans une aventure extraordinaire à partir de presque rien, un relais de chasse perdu au fonds des bois, les restes d'une tapisserie, l'envie d'ailleurs d'une jeunesse qui s'ennuie.

Phébus - Libretto - 2005

22 janvier 2023

HORS NORMES - P-J HERAULT

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Après que l'ordinateur de leur centre-édu ait bogué alors qu'ils n'avaient que treize ans, les enfants qui y résidaient se sont retrouvé livrés à eux-mêmes. Pendant les douze années suivantes ils ont donc occupé leur temps libre comme bon leur semblait, étudiant les matières de leur choix et s'adonnant aux occupations les plus diverses sans soucis de leur avenir. Lorsque deux enquêteurs en mission de contrôle s'aperçoivent de la situation ils lancent la procédure d'élimination physique afin de supprimer ces inadaptés, incapables de s'intégrer au monde civilisé. Ayant échappés de justesse à l'extermination, Kavan et huit autres "hors normes" doivent désormais survivre dans un monde hostile et sous la menace constante des autorités.

"Hors normes" est un Herault pur jus où l'on retrouve les thèmes chers à l'auteur : la lutte d'un petit groupe d'amis contre des institutions liberticides et la recherche d'un havre de paix où vivre en accord avec ses principes et en harmonie avec la nature. Il diffère toutefois de ses autres opus par la nature de ses personnages. Alors que la plupart du temps ses héros sont des soldats confirmés, militaires d'active ou vétérans, les hors-normes n'ont en revanche aucune connaissance des armes et pas la moindre idée de la vie sur le terrain.

Cette inexpérience est d'ailleurs l'un des aspects les plus forts du roman puisque la survie des neuf jeunes gens en milieu hostile occupe la plus grosse partie du récit. Leur fuite désespérée dans un environnement inconnu et dangereux, la mise en commun de leurs maigres connaissances pour se sortir d'affaire et leur rencontre avec des trappeurs au grand cœur en constituent les étapes clés mais l'histoire s'agrémente aussi de quelques combats bien menés et d'une jolie idylle.

L'autre intérêt de ce roman est qu'il lève une partie du voile sur les centres-édu, ces espèces de couveuses où les enfants conçus par procréation artificielle sont "fabriqués" puis élevés jusqu'à l'âge d'homme et de femme. L'auteur les évoque dans presque tous ces livres sans jamais s'appesantir sur la question. On a donc ici l'occasion de découvrir ces installations entièrement automatisées où les futurs citoyens grandissent en vase clos et où chacun reçoit une éducation spécialisée qui lui permettra de tenir son rôle dans la société.

Malgré un format trop court pour lui permettre d'approfondir la psychologie des personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent, P. J. Herault nous propose avec "Hors-normes" une histoire plaisante et rondement menée ou action et bons sentiments sont au rendez-vous.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

15 janvier 2023

VIPERES VORACES - JOËL JENZER

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Répondant à l'invitation d'un confrère suisse, l'herpétologue Adrian Thompson se rend dans le val d'Anniviers pour étudier une variété inconnue de vipères. Une mission qui pourrait être anodine si nous n'étions en 1941 alors que les nazis avancent leurs pions en territoire neutre.

L'intrigue de ce septième "Gore des Alpes" est construite autour du thème du savant fou qui voit sa créature échapper à son contrôle. La créature en question - ou plutôt les créatures - ce sont ces fameuses vipères qui donnent son titre au roman. D'une taille peu commune, agressives et donc particulièrement voraces, elles s'attaquent à tous les imprudents qui croisent leur chemin sur les petits sentiers des montagnes valaisannes.

Comme de juste, cela nous donne quelques scènes bien sanguinolentes où les vilaines bestioles se repaissent de la cervelle et des viscères de leurs victimes. Mais cela n'ira pas plus loin. Le roman de Joël Jenzer est d'un gore très léger qui ne provoque ni peur, ni dégoût, à peine l'ombre d'un frisson. C'est beaucoup trop peu pour un livre du genre, d'autant que l'histoire se déroule en 1941 et met en scène de faux résistants, de vrais fascistes et quelques nazis bref, une belle brochette de bourreaux potentiels.

Si l'auteur n'a pas su tirer parti du cadre historique de son récit, il s'en sort en revanche beaucoup mieux dans la composition de ses personnages. De l'infâme collabo qui porte sur sa gueule les vilaines pensées qui l'habitent au garde forestier bas-de-plafond et imbu de lui-même en passant par le directeur d'hôtel un peu précieux, la bimbo écervelée ou le scientifique introverti , il nous offre un joli panel de personnages un peu caricaturaux mais néanmoins parfaitement croqués. Les relations entre les uns et les autres sont plaisantes à suivre, les dialogues bien menés mais ça ne suffit pas à masquer la faiblesse de l'ensemble. Dommage.

Gore des Alpes - 2020

8 janvier 2023

LA DECOUVERTE DE L'ATLANTIDE - DENNIS WHEATLEY

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Le mythe de l‘Atlantide a inspiré un grand nombre d’écrivains et je pourrai citer de mémoire une bonne demi-douzaine de romans où il est question de la redécouverte de ce continent légendaire. Celui de Dennis Wheatley se situe dans une honnête moyenne, sans toutefois se démarquer de la production de ses compatriotes britanniques. Qu’il s’agisse du style ou de ses descriptions du monde des atlantes, on y trouve en effet bien des points communs avec les livres que Rider Hagard, Conan Doyle ou Bulwer-Lytton ont consacrés à ce thème.

Pourtant, c’est aux romans d’Agatha Christie que « La découverte de l’Atlantide » m’a tout d’abord fait songer. Avec ses personnages issus du beau monde (il y a une riche héritière, un prince roumain, un acteur américain, un militaire en retraite, un savant allemand…) ses parties de tennis ou de bridge, ses diners à l’hôtel et ses sorties en mer, on se croirait dans un remake de « Mort sur le Nil ». Et puis il y a aussi une sombre histoire de rapt et d’escroquerie qui vient renforcer cet aspect « detective novel », à tel point que la plongée au fond des océans apparaît presque comme une conséquence involontaire de cette intrigue policière.

Cette immersion va se faire au moyen d’un bathyscaphe tout ce qu’il y a de commun. Dennis Wheatley n’est pas Jules Verne et l’aspect technique des aventures qu’il nous propose n’est pas sa priorité. La descente dans les profondeurs abyssales s’avère néanmoins tout à fait crédible, davantage en tout cas que la façon dont ses héros émergent dans une Atlantide préservée des flots et du manque d’oxygène.

Rien de grave cependant. On suspend notre incrédulité et on découvre une sorte de jardin d’Eden où une vingtaine d’atlantes vivent en harmonie depuis des siècles. Une vie simple et austère, très proche de la nature en dépit de leurs connaissances extrêmement évoluées. En fait, ces ultimes rescapés du continent perdu sont presque parvenus à se détacher de la matière et passent le plus clair de leur temps en longues stases hypnotiques qui leur permettent de voyager par l’esprit. Quant aux relations sociales, elles sont peu codifiées. Les mœurs y sont fort libres et l’amour se donne et se reçoit selon l’envie du moment.

Hélas, l’immixtion d’étrangers au sein de cette société libertaire va rompre son délicat équilibre. Dennis Wheatley nous refait le coup de la pomme et du serpent et, tels Adam et Eve, ses aventuriers involontaires seront bannis du paradis terrestre.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

1 janvier 2023

LE MINISTRE ET LA JOCONDE - BOURHIS . BOURGERON . TANQUERELLE . MERLET

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Depuis qu'elle a rejoint le musée du Louvre, la Joconde a rarement quitté sa cimaise. En 1963 pourtant, sur la demande insistante du ministre de la culture, elle fut expédiée à New-York pour être exposée au MoMA et, accessoirement, contribuer au réchauffement des relations diplomatiques entre l'Exagone et les States. Voilà donc Mona Lisa embarquée sur le France en compagnie du conservateur du Louvre, d'un service de sécurité étoffé et du ministre lui-même. Ce ministre c'est André Malraux,et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il va lui voler la vedette.

L'histoire dévoile en effet certains aspects de la vie de l'illustre personnage. Elle s'attarde notamment sur ses zones d'ombres (les failles de son passé de résistant, ses activités de trafiquant d'art au Cambodge...) ainsi que sur ses addictions. Les auteurs forcent un peu le trait et c'est un Malraux mégalomane et complètement déjanté qui s'offre à nous. Cela nous donne quelques scènes irrésistibles au cours desquelles l'homme politique sera contraint d'admettre que tout le monde ne partage pas la haute estime qu'il a de lui-même.

Il est en revanche bien dommage que l'intrigue autour de la Joconde soit si légère. Sa disparition momentanée et l'enquête qui s'ensuit auraient pu déboucher sur des scènes beaucoup plus amusantes et plus variées. Ici, à part une discrète allusion à la situation algérienne, elle reste centrée sur le personnage de Malraux qui étouffe tous les autres. D'autres idées méritaient pourtant d'être étoffées : la rivalité entre le ministre et le chef d'orchestre Herbert Von Karayan, sa mésentente avec la conservatrice du Louvre qui voit d'un mauvais œil le précieux tableau servir de monnaie d'échange entre nations...

En revanche le décor est plutôt bien utilisé. Le France fournit un cadre à la hauteur de l'histoire. Du pont à la soute en passant par les cabines, les salons, la salle de concert... on visite tous les recoins de l'immense et luxueux paquebot à la rencontre de son petit peuple d’employés et de riches croisiéristes.

Quant aux dessins, ils m'ont rappelés ceux des caricaturistes que l'on trouvait dans les journaux, les dessins de Jacques Faizant, ceux de Cabu (le chef de la sécurité) et le personnage de Malraux est superbement croqué. Son regard halluciné, son allure tantôt survoltée, tantôt déprimée, reflètent parfaitement son caractère et font de lui un personnage de BD particulièrement efficace. Une suite ?

Casterman - 2022

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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