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SF EMOI

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10 janvier 2021

A L'IMAGE DU DRAGON - SERGE BRUSSOLO

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Ils sont dix. Dix jeunes chevaliers-quêteurs envoyés aux confins du désert immense. Leur but : traquer le peuple des caméléons et tuer autant d’ennemis qu’il est possible. Le temps leur est compté. La saison des pluies approche et le peuple des hydrophobes auquel ils appartiennent ne peut vivre sans les rayons du soleil dont ils se nourrissent, sans leur chaleur régénératrice. Pire encore, la moindre goutte d’eau, la plus petite parcelle d’humidité provoque sur leurs corps des boursouflures qui les conduisent inexorablement à la mort. Déjà le vent se lève, annonciateur des premiers nuages. Comme ses neuf compagnons, comme tous ceux qui les ont précédés années après années, Nath sait que leur mission est une mission sans retour. Saura-t-il la mener à bien ? 

Malgré une production pantagruélique couvrant à peu près tous les genres de la littérature, Serge Brussolo ne s’est que rarement aventuré en terre de Fantasy. A ma connaissance il n’a publié que quatre ou cinq romans du genre, la plupart édités dans la collection Anticipation du Fleuve Noir (je ne compte pas les rééditions ou les éditions jeunesse). Parmi ceux-ci, « A l’image du dragon » n’est pas un pur exemple de « médiéval fantastique » puisque de nombreux indices laissent supposer que l’origine du monde dont il est question serait à chercher du côté de la science et non de la magie ! Ceci étant il est indéniablement à classer parmi ce type de récits avec sa quête, ses combats à l’arme blanche et l’ambiance fantastique dans laquelle il baigne.

Ceci étant précisé, que dire de cette histoire ? Qu’elle ne nous laisse pas un instant de répit ? C’est vrai. Qu’elle est bien sombre et bien angoissante ? C’est encore vrai. Qu’on y trouve des idées génialement folles ? Normal, c’est du Brusssolo ! Mais ici, le cocktail est parfait. La montée en puissance des périls que ses personnages doivent affronter est parfaitement gérée, tout comme le cheminement intérieur du jeune héros qui, peu à peu, en vient à douter du bienfondé de sa mission.

Au gré des rencontres et des interrogations qu’elles suscitent, Nath remet en cause les principes et les dogmes qu’on lui a inculqués et finit par se persuader que, dans le conflit qui oppose les hydrophobes aux caméléons, il n’est pas forcément dans le bon camp. Boa, son écuyère, n’a pas les mêmes scrupules. Totalement embrigadée, elle voit aussi dans leur quête l’occasion de se hisser à un statut auquel ses origines ne lui permettaient pas de prétendre. La relation entre le chevalier-quêteur et sa servante est donc au cœur du récit. Au fur et à mesure que Nath perd la foi, Boa s’évertue à le maintenir dans le droit chemin, allant même jusqu’à le malmener et prendre sa place, un peu comme si Sancho Pança avait pris l’ascendant sur Don Quichotte.

Pour le reste, l’auteur à recours à un processus narratif qui lui est coutumier et qu’on retrouvera presque à l’identique dans les aventures de Shagan et Junia à savoir de longs flash-backs qui nous dévoilent l’histoire des deux héros et les contours de la société où ils évoluent. Il y a aussi quantité de détails qui viennent égayer le tout et apporter de l’épaisseur à l’ensemble. Surtout, il y a cette idée force autour de laquelle s’articule tout le roman : une planète marquée par deux saisons aux climats extrêmes, l’une sèche où le soleil triomphant transforme la planète en un vaste désert et l’autre humide pendant laquelle la végétation reprend ses droits grâce à des pluies abondantes. Une planète, deux saisons, deux peuples que tout oppose et qui s’affrontent. Une idée qu’il triture, malaxe et étend à l’infini avec des trouvailles démentielles comme ces villes peuplées de statues parmi lesquelles les caméléons se dissimulent pendant leur hibernation, les femmes éponges dont le corps absorbent l’humidité, les pierres-miroirs dont l’éclat amplifie l’éclat du soleil et tant d’autres…

Un excellent opus - le deuxième publié au Fleuve - dont on regrettera toutefois la fin abrupte qui nous laisse dans l’expectative la plus complète…

Fleuve Noir Anticipation - 1982

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6 janvier 2021

KALOS KAGATHOS - DJORDJE MILOSLAVJEVIC & MILAN JOVANOVIC

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Kalos Kagathos est une BD originale à plus d’un titre. En premier lieu parce qu’il s’agit d’une BD serbe ce qui, encore aujourd’hui, n’est pas si fréquent. Alors imaginez à l’époque où elle fut écrite, c’est-à-dire il y a près de trente ans, alors que la Serbie était embourbée dans la guerre sui suivit l’éclatement de la Yougoslavie.

En second lieu par son sujet. Il s’agit d’une BD historique (et un peu plus que cela…) dont l’action se situe à une époque et en un lieu extrêmement intéressants. Constantinople,  529 after J-C. Une époque et un lieu charnière. L’antiquité vient tout juste de laisser la place à un moyen-âge balbutiant et la capitale de l’empire byzantin constitue, plus que jamais, la porte de l’orient.

Et il s’en passe des choses dans la vaste cité ! L’empereur désire ouvrir la voie au commerce avec l’extrême orient et convoite de secret de la fabrication de la soie. Il charge un trio d’aventuriers - un chevalier, un marchand et un cartographe - d’accomplir la redoutable mission. Les trois héros vont ainsi se retrouver mêlés à un jeu de pouvoir où la religion, le commerce et la politique sont étroitement liés. Ils devront surmonter maints dangers et composer avec les secrets que chacun d’eux dissimule tout en tentant de réaliser leurs propres ambitions.

L’histoire ne manque ni d’action ni de surprises. Il y a des complots et des voyages. Il y la mer et le désert, des palais et des souterrains. On y croise des savants érudits, des lépreux, des voleurs. On s’y bat, on s’y trahit, on s’y tue... J’ai d’abord éprouvé un peu de mal à suivre les différents fils de l’intrigue. Le nombre important de personnages, surtout dans trente premières pages, engendre une certaine confusion. Mais passé ce cap, les choses se mettent tranquillement en place et le rythme devient plus tranquille. Le récit gagne en lisibilité et le lecteur peut se concentrer à la fois sur l’histoire et sur les dessins.

Le graphisme justement, en surprendra plus d’un. Hormis les sept ou huit pages du prologue et de l’épilogue (que je soupçonne l’auteur d’avoir ajoutées après coup pour les besoins de la présente édition), le style n’a rien à voir avec celui de la couverture. Il est beaucoup plus brut, avec des couleurs vives et peu nuancées. Cela donne une impression de force et d'immédiateté, un peu comme s'il s'agissait de croquis pris sur le vif.

Les choses changent avec la deuxième partie. Le trait se raffermit et se fait plus doux. Les dessins deviennent plus classiques mais gagnent en précision. On voit que du temps s'est écoulé entre les deux BD (le présent volume est une intégrale) et que le travail de Milan Jovanovic a considérablement évolué. Il faudrait que je lise un ouvrage plus récent pour voir ce qu'il en est désormais. Pourquoi pas « La bête noire » publié par ces même éditions Inukshuk qui ont réalisé avec « Kalos Kagathos » un remarquable travail.

Inukshuk - 2019  

 

3 janvier 2021

MES VRAIS ENFANTS - JO WALTON

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A près de 90 ans Patricia est atteinte de la maladie d’alzheimer. Dans la maison de retraite où elle finit ses jours elle songe à ce que fut sa vie. Ou plutôt ses vies. Car si le présent de Patricia est désormais confus elle se souvient parfaitement de ses deux existences. L’une avec Mark, brillant professeur mais piètre époux, l’autre avec la merveilleuse Bee. Avec chacun de ses conjoints elle a eu des enfants. Mais laquelle de ses deux vies est réelle, laquelle est fantasmée ? Et quels sont ses vrais enfants ?

"Mes vraies enfants" n'est pas la première incursion de Jo Walton en terre uchronique. Elle a connu ses premiers grands succès avec ce type de récit où il est question de savoir ce qu'il serait advenu si tel ou tel évènement s'était déroulé différemment, si l'invincible armada avait envahi l'Angleterre, si Hitler était mort pendant la première guerre mondiale, si, si...

Ici, nous sommes en présence d'une uchronie extrêmement légère. D'ailleurs s'agit-il réellement d'une uchronie ?L'évènement à partir duquel l'histoire bifurque n'a de conséquence que sur l'héroïne. Certes, les mondes dans lequel les deux Patricia évoluent ne sont pas identiques mais ce n’est pas sa décision qui influe sur le cours du temps. Si son choix change quelque chose, c’est sa vie. Et encore. Les deux existences de Patricia ne sont pas totalement déterminées par ce choix unique : épouser ou non Mark. Dans les deux cas, elle garde la possibilité de prendre une direction différente, de décider autrement, de changer.

D'ailleurs, Tricia dont la vie de couple est un échec, finira par se prendre en main et quitter son époux. Elle s'investit dans quantité de luttes (contre le nucléaire, pour la paix, pour la préservation du patrimoine) et cet engagement, son attention aux autres, ne sont peut-être pas étrangers au monde apaisé et évolué qui est le sien comparé à celui dans lequel vit son alter ego. Patsy, heureuse en ménage, professionnellement épanouie, à l'abri du besoin, n'éprouve pas le besoin de changer les choses. Elle s'inquiète de l'insécurité du monde, regrette les préjugés qui l'empêchent de vivre son amour au grand jour, mais reste globalement auto centrée. Elle subit.

Jo Walton veut-elle faire passer un message ? Essaye-t-elle de nous rappeler que si nous n'avons pas toujours la main sur les évènements, nous pouvons cependant, à notre petit niveau, tenter de peser sur le cours des choses ? Et en effet, rien n'est écrit. Et si agir ne suffit pas toujours, ne rien faire ne conduit assurément nulle part. Quoi qu'il en soit, "Mes vrais enfants" est un très beau récit, tantôt mélancolique, tantôt joyeux, qui aborde de jolie manière l’émancipation des femmes et le combat qu’elles durent mener - et mènent encore -  pour s’affranchir d’une société patriarcale et misogyne.

Denoël - Lunes d'Encre - 2017

27 décembre 2020

MOI, SURUNEN, LIBERATEUR DES PEUPLES OPPRIMES - ARTO PAASILINNA

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Ce roman de 1986 se démarque de la production habituelle de l’auteur puisqu’on y trouve un héros beaucoup moins individualiste qu’à l’accoutumée. Ici, pas de finlandais frondeur ou  décidé à vivre en marge de la société. Viljo Surunen est au contraire un individu doté d’une immense empathie qui milite pour Amnesty International et défend la cause des prisonniers politiques. Las de voir ses pétitions demeurer sans effets, le bouillant idéaliste décide de prendre le taureau par les cornes et de libérer l’un de ses « protégés » détenu dans les geôles d’une dictature sud-américaine.

Le récit de Paasilinna va donc nous emporter vers des horizons plus lointains que la campagne finlandaise où ses personnages évoluent la plupart du temps. Ces derniers vont aussi y vivre des aventures plus mouvementées ou du moins plus dangereuses. A l’instar d’un agent secret infiltré en territoire ennemi, l’inconscient mais courageux Surunen va se retrouver confronté aux périls les plus divers. Il lui faudra ainsi surmonter les tortures, les tremblements de terre, les maladies vénériennes et la faune tropicale. Puis, à peine revenu de ces nombreux dangers, il prendra de nouveau des risques insensés pour faire franchir le rideau de fer à un opposant politique interné en hôpital psychiatrique.

Ce qui en revanche ne change pas c’est l’humour qui imprègne le roman. Un humour savoureux tenant aux situations cocasses et décalées qui trouvent cette fois leur origine dans l’idéalisme et la naïveté de Surunen et non dans d’alcool qui imprègne bien souvent les héros paasilinniens. On s’amusera aussi des noms des pays visités (Macabraguay et Vachardoslavie) et de leurs monnaies respectives (truanderos et escorniflores, mahoussovs et kepouicks) ainsi que des interventions remarqués de personnages secondaires forts drôles dont un reporter américain alcoolique, un russe  malheureux en ménage et un papy cleptomane.

Tout cela nous donne un excellent Paasilinna qui, sous ses allures de grosse farce, dissimule une sévère critique des dictatures de droite ou de gauche qui, idéologie mise à part, se ressemblent étonnamment. Dictateurs de tous les pays, unissez-vous !

Denoël & D'ailleurs - 2015

20 décembre 2020

37 MINUTES POUR SURVIVRE - P-J HERAULT

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Au moment d'entamer le cinquième volet de son célèbre cycle, P. J. Herault a sans doute pensé qu'il était temps de relancer une intrigue qui menaçait de sombrer dans la monotonie et les redites. Alors quoi de mieux pour réveiller notre intérêt que de renvoyer ses deux héros dans ce système solaire qu'ils avaient dû quitter en catastrophe alors que la guerre entre la Terre et ses colonies martiennes était sur le point de débuter.

Si l'intention est louable, le résultat n'est en revanche guère probant. Passé un chapitre introductif qui nous remet dans le bain et quelques autres qui traitent du voyage vers leur planète d'origine, les aventures de Cal et Giuse vont se limiter à des rencontres avec différents peuplements humains et aux inévitables conflits qui vont les opposer aux uns et aux autres. Ils devront notamment triompher d’une tribu retournée au stade néolithique puis s’attaquer aux descendants de terriens qui continuent de vivre dans la crainte d’une attaque de leurs ennemis martiens.

Mais pas d’inquiétude. La technologie qu’ils ont héritée des Lloys et l’appui de leurs nombreux androïdes leur permettront de se tirer d’affaire beaucoup plus aisément que ne le laisse supposer le titre du roman.Tout cela nous donne au final un opus assez décevant d’où n’émerge qu’une idée digne d’intérêt à propos des rapports que Cal et Giuse entretiennent avec leur androïdes et de l’humanité que ces derniers semblent acquérir à leur contact. Alors, la suite au prochain épisode !

Fleuve Noir Anticipation - 1979

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13 décembre 2020

LE PARADOXE DE FERMI - JEAN-PIERRE BOUDINE

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Assurément, ce roman de Jean-Pierre Boudine ne va pas révolutionner le genre post-apocalyptique. Exception faite de ce fameux paradoxe et de sa théorie à laquelle j’adhère pleinement, il n’y a absolument rien de neuf dans son récit. Tout ce qu’il nous décrit, la désagrégation des sociétés, la résurgence des féodalités, les pillards, les chiens redevenus sauvages, les îlots de connaissances qui subsistent çà et là, tout cela a déjà été écrit maintes et maintes fois. Mais passe encore ce manque d’originalité. Le sujet est ancien et a été exploré sous tous ses aspects. Ce qui cloche ici, c’est la façon dont les évènements nous sont rapportés, trop générale et surtout trop distanciée.

L’histoire prend la forme du journal d’un homme réfugié dans une caverne au fin fond d’une vallée alpine. Son récit alterne ses souvenirs du cataclysme économique qui précipita l’humanité à sa perte et la description de son quotidien alors qu’il a fui le monde et s’attend à mourir d’un jour à l’autre. Un bon tiers de sa narration est donc consacré aux causes de l’effondrement (une crise de la dette) et à ses conséquences géopolitiques. Puis l’exposé passe de l’international au local et nous suivons alors le narrateur dans les différentes phases du naufrage social de la France et dans son apprentissage d’une vie chaque jour plus précaire et dangereuse. C’est assez complet et plutôt bien vu mais tout cela manque de présence et d’incarnation. On ne ressent jamais ni l’angoisse, ni les maigres espoirs des personnages et il ne reste des pérégrinations de ce survivant qu’une désagréable impression de survol.

Les scènes qui illustrent ses derniers jours sont heureusement plus convaincantes. Le dénuement presque total auquel il est réduit, ses préoccupations pour se chauffer, s’alimenter et se vêtir, sa peur des bêtes sauvages et des derniers de ses congénères, nous montrent un homme au bout du rouleau, qui n’a plus d’autre ambition que de témoigner. Une aspiration qui semble assez vaine puisque l’espèce humaine ne lui survivra sans doute que pour très peu de temps.

« Le paradoxe de Fermi » est donc un post-apo très sombre auquel je préfère cependant, dans une veine tout aussi pessimiste et avec une approche assez similaire, le roman de Christophe Siebert, plus désespéré, plus radical. Tel quel, il constitue néanmoins une bonne porte d’entrée vers un genre dont il constitue presque une synthèse.

Gallimard - Folio SF - 2017

6 décembre 2020

LE CAHIER VOLE - REGINE DEFORGES

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Dans ce roman quasi autobiographique, Régine Deforges revient sur un évènement marquant de sa jeunesse : le vol de son journal intime et la divulgation de la relation amoureuse qu’elle entretint avec l’une de ses camarades. Des faits qui semblent aujourd’hui bien anodins mais qui, au début des années cinquante, pouvaient prendre des proportions étonnement dramatiques. Certes la France d’alors subissait encore le joug de la morale chrétienne et l’étroitesse d’esprit d’une société très conservatrice. Pour autant il est bien difficile d’imaginer, à plus d’un demi-siècle de distance, que l’histoire d’amour entre deux adolescentes ait pu mettre en émoi une ville entière et provoquer des réactions aussi démesurées.

La petite Léone de son roman va en effet subir un lynchage psychologique d’une violence inouïe. Une véritable persécution accompagnée d’attaques verbales et physiques de la part de presque tous les habitants de la petite ville de Montmorillon. Frappée d’un ostracisme quasi-total, guère soutenue par sa famille ou ses amis, la jeune fille va vivre des heures extrêmement pénibles et sera bien près de sombrer dans la dépression et le suicide.

A plusieurs reprises, Régine Deforges compare cette populace haineuse à celle qui tondit des femmes à la fin de la seconde guerre mondiale. Pour ma part, j’y ai vu les mêmes mécanismes qui, au moyen-âge ou à Salem, conduisaient de pauvres femmes au bûcher parce qu’elles refusaient de se conformer aux règles de leurs communautés ou tout simplement parce qu’elles étaient rousses, comme l’autrice et son personnage… Ici comme là, ce sont les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre, la jalousie haineuse de quelques-uns, la joie malsaine des autres, un effet d’entrainement et de dissolution des responsabilités.

Heureusement, la petite Léone a du caractère. Délurée et volontaire, intelligente et libre, vive et sensible, elle m’a rappelé la Claudine de Colette. Son ascendant sur ses camarades, la liberté que lui laissent un père absent et une mère dépassée par les évènements, son plaisir à baguenauder dans la nature, sont autant de traits qu’elle partage avec l’héroïne de cette autre femme de lettre indépendante et libérée.

Le Livre de Poche - 1993

29 novembre 2020

LES 500 MILLIONS DE LA BEGUM - JULES VERNE

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Deux scientifiques, un français et un allemand, héritent de la fortune d’un parent éloigné. Le premier décide d’utiliser sa part pour construire en Orégon une ville moderne qui servirait de laboratoire aux théories les plus récentes en matière d’urbanisme et de santé publique. Le second, nationaliste forcené et viscéralement anti-français, s’empresse lui aussi de construire une cité à proximité de la première dans le but évident de faire échec au projet de son concurrent. 

Bien qu’écrit en 1879 soit près de huit ans après la guerre franco-prussienne, ce vingtième volume des voyages extraordinaires est encore très imprégné par ce conflit qui vit la France perdre l’Alsace et une partie de la Lorraine au profit de son voisin d’outre Rhin. L’antagonisme entre les deux pays est en effet au cœur d’un récit qui prend un peu des allures de revanche du coq gaulois contre l’aigle germanique. Certes la confrontation a été transportée bien loin de la vieille Europe et ce ne sont pas les états qui s’affrontent directement. Mais la rivalité entre le Dr Sarrasin et le Dr Schultze, entre France-Ville et Stahlstadt est bel et bien l’occasion d’une revanche tricolore.

Bien entendu l’auteur s’est rangé dans le camp de ses compatriotes et le rôle du méchant de service est fort logiquement échu à l’infâme teuton. Et pour le coup, l’ami Jules n’y va pas avec le dos de la cuiller. Le pauvre Schultze est affublé de tous les défauts. C’est un homme avare, violent, sans scrupules et même un tantinet raciste puisqu’il ne cesse de clamer haut et fort la supériorité des saxons sur les latins en insistant tout particulièrement sur la dégénérescence héréditaire des français. Il lui attribue aussi les tares et les petits travers, réels ou  supposés, de ses congénères, buveurs de bière invétérés, mangeurs de choucroute assoiffés de guerre et animés d’un insatiable esprit de domination.

Les personnages français sont en revanche parés de toutes les qualités. Le Dr Sarrasin est une belle âme, un esprit éclairé et désintéressé qui ne souhaite rien tant que travailler au bonheur de l’humanité. Quant à Marcel Bruckmann, le véritable héros de cette l’histoire, c’est un garçon honnête et travailleur qui n’hésitera pas à risquer sa vie pour faire échec aux sombres visées de leur ennemi germanique. Alsacien de naissance, il trouvera également là l’occasion de venger l’affront subi lors de l’annexion de sa jolie province par les affreux casques à pointe !

Le clivage est tout aussi marqué en ce qui concerne les deux cités états construites grâce aux fameux millions de la Bégum. France-Ville est une cité radieuse pensée et construite pour le bien de ses habitants. La santé et l’hygiène sont au cœur du projet du Dr Sarrasin et l’urbanisme tient compte des dernières avancées en la manière : habitat aéré, évacuation des fumées par des canalisations souterraines, eau courante…

Stahlstadt ressemble davantage à une immense usine entièrement tournée vers l’industrie militaire. Sectorisée, ultra-sécurisée, construite au-dessus de mines de charbons, c’est aussi une forteresse imprenable soumise à la volonté d’un seul homme. Une monstruosité de charbon et d’acier à peine égayée par une jungle luxuriante qui prospère grâce à la chaleur émanant des usines sidérurgiques qui l’entourent.

La découverte de ces deux villes constitue indiscutablement le principal intérêt du roman. Mais, si la visite de France-Ville est assez rapide et se fait à la manière d’un guide touristique, l’exploration de sa rivale est beaucoup plus poussée. Elle se fera de l’intérieur grâce aux investigations de Marcel Bruckmann qui, tel un véritable espion, va infiltrer la « citadelle », la visiter du sol au plafond, des mines aux bureaux d’études, jusqu’à accéder aux premiers cercles du pouvoir. Espionnage, guerre, armement préfigurant le premier conflit mondial (Grosse Bertha et armes chimiques), « Les 500 millions de la Bégum » est un roman influencé de bout en bout par la guerre, passée et future.

Le Livre de Poche - Jules Verne - 1976

22 novembre 2020

LA FRONTIERE INDECISE - G. MORRIS

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Après la mort de sa sœur tuée par Sa Divine Grâce dans des circonstances effroyables, Karen a convaincu Michel Leduc de louer le château de Kaizersbrück où l’infâme meurtrier avait établi sa première secte. Ils estiment que ces lieux chargés de l’aura psychique de ses derniers occupants doivent leur permettre de communiquer avec Karin. Mais d’autres esprits sont aussi à l’affût… 

Dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, G. Morris s’était fait une spécialité des trilogies. Est-ce pour cette raison qu’il s’est senti obligé d’écrire ce roman qui fait suite à "Une secte comme beaucoup d’autres" et "Une odeur de sainteté" ? Je l’ignore mais, ce qui est certain, c‘est qu’il eut mieux fait de s’abstenir.

En premier lieu parce que l’intrigue est presque inexistante et se résume pour l’essentiel aux tentatives de nos trois héros pour renouer le contact avec leur ancien ennemi. Ce n ‘est guère passionnant et, n’eut été l’atmosphère angoissante qui émane du vieux château médiéval où se déroule l’histoire, on serait tenté de rire des nombreuses séances d’invocation d’esprits qui, le croirez-vous, se manifestent par le biais de la télévision. Et oui ma bonne dame, on n’arrête pas le progrès !

Ensuite parce que l’histoire justement, prend un peu le contrepied des deux précédentes. On a en effet l’impression que Michel et Karen ont oublié la méchanceté fondamentale de l’affreux S.D.G. et qu’ils semblent même prêts à collaborer avec lui. Pire encore, eux qui opposaient jusqu’alors un scepticisme de bon aloi aux théories fumeuses des sectaires semblent avoir à leur tour sombré dans le mysticisme. Certes, les aventures vécues dans les deux premiers volumes leur ont fait prendre conscience des capacités encore insoupçonnées de l’esprit. Pour autant, les voir transformés en émules d’Allan Kardec est un peu déstabilisant et ne correspond pas à l’idée que l’on s’était faite de leurs caractères.

Heureusement, le roman prend dans ses dernières pages, un tour un peu plus captivant. En chair et en os ou réduit à l’état d’ectoplasme, S.D.G. est toujours aussi dangereux et il le prouve une fois de plus en essayant de revenir foutre le bordel parmi les vivants. L’histoire se termine d’ailleurs par une fin ouverte qui laisse supposer que la lutte est loin d’être finie. La trilogie en revanche, s’arrête bien ici. S’en plaindra-t-on ?

Fleuve Noir Anticipation - 1983

19 novembre 2020

LA CAGE AUX CONS - ROBIN RECHT & MATTHIEU ANGOTTI

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Ah le con, mais quel con alors ! Faut vraiment être con pour se bourrer la gueule dans un troquet quand on a des biftons pleins les poches et se vanter par-dessus le marché d’en avoir encore plus à la maison. Un con pareil ça devrait pas exister. Mais puisqu’il est là, à portée de main, avec tout son pognon en petites coupures, on aurait vraiment tort de laisser passer une occase pareille. Sûr ! Mais à con, con et demi… 

Ayant lu il y a quelques années « Le jardin du bossu » de Frantz Bartelt », j’étais curieux de voir ce que l’adaptation BD de ce roman pouvait donner, amputée de la chouette écriture de l’auteur.

Premier constat, le ton de l’histoire et son atmosphère, à la fois dramatique et irrésistiblement drôle, sont bien restitués.  Les dialogues soulignent comme il faut la confrontation entre le geôlier et son prisonnier ainsi que le petit jeu de dupes auquel ils se livrent, chacun pensant maîtriser la situation et berner l’autre. Le scénario respecte parfaitement le déroulé de l’intrigue avec tous ses détails et ses rebondissements. Les moments de tension et les passages plus introspectifs sont toujours là bref, le passage de la parole à l’image s’est plutôt bien déroulé.

Côté graphisme, pas de défauts majeurs à signaler, exceptée peut-être la physionomie du héros. Je ne me souviens plus très bien du physique que Bartelt a donné à ses personnages ou de la façon dont je me les étais représentés. Ici, j’ai trouvé la trombine du « con » assez caricaturale. Avec ses bacchantes et ses joues mal rasées, son torse velu et son marcel, il donne une image péjorative et très cliché du populo pas très soigné de sa personne. Fallait-il en passer par là pour croquer un paumé un peu alcoolo sur les bords ?

Cette petite réserve mise à part, le dessin de Recht fait le job. L’option pour le noir et blanc est en phase avec l’ambiance et s’accorde bien au décor et au climat. Les personnages sont crédibles même si je regrette que le regard de Cageot-Dinguet  soit constamment dissimulé derrière ses lunettes, nous empêchant de visualiser ses expressions. La mise en page est quant à elle assez classique avec un découpage en trois bandeaux horizontaux de tailles égales. Recht s’autorise toutefois quelques pleines pages, voire même des doubles quand les besoins de l’intrigue le requièrent ou pour insister sur l’état d’esprit du héros à l’aide de gros plans.

Tout cela nous donne une BD qui se dévore en un rien de temps et laisse tout à la fois une belle impression  de légèreté et de profondeur.

Delcourt - 2020

 

 

15 novembre 2020

JUSQU'A PLUS SOIF - JEAN AMILA

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C'est pleine de bonne volonté que Marie-Anne Augereau prend son poste d'institutrice dans le village de Nomville au coeur du bocage normand. La jeune femme va toutefois vite déchanter en constatant que toute la région vit de la distillation clandestine et que ses habitants, y compris les enfants, consomment sans modération l'alcool local.

Bien que sorti en "Série Noire" et réédité en "Carré Noir" puis en "Folio Policier", le meilleur atout de "Jusqu'à plus soif" n'est pas son côté polar. Cette histoire de trafic de gnôle et de règlement de compte entre bandes rivales est en effet un peu trop simpliste même si la confrontation entre les malfrats parisiens et les bouilleurs de cru normands ne manque pas de sel. Les convois nocturnes pour acheminer l'alcool sur Paris, les échauffourées avec la maréchaussée, toute cette ambiance "Incorruptibles" est bien sympathique mais ne suffit pas à elle seule à passionner le lecteur.

Ce qui en revanche, retient son attention, c’est la vision de cette Normandie des années soixante encore largement rurale, où la pomme est reine et la goutte coule à flot. Dans ce bocage parsemée de petites fermes familiales qui font vivre la plupart des habitants, dans les auberges de villages ou à la communale, on y croise de beaux spécimens de normands bas de plafond, prisonniers de leurs habitudes et méfiant envers tout ce qui vient de Paris. Certains sont même admirablement croqués tels la mère Dhozier, directrice d’école qui se venge d’une vie ratée sur les jeunes bachelières que lui envoie Paris ou le père Hulin, ce brave bonhomme de curé victime de son amour immodéré du calva. Il y a aussi un député local parfaitement démago, un rusé aubergiste, un douanier dépassé par les évènements et quelques autres pas piqués des vers.

Mais on retiendra surtout le couple improbable que forment Marie-Anne et Pierrot. La jeune institutrice et le trafiquant. Elle, venue de la capitale pour prêcher la bonne parole académique. Lui, le jeune ambitieux décidé à faire son trou dans le milieu des trafiquants d'alcool. Deux personnes que tout oppose mais que rapprochent une même franchise et une même compassion envers autrui.

Gallimard - Folio Policier - 2005

8 novembre 2020

VIGILANCE - ROBERT JACKSON BENNETT

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« Vigilance » est un roman choc par lequel Robert Jackson Bennett entend faire réagir ses compatriotes en les mettant face à leurs contradictions et face à leurs peurs. Il y aborde les aspects les moins flatteurs de la société américaine, la dépouillant de son image d’Epinal - Thanksgiving, pom-pom-girls et cow-boy Marlboro – pour nous montrer son véritable visage, celui de l’hyper-consumérisme et de l’argent tout-puissant.

Sous sa plume apparaît un pays violemment clivé qui a perdu ses repères et commence à douter de sa puissance. Une nation désemparée par sa propre violence et perturbée par un avenir incertain. Une Amérique déclassée qui n’est plus la locomotive du monde et qui se raccroche à ses certitudes et à ses vieux réflexes, l’individualisme et l’auto défense.

Pour illustrer son propos l’auteur a choisi de placer son histoire sous le double patronage de la téléréalité et des tueries de masse. Il imagine un futur pas si lointain où les médias ne se contentent pas de filmer les tristes conséquences de la vente libre des armes à feu. Désormais, pour mieux placer leurs publicités, ils organisent et filment des scènes de carnage sensées démontrer aux spectateurs que les victimes n’ont pas été suffisamment vigilantes. Ils comptent que la peur ainsi générée provoquera des achats compulsifs dans les domaines de la sécurité, de la protection, de la santé…

L’idée n’est pas nouvelle. Robert Sheclkey (Le prix du danger) ou Stephen King (Marche ou crève) ont déjà écrits ce genre de dystopie dans lesquelles il est question d’émissions TV et d’épreuves où les participants risquent leur peau. Sauf qu’ici, la technologie de pointe rend la chose encore plus intrusive et les participants ne sont pas, loin s’en faut, tous volontaires…

Si le livre est très rythmé et se lit en un rien de temps, j’ai néanmoins eu un peu de mal à entrer dedans. La faute à un style très « parlé », à tout un charabia informatico-technique difficile à suivre et à quantité de personnages qui se heurtent et se télescopent. Deux d’entre eux (le concepteur de l’émission et une serveuse de resto) finissent heureusement à émerger de la masse et l’attention se fixe sur leurs destins croisés

Si, au vu des thèmes abordés, « Vigilance » s’adresse surtout au lecteur américain, il interpellera aussi tous les autres. Pour ma part, ce qui m’a fait le plus froid dans le dos ce sont les nombreuses apartés nous montrant une planète totalement dégradée et proche de sa fin, un monde sans espoir où l’on continue pourtant à vivre, désirer, consommer. L’homme s’habitue à tout, même au pire. Mais en attendant, il est toujours possible de changer de chaîne ou, mieux encore, d’éteindre le téléviseur.

Le Bélial - Une Heure Lumière - 2020

1 novembre 2020

10000 LITRES D'HORREUR PURE - THOMAS GUNZIG

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Cinq ados ont décidé d’aller passer quelques jours dans la maison de campagne appartenant à la famille de l’un d’entre eux. La vieille bâtisse est située dans une région isolée, le lieu parfait pour s’éclater sans contraintes, fumer des pétards et s’envoyer en l’air. Malheureusement pour eux, les environs ne sont pas aussi déserts qu’ils le semblent… 

De la même manière que ses créatures font du bricolage génétique avec les corps de leurs victimes, Thomas Gunzing a construit son roman comme un patchwork tricoté à partir des figures imposées de la littérature gore et des films du même genre. Il ne faut donc pas s’attendre à de grandes surprise, tant du côté du background que des personnages ou de l’intrigue.

Le décor est en effet un classique du film horrifique. On retrouve la bourgade isolée au fond des bois, la maison abandonnée au bord du lac et le souterrain bien sombre et bien flippant. Pas plus d’originalité côté personnages avec un quintette de teenagers bien stéréotypés. Il y a là le gosse de riche un peu grande gueule, la pétasse peroxydée, le petit gros à lunettes et un couple lambda qui emporte aussitôt la sympathie du lecteur. Les dialogues et les rapports entre les uns et les autres sont là encore assez basiques mais le recours au roman choral permet néanmoins d’étoffer les personnalités en jetant des regards croisés sur les uns et les autres. Et puis bien sûr il y a les méchants, en l’occurrence un couple de timbrés façon « Délivrance » ou « Sang retour » et des monstres qui tiennent à la fois de la « chose » du film de John Carpenter et des Grands Anciens de Lovecraft.

Avec ces ingrédients très convenus l’auteur est malgré tout parvenu à nous concocter une histoire sans temps mort et bourrée d’action, où l’humour et les clins d’œil viennent apporter un peu de légèreté parmi une pléthore de scènes bien cracra. Et finalement, en dépit de ses petits défauts et de sa fin un peu bâclée, « 10000 litres d’horreur pure » s’avère être un sympathique divertissement ainsi qu’un bel hommage à un genre encore trop déconsidéré.

Au Diable Vauvert - 2007

25 octobre 2020

CALL-BOY - ISHIDA IRA

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"J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". J’ignore si Ishida Ira connait Paul Nizan et s’il a jamais lu « Aden Arabie » et son célèbre incipit. Ce qui est sûr en revanche, c’est que ces paroles, il les met presque à l’identique dans la bouche de son héros : « Vingt ans. Existe-il un âge plus désastreux que celui-là ? ».

Ryô a donc vingt ans et il traîne une mélancolie qui le coupe progressivement de ses semblables. Il ne met plus les pieds à l’université depuis belle lurette et se contente d’occuper ses soirées en travaillant comme barman.  Il n’a aucun projet, guère d’envies et semble blasé de tout et de tous. Une rencontre inattendue avec la directrice d’une agence d’escort boy va changer sa vie.

En acceptant de se prostituer Ryô va multiplier les rencontres avec des femmes de tous âges et de toutes conditions. En leur compagnie, il va découvrir que la quête du plaisir peut prendre les aspects les plus divers et que ce que l’on nomme perversité ou déviance peuvent n’être que des chemins détournés pour accéder au bonheur. Il comprendra aussi que son spleen et son isolement proviennent de son incapacité à s’intégrer dans une société qui ne lui convient pas. Sa nouvelle profession, pour particulière qu’elle soit, va lui permettre d’échapper au moule qui lui était promis et de se créer son propre destin.

Jamais scabreux malgré la crudité de scènes très explicites, « Call-boy » est un roman maîtrisé de bout en bout. Loin de se limiter à une succession de rencontres tarifées - amusantes, surprenantes, dérangeantes - il nous montre comment le jeune homme s’affranchit des conventions pour se forger sa propre ligne de conduite. Chaque femme est une nouvelle leçon de vie, chaque contrat un palier qui lui ouvre de nouvelles perspectives.

Finalement, le seul reproche que j’adresserai à l’auteur est de donner une vision idyllique de la prostitution. Ryô enchaîne les belles rencontres. Il évolue dans un univers luxueux et policé et tire beaucoup de satisfaction de son travail. Il ne faudrait pourtant pas oublier que, pour la presque totalité de ceux qui la subisse, les choses sont loin d’être aussi agréables.

Philippe Picquier - 2016

18 octobre 2020

ENDER WIGGIN, PREMIERES RENCONTRES - ORSON SCOTT CARD

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Recueil hétérogène composés de textes écrits avant ou après « La stratégie Ender », dans lesquels le célèbre héros de Card apparait à divers moment de son existence ou cède sa place à des personnages secondaires.

« Le petit polonais » met en scène le père d’Ender Wiggin dans une Pologne réfractaire à la politique de l’Hégémonie en matière de contrôle des naissances. Le petit Jean-Paul n’a que cinq ans lorsque les enquêteurs de la Flotte Internationale viennent évaluer ses ainés. Sa précocité et son éveil attirent l’attention des envoyés gouvernementaux avec lesquels il va livrer une véritable joute diplomatique pour obtenir divers avantages pour lui et sa famille en échange de vagues promesses de services futurs. Une nouvelle qui prouve qu’en matière d’intelligence et d’esprit d’initiative, Ender a de qui tenir. Elle nous montre aussi que la Terre vit alors sous un régime de lois d’exceptions et que la planète est tout entière tournée vers l’effort de guerre et le repérage des petits génies.

Dans « L’étudiant » nous retrouvons Jean-Paul une quinzaine d’années plus tard. Le petit polonais est désormais un américain d’une vingtaine d’années qui poursuit de brillantes études. Il a réussi à échapper à l’Ecole de Guerre mais la Flotte Internationale n’a pas renoncé à utiliser ses capacités hors normes. Alors qu’il hésite encore sur sa spécialisation il tombe amoureux de son professeur, une jeune et talentueuse doctorante. Jolie petite romance à peine obscurcie par la menace diffuse que l’Hégémonie laisse planer sur la destinée des deux jeunes gens et qui donne à penser que cette rencontre – et donc la conception de la fratrie Wiggin – ne fut peut-être pas aussi fortuite qu’il y parait.

« La stratégie Ender », longue nouvelle de plus de soixante pages, constitue la première mouture du roman du même nom. Cette version accélérée de l’histoire du jeune Wiggin n’apportera pas grand-chose à ceux qui ont déjà lu le chef-d’œuvre de Card. En revanche, elle privera les autres d’un grand moment de lecture en leur révélant l’essentiel de l’intrigue sans leur donner toutes les clés de la personnalité de son jeune héros. La dimension psychologique y est en effet beaucoup moins poussée. Pas un mot sur ses relations compliquées avec son frère et sa sœur ou sur la rivalité parfois brutale qui l’oppose à ses condisciples. Le back-ground y est aussi assez mince et si certains personnages de premier plan sont bien présents (Graff, Anderson, Rackham) leurs rôles et leur influence sur Ender ne sont eux, que survolés.

Finalement la meilleure nouvelle du recueil, quoique à priori la plus anodine, est la dernière. « Conseiller financier » est un petit bijou d’humour qui nous propose de suivre un Ender de tout juste vingt ans aux prises avec un percepteur bien décidé à s’accaparer l’immense fortune du jeune homme. Outre qu’il nous révèle comment Ender a embrassé le métier de porte-parole des morts et nous fait vivre sa rencontre avec Jane, l’entité informatique qui l’accompagnera dans ses futurs voyages, ce texte au ton léger nous fait entrevoir ce que fut la vie du xénocide pendant la période qui précède son arrivée sur la planète Lusitania.

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2007

11 octobre 2020

MON VIEUX - THIERRY JONQUET

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Thierry Jonquet a l’habitude de nous confronter aux aspects les moins reluisants de notre société. Dans « Mon vieux » il nous parle de nos anciens et du sort, pas très enviable, qui leur est réservé dans les EHPAD, maisons de retraite et autres institutions spécialisées. Situant son roman pendant la canicule de l’été 2003 et l’hécatombe de séniors qui l’accompagna, il met en scène un monsieur tout le monde qui, ne pouvant faire face aux frais d’hospitalisation de son père, songe à commettre l’irréparable.

Sur cette intrigue très légère qui n’occupe finalement que fort peu de pages dans le roman, l’auteur s’emploie surtout à dépeindre la France d’en bas et ces millions de personnes que le moindre incident de parcours - un licenciement, une rupture, la maladie - précipite dans la précarité ou l’indigence. Qu’il s’agisse de Daniel, leRMIste qui perd son logement et sombre dans la délinquance, de Mathurin, l’assistant de vie qui trouve réconfort dans l’alcool ou d’Alain, le scénariste accablé de dettes qui doit choisir entre les soins de sa fille et ceux de son père, tous ses personnages vivent sur le fil et se débattent jour après jours avec les problèmes d’argent, de logement, de santé. Des français très moyens sur lesquels plane le spectre de la clochardisation incarné par Nanard et sa bande d’éclopés dont les tribulations alcoolisées apportent au roman une note d’humour triste et décalé.

 « Mon vieux » nous propose aussi une chouette plongée dans le quartier de Belleville si cher à l’auteur, véritable creuset social et culturel où se succédèrent les différentes vagues d’immigration, européenne, maghrébine puis asiatique. Un quartier en pleine mutation où les lofts à bobos remplacent les pâtés de maisons insalubres, parfait exemple de cette société de l’argent roi où les possédants écrasent les démunis et les chassent vers des banlieues toujours plus lointaines.

Editions du seuil - Points - 2005

4 octobre 2020

UNE ODEUR DE SAINTETE - G. MORRIS

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Un an s’est écoulé depuis les évènements de Kaisersbrück. Michel et Karen vivent désormais ensemble à Paris et la sœur jumelle de celle-ci est en bonne voie de guérison. Bref, tout semble aller pour le mieux. Mais c’est sans compter sur leur meilleur ennemi qui, sans crier gare, se rappelle à leur bon souvenir… 

Bien que pouvant se lire de façon indépendante, « Une odeur de sainteté » fait immédiatement suite à « Une secte comme beaucoup d’autres ». Le roman est d’ailleurs construit sur le même moule : mêmes personnages, même sujet et, pour l’essentiel, même intrigue. Pour autant, il ne s’agit pas exactement d’un copié/collé. G. Morris y introduit un nouveau personnage de premier plan (l’inspecteur Marc Duquesne) et si la secte a cette fois encore établit ses quartiers dans un vieux château provincial, le plus gros de l’histoire se déroule à Paris. Mais la différence majeure entre les deux récits a trait aux sombres visées du grand méchant.

Alors que dans le premier opus, Sa Divine Grâce se contentait de régner en despote sur sa communauté de brebis égarées, il a cette fois décidé de passer à la vitesse supérieure. Exit « Les agneaux de Dieu », bonjour « Les fils du Cosmos ». Nouvelle secte mais méthodes similaires. L’affreux Jojo a affiné ses procédés et utilise désormais la communion d’esprit de ses adeptes pour former un égrégore lui permettant de prendre à distance le contrôle de ses victimes et leur faire accomplir ce qu’il veut. Et comme le bonhomme est un tantinet revanchard…

Le ton est toujours aussi vif et le style imagé. On y sent la patte de l’écrivain de polars et de romans d’espionnages. Enquêtes, filatures et quelques bastons viennent donc très logiquement rythmer une histoire où l’argument « science-fictif » est toujours aussi faible. Cela n’est toutefois pas bien grave et l’on suit avec plaisir la lutte de Michel, Karen et les autres contre le danger sectaire. G. Morris profite d’ailleurs de l’occasion pour égratigner les religions et les mouvements politiques ou plus généralement ces idéologies qui fédèrent et qui divisent, qui subliment et qui rabaissent.

Fleuve Noir Anticiaption - 1982

 

27 septembre 2020

FANTOMAS - PIERRE SOUVESTRE & MARCEL ALLAIN

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Quel rapport peut-il y avoir entre l’ignoble assassinat de la marquise de Langrune, la disparition de Lord Beltham et les audacieux vols commis au Royal Palace ? A priori aucun. Pourtant, l’inspecteur Juve en est convaincu, chacun de ces méfaits porte la marque de Fantomas. Avec une pugnacité que n’égale que sa perspicacité, le rusé policier va tout mettre en œuvre pour appréhender l’ignoble gredin. 

Pour les gens de ma génération, Fantômas évoque immanquablement les films de André Hunebelle dans lesquels l’acrobatique Jean Marais, l’inénarrable Louis de Funés et la sublime Mylène Demongeot nous distrayaient dans des aventures rocambolesques qui mélangeaient l’espionnage et l’humour avec même une petite pointe de SF. Si à l’époque je n’aurais manqué pour rien au monde l’une de leurs nombreuses rediffusions, j’étais en revanche bien loin de me douter que le vilain Fantômas était né en 1911 et que ces sympathiques adaptations cinématographiques n’avaient pas grand-chose à voir avec l’œuvre originale.

Bien loin des péripéties «jamesbondesques » qui me divertissaient tant, la création du duo Allain/Souvestre s’avère en effet beaucoup plus proche des romans de Gaston Leroux et Maurice Leblanc que de ceux de Ian Fleming. En fait, elle se situe quelque part entre le roman policier à énigme façon « Mystère de la chambre jaune » et les histoires de voleur insaisissable dont «  Arsène Lupin » constitue le prototype. D’ailleurs la principale singularité de ce roman est d’avoir pour héros un dangereux criminel ce qui n’était pas si fréquent  à l’époque où il fut écrit.

Même si la plupart du temps il n’apparaît qu’en creux, au gré de l’enquête et des déductions de l’inspecteur Juve, c’est donc bien Fantomas qui occupe le devant de la scène. Intelligent, audacieux, cruel et sans scrupules, il ose tout. Sons sens de l’organisation et l’emprise qu’il détient sur ses affidés lui donnent presque toujours un coup d’avance sur les autorités et, même dans les instants les plus critiques, il parvient à faire la nique à la police. Les pauvres Juve et Fandor qui, professions mises à part, n’ont absolument rien à voir avec les personnages des films, ne peuvent finalement pas grand-chose contre ce génie du crime. Ils ont beau s’employer comme de beaux diables, se grimer, fouiner, perdre leur temps en filatures, rien y fait. Toujours Fantomas leur échappe.

Si l’histoire n’est pas déplaisante à suivre, on regrettera cependant le côté un peu téléphoné de certains rebondissements et une intrigue qui avance à grand renfort de coïncidences, de rencontres fortuites et de hasards malheureux. De plus, la façon dont certains évènements nous sont rapportés, que ce soit par le biais des pensées de tel ou tel personnages ou de discussions impromptues entre deux complices, donne parfois au récit un côté un peu factice.

Pour le reste le roman fait bien son âge. Cela se sent à son style, au demeurant plaisant et facile à lire, et aux caractères des personnages. Gens du monde ou populo, c’est bien la France de 1911 que nous décrivent les auteurs, un monde où chacun est à sa place et doit s’y tenir. On saluera néanmoins les plongées dans les bas-fonds, dans les gargotes, les prisons, aux Halles en compagnie de tout un petit peuple de cheminots, de concierges et de domestiques. On notera aussi que l’histoire se termine par une exécution à la guillotine à laquelle les auteurs consacrent un chapitre entier, nous rappelant ainsi que jusqu’en 1939 les exécutions étaient publiques et que le bon peuple s’y rendait un peu comme au spectacle !

Le Livre de Poche

20 septembre 2020

WYST / ALASTOR 1716 - JACK VANCE

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Troisième et dernier roman du cycle d’Alastor, Wyst met une fois de plus en scène un personnage confronté à un redoutable complot. Une différence toutefois avec les deux premiers opus, et de taille, puisque la machination n’est pas dirigée contre lui mais contre les gouvernants de la 1716ème planète de l’amas d’Alastor ainsi que contre le puissant Connatic et les institutions qu’il dirige. Nous y suivons Jantiff Ravensroke,  un jeune artiste que les merveilleux couchers de soleils de la planète Wyst ont attiré en Arrabus où il va faire l’expérience de l’égalisme, une utopie selon laquelle une automatisation totale du travail doit permettre l’émergence d’une société des loisirs.

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de ce roman est qu’il s’agit d’une critique un peu grossière et très partiale du communisme. L’auteur met l’accent sur les mauvais côté de la société « égaliste », nous montrant surtout ses travers et ses mauvais fonctionnement, ses carences et ses dérives. L’expérience que son héros fait du collectivisme s’avère en effet catastrophique. Les conditions de vie en Arrabus sont précaires, les habitants sont contraints de vivre dans des immeubles communautaires et de partager leur chambre avec des inconnus. Les repas se prennent au réfectoire où tout le monde mange la même nourriture - du bourron, du driquant et un peu de branluche pour colmater les crevasses – et le meilleur moyen pour obtenir ce qui vous fait défaut c’est le trafic ou le vol (la « fiquerie ») considérée comme une façon de soutenir l’égalisme, le meilleur remède contre ceux qui accumulent des biens.

Mais la partialité de l’auteur est encore plus visible dans la seconde moitié du roman qui voit Jantiff contraint de se débrouiller pour survivre dans une région reculée. Livré à lui-même, ne pouvant plus compter ni sur les subsides de sa lointaine famille ni sur les « bienfaits » de l’égalisme, il va devoir travailler pour s’en sortir. Nous le verrons ainsi jouer les hommes de peine et ramasser des coquillages pour le compte d’un aubergiste avant de réaliser qu’il y gagnerait plus en les lui vendant. Puis, sa situation s’améliorant, il décidera de les commercialiser lui-même, passant en quelques mois de l’état de mendiant à celui de prospère commerçant. Une véritable célébration de l’american dream et une démonstration un peu outrée des vertus du capitalisme !

Mais qu’on se rassure, ce roman n’a rien d’un pamphlet politique. Toutes les avanies, toutes les petites mesquineries que subit Jantiff tiennent en haleine le lecteur qui a hâte de le voir se rebeller. Et il le fera, en jouant d’abord quelques mauvais tours aux profiteurs de tout poil qui cherchent à le dépouiller puis en menant une véritable enquête qui l’amènera à risquer sa vie pour déjouer les sombres menées d’un trio d’aventuriers. C’est d’ailleurs l’une des principales caractéristiques de ce roman que de nous faire passer insensiblement de la grosse comédie à la tragédie. L’histoire qui débute dans une relative bonhomie glisse peu à peu dans le tragique : une mort malencontreuse, un suicide, une chasse à l’homme, tout s’emballe jusqu’à une conclusion qui nous réserve une jolie petite surprise…

Et puis il y a comme toujours avec Jack Vance un back ground particulièrement étoffé : la ville d’Uncibal avec ses gigantesques tapis roulants et les vieux immeubles communautaires dont chacun possède son caractère en fonction des habitudes de ses habitants, le Disjerferact, quartier de carnaval et de fête foraine permanente où l’on trouve aussi des « Pavillons de repos » qui vous proposent différentes façons de vous suicider, festive ou cérémonielle, seul ou en compagnie. On notera à ce propos que les corps des suicidés sont recyclés en « graviar » qui constitue la matière première de toute nourriture en Arrabus. Un petit emprunt au « Soleil Vert » de Richard Fleischer ? En revanche les « Terres étranges » où Jantiff trouve refuge, n’ont rien de particulièrement originales. Tout juste font-elles penser à une sorte de Far-West où le peuple des « sorcières » remplaceraient les amérindiens et seraient comme eux victimes d’un génocide qui ne dit pas son nom.

Tout cela fait donc de « Wyst » un volume bien sympathique qui conclut de jolie manière un cycle finalement assez cohérent où l’humour et le drame ne sont jamais bien loin l’un de l’autre.

J'ai Lu - Science-Fiction - 1983

13 septembre 2020

JARDIN DE PRINTEMPS - SHIBASAKI TOMOKA

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Tarô occupe un petit appartement dans un immeuble promis à la démolition où ne résident plus que deux autres locataires, la vieille « Mme Serpent » et Nishi, pétulante dessinatrice de mangas. Celle-ci est intriguée par une maison dont le jardin borde la cour de leur immeuble et dans laquelle résida, vingt ans plus tôt, un couple d’artiste qui réalisa un livre de photos dans lequel ils se mettent en scène dans diverses pièces de la demeure. Persuadée que la maison a conservé des traces de leur histoire, la jeune femme n’a de cesse d’y pénétrer… 

Le début de ce roman m’a fait penser aux bouquins que je lisais quand j’étais gosse, les « bibliothèques roses et vertes », « Club des cinq » ou « Six compagnons », ces romans dans lesquels il était souvent question d’une demeure mystérieuse excitant l’imagination des détectives en herbe. Qui-a-t ‘il derrière le mur ? Quel secret renferme la maison ? Qui sont ses occupants ? Ces questions, les protagonistes de l’histoire se les posent également. A ceci près qu’ils ont un avantage sur les gamins de mes lectures d’enfance puisqu’ils disposent d’un album de photographies qui leur dévoile une partie de l’objet de leur convoitise.

J’ai d’emblée été happé par cette histoire toute simple. Le caractère des deux personnages principaux, le trentenaire un peu effacé et la mangaka délurée, ainsi que l’ambiance légèrement contemplative dans laquelle baigne le récit y sont sans doute pour beaucoup. Et puis il y cette aura de mystère qui entoure la fameuse maison et qui laisse présager des découvertes sur ce qui a pu s’y dérouler jadis.

Bon, je préfère vous le dire de suite, si le défilement des saisons et des petits évènements qui marquent la vie de Tarö et Nishi sont parfaitement rendus, on reste en revanche tout juste au niveau des bonnes intentions pour ce qui est de l’aspect « investigation ». Pas de cadavre dans le placard ni de révélation honteuse et, si nos apprentis détectives parviennent à pénétrer dans la maison, ce sera d’une façon tout à fait conventionnelle !

En fait, qu’il s’agisse d’une maison qui survit à l’histoire d’amour de ses occupants ou de locataires qui, après que leur immeuble eut été détruit, s’en vont hanter d’autres demeures, c’est du temps qui passe qu’a choisi de nous parler Shibasaki Tomoka. Ce temps qui, inexorablement, transforme tout et tous, ne laissant derrière lui que de vagues souvenirs et quelques photos.

Philippe Picquier - 2016

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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