Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

SF EMOI

Publicité
25 décembre 2022

PICKPOCKET - NAKAMURA FUMINORI

41fQs8jzD6L

Comme son titre le laisse supposer, le roman de Fuminori Nakamura nous propose de suivre le quotidien d'un pickpocket. L'histoire se déroule dans un Tokyo assez désespérant où les relations humaines semblent réduites à leur plus simple expression. Au milieu des millions d'habitants de la capitale nippone qui se côtoient sans se voir, fourmis laborieuses d'une société qui aliène et lobotomise, le héros de cette histoire observe. Il choisit avec soin ses futures victimes, supputant leur richesse, leur profession, un peu de leur vie. Surtout, il évalue la difficulté à leur subtiliser leur portefeuille. Non par peur d'échouer, mais pour déterminer la meilleure façon de s'y prendre, la plus sûre, la plus belle aussi. C'est que notre pickpocket n'est pas un simple voleur à la tire. Il a une haute estime de sa profession qu'il exerce en artiste, recherchant davantage le beau geste que l'argent facile.

En dehors des nombreux passages relatant ses exploits de prestidigitateur, le roman s'attache surtout à nous faire ressentir le vide de son existence. Sans ami ni compagne, exceptés ceux qui traînent dans ses souvenirs, il mène une vie terne et sans but. Une vie qui va pourtant être bousculée par l'irruption de deux individus bien différents : un jeune voleur qu'il va prendre sous son aile et un yakuza de la pire espèce qui lui impose un contrat des plus dangereux. Transmission d'un côté, soumission de l'autre, il sera dès lors ballotté entre l'espoir d'une rédemption et le risque d'une chute définitive.

Noir et profondément désespéré, "Pickpocket" est le roman étrange et dérangeant d'une solitude au milieu de la multitude.

Philippe Picquier - 2013

Publicité
18 décembre 2022

MAGIE SOMBRE - GILLES THOMAS

fna1903-1993

Pour assouvir sa passion de la lecture, Jef Buron fréquente assidûment les bouquinistes. Il tombe un jour sur un livre qui parle de magie et décide d'essayer l'une de ses "recettes". A sa grande surprise, le sort de chance qu'il a lancé fonctionne parfaitement et Jef gagne une belle somme au tiercé...

Fantastique, fantasy, SF, Gilles Thomas a abordé toutes les littératures de l’imaginaire avec un égal bonheur. Elle en a aussi exploré la plupart des thèmes qu’il s’agisse de space-opera, de pouvoirs psy, de post-apo ou de dystopie. Cette fois, c’est à un fantastique des plus classiques qu’elle s’attaque avec une histoire toute simple d’apprenti sorcier qui se brûle les ailes aux feux de la connaissance démoniaque.

La bonne idée de l’auteur est d’avoir ancré son récit dans le quotidien de ses personnages. Ici, pas de vieux grimoire ni de demeure gothique. L’histoire a pour cadre principal une HLM de banlieue et les invocations auxquelles se livre Jef ont tout simplement lieu dans sa chambre d’ado. Quant aux ingrédients qu’il utilise pour mener à bien ses sortilèges, il les tire là encore de la vie courante : exit le sang de crapaud ou la décoction de mandragore et place au sirop de fraise et à l’huile de vidange.

L’autre atout du roman, ce sont ses personnages et plus particulièrement son jeune héros. Gilles Thomas restitue bien l’état d’esprit d’un gamin de dix-huit ans avec toute son impatience et sa précipitation. Ses envies aussi. Celles d’un jeune homme célibataire et fauché qui peut soudainement donner corps à ses rêves d’argent et de sexe. Le fait qu’il soit le narrateur de sa propre histoire lui apporte aussi davantage de consistance. Son langage tout simple avec son argot des années quatre-vingt contribue à nous le rendre plus proche surtout si, comme moi, vous aviez sensiblement le même âge à cette époque.

Les lieux et les personnages donnent donc beaucoup de réalisme au récit. Ils lui apportent aussi une dimension sociale qui, sans être au cœur du roman, n'en est pas moins bien présente. On la trouve notamment dans ses descriptions d’une famille de français moyens et de la banlieue dans laquelle ils résident. Il y là une foule de détails qui sonnent vrai : la mère qui tient les cordons de la bourse et qui « séquestre » la paye de l'aîné qui vit encore sous son toit, les vêtements qu’il faut faire durer et qu’on reprise tant et plus, les vacances chez la grand-mère auvergnate... On est replongé dans cette époque où la surconsommation et le jetable n'avaient pas encore triomphé.

Quant à l’argument fantastique du roman, il faut bien avouer qu'il n'a rien d'époustouflant. Exception faite de succubes et d’un leprechaun, les manifestations démoniaques demeurent peu visibles. Elles sont néanmoins suffisantes pour instiller ce qu'il faut d'angoisse et de peur dans la vie de Jef et nous intéresser tout du long à sa bonne fortune et à ses déboires.

Fleuve Noir Anticipation - 1993

 

11 décembre 2022

LA ROUTE OBSCURE - SERGE BRUSSOLO

41N0GRCCA0L

SOS Horoscope peut changer votre destin. Grâce à une technologie de pointe et une équipe de spécialistes, la société vous garantit un avenir radieux où la chance et la réussite seront au rendez-vous. Lorsque Marie, une paumée qui galère depuis bientôt deux ans tombe sur cette annonce, elle n’hésite pas longtemps. Il faut dire que la zonarde est aux abois. Il lui faut fuir au plus vite les forains chez qui elle a trouvé un refuge provisoire avant que les dangereux frères Zoltan ne mettent la main sur elle. Ses espoirs seront-ils bien placés ? 

C’est presque un euphémisme de le dire, Serge Brussolo est un conteur né. Je connais peu d’auteur capable comme lui, de vous embarquer en seulement quelques pages dans des histoires follement abracadabrantes mais aussi terriblement addictives.

En dépit de son côté assez minimaliste, « La route obscure » ne fait pas exception à la règle. En l’espace de quelques chapitres, tout est en place : la trame de l’histoire, le caractère de l’héroïne, un mystère, une menace… Le lecteur est pris à l’hameçon et l’auteur n’a plus qu’à jouer du moulinet pour l’amener exactement là où il veut.

C’est très dépouillé. Si l’on excepte la fête foraine des premiers chapitres, l’histoire se passe pour l’essentiel en milieu fermé. Plus précisément dans trois appartements que l’héroïne va occuper successivement. Trois huis-clos, presque trois prisons. Trois univers aussi qu’on explore l’un après l’autre, du grenier insalubre maquillé en jungle africaine à la bonbonnière pour jeune fille de bonne famille. Peu de personnages également puisque, hormis Marie, seuls cinq d’entre eux interviennent dans l’histoire, la plupart ne faisant d’ailleurs qu’une apparition éclair. En fait, l’essentiel de l’intrigue se déroule dans la tête de l’héroïne, dans ses réflexions et ses peurs, ses espoirs et ses hésitations, ses théories et ses habitudes.

Outre l’atmosphère d’angoisse et de folie qui imprègne ses pages, ce roman est aussi une très bonne critique des marchands d’espoir. Brussolo y égratigne les astrologues et les chiromanciens mais on pourrait étendre son réquisitoire aux sectes, aux religions et même à certains diététiciens et chirurgiens esthétiques, bref à tous ceux qui prétendent changer votre vie moyennant un petit effort et surtout beaucoup d’argent. Des vautours qui savent choisir leurs proies parmi les naïfs, les faibles et les accidentés de la vie.

« La route obscure » est donc une chouette histoire de machination qui rappelle un peu, en plus démentielle tout de même, celle du « Nuisible », premier thriller de l’auteur, suivi depuis par beaucoup d’autres.

Le Livre de Poche - 1997

4 décembre 2022

ACID COP - ZAROFF

acidcop-vf

Zaroff est l’enfant naturel de Charles Bronson et de l’inspecteur Harry. Je sais, c’est dégueu, mais ça vous donne une petite idée du bonhomme. Il a été nourri aux films de vigilante. Il connait mieux les bas quartiers du Bronx que les alentours de la place Pigalle et il préfère la Budweiser à la Jenlain. Oui, il a aussi un goût de chiotte, mais après tout, personne n’est parfait. Tout ça pour vous dire combien il est à l’aise quand il s’agit de mettre ses pas dans ceux des ricains. C’est donc tout à fait logiquement qu’il nous emmène du côté de la Grosse Pomme pour un hommage à ces films qui ont bercé sa jeunesse et forgé son imaginaire.

Les personnages, les décors et même certaines scènes de son roman ont donc un air de déjà vus. Mais ce copié-collé est parfaitement assumé. L’auteur joue avec nos souvenirs. Il s’en sert pour prendre des raccourcis qui lui permettent d’aller à l’essentiel. Le résultat est parfois un peu caricatural mais cela donne à son récit un rythme trépidant qui pousse le lecteur à tourner les pages aussi vite qu’un camé en manque se prépare son rail de coke.

Côté intrigue, on est là aussi en terrain connu. Zaroff s’est beaucoup inspiré de certains de ses films cultes et son « Acid Cop » doit beaucoup au « Robocop » de Verhoeven. On y retrouve notamment l’idée d’un flic qui entreprend de se venger des malfrats qui l’ont horriblement torturé et laissé pour mort. Une vengeance qui m’a toutefois laissé sur ma faim. La punition des ordures sera expédiée en trois coups de cuiller à pot ce qui est tout de même assez étonnant puisqu’elle constituait le moteur du récit. Telle quelle, elle laisse une impression de déséquilibre. On a le sentiment que le châtiment n’est pas à la hauteur des méfaits commis.

Il y avait pourtant quelque chose à creuser du côté de ces Morlocks, des affreux avec lesquels l’auteur tenait de vrais bons méchants. Leur enfance dans un orphelinat où ils subirent les derniers outrages comme les petits gars de « Sleepers », leur haine revancharde contre la société, leur vie dans les égouts dont ils s’extraient à l’improviste, n’importe où et n’importe quand pour commettre vols et agressions en tout genre, autant de chouettes idées qui ne demandaient qu’à être exploitées davantage.

Zaroff a préféré insister sur la psychologie de son héros, sur sa descente aux enfers et sa misanthropie qui se transforme en haine pour la société. L’idée n’est pas mauvaise et la progression de la folie chez son héros est plutôt bien rendue. Malheureusement elle n’aboutit qu’à une succession de karnages joliment orchestrés mais finalement assez répétitifs.

Entendons-nous bien, le roman de Zaroff n'est pas mauvais, loin de là. Je l’ai torché en une petite après-midi, c’est dire si ça se lit bien. J’y ai retrouvé son sens de l’humour grotesque, la vivacité de sa plume et son énorme talent dans la conduite des dialogues. Mais j’attends désormais un peu plus de lui, qu’il sorte de sa zone de confort comme dise les journaleux. J'ai le sentiment qu'il ne se prend pas au sérieux alors qu’il est capable de faire encore mieux, en tout cas plus ambitieux. J’ai envie d’être tenu en haleine par une intrigue un peu plus complexe agrémentée ou non de scènes gores. Là, on reste exactement au même niveau que « Bayou ». C’est bien, mais ce n’est plus assez.

Alors Zaza, tu te sors les doigts du fondement. Tu t’installes devant ton ordi, un pack de six à portée de main, un disque d’ACDC sur ta platine (Bon Scott on vocal of course) et tu nous écris ce putain de chouette roman qu’on attend tous, bordel de merde !!!

Zone 52 Editions - 2021

27 novembre 2022

LA GRANDE PANNE - THEO VARLET

amitielivre-varlet1936

J'aime bien fouiner dans les brocantes ou les vides greniers. On y trouve parfois quelques raretés, quelques vieilleries surprenantes. Il en va de même en littérature. Lorsque je pioche dans les vieux romans de SF, je tombe de temps à autre sur des œuvres étonnantes qui ont ouvert la voie à de nouvelles idées ou contribué à codifier tel ou tel genre. C'est un peu le cas de ce roman écrit en 1930 dans lequel Théo varlet nous décrit les conséquences politiques, économiques et sociales d'une invasion de lichen extra-terrestre qui prolifère au détriment de toutes les sources d'énergie électrique.

D'une écriture très fluide qui ne fait absolument pas son âge, l'auteur nous montre comment la "xénobie" est introduite sur Terre et de qu'elle manière elle se répand à travers la France. Il le fait très intelligemment, passant l'air de rien de la farce scientifique au roman catastrophe. Ainsi, ce qui n'est tout d'abord qu'un léger désagrément entraînant selon les cas des démangeaisons ou une baisse d'intensité lumineuse des ampoules se transforme en une calamité qui affecte la société dans son entier. Désorganisation des transports, fermetures des usines,  chômage généralisé, émeutes... la disparition progressive de l'électricité provoque des réactions en chaîne qui mettent à mal la sécurité du pays et du monde.

Théo Varlet nous montre ainsi que notre dépendance à l'électricité n'est pas neuve. Il démontre surtout la fragilité de nos économies qui peuvent s'écrouler du jour au lendemain dès lors qu'elles ne disposent plus de l'énergie ou des matières premières sur lesquelles elles sont fondées. Serge Simon Held dans "La mort du fer" et Georges Blond dans "Les naufragés de Paris" suivront un schéma identique avec le fer et le papier. Malheureusement, si la démonstration de l'auteur est bien amenée, elle est parasitée par l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes du roman. Les serments d'amour de l'un, le dévouement filial de l'autre et toutes ces minauderies très XIXème siècle appesantissent le récit sans lui apporter la moindre valeur ajoutée.

Le roman se conclue sur la question de la responsabilité des scientifiques dans l'utilisation, notamment militaire, de leurs découvertes. Une réflexion d'autant plus intéressante que le roman a été écrit peu avant la seconde guerre mondiale qui vit, entre autres monstruosités, la première utilisation de l'arme nucléaire.

L'Amitié par le Livre - 1936

Publicité
20 novembre 2022

UNE COLONIE - HUGH HOWEY

actessud14090-2020

Après qu'une avarie de leur vaisseau ait causé la mort de la plupart de leurs compagnons, une soixantaine de jeunes colons se retrouvent isolés sur une planète inhospitalière. Dotés de maigres ressources, sans expérience, les robinsons commencent à s'organiser avec l'aide de "Colony", l'intelligence artificielle de leur engin spatial. Mais peuvent-ils réellement lui faire confiance ?

Même s'il peut être lu sans déplaisir par un lecteur de SF confirmé, "Une colonie" est indubitablement un roman "jeunesse". Le thème, les personnages, le style, tout concoure en effet à produire une œuvre accessible aux ados avec bien sûr, les limites du genre.

Dans ce planet opera qui flirte avec la robinsonnade, Hugh Howey a donc choisi de mettre en scène de jeunes héros. Je n'aurais rien vu de gênant à cela si la psychologie des personnages n'avait été aussi sommaire. Sentiments, intentions, réactions, dialogues, tout est très convenu. On reste à la surface sans que l'auteur ne parvienne à nous intéresser à l'avenir de ces gamins de quinze ans livrés à eux-même sur une planète assez peu accueillante. Les luttes d'influence pour le pouvoir, les rivalités amoureuses, les motivations des uns et des autres ne sont pas assez approfondies pour qu'on se passionne pour leurs tentatives de s'organiser en une petite société.

Cet aspect du récit est d'ailleurs assez vite abandonné et l'intrigue se focalise sur la découverte de leur environnement. Hélas, là encore, l'auteur se contente du service minimum. Ses descriptions se limitent à quelques arbres gigantesques dans les frondaisons desquels les jeunes héros vont vivre des aventures surprenantes. Certaines scènes vécues dans la canopée sont très naïves. (l'ascension à dos de chenille et la descente sur des feuilles transformées en luges), d'autres sont en revanche nettement plus dramatiques.

D'une manière générale, Hugh Howey n'épargne pas ses personnages. Il fait mourir bon nombre d'entre eux et les place devant des responsabilités qui ne sont pas de leur âge. Il a opté pour une littérature jeunesse sans mièvrerie ni bons sentiments et se permet même une jolie attaque contre les états et les entreprises toutes puissantes qui cherchent le profit au mépris de toute autre considération.

Au final, "Une colonie" est un roman distrayant qui se lit avec une grande facilité mais qui conviendra sans doute davantage aux jeunes lecteurs qu'aux vieux briscards de la SF.

Actes Sud - Exofictions - 2020

13 novembre 2022

LA BANDERA - PIERRE MAC ORLAN

9782070362448_1_75

Recherché pour meurtre, Pierre Gilieth est contraint de passer en Espagne pour fuir la justice française. Après quelques semaines de misère à Barcelone, il s'engage dans la légion étrangère. Un membre de la police secrète espagnole s'enrôle en même temps que lui dans l'espoir de le démasquer et toucher la prime promise pour sa capture. Bientôt les deux hommes sont expédiés au Maroc où Gilieth fait la conquête d'une entraîneuse...

Entamer ce roman de Mac Orlan en ayant déjà vu le film que Julien Duvivier en a tiré oblige à faire de gros efforts d’abstraction. Difficile en effet d’oublier la fantastique interprétation de Jean Gabin et Robert Le Vigan ou les superbes paysages du Rif marocain. Les images du film se juxtaposent à celles suscitées par la plume de l’auteur et le lecteur paresseux a tendance à mettre en veille son imaginaire. Pourtant, le roman en vaut la peine. Bien des scènes ont été passées sous silence sur la pellicule et le cheminement psychologique des personnages est beaucoup plus nuancé dans le livre.

L'histoire ne s'y résume pas à un récit d'aventures coloniales célébrant les vertus militaires et l'amitié virile. Le cadre exotique avec sa casbah, ses bédouins et ses fortins perdus dans le djebel lui apporte bien cette dimension, mais il s'agit surtout pour l'auteur de créer les conditions d'un bouleversement radical dans l'existence de ses héros.

Loin de chez eux, coupés de leurs habitudes et de leur relations, ils subissent une transformation profonde. Gilieth devient un autre homme à mesure qu'il se fait une place dans la légion et bénéficie d'une forme de confiance de ses supérieurs et de respect de ses compagnons d'armes. Il conserve bien une attitude de marlou dans ses relations avec la belle Aïscha mais c'est surtout parce qu'il se sert d'elle pour se prémunir contre Lucas. Chez ce dernier, la métamorphose est encore plus radicale. La fidélité à ses supérieurs et l'appât du gain vont s'effacer derrière l'amour fou qu'il éprouve pour cette même Aïscha.

Mac Orlan décrit très bien le jeu du chat et de la souris qui s'instaure entre l'assassin et le policier puis la lutte ouverte qui les oppose pour la possession de l'envoûtante prostituée.  Un combat qui s'avérera finalement assez vain et dont ni l'un ni l'autre ne sortiront véritablement gagnant.

Gallimard - Folio

6 novembre 2022

TANTINE CHEVROTINE - JORDI GABIOUD

GDA_06_Tantine-Chevrotine_front

Comme ses petits camarades de la collection Gore des Alpes, Jordi Gabioud nous transporte au cœur du massif alpin avec ce roman qu’on pourrait presque qualifier de régionaliste. Un village niché au creux d’une charmante vallée, des pâturages recouverts par le blanc manteau neigeux, de mignons chalets, le décor de « Tantine Chevrotine » est à première vue paradisiaque. Mais ces paysages de carte postale dissimulent une réalité beaucoup moins idyllique. Remaret est un bourg isolé qui suinte l’ennui. Une bourgade où l’on passe son temps à s’épier, où tout se sait et où ce qui ne se sait pas se suppose ou s’invente. Les jalousies et les rancœurs y sont nombreuses, les conflits familiaux tenaces.

L’histoire débute alors que le dégel vient de mettre au jour le cadavre de l’aïeul des Fournier, une famille d’abrutis consanguins qui sèment la terreur dans les environs. La nouvelle pourrait être anecdotique si ces derniers n’étaient pas persuadés que leur ancêtre a été assassiné par le vieux Simon dont Monique est la dernière descendante. Poussés par un patriarche vindicatif, la tribu entreprend de se venger sur cette dernière, mais ils vont tomber sur un os…

C’est donc à une bonne vieille vendetta de derrière les fagots que nous convie l’auteur. D’un côté une famille de psychopathes alcooliques, de l’autre une mamie de septante piges qui en a encore sous la pédale. Les menaces et les insultes cèdent rapidement la place aux vexations de toutes sortes et le récit prend alors des allures de western. Fusillades, prise d’otages, attaque de chalets, on s’étripe joyeusement sous le ciel bleu des Alpes.

La montée en puissance du règlement de compte est parfaitement orchestrée, mais Jordi Gabioud ne nous raconte que cela. Pas de surprise, pas de révélation, pas de petite pirouette finale. Rien. Rien que ce à quoi l’on pouvait s’attendre : une succession de morts violentes, affreuses, obscènes et, oui, parfois amusantes. A condition bien sûr d’aimer l’humour noir.

Gore des Alpes - 2020

30 octobre 2022

UN MONDE MAGIQUE - JACK VANCE

jl0836-1978

Si Jack Vance n'est pas un pur spécialiste de la fantasy, la plupart de ses romans baignent néanmoins dans ces ambiances médiévales et rétrogrades propres aux œuvres du genre. Il y mélange allègrement les sciences les plus évoluées, vaisseaux spatiaux et voyages sub-luminiques, avec des sociétés arriérées aux coutumes étranges et surprenantes. Inversement, le cycle de "La Terre mourante" dont "Un monde magique" constitue le premier volume, nous propose un univers de fantasy dans lequel subsistent les vestiges des anciennes civilisations et quelques bribes de leur science.

Or donc, la Terre se meure. Ce bon vieux soleil n'est plus qu'une boule rouge réchauffant à peine une planète rendue à la barbarie. Une mosaïque de peuples et d'états qui s'ignorent se partagent ce monde sur sa fin. Seuls quelques aventuriers avides de richesses ou de connaissances osent encore voyager de l’un à l’autre. Bien peu reviennent…

La plupart des nouvelles composant ce recueil sont construites sur le même modèle et reprennent le classique thème de la quête d'un objet magique, d'un artefact, d’un secret... Il est donc très logiquement question de sorciers et de magiciens, de voleurs et d'enchanteresses, de démons et quantité d'autres créatures maléfiques. Les dangers sont multiples, les rivalités profondes et les derniers tenants de la science ne sont pas les moins acharnés à répandre le mal.

Aucun personnage n'est véritablement attachant. A de rares exception près, tous sont guidés par un égoïsme forcené, une volonté de jouir et de profiter qui les pousse à satisfaire immédiatement leurs envies, quelques puissent être les conséquences pour eux-mêmes et pour les autres. Deux ou trois individualités émergent néanmoins : T’saïs, jeune femme imperméable à toute forme de beauté et qui cherche le moyen de vaincre cette malédiction, Guyal de Sfere que la soif de connaissance emmènera aux confins du monde connu ou, dans un autre registre, Liane le voyageur,  attachante crapule victime de ses bas instincts.

Fantasy originale où la magie et la science s’entremêlent dans une ambiance de conte des mille et une nuits, « La terre mourante » est un cycle qui mérite d’être découvert. Ce que je vais continuer de faire avec « Cugel l’astucieux !

J'ai Lu - Science-Fiction - 1984

23 octobre 2022

LES PORNOGRAPHES - AKIYUKI NOSAKA

964afa31b292b64bd896fd55e1d9f2cdc50f91061e3297dc0f1062a85c4f9268

Difficile de croire que "Les pornographes" et "La tombe des lucioles" ont été écrits par le même auteur. Le premier est un roman truculent qui met en scène un quintet d'escroc décidés à faire son trou dans l'industrie du sexe. Le second est un petit chef-d’œuvre de sensibilité et d’émotion sur fond de seconde guerre mondiale. Et pourtant, en y regardant de plus près, c'est bien des mêmes personnes qu'Akiyuki Nosaka nous parle, des mêmes quartiers modestes et du même petit peuple. Comme les deux malheureux gamins qui tentent de survivre aux privations qui suivent la capitulation du Japon, ses pornographes cherchent aussi à se sortir de la mouise. Ils vivent d'expédients, de petits boulots, d'arnaques lamentables. Ils habitent dans des cahutes insalubres ou squattent le logement de leur bonne amie. Ils jonglent avec les dettes et la peur de la prison.

En s'intéressant aux activités louches de ces professionnels de la démerde, l'auteur nous montre ses compatriotes sous un angle sans doute plus réaliste que celui des médias qui nous proposent toujours les mêmes images d'un Japon de tradition et de technologie. Sans fausse pudeur, il nous dévoile les phantasmes et la sexualité de ceux qui font appel aux bons soins de ses pieds-nickelés du sexe. Ouvrières d'usine, salarymen, chefs d'entreprises ou étudiants se croisent donc au gré des désirs des uns et de l'argent escomptés par les autres.

En ce sens, "Les pornographes" est presque un reportage sur l'état des mœurs de la société japonaise dans les années soixante. Une société qui change, qui s'occidentalise mais qui n'est pas tendre avec ceux qui ne veulent ou ne peuvent s'adapter. C'est aussi un chouette témoignage sur la condition de la femme à cette époque. Malmenées par une société très patriarcale, elles commencent néanmoins à s’émanciper, notamment sur le plan sexuel. Elles n’attachent plus aucune importance à leur virginité, couchent avec qui bon leur semble et entendent faire ce qu’elles veulent de leur corps. Une attitude qui semble désarçonner les hommes, conscients que leur longue domination vient de commencer à vaciller.

Philippe Picquier - 1996

16 octobre 2022

L'ATOLL DES BATEAUX PERDUS - G. J. ARNAUD

fn05742-1997

Créée en 1997, la collection SF du Fleuve Noir est une collection fourre-tout dans laquelle la maison d’édition recycla certains de ses auteurs après l'arrêt de la plupart de ses autres collections, Anticipation et Angoisse notamment. C’est le cas de G-J Arnaud qui put ainsi publier le troisième volet des aventures d’Ugo Cardone, capitaine de paquebot et aventurier au grand cœur.

Nous l’avions laissé à l’issue du second opus au cœur de la forêt amazonienne où il venait de contrecarrer les sinistres projets de l’armée japonaise. Nous le retrouvons cette fois à l’autre bout du monde, en Australie où lui et son équipage attendent patiemment le fret qui leur permettrait de mettre du charbon dans la chaudière et de lever l’ancre. En désespoir de cause, Ugo accepte la proposition de trois individus qu’on croirait tout juste sortis d’un mauvais film de pirates. Et justement, des pirates, c’est bel et bien ce qui attend notre héros.

"L'atoll des bateaux perdus" est une Lost Race Tale particulièrement originale qui met en scène les descendants de flibustiers et de mutins qui, depuis le XVIIIème siècle, ont trouvés refuge sur un minuscule atoll perdu au fin fonds du pacifique sud. Là sur quelques hectares de terre ingrate se sont agglutinés au cours des siècles les bateaux les plus divers, brigantins, caravelles, jonques… Une sorte de cimetière de la marine à voile où survivent les enfants de ces naufragés volontaires.

Après quelques chapitres qui permettent au lecteur de découvrir les lieux ainsi qu’une société étrange avec son histoire et ses rites, le récit s’emballe. Fantom Harbor est une poudrière et Ugo et ses compagnons sont très vite précipités dans le conflit qui oppose deux factions rivales. Les scènes de combats s’enchaînent. Infiltrations en territoire ennemi, attaques et contre-attaques jusqu’à la très logique scène d’abordage, le tout avec les armements les plus divers : épées, mousquets et mitraillettes !

Une intrigue plutôt simpliste qui, malgré quelques bons moments et quelques images frappantes (le vieux galion recyclé en cathédrale), ne rend pas franchement hommage à la chouette idée de départ.

Fleuve Noir - SF Mystère

 

9 octobre 2022

LA FORET DES HOMMES VOLANTS - G. J. ARNAUD

FnAm15

Après de tumultueuses aventures dans l’Europe fascisante de 1936, Ugo Cardone, son équipage et son cargo ont jeté l’ancre à Manaus, porte d’entrée de l’Amazonie brésilienne. Le capitaine italien a accepté de servir de guide à un ethnologue en quête d’une mystérieuse tribu indienne. L’enjeu est d’importance car les Kouliks auraient découvert le moyen de voler grâce à des ballons en hévéa gonflés par un gaz aux propriétés exceptionnelles. Une découverte qui aiguise bien des appétits dont celui des militaires nippons qui cherchent à doter leur armée d’une nouvelle génération de zeppelins… 

Cette seconde incursion de G-J Arnaud dans la collection « Aventures et Mystères » est beaucoup plus aboutie que la première. Il nous propose cette fois une œuvre plus rythmée où la montée en puissance de l’intrigue est parfaitement maîtrisée.

L’histoire commence à la façon d’un récit d’aventures exotiques et tout l’arsenal commun à ce type de littérature est convié : chaleur et moiteur, bêtes sauvages et dangereux autochtones sans oublier les vilains concurrents nippons lancés à leurs trousses. Entre escarmouches et obstacles naturels à surmonter, il y a largement de quoi occuper nos héros. Mais, alors que l’on pense être parti pour une « lost race story » tout à fait classique, l’histoire prend une tournure tout à fait inattendue.

A peine arrivé à destination, Ugo tombe entre les mains de leurs ennemis japonais et nous quittons alors la jungle pour des hauteurs proprement stratosphériques. Si, si ! Il est bel et bien question d’une station orbitale gonflable à près de 15000 mètres d’altitude, dans laquelle des esclaves de toutes nationalités servent les desseins de l’impérialisme nippon. Une réalisation digne d’un roman de Jules Verne, délirante mais néanmoins crédible et parfaitement contrôlée.

Tout cela fait de « La forêt des Hommes Volants » un récit dynamique et malin dans lequel les deux versants de l’intrigue forment un tout cohérent malgré le grand écart entre les univers proposés.

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1996

2 octobre 2022

LES COMPAGNONS D'ETERNITE - G. J. ARNAUD

fn-05370-1995

Après avoir échoué à exfiltrer des juifs du port de Hambourg, Ugo cardone se retrouve contraint d’accepter le marché que lui soumet l’obersturmführer Stackering. C’est ainsi qu’il se retrouve sur les traces d’un brigadiste italien qui serait rien moins que le fils d’Ashaverus, le juif errant de la légende…

G . J. Arnaud fut l’un des piliers du Fleuve Noir. En plus de soixante de carrière il a alimenté presque toutes les collections de la célèbre maison d’éditions qu’il s’agisse de SF, d’espionnage ou de polar. Il était donc tout à fait logique de le retrouver dans l’éphémère collection « Aventures et Mystères » dont il a parfaitement respecté le cahier des charges.

Côté aventures, difficile en effet de faire mieux. Le récit nous emmène dans l'Europe de 1936 mise à feu et à sang par les fascistes de tout poil. Après une introduction dans l’Allemagne nazie, les personnages feront route vers une Espagne en pleine guerre civile avant d'aborder l'Italie de Mussolini. Emprisonnements, attentats, combats sur terre, mer et dans les airs, l'auteur ne nous laisse pas un instant de répit. D'ailleurs, son héros, tout comme les aventures qu'il traverse, rappelle beaucoup l'Indiana Jones de Steven Spielberg. Outre la période historique, Ugo Cardone partage avec le célèbre aventurier un même goût du risque et une tendance affirmée à prendre la défense de la veuve et de l'orphelin. Et si en plus la veuve est mignonne... Il y a aussi pas mal d’humour comme en témoigne cette scène où Ugo tente de mettre la main sur le chapeau d'un cardinal dans le port de Gênes et se retrouve poursuivi par une horde de mammas en colère ou encore sa rencontre avec André Malraux dans une prison barcelonaise.

Coté mystère, on est tout aussi copieusement servi. G. J. Arnaud convie aussi bien le golem de la tradition yiddish que le trésor des Vaudois ou le mythe du juif errant. Il y a des souterrains et des passages secrets, des messages codés et des pièges, des chausse-trappes et des trahisons. C'est très manichéen. Les méchants sont vraiment très méchants et ne reculent devant rien pour s'approprier le secret de l'immortalité. Heureusement, les gentils ne manquent pas de ressources et, comme on pouvait s'y attendre, le bon droit triomphera.

G. J. Arnaud a donné deux suites aux aventures d’Ugo Cardone. Alors on en recause bientôt !

Fleuve Noir - Aventures & Mystères - 1995

26 septembre 2022

LES CHEMINS DU LONG VOYAGE - ANDRE DHÔTEL

519VG19ZJ8L

C'est une histoire assez banale qu'André Dhôtel a choisi de nous raconter dans ce roman écrit en 1949. Un jeune ingénieur agronome trouve de l'embauche dans une grosse exploitation agricole de la région de Mâcon. Il y rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux, mais la belle a deux autres soupirants... Des amours contrariés, un triangle, ou plutôt, un carré amoureux,  rien de très original. Et ce ne sont pas les nombreux chassés croisés ou la fin dramatique qui viennent changer la donne.

Et pourtant, cette histoire toute simple, André Dhôtel parvient à lui donner une allure de conte merveilleux. Il lui suffit de susciter quelques images vaguement inquiétantes - des visages qui apparaissent aux carreaux des fenêtres les soirs de pluie, un étrange boiteux qui rôde par la campagne, un voyageur fabuleux dont les apparitions hantent la mémoire de ceux qui l'ont connu - pour que son récit s'imprègne d'une aura de mystère que viennent encore amplifier quelques secrets de famille.

Une fois ce mystère à son comble, l'auteur lève le voile d'un seul coup. Il le fait par le biais d'un long flash-back qui remet en place les évènements et les personnages et éclaire l’histoire d'un jour nouveau. Tout s'explique alors très logiquement. Il n'y a plus ni mystère, ni magie. Rien que de bien réel et de tristement normal. En procédant ainsi, Dhôtel déconstruit son récit pour nous replonger dans la morosité du quotidien. L’histoire romanesque s’efface au profit d’une narration quasi naturaliste : les époux Cravart survivant modestement au fond de leur taudis, le métayer fabricant des milliers de boite à fromage, l’errance de la jeune Amélie dans la campagne bourguignonne, autant de portraits et d'images d'un petit peuple industrieux et misérable.

Heureusement, la nature n’est jamais bien loin et André Dhôtel la célèbre dans toute sa force et sa beauté, des plaines de Bourgogne aux plages du Cotentin en passant par les montagnes du Jura. 

Gallimard - Folio - 1984

18 septembre 2022

SANCTIONS ! - TALION

image_2339665_20210221_ob_aafb5a_sanctions

La petite ville de C est en émoi. La jeune Aïcha Boumedine a disparu et la police se perd en conjectures. Faut-il la chercher du côté des cités parmi les paumés et les trafiquants ? Aurait-elle fugué en compagnie d’un camarade de lycée ? A-t-elle été victime d’un maniaque sexuel ? Et si la réponse se trouvait plutôt dans le coquet pavillon de Gabriel et Barbara Lodi, deux profs apparemment sans histoires ? 

Depuis quelques temps, le roman gore semble bénéficier d’un regain d’intérêt et on ne dénombre pas moins de trois maisons d’éditions qui officient dans ce genre. Il y a d’abord les petits suisses de Gore des Alpes qui, à l’heure où je vous cause, ont déjà publiés dix-huit romans. Il y a aussi les éditions Faute de Frappe avec leur toute jeune collection Chris Anthem dont les couvertures uniformément noires annoncent parfaitement la couleur. Il y a enfin la Zone 52 et sa bien nommée collection Karnage dont « Sanctions ! » constitue le tout premier volume. Et là, il faut reconnaître que ça frappe fort d’emblée. Peut-être même trop fort. 

En tout cas, je ne m’attendais pas à autant de radicalité. Je pensais avoir affaire à une version gore de « Class of 1984 » ce film de Mark Lester dans lequel un professeur malmené par ses élèves employait la manière forte pour les amener à résipiscence. Or, si le couple de professeurs dont nous suivons les faits et gestes a effectivement quelques soucis avec la discipline, leur motivation première n’est pas de rétablir l’ordre. Avant toute chose les époux Lodi sont accros au sexe et leurs ébats vont occuper une large part du récit.

D’ailleurs, « Sanctions ! » est sans doute plus pornographique que véritablement gore. Scatophilie, coprophagie, nécrophilie, humiliations diverses et sévices en tous genres, l’auteur déroule toute la panoplie des déviances sexuelles les plus extrêmes, ne nous épargnant aucun détails et surtout pas les plus sordides. Ajoutons-y quelques meurtres bien cracra et des supplices qu’on ne souhaiterait pas même à son pire ennemi, et vous obtenez un roman assez malsain qui ne laissera personne indifférent. Pour ma part, je me suis senti réellement mal à l’aise en lisant quelques-unes de ces pages et j’ai même failli stopper ma lecture à deux ou trois reprises. D’autant que ce déchainement de violence, cette pléthore d’images glauques, cette puissance déployée pour décrire l’ignominie d’un couple de pervers sadiques, sont au service d’une intrigue somme toute bien légère. Il y avait pourtant des pistes intéressantes du côté des snuff movies et du dark web mais elles ne sont qu’évoquées et cèdent rapidement la place à une enquête policière des plus ordinaires.

Heureusement, les personnages ont de la consistance. Le couple infernal, les deux flics, les jeunes banlieusards, lycéens ou petits délinquants, son joliment croqués, avec justesse et humour. Leurs conversations, leurs remarques bien senties apportent un peu de légèreté au récit, quelques respirations bienvenues dans une histoire qui reste malgré tout sacrément oppressante.

Talion alias David Didelot, a-t-il voulu marquer un genre littéraire qu’il affectionne et dont il est un spécialiste reconnu ? Je l’ignore… mais si tel est le cas, le pari est réussi. Avec mention.

Zone 52 Editions - 2021

 

11 septembre 2022

LE REGNE DU GORILLE - LYON SPRAGUE DE CAMP

neosff064-1982

Maintenus en état d'hibernation par un mystérieux gaz, les passagers d'un car accidenté dans un tunnel se réveillent quelques millénaires plus tard. Ils découvrent alors que la Terre a bien changé. Les humains semblent avoir disparu tandis que les autres espèces animales ont subi toutes sortes d’évolutions. Les singes notamment, dont l’intelligence s’est considérablement développée…

Treize ans avant que Pierre Boulle n'écrive sa "Planète des singes", Lyon Sprague de Camp publiait ce roman qui met en scène une poignée d'humains catapultés dans un futur où les gorilles sont devenus l'espèce dominante. Non, non, pas de plagiat et, s'il y eut inspiration, celle-ci fut extrêmement légère. Mis à part le contexte général, les seules ressemblances entre les deux  récits se limitent à la capture des humains par des gorilles utilisant de grands filets, à leur captivité dans des enclos à bestiaux et aux tests qu'on leur fait subir pour mesurer leur degré d'intelligence.

De plus, l'histoire de Sprague de Camp offre beaucoup moins matière à réflexion que celle de l'écrivain français. C'est un pur récit d'aventure où l'action et l'humour prédominent. La première partie ressemble d'ailleurs à une robinsonnade dont elle reprend les codes avec ses habituelles scènes de survie (chasse, pêche, exploration) et d'organisation sociétale (factions, prise du pouvoir). Rien de bien original mais le récit alterne agréablement le comique (conflits entre les scientifiques et les membres d'une revue de cabaret) et le dramatique (les premiers décès) alors que les personnages découvrent une faune et une flore pour le moins surprenantes.

Après leur capture par les grands singes, c'est la découverte de la société simiesque qui est au cœur du récit. Humains et gorilles apprennent à se connaître et l'on découvre que ces derniers sont plus évolués que ne le laisse supposer leur société préindustrielle. Leur organisation politique semble harmonieuse, les rapports entre mâles et femelles également et, s'il n'y avait de belliqueux babouins dans les environs, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.

Hélas ces derniers passent justement à l’attaque et les derniers chapitres du roman sont consacrés au conflit qui s’ensuit. Escarmouches, batailles rangées, les combats se succèdent auxquels les humains prendront une part déterminante. Cela donne une fin un peu bâclée qui ne donne guère d’informations sur le devenir de nos rescapés du passé et leur acclimatation à ce nouveau monde.

Nouvelles Editions Oswald  - 1982

4 septembre 2022

LA PLANETE INQUIETE - CHRISTIAN LEOURIER

moutons507-2019

La planète Oeagre est en émoi. Les autres, des extra-terrestres dont on ignore tout, ont lancé une offensive contre cette lointaine colonie terrienne. L’armée a décrété la mobilisation générale et tente, sans grand succès, d’entrer en contact avec l’ennemi tandis que la presque totalité de la population se lance dans un surprenant pèlerinage. A peine libéré de ses obligations militaires, Lorbeer se joint au vaste troupeau dans l’espoir d’y retrouver son épouse. 

Christian Léourier jouit d’une belle reconnaissance dans le milieu de la SF française. Son cycle du Lanmeur fait figure de classique et les éditions Critic viennent tout juste de sortir une intégrale de Jarvis », une série de planet-opera à destination de la jeunesse. C’est donc en toute confiance que je me suis lancé dans la lecture de ce roman écrit en 1981. Hélas mon optimisme fut bien vite douché.

« La planète inquiète » m’a fait l’effet d’une SF post-soixante-huitarde ennuyeuse où l’auteur se perd en considérations écolo-philosophico-théologico-spirituelles qui ne parviennent pas à suppléer l’absence d’une réelle intrigue.

L’essentiel de l’histoire consiste en effet à suivre l’odyssée de dizaines de milliers de personnes lancées à travers le désert vers une destination inconnue et pour des motifs tout aussi obscurs. Or, on ne saura à peu près rien de ce phénomène puisque ni sa cause, ni sa finalité ne nous serons expliqués. Et que dire de la scène finale dans les ruines d’une antique cité, qui s’apparente à un rassemblement de beatniks, ambiance sea, sex and sun, sans que, là encore, aucune explication ne soit avancée ?

Le héros du roman est aussi paumé que le lecteur. Désarçonné par le diktat des militaires terriens, par l’insaisissabilité des « Autres » et la disparition de la femme aimée, il ne fait que subir. Il erre, il cherche à comprendre mais la fin du récit le trouvera tout aussi dubitatif qu’à son commencement. Il ne pèse pas ou presque sur les évènements et ses réflexions, ses souvenirs ont une fâcheuse tendance à tourner en rond. Quant au mode de narration qui mélange le présent et des épisodes d’un passé plus ou moins lointain, il n’aide pas non plus à la compréhension du récit.

Il y avait pourtant deux bonnes idées qui auraient mérité d’être approfondies. Tout d’abord, la question des rapports un peu tendus entre les militaires terriens et les colons de la planète Oeagre qui ont développés leur propre culture. Ensuite et surtout, nous avons cette confrontation des humains avec une forme de vie radicalement différente de la leur. Comment affronter un ennemi que l’on ne voit pas ? Comment expliquer ses intentions ? Comment même s’assurer qu’ils cherchent à conquérir la planète ? Il y avait là de quoi développer une intrigue passionnante. Christian Léourier a fait un autre choix. Dommage.

Les Moutons Electriques - Hélios - 2019

14 août 2022

PIERRE DE VIE - JO WALTON

410IcXuDVuS

Contrainte de fuir la vengeance de la déesse Agdisdis, Hanethe s’en retourne au village d’Applekirk qu’elle a quitté quelques décennies plus tôt. Dans cette région des Marches, le temps s’écoule beaucoup plus vite qu’au pays des dieux. Aussi n’y retrouve-t-elle que les lointains descendants de la famille qu’elle avait abandonnée. Très vite, sa présence va bouleverser l’harmonie et la sérénité de la petite communauté villageoise…

Dans ce roman écrit quelques années avant "Morwena" et "Mes vrais enfants", Jo Walton montre déjà l'intérêt qu'elle porte aux rapports humains et plus particulièrement à la notion d'épanouissement personnel. La pierre-de-vie qui lui donne son titre est en effet synonyme de libre arbitre. Qu'il s'agisse d'exercer telle ou telle profession, de s'engager ou non dans des liens matrimoniaux, de croire ou pas en une divinité, chacun à Applekirk est libre de ses choix.

La petite société imaginée par l’auteur a des allures d’utopie et reflète sans doute ses vues en matière sociétale. Les hommes et les femmes y sont égaux, l’homosexualité, la polygamie ou l’amour libre vont de soi et les enfants ne sont pas considérés comme des êtres inférieurs qui n’ont pas voix au chapitre.

Bien que toute l’histoire soit circonscrite aux strictes limites d’un domaine agricole, il se passe quantité de choses et pas que des plus anodines. On y cuisine certes beaucoup, les travaux de la ferme occupent énormément les personnages mais la lutte contre les fléaux qui, de tout temps, ont empêché les hommes et les femmes de vivre à leur guise n'en est pas moins passionnante. La religion, la guerre, la recherche du profit éprouveront durement la petite communauté. Les histoires de cœur mettront également à mal sa cohésion.

La très grande quantité de détails et de menus faits étoffe le cadre de l’histoire et lui donne une profondeur remarquable. Les personnages aussi, nombreux, variés, travaillés en profondeur et parmi lesquels les femmes jouent les premiers rôles. Quant à la magie, si elle est partout présente, elle n’écrase pas pour autant l'existence des personnages. Il faudra en effet attendre le dernier tiers du roman pour que prêtres et divinités jouent un rôle de premier plan. Et encore, puisque seule la raison et la concertation permettront de véritablement résoudre les conflits.

Tout cela nous donne une fantasy champêtre et familiale qui invite à réfléchir sur notre rapport aux autres et à apprécier à leur juste valeur les gestes du quotidien. Le passé est révolu, le futur viendra bien assez tôt, alors profitons au mieux de l’instant présent.

Gallimard - Folio SF - 2021

7 août 2022

LA CLEF DES MENSONGES - JEAN-BERNARD POUY

9782070379637_1_75

L’heure de la retraite a sonné pour le maréchal des logis Zapala. Enfin presque. Juste une dernière mission à remplir : escorter une jeune femme jusqu’au juge qui doit instruire son procès. La routine ? Pas si sûr que ça. Quand des tueurs tentent de les éliminer tous les deux, la prisonnière et son geôlier prennent la poudre d’escampette. Pour se protéger. Et pour comprendre… 

Si j’avais découvert Jean-Bernard Pouy par le biais de ce roman, il n’est pas certain que j’eusse été plus avant dans l’exploration de son œuvre. Et franchement, c’eut été dommage tant ses polars sont originaux aussi bien sur le fond que dans la forme. Ici, c’est justement cette originalité qui fait défaut et ce manque se fait d’autant plus sentir que l’intrigue n’est pas franchement excitante.

Il s’agit d’une histoire très classique de collusion entre le politique et le banditisme, de raison d’état et de témoin qu’il faut supprimer. Le récit se résume rapidement à une partie de cache-cache entre la police et deux fugitifs sans oublier quelques tueurs à gage lancés à leurs trousses. On comprend très vite que tout cela finira très mal et les fuyards ne se font d’ailleurs guère d’illusions sur leurs chances de fêter la nouvelle année.

Heureusement, la relation entre Alix et Pierre, la prévenue et le gendarme, la jeune femme et le vieux misanthrope, est dépeinte avec beaucoup de tendresse et de subtilité. Au fil du temps, au gré des épreuves surmontées ensemble, la méfiance et l’hostilité des débuts vont céder la place au respect et à la compréhension mutuelle. S’installe alors une relation père/fille assez touchante composée à part égale d’encouragements et de reproches, de non-dits et de confessions.

Gallimard - Folio Policier - 2009

31 juillet 2022

LE PAYS DE LA NUIT - WILLIAM HOPE HODGSON

neosff051

Dans un lointain futur, la Terre a subi des cataclysmes climatiques et géologiques majeurs. Ce qui reste de l'humanité a trouvé refuge dans une gigantesque pyramide et ne s'aventure que rarement hors de ce "Grand Bastion" par crainte des hordes de monstres qui rôdent à l'extérieur. Ayant capté l'appel à l'aide d'une femme vivant dans un autre sanctuaire, un jeune scientifique décide de lui porter secours. Mais cet autre refuge se situe aux confins du pays de la nuit...

Bien qu'étant principalement connu pour ses récits fantastiques ayant pour toile de fonds l'univers maritime, William Hope Hodgson s'est également frotté à la science-fiction. "Le pays de la nuit" est l'une de ses deux incursions dans le genre et, disons-le tout de suite, sans doute pas la plus réussie.

En fait, l'aspect "anticipation" y est excessivement ténu. Si l'on excepte les premiers chapitres qui décrivent la vie dans le Grand Bastion, son organisation sociale et quelques-unes des innovations scientifiques qui permettent à sa population de vivre en vase clos, l'histoire est dénuée de tout ingrédient science-fictif. Plus gênant encore, l'auteur reste excessivement vague sur la nature des dangers qui menacent ses personnages. Le pays de la nuit dans lequel s'aventure son héros est certes peuplé de créatures hostiles et répugnantes mais on ne saura que peu de choses à leur sujet. Il en va de même de cette fameuse "maison du silence" qui semble catalyser les forces du mal et dont on apprendra à peu près rien.

L'intrigue se limite donc exclusivement à la mission de sauvetage entreprise par le narrateur. Un voyage dangereux mais ô combien monotone. Chaque journée ressemble à la précédente. Le héros marche de longues heures dans un paysage désolé et rocailleux, ne s'interrompant que pour manger ou trouver un abri. Il rencontre de temps à autre un monstre qu’il évite ou combat lorsqu’il ne peut faire autrement puis il reprend sa marche, encore et encore.

neosff052

On espère bien un peu de nouveauté quand, enfin, il parvient à proximité du lointain refuge mais… non. L’abri a succombé aux assauts des monstres et le narrateur ne peut que recueillir sa belle et entreprendre le voyage de retour. Un retour en tout point pareil à l'aller. Les journées de marche continuent de se succéder et les mêmes scènes se répètent, inlassablement. Et comme si ce n'était pas suffisant, il faut désormais subir les très nombreuses et très longues digressions sur les rapports amoureux entre les deux amants, d'une mièvrerie et d'un sexisme presque insupportables.

Vous l’aurez compris, cette lecture fut pour moi un véritable pensum et je dois être un peu maso puisque je l’ai menée à son terme. Par contre, je ne suis pas sadique. Je ne vous conseillerai donc pas de lire ce roman si vous souhaitez faire connaissance avec l’œuvre de l’auteur. Choisissez n’importe quel autre titre. Il ne pourra qu’être meilleur que celui-ci.

Nouvelles Editions Oswald - SF/Fantastique/Aventures - 1982

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 > >>

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité