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9 juillet 2023

ROUEN PAR CENT CHEMINS DIFFERENTS - EMMANUEL LEMAIRE

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Avant toute chose, je dois vous avouer que si j'ai entamé cette BD, c'est parce que j'ai vécu une quinzaine d'années à Rouen. J'étais donc curieux d'y retrouver les lieux qui m'avaient servis de cadre de vie, les rues par lesquelles j'étais passé, ses places, ses avenues, ses quais, bref il y avait un petit côté nostalgique dans ma démarche. Mais ça n'a pas duré.

‌L'ouvrage d'Emmanuel Lemaire n'a pas vocation à jouer les guides touristiques. Les principaux monuments de la capitale normande ne sont qu'entraperçus et si ses différents quartiers sont reconnaissables pour qui connait la ville, le dessinateur n'a pas cherché à les reproduire au plus près. Une bonne raison à cela : Rouen ne constitue que le décor de sa BD et derrière les dessins il y a une histoire, celle d'une rupture sentimentale qu'il a cherché à surmonter en dessinant et en marchant. Il s'est donc mis en scène jour après jour, de son réveil à son arrivée dans la médiathèque où il travaille, parcourant sa ville par tous les chemins possibles afin de rompre la monotonie de son existence et créer les conditions de rencontres impromptues.

Au fil des pages, nous allons donc croiser des personnages à la fois banals et surprenants : un retraité et son teckel, un toxico en voie de réinsertion, un libraire, des marins laotiens... Tous ces individus vont nous montrer qu'une ville n'est pas qu'un ensemble de constructions de pierre, de bois ou de béton mais avant tout un rassemblement de personnes. Ce sont eux qui la font vivre, qui lui apporte sa couleur, son énergie, son identité.

L'auteur nous invite aussi à sortir des sentiers battus et rompre avec nos habitudes pour vraiment s'imprégner de l'âme de sa cité. Se balader dans un quartier où l'on ne met jamais les pieds, aller enfin visiter ce musée devant lequel on passe tous les jours, s'attarder à une terrasse de café pour regarder les gens passer, accueillir les contacts humains sans préventions, en un mot introduire un peu de fantaisie dans son existence, voilà qui devrait contribuer à réinventer notre vie et améliorer notre rapport à l'autre.

Tout cela nous donne un joli récit, teinté d'humour et d'auto-dérision qui aborde de manière touchante la difficulté à surmonter le vide causé par le départ de l'être aimé. Une histoire qui m'a aussi rappelé comment, dans des circonstances similaires, mes longues déambulations à travers Paris ont été un excellent dérivatif à ma peine. Alors, si j'ai beaucoup aimé ce livre, je serai incapable de dire quelle est la part de mon vécu personnel dans mon ressenti. Je pense néanmoins qu'il parlera à beaucoup grâce à sa sincérité et son optimisme.

Warum - 2018

 

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18 juin 2023

QUAND LES RACINES - LINO ALDANI

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Dans une Italie futuriste, un jeune homme qui ne supporte plus de vivre dans un monde aseptisé et sous contrôle, décide de retourner dans son village natal. Là, en compagnie d'une douzaine d'anciens, il mène une existence simple au plus près de la terre. Mais la femme qu'il aime ne parvient pas à s'acclimater à ces conditions de vie précaires et inconfortables...

Les amateurs de science-fiction le savent bien, les sociétés et les évènements que décrivent les romans du genre ne font souvent que précéder de quelques décennies la réalité. Pourtant, il est remarquable de constater à quel point Lino Aldani avait anticipé l'urbanisation galopante de nos pays et l'industrialisation de l'agriculture. Certes l'Italie qu'il nous donne à découvrir n'existe pas encore. Milan, Rome ou Turin ne s'étendent pas sur des centaines de kilomètres et les espaces naturels occupent toujours de belles surfaces. Mais la transformation est en marche. Jours après jours, les campagnes sont grignotées. Les zones commerciales et les lotissements fleurissent un peu partout, les sols sont plus pollués que jamais et la faune et la flore sauvages disparaissent peu à peu. En dépit de quelques résistances éparses, les populations continuent de s'entasser dans les mégapoles où elles se prosternent devant le dieu Capitalisme et sa sainte trinité libérale : "Métro Boulot Dodo.

Le monde dans lequel vit Arno, personnage central de cette fable dystopique et écologique, est donc fort peu éloigné de notre réalité. Juste un peu plus liberticide, un peu plus bétonné, un peu moins vivable. Du coup, son mal-être nous parle et on retrouve beaucoup de nos interrogations et de nos révoltes dans son cheminement. On comprend notamment la sensation de vide qu'il éprouve devant une existence qui ne lui procure plus qu'une illusion de liberté. Liberté de consommer, liberté de s'étourdir dans la drogue ou dans le sexe facile en échange de l'esclavage quotidien et du lavage de cerveau audiovisuel : "L'antenne de télévision sur le toit d'une maison est comme une croix plantée sur une tombe, le signe qu'au-dessous il n'y a que des cadavres".

Mais le malaise d'Arno est encore plus profond, presque physique. Ce qui lui manque le plus, c'est de pouvoir évoluer dans un environnement qui ne serait pas totalement domestiqué. Il a besoin de ressentir la nature sous son aspect originel, avec ses contraintes et ses avantages : pêcher le poisson qu'il va manger, couper le bois qui le chauffera... Il n'accepte plus de se contenter des ersatz que la société met à notre disposition, qui nous facilitent la vie mais nous coupent des réalités.

Au cœur du roman, cette rupture du lien entre l'homme et son milieu naturel n'est pas une simple préoccupation de bobos écolos ou de conservateurs rétrogrades adeptes du "c'était mieux avant". C'est au contraire un enjeu essentiel de la lutte pour la préservation du vivant dans nos sociétés modernes. Reconnecter les hommes et les femmes à leur environnement naturel, leur apprendre à ne plus vivre dans l'immédiateté et à accepter que leurs désirs ne soient pas tous satisfaits, voilà des combats bien difficiles à mener, mais ô combien nécessaires.

Denoël - Présence du Futur - 1977

14 mai 2023

SAMEDI 14 - JEAN-BERNARD POUY

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Ce n'est pas la première fois que Jean-Bernard Pouy met en scène des activistes de gauche qui reprennent du service après s'être longuement tenus tranquilles. Il y a eu les deux soixante-huitards de "Larchmütz 5632" réveillés par leur cellule après 25 ans de "sommeil" ou encore Enric Jovilar, le vieil anarchiste de "La belle de Fontenay" qui sort de sa retraite pour retrouver l'assassin d'une jeune femme.

Pour Maxime Gerland, c’est l’accession au poste de ministre de l’intérieur du fils de ses charmants voisins qui sera cause de son retour aux affaires. Interrogé et malmené par les pandores puis emprisonné pour quelques pieds de mari jeanne découverts dans son jardin, il finit par prendre la poudre d’escampette avant que son passé de terroriste ne remonte à la surface. S’en suit lors une échappée belle entrecoupée de quelques coups d’éclats, histoire de faire une dernière fois la nique au pouvoir et à ses représentants.

L’idée de départ est fort sympathique mais je n’ai pas retrouvé dans ce roman la verve habituelle de l’auteur ni sa capacité à surprendre. La cavale de son personnage est néanmoins intéressante en ce qu’elle nous montre au plus près les conditions de vie d’un criminel recherché par toutes les polices. Les planques, les contacts, les changements d’identité et de résidence, c’est toute une vie en transit qui nous est exposée avec pour corollaire la traque dont il est l’objet de la part d’agents des services secrets froids et déterminés. Par comparaison, ses actions terroristes s’avèreront finalement bien soft puisqu’il se contentera de se moquer des institutions et de ruiner la réputation d’hommes politiques ou de personnalités en vue.

La Branche - 2011

26 mars 2023

LES MOTS PERDUS DU KALAHARI - ALEXANDER McCALL SMITH

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Voilà déjà deux ans que je n’avais pas remis les pieds au Botswana et c’est avec grand plaisir que j’ai de nouveau rendu visite à Mma Ramotswe et son sympathique entourage.

Les choses n’ont guère changées à l’Agence n°1 des Dames Détectives. La situation financière de la petite agence est toujours précaire mais la sémillante quadragénaire ne manque pas d’idées et de motivation pour développer son affaire. Mma Makutsi, sa secrétaire, n’est pas en reste et a décidé d’ouvrir un cours de dactylographie pour hommes. Quant à J. L. B. Matekoni, il est enfin sorti de sa dépression et a repris les rênes de son garage.

Comme dans les trois premiers volumes, l’histoire alterne enquêtes et menus problèmes de la vie domestique, les seconds n’étant pas toujours les plus faciles à résoudre. Mma Ramotswe sera ainsi confrontée au mal-être de ses deux enfants adoptifs tandis que son fiancé devra faire face à la crise de mysticisme de l’un de ses apprentis.

Quant aux deux enquêtes que le roman nous propose, elles sont tout à fait anecdotiques et se contentent d’illustrer la légèreté des hommes bostwanais – de tous les hommes ? - dans leurs relations avec les femmes. La première concerne un homme qui désire réparer ses torts vis-à-vis d’une femme qu’il avait poussé à avorter alors qu’ils étaient de jeunes étudiants. La seconde ne serait qu’une banale histoire de mari volage si Mma Makutsi n’était, à son insu, partie prenante de ce malheureux vaudeville. Bref, rien de très excitant mais toujours traité avec un humanisme et une bonhommie à toute épreuve.

On regrettera en revanche que la rivalité avec une nouvelle agence de détective dirigée par un homme particulièrement détestable tourne court sans donner lieu à une véritable confrontation.

10/18 - 2004

19 mars 2023

AWACS - ALAIN PARIS

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Dans "Nimitz, retour vers l'enfer", un film de Don Taylor de 1980, un porte-avion de la Navy était projeté quarante années en arrière, au moment de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. Dans le roman d'Alain Paris, le saut dans le temps est encore plus vertigineux puisque c'est un AWACS de la première guerre du golfe qui se trouve catapulté en Mésopotamie à l'époque des premiers royaumes sumériens. Manque de bol, l'avion se crashe dans le delta de l'Euphrate et seuls trois survivants parviennent à s'extraire de sa carcasse. Re-manque de bol, ils tombent au beau milieu du conflit qui oppose les cités-états d'Uruk et de Lagash.

Le roman d'Alain Paris se lit extrêmement bien en dépit d'une construction un peu déséquilibrée. L'entrée en matière est beaucoup trop longue même si elle permet de parfaitement planter le décor et de présenter minutieusement les personnages. L'auteur s'est aussi très bien documenté. Qu'il s'agisse de l'aspect technico-militaire concernant le fonctionnement d'un AWACS ou du mode de vie des mésopotamiens du troisième millénaire avant J.C, ses descriptions sont toujours précises et pertinentes.

La contrepartie de ce luxe de détails est qu'il faut attendre les deux tiers du livre pour que l'action se décante. Tout va alors très vite. Capture, emprisonnement, rapt, bataille rangée, déluge. Ouf ! Pas le temps de souffler que c'est déjà fini. Ha, non, j'oubliais ! Il y a aussi l'épilogue et son petit paradoxe temporel, histoire de clore le récit sur une note étrange et amusante.

Fleuve Noir Anticipation - 1993

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10 mai 2015

LE RESTAURANT DE L'AMOUR RETROUVE - OGAWA ITO

restaurant-lamour-retrouve-ito-ogawa-L-jXE98z_jpeg_pagespeed_ce_PcGJBB1sRYR1COyt8C1EA la suite d'une séparation douloureuse qui la laisse aphone, Rinco est contrainte de retourner vivre chez sa mère avec laquelle elle entretient des rapports conflictuels. Pour gagner sa vie elle ouvre un petit restaurant où elle laisse libre cours à sa passion pour la cuisine. Ce faisant elle va répandre le bonheur autour d'elle et parvenir à se renouer le contact avec sa mère.


Si l'on veut apprécier à leur juste valeur la douceur et la fraîcheur de ce petit roman, il faut absolument mettre son cynisme de côté. A défaut, on risque de trouver bien mièvres les aventures culinaires de Rinco.

Il est vrai que l'auteur accumule les clichés écolos en situant son histoire dans une idyllique petite ville de montagne, véritable rêve pour citadin stressé. Les produits du terroir y sont savoureux, les sources thermales bienfaisantes et, à part un ou deux grincheux, tout le monde est fort sympathique. N'oublions pas non plus un cochon qui donnera beaucoup de lui-même, un hibou d'une rare ponctualité, un mignon lapin... Stop, voilà que je fais exactement le contraire de ce que je recommande. D'ailleurs tout n'est pas rose au pays des mangas et l'histoire ne manque pas de passages tristes et émouvants.

Non vraiment, j'ai passé un bien agréable moment avec ce livre qui vous donne de envie de jardiner et de cuisiner. Avec précision et simplicité Ogawa Ito nous décrit les menues tâches auxquelles se livre son héroïne. On a l'impression d'être avec elle, dans sa cuisine, de sentir et toucher les aliments qu'elle prépare. On se rend alors compte que les gestes du quotidien peuvent être gratifiants dès lors qu'ils sont accomplis sans contrainte. On constate aussi que nos actes sont plus éloquents que nos paroles et que ce qui est fait de bon cœur est toujours plus réussi.

Picquier - 2014

10 juin 2016

A TRAVERS LA SIBERIE ORIENTALE - IVAN GONTCHAROV

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Me fiant au titre de ce petit recueil, je pensai être parti pour un récit de voyage qui allait me faire découvrir la Sibérie du XIXème siècle, son froid légendaire et les peuples qui y vivent. Je me suis hélas bien trompé car, si Gontcharov a bel et bien trouvé la matière de la nouvelle-titre dans ses souvenirs de voyage, son texte n’a pas grand-chose à voir avec cet exercice littéraire.

Nous sommes plutôt en présence d’une sorte de journal, de compte rendu un peu brut de ses rencontres avec les membres de la bonne société de Yakoutsk et d’Irkoutsk. Nous faisons connaissance avec le gouverneur, l’archevêque et tout ce que ce coin de Sibérie compte comme notables et aristocrates. C’est une succession de portraits sans grand intérêt et seul celui d’Ivan Ivanovitch Andreïev et de ses quarante vodkas journalières m’a un peu amusé. Mais tout cela reste très mondain et ne sert qu’à prouver que Gontcharov connaissait du beau monde. Bref, un exercice assez vain, une déception. 

L’auteur en a d’ailleurs pleinement conscience puisqu’il conclut son récit sur ces mots : « Ces « Souvenirs de Yakoutsk » ne sont pas grand-chose dira le lecteur. Que faire ? En mon temps, j’ai écrit ce que je pouvais, et qui se trouve dans le livre que j’ai publié. J’écris le reste de mémoire, à travers la brume du passé : il n’est pas étonnant que le résultat soit brumeux… ».   

« Est-il bien ou mal de vivre en ce monde ? » ne m’a pas plus emballé.  Ecrite dans un style extrêmement pompeux, cette « étude philosophico-esthétique » est extrêmement ennuyeuse. L’auteur y fait dans l’envolée lyrique, célèbre les arts et les lettres mais oublie chemin faisant qu’il a un lecteur à satisfaire !  

Finalement, le seul texte qui m’ait un peu intéressé est le premier. « La soupe de poisson » est une petite nouvelle égrillarde qui, l’air de rien, met le doigt sur divers aspect de la société russe : le fossé entre les classes sociales, la très grande religiosité du petit peuple et une certaine liberté de mœurs dans l’aristocratie.  

« A travers la Sibérie orientale » est donc un recueil disparate, plutôt décevant mais sans doute pas très représentatif de l’œuvre de Gontcharov. Il faudra que j’y revienne pour me faire une idée plus précise.

Editions de L'herne - 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

31 janvier 2014

CLAUDINE A L'ECOLE - COLETTE & WILLY

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Au début du XXème siècle, une adolescente raconte sa dernière année à l'école communale et, plus généralement, son quotidien dans une commune rurale.

"Je m'appelle Claudine, j'habite Montigny ; j'y suis née en 1884 ; probablement je n'y mourrais pas". Ainsi commence le journal de Claudine, gamine de 16 ans aussi dégourdie que délurée. Une gosse de riche élevée à la campagne en compagnie de filles de paysans et d'ouvriers dont le seul rêve est d'intégrer l'école normale afin de devenir institutrices. Profitant de la liberté que lui laisse un père qui a tout du professeur Tournesol, elle mène sa vie comme elle l'entend, vagabonde dans les forêts, court les rues et règne sur ses petites camarades.

Son récit nous plonge dans le quotidien d'une école publique de province. On découvre son organisation, les matières étudiées dont certaines font aujourd'hui sourire (la couture...), les corvées de bois ou de lessivage. On se balade dans ses classes à odeur de craie ou dans les dortoirs des internes. On prépare dans une atmosphère de fête l'inauguration des nouveaux bâtiments et l'on assiste au concours d'entrée à l'école normale, véritable decathlon intellectuel que peu de bacheliers d'aujourd'hui réussiraient.

Tous ces lieux sont bien sûr peuplés de personnages hauts en couleur : Mlle Sergent et la belle Aimée, les deux institutrices disciples de Sapho, le docteur Dutertre député local à la main baladeuse, Antonin Rabastens l'assistant Marseillais à l'accent si savoureux. Et bien sûr, toutes les copines de classe. La grande Anaïs, Marie Belhomme et la jolie Luce.

On a l'impression bien agréable de s'immerger dans des temps et des lieux où tout paraît plus simple et plus sain. Peut-être aussi est-ce l'état d'esprit de Claudine qui déteint sur nous, son humour, sa franchise, une certaine forme d'innocence. C'est frais, c'est désarmant, c'est revigorant. Colette c'est bon, lisez-en.

Livre de Poche

7 mars 2021

LA MAFIA DES OS - CHRISTIAN VILA

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Co-fondateur de l’agence DO spécialisée dans l’accompagnement et la logistique d’expéditions et de recherches privées, Gaël Desmonts voyage aux quatre coins du monde pour assurer le succès de sa société. Aussi, lorsqu’il s’agit de livrer un simple colis en Sibérie Orientale, l’intrépide entrepreneur n’hésite pas un instant. Mais la mission de routine va s’avérer moins simple que prévue et Gaël va se retrouver confronté à de redoutables barbouzes et à de non moins dangereuses créatures. 

Il est bien rare que les « Lost Race Tales » s’aventurent dans d’autres contrées que l’Afrique, le Proche Orient ou l’Amérique du Sud. Christian Vilà fait donc preuve d’une certaine originalité en situant son roman au beau milieu des Monts de Verkhoïansk, au fin fond de la glaciale Sibérie.

La période historique est également bien choisie. En 1994, la Russie de Boris Eltsine est en plein délitement. L’empire soviétique s’est effondré, la corruption gangrène toute la société et le chaos règne dans ses anciens satellites. Cette situation économique et géopolitique rend donc tout à fait crédible cette histoire de trafic d’antiquités impliquant d’anciens membres des services spéciaux et du KGB. 

Le seul petit souci c’est que cet aspect « espionnage » l’emporte beaucoup trop largement sur le côté fantastique. Cela est en partie dû à la nature du « peuple caché » dont il est question, laquelle exclue la traditionnelle immersion dans une civilisation antique et les déambulations dans les vestiges de sa grandeur passée.

La personnalité du héros renforce également l’aspect « jamesbondesque » de l’histoire. Gaël Desmonts est en effet un ancien champion olympique de pentathlon moderne, ce sport qui combine le tir, l’escrime, l’équitation, la natation et la course à pied. Cela fait donc de lui un athlète accompli capable de se sortir de presque tous les mauvais pas. Ajoutons à cela un charme tel qu’il lui permet de séduire tout ce qui porte jupon et l’on a bel et bien l’impression d’être en présence d’un 007 au petit pied.

Heureusement, le récit est porté par une bonne dose d’humour et d’autodérision qui permet de faire passer agréablement les 180 pages de ce roman d’aventures qui  nous propose de l’action et pas mal de dépaysement en compagnie d’un héros sympathique et de rudes autochtones.

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1995

16 décembre 2018

LE FACTEUR FATAL - DIDIER DAENINCKX

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Cinquième et dernier ouvrage que Didier Daeninckx a consacré à l’inspecteur Cadin, « Le facteur fatal » est un peu le testament de son personnage fétiche. Il se compose de sept nouvelles dont quatre se déroulent dans les villes qui ont servis de cadre à ses premières enquêtes. Nous repassons donc par Marsheim, Hazebrouck, Courvilliers et Toulouse pour y vivre en sa compagnie le quotidien d’un inspecteur de police. Agression sexuelle, viol, meurtre ou délit de fuite, rien que du sordide et du bien moche engendré par la solitude, la bêtise et la misère. Ajoutons-y la corruption et le poids du politique et nous avons  là les piliers de presque toutes les saloperies auxquelles l’ami Cadin se trouve confronté. On notera aussi dans chacun de ces textes les allusions aux affaires que son personnage a précédemment démêlées. Cela réveille quelques souvenirs chez le lecteur et lui démontre s’il en était besoin, qu’un policier s’occupe rarement d’une seule affaire à la fois, aussi importante soit-elle.

Les trois nouvelles suivantes nous montrent un Cadin toujours plus désespéré. Dans « «Un privé à la dérive », il a quitté la police nationale pour devenir détective privé. Entre les affaires d’épouse adultère et sa fiasque de whisky, notre héros est sur la mauvaise pente. Ca se confirme avec la suivante qui nous présente un Cadin en voie de clochardisation : « Souvenir à la fenêtre » est une nouvelle dans la nouvelle puisqu’elle est constituée d’un texte rédigé par Cadin lui-même. Un récit d’une incroyable noirceur qui nous permet de découvrir sa famille, la raison de son pessimisme naturel et de son intérêt pour les faits divers les plus surprenants. Quant à la dernière nouvelle, je ne vous en dirai rien si ce n’est qu’elle met un terme définitif à la carrière du plus dépressif des flics français !

Gallimard - Folio Policier - 1999

14 décembre 2017

LE ROI LEPREUX - PIERRE BENOIT

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Pour se faire une situation qui lui permette d’épouser la fille d’un riche industriel lyonnais, Raphaël Saint-Sornin accepte un poste administratif en Indochine. Un concours de circonstances l’amène à remplacer le conservateur du site d’Angkor où il rencontre deux femmes qui vont changer le cours de son existence. 

De huit à quinze ans, j’ai passé presque toutes mes vacances dans un petit village picard où mes parents possédaient une résidence secondaire, une vieille baraque que mon père retapait été après été. Les jours de pluie, je me réfugiais au grenier où s’entassait un bric-à-brac d’objets hétéroclites, fruit d’héritages et de déménagements successifs. Parmi toutes ces antiquités se trouvait quantité de vieux bouquins, quelques classiques, deux ou trois Jules Verne et beaucoup de Guy des cars, de Pearl Buck et autres livres forts romanesques. Il y avait surtout un grand nombre de romans de Pierre Benoit, auteur à succès de l’entre-deux guerres avec ses histoires un peu formatées mais très bien écrites et dont les titres (L’Atlantide, Le désert de Gobi, Les compagnons d’Ulysse…) constituaient de véritables invitations au voyage.

Et de fait, le dépaysement était presque toujours au rendez-vous. Grâce à lui j’ai chassé le tigre en Sibérie, j’ai succombé aux charmes d’une déesse dans le désert du Hoggar et j’ai combattu les colombiens aux côtés des lanciers d’Arequipa. J’ai ainsi parcouru le vaste monde en oubliant l’espace de quelques heures le ciel bas de Picardie. Et c’est pour retrouver un peu de mes émotions d’alors que je me suis plongé dans ce « Roi lépreux » qui me promettait une équipée exotique dans les ruines de la mystérieuse cité d’Angkor. Hélas cette fois-ci la magie n’a pas opéré.

J’ai pourtant retrouvé ce qui avait excité mon imaginaire d’adolescent : une destination lointaine, un héros sûr de lui, une revanche à prendre sur l’adversité et même la mise en abyme finale que l’on retrouve dans de nombreux titres de l’auteur. Malheureusement, les petites facilités dont il abuse parfois et quelques autres défauts ont gâché mon plaisir. Je ne parle pas du prénom de ses héroïnes qui commence invariablement par la lettre A ni du fait que ses histoires prennent presque toujours la forme d’une confession rapportée par un personnage qui n’est pas le héros des aventures qu’il nous narre. Non, ce qui m’a gêné au point de rendre ma lecture laborieuse, c’est l’absence quasi complète d’action ainsi que les trop nombreux épisodes mondains - cocktails, réceptions et autres soirées au casino – qui viennent alourdir le récit. On déjeune de mets délicats et de vins rares, on discute et l’on flâne, on se fait de grands serments d’amour et d’amitiés mais qu’est-ce qu’on s’emm…

C’est à peine si le récit d’Apsara et les révélations sur ses origines et le rôle qu’elle doit jouer dans la libération de la Birmanie du joug britannique sont parvenus à éveiller mon intérêt. Plus gênant encore, son évocation du Cambodge et de la mythique cité khmère est insipide. On reste au niveau d’un exotisme de carte postale, sans aucune profondeur, sans jamais ressentir la touffeur de la jungle ou le poids de l’histoire qui pèse sur ces vieilles pierres. Je me faisais une joie de cette lecture mais finalement, quelle déception ! Oserais-je un jour tenter de nouveau ma chance ? Pas sûr. Il est des livres et des auteurs que l’on ne devrait jamais relire pour garder intacte la couleur de nos souvenirs.

Kailash - Les Exotiques - 1996

1 novembre 2017

TERRITOIRE DE FIEVRE - SERGE BRUSSOLO

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Lors d’une mission d’exploration géologique menée par l’université de Santa Catala, un animal d’une taille comparable à celle d’une petite planète est découvert dérivant à travers l’espace. Une expédition scientifique est aussitôt dépêchée et trois cents scientifiques s’installent sur le corps de l’animal en état d’hibernation. Un an plus tard, Liza est chargée de constater l’avancement de leurs travaux…

Même s'il a beaucoup œuvré dans le domaine des littératures de l'imaginaire, Serge Brussolo a finalement peu écrit de Science-Fiction pure et quasiment pas de Space-opera. C'est donc avec un peu de curiosité que j'ai entamé ce roman, attendant de voir ce que l'auteur pouvait donner en la matière. Mais, à part les deux premiers chapitres et le fait que l'action se déroule sur un animal gigantesque au coeur du cosmos, on n’y trouve guère d’ingrédients du genre.

Une fois son héroïne posée sur l’animal-planète, l’histoire prend en effet l’allure d’un roman d’aventure où l'exploration de ce monde étrange et la découverte des diverses "tribus" qui le peuplent constituent l'essentiel de l'intrigue. Pour le reste, on ne s’étonnera  pas d’y retrouver les obsessions coutumières de l’auteur au premier rang desquelles le corps humain et les multiples transformations que l'on peut lui faire subir.

Avec "Territoire de fièvre" il est doublement à son affaire avec en premier lieu les descriptions hallucinantes de ce corps/monde où la moindre manifestation naturelle prend des proportions gigantesques : un furoncle qui éclate devient une éruption volcanique, une fièvre provoque une dangereuse élévation de la température tandis qu’une simple chair de poule se transforme en véritable tremblement de terre. Ce changement d’échelle permet de faire évoluer ses personnages dans des décors absolument surréalistes et de les soumettre à des conditions de vie particulièrement éprouvantes (évoluer en permanence dans la transpiration et le sebum ç’a n’est pas très glamour !). Mais cela ne lui suffit apparemment pas puisqu’il  les confronte ensuite à d’effroyables mutations physiques (vieillissement ou rajeunissement accéléré de certaines parties du corps, os qui se liquéfient…) et  à des perturbations mentales tout aussi redoutables (individus s’imaginant être des globules blancs et dévorant leurs semblables comme un leucocyte le ferait d’une bactérie) .

Parmi ces malheureux, les habitués de l’œuvre du grand Serge retrouveront avec plaisir le docteur Mathias Mikofsky et sa légendaire moustache. Les autres personnages, au premier rang desquels son héroïne Liza, sont très brussoliens, c’est à dire ballottés en tous sens, sans plus de libre arbitre ou d’initiative qu’un nord-coréen sous Lexomil. Il est certes un peu frustrant de les voir se débattre en sachant  par avance que leurs actions sont vouées à l’échec, mais les péripéties qui leur échoient sont à ce point délirantes que l’on reste scotché au roman, hypnotisé par l’imaginaire démentiel de l’auteur qui trouve ici quelque unes de ses idées les plus extravagantes.

De ce point de vue « Territoire de fièvre » est un bel exemple de l'imaginaire décomplexé qui était le sien dans sa période « Fleuve Noir ». C’est aussi un roman un peu plus profond qu’il n’y parait. La destruction de leur planète par les scientifiques est un peu une métaphore de l’attitude des hommes envers la Terre, qu’ils détruisent à petit feu, se condamnant par la même occasion. A l’image de ce qu’il advient de la bête-monde, notre planète pourrait  bientôt n’être plus qu’une chose morte dérivant dans l’espace : « un monument à la bêtise humaine »

Fleuve Noir Anticipation - 1983

15 février 2014

ANISSA - JEAN ROLLIN

imgLouise et Henriette, les deux orphelines vampires, sont sorties de la fosse commune dans laquelle elles avaient été précipitées à la fin du 1er volume de leurs sanglantes aventures. Mais pour reprendre leur errance mortelle, les petites goules doivent être réunie. Or, si l'une s'est rematérialisée à Paris, l'autre est reparue au fin fond des Cévennes. La première va heureusement pouvoir compter sur l'aide d'Anissa, une jeune provinciale fraîchement débarquée dans la capitale et qui, tombée sous le charme de la jolie vampire, la prend sous son aile. Lui servant de guide le jour et l'abreuvant de son sang la nuit, elle va lui permettre de retrouver sa compagne. Acceptera-t-elle toutefois de se rendre complice des crimes de ses nouvelles amies ?

Les orphelines vampires sont de retour pour nous jouer une nouvelle partie de leur petit jeu démoniaque. Mais les règles ont légèrement changées. Si elles sont toujours de voraces petites goules assoiffées de chair et de sang et atteintes de cécité diurne, elles se prénomment désormais Edith et Judith et doivent se régénérer tous les soirs à minuit près d'une statue à leur effigie dont chaque cimetière est invariablement doté. Ce petit détail explique que, du Père Lachaise aux petites nécropoles campagnardes du causse cévenol et des monts du Cantal, nous visitions quantité de tombeaux et de caveaux.

Ceux qui connaissent l'œuvre cinématographique de Jean Rollin y retrouveront aussi certains éléments de son panthéon fantastique tels que les lignes de chemin de fer ou les horloges dimensionnelles. Tout cela est malheureusement assez répétitif et tout juste ponctué par les meurtres de deux chasseurs et les repas sanguinolents qui s'ensuivent.

En fait ce roman se démarque très peu du précédent et seule l'irruption de nouveaux personnages lui apporte quelque intérêt. Anissa tout d'abord qui, de spectatrice impuissante des turpitudes de ses amies va passer au rôle de protectrice, mais aussi l'homme pourpre, dispensateur de folie qui règne sur une troupe de déments, un renard qui parle et même le Minotaure.

Le problème, c'est que l'on ne comprend pas les motivations de tout ce beau monde. On se poursuit, on se perd, on se kidnappe, on se libère et on s'enlève à nouveau. Quel est le but recherché par l'homme pourpre, pourquoi souhaite-t-il sacrifier les petites vampires, y a-t-il une raison aux déambulations de ses dernières ? Le mystère demeure.

Anissa est donc un bon gros nanar a tendance surréaliste. Il n'y a pas d'histoire, pas d'intrigue, à peine un fil conducteur. Juste une balade d'épouvante remplie d'images morbides ou ridicules. Quelque chose comme le rêve halluciné d'un opiomane. Un long cauchemar qui n'es pas prêt de se terminer puisque trois autres volumes m'attendent encore !

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

5 novembre 2023

SANG FRAIS POUR LE TROYEN - ERIC VERTEUIL

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"‌Sang frais pour le troyen" est le huitième et dernier gore écrit par Eric Verteuil. Cela explique peut-être son cruel manque d'ambition et sa construction pour le moins répétitive. Le duo Bernier/Maridat qui se cache derrière ce pseudo de représentant de commerce, s'est contenté de transposer l'antique conflit entre les achéens et les troyens dans l'univers de la finances des années 90.

On retrouve donc Ménélas, Agamemnon, Ulysse et toute la bande à Achille bien décidés à s'emparer de l'empire commercial du beau Pâris. Pour cela, rien de tel que de lui mettre dans les pattes la belle Hélène afin d'obtenir quelques confidences sur l'oreiller. Sauf que le riche bellâtre à des passe-temps pour le moins particuliers puisqu'il aime trucider de jeunes auto-stoppeuse dans le grenier de sa bastide provençale. Lorsque Hélène découvre le pot aux roses et s'avise ensuite que sa famille connaissait les penchants de son amant et les risques qu'ils lui faisaient courir, elle décide de se venger de chacun d'eux.

C'est donc à un sanglant retour d'ascenseur que nous allons assister. La donzelle a la rancune tenace et une belle imagination. Sa parentèle va le découvrir à ses dépens en constatant qu'un sécateur, une aiguille, de l'eau bouillante ou du ciment à prise rapide peuvent servir à bien des usages. Mais si les scènes de torture et de meurtre sont nombreuses et sanguinolentes comme il sied à un volume de la collection, elles ne m'ont en revanche jamais arraché le moindre frémissement. La faute à des personnages trop lisses et des victimes tout juste entraperçues avant que d'être tuées. Les auteurs n'ont pas su (ou voulu) intéresser le lecteur à leur existence et, du coup, leur calvaire nous laisse indifférent.

Toutefois, le principal reproche que je leur adresserai et de n'avoir pas cherché à exploiter la mythologie grecque sur laquelle le roman est pourtant construit. Quitte à jouer cette carte, il fallait le faire à fond. Or, à part une revisite du Cheval de Troie ou les pressentiments de Cassandre, il n'y est presque jamais fait allusion. Il y avait pourtant largement de quoi faire, notamment en utilisant les caractéristiques des héros légendaires (le talon d'Achille, la cécité de Cassandre) pour mettre en scène leur calvaire ou leur trépas.

Avec ce roman du duo Verteuil, on est vraiment dans la littérature de gare au sens le plus péjoratif du terme. C'est une œuvre de commande, vite écrite, vite lue, vite oubliée.

Vaugirard - Gore - 1990

25 décembre 2022

PICKPOCKET - NAKAMURA FUMINORI

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Comme son titre le laisse supposer, le roman de Fuminori Nakamura nous propose de suivre le quotidien d'un pickpocket. L'histoire se déroule dans un Tokyo assez désespérant où les relations humaines semblent réduites à leur plus simple expression. Au milieu des millions d'habitants de la capitale nippone qui se côtoient sans se voir, fourmis laborieuses d'une société qui aliène et lobotomise, le héros de cette histoire observe. Il choisit avec soin ses futures victimes, supputant leur richesse, leur profession, un peu de leur vie. Surtout, il évalue la difficulté à leur subtiliser leur portefeuille. Non par peur d'échouer, mais pour déterminer la meilleure façon de s'y prendre, la plus sûre, la plus belle aussi. C'est que notre pickpocket n'est pas un simple voleur à la tire. Il a une haute estime de sa profession qu'il exerce en artiste, recherchant davantage le beau geste que l'argent facile.

En dehors des nombreux passages relatant ses exploits de prestidigitateur, le roman s'attache surtout à nous faire ressentir le vide de son existence. Sans ami ni compagne, exceptés ceux qui traînent dans ses souvenirs, il mène une vie terne et sans but. Une vie qui va pourtant être bousculée par l'irruption de deux individus bien différents : un jeune voleur qu'il va prendre sous son aile et un yakuza de la pire espèce qui lui impose un contrat des plus dangereux. Transmission d'un côté, soumission de l'autre, il sera dès lors ballotté entre l'espoir d'une rédemption et le risque d'une chute définitive.

Noir et profondément désespéré, "Pickpocket" est le roman étrange et dérangeant d'une solitude au milieu de la multitude.

Philippe Picquier - 2013

29 mai 2022

LES INTOXIQUES - OLIVE

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Pour éviter la prison, un politicien genevois fait appel à la mafia locale afin de l’exfiltrer de Suisse. Il se retrouve ainsi en compagnie de deux individus chargés de le convoyer : un homme de main aux méthodes aussi affreuses que son visage et un punk alcoolique et drogué. Les trois hommes entreprennent de rallier l’Italie en voiture en empruntant les petites routes des Alpes valaisannes. Le trajet va s’avérer plus compliqué que prévu… 

Je continue ma découverte du gore made in Switzerland avec ce bouquin d’Olive qui nous embarque dans un road-trip sous ecstasy particulièrement barré.

Si les deux premiers opus de la collection avaient un côté « critique sociale » assez marqué, il n’en est rien avec celui-ci. Il est bien question de migrants qui essaient de franchir les Alpes et de nazillons qui tentent de les en empêcher mais les uns et les autres ne constituent rien de plus que des intermèdes dramatiques et sanguinolents. Ils font en quelque sorte partie du décor au même titre que les pics enneigés des Alpes suisses. Et encore ! Car la montagne joue un rôle beaucoup plus important dans le développement de l’intrigue. Excepté le chapitre introductif, l’essentiel de l’action s’y déroule. C’est elle qui, avec ses multiples dangers (froid, précipices, avalanches), rythme le récit en plaçant les personnages dans les situations les plus scabreuses.

Ceci étant dit, il faut bien reconnaître que l’histoire tout entière repose sur la personnalité de son punk de héros et sur la manière dont il nous  raconte ses mésaventures présentes ainsi que quelques bribes de son passé. Les descriptions de ses saouleries, de ses descentes d’acide et de ses parties de jambes en l’air contées avec une naïve crudité sont particulièrement savoureuses. Elles font rire autant qu’elles répugnent et donnent une image sans doute assez réaliste des déboires des camés et des alcoolos. Aucune poésie dans son parcours, juste du désespoir et de la tristesse.

Les autres personnages ont moins d’envergure. Le politicard véreux et hypocondriaque fait vaguement sourire tandis que le tueur à gage dénué de conscience ne fait jamais que ce que l’on attend de lui. Pourtant, la réunion de ces trois pieds nickelés nous donne quelques scènes et dialogues absolument tordant. Les réactions violentes et radicales de l’un, les bourdes catastrophiques de l’autre et la passivité du dernier composent un cocktail d’humour et de violence qu’on savoure avec un plaisir vaguement coupable.

Bref, un bon petit divertissement qui meublera avantageusement vos heures perdues.

Gore des Alpes - 2019

10 mai 2013

UN CANTIQUE POUR LEIBOWITZ - WALTER M. MILLER JR

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Ce gros roman de plus de 600 pages est composé de trois parties bien distinctes mais complémentaires.

La première nous présente l'une des conséquences probables de l'apocalypse nucléaire à savoir la perte d'une grande partie des connaissances humaines, cause d'un hallucinant retour en arrière et d'une longue période d'obscurantisme. Les survivants sont revenus à une organisation féodale de la société. Des potentats locaux se disputent territoires et ressources. Dans ce contexte, l'église constitue la seule structure organisée et vraiment durable. Les moines y passent le plus clair de leur temps à reproduire des schémas techniques dont ils ne soupçonnent même pas le sens ou l'utilité. Fort heureusement pour eux d'ailleurs puisque la science, jugée responsable du cataclysme, est désormais formellement proscrite.

La seconde partie nous projette quelques siècles plus tard. De puissants états se sont constitués et le savoir n'est plus frappé d'interdit. Véritables îlots de connaissances, les monastères (notamment celui de Saint Leibowitz) sont devenus des enjeux politiques. La dernière partie se déroule encore bien des siècles plus tard. La civilisation a rattrapé son retard et même dépassé le stade qui était le sien avant l'apocalypse. L'humanité a conquis l'espace et colonisé d'autres planètes mais ne semble pas s'être assagi pour autant : un nouveau conflit nucléaire menace.

Pas de doute, ce roman témoigne de la malheureuse propension de l'homme à répéter ses erreurs. Malgré les siècles d'obscurantisme et de ténèbres qui ont suivis une première apocalypse, malgré les effets encore visibles de cette catastrophe (malformations physiques dont sont encore atteintes certaines personnes) les hommes demeurent prêts à tout pour assouvir leurs rêves de puissance.

Il donne aussi à réfléchir sur la recherche scientifiques et le fait que, bien souvent, les découvertes soient utilisées à d'autres fins que l'amélioration de la condition humaine. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" disait Rabelais. Sa maxime est plus que jamais d'actualité.

Mais malgré ces belles réflexions, ce livre m'a paru aussi long et fastidieux que le travail des moines copistes dont il nous parle. La démonstration de Walter M. Miller, aussi intéressante soit-elle, ne nécessitait peut-être pas tant de pages.

Gallimard - Folio - 2001

 

10 mai 2013

L'OEIL ETAIT DANS LA TOMBE - B. R. BRUSS

untitledPatrick Gallaghan est un beau garçon d'une trentaine d'années qui vit de ses rentes. Malgré cette situation apparemment confortable, il est mal dans sa peau et souffre d'angoisses terribles. Au hasard d'une promenade aux puces de Saint-Ouen, il fait l'acquisition d'une boule de verre qui se révèle habitée par un petit génie. Ce dernier lui fait faire la connaissance du Dr Van Hoog, un praticien qui parvient à soulager sa détresse moyennant des services un peu particuliers. Mais le passé refera néanmoins surface et Patrick devra affronter ses démons. 


Cet étrange roman qui débute comme un conte de fée avec bon génie et grande histoire d’amour et qui se termine par le récit d’une vengeance implacable, souffre d'une construction un peu bancale.

Dans les deux premiers tiers du livre, l’auteur ne fait qu’installer une ambiance sans réellement initier une intrigue. On y rencontre Patrick et ses amis, on découvre la nature de ses peurs, ses habitudes, ses amours... C'est assez ennuyeux et répétitif et on se lasse assez vite de ses visites chez son médecin ou de ses soirées à Saint Germain (n'oublions pas que le livre date de 1957 !).

Et puis d'un coup, l'auteur nous dévoile presque tout et notamment l'origine du mal être de Patrick, conséquence de ses mauvaises actions passées. Dès lors on n'a plus grand chose à attendre de ce récit, si ce n'est le juste châtiment qui attend le vilain playboy.

Mais nous n'aurons pas même cette satisfaction puisque la chute se contente de laisser supposer que tout ce qui précède n'était que le fruit de ses fantasmes.

Une fin décevante à laquelle Monsieur Bruss aura recours avec plus de succès dans "Le tambour d'angoisse", un livre où le doute qu’il parvient à insinuer dans notre esprit est autrement plus convaincant.

Fleuve Noir - Angoisse - 1955

6 mai 2013

LA CITE FOLLE - KENNETH BULMER

untitledFranck Ridgway est un commercial heureux. Il vient de remporter un important marché permettant à son employeur d'équiper en Robex (des automates dirigés par un ordinateur central) une importante société de distribution. Malheureusement le super ordinateur de la société DESS commence à avoir des ratés et préconise des solutions économiquement aberrantes. Dans ces conditions, les clients ont tôt fait de passer à la concurrence et DESS est absorbée par son principal rival : " SERVEN", propriété de l'insatiable Nicholas Rogan.

Licencié, sans revenus, Franck connaît alors une chute rapide qui l'amène à côtoyer les classes laborieuses qui survivent dans les vieux quartier promis à la démolition. Il y fera la rencontre de Winifred Marsh, une femme mystérieuse déterminée à lutter contre SERVEN et son modèle socio-économique.

 

N'ayant jamais ouï parlé de cet auteur, c'est complètement par hasard que j'ai acheté ce livre. Et le hasard faisant bien les choses, c'est à un chouette petit roman que j'ai eu affaire.

Il commence pourtant de façon très classique avec la description d'une ville du futur assez banale. Une ville où les robots, (Bulmer les appelle Robex, oui...bon...pourquoi pas), y assument la plupart des tâches sous le contrôle de plus en plus poussé et hégémonique d'un super ordinateur.

C'est un peu lent, mollasson même, mais ce rythme de sénateur permet de présenter convenablement les principaux protagonistes de l'histoire et de mettre l'intrigue sur ses rails. Celle-ci n'a, là encore, rien de particulièrement excitant ou original. Sur fond de guéguerre économique entre deux firmes concurrentes se profile une histoire d'intelligence artificielle qui semble vouloir s'émanciper et échapper à la volonté de ses concepteurs.

Arrivé là, je me suis dit que M. Bulmer allait nous refaire le coup de la révolte des robots. Un « Terminator » avant l'heure, opposant ordinateurs et droïdes à de pauvres humains désemparés. Mais c'est un peu plus compliqué que çà. Plus malin aussi. Car, depuis le tout début du livre, l'auteur a soigneusement planté ses jalons, dissimulés des indices qui se révéleront sur la fin. Une fin en feu d'artifice, véritable morceau de bravoure nous décrivant la lutte de deux hommes face à une ville bien vivante, contrôlant tout et où chaque objet, même le plus anodin, peut se révéler mortel.

Toutefois, plus que cette confrontation dantesque, ce sont d'autres aspects du roman qui ont captés mon attention. La critique sociale par exemple, qui transparaît à divers moments (la manifestation sévèrement réprimée, les taudis où sont contraints de vivre les exclus du système, l'automatisation des moyens de production qui condamne les ouvriers au chômage...) mais aussi ses réflexion sur l'usage de l'informatique et de la robotique, outils par nature inoffensifs mais qui peuvent s'avérer dangereux entre des mains malintentionnées ou dénuées de scrupules.

Bref, ainsi qu'il est dit sur la quatrième de couverture : "l'auteur traite de sujets, qui, sans négliger l'attrait de l'intrigue, abordent des problèmes plus proche de nous et sur un ton plus grave". Je ne saurais dire mieux.

Le Masque SF - 1975

3 mai 2013

LES ENFANTS DE L'HIVER - MICHAEL CONEY

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Après une catastrophe nucléaire la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. Tout a disparu sous plusieurs mètres de glace. La neige couvre de vastes territoires balayées par un vent continuel et sur lesquels on ne peut se déplacer qu'en ski, en raquettes ou en traineau. 

Jacko et sa petite tribu ont trouvé refuge dans le clocher d'une église qui émerge au milieu des étendues gelées. Cet abri leur permet aussi d'accéder à un village pris dans les glaces et aux boutiques et supermarchés où ils trouvent l'essentiel de leur nourriture. Mais cette manne tend à s'épuiser, les munitions à manquer et leur petit nombre rend leur position précaire face aux terribles "mangeurs de chair". Aussi songent-ils de plus en plus à migrer vers le sud. 

L'irruption de nouveaux venus et quelques découvertes changeront le cours de leur destinée. 


"Les enfants de l'hiver" est un roman de SF classique qui met en scène un groupe d'individus confrontés à une nouvelle période glaciaire. 

Pas vraiment d'intrigue dans ce livre, pas de grand secret ou de vengeance à long terme, pas de quête ou de lutte manichéenne. Juste le récit quasi journalier de leurs efforts pour survivre dans des conditions extrêmes. Et ils ont effectivement de quoi faire. Leur environnement recèle bien des dangers, à commencer par le froid, la glace et la neige. 

L'omniprésence de ces éléments est parfaitement rendue et l'on est saisi par cet univers uniformément blanc, par les grandes solitudes enneigées ou l'étouffement des galeries souterraines sombres et gelées. Il y a aussi les Pads, ces ours polaires hyper agressifs qui constituent la principale source de viande fraîche, et les "mangeurs de chair" un clan puissant et bien organisé pour qui la chair humaine est aussi bonne que celles des Pads et surtout moins difficile à chasser. Comme si cela n'était pas suffisant il leur faut également compter avec la promiscuité et les désirs de chacun. 

La peinture des différents caractères et des relations qu'ils entretiennent constitue d'ailleurs l'autre aspect essentiel du livre. Les récriminations incessantes de Cockade, les mensonges de Switch, l'alcoolisme de Shrug. sont autant d'obstacles que Jacko devra surmonter pour sauver le groupe et lui assurer un avenir. 

Malgré tout, le roman aurait pu s'enliser si Michael Coney n'avait introduit, en cours de route, d'autres personnages. De nouvelles relations se créent, des alliances se forment et l'action s'en trouve relancée. Il y aura des combats, au fusil ou à la dynamite, sous terre et à l'air libre et une étonnante course-poursuite en traineau qui m'a rappelée l'attaque de la diligence dans les westerns de mon enfance ! 

Cela nous donne au final un roman très agréable à lire, servi par un style simple et des phrases courtes qui permettent une lecture aisée et accessible même à de jeunes lecteurs. Mais rassurez- vous, ce livre ne recèle pas la moindre trace de mièvrerie et la chute, chef d'œuvre d'humour grinçant, vous en convaincra.

Albin Michel - Super Fiction - 1976

 

5 février 2016

BARRIERE MENTALE - POUL ANDERSON

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Un mystérieux phénomène astronomique fait sortir  la terre d’un champ électromagnétique qui jusqu’alors jugulait l’activité cérébrale de tous les êtres vivants de la planète. Libérés de cette contrainte l’intelligence des hommes comme des animaux se retrouve décuplée. Mais sont-ils prêts à affronter les chamboulements qui vont en découler. 

« La science-fiction n’est pas seulement une sous-littérature d’aventures pleine de petits hommes verts et de fusées interplanétaires, de rayons de la mort et de créatures de cauchemar venues de planètes lointaines. C’est aussi, c’est de plus en plus un moyen pour l’homme de s’interroger sur lui-même ». Cette petite phrase signée Serge de Beketcht tirée de la préface de ce roman exprime parfaitement ce je pense de la science-fiction, à savoir un genre littéraire qui divertit mais sait aussi donner à réfléchir.

Et distraire et faire réfléchir, c’est précisément ce que Poul Anderson parvient à faire dans ce livre. Il ne se contente pas de décrire les conséquences plus ou moins surprenantes d’un soudain surcroit d’intelligence, les inventions nouvelles, les voyages dans l’espace ou les réactions d’animaux désormais doués de raison. Il s’intéresse aussi à la façon dont cet évènement modifie les rapports humains et les systèmes sociaux alors en place. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce supplément de cervelle s’apparente davantage à une malédiction qu’à un cadeau des dieux et les personnages de cette histoire vont en faire l’amère expérience.

D’abord, l’intelligence ne s’accompagne pas forcément d’une élévation de la force morale. Ainsi que le dit fort justement l’un des personnages, « C’est triste de constater à quel point l’intelligence et la raison ne vont pas de pair. » Les hommes restent la proie de leurs passions et de leurs habitudes. Un voleur demeure un voleur, un escroc reste un escroc. Ils ont simplement davantage d’aptitudes pour accomplir leurs méfaits.

Secundo, les hommes et les femmes prennent conscience de leur petitesse au regard de l’infini de l’univers. « Un monde entièrement nouveau s’était ouvert aux yeux de l’homme, rempli de visions, de concepts, de pensées qui bouillonnaient en lui de façon spontanée. Il avait vu l’inanité de sa vie sans objet, la trivialité de son travail, l’étroitesse des croyances et des conventions régissant son existence, et il avait abandonné tout cela ». Plus question de continuer à vivre comme par le passé. Ils aspirent à une vie plus stimulante, à des tâches plus nobles. Les emplois subalternes sont abandonnés, plus personne pour travailler aux champs ou dans les usines. Les fonctions d’encadrements ne séduisent guère plus, les entreprises puis les nations ne sont plus dirigées. La pagaïe s’installe, l’anarchie se répand.

Ce bouleversement psychologique et sociétal nous est conté par le biais de deux fils conducteurs. Nous suivons d’une part les faits et gestes d’un groupe de scientifique new-yorkais qui décide de prendre en main la destinée de leurs concitoyens et d’autre part les réactions d’un paysan un peu simplet (devenu un homme d’une intelligence moyenne) autour duquel se crée une communauté de faibles d’esprits. Soyons clairs, les évènements narrés dans l’un et l’autre cas ne sont pas particulièrement captivants. Quelques épisodes de realpolitik , un voyage interstellaire et deux ou trois saynètes campagnardes constituent l’essentiel des péripéties. C’est d’autant plus regrettable que l’auteur a abandonné en cours de route d’autres pistes fort prometteuses telles que la révolte des animaux qui n’acceptent plus leur vie d’esclave ou de boucherie ou bien celles des peuples colonisés qui se révoltent contre leur oppresseur.

Heureusement, la fadeur de l’intrigue est compensée par un questionnement quasi permanent sur l’homme, sa raison d’être, sa place et son rôle dans l’agencement de l’univers. La disparition progressive de sa part d’animalité et des plaisirs qui y sont liés (la nourriture, le sexe…) amène les hommes à repenser leur existence et à se conduire en purs esprits, quasi désincarnés, des sortes de dieux qui auraient désormais pour mission de veiller sur les autres races intelligentes qui parsèment la galaxie.

J’ai aussi particulièrement apprécié les efforts de l’auteur pour trouver des exemples concrets de manifestations de cet intellect surdéveloppé. Il se concentre surtout sur ses effets sur le langage mais envisage également d’autres conséquences telles que l’abandon de la propriété privée ou de la mode vestimentaire considérés comme futiles ou encore un véritable respect de la vie animale avec l’avènement du régime végétarien.

Alors, malgré un ton un peu daté et une légère impression de survol ce roman est bien « la passionnante méditation sur l’homme, sur la fragilité des systèmes sociaux et sur les remèdes que l’Homme peut apporter aux maladies qu’il engendre » que nous annonçait le décidément très perspicace Serge de Beketch.

Le Masque - Science-Fiction - 1974

10 août 2016

CATACOMBES - SERGE BRUSSOLO

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Pour se sortir de la mouise noire dans laquelle elle est empêtrée Jeanne a accepté de poser nue pour un peintre. Un travail a priori tranquille et de l’argent vite gagné si ce n’est que l’artiste en question réside dans la maison Van Karkersh, une grande et vieille demeure baroque autrefois occupée par un vieil original  sur lequel courent de bien sombres rumeurs.

Le décor et le personnage principal de « Catacombes » ne comptent pas parmi les plus originaux de l’œuvre de Serge Brussolo, loin s’en faut. Des histoires mettant en scène une jeune femme confrontées aux pièges d’une maison mystérieuse, l’auteur nous en a déjà servies quelques une et pas des moindres. Il y a eu Jeanne et la maison Malestrazza des « Emmurés », Cécile et le palais insulaire de « La nuit du venin » ou encore Sarah et la villa hollywoodienne de Rex Feinis dans « La maison des murmures ».

Mais le roman avec lequel « Catacombes » entretient le plus de points communs est sans conteste « La meute ». Il est en effet question dans ces deux livres d’une demeure où furent commis des meurtres particulièrement affreux et sur laquelle plane encore l’ombre malsaine du défunt propriétaire. Une maison occupée par un ou deux de ses descendants ainsi que par une inquiétante galerie d’œuvres d’art, animaux empaillés ou statues de plâtre. Dans les deux cas aussi, l’héroïne est une femme cabossée par la vie, sans attaches et sans domicile, contrainte par les évènements à emménager dans les lieux. Mais si Sarah est une jeune femme qui a du répondant et qui va se servir des forces démoniaques qui l’entourent pour accomplir sa vengeance, Jeanne est en revanche beaucoup plus passive.

L’intérêt du récit réside d’ailleurs dans la façon dont elle se laisse happer par l’atmosphère délétère de la maison jusqu’à abdiquer tout esprit critique et accepter l’irruption du fantastique dans son quotidien. Cela se fait peu à peu, au gré de ses découvertes  sur le passé de la famille Van Karkersh et sur les évènements dramatiques qui se déroulèrent dans leur demeure. Des révélations et des pistes qui sont constamment remises en question dès qu’elle se reprend en main, sort de la maison, raisonne au lieu de se laisser porter par son imagination et ses terreurs.

Le roman laissera d’ailleurs subsister jusqu’à la fin le doute sur la réalité de ces manifestations démoniaques. Si Jeanne finit par adhérer totalement aux théories foldingues des autres occupants, quantité d’indices plaident pour une interprétation plus rationnelle des évènements. Il y a d’abord la santé psychique des différents protagonistes de l’histoire. Difficile en effet de faire confiance à un concierge alcoolique, à deux cousins dégénérés issus d’unions consanguines ou à une héroïne particulièrement névrosée et constamment sous médocs. Il faut aussi et surtout souligner que, malgré ce qui ressemblait à une destruction en règle, la maison reprend finalement son apparence normale, preuve peut-être que toute l’histoire n’a jamais existée que dans les cerveaux malades des personnages.

Fleuve noir Anticipation - 1986

7 février 2015

L'EMIGRANT A LA RECHERCHE D'UNE FAMILLE - CHARLES ROWCROFT

 

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Un profond mystère entoure la naissance de Georges Mayford. Elevé par une nourrice et entretenu grâce à l'argent fourni par un notaire, le jeune homme n'a jamais vu ses parents et ignore tout de ses origines. Déterminé à rompre avec un pays où il se sent étranger, il décide d'émigrer au Canada. Une rencontre inopinée va le mettre sur la piste de sa famille et le lancer par la même occasion dans un bien long voyage. 

Ce roman écrit en 1851 peut être regardé comme une sorte de guide touristique de l'empire britannique et de manuel pour l'apprenti colon. Rédigé à une époque où les voyages sont rares et où les informations circulent peu, il permet d'éclairer les anglais sur la vie dans leurs lointaines colonies, les pérégrinations du héros permettant à l'auteur de fournir quantité d'informations et d'anecdotes sur le climat, les populations autochtones, l'élevage, les cultures...

L'histoire, elle, est particulièrement romanesque. Elle rappelle un peu ces romans de Dickens dans lesquels un orphelin doit faire le jour sur le secret de sa naissance. Sauf qu'ici, la quête de ses origines fera effectuer au jeune héros un véritable tour du monde.

Fertile en rebondissements, péripéties et coïncidences, l'intrigue ne lui laisse pas un instant de répit. Il combat des indiens alcooliques au Canada, manque être lyncher par des esclavagistes en Virginie, est enrôlé par des pirates à la Jamaïque, survit à un naufrage, devient l'esclave d'une tribu hottentote avant d'atteindre l'Australie... Il affronte les animaux les plus dangereux de ces lointaines contrées, lion, ours, requin et échappe de peu à un tremblement de terre. Bref, bien des aventures avant de retrouver sa famille, la femme qu'il aime et un nouveau foyer.

Tout cela nous est conté avec un humour et une ironie délectables qui s'expriment particulièrement dans ce chapitre où le repas dominical d'une famille londonienne est constamment interrompu par les réclamations de nombreux créanciers.

Finalement le seul mauvais côté de ce livre, c'est qu'il doit être difficile à dénicher : mon exemplaire est âgé d'un petit siècle et j'ignore s'il a été réédité depuis.

Librairie Nationale d'Education et de Récréation - 1894

 

12 juin 2014

CHERI-BIBI ET CECILY - GASTON LEROUX

$_35Grâce aux talents de chirurgien du Kanak, Chéri-Bibi a désormais l'apparence de Maxime du Touchay. Accompagné du fidèle La Ficelle, le voici de retour à Dieppe où il espère bien prendre auprès de Cécily la place de l'époux dont il a emprunté les traits. Il ignore toutefois à quel point ce dernier était un être détestable, coupable des pires vilenies. Tandis qu'il essaye de reconquérir le cœur de la femme qu'il aime, ses anciens complices entreprennent de le faire chanter.

Suite et fin de la très drôle et très dramatique histoire de Chéri-Bibi, le bagnard au grand cœur marquée du sceau de la fatalité. L'action de ce volume se déroule toute entière dans la cité balnéaire de Puys près de Dieppe. Nous y assistons aux efforts désespérés du forçat pour se faire une place au soleil auprès de l'élue de son cœur et, une fois gagnée, pour la conserver.

Il lui faudra en effet composer avec une double menace. En premier lieu celle que font peser sur son bonheur les amis de feu Maxime du Touchay. Femmes de petite vertu, maris complaisants, camarades de débauche, tous tentent de reprendre leurs relations sordides avec l'homme qui les entretenait. Chéri-Bibi aura un mal de chien à se dépêtrer de ces sangsues. Il lui faudra même employer les grands moyens pour rompre avec eux de manière définitive. Ce seront ensuite ses anciens compagnons de bagne qui tenteront de profiter de la bonne fortune échue à leur chef. Là encore, il devra user de la manière forte pour leur faire entendre raison.

En renvoyant dos à dos ces grands bourgeois et ces malfrats qui se confondent dans une même malhonnêteté, Gaston Leroux assène une petite pique à la bourgeoisie de son époque. Une agacerie que l'on retrouve aussi dans ces dialogues savoureux où Chéri-Bibi et la Ficelle discourent sur les bienfaits d'une existence honnête.

Mais l'idée la plus intéressante du roman est sans conteste la position paradoxale dans laquelle se retrouve Chéri-Bibi. Ayant changé d'apparence et d'identité pour rompre avec son passé de forçat, le voici finalement dans la peau du véritable coupable des meurtres pour lesquels il a été condamné. Le pire est qu'il ne peut rien faire pour se disculper. Faire état de la culpabilité de Maxime du Touchay, c'est se condamner soi-même puisqu'il a désormais l'apparence du meurtrier. Révéler sa véritable identité, c'est avouer à Cécily qu'il l'a abusée en prenant la place de son époux !

Au final, cela nous donne un livre qui tient toutes ses promesses et qui s'achève sur l'espoir de voir Chéri-Bibi reprendre du service.

Le Livre de Poche - 1974

6 juin 2022

BARLOVENTO - MAZZITELLI & ALCATENA

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En route pour l’Amérique afin d’y prendre les rênes du domaine familial, le jeune Ulysse Scott fait naufrage au milieu de l’Atlantique. Il est heureusement recueilli à bord d’un étrange navire hanté par le fantôme de son père, le célèbre pirate « Milles Orages »

Ceux qui pensent encore que la bande-dessinée n’est pas un art à part entière devraient lire « Barlovento ». Dans ce magnifique livre, presque chaque planche est une œuvre d’art. Cela commence dès la couverture qui intrigue autant qu’elle séduit et la magie se renouvelle de page en page.

Les auteurs ont opté pour un noir et blanc du plus bel effet et Enrique Alcatena a réalisé un travail d’orfèvre. Ses dessins façon encre de chine sont d’une précision redoutable. Ils composent une dentelle d’ombre et de lumière qui met en valeur ses représentations des fonds marins et donnent un volume et un mouvement fantastique aux vagues, aux vents et à tous les aspects de l’univers maritime.

L’histoire quant à elle est un hommage à tous les écrivains qui ont chanté la mer et les aventures que l’on peut y vivre. De l’Odyssée d’Homère à « L’île au trésor » de Stevenson en passant par le Moby Dick de Melville, les auteurs revisitent les grands romans maritimes, mélangeant les personnages et les mythes. On y croise un sosie du capitaine Achab, une pléthore de redoutables pirates et de marins patibulaires mais aussi un cyclope, des sirènes, le sous-marin du capitaine Némo et bien d’autres curiosités.

Mais « Barlovento », c’est aussi un récit d’apprentissage. Chacun ou presque des douze chapitres qui le composent se conclut sur une leçon de vie qui contribue à forger la personnalité de son jeune héros. Empathie pour les plus faibles, respect de la nature, sens du devoir, Ulysse Scott reviendra grandit de ses nombreux voyages et donnera au lecteur une furieuse envie de s’embarquer.

Alors n’attendez plus moussaillons et lancez-vous à l’abordage de cette magnifique BD !

Warum - 2019

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