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13 mai 2013

LES PALADINS DE LA LIBERTE - JACK VANCE

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Après avoir mis fin au pouvoir de l'Anome, Mur alias Gastel Etzwane organise la résistance du Shant face aux terribles Roguskoïs.


Ce deuxième volet des « Chroniques de Durdane » est tout aussi passionnant que le premier. D'abord parce qu'il en constitue la suite attendue et qu'il apporte à ce titre des réponses aux énigmes posées (d'où viennent les Roguskoïs, quelles sont leurs motivations...).

Ensuite, en raison des nombreux développements apportés tant à l'environnement géographique et institutionnel du Shant qu'aux personnages. L'action se déplace, nous conduit dans de nouvelles provinces et de nouveaux paysages tandis que certains second rôles, tout juste esquissés dans le premier volume, gagnent en épaisseur et voient leur importance s'affirmer. Il en va ainsi pour Ifness le terrien mystérieux, Dystar et Frolitz les musiciens et surtout Gerd Finnerack, l'ami d'enfance et bras armé de la lutte contre les Roguskoïs.

Enfin, pour les rebondissements de l'intrigue qui nous font passer d'une aventure « locale » à l'échelle d'un pays, à une machination beaucoup plus vaste et dont l'enjeu dépasse même les limites de la planète.

Pocket SF - 1981

 

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11 mai 2013

MALTERRE - HUGUES DOURIAUX

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Malterre est une gigantesque pyramide enterrée dont seul le sommet affleure à l’air libre. A l’intérieur, une société matriarcale très hiérarchisée dont les hommes ont été totalement exclus. Elle est dirigée par Vesta, déesse toute puissante qui ne se manifeste que par écran interposé et fait peser sur ses sujets une discipline de fer et des lois régies par deux principes : la haine du mâle et la certitude que la vie à l'extérieur est impossible. Llona et Lewin, deux adolescentes de 16 ans, supportent mal la routine de leurs tâches et leur vie monotone. Aussi, lorsqu’elles dénichent un livre d’anatomie et découvrent que les hommes ne sont pas les monstres hideux qu’on leur a décrits, leur imagination s’emballe.
Surprises en possession de l'objet défendu, elles sont condamnées aux travaux forcés dans les étages inférieurs. Parvenues à s’échapper les deux amies s’aventurent plus bas encore et sont recueillies par un clan d'hommes qui n'ont effectivement rien de monstrueux. Ensemble, ils décident alors de s'opposer à Vesta et de découvrir la vérité sur la création de Malterre.
 

 

Ce roman de Hugues Douriaux emprunte beaucoup à Quand ton cristal mourra, roman de William Nolan plus connu sous le titre de son adaptation au cinéma : L'âge de cristal. On y retrouve l'idée générale d'un monde clos où les habitants sont convaincus qu'il est impossible de vivre à l’extérieur. 

Le cheminement des deux histoires est d'ailleurs quasi identique : découverte du mensonge des gouvernants, fuite puis révolte contre l'autorité. L’auteur se distingue principalement par sa peinture d’une société exclusivement féminine. 

Cela lui permet de mettre en scène les héroïnes jolies et peu farouches qu’il affectionne tant. Le coquin en profite même pour décrire les amours saphiques de toutes ces femmes privées de la présence de l'homme et l'on devine qu'il aimerait bien se joindre à elles.

La description de sa ville souterraine est en revanche très réussie. Des coursives à la place des rues, des alcôves tenant lieu de logements, des cultures hydroponiques dans des salles transformées en champs : l’atmosphère de confinement et d’étouffement est bien rendue. C'est l'aspect le plus intéressant du roman. 

Le reste est assez convenu et seul le personnage de féministe démente joué par Vesta met un peu de sel dans l'histoire. Sa tentative d’accéder à l’état de divinité est de loin l'idée la plus originale du roman. Bien plus en tout cas que sa chute.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

 

11 mai 2013

LE VOYAGEUR IMPRUDENT - RENE BARJAVEL

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Par une nuit glaciale de l’hiver 1940, Pierre Saint-Menoux, jeune professeur de mathématiques, fait la rencontre de Noël Essaillon. Ce dernier, reconnaissant en Pierre l’homme dont les théories novatrices lui ont permis de mener à bien ses propres recherches, lui fait part de sa récente découverte : la noëlite. Ingérée, cette matière a l’étonnante propriété de permettre les voyages dans le temps. Unissant leurs efforts les deux hommes améliorent cette invention et entreprennent de visiter passé et avenir à la recherche du secret du bonheur pour l’humanité. Mais peut-on sans risque influencer le cours de l’histoire ? 

 

Ce livre constitue, à l’instar de La machine à explorer le temps de H. G. Wells, un classique des romans de voyage dans le temps. Tous les aspects inhérents à ce thème de la littérature de science-fiction y sont en effet envisagés : voyage dans le passé et le futur, rencontre du héros avec lui-même, modification de l’histoire…et même quelque réflexions sur le présent, cet instant si éphémère qui n’est plus tout à fait du futur et pas encore du passé. 

La structure du roman est en revanche assez classique et comporte trois parties bien distinctes :

·     la découverte de l’invention permettant le voyage temporel avec son lot de descriptions techniques et les premiers essais, encore timides ;

·     Les voyages dans le futur qui sont l’occasion pour l’auteur d’imaginer l’avenir de notre société et de l’espèce humaine. Ici, les pérégrinations des personnages les mènent tout d’abord dans le Paris de l’an 2052, c’est à dire à l’endroit et l’instant qui voient débuter son premier roman : Ravage. Puis, après ce petit clin d’œil, il nous propulse en l’an 100000 sur une Terre peuplée d’êtres qui, bien qu’étant nos lointains descendants, n’ont plus grand chose d’humains, pas même l’apparence. 

·     Les incursions dans le passé, la tentation d’influer sur le déroulement des évènements afin de modifier un présent désagréable et l’inévitable paradoxe temporel qui peut en découler.  

Enfin, et comme souvent chez Barjavel, l’histoire s'agrémente d’une jolie romance et son écriture associe superbement humour et poésie. En voici quelques exemples :

·     « …vous êtes resté coincé entre le présent et le futur ! En somme, vous étiez au conditionnel ! »

·     « …la loi de l’espèce les mène par le bout du sexe. » 

Pour être tout à fait honnête j’ajouterais que Monsieur Barjavel se laisse parfois aller à quelques réflexions misogynes. La preuve : 

·     « …une futilité qui abaissait les hommes au niveau des femmes. »

·     « …la tête était bien la partie de leurs corps dont les femmes avaient le moins besoin pour vivre ! »

Gallimard - Folio - 1996

 

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11 mai 2013

LA POSITION DU TIREUR COUCHE - JEAN-PATRICK MANCHETTE

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Michel Terrier est un tueur à gages. Un professionnel qui enchaîne les missions pour se constituer le pécule qui lui permettra de se retirer. Le moment lui semble d'ailleurs venu et, après un dernier contrat rempli avec succès, il annonce à son employeur son intention de prendre sa retraite. L'occasion croit-il, de retrouver la jolie Anne, son amour de jeunesse qui l'attend depuis dix ans. Mais l'agence n'est pas décidée à laisser filer son meilleur exécuteur et va entreprendre de le faire changer d'avis. Par tous les moyens. 

 

Jean-Patrick Manchette fut l'un des chefs de file du néo-polar, avatar post soixante-huitard du roman policier français dans lequel se sont également illustrés les Daeninckx, Pouy, Jonquet et autre Delteil, tous auteurs que j'apprécie grandement. Je devais donc en toute logique finir par ouvrir un de ses livre. Ce fut La position du tireur couché, son dernier roman mais, d'après ce que j'ai pu lire ici ou là, pas forcément le plus représentatif de son œuvre. 

Il s'agit en revanche d'un très bon exemple de sa manière d'écrire et de son style si particulier : dépouillé, nerveux, phrases courtes et termes précis. Un style quasi médical qui relate les faits sans chercher à les enjoliver. Juste le reflet de l'exacte réalité. Presque le compte rendu d'un médecin légiste. 

Ce qui surprend aussi c'est la distance que l'auteur met entre son personnage et le lecteur avec cette narration à la troisième personne du singulier et l'usage de vocables impersonnels pour désigner son héros : il, l'homme... A aucun moment il ne nous dévoile ses sentiments et seules nous sont révélées les réflexions qui motivent ses actions immédiates. 

Toute empathie est donc impossible d'autant qu'il s'agit d'un être détestable, froid et sans conscience. Même les deux ou trois flash-backs nous faisant découvrir son enfance malheureuse, son rejet par la classe aisée ou un amour impossible ne parviennent pas à nous le rendre sympathique. 

On se surprend néanmoins, contre toute justice, à espérer la réussite de son entreprise et le châtiment de plus pourri que lui. Car il n'est finalement qu'un pion sur l'échiquier politique international, un outil de précision dont on se débarrasse lorsqu'il a fini d'être utile. 

Mais c'est bel et bien à sa déchéance que nous assisterons. La perte de son argent et de son amour de jeunesse sonneront le glas de ses rêves de retraite dorée et le livre ce termine sur une ironie grinçante avec un retour à la case départ sans doute plus terrible que la mort.

Gallimard - Folio Policier - 1998

 

10 mai 2013

LES BANNIERES DE PERSH - ALAINS PARIS & JEAN-PIERRE FONTANA

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Jack la poudre est un prospecteur qui parcoure l’espace en tous sens dans l’espoir de découvrir un bon filon. Au cours de l'un de ses voyages, une avarie à bord de son vaisseau l'oblige à se poser sur une planète inconnue. Capturé par des insectes humanoïdes, il est emmené en captivité avec d’autres humains. Il apprend d'eux qu'il se trouve sur la planète Persh et qu'ils sont prisonniers de l’un des six clans qui se disputent le pouvoir et que l'on distingue à la couleur de leur bannière.

Au cours d'une attaque perpétrée par un clan ennemi, il prend la défense de ses geôliers et met en fuite les assaillants. Il obtient ainsi sa libération mais devient la cible privilégiée des autres clans. Il va alors mener un double combat pour libérer les humains de la tyrannie des pershéens et comprendre qui lui en veut et pourquoi. 

 

C'est un bien chouette petit roman que le duo Fontana/Paris nous a pondu là. Cour, vif et pétulant, il oscille entre Science-Fiction et fantasy. La SF pour le cadre général, l'entrée en matière et la conclusion, la fantasy pour le corps du récit avec ses combats à l'arme blanche ou l'aspect "médiéval" de la société pershéenne. 

Tout va très vite et sans le moindre temps mort. L’action est menée tambour battant. Les batailles succèdent aux duels et les retournements de situation s'enchaînent. 

Çà ne laisse pas beaucoup de temps pour s’intéresser au caractère de personnages qui, héros excepté, ne se posent d'ailleurs pas beaucoup de questions. Alors on fait comme eux. On se contente de se laisser porter par ce récit simple, fluide et plaisant. 

Notons tout de même que l’épilogue est relativement surprenante et confère au livre ce petit plus qui en fait une lecture très recommandable.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

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10 mai 2013

LE PASSE-MURAILLE - MARCEL AYME

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Marcel Aymé est un excellent novelliste. Je m'en était déjà rendu compte avec les superbes recueils que sont "Le nain" ou, plus connu, "Les contes du chat perché". Mais c'est sans doute avec les dix nouvelles qui composent celui-ci qu'il a donné le meilleur de lui-même.

Fantastiques ou non, ayant en commun Montmartre ou l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, toutes sont magnifiquement ciselées et contées avec un humour élégant. Et comme en plus l'auteur sait, à l'occasion, introduire ce qu'il faut d'émotion, le résultat est proprement superbe et c'est un régal que de découvrir :

- "Les sabines" : une femme douée du don d'ubiquité se dédouble à l'envie et finit par devenir innombrable. 

- "Le ticket" : l'état a décidé de rationner le temps de vie des inutiles (il est à noter que les écrivains sont du nombre !). Une carte de rationnement mensuelle leur est remise et à épuisement de leurs tickets ils disparaissent pour ne réapparaître qu'au 1er du mois suivant. Mais le marché noir sévit et l'on murmure que certains vivraient des mois de cent jours et plus.

- "Le percepteur d'épouses" et "L'huissier" qui mettent en scènes des représentants de ces deux professions si mal aimées.

- "Légende poldève" : critique acerbe et amusante des grenouilles de bénitier et de la société 'bien pensante".

- "Le décret" : pour en finir avec la guerre, le gouvernement décide de projeter la France une dizaine d'années dans le futur. - "Le passe-muraille" : où l'on se rend compte que le film avec Bourvil n'est pas tout à fait fidèle. 

-  "Les bottes de sept lieues" : jolie petite fable sur la misère et l'incroyable imaginaire dont font preuve les enfants.

-  "Le proverbe" : un père découvre que la vie d'écolier n'est pas une sinécure. 

-  "En attendant" : quelques Montmartrois font état des misères sans nombre que leur cause la guerre.

Gallimard - Folio - 1998

 

8 mai 2013

ACHETEZ DIEU ! - CHRISTOPHER STORK

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Don Love, jeune illuminé doté d’un charisme hors normes, est exploité par un publicitaire sans scrupules. Un richissime homme d’affaires voyant en eux le moyen d’accroître sa fortune et sa puissance, décide de s’attacher leurs services. Il tentera, avec l’aide d’un spécialiste du comportement et grâce à la télévision, de soumettre hommes et femmes au pouvoir d’une nouvelle secte… 

Petit roman sans prétention sur les thèmes des manipulations mentales et du risque sectaire. Le rythme est enlevé, le déroulement de l’intrigue bien maîtrisé et les personnages plaisants bien qu’un peu caricaturaux (je pense en particulier au directeur de journal). 

Bien sûr, on a un peu de mal à croire que quelques messages subliminaux et des séances d’hypnose soient suffisants pour infléchir la volonté de dizaines de milliers d’individus, mais la démonstration demeure sympathique.

A lire donc, ne serait-ce que pour se convaincre, s’il en était besoin, que religion et télévision sont bien les opiums du peuple.

Fleuve Noir Anticipation - 1979

 

8 mai 2013

LE CHINEUR DE L'ESPACE - P-J HERAULT

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La situation de Glenn n'est pas brillante. Echoué sur une planète si lointaine que tout sauvetage est illusoire et seul depuis la mort de son ami dans le crash de leur vaisseau, il envisage même de se supprimer. Sa rencontre avec une forme de vie inattendue mettra un terme à sa solitude et changera le cours de sa vie. 

Encore un roman éminemment sympathique de P. J. Herault dans lequel on retrouve la plupart des thèmes qui lui sont chers : la méfiance envers les gouvernants, les militaires, les industriels, l'éloge de la liberté, sa passion pour le pilotage et surtout l’importance de l’amitié. 

Une amitié cette fois-ci bien particulière puisqu’elle unit deux individualités forts différentes : un homme et…une plante ! Et tout le talent de P. J. va consister à nous décrire l’éveil à la conscience de cette plante, son apprentissage de la vie qui se transformera en une véritable soif de connaissance et, enfin, sa volonté de tendre vers l’humain. Un humain qu’elle admire pour son imagination et sa capacité créatrice au point d’en oublier les défauts pourtant nombreux…

Cela nous donne une petite fable moderne dans laquelle l'auteur prend tout son temps pour nous conter les péripéties de cette rencontre du troisième type. Il y fait preuve d'une belle inventivité pour imaginer comment le contact peut se nouer, la conversation se dérouler et surtout comment deux êtres si différents peuvent échanger impressions et points de vue. 

Pour l’anecdote, j’ai remarqué dans cet ouvrage ce qui constitue sans doute l’amorce d’un roman ultérieur. Il y est en effet question du "bombardement solaire" d’une planète et l’auteur s’interroge sur la réaction des humains s’ils se découvraient doués des dons de télékinésie et de télépathie. Or, il s'agit précisément des thèmes abordés dans "La Confédération de l'amas".

Fleuve Noir Anticipation - 1992

 

8 mai 2013

LES CULBUTEURS DE L'ENFER - ROGER ZELAZNY

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A l'issu des "Trois jours" pendant lesquels l'apocalypse nucléaire s'est déchaînée sur la planète, les États-Unis ont été entièrement ravagés. Seuls deux îlots de civilisation subsistent encore : Boston et Los Angeles. Mais à Boston, une épidémie de peste s'est déclarée qui menace de décimer toute la population. Disposant d'un vaccin, les autorités de Los Angeles font partir un convoi à leur secours et recrutent pour l'occasion Hell Tanner, repris de justice mais pilote émérite. Ce dernier aura fort à faire pour se frayer un chemin à travers un pays dévasté, devenu la proie d'une faune mutante et de nombreux gangs de motards. 

A la lecture de ce livre on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de « déjà vu ».

Un univers post-apo, des hordes de malfrats, un homme seul chargé d’une mission a priori impossible, voilà qui n’est pas sans rappeler certains classiques du cinéma d’action. Quelque chose comme un croisement entre "Mad Max" et "New York 2017". Sauf que « Les culbuteurs de l’enfer » a été écrit à la fin des années soixante et par conséquent, s’il y a plagiat ou disons plutôt inspiration, c’est du côté du cinéma qu’il faut le rechercher.

Mais cela nous prive quand même du plaisir de la découverte et enlève au livre une part de l'originalité qu'il a pu avoir lors de sa sortie. Et puis, convenons-en, le récit est assez linéaire et se résume finalement à une folle équipée d’un bout à l’autre des States avec son lot de rencontres désagréables.

Heureusement, il y a le style de l’auteur. Simple, direct, très « parlé », il colle comme un gant à la personnalité de son héros, une espèce d'Hells Angels un peu déjanté mais au cœur d’or. Un passage du roman résume d’ailleurs parfaitement le personnage : « Je suis moi. Un ange. Je n’ai pas besoin de faire semblant d’être quoi que ce soit d’autre. S’il y a des gens à qui ma gueule ne revient pas, ils n’ont qu’à venir m’en parler ».

Et bien si mon pote, ta gueule me revient, et tu m’as fait passé un bon petit moment de lecture !

Jean-Claude Lattès - Titres SF - 1979

 

8 mai 2013

LA NUIT DES ENFANTS ROIS - BERNARD LENTERIC

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Une multinationale décide de lancer un vaste programme de recherche dans toutes les écoles maternelles des Etats-Unis afin de détecter les enfants surdoués. Quelques années plus tard, alors que tout le monde s''est désintéressé du projet, Jimbo Farrar, génie de l'informatique chargé du suivi de ce programme, déniche 7 petites têtes blondes incroyablement intelligentes. Malheureusement à l'occasion de leur première rencontre, les enfants sont sauvagement agressés dans Central Park. Dès lors, ils n'auront de cesse de faire payer à tous les adultes le viol de leurs espérances.  


 Malgré un ton volontiers enjoué et un mode de narration original ce livre ne m'a pas du tout accroché. Il faut dire à sa décharge qu'une grande partie de son intrigue repose sur le rôle joué par un super ordinateur ainsi que sur la description de manipulations informatiques. 

Or, si à l'époque de sa sortie (1981) cet aspect pouvait avoir un côté novateur, il ne présente aujourd'hui que peu d'intérêt et prête même à sourire tant la technologie décrite a évoluée depuis lors. 

Mais ce qui m'a réellement gêné dans ce roman, ce sont les petits héros eux mêmes. Leur côté omnipotent et quasi invincible m'a rapidement lassé et j'ai eu un peu de mal à croire en leur communauté d'esprit, leur "symbiose intellectuelle", d'autant que l'auteur n'apporte aucun éclaircissement à ce sujet. 

Finalement, la seule idée qui m'ait intéressée est la philosophie adoptée par ces petits monstres qui assimilent l'âge adulte à une maladie. 

Livre de Poche 1985

 

7 mai 2013

POUR PATRIE L'ESPACE - FRANCIS CARSAC

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Au cours d'une mission de routine, Tinkar lieutenant de l’armée impériale Terrienne, est contraint d’abandonner un vaisseau visiblement saboté. Dérivant dans l’espace, équipé de son seul scaphandre et bientôt privé d’air, il est recueilli in extremis par un "vaisseau-cité" du peuple des étoiles. Ces derniers sont les lointains descendants de savants ayant fuis les persécutions que leur faisait subir le gouvernement terrien. Aussi est-il accueilli plutôt froidement par l'équipage malgré la sympathie que lui témoigne le commandant. Pourtant, avec le temps et grâce à l’influence de trois jeunes femmes, Tinkar parviendra à se faire accepter comme l’un des leurs.


Sans conteste mon roman favori de Carsac et, en tout état de cause, un grand space opera. On y trouve en effet tout ce qui fait un bon roman du genre et même un peu plus. La description du mode de vie, des institutions et de l'histoire de ces voyageurs de l’espace est minutieuse et inventive. 

L'évolution des personnages à l'intérieur du vaisseau-monde est tout à fait crédible et c'est avec intérêt que nous les suivons le long des coursives, dans les cabines ou les espaces publics, le poste de commandement ou les lieux de culte. La menace d'une attaque des dangereux Mpfifis et, surtout, l'inimitié de tout un peuple à l'égard de Tinkar créent une ambiance tendue qui atteindra son paroxysme à l'occasion d'un duel et lors d'une véritable bataille spatiale. 

Enfin, les sentiments ne sont pas non plus absents de cette histoire et ce ne sont pas moins de trois jeunes et jolies damoiselles qui se disputeront les attentions de notre brave lieutenant. 

Mais par-dessus tout, ce roman brille par l’épaisseur de ses personnages et notamment celle de son héros. La lente métamorphose que subit Tinkar au contact de ses sauveurs est réellement passionnante. D’abord méfiant et encore trop imprégné par l’idéologie fascisante de son monde, il finira par reconnaître la valeur de la philosophie de ses hôtes. 

Il comprendra aussi que leur vision de la vie est plus évoluée que la sienne et surtout beaucoup plus tolérante. Et la tolérance, la largeur d’esprit, l’ouverture à autrui, c’est bien là le principal thème de ce roman !

Pocket SF - 1979

 

7 mai 2013

LAVINIA - ANNE DUGUËL

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Dans un futur indéterminé mais que l'on devine assez proche, la Terre est devenue totalement stérile. La pollution a eu raison de l'agriculture et l'élevage ou la pêche ne sont plus que de lointains souvenirs. Seule alternative au manque de nourriture : l'anthropophagie. Chaque citoyen en fin de vie, mais aussi les délinquants ou les malades, sont "recyclés" dans de vastes usines et finissent en choucroute, ratatouille ou cassoulet. 

Mais selon que vous êtes puissants ou misérables votre sort n'est pas le même. Pour les premier, nourriture délicate et mort douce, pour les autres, l'abattoir sans autre forme de procès. Car la France de Big Butcher ne souffre pas la moindre contestation, même muette. Dans ces conditions, difficile pour la jolie Tatoo et les autres laissés pour compte du système d'échapper à leur triste destinée.


Cœurs sensibles, passez votre chemin ! Ce livre n'est assurément pas pour vous. 

Anne Duguël ne prend pas de gants pour nous décrire l'abjection de ses personnages et l'ignominie de leurs actes. Elle ne fait pas non plus dans l'euphémisme ou la périphrase, appelle un chat, un chat et décrit crûment massacres et scènes de cannibalisme, éviscèration et castration, exécutions et extermination de masse. 

Un style percutant qui désarçonne et met mal à l'aise. Mais ce condensé d'horreur n'est pas utilisé gratuitement. Il sert à dénoncer les dérives d'un système et la corruption de ses dirigeants au premier rang desquels ce Big Butcher (référence évidente au Big Brother de Georges Orwell) qui campe un président malade et névrosé mais aussi une classe aisée qui sait fermer les yeux pour ne pas gâter son petit confort. 

Quant à l'univers dans lequel se déroule son histoire, il se situe à mi chemin de la Terre affamée de "Soleil vert" et de l'Allemagne du IIIème Reich. Du célèbre film des années 70' on retrouve en effet l'idée d'un monde où les humains sont recyclés en nourriture tandis que la terrible répression dont sont l'objet les opposants et les exclus de tout poil (mendiants, gitans, rastas...), la suppression aveugle des vieillards, des malades et des fous, leur transport dans des wagons à bestiaux, les humiliations et la tristement célèbre douche avant l'extermination, font irrésistiblement penser au nazisme et à sa solution finale. 

Tout cela nous donne un roman d'une très grande noirceur qui ne laisse aucune place à l'espoir.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

7 mai 2013

IMMORTELS EN CONSERVE - MICHAEL CONEY

untitledAu XXIIème siècle, la population sur Terre étant devenue incroyablement nombreuse et les famines chroniques, le gouvernement mondial décida d'appliquer une proposition du Dr Théo Kleinmaker. C'est ainsi que fut édictée la Loi sur la Transplantation Obligatoire : toute personne âgée de 40 ans voit son corps détruit et son cerveau transplanté dans celui d'un enfant de 6 mois. L'objectif recherché est triple : faire baisser la population mondiale, conserver les connaissances, supprimer d'inutiles personnes âgées.

La mesure donne très vite d'excellents résultats. Il faut dire que les hommes et les femmes ne sont désormais plus pressés d'avoir des enfants puisque ceux-ci sont destinés à accueillir la cervelle de parfaits inconnus ! La démographie enregistre une chute spectaculaire et les "hôtes" disponibles commencent même de manquer. Et comme nul ne souhaite renoncer aux transplantations et à la quasi immortalité qu'elles procurent, il est bientôt nécessaire de conserver les cerveaux dans des boîtes où ils baignent dans un liquide nutritif en attendant le corps d'un nouvel enfant...

 

"Immortels en conserve" est un petit bijou de la SF qui bénéficie d'une construction intelligente au service d'un propos qui ne l'est pas moins. En 5 saynètes mettant en scène quelques individus au cours d'une seule et même journée, Michael Coney nous propose de découvrir une société dystopique fondée sur le principe de la perpétuation des cerveaux grâce à leur transplantation dans de jeunes corps.

Tel un joueur d'échec, l'auteur y avance ses pions sereinement, sachant parfaitement où il va et à quoi lui serviront chacun de ses personnages. De fait, tel d'entre eux qui ne jouait qu'un rôle secondaire dans la première nouvelle occupe la place principale dans l'une des suivantes et vice-versa.

Cela lui permet de croiser plusieurs destinées qui ont en commun d'être bouleversées par les lois de ce système absurde et criminel. Cela lui permet surtout de démontrer l'aberration d'une société qui finit par se scléroser faute de nouveauté et de jeunesse, qui ne fait plus que se continuer, se répéter ad infinitum.

Nous suivons ainsi, tour à tour, une jeune femme qui n'a pas déclaré la naissance de son nouveau né pour pouvoir le garder près d'elle, une adolescente qui a échappé au rôle de "corps d'accueil" mais qui n'a depuis aucune existence légale, une femme qui risque de perdre son droit à la transplantation à quelques mois de son quarantième et fatidique anniversaire et une communauté qui tente de survivre en marge du système...

La découverte de ces tranches de vies nous conduira aussi, l'air de rien,  à nous interroger sur la valeur d'une existence, sur ce qui fait qu'elle a été remplie ou pas, sur notre égoïsme et nos rêves d'immortalité...mais encore sur le désir d'enfants et la continuité qu'ils représentent, sur la joie qu'ils apportent et l'espérance de renouveau qu'ils incarnent.

Au final, et malgré l'effroi que fait naître la description de cette société d'un genre particulier, c'est l'espoir qui domine et la conviction que l'humanité peut toujours se bonifier. Un bien joli roman qui bénéficie d'une belle écriture et d'un humour en demi teinte particulièrement subtil.

Après ma lecture des "Enfants de l'hiver", ce deuxième roman de Michael Coney est une deuxième satisfaction. Je vais donc continuer d'explorer sa bibliographie.

Pocket SF - 1983

7 mai 2013

LA COURONNE DE LUMIERE - LYON SPRAGUE DE CAMP

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Iroedh est une ouvrière d'Elham, l'une des nombreuses communautés Avtiniennes que compte la planète Ormazd. Bien que dévouée à sa cité et à sa reine, elle est pourtant une ouvrière atypique. Rêveuse, passionnée par l'archéologie et l'histoire de ses ancêtres elle éprouve une amitié profonde autant qu'incongrue pour le bourdon Antis. Lorsqu'elle apprend que son ami va être éliminé lors du prochain "nettoyage" de la ruche, elle décide de s'enfuir avec lui et de se réfugier auprès d'humains qui explorent la planète. 

En leur compagnie, ils se mettront en quête de l'oracle de Ledvidh et vivront des aventures éprouvantes autant que passionnantes, au terme desquelles nos deux humanoïdes seront amenés à revoir leur conception de la vie. Ils découvriront au passage qu'Iroedh est peut-être cette "reine des truands" dont parle la légende et qui est appelée à réformer la société atvinienne. 

Le "Viagens Interplanetarias" est un cycle de science fantasy auquel appartiennent bon nombre de romans de Lyon Sprague de Camp. Bâti sur le concept d'une Terre qui, ayant maîtrisé le voyage interplanétaire, entreprend d'explorer les nombreuses planètes qui parsèment l'univers, il repose sur deux idées forces. 

Premièrement,  le Brésil est la principale puissance terrienne et la compagnie "Viagens Interplanetarias" détient le quasi monopole des voyages intergalactiques. Deuxièmement, il est interdit d'introduire sur les mondes les plus rétrogrades des éléments de technologie moderne. 

Or, ce sont précisément ces planètes qui, le plus souvent, sont visitées. Cela explique l'ambiance "médiévale" de ces récits et le fait que la possession d'objets "modernes" ou les connaissances supérieures des terriens soient presque toujours au cœur de l'intrigue. C'est d'ailleurs le cas dans "La couronne de lumière" où quelques armes à feu et un hélicoptère seront à l'origine de bien des bouleversements. 

Si la planète Krishna sert de cadre à la plupart des histoires (Zei, La main de Zei, Chasse cosmique...), ce roman se déroule en revanche sur un autre monde : Ormazd et sa société calquée sur l'organisation communautaire des abeilles. L'occasion pour Sprague de Camp de comparer le système politique et social de la ruche à celui, plus égoïste mais plus épanouissant, de la Terre. 

J'ai craint un instant que l'auteur ne s'y livre à une critique du communisme et de son collectivisme duquel se rapproche l'organisation des insectes mais, à part une brève allusion, il ne s'est pas lancé sur cette pente savonneuse. Il s'est concentré sur son héroïne qui fait l'apprentissage de l'individualisme et qui se rend compte que l'amour pour un être cher peut être plus important que celui qu'elle porte à sa communauté. Au contact d'un couple d'humains et du bourdon Antis, elle prendra également conscience de sa féminité et découvrira la sexualité. Un thème rarement abordé dans la SF au début des années soixante !

On pourra sans doute reprocher à ce livre une intrigue un peu légère et des surprises quelques peu éventées (l'identité du devin, le destin de l'héroïne) mais son rythme alerte et l'alternance d'action et de discussions fort drôles en font une lecture réjouissante. 

Cet humour bien présent est d'ailleurs une constante chez de Camp, presque une marque de fabrique. Ici, il a principalement trait aux relations entre Iroedh et Antis (le bourdon passant de la soumission à une reine à une attitude un tantinet machiste), à l'oracle de Ledvidh qui s'amuse follement à inventer ses prédictions ou aux rapports explosifs des deux terriens. 

En ces temps où il est de bon ton de honnir cet auteur en raison de ses adaptations un peu trop libre du Conan de Howard, il me semble juste de rappeler que son œuvre est riche de nombreux cycles de qualité et qu'il s'est illustré avec bonheur dans tous les genres de la SF : space opera, héroïc fantasy et uchronie.

Hachette - Le Rayon Fantastique - 1963

 

7 mai 2013

LE DIEU DE LA GUERRE - ALAIN PARIS

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1968, dans la jungle cambodgienne. La vie de Michael Anderson, jeune soldat américain de 24 ans, ne tient plus qu'à un fil. Poursuivi par les viet congs, il est en passe d'être rattrapé lorsqu'il est mystérieusement "téléporté" en un lieu ressemblant à l'Olympe des dieux grecs. Zeus, Apollon, Aphrodite et compagnie ne tardent d'ailleurs pas à apparaître et lui expliquent la raison de sa présence parmi eux. Arès, le dieu de la guerre s'est mis en tête de participer à toutes les guerres qui ont marquées l'histoire de l'humanité. Ce faisant il risque tôt ou tard de créer une distorsion de la trame temporelle et de modifier la réalité historique. 

Afin de le stopper, ses pairs ont décidé de faire appel à Michael, guerrier expérimenté, pour le pister et le ramener sur l'Olympe. Pour mener a bien sa mission, notre jeune militaire est donc contraint de participer à quelques-unes des plus grandes batailles de l'histoire. Mais Arès est-il réellement l'exalté qu'on lui a décrit ? Les dieux disent-ils toujours toute la vérité ? 


Alain Paris est féru d'histoire et cela se sent. Il connait parfaitement les batailles dont il nous parle, leur déroulement et le nom des principaux protagonistes. Ses reconstitutions de combats sont donc particulièrement fidèles et l'on est plongé avec beaucoup de réalisme dans les sanglantes mêlées qui jalonnent l'histoire de l'humanité. 

Nous revivons ainsi la victoire de Guillaume le conquérant à Hastings, nous participons aux croisades avec Richard Coeur de lion et nous frémissons lors de la "Noche triste" de Cortes à Mexico. Au passage nous découvrons que les aztèques ont des armes rudimentaires en obsidienne, que les « huscarls » constituent la garde d’honneur du roi Harold et que les carabins ne sont pas que des étudiants en médecine. Bref, de quoi briller au trivial pursuit ! 

Le problème, c’est que ces descriptions, aussi complètes soient-elles, ne suffisent pas à masquer la faiblesse du scénario. L'argument de départ (la recherche d'Arès) est un peu léger et les révélations sur la nature des divinités ne suffisent pas à relancer pleinement l'intrigue. On a finalement l'impression d'assister à une partie de cache-cache à travers le temps et ce n'est pas la pirouette finale qui suffit à rattraper le tout. 

Ceci dit, il doit être bien difficile de pondre une histoire plus étoffée en seulement 150 pages et Alain Paris réussit malgré tout à nous divertir. Il fait même preuve d’un certain humour lorsqu’il nous décrit les relations de Michael avec Aphrodite et ses démêlés avec le cyclope Argès). Cela nous donne au final un "FNA" de facture honnête, sans plus.

Fleuve Noir Anticipation - 1989

 

7 mai 2013

LES FLAMMES DE LA NUIT - MICHEL PAGEL

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Fuinor est un monde magique perdu au milieu d'un vaste océan et divisé en sept contrées (de l'or, de l'amour, de la guerre, des semailles..) entourant le royaume du miroir sur lequel règne Turgoth III. Lorsque la princesse Rowena, sa fille, s'amourache du marchand de nuage, le monarque n'a d'autre choix que de l'exiler dans la contrée de la folie. 

Là, elle devient l'élève d'un enchanteur qui entreprend d'en faire une sorcière. Rowena espère ainsi se venger de son père qui l'a bannie et du séducteur qui l'a abandonnée tandis que l'enchanteur compte se servir d'elle pour réformer la société du Fuinor. 

Dans le même temps, un jeune homme tente d'échapper à sa condition et une ambitieuse essaye de s'emparer du trône. 

"Les flammes de la nuit" est un roman de fantasy atypique, sorte de conte de fées pour adulte qui revisite sur un mode décalé l'univers habituellement convenu et mièvre des frères Grimm ou de Charles Perrault. 

De fait, il ne faut pas s'étonner d'y voir Michel pagel reprendre à son compte les codes de la littérature pour enfant puisqu'il s'en sert pour mieux les détourner, les ridiculiser et les dynamiter consciencieusement. Alors il convie rois et princesses, fées et sorcières, ogres et dragons mais aussi le vieux conseiller et la servante dévouée, le médecin à chapeau pointu et le bourreau encagoulé, la marâtre avide de pouvoir, le preux chevalier... Tous les personnages de l'imagerie populaire sont là, caricaturés à l'extrême et ne faisant que ce que l'on attend d'eux, ni plus, ni moins. Dépourvus de libre arbitre, sans initiatives, ils respectent scrupuleusement des lois qui semblent n'avoir d'autre objectif que la perpétuation d'un ordre établi une fois pour toutes. Ainsi la reine doit-elle invariablement mourir en couches, le baron félon être systématiquement vaincu et les princesses être belles mais stupides. 

Cet ordre immuable est encore plus sensible dans la description des règles qui régissent la vie du trio femme/héros/fou. Ces petites cellules familiales qui résident dans une multitude de criques sur le pourtour de Fuinor, perpétuent à l'infini un schéma voulu par les dieux et instauré par les fées : à l'issu d'une épreuve initiatique opposant deux jeunes hommes, le vainqueur est proclamé héros et le vaincu devient le fou. Au premier les honneurs et les faveurs de la femme, au second tâches ingrates et mépris. 

Mais l'auteur va bientôt semer le vent de la révolte et, par l'intermédiaire d'un fou, d'une princesse et d'un enchanteur, faire voler en éclat les principes millénaires en vigueur à Fuinor. Ces trois personnages, tour à tour alliés ou ennemis, seront le levier d'une révolution qui affectera les destinées de tout un chacun. Intéressants parce que complexes, déchirés, torturés, comptant à leur actif de bonnes et de mauvaises actions, ils captent l'attention par leur quête de la justice et leur recherche du bonheur. Ils refusent de suivre le chemin qu'on leur a tracé et sont prêts à tous les sacrifices pour donner un sens à leur vie. Douleur surtout, qui représente le mieux la lutte contre l'autorité et l'arbitraire qui règne à Fuinor mais aussi Rowena partagée entre sa vengeance et ses idéaux. 

Les personnages secondaires ne leur cèdent toutefois en rien à commencer par Auriana qui campe une ambitieuse sans scrupules ou la brochette de doux dingues qui accompagnent la princesse. 

Tout cela nous donne un récit plaisant, riche d'inventions et mêlant intelligemment drame et humour. Le final n'est pas non plus en reste et je dois avouer ne pas avoir vu venir une chute qui explique pourtant bien des choses. 

Ce roman est en tout cas une jolie démonstration de l'arbitraire, du sexisme et de la violence que recèlent la plupart des contes de fées. Des histoires où les femmes sont bien souvent ravalées au rôle de potiches, où les inégalités foisonnent et où le petit peuple est asservi aux puissants. 

Bref, de quoi réfléchir sur la moralité parfois douteuse de ces bouquins que nous donnons à lire à nos petites têtes blondes.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

6 mai 2013

JE SUIS UNE LEGENDE - RICHARD MATHESON

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L'espèce humaine a été quasiment anéantie par une épidémie d'origine inconnue et les rares survivants ont désormais toutes les caractéristiques de vampires. Seul Robert Neville a échappé à ce fléau. Isolé, menacé et désespérant de rencontrer un autre rescapé, il s'acharne à trouver un remède à la maladie. 


" Je suis une légende " est sans doute le roman le plus connu de Richard Matheson et c'est amplement mérité ! 

Pourtant, les thèmes de ce livre, post-apo et vampires, ne comptent pas parmi les plus originaux de la SF. Nous n'échappons d'ailleurs pas à certaines scènes éculées telles que les balades dans un monde à peu près désert ou le recours à l'ail et aux pieux bien aiguisés. Mais, heureusement, l'intérêt du livre réside ailleurs. 

L'auteur a pris le parti de nous décrire l'existence de son personnage de façon presque routinière. Le jour il parcourt sa ville à la recherche de nourriture et de matériel, fait la chasse aux vampires assoupis, répare sa maison transformée en bunker et cherche un vaccin à l'épidémie. La nuit, il résiste aux assauts des vampires et tente de noyer chagrin et solitude dans l'alcool. 

Nous voilà donc bien loin du héros sans peur et sans reproche que l'on trouve dans bon nombre de récits du genre. Ici  l'accent est mis sur les états d'âmes du personnage plutôt que sur l'action, ce qui contribue à nous rendre Robert Neville plus familier et à faire notre ses petites joies et ses peines, ses doutes et ses tourments. 

Mais surtout, ce roman brille par une conclusion qui, sans en dévoiler la teneur, se traduit par une mise en abîme des convictions du personnage principal et sonne le glas de toutes ses certitudes. Robert Neville se rendra finalement compte qu'il n'est pas tant le dernier représentant de l'espèce humaine qu'un monstre aux yeux d'une humanité nouvelle. Une légende.

Gallimard - Folio SF - 2001

 

 

6 mai 2013

HEYOKA WAKAN- JEAN-LOUIS LE MAY

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La confrontation entre l'est et l'ouest a fini par avoir lieu et le feu nucléaire s'est abattu sur Terre, détruisant, irradiant, vitrifiant. Seul continent épargné : l'antarctique où américains et soviétiques s'observent en chiens de faïence, maintenus à distance respectueuse par l'éloignement et les conditions météorologiques. Confortablement installés dans leurs stations suréquipées, ces survivants, militaires et scientifiques, souffrent de leur isolement. L'inaction leur pèse et l'absence de nouvelles sape leur moral. 

Dans ces conditions particulières, parviendront-ils à surmonter leurs différences et à donner une chance à l'humanité de repartir sur de nouvelles bases ou se laisseront-ils guider par la haine et le ressentiment ? L'américain Adam Scott et le russe Yvan Kostlof ont fait le choix du rapprochement. Mais quand l'idéologie, le sexe et la vengeance s'en mêlent, tout est possible...


"Heyoka Wakan" occupe une place originale dans l'univers du post-apo. Ici, l'apocalypse n'est que suggéré par l'auteur et imaginé par les personnages. La
guerre et son cortège de destructions ne sont donc pas réellement palpables, les survivants évoluent dans un environnement encore intact et bénéficient même d'un confort tout à fait convenable. 

De fait, la plupart des incontournables du genre se trouvent absents du récit. Pas de villes désertes, pas de bandes armées, pas de lutte quotidienne pour la survie. Toutefois, pour intact qu'il soit, leur univers n'est pas pour autant dénué de dangers. Il y a le froid bien sûr, la neige, le blizzard et, plus dangereuse encore, la tempête qui prospère sous les crânes de tous ces miraculés. Sans nouvelles de leur pays et de leurs proches, ignorants les développements de la guerre, ils sont prêts à tout pour rompre la monotonie des jours et faire cesser l'angoisse qui les ronge. 

Et c'est précisément cet aspect psychologique que Jean-Louis Le May explore dans son roman. Il le fait d'ailleurs plutôt bien et les sentiments des personnages, la confusion qui les habite, sont correctement rendus. Malheureusement le sujet est une peu faible pour nous tenir en haleine pendant 220 pages. 

L'auteur brode donc un peu et s'étend avec beaucoup de complaisance sur l'activité sexuelle débridée de ses personnages. Cà copule dans tous les coins, en couple ou en groupe, entre hommes ou entre femmes, hétéros et lesbiens confondus, et si Le May parvient à ne pas sombrer dans le scabreux c'est seulement grâce à l'humour avec lequel il nous raconte tout çà ! 

Bref, malgré un style bien agréable et des personnages assez convaincants, j'ai été déçu par ce livre au sujet prometteur dont j'attendais beaucoup. Sans doute trop. En fait, plus qu'un véritable post-apo, "Heyoka Wakan" est un roman sur le froid, l'isolement et la folie des hommes. Une lecture sympathique, sans plus.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

 

5 mai 2013

LA PLANETE AUX VENTS DE FOLIE - MARION ZIMMER BRADLEY

untitledUn vaisseau terrien en partance pour une lointaine colonie est dérouté par un orage gravitationnel et contraint de se poser en catastrophe sur une planète inconnue. Alors que les survivants hésitent sur l'ordre des priorités (réparer au plus vite le vaisseau ou se préparer à passer un hiver sur place), de singuliers événements se font jour. A chaque période sèche, des vents porteurs de pollens balayent la planète et provoquent chez tous les êtres vivants des troubles de la personnalité. La petite communauté parviendra-t-elle à surmonter ces difficultés et s'adapter à cet étrange environnement ? 


J'avais jusqu'à présent soigneusement évité les livres de cet auteur que j'associai uniquement à son cycle de fantasy arthurienne, genre où il est bien difficile de faire du neuf. C'est donc par le plus grand des hasards que je suis tombé sur ce bouquin dont la quatrième de couverture annonçait une histoire de " naufragés de l'espace ". Etant friand de ce type de récit, je me suis dépêché de l'acheter puis de le lire. Je n'ai pas été déçu.

Les fondamentaux de la robinsonnade y sont en effet bien présents et joliment mis en scène : -    le choc de l'arrivée et les premières explorations d'un nouvel environnement ;
-    les confrontations d'individualités, les différentes visions de l'avenir, notamment entre ceux qui misent sur une possible réparation du vaisseau spatial et les tenants d'une installation définitive sur cette planète ;

-    les prémisses d'une organisation politique, la distribution des tâches, les assemblées… ;

-    la détermination des priorités : nourriture, vêtements, petits artisanat ;

-    les projections, la construction d’un futur commun (démographie).

Mais, aux déboires déjà nombreux de nos infortunés robinsons, il faut ajouter ces fameux vents de folie qui donnent leur nom au roman et lui apportent une petite touche d'originalité. Car la folie collective qui s'empare de la petite communauté et provoque selon les cas, hallucinations ou pouvoirs extra sensoriels, pulsion sexuelle ou délire morbide, complique sérieusement leur tâche et met en péril leur survie même.


Au-delà de l'exploration de ces thèmes classiques, Marion Zimmer Bradley nous propose aussi de très beaux portraits dont ceux du Capitaine Leicester et de Camilla Del Rey figurent parmi les plus émouvants. Scientifiques de haut niveau, habitués à voyager d'une étoile à une autre, ils n'avaient pas prévus de s'installer à demeure sur une planète. Désormais cloués au sol, sans autre avenir qu'une existence austère et presque primitive, leur désarroi est immense. Miné par le sentiment de leur inutilité, regimbant face à leurs nouvelles obligations (enfanter pour Camilla), les réflexions qui les animent et leurs tentatives pour trouver un sens nouveau à leur vie donnent à ce livre quelques unes de ses plus belles pages.

Ce roman comporte enfin une jolie réflexion sur la place de l'homme dans son environnement naturel et constitue même une petite leçon d'écologie. L'idée de ne pas imposer à une planète la technologie mise au point sur un autre monde afin de ne pas violer ses "rouages intimes" est séduisante, tout comme la volonté de laisser faire le temps et d'accepter d'évoluer en fonction des caprices de la planète.

Je conseille donc vigoureusement la lecture de ce livre y compris à ceux que la fantasy rebute. Il s'agit ici de SF pure même si la Bradley y pose les bases de son célèbre cycle de "Ténébreuse" dans lequel on devine que les pouvoirs psy remplaceront la magie...

Albin Michel - Super Fiction - 1977

5 mai 2013

UN CHIEN DANS LA SOUPE - STEPHEN DOBYNS

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Latchmer à bien envie de s'envoyer en l'air avec Sarah, une jolie blonde rencontrée dans une salle de sport qui lui a promis de lui faire le coup de la cocotte- minute ! Dans ces conditions, difficile de lui refuser un petit service. Alors, quand le chien de la belle meure soudainement il ne peut qu'accepter d'aller inhumer la pauvre bête. Mais aller donc trouver, en plein New York, un coin de verdure où enterrer un chien. Heureusement un chauffeur de taxi haïtien va prendre les choses en main et entraîner notre amoureux dans une folle équipée nocturne.


Dans ce roman déjanté et surréaliste, Stephen Dobyns nous embarque pour une balade  homérique dans un New York by night fort éloigné de Broadway et de ses lumières. Ici, c'est le New-York de la misère et de la débrouillardise qui est à l'honneur et nous découvrons, entre Bronx et Harlem, un monde interlope dont n'ont pas conscience les braves citoyens.

Au gré des pérégrinations de nos deux compères nous rencontrons des personnages surprenants et hauts en couleurs : des fourreurs juifs qui croisent des gerbilles avec des tigres pour obtenir de belles et grandes peaux, des savants fous avides de cobayes, les tenanciers d'un bordel sado-maso et la directrice d'un restaurant asiatique spécialisé dans... le chien !

Chacune de ces rencontres se clos sur une histoire canine contée par un Latchmer en veine d'imagination et qui, tel un gimmick, apporte une note d'humour répétitif et décalé. Mais il s'agit là d'un talent à double tranchant puisque, invariablement, ses saynètes suscitent la réprobation et l'hostilité de son auditoire.

Le récit est également entrecoupé de nombreux flash-back revenant sur un événement de la jeunesse du narrateur : le décès de son grand-père. On ne voit d'abord pas bien le rapport entre ces deux moments de son existence jusqu'à ce que l'on comprenne que le traumatisme ressenti à l'occasion de l'enterrement de son aïeul est à la source de son éternelle indécision. Une indécision qui prendra fin grâce à son aventure et à la psychanalyse impromptue de Jean-Claude, taxi    improbable, as de la récup' et philosophe arhumatisé.

Gallimard - Folio Policier - 1999

4 mai 2013

TERRITOIRE INTERDIT - DENNIS WHEATLEY

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Un appel au secours de leur ami Rex Van Ryn contraint les trois mousquetaires du surnaturel que sont Simon Aron, Richard Eaton et le duc de Richeleau à se rendre en Russie Soviétique. 

Ce roman est le premier des nombreux ouvrages que Dennis Wheatley a consacré au personnage du duc de Richeleau et à ses sympathiques amis. C’est sans doute pour cela que l’on n’y trouve pas encore la moindre trace de surnaturel et que les forces du mal y sont remplacées par un ennemi à peine moins dangereux : le Guépéou, ancêtre du KGB.

Malheureusement, cette absence de dimension fantastique fait cruellement défaut à une intrigue bien banale et les mésaventures de nos héros ont un côté un peu mièvre.

Le seul véritable intérêt de ce livre tient donc au fait que, écrit dans les années trente, il illustre l’état d’esprit des occidentaux à l’égard du régime soviétique et imagine le sort des opposants déportés en Sibérie. Mais là encore la démonstration n’est pas convaincante, d’autant que nous savons depuis que la réalité a amplement dépassé la fiction. 

Alors, si l’on souhaite lire un témoignage sur la vie au goulag, mieux vaut lire un livre de Soljénitsyne et notamment « Une journée d’Ivan Denissovitch ».

Editions NéO - 1985

 

 

 

4 mai 2013

MARS BLANCHE - BRIAN ALDISS

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Touchée par une grave crise économique, la Terre n'a plus les moyens d'affréter des navettes vers ses colonies. Les habitants de Mars (quelques milliers de chercheurs, explorateurs, mineurs) se retrouvent donc isolés et contraints de se débrouiller seuls. Ils profiteront de cet isolement pour jeter les bases d’une société nouvelle et découvriront une étonnante forme de vie sur cette planète inhospitalière… 

Que ceux qui aime la SF avec ses vaisseaux spatiaux, ses combats galactiques et ses petits hommes verts passent leur chemin. Ici, il est surtout question de philosophie, d’ethnologie et de recherches scientifiques. Et c’est à la réalisation d’une société utopique où la place de l’homme est repensée que l’auteur nous convie. 

Brian Aldiss nous offre un roman dense, trop peut être, et j’ai souvent eu l’impression qu’il fallait être titulaire d’un doctorat de physique pour comprendre toutes ses digressions scientifiques. Malgré tout, les idées échangées par tous ces intellectuels ne manquent pas d'intérêt et méritent que l'on s'accroche. A découvrir.

Métailié - 2001

 

4 mai 2013

LA PRINCESSE NOIRE - SERGE BRUSSOLO

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Enlevée par des vikings puis vendue, Inga, jeune femme de 16 ans, se retrouve au service de la princesse noire. Celle-ci vit retirée dans une forteresse délabrée en compagnie des nombreux enfants qu’elle a sauvés de la coutume viking imposant que les nouveaux-nés mal-formés soient abandonnés aux loups. Désormais préposée à l’intendance du château, Inga devra faire preuve de sagacité et d'obstination pour survivre au milieu de cette cour des miracles et percer les nombreux secrets qui pèsent sur l'île, le château et ses souterrains. 


Lorsqu'on entame un livre de Serge Brussolo, on sait d'avance que l'on va être ballotté en tous sens comme une coque de noix sur l'océan déchaîné de son imagination. L'auteur a le don de nous emmener là où il veut, nous faire escalader des sommets pour nous rejeter ensuite à des profondeurs inouïes, nous faire croire au merveilleux et nous remettre brutalement les pieds sur terre. 

A ce titre, " La princesse noire " est un modèle du genre. L'auteur y multiplie les fausses pistes et les spéculations les plus invraisemblables. Chaque personnage y va de son allusion, de sa théorie sans qu'il nous soit possible de démêler le vrai du faux, la confession du mensonge. Un exemple. Quelle est l'origine de ce bruit qui résonne dans les souterrains de la forteresse ? L'épave d'un drakkar cognant contre la falaise, un dragon assoupi, un bersekker devenu fou, une divinité scandinave ? Toutes ces solutions sont envisagées l'une après l'autre pour être finalement abandonnées au grès des découvertes de l'héroïne. Pour autant elles ne sont pas définitivement rejetées et sont parfois réutilisées en d'autres circonstances ou sous un autre aspect.

Pour le reste, nous retrouvons dans ce récit d'une implacable vengeance quelques uns des thèmes chers à l'auteur au premier chef desquels celui de la transformation et de la maltraitance des corps. Il y est question de brûlures et de tatouages, d'yeux crevés et de visages défigurés, sans oublier bien sûr les malformations, naturelles ou provoquées, dont souffrent les petits prisonniers. Le thème de l'enfermement est lui aussi particulièrement à l'honneur avec cet univers trois fois clos : une île peuplée de vikings arriérés croyant encore aux anciennes divinités scandinaves, un château dont on ne sait s'il demeure fermé pour empêcher une attaque extérieure (il y en aura bien une) ou une évasion, et, plus mystérieux encore, des souterrains. Chacune de ces "prisons" possédant ses propres règles, ses chefs, ses dieux, ses légendes et ses dangers.

Ce livre n'est sans doute pas le plus imaginatif de tous les Brussolo que j'ai pu lire (il y en a tant !) mais il constitue sans conteste un bon opus dans sa veine médiévale. Notons à ce propos qu'Inga aurait pu se prénommer Marion à l'instar de l'héroïne de "Pèlerins des ténèbres" et "La captive de l'hiver" avec laquelle elle partage âge et profession. 

Livre de Poche - 2004

 

16 septembre 2016

PESTILENCE - DEGÜELLUS

trash01-2013

A Saint-Ragondard comme dans toutes les autres cités du royaume, la peste fait des ravages. Pas une ferme, pas une masure qui ne compte son lot de cadavres et seul le châtelain et sa mesnie semblent épargnés par le fléau, bien à l’abri derrière les hautes murailles de leur forteresse. Fraichement débarqué dans la petite ville, Tancrède Barbet, médecin aux méthodes peu orthodoxes, est accueilli à bras ouvert par le seigneur de céans qui lui confie la santé de sa famille et, accessoirement, celle de ses serfs. Il se rend très vite compte que la peste qui sévit dans les parages est plus virulente que partout ailleurs et que l’épicentre de la maladie se loge au milieu des marais, près du monastère de Saint-Hirudo…


En tout juste cent-cinquante pages, Julien Heylbroeck réussit à nous concocter une histoire bien agréable qui tient à la fois du roman historique, du polar et bien sûr, du roman gore. Encore que, et c’est paradoxal pour un roman édité par les biens nommées Editions Trash, cet aspect m’ait paru être le moins prononcé des trois. Il s’agit plutôt d’un gore d’ambiance pas particulièrement choquant  pour un récit se déroulant au moyen-âge : des juifs jetés au bûcher, des hérétiques torturés ou de pauvres hères coupés en rondelles, rien que de très commun en cette époque rude s’il en fut où la vie ne valait pas grand-chose.

L’auteur en rajoute juste un peu dans le crasseux et le sordide. Il se montre particulièrement complaisant dans ses descriptions des pestiférés, s’attardant sur les ravages de la maladie à grand renfort de bubons, sanies, pus et autres sécrétions bien dégueues. Quant à son village de Saint-Ragondard perdu au milieu de marais putrides, pourri d’humidité et infesté par les sangsues, il constitue un cadre idéal qui s’accorde à merveille à l'atmosphère extrêmement sombre qui imprègne l’histoire.

L’ambiance médiévale est aussi renforcée par l’utilisation d’un vocabulaire de bon aloi. On sent que l’auteur a travaillé la chose sérieusement et compulsé ses dictionnaires d’ancien français. Cela apporte un petit plus à un style par ailleurs solide et agréable même si parfois la signification de tel ou tel vocable n’est pas des plus évidente.

Le format court de ce roman ne permet malheureusement pas de s’attarder sur tous les personnages mais d’aucun auraient mérités d’être davantage exploités. Je pense notamment à Horatio, le nain montreur d’ours, qui me semblait offrir davantage de possibilités ou bien à celui de l’inquisiteur dont on parle beaucoup mais qui ne fera pourtant qu’une apparition éclair. Son médecin de héros occupe en revanche parfaitement sa place. Intelligent et opportuniste, sympathique mais dénué de cet humanisme anachronique que l’on trouve dans beaucoup trop de romans historiques, il est parfaitement crédible et raccord avec son époque.

« Pestilence » c’est enfin une intrigue qui tient la route et non une accumulation de scènes cracras comme c’est trop souvent le cas avec les romans gores. Ici, l’envie de connaître le fin mot de l’histoire nous tenaille tout du long et nous pousse à avaler les pages jusqu’à un dénouement absolument dantesque.

Trash Editions - 2014

 

29 octobre 2023

LE SOLEIL NE SE LEVA PAS - ANDRE DAHL

arbrevengeur53-2017

Un beau matin, les époux Huguenin ont la désagréable surprise de constater que le soleil refuse de se lever. La vie de ce couple de français moyens va s'en trouver bouleversée tout comme celle de leurs millions de concitoyens pensant leur dernière heure venue.

Disons-le de suite, en dépit de son soleil paresseux, ce roman de 1922 n'a pas grand-chose à voir avec la science-fiction et c'est à peine s'il a sa place dans ce merveilleux scientifique qui avait cours au début du XXème siècle. En fait, l'objectif recherché par André Dahl est avant tout de rédiger une petite satire sociale qui lui permettrait de croquer les grands et les petits défauts de ses compatriotes.

Et c'est avec beaucoup de zèle et d'humour qu'il s'attèle à la tâche. De la concierge au Président de la République, tout le monde y passe à commencer par les fonctionnaires, oui déjà, dont il prétend que les Bureaux ne sont que des "hôpitaux pour crânes vides". Il égratigne tout le monde : les boutiquiers, les journalistes, les bourgeois qui s'encanaillent et même la tenancière de bordel, "veuve d'un conservateur des hypothèques, qui applique à l'amour les connaissances superficielles qu'elle a de la nue-propriété et de l'usufruit".

C'est d'ailleurs aux femmes qu'il réserve l'essentiel de son venin au point de consacrer un chapitre entier au beau sexe. Sous le fallacieux prétexte de dévoiler aux amoureux les "principes éternels du bonheur conjugal", il se livre ainsi à une attaque en règle contre la vie de couple et les épouses qui vous empêchent de mener une existence libre et heureuse.

Bon, il fait tout de même quelques concessions aux figures imposées du roman catastrophe et l'on retrouve sans beaucoup de surprises des scènes de pillage ou le retour du sacré chez une population déboussolée. Mais cela est très vite expédié et le comique repointe vite le bout de son nez : éléphants du Jardin des Plantes se promenant dans le métro, danseuses de music-hall qui refusent de se dénuder par soucis de leur âme, alsaciens regrettant la rigueur germanique...

Tout cela est écrit dans un style délicieux, à la fois académique et boulevardier, plein de trait d'esprit, de calembours et de jeux de mots. On passe un joyeux moment à découvrir cette France et ce Paris qui n'existent plus guère et à s'amuser de mœurs qui, elles, n'ont finalement pas tant changées.

L'Arbre Vengeur - L'Exhumérante - 2017

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