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SF EMOI
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30 septembre 2016

CONAN LE MAGNIFIQUE - ROBERT JORDAN

fn-conan10-1994Pour dérober les joyaux de Dame Jondra, Conan s’est associé à une jeune voleuse du nom de Tamira. Tous deux intègrent la suite de la riche zamorienne passionnée de chasse qui s’est lancée sur les traces d’un mystérieux et redoutable gibier. Ils ignorent alors qu’ils ne sont pas les seuls à courser la bête fabuleuse et qu’un sorcier aussi retors qu’ambitieux s’apprête à les piéger tous.


La dernière fois que j’ai lu un de ces pastiches de Conan, l’expérience fut tellement lamentable que je m’étais promis de ne pas la renouveler. Promesse non tenue donc mais j'ai une excuse. Je me suis abreuvé très jeune aux récits de R. E. Howard grâce auxquels j’ai découvert la fantasy puis, de fil en aiguille, le fantastique et la SF. Je conserve donc un attachement tout particulier envers son gentil barbare et je me laisse presque toujours tenter lorsque je croise la route de l’un de ces romans édité au Fleuve dans les années quatre-vingt-dix. En plus, celui-ci était signé Robert Jordan qui est plutôt un honnête artisan déjà connu pour son cycle de « La roue du temps ».


Il nous a troussé ici une petite histoire sans grande surprise ni originalité mais qui comporte tout de même quelques bons moments, notamment ceux qui se déroulent à Shadizar, la capitale des voleurs, des mendiants et des catins. On y voit un Conan encore jeune qui joue les monte-en-l’air pour le compte d’un recéleur indélicat et  traîne ses guêtres dans les bas quartiers de la cité. L’atmosphère de cour des miracles est bien rendue avec ses bouges infects, ses quartiers en ruines  et ses taudis. Les personnages sont également bien croqués, y compris les seconds rôles, et certains sont même particulièrement  attachants (la petite reine des mendiants, le vieux serviteur…).


On change malheureusement assez vite de décor pour s’enfoncer dans les monts du Kezankian qui vont s’avérer moins déserts qu’on aurait pu le penser. Tribus révoltées, nobles brythuniens et militaires zamoriens, vilain sorcier et dragon cracheur de feu, c’est à croire que tout le monde s’est donné rendez-vous pour contrecarrer les plans de notre barbare favori. Il y a moult combats et démonstrations de force brute,  rivalités musculeuses et empoignades sanglantes, bref on en s’ennuie pas un instant en dépit d’une intrigue plutôt mince et d’un dénouement qu’on voit venir d’assez loin.

Le seul vrai reproche que je ferai à l’auteur est d’avoir quelque peu dénaturée la personnalité de Conan. Que le géant cimmérien cache derrière sa musculature un cœur d’artichaut, c'est concevable. Qu'il soit guidé par un code de l'honneur fruste mais juste qui le pousse à défendre les plus faibles, c'est certain. En revanche, qu'il se laisse aller  aux "jeux de l'amour et du hasard", soupire après la jolie voleuse tout en s'envoyant en l'air avec la belle chasseresse, s’amuse de la jalousie de l’une et de la soumission de l’autre, alterne les piques acerbes et les flèches de cupidon, c’est beaucoup moins crédible. 

L’histoire prend parfois des allures de vaudeville qui détonnent avec l’idée que je me suis toujours faite du farouche guerrier de Howard. Mais ce n'est finalement pas si grave puisque j'ai pu, une fois encore, passer quelques heures en compagnie de l'un des héros de ma jeunesse…

Fleuve Noir - Conan - 1994

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18 décembre 2016

UNE JEUNE FILLE AU SOURIRE FRAGILE - PIERRE PELOT

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A la recherche de tranquillité pour écrire le scénario de son prochain film, Cathy Tolviac a loué une maison dans la petite ville de l'Est où, enfant, elle passait ses vacances. Elle est accueillie par la propriétaire, Aline Bihrlinger, une jeune femme névrosée qui ressemble étrangement à l'image qu'elle se faisait de l'héroïne de son script. Intriguée, Cathy s'emploie à devenir son amie. Ce faisant, elle ignore qu'elle partage elle même quantité de points communs avec la défunte sœur de la jeune femme… 

Les éditions Patrick Siry présentent ce livre sous l'étiquette "Science-Fiction". Une initiative qui risque d'induire en erreur plus d'un lecteur car, s'il est vrai que Pierre Pelot a beaucoup versé dans la SF, il s'agit ici d'un thriller psychologique ou, à la rigueur, d'un roman fantastique.  

L'intrigue mêle en effet fantasme et réalité. Egarés dans un délire paranoïaque ou dans les méandres de la création littéraire, les personnages perdent progressivement pied. Cette lente plongée dans le délire mono maniaque et le mal être des héroïnes constitue l'essentiel de l'histoire.  

Pour le reste, pas grand-chose à signaler si ce n'est une fin tellement ouverte qu'elle laisse le lecteur en carafe. Pourtant, les premiers chapitres promettaient mieux. L'emménagement dans la maison, le mystère qui entoure le premier étage, la visite nocturne de la propriétaire ou encore la façon dont Kate utilise ce qui l'entoure pour écrire son scénario (peut-être la façon de travailler de Pelot lui-même), tous ces éléments laissaient espérer une histoire plus captivante.  

Mais au final, la seule chose qui m'ait réellement plu, c'est la peinture de cette petite ville de province et son atmosphère qui respire la déprime. Les averses incessantes, la rivière et ses eaux gonflées par la pluie, la grisaille, la brume et les arbres dénudés nous plongent dans une ambiance cafardeuse à souhait. Bref, si l'emballage est joli, le cadeau déçoit. 

Patric Siry - SF - 1988

 

15 novembre 2016

LE JEUNE HOMME, LA MORT ET LE TEMPS - RICHARD MATHESON

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Atteint d’une tumeur au cerveau inopérable Richard Collier n’a plus que quelques mois à vivre. Désireux de retrouver un peu de sérénité loin de la compassion un peu envahissante de sa famille, il part au hasard des routes californiennes et finit par atterrir à San Diego où il fait halte dans un hôtel au charme désuet. Le portrait d’une actrice du siècle dernier découvert sur l’un des murs de la vieille demeure va lui donner des raisons d’espérer encore en l’avenir en le plongeant dans une aventure extraordinaire.

Avec ce très beau roman, Richard Matheson nous propose un traitement original du thème du voyage dans le temps qui doit beaucoup plus au fantastique qu’à la SF. Pas de machine à remonter le temps, pas de porte temporelle, ici tout se fait par la seule force de la pensée. Cela permet du même coup à l’auteur de jouer de l'ambiguïté entre rêve et réalité. Son roman baigne tout du long dans une ambiance onirique et jusqu'aux toutes dernières pages, il sème le doute sur la véracité du récit de son héros, insistant sur la fragilité de sa santé mentale mais relevant aussi certains éléments qui au contraire étayent ses dires.

En ce sens, ce roman se rapproche beaucoup d'un « romanesque fantastique » à la Pierre Benoit ; rêve, délire, coïncidence, l'auteur ne prend jamais position et laisse le lecteur opter pour une explication merveilleuse ou rationnelle.  Il reprend en tout cas les canons du roman fantastique et l’on a parfois le sentiment de lire une histoire de fantômes ou de revenants. Le fait que le récit se déroule quasi exclusivement dans une vieille demeure victorienne à l’architecture tarabiscotée et isolée en bordure de l’océan participe grandement de cette impression.

Richard Matheson effectue d’ailleurs un gros travail sur le décor d’époque et parvient notamment à ressusciter l’état d’esprit des gens d’alors. Il s’agit en effet d’un temps où les convenances avaient beaucoup plus d’importance qu’aujourd’hui, où le travail emplissait les journées et où l’ont accordait une grande place à certains sujets ou certaines choses comme le respect de la parole donnée ou la nourriture. Cela lui permet aussi de glisser çà et là quelques passages humoristiques liés à certains aspects pratiques de la vie d’alors et notamment la difficulté de se raser avec un coupe-chou !

Mais plus que les péripéties qui attendent Richard en 1896, c’est la façon dont il remonte la piste de sa bien-aimée qui m’a le plus emballée. Tombé amoureux d'une actrice de la fin du XIXème siècle à partir d’une simple photo, il se livre à une véritable enquête sur la vie de sa dulcinée. Epluchant coupures de journaux et biographies il met au jour des zones d’ombres dans le cours de son existence et finit par entrevoir des indices laissant supposer qu’il l’aurait rencontrée, soixante-quinze ans plus tôt. La méthode utilisée pour la rejoindre qui allie spiritisme et méthode Coué donne également lieu à des scènes passionnantes, tantôt amusantes et tantôt dramatiques et, comme toujours en matière de voyage dans le temps, on retrouve aussi quelque uns de ces fameux paradoxes, ces « embrouillaminis de causes et d’effets entrecroisés qui donnent le vertige ».

S’il ne révolutionne pas franchement le genre, « Le jeune homme, la mort et le temps » reste une intéressante histoire de voyage temporel mais surtout une fantastique histoire d’amour par-delà la barrière du temps, le triomphe de l’esprit sur les contingences matérielles.   

Gallimard - Folio SF - 2000

20 avril 2016

LE CHOIX - PAUL J. McAULEY

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Damian et Lucas sont deux amis inséparables. Le premier vit avec son père, un homme brutal qui le bat comme plâtre. Le second prend soin de sa mère, une activiste écolo en phase terminale. Tous deux habitent sur la côte est de l’Angleterre à moitié immergée depuis  que le réchauffement climatique a fait fondre la calotte glaciaire. Ils rêvent évasion ou aventures et pourquoi pas emprunter l’un de ces trous de ver laissé par les extraterrestres et qui, parait-il, conduisent sur d’autres mondes. Alors, quand ils apprennent qu’un vaisseau alien se serait échoué à proximité, ils se lancent aussitôt à sa recherche.

Si les deux premiers chapitres de cette novella de 83 pages constituent une excellente entrée en matière, décrivant parfaitement le back-ground et permettant au lecteur de prendre tranquillement ses marques, la suite du récit est plus bancale. Après un très long passage narrant la virée des deux copains, leur découverte du "dragon" et le vol d'un artefact extra-terrestre tout va beaucoup trop vite. On a le sentiment que l'auteur est soit pressé d'en finir, soit contraint de faire court par le format choisi. On est donc un tantinet frustré d'autant que l'univers où évoluent ses personnages s'avère passionnant.

Ce bout de côte anglaise grignoté par la montée des eaux, sa population qui survit d'artisanat et de débrouille, le contraste entre technologie et régression ou encore la menace, réelle ou fantasmée, des extra-terrestres, tout cela donne une ambiance particulière. On éprouve comme une impression d'attente, un sentiment de provisoire ou d'inachevé. C'est un monde qui semble sur sa fin mais dans lequel les jeunes héros sont parfaitement à l'aise.

Paul McAuley nous brosse un portrait subtil de ces deux ados à la croisée des chemins. Bien davantage que leur aventure maritime et ses prolongements dramatiques, c’est ce soin tout particulier apporté à leur psychologie qui constitue le meilleur atout de son histoire. Le regard qu’ils portent sur le monde, leurs attentes et leurs doutes sont parfaitement rendus. C’est un joli récit d’apprentissage et de passage à l’âge adulte où la question du choix - entre le bien et le mal, entre la fuite et la lutte, entre les responsabilités familiales et les désirs d'émancipation - se pose de façon particulièrement brutale.

Au final, malgré une fin un peu bâclée et un recours à des E-T qui n’apportent pas une grande plus-value à son intrigue, ce texte de McAuley m'a beaucoup plu. Le Bélial et sa collection "Une heure lumière" ont donc fait un fort bon CHOIX avec cette novella qui m'a fait passer une heure de lecture peut-être pas lumineuse mais en tout cas bien agréable.

Le Bélial' - Une Heure Lumière - 2016

20 décembre 2015

BLUES POUR JULIE - PIERRE PELOT

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Dans un village et une époque indéterminés, un jeune homme demande à un vieil écrivain de lui parler de Julie, la mère de la femme qu’il aime. Le vieil homme se lance alors dans une histoire de guerre et d’amour, personnelle autant qu’universelle et intemporelle.  

"Blues pour Julie" est un roman dans lequel il est difficile d’entrer. Est-ce d'ailleurs un roman, un livre de science-fiction ou une œuvre expérimentale ? Je ne saurais dire, mais une chose est certaine, il faut s'accrocher un bon moment avant de commencer à trouver des repères et comprendre où l'auteur veut nous emmener.


On navigue en effet constamment entre passé et futur, rêve et réalité, invention et histoire vécue. Ainsi les bombardements dont il nous parle sont-ils ceux de la seconde guerre mondiale ou bien ceux d'une guerre future ? La jeune héroïne est-elle Julie ou sa fille Mathilde, est-ce un personnage issu de son imagination ou une amie d'enfance ? Et le narrateur, c'est bien Vignault qui nous parle de lui-même lorsqu'il était jeune ou bien un jeune écrivain qui s'imagine plus vieux ?


En fait toutes ces hypothèses se valent. Pierre Pelot nous parle avant tout de création littéraire et du pouvoir quasi divin que possède l'écrivain, celui d'écrire et de réécrire à sa convenance. Ecrire pour partager ses sentiments, pour ne pas oublier, pour prolonger l'existence des êtres aimés. Ce faisant il se livre à nous, nous dit sa douleur et son bonheur d’écrire et nous plonge dans les affres de la création artistique : « … vous écrivez pour rester en vie, pour avoir l’impression de sauvegarder votre identité. Parce que, sans cela, vous n’êtes qu’une fumée-pantin, avec les mêmes gestes que des millions d’autres fumées-pantins. Et vous allez écrire cette histoire de Julie pour vous préserver, vous, de la mort. Pour conjurer le sort. Parce qu’elle est ce que vous auriez pu être : votre négatif. Elle est votre doute, vos instants de folie, vos larmes, vos tentations jamais écloses. Elle est votre envie de vous effacer à jamais, parfois. ». On devine ainsi l'interaction qui existe entre l'auteur et ses personnages, comment il agit sur eux et comment ces derniers le change en retour.

« Blues pour Julie » est donc un roman très personnel où l’auteur nous livre un peu de son rapport à l’écriture et sans doute aussi de sa vie (des allusions à son épouse, à une amie suicidée ?). C’est peut-être aussi une sorte d'exorcisme, une façon de se prouver que l'on peut inventer son existence, vivre un peu de ses rêves...

Pocket SF - 1984

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15 octobre 2015

RITE DE PASSAGE - ALEXEI PANSHIN

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Voilà presque deux siècle que la Terre, et avec elle le système solaire, a explosé. Seules quelques centaines de milliers d’hommes et de femmes ont pu quitter à temps le berceau de l’humanité à bord de gigantesques nefs spatiales. Depuis, plusieurs dizaines de planètes ont  été colonisées au prix, bien souvent, d’une régression technologique assez considérable. Une « aristocratie de la science » a toutefois survécu, composée de celles et ceux que le travail de la terre rebutait. Ils continuent de voyager dans les étoiles, n’entretenant que de vagues contacts avec les colonies humaines. Une vie consacrée à la recherche et l’épanouissement personnel mais réservée à ceux qui surmonte « l’épreuve » : survivre, seul, pendant trente jours sur l’un des mondes colonisés. Facile ? Peut-être. Sauf quand on a quatorze ans et que vos cousins humains ne vous portent pas précisément dans leur cœur…

Ce roman d'Alexeï Panshin est pour moi le prototype du bon space-opera à savoir un récit captivant et intelligent qui mêle à justes doses l'action à la réflexion sans oublier bien sûr des personnages profonds et attachants. Le procédé narratif est également intéressant  puisque c’est par les yeux d’une enfant de douze ans que nous faisons la découverte de ce gigantesque vaisseau où s'est réfugié ce qui restait de l'humanité avant qu'elle ne parvienne à essaimer sur de nouvelles planètes.

Nous faisons donc connaissance avec Mia, une jeune fille qui a des préoccupations de son âge, s'inquiète de perdre ses amis à cause de son déménagement et entretient des relations difficiles avec un père trop occupé et une mère absente. Nous la suivons dans ses occupations quotidiennes, ses cours, les parties de football, les expéditions dans le système d’aération du vaisseau... Le ton est gai, léger, presque insouciant.


Pourtant, le propos d'Alexeï Panshin est beaucoup plus sérieux qu'il n'y parait au premier abord. Si l'on considère en effet le récit de Mia, non par les yeux de l'enfant qui ne comprend pas encore toutes les implications de ce qu'elle voit, mais avec ceux d'un adulte réfléchi, on s'aperçoit que son monde n'a finalement rien d'idyllique. On découvre que si Mia et ses amis sont enfants uniques, c'est que le vaisseau pratique un contrôle des naissances rigoureux  ; que si leurs parents vivent rarement ensemble et n'élèvent pas leur progéniture c'est qu'ils n'ont pas forcément choisi leur partenaire ni même d'avoir des enfants mais se sont soumis aux suggestions de l'eugéniste ; que si le sixième niveau est totalement désaffecté c'est que la population du vaisseau est réduite à trente mille âmes alors qu’elle en a compté trente fois plus.


On comprend alors que la politique à l’œuvre dans le vaisseau est élitiste, égoïste et liberticide. Les voyageurs de l'espace ne sont pas de gentils esthètes occupés à de nobles tâches scientifiques ou artistiques. Ils ont aussi des comportements beaucoup moins louables. Ils marchandent leurs connaissances auprès des colons dispersés à travers l'univers et n'hésitent pas à condamner à  un exil synonyme de mort presque certaine ceux qui ne respectent pas leurs lois. Enfin, ils imposent à leurs enfants une dangereuse épreuve que plus rien ne justifie et dont beaucoup ne reviennent pas.


La société dans laquelle vit Mia est une société sclérosée, repliée sur elle-même et qui se meurt sans en avoir encore conscience. Mia elle, finira par s'en rendre compte. Ses lectures, ses échanges avec son professeur et ses amis mais surtout l'expérience vécue à l'occasion de son "rite de passage" à l'âge adulte, changeront sa façon de voir les choses. Elle comprendra la responsabilité qu'il lui faut assumer, celle du puissant envers le faible, du scientifique envers l’ignorant.

Opta - Galaxie Bis - 1973

20 octobre 2015

SUEUR AUX TRIPES - LEO MALET

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Lorsqu'il fait la rencontre de Jeanne, Paulot a du mal à croire à sa chance. Une fille comme ça, pour lui, un escroc minable qui foire tout ce qu'il entreprend et pétochard comme pas un... pas possible. Et pourtant, la jolie môme semble avoir le béguin au point de vouloir se mettre en ménage. Mais pour ça, il faut du pognon. Et c'est là que les choses se gâtent. Braquage, meurtre, flics aux fesses, Paulot se retrouve bientôt dans une situation impossible... 

« Sueur aux tripes » est la troisième pépite extraite de cette excellente trilogie noire qui, mieux que les "Nouveaux mystère de Paris", dévoile toute l'étendue du talent de Léo Malet.

En compagnie de Paulot le Foireux, nous repartons pour une nouvelle plongée dans le populo crasseux, celui des macs et des demi-sels, des mères maquerelles et des malfrats. Nous faisons le tour des guinguettes miteuses d'un Paris qui a encore, çà et là, des airs de campagne. Nous pénétrons dans les bordels les plus sordides où des prostituées en fin de carrière enquillent les clients les moins regardants, dans les hôtels garnis où l'électricité vous est comptée, dans les foyers insalubres où s'entassent les sans-abris. 

Toux ceux que l'on croise, du tenancier de bar alcoolo et voyeur au proxénète indicateur de police, sont pourris jusqu'au trognon et pas un ne viendra en aide au pauvre Paulot au cours de sa cavale. Les femmes valent à peine mieux et le seul secours qu'il recevra sera celui d'une bourgeoise un peu frappée qui voit en lui le bandit héroïque et non pas l'homme aux abois qui a désespérément besoin d'aide et de compréhension. 

Pourtant, tout n'avait pas si mal commencé. Le premier tiers du roman était même presque fleur bleue. Une histoire d'amour éclose sur un tas de fumier entre une entraineuse et un escroc de bas étage. Mais les choses changent bien vite et la vraie nature des amants se révèle. D'un côté une femme manipulatrice, de l'autre un pauvre type souffrant d'une grande mésestime de soi et qui finit par ne plus croire à l'amour ou en l'amitié.

Bien sûr, tout cela finira mal. Mais que les braves gens continuent à dormir sur leurs deux oreilles, Dame Justice étouffera bien vite ce nouveau cri de rage contre une société qui laisse sur le bord de la route ceux qui n'ont ni la force, ni le courage de lutter.

Pocket - 2010

13 juillet 2015

LA ROUTE DU CUSH - CHARLES SAUNDERS

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Imaro et ses deux compagnons continuent leur périple en Nyumbani pour rallier le royaume de Cush. Ils espèrent recueillir auprès de la souveraine de ce puissant pays des informations concernant la lutte souterraine qui s'est engagée entre le bien et le mal ainsi que sur le rôle qu'Imaro est appelé à y jouer. Mais les Mashaatan, les terribles dieux-démons, n'ont pas l'intention de les laisser faire.

Si les romans de Charles Saunders appartiennent indiscutablement à la fantasy guerrière, son héros est un personnage beaucoup plus fin et sensible que ceux que l'on a l'habitude de rencontrer dans ce genre de littérature. Imaro n'est pas qu'une montagne de muscle. Il réfléchit au moins autant qu'il cogne et se pose quantité de question, sur ses origines et sur sa destinée notamment. Il n'est pas non plus tout puissant. Il a ses moments de faiblesse - un héros qui vomit ses tripes à cause du mal de mer, ça n'est pas banal - et a souvent besoin de l'aide de ses compagnons.


Ces derniers, la belle Tanisha et le savant Pomphis, bénéficient aussi d'une belle mise en lumière. Ils ne sont pas cantonnés au rôle de faire-valoir mais influent au contraire beaucoup sur les événements. Ils ont une vie propre (des ambitions, des désirs) et entretiennent l'un envers l'autre une relation ambiguë tout en se disputant la première place dans l'amitié du géant noir.


Tous trois vont cette fois être confrontés à des univers qui leur sont étrangers : de grandes cités, des ports, la mer, et avec eux des lois et des règles ainsi que les outils pour les faire respecter (armée, police). Cela induit pas mal de nouveauté dans le déroulement de leurs aventures et dans les décors. Saunders prend heureusement tout son temps pour mettre en place un environnement fouillé (casernes, arène, taverne) et détailler tous les personnages, même secondaires, insufflant ainsi davantage de vie à son histoire.


Les scènes de combat sont aussi un peu plus variées. Il ne s'agit plus seulement d'un mano à mano entre Imaro et un vilain sorcier. Ses amis, ou des alliés de circonstances, y ont aussi leur part. Ils auront d'ailleurs tous largement de quoi faire entre des créatures mi-hommes mi-pierre, de monstrueux frères-siamois et de non moins affreux hommes-requins.

Ce deuxième tome des aventures d'Imaro tient donc toutes ses promesses. L'action est toujours aussi présente, les trois héros sont plus attachants que jamais et l'intrigue prend de l'amplitude. Vivement la suite ! 

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 

 

23 juillet 2015

LE GRAND VESTIAIRE - ROMAIN GARY

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Après le décès de son père dans les derniers jours de la guerre, le jeune Luc Martin est pris en charge par une institution caritative qui l'envoie à Paris. Sitôt arrivé dans la capitale, il fait la connaissance d'un autre orphelin qui l'invite à s'installer chez lui. C'est ainsi qu'il rejoint Léonce et sa sœur Josette, deux ados délurés hébergés par Vanderputte, un vieil original vivant du marché noir et autres combines. Dans leur grand appartement de la rue Madame les trois amis vivent une existence étrange où le rêve côtoie la réalité la plus sordide.

Romain Gary est l'un des romanciers français que j'apprécie le plus. J'aime son écriture d'une aisance étonnante, à la fois classique et audacieuse. J'aime l'atmosphère quasi surréaliste qui baigne ses histoires ainsi que l'extravagance des lieux, des situations et des personnages. J'aime surtout cette sensation de folie maîtrisée et l'amour de l'humain qui émane de tous ses romans. Celui-ci fait partie de ses tout premiers, de ceux qu'il écrivit dans les années qui suivirent la fin de la deuxième guerre mondiale et qui ont d'ailleurs pour cadre ce conflit et ses conséquences.


Le récit se déroule dans le Paris d'après-guerre, période trouble où l'on vit dans la crainte du communisme et où se croisent soldats américains, collaborateurs et résistants. Nous y suivons un jeune orphelin d'une quinzaine d'années qui trouve refuge chez un vieil excentrique en compagnie d'un frère et d'une sœur de son âge. Ensemble, les trois ados se livrent à toutes sortes de trafics sous la houlette de Vanderputte, à la fois père adoptif et receleur, vieil homme plus malheureux que malhonnête.


Puis les petits voleurs deviennent braqueurs, autant pour réaliser leur rêve de voyage en Amérique que pour ressembler à ces acteurs de films noirs auxquels ils s'identifient. Ce faisant ils tentent à leur manière de préserver leur liberté, d'inventer leur avenir au lieu de se conformer au rôle que l'on attend d'eux. Ils se préfèrent gangster ou vamp plutôt que pupille de la nation promis à une vie toute tracée d'apprenti ou d'ouvrier.


Ils s'entourent aussi d'un quatuor d'originaux qui tous à leur manière ont rompu avec la société. Il y a là un faux tragédien mais véritable travesti, un ténor italien, un chimiste hongrois, un baron polonais. Quatre débris humains, laissés pour contre d'une Europe en pleine mutation, qui n'ont pas su ou pas voulu s'adapter. Des personnages détestables et attachants qui refusent d'endosser les vêtements du moment, d'entrer dans ce « grand vestiaire » où tout n'est qu'apparence. Des apparences au-delà desquelles les gens ne savent ou ne veulent pas voir. Ils restent au niveau du physique, de la fonction ou de la réputation. Au lieu de voir l'homme, ils ne voient que la défroque, l'allemand, le juif, le collabo...


La démonstration de Romain Gary culmine dans cette scène où un dentiste juif renonce à soigner un patient antisémite. Si l'on peut comprendre les réticences de l'ancien déporté, il n'en demeure pas moins que lorsqu'il prend cette décision, il cesse de voir un homme qui souffre pour ne plus voir que le raciste (
« Après ce qu'ils m'ont fait ! »). Concomitamment, il cesse lui-même d'être un homme quelconque, un dentiste, pour ne plus se définir que par sa judaïcité et ce, alors même qu'il venait d'avoir ces mots si justes : « enfin, un homme est un homme. ».


Cela illustre toute la difficulté qu'il y a à se conduire humainement envers son prochain, à ne pas juger avant de connaître. Il ne s'agit pas d'aimer ou de pardonner mais simplement d'essayer de comprendre. C'est cela que Romain Gary, lui-même juif et résistant, veut nous faire saisir. Il ne se fait cependant guère d'illusions et termine son histoire sur une note pessimiste. Son jeune héros se rallie à l'opinion générale ; il juge et applique la sentence voulue par tous. Il rentre dans le rang en abdiquant une partie de son humanité : sa capacité à compatir. Et la dernière phrase résonne comme un glas, un terrible aveu d'impuissance :
« Je pouvais maintenant retourner parmi les hommes ».

Gallimard - Folio

17 juin 2015

LA FARCE DU DESTIN - J-B POUY ET PATRICK RAYNAL

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Gégé et Lulu, alias Jésus et Lucifer, s'emmerdent copieusement. Pour passer le temps dans le rade où ils ont leurs habitudes, ils s'adonnent à un jeu de rôle grandeur nature, histoire de voir si leurs créatures arrivent encore à les surprendre. Avec Mado la strip teaseuse et Antoine le moine tourier, ils ne vont pas être déçu.

Pouy et Raynal ont dû s'amuser comme des petits fous en écrivant ce roman à quatre mains. Ils ont en tout cas profité de l'occasion pour se laisser aller à leur amour du bon mot.

Ca commence dès le titre avec un petit clin d'œil à Verdi, pour ne plus jamais s'arrêter. Philosophie de comptoir (Avant de créer le monde, Dieu a sûrement fait un stage dans un magasin de farces et attrapes), jeu de mots facile (Te v'là bâillonné comme un jambon) ou plus subtil (Il va se faire sonner les cloches et ça lui fout d'avance le bourdon), c'est un véritable feu d'artifice.


Côté histoire en revanche, nos deux compères se sont beaucoup moins foulés. Cette rencontre improbable entre un moine et une effeuilleuse n'est qu'un prétexte permettant la confrontation de deux univers extrêmement différents. Un télescopage riche de dérapages en tout genres auquel vient se greffer, vieux réflexe des nos deux polardeux, une petite intrigue policière avec des mafiosis russes qui désirent voler le reliquaire d'une abbaye (Ils veulent tirer la châsse !).


Mené à cent à l'heure, le récit est entrecoupé de conversations entre Dieu et Diable, riches de réflexions parfois plus profonde qu'il n'y paraît sur la nature humaine. Bref, une agréable petite friandise à déguster un soir de déprime.

Les Contrebandiers Editeurs - 2008

18 janvier 2015

PRIS AU PIEGE - YVES RAVEY

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Le petit Lindbergh vit avec ses parents dans une zone pavillonnaire proprette avec de jolies maisons et de charmants voisins. Il y a là Monsieur Barclay le banquier, Monsieur Barre le maître nageur, la jolie Madame Domenico qui l'aide à faire ses devoirs et son mari, jaloux comme un poux. Un vrai petit coin de paradis qui ronronne dans la torpeur et le soleil jusqu'à ce que deux spécialistes en insectes xylophages viennent troubler le calme de l'été et faire découvrir à Lindbergh les turpitudes des adultes.

Pris au piège est un roman qui se dévore en un rien de temps. Il est vrai que sa petite centaine de pages écrites en gros caractères contribue largement à une lecture rapide. Mais c'est surtout son ton drôle et naïvement cruel qui donnent envie de l'avaler d'une traite.

Le récit à la première personne est celui d'un enfant de onze ans. Le vocabulaire employé est donc simple et les phrases courtes. Le gamin se contente de décrire ce qu'il voit et entend avec ses mots, sans faire de commentaires, sans analyser la situation. Coincé dans le grenier de ses voisins il n'est d'ailleurs qu'un témoin indirect et ne comprend sans doute même pas le sens de la scène qui se joue à quelques pas de lui. L'analyse, c'est au lecteur de la faire. C'est à lui de donner un sens aux faits décrits, de les « traduire » et d'en tirer une conclusion. En l'occurrence une histoire tristement banale de violence conjugale.

Mais comme je le disais plus haut, le récit est empreint d'une constante bonne humeur qui lui évite de sombrer dans le pathos. Les apparitions récurrentes des pseudo spécialistes nous donne quelques scènes savoureuses qui permettent de faire retomber la tension. Elles auront néanmoins permis d'entrouvrir la porte des coquets pavillons et d'en dévoiler les secrets. Le petit Lindbergh y aura perdu une partie de son innocence.

Les Editions de Minuit - 2005

3 août 2014

SYZYGIE - MICHAEL CONEY

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Tous les cinquante-deux ans, l'alignement des six lunes de la planète Arcadia provoque des marées d'une ampleur exceptionnelle ainsi qu'un mystérieux "effet relais" permettant aux humains de ressentir les émotions de leurs congénères et même de capter leurs pensées. Dans la cité portuaire de Riverside, alors que les habitants s'organisent pour faire face aux inondations, des tensions commencent à apparaître et les incidents se multiplient. Mark Swindon, scientifique installé depuis cinq ans dans la petite bourgade, fait de son mieux pour protéger les parcs marins dans lesquels il élève les poissons nécessaires à ses recherches. Il ignore encore que sa triple qualité d'étranger à la communauté, de représentant des autorités et de fiancé d'une jeune femme assassinée quelques mois plus tôt, vont faire de lui la cible privilégiée de la vindicte populaire.

Outre son rôle dans la régularité des marées, on prête volontiers à la lune une influence sur le tempérament des hommes. C'est sans doute cette idée qui a poussé Michael Coney a créer un monde qui aurait non pas un mais six satellites, et à imaginer les conséquences surprenantes d'une conjonction de tous ces corps astraux.

Précisons-le de suite, l'aspect science-fictif n'est guère visible. Il se limite à quelques représentants de la faune et de la flore locale, à des véhicules se déplaçant sur coussins d'air et à deux, trois allusions à la colonisation de la planète, une centaine d'années plus tôt. A ces exceptions près, on pourrait tout à fait se croire sur Terre au XXème siècle.

L'auteur situe d'ailleurs son intrigue dans une petite ville côtière tout à fait banale, peuplée de simples pêcheurs et de quelques scientifiques experts en faune marine. C'est que pour Coney, l'important réside dans l'effet, non dans la cause. La planète Arcadia n'est qu'un prétexte et cette fameuse syzygie un moyen. Peut-importe que l'alignement de ses lunes pousse le plancton a se rapprocher des côtes pour former de mystérieuses entités douées de télépathie et servant de relais aux pensées des humains. Ce qui compte, ce sont les bouleversements que cela induit sur les relations qu'entretiennent les habitants de Riverside.

La lutte que les hommes mènent contre les entités est avant tout une lutte contre eux-mêmes et contre leurs mauvais penchants. Ce sont donc les profondeurs abyssales de l'âme humaine que Coney va explorer. Rien d'étonnant à ce que la psychologie des personnages soit au centre de l'histoire. Celle du héros-narrateur bien sûr, mais également de tous les autres, personnages de premier plan autant que secondaires. En fait, de la ville entière. Cela lui permet de décortiquer les relations entre les habitants de la petite agglomération portuaire. On y voit comment se forment les ragots et naissent les jalousies et les rancœurs. « L'effet relais » ouvre les vannes aux sentiments bruts, non raffinés par les conventions sociales et la morale. L'hypocrisie n'est plus de mise puisqu'on ne peut rien cacher aux autres. L'état d'esprit de la petite communauté est également bine rendue : sa frilosité vis à vis de ce qui est extérieur à son cercle, l'animosité envers les étrangers, la méfiance envers le gouvernement central.

Toutefois, si les personnages parlent et réfléchissent beaucoup, l'action n'est pas pour autant absente. Hystérie collective, mouvements de foules, lynchage et chasse à l'homme émaillent le récit et maintiennent une tension constante. Par ailleurs, une petite intrigue policière vient ajouter un soupçon de suspens et nous pousse à nous interroger sur la culpabilité et les motivations de tel ou tel personnage. Syzygie est donc un excellent roman qui divertit autant qu'il interpelle.

L'histoire nous fournit de nombreux axes de réflexion sur des sujets aussi divers que la gouvernance, la place de l'homme dans son environnement ou le rapport à autrui. Il m'a aussi rappelé quelques uns des thèmes abordés par Marion Zimmer Bradley dans son roman La planète aux vents de folie. On y retrouve notamment cette folie collective qui s'empare des humains et les pousse à des conduites étranges ainsi que l'idée selon laquelle l'homme est un intrus qui doit s'acclimater à la planète qui l'accueille plutôt que vouloir la soumettre à toute force.

Décidément, plus je découvre l'œuvre de Michael Coney et plus j'apprécie cet auteur. Il s'agit assurément d'un grand de la SF britannique et, même, de la SF tout court.

Albin Michel - Super Fiction - 1975

2 juin 2014

LES DOMAINES DE KORYPHON - JACK VANCE

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Après cinq années passés loin de sa planète natale, c'est avec un mélange de joie et d'appréhension que la jolie Schaine Madduc s'apprête à retrouver les siens. Son père est en effet l'un de ces barons terriens dont les ancêtres se sont taillés de vastes domaines sur le continent de l'Uaïa au détriment de ses premiers habitants. Or, après deux siècles de dépossession, les Uldras entendent bien récupérer leurs terres et c'est Jorjol, l'ancien compagnon de jeu de Schayne et de son frère, qui défend leurs revendications. Lorsque le vaisseau d'Uter Madduc est abattu alors qu'il venait à la rencontre de sa fille, le conflit semble inévitable. A moins que les amis de Schaine ne découvre le secret d'Uter qui, semble-t-il, pourrait ruiner les revendications des uns et de autres. Mais pour cela il faut se rendre dans la Palga, le mystérieux pays des coureurs de vent...

Cela faisait un bon moment que je n'étais venu chercher un peu de dépaysement dans l'univers chatoyant de Mister Vance. J'ai donc jeté mon dévolu sur ces « Domaines de Koryphon » et la jolie damoiselle qui orne sa couverture ! Bien m'en a pris car il s'agit d'un très bon opus de l'auteur.

Le roman débute par un prologue résumant l'histoire de la colonisation de la planète Koryphon. Il permet d'installer des repères géographiques, de cerner les différents partis en présence et comprendre les enjeux dont il sera question. Et ça n'est pas du luxe compte tenu de la pléthore de noms (continents, peuples, organisations) qu'il nous faut retenir. De nombreuses notes de bas de page viennent heureusement compléter ces informations et apporter une petite touche encyclopédique plutôt amusante.

Tout commence donc sur l'île de Szintarre et plus précisément à Olanje, sa cosmopolite capitale. On y fait la connaissance de la plupart des protagonistes de l'histoire : Schaine, son frère Kelse et Jorjol, les trois anciens amis, mais aussi Gerd Jemasze un baron sûr de lui et Elvo Glissam un journaliste enjoué et idéaliste. On découvre les relations existant entre les uns et les autres et l'on devine les conflits à venir. Ces personnages se montreront toutefois plus complexes et profonds qu'il n'y paraît au premier abord. On croit avoir affaire à des stéréotypes bien marqués tels le propriétaire terrien arrogant, le jeune révolté, la charmante héroïne écartelée entre devoir et passion et puis, les caractères se dévoilant progressivement, on est amené à réviser notre jugement. Jack Vance nous réserve même une surprise de taille qui éclairera d'un jour nouveau les actes de l'un deux.

Une fois les présentations faites, on s'embarque pour l'Uaïa, ce continent si convoité. On s'arrête un temps au manoir de Morningswake, le berceau de la famille Madduc, mais c'est surtout avec la Palga, le pays des coureurs de vent, que Vance va exercer ses talents de créateur d'univers. Cette fois-ci, il nous emmène dans une vaste Taïga où vit une société de nomades se déplaçant à bord de gigantesques chars à voiles (un mode de transport qui n'est pas sans rappeler les "Chemins d'air" des Chroniques de Durdane).

Il nous fait rencontrer un peuple archaïque où l'autorité de sorciers s'exerce par l'entremise d'interdits matérialisés par des fétiches et des amulettes (les Fiaps). Cette partie du roman possède un côté western très marqué. Il y a des courses poursuites, des échanges de tirs et les auberges ont des faux de saloon. Bref, un intermède vraiment très sympa avant que l'intrigue ne reprenne son cours vers une révélation qui tient toute ses promesses.

Sur le fond, le roman nous parle de colonialisme. Dans une chronique de ce livre, Roland C. Wagner faisait un rapprochement avec "Ce monde est notre" de Francis Carsac, dans lequel trois peuples humains issus de vagues successives de colonisation s'affrontaient pour la possession de leur planète. Il en va effectivement de même ici puisque les Uldras, les Coureurs de vents et les Outkers se disputent les même territoires. Mais Vance a encore compliqué les choses en y ajoutant deux races autochtones, les Erjins et les Morphotes. Des espèces semi-intelligentes que les humains se sont empressées d'asservir (serviteurs, montures ou curiosités zoologiques) mais qui demeurent bel et bien les premiers occupants de la planète.

Et puis, au contraire de Carsac, Vance ne propose pas de solution pour régler le conflit. Le roman s'achève sur un statu quo et sur le constat qu'aucune propriété n'est légitime : "Les titres de propriété de chaque parcelle de terre ont pour origine un acte de violence, plus ou moins reculé dans le temps et les droits de propriété n'ont que la valeur de la volonté et de la force nécessaire pour les protéger". Une morale guère satisfaisante mais cependant assez juste.

Pocket SF - 1987

23 avril 2014

LE MIROIR AUX ESPIONS - JOHN LE CARRE

9782020479967_1_mLeclerc, directeur d'une petite unité de contre espionnage placée sous l'autorité du ministère de la défense accepte mal de voir son service relégué au rôle de faire valoir du « cirque », la principale organisation de renseignement britannique. Aussi, quand l'une de ses taupes détecte une activité anormale dans une petite ville de RDA, il fait tout pour convaincre ses supérieurs de la nécessité d'infiltrer un agent. Mais ses informations sont-elles fiables ? La menace est-elle réelle ? Ou ne serait-il pas sa propre dupe ?

Les romans d'espionnage de John Le Carré sont à des années lumières de ceux de Ian Flemming. Chez lui, ni smoking ni gadget, encore moins d'agent surentraîné capable d'exterminer un régiment de spetsnaz tout en culbutant une espionne soviétique toutes les trois pages. L'ambiance y est beaucoup plus terne et ses agents secrets ont des apparences de petits fonctionnaires préoccupés par leur notes de frais et les reproches de bobonne. C'est certes moins distrayant qu'un James Bond mais beaucoup plus instructif. Et ce que le l'histoire perd en action, ellle le gagne très largement en réalisme.

Ici, nous suivons de bout en bout une opération d'infiltration. Des circonstances qui la motive à sa mise en application, aucune étape n'est passée sous silence. L'attente du feu vert du gouvernement, les demandes de crédit, le recrutement de l'agent ou les relations tendues avec les services concurrents, rien ne nous est épargné. C'est précis sans jamais être ennuyeux et ça permet de se faire une idée assez juste du fonctionnement d'un tel service. Surtout, ça met en lumière les petites mains qui se cachent derrière une telle opération, les secrétaires et les documentalistes, les agents de liaisons, les formateurs...

Une bonne part du roman est malgré tout consacrée à l'entraînement et à la mission de l'agent. On assiste donc à sa formation aux différentes techniques de combat, à la collecte de renseignements et à leur transmission (radio, codage). Le Carré s'appuie sur une multitude de détails qui apportent de la véracité au récit.

Il insiste aussi beaucoup sur la dimension psychologique d'une telle opération. Il nous dévoile les motivations plus ou moins avouables des uns et des autres : états d'âmes des agents de terrain ou scrupules de ceux qui les envoient au casse-pipe.

Au final, cela nous donne un roman d'espionnage qui sonne vrai et qui nous replonge dans les années soixante sur fond de guerre froide et de rideau de fer.

Points - Policier - 2006

20 février 2014

LE TEMPS MEURTRIER - ROBERT SHECKLEY

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Lorsqu'il se réveille après un terrible accident de voiture, Thomas Blaine est loin de s'attendre au cours étrange que vient de prendre son existence. Coup sur coup, ses médecins lui apprennent qu'il n'est plus en 1958 mais en 2110, que son esprit est l'hôte d'un corps d'emprunt et qu'il devra désormais vivre à une époque où la vie après la mort existe bel et bien. Comme si cela n'était pas suffisant un poltergeist lui rend la vie impossible et un zombie lui accorde une attention un peu trop soutenue. Heureusement, un ange-gardien veille sur lui.

Ce livre de Sheckley m'a fait découvrir un auteur extrêmement inventif, drôle, parfois loufoque, mais qui sait tenir son lecteur avec une histoire bien rythmée et non dénuée de quelques réflexions sur le sens de la vie.

Tout commence par ce grand classique de la SF qu'est le voyage dans le temps. Le début du roman m'a d'ailleurs fait penser au Futurama de Matt Groening puisque, à l'instar du héros de la célèbre série d'animation, Thomas Blaine se retrouve propulsé dans un futur où il n'a plus aucun repères. Les resto martiens ont remplacés les traiteurs chinois, il y a des cabines de suicide, des hélitaxis, des fermes sous-marines et, si l'on y prend garde, on peut se faire voler son corps en un rien de temps.

Mais la comparaison s'arrête là car Sheckley ne se contente pas de confronter son personnage aux innovations technologiques de l'an 2110. Son futur à lui est assez particulier. La science y a démontré que la vie après la mort n'est pas un mythe et que l'esprit (l'âme pour les croyants) continue de vivre dans l'au-delà. L'existence des fantômes, ectoplasmes et autres esprits frappeurs est également avérée. Ils peuvent vous hanter ou vous passer un coup de fil par l'intermédiaire du Central Spirite et même s'introduire dans le corps des récents défunts.

Bref, tout le folklore de la littérature fantastique est désormais un fait scientifique et c'est dans ce monde où la vie ne pèse plus grand chose dès lors que l'on sait que l'esprit lui survit, que Blaine doit refaire la sienne. Il va dès lors se retrouver ballotté en tout sens sans très bien comprendre ce qui lui arrive, ce qu'on lui veut et ce qu'il pourrait bien faire pour s'en sortir.

Ca part dans toutes les directions avec une intrigue composée de plusieurs fils qui se croisent et s'entrecroisent. Sur fonds de complot et de guerre commerciale, les rebondissements s'enchaînent à un rythme d'enfer. Enlèvements, voyage par la pensée ou chasse à l'homme, combats au rayonnant ou à la hache, pas le temps de s'ennuyer. Ça fourmille de personnages et d'idées qui ne sont parfois qu'esquissées mais qui pourrait pourtant donner matière à bien d'autres romans.

Bref, une lecture jubilatoire que je recommande sans réserve.

Pocket SF - 1977

26 octobre 2013

L'HOMME AUX MAINS DE CIRE - JULES CLARETIE

glenat-marginalia13-1978Jules Clarétie m'étant totalement inconnu, je suis allé wikipédier pour me faire une idée du monsieur. Né en 1840, mort en 1913. Romancier, historien, dramaturge et chroniqueur ; président de la Société des gens de lettres, vice président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, administrateur général de la Comédie Française et membre de l'Académie Française. Ouf ! Voilà un emploi du temps bien chargé mais qui, semble-t-il, lui a laissé le temps d'écrire quelques nouvelles.  

Celle qui donne son titre au présent recueil a pour thème le vampirisme. L'histoire commence de façon tout à fait classique sur un épisode de la vie aventureuse d'un jeune français. Tous les ingrédients inventés par le papa de Dracula sont évoqués : la Valachie, un mystérieux homme au teint cadavérique, une jeune victime, la vengeance du père, le pieux dans le cœur... rien ne manque à l'appel. Puis nous revenons à Paris où l'histoire va connaître un prolongement dramatique qui jettera un doute sur l'aspect fantastique du récit de Ange-Gontran de Rouvre (tu parles d'un blase !). Ce dernier va en effet reconnaître dans un jeune homme aux mains particulièrement pâles, le vampire rencontré des années plus tôt. Or, cet individu s'intéressant de près à sa fiancée, il sera poussé à commettre l'irréparable. Ceci dit, Ange-Gontran avoue lui-même croire au magnétisme, aux sorciers, aux nécromants, à la magie, au spiritisme, à la chiromancie, bref, à tout ce qui est inexplicable. Aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir sombrer dans une paranoïa sans doute suscitée par sa jalousie.

Bien que se déroulant aussi à Paris, le second texte présente toutes les caractéristiques du roman russe à la Pouchkine. Serge Soménof compose en effet un bel exemple de héros romantique. Tourmenté, passionné, révolté mais néanmoins respectueux de ses devoirs, écartelé entre son attachement au milieu aristocratique dont il est issu et son rejet d'un régime archaïque et violent. La nouvelle s'ouvre d'ailleurs sur un long portrait du jeune homme et sur quelques épisodes militaires de sa jeune mais déjà triste existence. Mais le drame qui va se dérouler a bel et bien pour cadre Paris. Celui de la bonne société avec son aristocratie et ses parvenus ; celui des demi mondaines et des jeunes filles sorties du couvent pour le mariage ; celui des querelles qui se vident sur le pré au petit matin. Or, c'est précisément d'un duel dont il sera question et des diverses tentatives dont usera Serge pour éviter à son ami une mort certaine. Ce récit écrit à une époque où les duels étaient encore monnaie courante est aussi un petit réquisitoire contre ces soit disant affaires d'honneur. Les réflexions de l'un des duellistes réalisant qu'il risque de tout perdre à cause d'un instant de colère illustrent bien le ridicule de cette coutume barbare.

Avec Le premier jugement de Salomon, nous changeons de cadre et d'époque. C'est la Judée au temps du bon roi David et de son jeune fils Salomon. Une petite nouvelle amusante où le futur roi réputé pour sa sagesse fait preuve d'humour et d'esprit.


Histoire d'une ganache est un récit très court ; à peine cinq petites pages. Pour sauver l'honneur de la femme dont il est amoureux, un homme endosse la paternité d'un autre en l'épousant. Ce faisant, il devient la risée du village et des environs. Il fera pourtant preuve d'un don de soi encore plus extraordinaire et prouvera par la même occasion qu'il n'est pas la ganache que l'on croyait.

Voilà donc quatre récits dans lesquels le fantastique et le merveilleux ne jouent aucun rôle mais où le destin est néanmoins aux commandes. Un sort qui se joue des actes des personnages, les transformant en de ridicules marionnettes dont les fils seraient tenus par des parques vicieuses. Chacune de ces histoires illustre aussi quelques uns des grands défauts de l'homme : la jalousie, le sens de l'honneur exacerbé, la soif de triomphe. «Vanité des vanités, tout est vanité » nous dit l'écclésiaste, à quoiJules Claretie fait écho : « Le cri de l'amour-propre parle quelquefois plus haut que celui de la conscience ».

Glénat - Marginalia - 1978

5 juillet 2013

LE CRI DU CORPS - CLAUDE ECKEN

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Fraîche émoulue de la fac de médecine de Montpellier, Aziki M'Bouhilé vient tout juste d'ouvrir son cabinet médical. Malgré son enthousiasme, les affaires ne sont pas florissantes et elle peine à rembourser les lourds emprunts qu'elle a contractés. Ces problèmes d'argent ne sont d'ailleurs pas les seuls. La secrétaire héritée de son prédécesseur est une vieille harpie qui lui mène la vie dure, son frère est un trafiquant de drogue recherché par la police et l'homme qu'elle aime un incorrigible séducteur. Et puis il y a Raymond Corlet, le petit homme falot qui vient la consulter presque quotidiennement pour toutes sortes de pathologies. Un malade imaginaire qui finit par l'agacer et dont elle cherche  désespérément à se débarrasser. Jusqu'au jour où il développeune étrange maladie...

Je me demande ce que ce livre peut bien faire dans la collection Anticipation du Fleuve Noir. Ce n'est pas de la SF, ce n'est pas non plus de la fantasy et c'est à peine si le fantastique y pointe le bout de son nez. Et encore faut-il faire la part de la métaphore.

De fait, ce roman nous parle avant tout de rapports humains, des relations que nous entretenons avec les autres, amis, famille, collègues et, plus généralement, de la difficulté à maintenir des liens sociaux dans notre société moderne.

Il y est d'abord question du couple patient/médecin. Claude Ecken décortique cette relation intime et ambiguë entre un malade qui souvent attend trop de son docteur et ce dernier qui pense tout régler avec une ordonnance.

En l'espèce, Raymond Corlet n'est pas un simple hypocondriaque. Son mal est beaucoup plus profond et s'il somatise d'une manière effarante c'est pour manifester sa complète inadaptation à la société. Il a une image de soi totalement dégradée et souffre de celle que la société lui renvoie ; une véritable peur sociale apparue à l'adolescence et qui n'a fait depuis que s'accentuer.

Une maladie que les médicaments seuls ne peuvent soigner comme va s'en rendre compte Aziki. Elle comprendra aussi que ses propres problèmes proviennent également d'un manque de communication, que ce soit avec son frère ou avec son ex.

Le cri du corps est donc un roman étrange qui ne parle ni de monstres ni d'aliens mais des démons que l'on porte en nous et qui s'avèrent peut-être plus difficile à affronter.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

16 mai 2013

IRA MELANOX, LA COLERE DES TENEBRES - SERGE BRUSSOLO

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Après une longue période de chômage, c'est avec soulagement que David accepte un emploi d'infirmier à Saint Alex pour s'occuper de malades atteints par une épidémie de décalcification osseuse. Il rejoint donc l'institut du professeur Minsky, un complexe hospitalier quasi désert où des patients en phase terminale servent de cobayes volontaires à ses thérapies originales. Le professeur ne quittant jamais son laboratoire c'est Julie, son assistante, qui prend David en charge et lui fait découvrir les lieux et les tâches qu'il devra accomplir.

Très vite, David se rend compte que les malades ne sont qu'un paravent dissimulant d'autres recherches. Alors que fait donc l'étrange professeur dans les profondeurs de l'institut ? Y-a-t-il un rapport avec les mystérieuses disparitions survenues sur la lande toute proche ? Et que sait Julie, la jolie rousse qui semble avoir bien des idées derrière la tête ? 

Quand bien même on m'aurait caché le titre et le nom de l'auteur de ce roman, je n'aurais pas mis bien longtemps à reconnaître la prose de Serge Brussolo. En premier lieu, il y a le cadre : un institut délabré, isolé tout au bout d'une lande parsemée de menhirs et perché en haut d'une falaise dont les parois s'effritent ; le cadre rêvé pour ces huis-clos éprouvants que l'auteur affectionne.  

Second indice, les personnages. Un savant passablement déjanté mis au ban de sa profession et deux jeunes dépourvus de repères. Le premier, kleptomane hanté par le souvenir d'une catastrophe mortelle dont il fut la cause involontaire, la seconde ne vivant que pour se venger de la société qui condamna son père au bagne. 

Troisièmement, les noms et notamment celui de David Serella dont les homonymes sont légion dans l'œuvre de l'auteur ou encore ce professeur au crâne chauve et à fortes moustaches qui se nomme ici Minsky mais qu'on retrouve en d'autres occasions sous le patronyme de Mikofsky, Et si ça n'était pas suffisant, il y a encore les nombreux clins d'œil et allusions à ses autres livres : le "village d'Hurlemort" et le "docteur squelette" que l'on croise au détour d'un périodique que David lit, enfant, dans le grenier de son grand-père, "Funnyway" qui est ici un bagne ou une marque de vélo et les "soldats de goudrons" qui font une apparition remarquablement violente en fin de récit. 

Mais surtout, ce à quoi l'on reconnaît sa patte et qui fait l'essentiel de son talent, c'est cette capacité à grossir et déformer la réalité pour aboutir à des situations incroyables. Dans le cas présent, il commence par donner à une maladie toute simple des proportions phénoménales. Il transforme ainsi une sorte d'ostéoporose psychosomatique en "maladie des os de verre" puissance 1000. Un geste un peu brusque, c'est la fracture, un effort trop soutenu, votre cage thoracique se fêle et, dans les cas extrême, c'est la calotte crânienne qui s'effondre entraînant du même coup une perforation du cerveau !

Mais le bougre ne s'arrête pas là et continue son délire. Il nous transporte dans une cité balnéaire où des patients plus ou moins atteints viennent renforcer leur os au soleil. Il imagine que ces "plâtreux" toujours plus nombreux finissent par imposer leurs conditions. Ils forcent les restaurants à indiquer sur leur carte le poids des assiettes, tasses et couverts pour éviter de soulever un objet trop lourd. Ils font fermer la salle de culturisme pour cause d'atteinte à leur moral et intentent tellement de procès en raison d'une collision accidentelle que les biens portants osent à peine circuler en ville... 

Puis, une fois le sujet suffisamment exploité, c'est une autre idée qu'il soumet à la loupe déformante de son imagination décomplexée. Cette fois-ci, il s'agit de sauterelles extraterrestres que la prodigieuse vitesse de leurs sauts transforme en projectiles. L'intrigue tourne alors autour de ces dangereux insectes que nos deux héros entreprennent de domestiquer en traduisant le langage de leurs phéromones. Là encore il pousse le bouchon en imaginant de les transformer en véritables petites balles de chitines téléguidées par des odeurs répandues au préalable sur la cible choisie.  

Il y a encore bien d'autres idées surprenantes et je signalerais pêle-mêle la musique qui rend fou enregistrée à partir des encéphalogrammes de psychopathes, la maison du chanteur Hannafosse transformée en musée dans lequel d'innombrables statuts reproduisent les différentes scènes de son assassinat et de son agonie, les arbres à tonnerre... 

Ira Melanox est donc un Brussolo tout à fait classique dans lequel on retrouve toutes les obsessions de l'auteur : la folie, les corps martyrisés et l'isolement. On y bouge peut-être un peu plus que d'habitude (Saint Alex et ses curistes, l'institut Minsky, Saint Euphrate bouclé par la police) et pour une fois le livre se clos sur une fin un peu plus définitive (excusez le pléonasme) puisque nos deux héros y trouvent une mort assez logique et sans doute aussi un peu méritée.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

 

15 mai 2013

TERRE DE GLACE, RÊVE DE FEU - JOHN MORRESSY

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Hraggellon est une planète aux climats extrêmes. L'inclinaison particulière de son axe et le décentrage de son orbite maintiennent l'une de ses faces dans une nuit perpétuelle et l'autre sous un soleil permanent. La vie n'est donc possible que sur la frange médiane où l'hiver et l'été durent une année et seuls les onhlas, natifs de la planète, parviennent à survivre dans sa partie obscure et glaciale. Ou plutôt parvenaient. Car leur race est sur le point de s'éteindre, victime de la restriction de leur espace vital et de la terrible maladie des frissons.

Pourtant, Hult ne s'avoue pas vaincu et conserve l'espoir d'une renaissance. A condition bien sûr de trouver une femelle. Sur Insgar peut-être, la lointaine planète dont parlaient les anciens. Mais pour s'y rendre, il lui faut négocier son voyage sur un vaisseau de la toute puissante guilde commerciale. Et traiter avec la Sternverein, n'est-ce pas pactiser avec le diable ? 

John Morressy ne semble pas jouir d'une grande renommée en France où seuls trois ou quatre de ses romans ont été traduits. Ce qui est bien dommage quant on considère la bonne tenue de ce Terre de glace, rêve de feu qui possède la plupart des qualités qui me semblent essentielles à un bon bouquin de SF : une histoire simple mais puissamment imaginative, des personnages fouillés, ce qu'il faut d'action et un nombre de pages raisonnable. Pour mieux vous le situer, je placerais ce livre quelque part entre Vance et Herbert.

On y trouve en effet toute l'inventivité et le sens du détail du roi du planet opera. Une précision redoutable qui rend très crédible sa planète glacée et rétrograde avec son décor neigeux et venteux, sa faune et sa flore adaptées aux températures polaires, l'alternance annuelle des saisons et l'hibernation morose sous l'énorme dôme de la capitale.

Il y a même quelques idées mineures qui apportent une dimension ethnologique intéressante tel le Mémur, la folie engendrée par les conditions climatiques ou le Dur-ron-rag, le jeu ancestral des mémoriseurs dont les parties peuvent s'étendre sur plusieurs générations.

Et tiens, parlons en un peu de ces mémoriseurs, il le méritent. Sur un monde où l'écriture n'existe pas, les lildodes, les évodes et autres mendodes ont pour tâche de fixer les évènements et les connaissances. Ils sont la mémoire vivante de la planète. De véritables hommes-bibliothèques qui rappellent un peu les hommes-livres de Farenheit 451. Et comme dans le classique de Bradbury ils sont pourchassés par un régime tyrannique qui a compris le danger que représentait la diffusion du savoir et des idées. Voilà pour le côté Vancéen de l'histoire.

L'aspect Herbertien lui, tient tout entier dans le postulat d'une planète inhospitalière mais néanmoins convoitée pour ses richesses (la fourrure des Gorwols). Un monde peuplé d'une race adaptée à ses conditions de vie extrêmes et dotée d'un mode de pensée résolument imperméable aux colons. Vivant en symbiose avec leur environnement, ayant conscience de n'être qu'une partie du « grand tout », les onhlas sont une race encore plus étonnante que les fremens de Dune.

Quant à Hult, le personnage principal, il est réellement touchant dans sa quête d'une compagne qui lui donnerais une descendance et lui permettrais d'éviter l'extinction de sa race.

Signalons enfin que ce roman est un joli réquisitoire contre toutes les formes de colonialisme et d'exploitation des peuples. La Sternverein c'est un peu la world company des guignols et les Onhlas les opprimés de tout temps et de tous lieux. Il y a notamment de nombreux points communs avec la colonisation espagnole de l'Amérique du sud, en particulier cette maladie des frissons que les onhlas contractent auprès des humains et qui rappelle l'épidémie de petite vérole qui décima les amérindiens. Sans oublier bien sûr les conditions de vie imposées par les colons, les contraignant à un exil toujours plus lointain, exclus de la société de Hraggellon, étrangers sur leur propre monde.

Opta - Galaxie-Bis - 1982

 

16 mai 2013

HORS CONTRÔLE - P-J HERAULT

untitledC'est une bien mauvaise surprise qui attend Cal à l'occasion de ce nouveau réveil. HI, le super ordinateur qui le seconde en toutes choses et dirige sa base secrète, semble avoir oublié ses ordres et obéit de nouveau aux Lloys. Traités comme des intrus qu'il convient d'éliminer, Cal et Giuse doivent fuir en urgence et trouvent refuge sur l'une des îles du grand archipel. Aidés de quelques uns de leurs fidèles androïdes, ils parviendront à reprendre le contrôle de la situation, non sans avoir au préalable joués les corsaires et être intervenus dans la destinée d'une état insulaire et de quelques uns de ses habitants.

 

Si le troisième volume des aventures de Cal avait introduit un peu de neuf dans l'existence de notre demi dieu, avec « Hors contrôle » PJ Herault est retombé dans un rythme plus routinier. Son schéma est quasi identique à celui du précédent et alterne immersion dans le passé et épisodes plus "futuristes" liés à la technologie Lloy.

Ce sont d'ailleurs ces scènes qui permettent à P-J de nous injecter notre dose de SF car, pour l'essentiel, l'action est centrée sur l'évolution de nos héros dans une reproduction des Antilles à l'époque de la flibuste.

Cela nous donne de chouettes combats entre frégates et sloops avec ce qu'il faut d'abordages et de canonnades, de sabre et de poudre. C'est très réaliste (P-J a dû pas mal se documenter sur le marine à voile du XVIIIème), c'est bourré d'action et sans temps mort avec juste une ch'tite romance pour souffler un peu entre deux combats.

Par contre l'auteur recoure un peu trop facilement aux raccourcis et aux coïncidences bien pratiques. La preuve : nos héros débarquent à peine avec une cargaison à vendre qu'un jeune homme paré de toutes les qualités leur propose son aide, ils souhaitent acheter une demeure, le cousin est "agent immobilier", ils sauvent deux sœurs, elles tombent immédiatement amoureuses de nos deux compères.

Cette petite réserve mise à part, on prend toujours un plaisir naïf à suivre les aventures de Cal et à voir évoluer les habitants de la planète Vaha, même si cette incursion de Cal dans la destinée de ses "ouailles" n'est pas la plus significative et aura pour seul mérite de les doter de la banque, des chèques et du boulier. Le capitalisme est pour demain !

Alors que dire de plus sur cette épopée ? Que çà se lit toujours très bien. Oui. Que son petit côté merveilleux est bien sympathique. C'est encore vrai. Mais quand même, cela commence à ronronner dangereusement.

Alors j'espère un peu plus de surprises dans le prochain épisode.

Fleuve Noir Anticipation - 1979

15 mai 2013

LE JOUR DE L'ENFANT TUEUR - PIERRE PELOT

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Les clans voisins des Ohihani et des Anäanni ont conclu un accord. Les premiers fourniront plusieurs jeunes femmes nubiles aux seconds qui en manquent cruellement. En échange le plus fort des guerriers Anäanni rejoindra les Ohihani afin de suppléer la disparition de nombreux guerriers de ce clan. Ahorn se réjouit d'avoir été désigné par les siens puisque cela lui permettra de retrouver Enea'a, une jeune femme dont il est épris.

Cependant, son arrivée chez les Ohihani ne se passe pas sous les meilleurs auspices. Plusieurs de leurs femmes, dont Enea'a, ont été enlevées par le clan des Ohisihan et la plupart de leurs guerriers sont devenus Nokh, c'est à dire subissent l'influence de l'esprit d'Agough et vivent désormais à l'écart. Pour rompre cette malédiction, Ahorn accepte de se rendre chez les Ohisihan afin d'abattre leur chef et récupérer la femme qu'il désire. Mais lui a-t-on décrit l'exacte vérité ?


Ce n'est pas la première fois que Pierre Pelot s'aventure aussi loin dans l'histoire de nos ancêtres. Il s'y est déjà essayé avec les cinq volumes de sa série "Sous le vent du monde" rédigée sous le patronage avisé de Yves Coppens. Cette série a, semble-t-il, rencontré un vif succès et reçu de bonnes critiques. Ne l'ayant pas lue je ne peux me prononcer sur sa valeur mais je dois avouer ma profonde déception à la lecture du "Jour de l'enfant tueur".

Apparemment, l'idée de l'auteur était de nous livrer un polar préhistorique. Une idée pour le moins originale car, après les polars antiques, médiévaux, victoriens, etc... j'étais curieux de découvrir une enquête chez Cro Magnon. Mais là, l'auteur me semble être passé un peu à côté de son sujet.

L'intrigue est plus mince que du papier à cigarette, le suspens quasi inexistant et la chute décevante. On apprend également peu de chose sur le mode de vie de ces hommes primitifs et seule la difficulté à communiquer et les balbutiements du langage sont assez bien rendus.

Alors, malgré quelques bonnes idées (les guerriers Nokh à la bouche cousue) ce roman nous permet juste de découvrir que la convoitise, les machinations, la vengeance et le meurtre existaient déjà il y a 35000 ans. Mais qui en doutait ?

Editions du Seuil - Points - 1999

 

14 mai 2013

BELLEVILLE BARCELONE - PATRICK PECHEROT

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Nestor, détective de l'agence Bohman, est engagé par un riche industriel pour mettre un terme à l'idylle que sa fille entretient avec un ouvrier communiste. Une affaire a priori facile mais qui va le plonger au cœur de la lutte qui oppose communistes et trotskystes à la veille de la seconde guerre mondiale.


"Belleville Barcelone" est le second des trois romans que François Pécherot a consacré au personnage de Nestor, détective privé dans le Paris d'avant-guerre. Cette fois-ci nous sommes en 1938, période troublée s'il en est entre guerre d'Espagne et Anschluss, procès de Moscou et chute du gouvernement Blum.

Si l'enquête n'est pas absolument palpitante et si la chute ne casse pas trois pattes à un canard, c'est malgré tout l'occasion d'y voir plus clair sur les coulisses de la guerre d'Espagne et notamment la façon dont Staline s'y est pris pour éliminer les trotskystes et les anarchistes du POUM.

Rien d'étonnant donc, à ce que l'on croise un peu de tout dans les quartiers populos de Paname : des gauchistes de tout bord, des fascistes et même des surréalistes en la personne de Dédé Breton lui-même qui filera un coup de pogne à notre détective.

Le style de Pécherot, teinté d'argot et d'ironie, fait mouche. Il a le don de faire revivre cette époque grâce à une foule de petits riens : l'odeur de savon dans les bains publics, la goualante de Fréhel, la lassitude des filles dans un claque de la rue Paradis... Sous sa plume, c'est tout un petit monde industrieux qui s'offre à nos yeux. Celui des débardeurs du canal de l'Ourcq, des bougnats et des lavandières, des rempailleuses et des concepiges...

Les personnages aussi sont bien plaisants, Nestor en tête, privé presque caricatural dont on se demande s'il a une vie en dehors de son boulot, mais aussi les seconds rôles : la jolie Yvette qui pour être myope n'en a pas pour autant froid aux yeux, le grand Swami, croque-mort le jour et illusionniste le soir et Gopian le restaurateur arménien.

Tout cela nous donne un bon petit polar que l'on lira davantage pour son ambiance que pour son suspens.

Gallimard - Folio Policier - 2007

 

14 mai 2013

LES DEUX ORPHELINES VAMPIRES - JEAN ROLLIN

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Henriette et Louise sont les plus attachantes des petites pensionnaires de l'orphelinat des Glycines. Aveugles de naissance, les deux jeunes filles sont en effet aussi jolies qu'obéissantes. Raison pour laquelle le Docteur Dennery, ophtalmologue réputé venu les examiner, décide de les adopter. Mais ce que le bon docteur ignore, c'est que ses protégées ne sont pas si aveugles que çà et qu'à la nuit tombée, les charmantes enfants se transforment en furies de la pire espèce. 

Je connaissais Jean Rollin, réalisateur. Je le découvre aujourd'hui écrivain. Soyons clairs, cinéma ou littérature, ses œuvres sont à classer dans la catégorie des bons gros nanars horrifiques. Mais si ses films à petits budgets possèdent une certaine esthétique, une recherche constante de la belle image grâce notamment aux lieux choisis (le Père Lachaise, la plage de Pourville...), son livre en est totalement dénué.

Avec un style narratif extrêmement pauvre et répétitif, il peine à susciter cette atmosphère étrange et saugrenue dont ses films sont empreints. Les sorties nocturnes de ses deux héroïnes son toutes plus ou moins identiques et il utilise trop souvent les mêmes effets de langage. Ainsi la phrase « Tac tac tac tac... font les deux cannes blanches » revient à quatorze reprise (oui, oui, je les ai comptées), ce qui est tout de même beaucoup pour un roman de 180 pages.

Que dire aussi de ces drôles de vampires que la lumière du jour a pour seul effet de rendre aveugles et qui ne craignent pas de pénétrer dans une église. Des vampires qui aiment certes le sang frais mais ne dédaignent pas de se tailler un petit steack dans les fesses bien dodues des petits nenfants. Sont-ce d'ailleurs des vampires ou la réincarnation des dieux aztèque Quetzalcoatl et Murcielago ? On ne le saura finalement pas.

Une chose est en revanche certaine, c'est qu'après un premier meurtre bien sanguinolent et la surprise de voir nos deux petites aveugle se transformer en goules, on s'ennuie ferme. Les meurtres s'enchaînent avec une lassante régularité, les dialogues absolument ridicules ne servent qu'à meubler et l'on devine bien vite que les aventures de nos deux coquines se termineront mal.

Alors si vous êtes malgré tout décidé à découvrir l'univers onirique de monsieur Rollin, je vous invite (une fois n'est pas coutume) à préférer ses films.

Fleuve Noir - Angoisses - 1995

 

14 mai 2013

COMME UN LISERON - PAUL BERA

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Que peuvent avoir en commun un nanti, une errante et un gueux du « quartier vieux » ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être un don particulier. Celui de tuer par la pensée par exemple. Malheureusement, ceux qui s'y sont essayés n'ont pas survécu à leur victime. Difficile dans ces conditions pour Vana, Larn ou Nel de tenter l'expérience. A moins de découvrir le secret du vieux Géo, l'alsacien du quartier vieux. Mais ils devront faire vite car le Comité Directorial a décidé d'en finir une fois pour toute avec les dissidents de tout poil ! 

Les récits fondés sur l'opposition entre des cités bulles où la vie est strictement encadrée par une élite qui détient tous les pouvoirs et un « extérieur » peuplé de bons sauvages sont légion et celui de Paul Béra n'apporte rien de neuf au genre.

Son monde reprend le schéma traditionnel de l'affrontement entre ceux de la ville et leur société évoluée mais sclérosée, et les « errants » du dehors qui mènent une vie pastorale, saine et pacifique. Rien d'original donc pour ce roman particulièrement ennuyeux où il ne se passe presque rien.

L'auteur délaye au maximum et ne parvient pas à donner du corps à son récit. Ses descriptions sont minimalistes, les décors à peine esquissés et les personnages manquent de profondeur. Cela a parfois du bon, mais là c'est du foutage de gueule. Tout juste apprend-on que la ville est alimentée par une centrale nucléaire souterraine et que les dissidents ont trouvé refuge dans ses bas quartiers. Quant aux dialogues, insipides, et souvent même ridicules.

Alors quoi d'autre ? Ah oui bien sûr ! Ce fameux pouvoir psy. Cette possibilité de tuer par la pensée dont les personnage sont doté sans toutefois oser s'en servir. Un fameux paradoxe où chacun pense avoir trouvé le moyen de tuer sans risque tout en soupçonnant son voisin d'avoir lui aussi la solution. Et comme personne ne se lance, l'action stagne misérablement jusqu'à un dénouement d'une grande banalité.

Paul Béra a du écrire ce bouquin pour respecter son quota de livraison annuelle au Fleuve. Alimentaire mon cher Watson !

Fleuve Noir Anticipation - 1976

 

12 mai 2013

LE MAITRE DES DRAGONS - JACK VANCE

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Aerlith, petite planète isolée aux confins de l'univers, est l'un des derniers bastions d'une race humaine quasi anéantie par les Basiques. Ses habitants y ont régressé à un stade médiéval et s'épuisent en d'inutiles querelles intestines. La menace d'un retour des Basiques permettra-t-elle l'union des hommes face à l'envahisseur ? 


A ceux qui pensent que les romans de Jack Vance ne sont que de jolis guides touristiques des planètes et sociétés qui parsèment l'univers, ce livre apportera un sévère démenti. En effet, si le dépaysement est comme toujours au rendez-vous, c'est l'action qui domine ce récit où les batailles se succèdent à un rythme effréné. Et quelles batailles ! Des affrontements titanesques opposant des armées de dragons et d'extra terrestres en de sanglantes mêlées et où la froide technologie le dispute à une brutalité toute médiévale. 

Malgré tout, Monsieur Vance trouve le moyen de nous brosser un panorama assez complet de cette petite planète des confins. En quelques courts chapitres on y apprend son histoire locale qui se résume à une suite d'escarmouches entres des roitelets dont l'activité principale est l'élevage de dragons. 

On y découvre aussi sa géographie particulière constituée de chaînes montagneuses, de plateaux et de vastes canyons au fond desquels se concentre l'activité humaine. 

En revanche peu de personnages importants même si les portraits de Joaz Bambeck, rusé et visionnaire, et Ervis Carcolo, incorrigible abruti imbu de lui-même, sont assez plaisants. 

De belles inventions aussi côté vocabulaire, qu'il s'agisse de recyclage (la ménestrelle dont on ne sait si elle est trouvère ou concubine) ou de création comme le Démie, chef de la secte des sacerdotes. Cette secte dont les membres ressemblent aux sâdhus, ces mystiques hindouistes détachés du monde et vivant quasi-nus, est d'ailleurs l'une des plus jolies trouvailles du roman. 

Leur stricte observance d'une neutralité vis-à-vis de la destinée des hommes sur laquelle ils refusent d'influer de quelque manière que ce soit est d'ailleurs au cœur du récit. Elle pose la question de savoir si, au nom de principes religieux ou philosophiques, on peut rester étranger au malheur d'autrui et refuser son aide aux victimes.

Pocket - SF - 1979

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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