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20 septembre 2020

WYST / ALASTOR 1716 - JACK VANCE

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Troisième et dernier roman du cycle d’Alastor, Wyst met une fois de plus en scène un personnage confronté à un redoutable complot. Une différence toutefois avec les deux premiers opus, et de taille, puisque la machination n’est pas dirigée contre lui mais contre les gouvernants de la 1716ème planète de l’amas d’Alastor ainsi que contre le puissant Connatic et les institutions qu’il dirige. Nous y suivons Jantiff Ravensroke,  un jeune artiste que les merveilleux couchers de soleils de la planète Wyst ont attiré en Arrabus où il va faire l’expérience de l’égalisme, une utopie selon laquelle une automatisation totale du travail doit permettre l’émergence d’une société des loisirs.

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de ce roman est qu’il s’agit d’une critique un peu grossière et très partiale du communisme. L’auteur met l’accent sur les mauvais côté de la société « égaliste », nous montrant surtout ses travers et ses mauvais fonctionnement, ses carences et ses dérives. L’expérience que son héros fait du collectivisme s’avère en effet catastrophique. Les conditions de vie en Arrabus sont précaires, les habitants sont contraints de vivre dans des immeubles communautaires et de partager leur chambre avec des inconnus. Les repas se prennent au réfectoire où tout le monde mange la même nourriture - du bourron, du driquant et un peu de branluche pour colmater les crevasses – et le meilleur moyen pour obtenir ce qui vous fait défaut c’est le trafic ou le vol (la « fiquerie ») considérée comme une façon de soutenir l’égalisme, le meilleur remède contre ceux qui accumulent des biens.

Mais la partialité de l’auteur est encore plus visible dans la seconde moitié du roman qui voit Jantiff contraint de se débrouiller pour survivre dans une région reculée. Livré à lui-même, ne pouvant plus compter ni sur les subsides de sa lointaine famille ni sur les « bienfaits » de l’égalisme, il va devoir travailler pour s’en sortir. Nous le verrons ainsi jouer les hommes de peine et ramasser des coquillages pour le compte d’un aubergiste avant de réaliser qu’il y gagnerait plus en les lui vendant. Puis, sa situation s’améliorant, il décidera de les commercialiser lui-même, passant en quelques mois de l’état de mendiant à celui de prospère commerçant. Une véritable célébration de l’american dream et une démonstration un peu outrée des vertus du capitalisme !

Mais qu’on se rassure, ce roman n’a rien d’un pamphlet politique. Toutes les avanies, toutes les petites mesquineries que subit Jantiff tiennent en haleine le lecteur qui a hâte de le voir se rebeller. Et il le fera, en jouant d’abord quelques mauvais tours aux profiteurs de tout poil qui cherchent à le dépouiller puis en menant une véritable enquête qui l’amènera à risquer sa vie pour déjouer les sombres menées d’un trio d’aventuriers. C’est d’ailleurs l’une des principales caractéristiques de ce roman que de nous faire passer insensiblement de la grosse comédie à la tragédie. L’histoire qui débute dans une relative bonhomie glisse peu à peu dans le tragique : une mort malencontreuse, un suicide, une chasse à l’homme, tout s’emballe jusqu’à une conclusion qui nous réserve une jolie petite surprise…

Et puis il y a comme toujours avec Jack Vance un back ground particulièrement étoffé : la ville d’Uncibal avec ses gigantesques tapis roulants et les vieux immeubles communautaires dont chacun possède son caractère en fonction des habitudes de ses habitants, le Disjerferact, quartier de carnaval et de fête foraine permanente où l’on trouve aussi des « Pavillons de repos » qui vous proposent différentes façons de vous suicider, festive ou cérémonielle, seul ou en compagnie. On notera à ce propos que les corps des suicidés sont recyclés en « graviar » qui constitue la matière première de toute nourriture en Arrabus. Un petit emprunt au « Soleil Vert » de Richard Fleischer ? En revanche les « Terres étranges » où Jantiff trouve refuge, n’ont rien de particulièrement originales. Tout juste font-elles penser à une sorte de Far-West où le peuple des « sorcières » remplaceraient les amérindiens et seraient comme eux victimes d’un génocide qui ne dit pas son nom.

Tout cela fait donc de « Wyst » un volume bien sympathique qui conclut de jolie manière un cycle finalement assez cohérent où l’humour et le drame ne sont jamais bien loin l’un de l’autre.

J'ai Lu - Science-Fiction - 1983

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25 juillet 2020

BARBARELLA UNE SPACE ODDITY - VERONIQUE BERGEN

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Avant toutes choses, je dois avouer que je n’ai jamais lu les bandes-dessinées de Jean-Claude Forest. Je ne connais donc Barbarella qu’à travers le film de Roger Vadim et son héroïne a pour moi les traits - et la plastique - de Jane Fonda. Je comptais donc sur cet ouvrage de Véronique Bergen pour faire plus ample connaissance avec la célèbre aventurière interplanétaire, avec les mondes qu’elle visite et la faune et la flore extra-terrestre qu’elle y rencontre.

Et de ce point de vue je n’ai pas été déçu. Véronique Bergen nous offre une étude extrêmement fouillée des quatre albums qui composent ses aventures. Des aventures qu’elle explore sous presque tous les aspects : scientifique, psychologique, politique, écologique, symbolique… C’est réellement passionnant mais j’ai tout de même éprouvé un peu de mal à la suivre dans tous ses développements. Je n’étais sans doute pas suffisamment armé pour apprécier son analyse à sa juste valeur et j’ai souvent eu l’impression de lire une communication universitaire et non un ouvrage destiné à un public plus large. Les termes techniques, les concepts compliqués, les tournures alambiquées, tout concoure à rebuter le simple amateur de SF ou de BD qui souhaite juste approfondir un peu ses lectures. J’ai également beaucoup regretté que l’ouvrage ne soit  illustré d’aucuns dessins ni d’aucunes photos. Parti pris artistique ou simple question de droits, cette absence est véritablement regrettable s’agissant d’un livre consacré à une héroïne picturale et ajoute encore à l’aridité de l’ensemble.

Quoiqu’il en soit, le livre de Véronique Bergen m’a dévoilé une héroïne fascinante, éprise de liberté, luttant contre tout ce qui aliène et rejetant tous les pouvoirs, exercés ou subis. Une héroïne que je vais m’empresser de retrouver avec l’une quelconque de ses aventures aux titres évocateurs : « Les colères du mange-minutes », « Le semble Lune », « Le miroirs aux tempêtes »…

Les Impressions Nouvelles - La Fabrique des Héros - 2020

22 juillet 2020

CHASSE COSMIQUE - LYON SPRAGUE DE CAMP

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Le lecteur qui se contenterait de lire le premier chapitre de ce livre pourrait facilement se croire en présence d’un roman noir très basique puisqu’il y est question d’un privé engagé par un richissime homme d’affaire pour retrouver sa fille qui vient de fuguer en compagnie d’un bellâtre possiblement coureur de dot. Oui mais voilà, Victor Hasselborg n’est pas Humphrey Bogart et la planète Krishna n’a pas grand-chose à voir avec New-York. Et puis surtout, c’est Lyon Sprague de Camp qui est aux commandes et forcément la SF ne saurait tarder à pointer le bout de son nez. De fait, on est rapidement transporté aux confins de l’univers, sur une planète bien différente de cette bonne vieille Terre.

« Chasse cosmique » appartient en effet au cycle des « Viagens Interplanetarias » qui met en scène des terriens contraints pour diverses raisons de se rendre dans le système de Ceti et de séjourner sur l’une de ses planètes : Vishnu, Ganesha et surtout Krishna dont les habitants sont les plus proches des humains. Il s’agit de romans de science-fantasy dans lesquels les personnages découvrent à leurs dépens les particularités de mondes aussi étranges que peu évolués, le tout dans une ambiance le plus souvent fort drôle.

Et c’est exactement le cas ici. Quelques soient les circonstances et même lorsque le héros est confronté aux pires situations (emprisonnement, duel, combat..) c’est l’humour qui prédomine. On ne ressent jamais vraiment les dangers auxquels Hasselborg doit faire face et l’on sait d’avance qu’il va s’en sortir par une pirouette ou grâce à une solution de dernière minute tirée de son savoir de terrien civilisé. Cette absence de dimension dramatique nuit beaucoup à l’histoire. Là où il y avait matière à un bon récit d’aventures mâtiné d’humour, c’est exactement le contraire qui s’est produit et « Chasse cosmique » ne dépasse jamais le niveau de la bonne grosse farce.

L’anachronisme entre le caractère médiéval de la société gozashtandoue et le statut d’homme moderne de Victor Hasselborg constitue donc le seul véritable attrait du récit. Bien plus que sa mission ou ses démêlées avec des trafiquants d’armes, ce sont toutes les petites péripéties liées à sa méconnaissance des krishniens et de leurs coutumes qui assurent pour l’essentiel, l’intérêt du roman. Et pour le coup l’imagination de Sprague de Camp fait merveille. Non content de nous transporter sur une planète rétrograde, il fait preuve d’une grande inventivité dans tous les domaines (faune, flore, religions, transports…) et nous distrait par les multiples découvertes de son héros et par ses non moins nombreuses déconvenues.

Il est en cela bien aidé par des personnages bien campés, au premier rang desquels un héros hypocondriaque qui aura fort à faire sur une planète où la nourriture et les conditions d’hygiène rudimentaires lui seront un soucis constant. Mais bien d’autres viennent ajouter leur grain de sel à ses déboires dont la belle Fouri et ses velléités matrimoniales ou bien le pusillanime Hasté, grand prêtre d’un culte en perte de vitesse.

Sans prétentions mais non sans qualités, « Chasse cosmique » est une lecture divertissante qui n’apportera pas grand-chose à votre culture SF mais vous offrira deux ou trois heures de dépaysement et d’humour. Ce n’est déjà pas si mal !

Librairie des Champs-Elysées - Le Masque SF - 1976

1 juillet 2020

MARUNE : ALASTOR 933 - JACK VANCE

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Deuxième des trois volumes que Vance a consacré à l’univers d’Alastor, Marune ressemble beaucoup au premier opus pour ce qui est de l’intrigue. Dans les deux cas il est en effet question d’un individu de retour sur sa planète natale et qui se retrouve confronté à l'antagonisme d'une famille qui cherche à le dépouiller de sa situation et de ses biens, de voisins un peu trop entreprenants et, d'une manière générale, d'individus acharnés à sa perte. L'essentiel de l'histoire va donc tourner autour des chausses trappes que lui tendent toutes ces "bonnes âmes" et à la façon dont Efraïm, le sympathique et déterminé héros, se tire d'affaire.

Toute l’originalité du présent roman tient donc à un détail d’importance : Efraïm est amnésique. D’ailleurs, le roman débute alors qu’il erre sans but sur une planète fort éloignée de son monde d'origine, sans la moindre idée de son identité et sans un seul appui pour l'aider dans ses recherches. Ce long passage qui nous fera visiter les planètes de Bruse-tansel et Numénès ainsi que le palais du Conatic (le tout puissant dirigeant de l'amas d'Alastor) est le seul où il soit vraiment question de science-fiction car, dès le retour d’Efraïm sur sa planète d’origine, celle-ci se fait toute petite et laisse la place à une ambiance plutôt médiévale.

Jack Vance nous emmène en effet sur Marune et plus précisément en pays Rhunes, un ensemble de petites principautés belliqueuses où le sens de l’honneur et l’étiquette sont portés à leur paroxysme. Nous y découvrons une société particulièrement étrange où les manifestations physiologiques considérées comme trop animales font l'objet d'interdits. Ainsi, l’alimentation y est jugée aussi malséante que la défécation et ne s'effectue qu'en privé, seul ou bien dissimulé derrière un paravent. Quant aux relations sexuelles, tenues pour particulièrement répugnantes, elles ne sont autorisées que lors de la journée des « ténèbres »  au cours de laquelle toutes les folies sont permises.

C’est donc dans une société austère et sclérosée que notre héros sans passé va tenter de re-trouver sa place. Etranger parmi les siens, il lui faudra batailler pour récupérer son rang et ses prérogatives. Il devra pour cela chercher des indices, trouver des témoins, interroger et menacer, tirer ses déductions, bref se livrer à une véritable enquête policière. Il devra surtout se méfier de tout et de tous… Une recherche de la vérité qui s’avèrera aussi dangereuse que passionnante même si elle se conclue d’une façon un peu trop hâtive à mon goût.

J'ai Lu - 1983

 

8 avril 2020

CRIMINELS DE GUERRE - P-J HERAULT

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A la fin de guerre qui a opposé la Confédération de Persée à ses colonies de Cassiopée, Erell Cathal s’est retiré sur Kappa XII, une planète des confins où il se consacre à l’élevage de gnous. Dans la solitude des grandes plaines, avec ses chats sauvages pour seule compagnie, il mène une vie paisible, propice  au calme et à l’oubli. Mais quand son vieux frère d’arme lui lance un S.O.S, il est contraint de quitter son petit paradis et de retourner dans le monde. Il découvre alors qu’un peu partout dans la Confédération, les anciens combattants sont victimes d’une véritable chasse à l’homme… 

« Criminels de guerre » fait partie des quatre romans de SF que P-J Herault a publié aux éditions de l’Officine entre 2005 et 2008 soit une bonne dizaine d’années après ses dernières parutions dans la collection Anticipation du Fleuve Noir.  Ces quatre romans - ainsi que ceux publiés aux éditions Rivière Blanche – marquent un tournant dans l’œuvre de l’auteur parce qu’ils signent son retour dans le petit monde de la science-fiction française mais surtout parce qu’ils lui permettent de s’affranchir du format limité en termes de pages auquel il avait été astreint jusqu’alors. Il va dès lors avoir les coudées plus franches pour développer son univers et apporter ainsi davantage de profondeur à ses histoires.

Cela se ressent dans la précision de ses descriptions, dans son soucis du détail et ce, quelques soient les lieux visités (planètes, satellites, stations orbitales…), les outils utilisés (machines, systèmes informatiques et de transmission, vaisseaux spatiaux…) et les modes de vies des hommes et des femmes du futur. La SF de P-J Herault est une SF du quotidien où tout est expliqué, où le moindre fait, la plus petite invention semble non pas seulement possible ou même plausible, mais vrai.

De la même manière l’auteur prend tout son temps pour introduire ses personnages. Il le fait tranquillement et de façon presque anodine. Cela lui permet de faire émerger les caractères petit à petit, sans être contraint de recourir à des stéréotypes brossés en deux ou trois lignes. Et c’est d’autant plus important  que les rapports humains sont au centre de ses romans, lesquels sont presque toujours des histoires d’amitié, de rencontres et d’honneur. « Criminels de guerre ne fait pas exception à la règle puisqu’on y suit un ancien soldat qui se porte à l’aide d’un ancien camarade de combat et qui va devoir s’appuyer sur l’expertise et le soutien d’individus rencontrés en cours de route pour sauver son ami puis faire cesser un gigantesque complot. Amitié, rencontres, honneur, un schéma héraultien classique au service d’une intrigue un peu moins guerrière qu’à l’accoutumée.

L’action, la vraie, avec combats au thermique et au désintégrateur moléculaire, n’intervient que dans le dernier tiers du roman. Elle est plutôt bien orchestrée et permet d’évacuer la tension qui s’était accumulée. Elle permet aussi de clore rapidement le récit et de démontrer que notre retraité de héros en conservait encore sous la semelle ! Mais il faut bien avouer que cette partie du roman avec ses scènes d’infiltration et d’interrogatoires ou ses opérations commando n’est pas la plus passionnante. Je lui ai préféré, et de loin, tout ce qui précède, les démarches entreprises pour se protéger d’institutions dévoyées, la réunion de toutes les bonnes volontés pour faire front, la préparation de la contre-attaque…

Quant au thème du roman, il est bien évident que c’est la guerre d’Algérie et certaines de ses conséquences qui le lui ont inspiré. Une guerre opposant une confédération à ses colonies, l’envoi au combat de simples appelés du contingent, les porteurs de valises… : le parallèle avec ce conflit auquel l’auteur a lui-même participé, est en effet incontestable. P-J Herault n’hésite d’ailleurs pas à nous faire part de ses réflexions, notamment sur la responsabilité des politiques qui se défaussent sur les militaires des tragiques résultats de décisions qu’ils ont pourtant prises. Et pour ce qui est de ces fameux criminels de guerre, le sujet est expédié en une phrase définitive mais ô combien vraie : « La guerre elle-même est un crime, un point c’est tout ».

Editions Critic - 2019

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1 avril 2020

TRULLION : ALASTOR 2262 - JACK VANCE

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Alastor est un amas d’étoiles comptant plus de trois milles planètes habitées par près de cinq trillions de personnes. Toutes sont placées sous l’autorité du Connatic, autocrate tout puissant qui gouverne avec mansuétude et fermeté et n’intervient dans la destinée de ses administrés que lorsque cela s’avère strictement nécessaire. Il fait alors interveni sa terrible flotte spatiale : la Whelm. Située sur les confins de cette galaxie, Trullion est la 2262ème planète de l’amas. Une planète riche et prospère où tout pousse en abondance sans qu’il soit besoin de s’employer beaucoup. Les trills ne travaillent donc qu’en cas de besoin, pour remplacer un moteur de bateau, acheter du tissu pour se vêtir, organiser une fête… Le reste de leur temps, pour ne pas dire l’essentiel, ils le passent à rêvasser et à s’adonner à leur grande passion : la hussade. Après dix années passées dans la Whelm, Glinnes Hulden s’en retourne sur Trullion où il apprend que son père et son frère aîné sont morts dans des circonstances troubles. Désormais propriétaire du petit domaine familial situé sur l’île de Radembary, il espère bien couler des jours heureux mais les ennuis se mettent à pleuvoir sur le jeune homme et la liste  de ses ennemis s’allonge de jours en jours. 

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de ce roman, c’est la sympathie de Jack Vance pour le peuple trill. On sent qu’il prend plaisir à mettre en scène ces gens simples qui savent profiter des bonnes choses de la vie sans perdre leur temps à gagner plus d’argent ou plus de pouvoir. Il prend tout son temps pour nous décrire leurs habitudes pastorales, les pique-niques au bord de l’eau, l’observation des étoiles et les flirts sur la plage. De fait, la région où il situe son histoire a des allures de jardin d’Eden cajun avec ses myriades d’îles appartenant à de petits propriétaires ayant pour seuls soucis les raids occasionnels des étoiliers et la présence des dangereux merlings qui infestent les eaux. Un petit paradis terrestre où le temps s’écoule lentement et où seule la hussade parvient à tirer les trills de leur torpeur.

Ce sport qui ressemble en un peu plus complexe au football américain, occupe une grande place dans le roman. Prétendre que Vance s’en sert pour meubler serait beaucoup dire. Il faut pourtant reconnaître que les parties de hussade sont fort nombreuses et que, le lecteur ayant beaucoup de mal à visualiser le jeu, leur attrait reste tout de même assez limité. Heureusement il les utilise intelligemment pour faire avancer son intrigue. Loin de n’être que des pions sur un jeu d’échecs, les personnages s’affrontent aussi bien sur le terrain que dans ses coulisses et les intérêts financiers et politiques n’y sont pas moins importants que les enjeux sportifs. Pirates de l’espace, fanatiques religieux, nobles corrompus et roués bohémiens vont en effet s’affronter dans un vaste jeu de dupes où le sympathique héros jouera un peu le rôle d’arbitre.

On s’amusera alors à observer de quelle façon tous ces affreux qui lui mirent des bâtons dans les roues, se prennent de méchants retours de manivelle. Car finalement, Glinnes n’aura pas à beaucoup s’employer pour faire triompher la justice en général et ses intérêts en particulier. Quelques empoignades, deux ou trois vilains tours, un peu de bravoure et beaucoup de chance suffiront à le tirer d’affaire. On s’en réjouira néanmoins grandement tant les avanies qu’il aura eues à subir de toutes parts auront fait naître en nous un fort désir de revanche.

Sans doute moins ambitieux que bien d’autres romans de l’auteur « Trullion : Alastor 2262 » constitue un honnête divertissement où l’humour tient une grande place et dans lequel Vance s’autorise malgré tout quelques petit tacles à destination de ces empêcheurs de tourner en rond que sont les religieux et les aristocrates.

J'ai Lu - 1983

1 mars 2020

LE CIMETIERE DES ASTRONEFS - MICHEL PAGEL

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Gaba est un as de la démerde dont le métier consiste à transbahuter d’un bout à l’autre de l’univers tout ce qui se monnaye : drogues, armes, aphrodisiaques. Une occupation lucrative mais dangereuse qui lui fait côtoyer des individus peu recommandables. C’est ainsi qu’il se retrouve au service d’un richissime malfrat qui le charge de retrouver le légendaire cimetière des astronefs où les vaisseaux dotés d’un cerveau positronique sont censés aller s’échouer lorsqu’ils ont été gravement endommagés. Une mission a priori impossible mais quand Gaba est au commande, tout peut arriver… 

Comme j’ai déjà pu le constater à plusieurs reprises (« L’oiseau de foudre », « Pour une poignée d’Helix Pomatias »), Michel Pagel est parfaitement à l’aise avec l’humour et la parodie. Il le prouve une fois encore avec ce roman qui est indéniablement un bon gros pastiche de SF mais pas seulement. En fait, « Le cimetière des astronefs » ressemble même plutôt à un film noir assaisonné à la sauce Space-Op’. Les personnages sont d’ailleurs parfaitement raccords avec ce genre puisqu’on retrouve le détective solitaire et désabusé plongé dans une sale affaire, un redoutable maffieux qui vous fait une proposition que vous ne pouvez pas refuser et une charmante donzelle qui cache sans doute pas mal de choses derrière son joli minois.

C’est donc surtout dans le décor qu’il faut aller chercher la SF, la vraie. Et là, on est pas déçu ! Astronefs supra-luminiques, extraterrestres à tentacules, cités futuristes et planètes étranges, y a pas à dire, le bouquin a vraiment sa place au Fleuve Anticipation. Même les héros apportent leur touche d’exotisme intersidéral. Gaba est doté d’un troisième œil baladeur, sa compagne est une bipecto – elle possède une deuxième paire de seins – et leur compagnon de route est un néo-lepreuchaun concupiscent qui ne pense qu’à féconder toutes les humanoïdes qu’il croise.

Le souci c’est qu’en dépit de ce trio bien sympathique l’histoire ne casse pas trois pattes à un canard. L’humour se limite presque essentiellement à la libido des personnages ou à des jeux de mots lamentables sur leurs noms (Aykip D. Foot, Sylma Tantanavey…) et l’action est quasi inexistante, ce qui est tout de même sacrément handicapant pour ce type de roman. En fait, toutes ces loufoqueries se font aux dépens d’une intrigue extrêmement légère qui ne sera même pas sauvée par une chute que l’on qualifiera diplomatiquement d’un peu facile. Isn’t it Mister Pagel !

Fleuve Noir Anticipation - 1991

1 janvier 2020

LUHORA - B. R. BRUSS

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C'est une bien belle surprise qui attend l'équipage du Sirm en mission d'exploration sur la planère Harfaz. Ce monde désertique et apparemment inhabité, dissimule en effet un immense palais dont les parois de marbre émettent une curieuse lumière verte. Plus étrange encore, les trois scientifiques qui effectuent une reconnaissance à l'intérieur du bâtiment sont victime d'hallucinations particulièrement convaincantes. Mais s'agit-il vraiment de mirages ? Ne serait-ce pas plutôt l'oeuvre d'une entité extra-terrestre inconnue ? 

Petite déception que cet enième space-opéra de l’un des piliers de la collection Anticipation du Fleuve Noir. Il est vrai que la production de B. R. Bruss était relativement abondante à l’époque où il l’écrivit et sans doute faut-il voir dans ce rythme soutenu le manque d’envergure et pour tout dire, d’intérêt, de ce roman. On y retrouve pourtant ces qualités de conteur hors pair qui lui permettent habituellement de nous embarquer dans des récits joliment troussés et toujours dépaysant. On saluera ainsi la façon intelligente avec laquelle il déroule son intrigue, mélangeant exploration spatiale et expérience scientifique tout en distillant ce qu’il faut de suspense pour maintenir jusqu’au bout l’intérêt du lecteur.

Mais ce qui pêche ici, ce n’est pas la forme, c'est le contenu. On a le sentiment que l’auteur s’est contenté de reprendre à son compte le vieux thème de la « Lost race tale » avec cité perdue et déesse immortelle attendant le retour de son antique amour. D’ailleurs, hormis son cadre purement science-fictionnel, on pourrait croire que cette histoire a été écrite par un Henry Rider Haggard ou un Edgar Rice Burroughs. Luhora c’est She, Ang Bertil ressemble fort à Leo Vincey et Dohilo pourrait sans problème remplacer la cité de Kôr. Alors même si tout cela n’est pas trop mal écrit et plutôt bien amené, ce manque d’originalité, d’imagination même, a quelque peu gâché mon plaisir. Pas grave, on se rattrapera avec un autre opus de l’auteur. Il m’en reste tant à lire…

Fleuve Noir Anticipation - 1972

26 mai 2019

UN MONDE D'AZUR - JACK VANCE

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Treize générations se sont écoulées depuis qu’un astronef chargé de détenus de droit commun s’est abîmé sur une planète totalement dénuée de continents. Leurs descendants se sont parfaitement adaptés à ce monde aquatique où ils mènent une vie simple et non dénuée de charme. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient contraints d’entretenir le Kragen, une gigantesque créature semi-intelligente qui les protège de ses congénères plus petits en échange de nourriture. Le marché semble à priori équitable mais à mesure que le monstre grandit, ses appétits se font plus féroces. Sklar Hast, un jeune transmetteur fougueux et épris de justice, va rompre ce fragile équilibre. 

Beaucoup de romans de Jack Vance mettent en avant des personnages en rébellion contre le système. La plupart du temps il s’agit d’une révolte individuelle (Emphyrio) et souterraine (La vie éternelle), mais elle prend parfois des allures de révolution où la destinée d’un homme se confond avec celle d’un peuple. C’est le cas dans « Les chroniques de Durdane » où Gastel Etzwane combat seul la dictature de l’Anome avant d’être rejoint dans sa lutte par d’autres citoyens. C’est le cas aussi dans « Un monde d’azur » dans lequel l’insubordination de Sklar Hast va déboucher sur une crise politique qui verra se rejouer l’éternel conflit entre les anciens et les modernes, entre les conservateurs et les forces de progrès.

Pourtant, le héros de ce roman court et bondissant n’est pas un révolté dans l’âme. S’il remet en cause l’organisation sociale et politique de son peuple c’est simplement parce qu’il estime que les puissants ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des humbles. Ce qu’il conteste, c’est un système qui écrase le commun au profit d’une classe, celle des arbitres et des médiateurs - autrement dit les politiques et les religieux - qui ne produisent rien, profitent de la communauté et assoient leur autorité sur la peur et l’ignorance.

La rébellion de Sklar est d’ailleurs très progressive. Après avoir tenté de supprimer ce Roi Kragen qui opprime son peuple, il tente très humblement de rallier ses concitoyens à ses idées. Il lui faudra pour cela convaincre les hésitants et lutter contre « l’establishment ». Sa lutte est donc avant tout politique et ce n’est que forcé et contraint qu’il prendra les armes pour faire échec aux partisans de l’immobilisme qui protègent leurs intérêts. Mais alors que d’action ! Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné et nous plongent dans une atmosphère très guerrière où il est question d’espionnage, de batailles navales et d’exécutions.

Si l’histoire ne manque pas d’animation, elle est en revanche moins riche de ses petits détails ethnologiques qui sont pourtant l’une des caractéristiques des romans de Jack Vance. Cela est en partie dû à la nature de la planète sur laquelle il situe son histoire. Ce monde d’azur est en effet entièrement recouvert par les océans. Les habitants y vivent sur des sortes d’archipels constitués par les feuilles de plantes aquatiques qui affleurent à la surface de l’eau, un peu comme le font celles des nénuphars. Un univers minimaliste dont la principale caractéristique est l’absence de matériaux solides. Pas de métaux, pas de roches, tous les objets, toutes les structures sont construits à partir de fibres végétales ou d’ossements. Cela donne à cette société et à ses réalisations un côté fragile et éphémère tandis que ses membres prennent des allures de robinsons obligés de faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour survivre. D’ailleurs, la recherche et les expériences de toutes nature occupent une grande place dans ce récit où la découverte du moyen de fabriquer du fer sera la clé de la victoire.

Pocket SF - 1984

17 mars 2019

UN TOUR EN THAERY - JACK VANCE

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En Thaery, lorsque vous êtes le cadet d’une maison noble, vous ne pouvez compter que sur vos qualités pour vous faire une place au soleil. Jubal Droad l’a bien compris qui prend très vite le chemin de la capitale pour solliciter un emploi dans l’administration. Hélas là encore les bonnes places sont prises par des citoyens « mieux nés » que lui et Jubal doit se contenter d’un modeste poste au service de la santé et de l’hygiène. Fort heureusement, un litige d’ordre privé qui l’oppose à un grand seigneur va le faire remarquer par Nai le Hever, chef des services secrets thariotes…  

Si l’on fait abstraction du cadre général de l’histoire, ce roman de Jack Vance est incontestablement un roman d’espionnage. Enquêtes, filatures, assassinats, intrigues politiques et commerciales, « Un tour en Thaery » réunit la plupart des ingrédients de ce genre en y ajoutant toutefois une bonne dose d’humour grâce à un personnage particulièrement intéressant. Ambigu, pugnace et malin, Jubal Droad est un héros typiquement vancéen. Il possède l’esprit d’entreprise d’un Gavin Waylock, l’instinct de révolte d’un Gastel Etzwane ou d’un Ghyl Tarvoke, la soif de vengeance de Kirth Gersen et le sens de l’autodérision d’un Magnus Ridolph. Il est en tout cas éminemment sympathique et l’on prend immédiatement son parti d’autant que le sort semble s’acharner contre lui. Mais le bonhomme a de la ressource comme il va le démontrer au cours de multiples aventures qui lui feront parcourir la Thaery en tous sens avant de s’embarquer pour l’étrange pays des waels et même s’envoler vers d’autres planètes.

Ces voyages seront bien sûr l’occasion pour l’auteur de donner corps à quelques-uns de ces univers chatoyants et originaux comme lui seul en a le secret. Il nous balade ainsi dans des contrées rétrogrades ou futuristes faisant alterner la SF pure et dure avec des éléments qu’on pourrait qualifier de steampunk et incorpore bien sûr à son récit une multitude de détails ethnologiques. Parmi ceux-là j’ai particulièrement aimé l’idée de la « Yallow », sorte de service civique que tout jeune adulte doit accomplir durant une année au cours de laquelle il voyage à travers le pays en essayant de se rendre partout utile. Autre jolie trouvaille : le « Juste Châtiment » qui permet à une personne qui s’estime lésée par une autre d’obtenir de la justice un mandat qui l’autorise à lui infliger la punition de son choix ou à la faire exécuter par des agences spécialisées !

Si le ton du roman est globalement léger et humoristique grâce aux relations conflictuelles que Jubal entretient avec son supérieur et aux mauvais tours qu’il joue à ses ennemis, il s’avère néanmoins un peu plus profond et politique qu’il n’y parait. On y trouve en effet, çà et là, une critique discrète mais bien réelle du commerce, de la société de consommation et des multinationales plus fortes que les états. Vance y dénonce aussi un système de castes qui empêche les plus humbles de révéler leurs qualités en réservant ses meilleures places aux fils des familles nobles, montrant à cette occasion une conscience sociale plus vive que je ne l’aurais cru.

Finalement, mon seul petit reproche - ou plutôt mon seul regret - concerne le manque de présence du « grand méchant » de l’histoire. Pendant l’essentiel du roman, Ramus Ymph n’est qu’une ombre après laquelle Jubal passe son temps à courir. On ne le connaît qu’au travers de ses ambitions et de ses agissements et il faut attendre la toute fin de l’histoire pour le rencontrer en chair et en os. Et là encore, la confrontation tourne court puisque ce n’est même pas notre héros qui en vient à bout. Ceci étant, la nature du châtiment qui attend Ramus et la façon méchamment drôle dont Jubal se dédommage de ses déboires valent bien à elles seules cette longue attente.

Pocket SF - 1981

24 février 2019

L'OTARIE BLEUE - B. R. BRUSS

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Jack Turnill et Fred Brisball viennent tout juste de rentrer sur Terre après une mission d’exploration interstellaire lorsqu’ils sont confrontés à des phénomènes maritimes aussi étranges que désastreux. De curieux tourbillons se forment à la surface des mers et bientôt de gigantesque raz de marées submergent de nombreuses villes sur toute la surface du globe. Alors qu’une armée de scientifiques cherche la cause de ces catastrophes, Jack est approché par une mystérieuse créature qui désire entrer en contact avec l’espèce humaine. Il ignore alors que cette rencontre va le propulser au centre de la guerre qui oppose depuis des dizaines de milliers d’années les terribles Ruems aux puissants Ebliss.  

B. R. Bruss fut un pilier des Editions Fleuve Noir dont il alimenta les collections Anticipation et Angoisse avec de chouettes romans rédigés dans un style irréprochable et plaisamment désuet. « L’otarie bleue » est un parfait exemple de cette production où il est question d’invasions extra-terrestres, de voyages spatiaux et de planètes lointaines bref, des space opera à l’ancienne mais non dénués d’intérêts grâce à un sens du récit évident et une imagination qui ne fait jamais défaut. Comme dans « Le cri des Durups », « L’énigme des Phtas » et bien d’autres œuvres de l’auteur, il est ici question d’une guerre que les terriens sont contraints de livrer à une espèce extra-terrestre qui tente de s’implanter sur Terre.

Le récit se divise en deux parties à peu près égales en longueur mais pas en intérêt. La première - la plus passionnante – couvre la période qui va de la découverte des d’ET sur la planète jusqu’à la première prise de contact. Une partie très dynamique dans laquelle le héros nous fait pleinement partager l’angoisse des populations face aux premières attaques, les recherches fébriles des scientifiques et le ballet diplomatique des autorités auxquels il est tour à tour mêlé.

La seconde nous est présentée à la manière d’une leçon d’histoire parcourant les 50 années que dura la guerre contre les Ruems. Un exposé accéléré qui insiste sur les épisodes importants du conflit et sur deux ou trois passages mettant plus directement en scène quelques-uns des personnages principaux. On s’attarde ainsi sur la visite du monde des Ebliss, on assiste à un naufrage sur une planète glacée et à la captivité du héros chez les méchants Ruems. Il y a des combats, des évasions et de multiples rebondissements et l’on ne s’ennuie pas un seul instant. Malheureusement tout cela est raconté d’une façon que je qualifierai de professorale qui met trop de distance entre l’action et le lecteur et empêche ce dernier de vivre et ressentir les aventures de ses héros.

Heureusement l’auteur a su donner un supplément d’intérêt à son histoire grâce à des ET plutôt originaux. Les Ebliss, tout comme les vilains Ruems, ont un cycle de vie bien particulier qui se distingue par un état embryonnaire de plus de 30000 ans suivi d’une existence longue de 10000 autres années. Une existence fort longue qui les voit changer d’apparence à plusieurs reprises, de l’espèce protoplasmique au mammifère marin puis de l’humanoïde à la créature ailée.

On signalera enfin que ce roman recèle aussi une jolie histoire d’amour entre les deux principaux personnages, un humain et une Ebliss. Cela dénote chez l’auteur une ouverture d’esprit encore assez rare dans la SF des années soixante même s’il prend la précaution de préciser que l’amour physique entre Jack et Blissa, c’est-à-dire entre l’homme et « l’otarie bleue », demeure physiologiquement impossible, restant par là même beaucoup plus timoré que Philip José Farmer et ses « Amants étrangers » parut aux States deux ans plus tôt.

Fleuve Noir Anticipation - 1963

2 septembre 2018

LA TERRE DES GUERRIERES - AVRAM DAVIDSON

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Après que l’équipage du Perséphone se fut mutiné, le commandant Rond et les quelques hommes qui lui sont restés fidèles sont abandonnés dans une chaloupe spatiale. Les rescapés se dirigent vers une planète isolée où ils espèrent trouver de quoi fabriquer le carburant dont ils ont besoin pour regagner leur port d’attache. Hélas ils atterrissent sur la planète Valentine, un monde dont la civilisation n’a pas encore dépassé le stade médiéval et où le pouvoir est exercé par une caste de guerrières qui se livrent une guerre continuelle. Et comme si leur situation n’était déjà pas assez compliquée, la planète est bientôt attaquée par des pirates de l’espace… 

Comme sa couverture et son titre le laissent présager et bien qu’il ne date que de 1976, « La terre des guerrières » est un bon vieux pulp à l’ancienne qui nous rejoue la classique histoire du choc des civilisations entre une race pré-technologiques et des robinsons de l’espace. Mais classique ne veut pas dire mauvais et, malgré quelques facilités (l’antique prophétie qui s’accomplit, l’histoire d’amour entre la jolie autochtone et l’intrépide spationaute…) ce roman nous réserve quand même quelques bonnes idées.

La première concerne la nature de la société de la planète Valentine. Une société matriarcale où les hommes ont été écartés du pouvoir et traités comme les femmes le sont encore trop souvent sous nos latitudes, c’est-à-dire ravalés au rôle de boniche ou de repos du guerrier. Rien de très original là-dedans me direz-vous ? Certes, mais ici l’inversion des rôles est totale. Les femmes gouvernent tandis que les hommes pouponnent. Elles fourbissent épées et armures, s’adonnent à la chasse et à la guerre alors que leurs époux ou leurs mignons les attendent bien sagement au coin du feu. Même le roi n’est qu’un fantoche qui s’occupe de jardinage et de philosophie et contraint de laisser les rênes du pouvoir à la Haute Gardienne. 

On s’attardera plus volontiers sur l’autre grand thème de ce roman qui nous montre de part et d’autre des individus obligés de remettre en cause leurs certitudes et leurs préventions (code de l’honneur d’un côté, respect des consignes et de la hiérarchie de l’autre) afin de se rapprocher pour lutter contre un ennemi commun puis imaginer un autre avenir. Cela donne quelques belles pages autour de ces deux communautés dont l’une voit les fondements de sa société ébranlés par des concepts et des technologies nouveaux tandis que les autres comprennent que leur existence est désormais circonscrite aux strictes limites d’une planète rétrograde.

Bien sûr, on regrettera que le back-ground ne soit pas assez fouillé et que la psychologie des personnages soit trop peu travaillée mais en 180 pages il eut été difficile de faire beaucoup mieux. Le lecteur doit donc accepter d’être un peu bousculé et précipité au cœur de l’action sans avoir vraiment le temps de prendre pied sur la planète. C’est un peu frustrant. On aurait aimé en apprendre davantage sur son histoire ou sa géographie, avoir davantage de détails pour s’immerger plus totalement mais telle quelle l’histoire est tout de même fort plaisante et offre un bon divertissement.

Presses de la Cité - Futurama - 1976

3 avril 2018

EMPHYRIO - JACK VANCE

pp5134-1982

A Ambroy, sur la planète Halma, le Service de Protection Sociale contrôle tout : les coopératives monopolistiques, les emplois, l’orthodoxie religieuse. Difficile dans ces conditions de trouver sa place lorsqu’on est un jeune homme qui brûle de découvrir le vaste monde. Ghyl Tarvoke l’apprendra à ses dépens lorsqu’il tentera, avec l’aide de son père et de quelques amis, de secouer les institutions et les mentalités. Mais il faudrait beaucoup plus que quelques brimades et injustices pour refroidir ses ardeurs… 

Si une grande partie de l’œuvre de Jack Vance est constituée de textes humoristiques ou à tout le moins assez légers (Tschaï, Les mondes de Magnus Ridolph, Les cinq rubans d’or, Space Opera…) on en trouve aussi de plus sérieux, du genre qui donnent matière à réflexion. C’est le cas des « Domaines de koryphon » qui explore la délicate question de la légitimité de toute possession territoriale ou bien de « La vie éternelle » qui peut être regardé comme une critique du libéralisme. Dans "Emphyrio" l'auteur semble cette fois se livrer à un réquisitoire contre le socialisme ce qui ne surprend guère quand connaît les opinions plutôt conservatrices du monsieur.

Ceci étant ses attaques portent davantage sur la façon dont est mise en œuvre cette théorie politique que sur ses qualités intrinsèques et c’est avant tout la perversion d’un régime qu’il dénonce dans ce roman. Il dépeint en effet un état où les besoins élémentaires des citoyens ne sont garantis qu'en échange d'une soumission aveugle au pouvoir et au prix de la suppression d'un certain nombre de libertés. Il nous montre également comment de beaux et grands principes peuvent être « oubliés » et remplacés pour permettre à une caste d’apparatchiks de s'enrichir sur le dos de la majorité.

En ce sens, "Emphyrio" est plus une critique du stalinisme que du communisme. Le régime totalitaire que nous décrit Jack Vance est un mélange très réussi de Russie soviétique et d’ancien régime. Du premier nous retrouvons un système coopératif sous l'emprise d'une administration intrusive qui contrôle absolument tout. Quant au second, il vient ajouter un petit côté moyenâgeux et obscurantiste avec ses corporations et ses guildes, la prohibition de toute innovation technologique et un clergé pointilleux sur la question du dogme. 

La première partie du roman permet de prendre la mesure de la vie à Ambroy. Une existence sous contrôle, sans perspectives ni espoir de changements. Nous ressentons parfaitement l’atmosphère étouffante dans laquelle Ghyl et ses amis se débattent, prisonniers de la quinzaine de quartiers qui forment leur seul horizon et d'un système qui leur impose métier, croyance et relations. On comprend ainsi les raisons de leur révolte et tous les espoirs qu’ils mettent dans leur « évasion ». La seconde partie est plus "remuante" et nettement moins sombre. Nous visitons quelques planètes - dont la Terre des origines - sur lesquelles Ghyl vivra quelques aventures qui donnent lieu à scènes cocasses et exotiques. Il y trouvera surtout au prix d’une longue enquête, le moyen de dénoncer l’imposture qui régit son monde. 

Nous le suivons d'autant plus volontiers dans ses pérégrinations et ses recherches qu'il constitue un héros vraiment attachant. C’est un personnage au caractère marqué que l'on voit grandir et s'affirmer tout en conservant intacts ses rêves d’enfant et sa capacité à se révolter. Son désir d’émancipation, sa quête du savoir et de la vérité seront le combat d’une vie et il accomplira sa destinée sans jamais sombrer dans la vengeance aveugle ou le brigandage, alors qu’il en aurait eu toutes les raisons et bien des occasions.

Quant à la chute, elle est particulièrement intéressante et bien amenée, trouvant sa substance dans cette fameuse légende d’Emphyrio qui nous invite à considérer le passé pour comprendre et réformer le présent.

Pocket SF - 1989

1 novembre 2017

TERRITOIRE DE FIEVRE - SERGE BRUSSOLO

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Lors d’une mission d’exploration géologique menée par l’université de Santa Catala, un animal d’une taille comparable à celle d’une petite planète est découvert dérivant à travers l’espace. Une expédition scientifique est aussitôt dépêchée et trois cents scientifiques s’installent sur le corps de l’animal en état d’hibernation. Un an plus tard, Liza est chargée de constater l’avancement de leurs travaux…

Même s'il a beaucoup œuvré dans le domaine des littératures de l'imaginaire, Serge Brussolo a finalement peu écrit de Science-Fiction pure et quasiment pas de Space-opera. C'est donc avec un peu de curiosité que j'ai entamé ce roman, attendant de voir ce que l'auteur pouvait donner en la matière. Mais, à part les deux premiers chapitres et le fait que l'action se déroule sur un animal gigantesque au coeur du cosmos, on n’y trouve guère d’ingrédients du genre.

Une fois son héroïne posée sur l’animal-planète, l’histoire prend en effet l’allure d’un roman d’aventure où l'exploration de ce monde étrange et la découverte des diverses "tribus" qui le peuplent constituent l'essentiel de l'intrigue. Pour le reste, on ne s’étonnera  pas d’y retrouver les obsessions coutumières de l’auteur au premier rang desquelles le corps humain et les multiples transformations que l'on peut lui faire subir.

Avec "Territoire de fièvre" il est doublement à son affaire avec en premier lieu les descriptions hallucinantes de ce corps/monde où la moindre manifestation naturelle prend des proportions gigantesques : un furoncle qui éclate devient une éruption volcanique, une fièvre provoque une dangereuse élévation de la température tandis qu’une simple chair de poule se transforme en véritable tremblement de terre. Ce changement d’échelle permet de faire évoluer ses personnages dans des décors absolument surréalistes et de les soumettre à des conditions de vie particulièrement éprouvantes (évoluer en permanence dans la transpiration et le sebum ç’a n’est pas très glamour !). Mais cela ne lui suffit apparemment pas puisqu’il  les confronte ensuite à d’effroyables mutations physiques (vieillissement ou rajeunissement accéléré de certaines parties du corps, os qui se liquéfient…) et  à des perturbations mentales tout aussi redoutables (individus s’imaginant être des globules blancs et dévorant leurs semblables comme un leucocyte le ferait d’une bactérie) .

Parmi ces malheureux, les habitués de l’œuvre du grand Serge retrouveront avec plaisir le docteur Mathias Mikofsky et sa légendaire moustache. Les autres personnages, au premier rang desquels son héroïne Liza, sont très brussoliens, c’est à dire ballottés en tous sens, sans plus de libre arbitre ou d’initiative qu’un nord-coréen sous Lexomil. Il est certes un peu frustrant de les voir se débattre en sachant  par avance que leurs actions sont vouées à l’échec, mais les péripéties qui leur échoient sont à ce point délirantes que l’on reste scotché au roman, hypnotisé par l’imaginaire démentiel de l’auteur qui trouve ici quelque unes de ses idées les plus extravagantes.

De ce point de vue « Territoire de fièvre » est un bel exemple de l'imaginaire décomplexé qui était le sien dans sa période « Fleuve Noir ». C’est aussi un roman un peu plus profond qu’il n’y parait. La destruction de leur planète par les scientifiques est un peu une métaphore de l’attitude des hommes envers la Terre, qu’ils détruisent à petit feu, se condamnant par la même occasion. A l’image de ce qu’il advient de la bête-monde, notre planète pourrait  bientôt n’être plus qu’une chose morte dérivant dans l’espace : « un monument à la bêtise humaine »

Fleuve Noir Anticipation - 1983

5 mars 2017

LA STRATEGIE ENDER - ORSON SCOTT CARD

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Il y a cinquante ans, les doryphores ont été à deux doigts de conquérir la terre et sans les talents de stratège du légendaire Mazer Rackham, la flotte humaine aurait été défaite et les aliens en mesure d'exterminer ou d'asservir les humains. Pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise, la coalition internationale a mis au point un programme de sélection des enfants les plus prometteurs afin de dénicher un nouveau leader de génie capable de défaire l'ennemi. Pressenti pour devenir l’un des futurs commandants de la Flotte Internationale, le jeune Andrew Wiggin est expédié avec d’autres surdoués à l’école de guerre de la ceinture d’astéroïdes où ils débutent leur formation d’élève-officier. Commence alors pour ces enfants souvent très jeunes, une existence rude, entièrement dédiée à l’apprentissage de la stratégie et du combat dans l’espace.

Ender Wiggin à l’école de la guerre.

Et oui, cela semblera peut-être étrange à certains mais par bien des aspects ce roman de Scott Card m’a fait penser au best-seller de J. K. Rowling. Comme le petit sorcier à lunette, le jeune Wiggin est un enfant à part sur lequel repose les seules chances de l’humanité de triompher d’une dangereuse menace. Comme lui, sa réputation de prodige contribue à l’isoler au sein d’un pensionnat un peu particulier où il se fera malgré tout quelques amis. Comme lui aussi, il est surveillé de près par des professeurs qui n’hésitent pas à lui cacher la vérité, voire à le manipuler, pour parvenir à leurs fins. Bon, la comparaison s’arrête là car « La stratégie Ender » n’est pas franchement un roman pour la jeunesse quand bien même la plupart des personnages sont de très jeunes enfants.

Pour le reste, c’est plutôt du côté d’ « Etoiles, garde à vous ! » qu’il faut aller chercher des ressemblances avec ce roman de SF militariste. Car c’est bien de guerre dont il est question tout au long du livre. De la guerre que les humains s’apprêtent à livrer aux vilains doryphores et de celle que l’on enseigne dans cette fameuse école où de petits génies soigneusement sélectionnés se tirent la bourre à longueur de temps. L’essentiel du roman nous propose donc de suivre pas à pas la formation du jeune Wiggin laquelle repose essentiellement sur des simulations de combats de type laser game ou paint ball.

On aurait pu craindre que la répétition de ces séances de combats de groupe ne devienne lassante mais l’auteur maîtrise parfaitement son sujet et nous surprend à tous les coups. Chacune d’entre elles est l’occasion de découvrir les capacités hors nomes du jeune héros. Au cours de ces affrontements en apesanteur, il fait la démonstration de ses qualités de combattant et dévoile ses dispositions pour le commandement. Fin stratège, alliant une inventivité fertile à une très grande réactivité, il manie également parfaitement la psychologie et sait tirer le meilleur parti des équipiers qui lui sont confiés.

Si l’on suit avec un intérêt grandissant l’irrésistible ascension du jeune Wiggin en prenant un plaisir intense à le voir triompher des coups bas et des pièges que lui tendent des professeurs machiavéliques et des concurrents malveillants, on ressent en même temps une sensation de malaise devant l’existence qui est la sienne. Ender est en effet  poussé à l’extrême limite de ses capacités. Jalousé par tous, laissé pour compte, molesté parfois, il vit dans l’isolement et la crainte sans personne à qui se confier et sans jamais pouvoir laisser transparaître la moindre faiblesse. Une situation qui le mènera a plus d’une reprise aux portes de l’abandon, voire du suicide.

D’une façon plus générale, l’idée d’utiliser des enfants pour la guerre en raison de leur attrait pour le jeu et la compétition ainsi que pour leur manque de retenue (morale, religieuse) face aux conséquences de leurs actes est assez dérangeante. Les adultes qui les entourent se posent bien quelques questions sur le bien-fondé de leur méthode d’éducation et sur ses conséquences sur leurs jeunes élèves mais elles sont bien vite balayées par l’importance de l’enjeu : gagner la guerre. Une fois de plus la fin justifie tous les moyens et conduira Ender à endosser la responsabilité d’un véritable génocide pour sauver une race humaine qui semble bien peu mériter une telle hécatombe puisque sitôt la menace alien disparue, elle recommence à se déchirer.

Avec ses personnages fouillés, son action incessante et les réflexions pertinentes qu’il propose, « La stratégie Ender » est un roman passionnant et complet qui mérite assurément son statut de classique. Une reconnaissance d’autant plus justifiée que l'auteur y fait montre d’une vision quasi prophétique des développements futurs de l’outil l’informatique comme moyen d’éducation, de jeu et de réseau social.

J'ai Lu - 1998

 

 

12 mai 2016

LES ENNEMIS - P-J HERAULT

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A l’issue d’un combat entre un patrouilleur végien et un destructeur centaurien, quelques dizaines de rescapés des deux bords sont contraint de se poser sur une planète des confins peuplée de créatures du Jurassique. Sans espoir d’être secourus, les ennemis d’hier vont devoir s’apprivoiser pour survivre et peut-être fonder ensemble une colonie. C’est du moins ce qu’espère Ewen Pradec, un lieutenant des commandos végiens. Mais on n’efface pas comme cela huit années de guerre… 

« La négociation exige courage et persévérance, la guerre est à la portée du premier imbécile ». Cette citation tirée de « La parabole des talents » d’Octavia Buttler pourrait être la devise du héros de ce roman. Ewen Pradec fait en effet partie de ces hommes et de ces femmes capables de surmonter leurs préventions et faire taire leur rancœur lorsque les circonstances l’exigent. Tout au long du roman il s’emploie à rapprocher les naufragés, arrondissant les angles et ménageant les susceptibilités. Il a d’ailleurs fort à faire car l’opposition n’est pas qu’entre anciens ennemis, entre végiens et centauriens. Elle est aussi - et surtout - entre ceux qui s’adaptent et ceux qui restent figés, ceux qui voient loin et ceux qui raisonnent en fonction de critères désormais dépassés ou qui veulent conserver leurs anciens privilèges, maintenir une hiérarchie qui les avantage.

Ce thème de l’homme qui prend en main la destinée de ses compagnons d’infortune est un classique dans l’œuvre de P. J. Herault  tout comme d’ailleurs celui  d’ennemis contraints de faire front commun contre une terrible menace (Ceux qui ne voulaient pas mourir, La fédération de l’amas). Quant à la robinsonnade, c’est elle qui donne son cadre général au récit et permet à l’auteur de démontrer une fois de plus ses qualités de créateur d’univers et son sens du détail.

De même que son héros doit penser à tout pour permettre aux siens de survivre, P. J. ne laisse rien au hasard. C’est particulièrement sensible dans les nombreux passages où ses naufragés de l’espace doivent penser survie. Le choix du lieu où implanter une ville, la récupération du matériel  et sa transformation, les problèmes d’approvisionnement – en nourriture, en énergie – sont plus importants et plus intéressants que les scènes de combats contre les vilains dinosaures. Cela a beau être de la SF, tout paraît ici bien réel car expliqué et justifié.

On sent en tout cas que P. J. se plait à imaginer les prémisses d’une nouvelle société loin du carcan des règles anciennes. Une société fondée sur la recherche du bien commun où les décisions ne seraient pas imposées par les politiciens et les militaires responsables de la guerre («Une guerre ne se déclare pas toute seule, ce sont des hommes qui, par ambition personnelle, ou par incapacité, la laisse éclater, ou la provoquent délibérément»), une société où gouverner serait un sacerdoce, non une sinécure («Commander, cela veut dire être responsable des prolongements de tous ses actes, avoir prévu toutes les possibilités et les assumer»).

Notons enfin que malgré une confrontation parfois explosive entre les protagonistes, pas un seul mort n’est à déplorer. La preuve que l’on peut faire un bon roman d’action sans pour autant avoir un macchabée toutes les dix pages. La preuve aussi que la discussion, l’échange de points de vue et surtout, l’écoute, peuvent faire des miracles !

L'Officine - Fantastic Fiction - 2005

 

 

2 mars 2016

LE CYCLE DE TSCHAÏ - JACK VANCE

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Le cycle de Tschaï est sans le moindre doute la plus connue et la plus emblématique des œuvres de Jack Vance, celle qui caractérise le mieux son univers et qui a fait de lui le maître incontesté du planet opera. Son intrigue est pourtant d’une grande simplicité puisque toute l’histoire repose sur la volonté d’un terrien échoué sur une planète inconnue, de trouver le moyen de retourner chez lui. Tout au long des quatre volumes qui composent ses aventures, Adam Reith cherche à mettre la main sur un vaisseau spatial capable de le ramener sur Terre. Ce faisant, il parcourt en tous sens la planète Tschaï et découvre les multiples races qui la peuplent. On le voit, il n'y a là rien de particulièrement fouillé et pourtant ses romans se dévorent en un rien de temps.

C’est que Jack Vance a du métier et sait varier ses effets. Chaque tome baigne dans une ambiance différente, médiévale pour le Chasch (caravanes commerciales, despotes régnant sur une citadelle, culte mortifère), renaissance italienne dans le Wankh (pirates, guildes d’assassins, duels) et enfin plutôt XIXème siècle, genre ruée vers l’or, pour le Dirdir. Cela lui permet d’éviter des situations par trop semblables et empêche la monotonie de s’installer. Et puis soyons honnêtes, il se passe quand même pas mal de choses. En compagnie de notre héros, nous voyageons sur mer, dans les airs et sous terre ; il y a des batailles, une chasse au trésor, des jeux du cirque et bien d'autres scènes d'action.


Mais surtout il y a son talent de créateur d’univers. L’imagination de Jack Vance est stupéfiante lorsqu’il s’agit d’inventer de toutes pièces des sociétés originales et de concevoir leur organisation et  leurs particularismes dans les moindres détails.  Il nous emmène ainsi dans la steppe du Kotan où vivent les Kruthes dont le rôle, le rang et le comportement sont définis en fonction de l’emblème qu’ils portent sur leur casque ; il nous fait débarquer à Vervodeï  en ce pays de Cath où les habitants disposent de plusieurs noms qu’ils utilisent en fonction des circonstances, nous assistons aussi aux étranges pratiques sexuelles des khors, nous baguenaudons dans Urmank la ville dédiée aux jeux d’argent et partons même à la pêche aux sequins dans les redoutables Carabas où les Dirdir chassent le gibier humain… C’est un véritable melting pot de races et de peuples, un gigantesque brassage de cultures et de traditions, un continuel mélange de modernisme et d’archaïsme.

Le très grand nombre de personnages qui peuplent ces romans compte aussi pour beaucoup dans la qualité du récit. Je passerai rapidement  sur Adam Reith qui campe un héros particulièrement monolithique, parfait représentant de cette Amérique des années soixante sûre d’elle et qui ne dévie jamais de l’objectif qu’elle s’est fixé.  Ses compagnons sont heureusement beaucoup plus nuancés et par là même plus attrayants. On voit leur personnalité évoluer au fil des romans et des expériences vécues. C’est ainsi un plaisir que de voir Zap 210 faire l’expérience de sa féminité et découvrir la sexualité ou d'assister aux changements qui s’opèrent chez Traz Onmale qui passe de l’état de barbare un peu fruste à celui de jeune homme à l’aise dans un monde moderne, sans oublier bien sûr la mauvaise foi de Anke at afram Anacho.

Mais il y a aussi quantité de seconds rôles qui apportent de l’épaisseur à l’histoire et font vivre tous ces lieux enchanteurs. J’ai ainsi pris plaisir à détester l’abominable Aïla Woudiver qui jouera plus d’un mauvais tour à notre héros ou à m’agacer du mercantilisme de Zarfo Detwiler le sympathique mais ô combien intéressé technicien lokhar. Je pense encore à Ylin-Ylan, la fleur de Cath qui sombrera dans la folie de l’Awaile, à son compatriote Dordolio Or et Cornaline le gandin insupportablement arrogant, à Baojian, à Artilo, à Cauch et tant d’autres.

Alors, si d’aucun hésitent encore à se lancer à l’assaut de ces quatre volumes, qu’ils se rassurent, le temps passe bien vite en compagnie d’Adam et de ses compagnons. Beaucoup trop vite !

J'ai Lu

25 janvier 2016

RAX - MICHAEL CONEY

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Comme chaque année, Pastour et ses parents vont passer leurs vacances d'été à Pallahaxi, une petite ville portuaire du sud. Mais cette fois les circonstances sont particulières puisque leur pays vient d'entrer en guerre avec la puissance voisine, imposant à son peuple des restrictions d'autant plus mal vécues que la caste dirigeante y échappe. Fonctionnaire au service du Régent, le père de Pastour fait justement partie de ces privilégiés. Cela n'empêche pas l'adolescent de préférer la compagnie des humbles et particulièrement celle de Prunelles d'Or, une jeune fille rencontrée l'an passé à laquelle il brûle de déclarer sa flamme. Alors que la guerre se rapproche inexorablement et que la révolte gronde parmi le peuple, le soleil Rax fait planer sur leur avenir une menace autrement plus grave.

La SF de Michael Coney est décidément très discrète. Je m'étais déjà fait cette réflexion en lisant ces deux petits bijoux que sont "Syzygie" et "Brontomek" où, mis à part une faune et une flore particulière et deux ou trois détails technologiques, l'on pouvait se croire dans n'importe quelle petite ville de notre bonne vieille Terre.

Il en va ainsi de "Rax" qui nous donne la même impression d'intemporalité et le sentiment de connaître les lieux et les personnages dont il est question. Mais ce n'est pas le seul point commun entre ces trois romans qui partagent aussi un même cadre (une cité portuaire), une même atmosphère (la méfiance et la rébellion d'une petite communauté contre le pouvoir central) ainsi qu'une menace d'ordre astronomique. Qu'on se rassure cependant, la comparaison s'arrête là. L'intrigue de « Rax » est totalement différente et le roman se distingue aussi par son côté steampunk  (véhicules à vapeur et fusils à ressort) et par la personnalité de son narrateur.

Le récit nous est en effet conté par un jeune homme de 16/17 ans décidé à profiter de ses vacances en bord de mer pour échapper un peu à l'autorité parentale. Cela donne à l'histoire des allures de livre pour ados et même un petit côté "Club des cinq" puisque Pastour et ses amis, gagnés par l'ambiance belliqueuse, explorent égouts et épaves à la recherche de contrebandiers ou d'espions. Le récit baigne dans une ambiance ludique et estivale ; nous sommes témoins de leurs premiers émois amoureux, de la rivalité entre les garçons et, bien sûr, des inévitables conflits avec leurs parents.

Mais cette légèreté n'est qu'apparence. Michael Coney nous a jeté de la poudre aux yeux. Il a détourné notre attention des évènements dramatiques qui se préparaient et lorsqu'on s'en aperçoit, il est déjà bien trop tard. Comme ses jeunes héros occupés à leurs amours ou comme les habitants de Pallahaxi qui cherchent désespérément un moyen de se protéger de la flotte ennemie, nous n'avons pas vu arriver le coup. Nous avons été trop naïfs. Or, « Rax » est précisément un roman sur la perte de l'innocence. Il nous montre toute la différence qu'il y a entre l'univers acidulé de l'enfance et la réalité parfois cruelle des adultes. Il dévoile surtout le fossé qui existe entre la simplicité des gens du commun et la duplicité des puissants, l'égoïsme des nantis.

Alors vous l'aurez compris, Michael Coney m'a une nouvelle fois séduit avec cette histoire toute simple et dramatiquement belle qu'il conclue d'ailleurs de façon magistrale avec une chute à double détente. Et puis, n'en déplaise aux cyniques, « Rax » est aussi une bien jolie histoire d'amour et Pastour et Prunelles d'Or méritent assurément d'entrer au panthéon des amoureux maudits de la littérature.

Albin Michel - Super Fiction - 1977

20 novembre 2015

DUREE DES EQUIPAGES : 61 MISSIONS... - P-J HERAULT

FnAnt1562-1987Afin de continuer la guerre totale dans laquelle il s'est engagé depuis des décennies, le gouvernement terrien a lancé le plan "Surpopulation". Un peu partout sur les planètes qu'il gouverne sont installés des Materedu, sortes de pouponnières géantes où l'on crée, élève et sélectionne les futurs soldats. Gurvan est l'un d'eux. Un jeune pilote d'intercepteur qui, sitôt sa formation terminée, est affecté sur un porteur en partance pour le front. Il y rencontre d'autres "bleus" avec lesquels il va sympathiser tout en tentant d'oublier que la survie moyenne d'un pilote n'excède pas les 61 missions. Parviendront-ils à faire mentir les statistiques ? 

La "Trilogie Gurvan" est, avec le cycle de "Cal de Ter", l'œuvre la plus significative de P-J Herault. Elle porte en germe une bonne part de ses autres romans et en particulier ceux qui appartiennent au genre space-opera. Le personnage de Gurvan est d'ailleurs le prototype du héros "héraultien" ; un individu doté d'une grande empathie, bourré de qualités (humaines et militaires) qui l'amènent à prendre en main la destinée de ses compagnons d'infortune. Mais si le plus souvent ses personnages combattent pour leurs libertés, il n'en va pas ainsi dans la trilogie. C'est d'ailleurs l'une des idées force de ce récit que de mettre en scène des hommes et des femmes jetés dans une guerre interminable mais néanmoins déterminés à y tenir leur rôle.


Gurvan, Dji, Rom et les autres n'ont pas choisi de devenir militaires. Ils ont été conçus, élevés, entraînés pour combattre. Ils ont pour seul objectif de tenir le plus longtemps possible afin de rentabiliser l'investissement qu'ils représentent. Pourtant, les bons petits soldats vont progressivement prendre conscience de leur individualité, se rendre compte qu'ils ne sont pas que des pions et qu'ils peuvent aussi vivre pour eux même.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

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A ce titre, l'évolution du caractère de Gurvan est l'un des aspects les plus intéressants du roman. Du jeunepiloteinexpérimenté et avide de victoires au vieux briscard virtuose mais néanmoins prudent, nous le verrons évoluer au fil du temps et de ses expériences. Il passera par toute la gamme des émotions, doute, colère, découragement, enthousiasme, avant de s'endurcir et ne plus songer qu'à rester en vie pour connaître autre chose que les combats, la peur et la mort.


L'auteur ne donne que très peu d'informations sur les deux camps qui s'affrontent et sur les raisons du conflit. On sait juste que la guerre dure depuis 42 ans et qu'elle oppose les terriens aux descendants de colonies lointaines et oubliées. Mais ce n'est pas plus mal. Nous sommes ainsi logés à la même enseigne que Gurvan et ses compagnons qui ne connaissent de la guerre que les différents théâtres d'opérations sur lesquels ils interviennent. Cela permet de mieux comprendre leurs réactions face aux évènements, d'appréhender leur état d'esprit et en particulier l'impression de précarité qui préside à leur existence.

FnAnt1584

P-J Herault est en revanche beaucoup plus prolixe en matière de combats. « Durée des équipages : 61 missions... » est un roman de guerre. Les scènes du genre sont donc extrêmement nombreuses mais heureusement aussi très variées. Missions de repérages, bombardements, duels, une belle variété qui évite la lassitude. Les connaissances de l'auteur en matière d'aviation et les détails techniques qu'il distille çà et là (incidence de la gravité, autonomie des appareils) ajoutent de la vraisemblance à ces séquences guerrières et en relèvent l'intérêt. La vie à bord des "porteurs", ces gigantesques portes avions spatiaux, est aussi très bien rendue. Des soutes d'appontements aux cabines de repos en passant par les réfectoires, les descriptions sont très précises et donnent du corps au récit. Cela permet en outre d'insérer dans l'histoire des passages plus calmes où l'humanité des héros est plus palpable, leur caractère plus affirmé.


Cette trilogie constitue donc un très bon exemple de Space Opera à la française et une excellente introduction à l'œuvre de P-J Herault. Héros charismatique, groupe d'amis, combats aériens, création d'une communauté sur une planète vierge, tous ses thèmes de prédilection sont déjà là. Il ne cessera dès lors de les faire vivre à travers les nombreux romans qui suivront.

Fleuve Noir Anticipation - 1987 & 1988

15 octobre 2015

RITE DE PASSAGE - ALEXEI PANSHIN

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Voilà presque deux siècle que la Terre, et avec elle le système solaire, a explosé. Seules quelques centaines de milliers d’hommes et de femmes ont pu quitter à temps le berceau de l’humanité à bord de gigantesques nefs spatiales. Depuis, plusieurs dizaines de planètes ont  été colonisées au prix, bien souvent, d’une régression technologique assez considérable. Une « aristocratie de la science » a toutefois survécu, composée de celles et ceux que le travail de la terre rebutait. Ils continuent de voyager dans les étoiles, n’entretenant que de vagues contacts avec les colonies humaines. Une vie consacrée à la recherche et l’épanouissement personnel mais réservée à ceux qui surmonte « l’épreuve » : survivre, seul, pendant trente jours sur l’un des mondes colonisés. Facile ? Peut-être. Sauf quand on a quatorze ans et que vos cousins humains ne vous portent pas précisément dans leur cœur…

Ce roman d'Alexeï Panshin est pour moi le prototype du bon space-opera à savoir un récit captivant et intelligent qui mêle à justes doses l'action à la réflexion sans oublier bien sûr des personnages profonds et attachants. Le procédé narratif est également intéressant  puisque c’est par les yeux d’une enfant de douze ans que nous faisons la découverte de ce gigantesque vaisseau où s'est réfugié ce qui restait de l'humanité avant qu'elle ne parvienne à essaimer sur de nouvelles planètes.

Nous faisons donc connaissance avec Mia, une jeune fille qui a des préoccupations de son âge, s'inquiète de perdre ses amis à cause de son déménagement et entretient des relations difficiles avec un père trop occupé et une mère absente. Nous la suivons dans ses occupations quotidiennes, ses cours, les parties de football, les expéditions dans le système d’aération du vaisseau... Le ton est gai, léger, presque insouciant.


Pourtant, le propos d'Alexeï Panshin est beaucoup plus sérieux qu'il n'y parait au premier abord. Si l'on considère en effet le récit de Mia, non par les yeux de l'enfant qui ne comprend pas encore toutes les implications de ce qu'elle voit, mais avec ceux d'un adulte réfléchi, on s'aperçoit que son monde n'a finalement rien d'idyllique. On découvre que si Mia et ses amis sont enfants uniques, c'est que le vaisseau pratique un contrôle des naissances rigoureux  ; que si leurs parents vivent rarement ensemble et n'élèvent pas leur progéniture c'est qu'ils n'ont pas forcément choisi leur partenaire ni même d'avoir des enfants mais se sont soumis aux suggestions de l'eugéniste ; que si le sixième niveau est totalement désaffecté c'est que la population du vaisseau est réduite à trente mille âmes alors qu’elle en a compté trente fois plus.


On comprend alors que la politique à l’œuvre dans le vaisseau est élitiste, égoïste et liberticide. Les voyageurs de l'espace ne sont pas de gentils esthètes occupés à de nobles tâches scientifiques ou artistiques. Ils ont aussi des comportements beaucoup moins louables. Ils marchandent leurs connaissances auprès des colons dispersés à travers l'univers et n'hésitent pas à condamner à  un exil synonyme de mort presque certaine ceux qui ne respectent pas leurs lois. Enfin, ils imposent à leurs enfants une dangereuse épreuve que plus rien ne justifie et dont beaucoup ne reviennent pas.


La société dans laquelle vit Mia est une société sclérosée, repliée sur elle-même et qui se meurt sans en avoir encore conscience. Mia elle, finira par s'en rendre compte. Ses lectures, ses échanges avec son professeur et ses amis mais surtout l'expérience vécue à l'occasion de son "rite de passage" à l'âge adulte, changeront sa façon de voir les choses. Elle comprendra la responsabilité qu'il lui faut assumer, celle du puissant envers le faible, du scientifique envers l’ignorant.

Opta - Galaxie Bis - 1973

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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