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SF EMOI
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15 mai 2015

LE MONSTRE DES HAWKLINE - RICHARD BRAUTIGAN

9782264040572Greer et Cameron, deux tueurs à gage très efficaces, prennent du bon temps dans un bordel de Portland lorsqu'une jeune indienne vient leur proposer d'entrer au service de sa patronne. La demoiselle étant ravissante et guère farouche, les deux compères acceptent de suite et se retrouvent bientôt au fin fonds de l'Orégon dans une étrange demeure qu'il doive débarrasser d'un hôte encombrant. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu'elles le paraissent !

« Le monstre des Hawkline » fait partie de ces livres qu'il est difficile de ranger dans une catégorie bien précise car flirtant avec des genres aussi différents que le western, la SF et le récit humoristique.

Le western, c'est surtout pour le décor. L'histoire se déroule aux States en 1902, et plus précisément dans les Dead Hills, une région paumée de l'est de l'Orégon. Il y a un shérif, des diligences et les branches des arbres témoignent de la justice expéditive qui avait cours à l'époque dans ces contrées sauvages. Pour autant l'intrigue n'a pas grand chose à voir avec le mythique Far West. Pas de duel au soleil ou d'indiens sur le sentier de la guerre. Pas de grandes chevauchées non plus. Au contraire. Brautigan a choisi de nous plonger dans un huis-clos déroutant pour une chasse au monstre pas banale.

Et c'est là que la SF prend le relais. Mais une SF à l'ancienne avec savant fou, vieille demeure isolée et laboratoire souterrain. Quant au monstre qui donne son nom au titre, il s'agit bien sûr d'une vilaine créature échappée au contrôle de son papa. Une sorte d'ectoplasme capable de se fondre dans le décor et doté du pouvoir d'influer sur l'esprit et même de modifier la matière. Ces dons quasi-divins seront la cause de bien des situations drôles ou scabreuses, les personnages se voyant contraints d'agir en dépit du bon sens ou succombant à des lubies aussi soudaines qu'étranges.

Et tiens, parlons-en des personnages. Il n'ont pas franchement besoin d'un monstre pour être bizarres. Deux porte flingues dont l'un est à moitié autiste et passe son temps à compter tout et n'importe quoi, une paire de jumelles fortement portées sur la chose, un majordome géant qui se transforme en nain... bref une jolie brochette de barjeots.

Mais le plus amusant est sans conteste la façon dont l'auteur nous conte son histoire. Il utilise un humour pince sans rire fait de non sens et de répétitions. De répétitions surtout. Brautigan ne se donne pas la peine de chercher des synonymes et répète ad libitum les même mots ou expressions. Ainsi du « porte-parapluies en forme de patte d'éléphant » qui revient une bonne demi douzaine de fois en l'espace de deux ou trois pages ou des sœurs Hawkline désignées non par leurs prénoms respectifs (on ne les connaîtra que très tardivement) mais par un unique Miss Hawkline, cause de nombreux quiproquos.

Tout cela donne lieu à des scènes et des dialogues complètement surréalistes et insuffle au roman un ton résolument décalé, joyeusement foutraque, original et surtout drôle de bout en bout.

Christian Bourgeois - 10/18 - 2004

 

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3 avril 2015

DEJA DEMAIN - H. KUTTNER & C. L. MOORE

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Célèbres auteurs de l'âge d'or de la SF américaine, les époux Kuttner/Moore nous livrent leur vision du futur en neuf nouvelles.

Le recueil est divisé en trois parties. La première, «Mœurs de l'âge de science» nous présente quelques exemples de sociétés futures au travers de certaines innovations technologiques et de l'utilisation, bonne ou mauvaise, qui en est faite. Jour de l'An est un récit oppressant qui traite de la place plus qu'envahissante de la publicité. L'oeil était dans... nous transporte en une époque où les juges peuvent "visionner" le passé d'un accusé afin d'y repérer l'intention homicide. Camouflage met en scène un "transplant" c'est à dire un homme réduit à son seul cerveau placé dans un réceptacle artificiel. Homme ou robot, la nouvelle nous interroge sur la notion d'humanité. Dans Fantôme, il est à l'inverse question d'un super-ordinateur qui acquiert une véritable personnalité au point de développer des pathologies psychiatrique telles que la dépression ou la schizophrénie.

"Le ressac du futur" nous propose deux histoires de voyage dans le temps. Saison de grand cru est sans doute la plus jolie nouvelle du recueil. Elle met en scène des "touristes du temps", esthètes fortunés qui assistent aux évènement importants ou aux grandes catastrophes de l'histoire. Outre sa beauté formelle et la grande tristesse qui s'en dégage, ce texte comporte, en filigrane, une critique des riches oisifs et d'une certaine forme de téléréalité. Point de rupture est un texte beaucoup plus drôle. Un couple voit surgir du futur un groupe d'individus venus éduquer leur bébé qui, selon eux, deviendra le père d'une nouvelle humanité. Le bambin, dotés de capacités hors normes, va vite devenir insupportable...

Les trois dernières nouvelles regroupées sous le thème des "Abhumains", traitent de la confrontation entre les hommes et les extra-terrestres ou du moins certaines de leurs manifestations. Choc est une amusante histoire qui nous rappelle que les apparences sont parfois trompeuses. Le Twonky est une machine de conception extra-terrestre conçue pour prendre soin de son propriétaire, parfois même à son corps défendant. Heureusement fort courte, De profundis est une nouvelle assez faible qui joue de la confusion entre fantasme et réalité chez le pensionnaire d'un hôpital psychiatrique.

Gallimard - Le Rayon Fantastique - 1961

14 mars 2015

LES BRONTOSAURES MECANIQUES - MICHAEL CONEY

pp5196-1985Après les dramatiques conséquences de l'effet relais survenues deux ans plus tôt, la planète Arcadie est au bord de la faillite. Une bonne partie de ses habitants a choisi d'émigrer, les commerces ferment les uns après les autres et la main d'œuvre commence à manquer dans les grandes exploitations agricoles. Bientôt, les arcadiens doivent se résoudre à accepter la proposition de l'Organisation Hetherington : lui louer leur planète, terre, mer, villes et infrastructures compris, pour une durée de cinq années en échange d'une remise à flot de son économie et d'une politique migratoire ambitieuse. Mais peuvent-ils réellement se fier à la toute puissante multinationale ?

Deux années seulement séparent les évènements de "Syzygie" de ceux qui nous sont narrés dans "Les brontosaures mécaniques". En dépit de cette proximité chronologique et bien que les deux romans partagent décor et personnages, le second ne constitue pas à proprement parler une suite au premier. On y retrouve néanmoins avec grand plaisir la petite cité de Rives et quelques uns de ses habitants emblématiques : Mark et Jane Swindon bien sûr, mais aussi l'acariâtre Mrs Earnshow ou encore Tom Minty, le sale gosse local.


Ce sont toutefois de nouveaux personnages qui occupent les premiers rôles. Il y a là Ralph Streng, individu misanthrope et imbu de lui-même, Kli A Po un extra-terrestre fermier et philosophe
et Mort Barker un publicitaire sans scrupules... Il y a surtout Kev Moncrieff, un ingénieur nautique venu chercher fortune sur Arcadie et par la bouche duquel l'histoire nous est dévoilée ainsi que Suzanna la jolie terrienne dont il va tomber éperdument amoureux et qui le soutiendra dans sa lutte contre l'impérialisme économique de l'Organisation Hetherington.

Le roman a en effet pour thème principal la résistance des habitants d'une petite colonie face aux ambitions hégémoniques d'une multinationale aux méthodes plus que discutables. Michael Coney nous y propose une critique discrète du capitalisme au travers de cette entreprise redoutable, véritable quintessence de ces grandes sociétés pourries jusqu'au trognon, manipulant l'information et les gens et prêtes à tout pour parvenir à leurs fins. L'enjeu est il est vrai d'autant plus important qu'elle pense avoir trouvé sur Arcadie le moyen d'asservir définitivement les consommateurs...

Écrit dans les années soixante-dix, on sent dans ce roman l'influence des idées en vogue à l'époque et notamment l'aspiration à une société nouvelle, plus pacifique, plus écologique et plus juste. Elle se manifeste au travers de l'activisme politique des personnages (grève, actions coup de poing, mise en place d'un système alternatif de paiement) et par une vision un peu utopique du rapport de force entre citoyens et institutions. Les adversaires ne luttent pas à armes égales et le pot de terre n'a aucune chance face à un pot en acier trempé.

Mais comme je l'ai dit plus haut, la critique de l'auteur est timide. Si les méchants sont clairement désignés, il s'en sortent finalement sans trop de dommage. Il leur suffira de dégainer le chéquier pour s'en aller l'esprit tranquille en laissant derrière eux quelques cadavres et beaucoup de vies brisées.

Michael Coney, ou du moins ses personnages, semble s'en accommoder, jugeant impossible d'obtenir plus. Et c'est là où je ne le rejoins pas. Selon lui, une entreprise n'est qu'une entité immatérielle qui ne saurait être condamnée, pas plus d'ailleurs que les individus qui la représentent : le PDG parce que trop éloigné des réalités du terrain, les employés parce qu'ils ne font qu'appliquer les ordres reçus et les actionnaires parce qu'ils n'ont fait qu'investir leurs économies.

Je pense pour ma part précisément le contraire. Tous sont coupables ou du moins responsables, dès lors qu'ils agissent en connaissance de cause. Un employé peut toujours refuser d'exécuter un ordre manifestement illicite et les actionnaires peuvent s'abstenir d'acheter les actions des groupes sans morale. Quant aux dirigeants, prétendre qu'ils ne peuvent influer sur la politique de leur entreprise, c'est un peu nous prendre pour des cons. Le choix est toujours possible. Difficile sans doute, mais possible.

L'une des particularité du style de Michael Coney réside dans l'extrême minutie avec laquelle il dépeint les relations entre ses personnages. Cela ralentit considérablement le déroulement de l'intrigue et d'aucun trouveront ses romans un peu lents. Mais c'est un rythme qui me convient. Il nous laisse le temps de nous imprégner de l'atmosphère de la petite ville, d'en connaître tous les habitants, leur tempérament et leurs habitudes. On a l'impression de les côtoyer depuis toujours, d'être l'un des leurs. On se trouve alors dans une position idéale pour appréhender leurs réactions et comprendre leurs motivations ce qui est une bonne chose puisque le roman traite aussi (c'est une constante chez l'auteur), de notre rapport à l'autre.

Ici, il le fait de manière détournée grâce aux amorphes, une espèce extra-terrestre tout à fait étonnante qui a développé une technique de survie originale consistant à adopter l'apparence et l'état d'esprit le plus susceptible de plaire à l'être auquel ils sont confrontés. Mis en présence d'un humain, ils ont ainsi tendance à se transformer en l'homme ou la femme modèle aux yeux de ce dernier.

Or, si l'Organisation Heterrington les utilise surtout comme des esclaves serviles, les habitants de Rives vont vite voir en eux le moyen le plus rapide de trouver l'être idéal. Pourquoi en effet faire des efforts vis à vis d'autrui, conjoint ou ami, pour le conquérir ou pour conserver son amitié alors que l'amorphe vous accepte comme vous êtes et se conforme à tous vos désirs sans même que vous les ayez exprimés ?

Kev se rendra toutefois compte que les amorphes ne sont pas une panacée. Il le découvrira notamment en constatant le vide laissé par la disparition de Strengh et de Barker, des individus détestables mais intellectuellement stimulants : vivre au milieu de bénis oui-oui n'a rien de bien réjouissant et sans contradiction la vie est finalement bien fade.

Bref, encore un excellent roman de l'auteur dans lequel action et réflexion font bon ménage, sans oublier une chute surprenante et particulièrement belle, à la fois triste et pleine d'espoir.

Pocket - SF- 1985

10 octobre 2014

FOETUS-PARTY - PIERRE PELOT

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Sur une terre polluée et peuplée d'une humanité pléthorique, une journée de la vie de quatre individus partagés entre révolte et résignation.

A la fin des années soixante-dix, Pierre Pelot a écrit une série de romans qui ont en commun des univers dystopiques particulièrement sombres et des titres latino-saxons qui se la pètent : Delirium Circus, Parabellum Tango, Canyon Street et ce Foetus-Party dont c'est que j'vais vous causer aujourd'hui.

Dystopie donc, et des plus noires. Pelot n'y va avec le dos de la cuiller et nous offre une vision du futur proprement abominable. La Terre n'est plus qu'une vaste conurbation, bitume et béton partout et par-dessus, quinze milliard d'humains affamés. Le régime qui préside aux destinées de cette multitude est comme il se doit totalitaire et s'est donné pour mission de lutter contre la surpopulation. Tous les moyens sont bons : on pousse les vieux au suicide, on supprime les délinquants puis on recycle tout ce beau monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Ici, pas d'hypocrisie. C'est expliqué, assumé, revendiqué. Harry Harrison et son Soleil vert peuvent aller se rhabiller.

Mais le Saint Office Dirigeant a trouvé encore mieux. Plutôt que de supprimer les vivants, pourquoi ne pas leur passer l'envie de naître ? Pour ce faire on donne au fœtus une petite vision de ce qui l'attend, comptant sur le choc salutaire qui provoquera la mort avant la naissance. Et si jamais le fœtus persiste dans son désir de vivre, il n'aura qu'à s'en prendre à lui-même ! Voilà pour le cadre.

Côté intrigue, c'est en revanche moins spectaculaire. Pelot utilise la méthode de la pelote qui rembobine plusieurs fils conducteurs finissant par se rejoindre. Autant de tranches d'une vie de merde, sans perspectives et sans espoir. Il y a celle de Trash le dealer à la petite semaine, de Mark et Eva Lipton qui tentent pour la troisième et dernière fois d'avoir un enfant et de Ross/Jent un « visiteur » dont on ne sait à peu près rien. Enfin au début, car on devine très vite de qui il s'agit réellement, ce qui enlève une bonne part de son intérêt au récit.

On reste néanmoins scotché par les visions dantesques que suscite l'écriture de l'auteur. Une prose d'une grande beauté avec des phrases sèches comme des sentences (« Le bien, comme le mal, n'existe pas. Rien n'existe. Sauf la connerie. ») ou empreintes d'une poésie désespérée (« Et les vagues-montagnes se lèvent, gercent, frisent coagulées, s'empustulent et se ratatinent, se boursouflent, s'emmêle-hérissent et s'emberlicripottent, s'explosiforment, s'enchiassent. »).

« Foetus-Party » est donc un roman dur qui nous montre un résultat possible de l'utilisation abusive des ressources de notre planète. Un monde qui, à l'instar du jeu du Poniachet auquel s'essaie l'un des personnages, ne laisse de choix qu'entre la mort et... la mort.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

31 août 2014

LES DENTS DU DRAGON - JACK WILLIAMSON

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Dane Belfast est un jeune biologiste de talent qui travaille sur la mutation contrôlée des gênes. Afin de poursuivre les recherches de son défunt père il se rend à New-York pour solliciter le mécène qui subventionnait jusqu'alors ses recherches. Mais avant de rencontrer Messenger, le richissime président de la Cadmus, il est approché par deux individus étranges. C'est d'abord la jolie Nan Sanderson qui cherche à déterminer s'il est doté d'une perception extra sensorielle, marque d'un sujet ayant subi une mutation génétique. C'est ensuite Gellian, un homme vindicatif à l'origine d'une véritable croisade contre ces mêmes mutants qui, selon lui, menacent l'espèce humaine. Dane va dès lors se trouver embarqué dans une lutte souterraine qui le conduira de la capitale américaine aux fin fonds de la jungle de Nouvelle-Guinée à la recherche de Kendrew, un mystérieux généticien.

Les histoires de mutants ont bien souvent pour thème la persécution dont sont victimes ces êtres supérieurs, contraints de dissimuler leur différence et parfois même d'entrer en résistance. Ainsi des Chrysalides de John Wyndham, A la poursuite des Slans de Van Vogt et, bien entendu, des X-Men.

Les dents du dragon s'inscrit lui aussi dans ce courant et raconte la façon dont quelques mutants et leur créateur s'organisent pour préserver leur existence et prouver aux humains qu'ils ne leur sont pas hostile, bien au contraire. Jack Williamson ne met pas l'accent sur les pouvoirs dont est doté son « homo excellens ». A part une intelligence supérieure et une résistance aux maladies, ils se limitent en effet à quelques dons de télépathie et de prémonition.

Aussi, en l'absence de super-héros, l'intrigue de son récit porte essentiellement sur le mystère qui entoure les activités de la Cadmus et la façon dont Kendrew parvient à créer des individus génétiquement modifiés. Cela nous donne une histoire assez tranquille où la réflexion et la recherche prennent le dessus sur l'action pure. Le héros n'y joue qu'un rôle secondaire, simple révélateur d'une situation qui le dépasse, et occupe l'essentiel de son temps à soupirer d'amour après la jolie Nan aux cheveux acajou. Même la confrontation finale entre humains et mutants se résoudra par la diplomatie et la bonne volonté réciproque.

On ne tremble donc à aucun moment dans ce roman plutôt calme et seule l'évocation de certaines créations du génial généticien font froid dans le dos. Je pense surtout à ces fameux « mulets », petits êtres créés à partir de plantes et se nourrissant par photosynthèse. Tout juste assez intelligents pour accomplir des tâches matérielles, ils n'ont besoin ni de nourriture, ni de vêtements, ni de salaire. L'employé idéal, le rêve américain de toute multinationale qui se respecte.

On sourira en revanche de ces manipulations génétiques obtenues par la seule puissance de la pensée. Une vision de la biologie un peu simpliste, grotesque même, mais qui fait tout le charme de la SF américaine des années 50 où l'on ne s'encombrait pas de véracité scientifique et qui lui donne ce petit côté naïf et merveilleux.

Nouvelles Editions Oswald - 1982

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3 août 2014

SYZYGIE - MICHAEL CONEY

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Tous les cinquante-deux ans, l'alignement des six lunes de la planète Arcadia provoque des marées d'une ampleur exceptionnelle ainsi qu'un mystérieux "effet relais" permettant aux humains de ressentir les émotions de leurs congénères et même de capter leurs pensées. Dans la cité portuaire de Riverside, alors que les habitants s'organisent pour faire face aux inondations, des tensions commencent à apparaître et les incidents se multiplient. Mark Swindon, scientifique installé depuis cinq ans dans la petite bourgade, fait de son mieux pour protéger les parcs marins dans lesquels il élève les poissons nécessaires à ses recherches. Il ignore encore que sa triple qualité d'étranger à la communauté, de représentant des autorités et de fiancé d'une jeune femme assassinée quelques mois plus tôt, vont faire de lui la cible privilégiée de la vindicte populaire.

Outre son rôle dans la régularité des marées, on prête volontiers à la lune une influence sur le tempérament des hommes. C'est sans doute cette idée qui a poussé Michael Coney a créer un monde qui aurait non pas un mais six satellites, et à imaginer les conséquences surprenantes d'une conjonction de tous ces corps astraux.

Précisons-le de suite, l'aspect science-fictif n'est guère visible. Il se limite à quelques représentants de la faune et de la flore locale, à des véhicules se déplaçant sur coussins d'air et à deux, trois allusions à la colonisation de la planète, une centaine d'années plus tôt. A ces exceptions près, on pourrait tout à fait se croire sur Terre au XXème siècle.

L'auteur situe d'ailleurs son intrigue dans une petite ville côtière tout à fait banale, peuplée de simples pêcheurs et de quelques scientifiques experts en faune marine. C'est que pour Coney, l'important réside dans l'effet, non dans la cause. La planète Arcadia n'est qu'un prétexte et cette fameuse syzygie un moyen. Peut-importe que l'alignement de ses lunes pousse le plancton a se rapprocher des côtes pour former de mystérieuses entités douées de télépathie et servant de relais aux pensées des humains. Ce qui compte, ce sont les bouleversements que cela induit sur les relations qu'entretiennent les habitants de Riverside.

La lutte que les hommes mènent contre les entités est avant tout une lutte contre eux-mêmes et contre leurs mauvais penchants. Ce sont donc les profondeurs abyssales de l'âme humaine que Coney va explorer. Rien d'étonnant à ce que la psychologie des personnages soit au centre de l'histoire. Celle du héros-narrateur bien sûr, mais également de tous les autres, personnages de premier plan autant que secondaires. En fait, de la ville entière. Cela lui permet de décortiquer les relations entre les habitants de la petite agglomération portuaire. On y voit comment se forment les ragots et naissent les jalousies et les rancœurs. « L'effet relais » ouvre les vannes aux sentiments bruts, non raffinés par les conventions sociales et la morale. L'hypocrisie n'est plus de mise puisqu'on ne peut rien cacher aux autres. L'état d'esprit de la petite communauté est également bine rendue : sa frilosité vis à vis de ce qui est extérieur à son cercle, l'animosité envers les étrangers, la méfiance envers le gouvernement central.

Toutefois, si les personnages parlent et réfléchissent beaucoup, l'action n'est pas pour autant absente. Hystérie collective, mouvements de foules, lynchage et chasse à l'homme émaillent le récit et maintiennent une tension constante. Par ailleurs, une petite intrigue policière vient ajouter un soupçon de suspens et nous pousse à nous interroger sur la culpabilité et les motivations de tel ou tel personnage. Syzygie est donc un excellent roman qui divertit autant qu'il interpelle.

L'histoire nous fournit de nombreux axes de réflexion sur des sujets aussi divers que la gouvernance, la place de l'homme dans son environnement ou le rapport à autrui. Il m'a aussi rappelé quelques uns des thèmes abordés par Marion Zimmer Bradley dans son roman La planète aux vents de folie. On y retrouve notamment cette folie collective qui s'empare des humains et les pousse à des conduites étranges ainsi que l'idée selon laquelle l'homme est un intrus qui doit s'acclimater à la planète qui l'accueille plutôt que vouloir la soumettre à toute force.

Décidément, plus je découvre l'œuvre de Michael Coney et plus j'apprécie cet auteur. Il s'agit assurément d'un grand de la SF britannique et, même, de la SF tout court.

Albin Michel - Super Fiction - 1975

13 mai 2014

LA FEMME TRUQUEE - JEAN-PIERRE FONTANA

imgAu XXIème siècle, l’Europe, la France et même Paris sont séparés en deux blocs ennemis.Noémie Landès, jeune étudiante d’une vingtaine d’années, vit tranquillement dans la moitié sud de la capitale lorsqu’elle est convoquée au programme de neutralisation sexuelle. Bien que réticente, elle se rend à l’hôpital de la Salpétrière où elle est placée en « hibernation ».Mais est-ce bien Noémie qui est retenue dans ce cercueil de verre ? Est-ce bien elle qui rêve d’Ilyana, l’héroïne décomplexée de la confédération européenne ? Ou ne serait-ce pas plutôt le contraire ? 

Voici un livre qui ne m’a pas franchement emballé en raison d’un côté « nouveau roman » trop marqué à mon goût.

Jean-Pierre Fontana y explore certaines des possibilités que lui offre la science-fiction et s’amuse à brouiller les pistes. Ses personnages et son intrigue se mêlent de telle sorte que l’on ne sait plus très bien à qui ou à quoi l’on a affaire et, lorsque l’on est suffisamment désorientés, il nous porte l’estocade en nous proposant plusieurs fins possibles.

L’exercice de style est peut-être sympathique mais je lui aurais préféré une approche plus conventionnelle. A défaut, je suis sans doute passé à côté de quelque chose. Tant pis pour moi !

Nouvelles Editions Oswald - 1980

28 avril 2014

L'ORCHIDEE ROUGE DE MADAME SHAN - ALAIN BILLY

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Se fiant à la prédiction que sa voisine lui a faite juste avant de mourir, Léa se lance à la recherche d'un mystérieux trésor avec pour seul indice une orchidée rouge sang. Grâce à la perspicacité de son amant du moment, elle parvient à trouver une piste qui la mène au cœur de l'Algérie. Mais avant de toucher au but il lui faudra affronter bien des dangers : un tueur lancé à ses trousses, la concupiscence d'un émir et un voyage dans le temps et dans l'espace.


Lorsqu'on entame ce livre, on pense avoir affaire à un bon vieux roman d'aventure. En compagnie de Francis et Léa, nous sommes embarqués dans une chasse au trésor tout ce qu'il y a de plus classique avec carte, signes de reconnaissance et dangereux concurrent.

Mais après quelques énigmes et deux ou trois épreuves initiatiques surmontées sans trop de difficultés, l'intrigue bascule soudainement dans le fantastique. Nos deux héros se retrouvent alors catapultés en plein Maghreb médiéval de l'an 560 de l'hégire.

A partir de là, l'histoire prend des allures de conte oriental. Il n'est que d'égrener le titre des chapitres pour s'en convaincre : La dague au serpent bleu, Le marchand de prières, Le puits du temps, La tour des supplices... Un véritable récit des mille et une nuits où l'on croise tous les petits copains de Shéhérazade, qu'ils soient sultan, bourreau ou eunuque. Idem pour le décor avec la majestueuse citadelle de Katbir-Al-Moaz, son harem, sa geôle et même une arène dans laquelle se déroulera une version arabe des jeux du cirque.

Finalement, une seule question se pose : qu'est-ce que la SF peut bien venir faire dans cette histoire ? Elle ne lui apporte strictement rien si ce n'est une ou deux démonstrations de technologie extra-terrestre permettant de faire prendre à l'histoire quelques raccourcis.

Alors que dire de plus si ce n'est qu'Alain Billy a un bon style, alerte, rythmé et qu'il ne manque pas d'humour. Il lui reste juste à mieux définir ses objectifs : SF, fantastique ou roman d'aventure. Les trois ensemble pourquoi pas. A condition que cela serve réellement l'histoire et ne soit pas qu'un prétexte. Il lui faudra aussi travailler davantage la psychologie de ses personnages. Les siens sont beaucoup trop caricaturaux.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

18 avril 2014

LA TRIBU DES LOUPS - POHL & KORNBLUTH

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De mystérieuses entités extra-terrestres ont détourné la Terre de son orbite, la privant de la chaleur du soleil. L'humanité doit désormais se contenter du faible rayonnement de la lune, embrasée tous les cinq ans par leurs agresseurs. La technologie a régressé, les récoltes sont devenues pauvres et une société puritaine préside désormais aux destinés des quelques dizaines de millions de survivants. Toutefois, ici et là, des hommes et des femmes refusent cette vie morne et sans espoir. Organisés en petites communautés autonomes, ils cherchent le moyen d'atteindre et de combattre les envahisseurs d'outre-espace.

L'association Kornbluth/Pohl a fourni à la SF quelques chouettes romans dont l'excellent "L'ère des gladiateurs". Celui dont je vais vous parler est de bien moindre qualité. Il démarrait pourtant d'assez belle façon sur le thème, certes pas très novateur mais toujours plaisant, du révolté face à un système liberticide.

La peinture de la communauté austère où réside le personnage principal constitue d'ailleurs le meilleur aspect du roman. Une société sclérosée et rétrograde où chaque acte de la vie est codifié selon un système compliqué de rites, de prescriptions et de conventions. L'individualité y est niée et l'égoïsme puni de mort. Un monde castré où les calories vous sont comptées, contraignant tout un chacun à vivre au ralenti. On comprend mieux alors ce qui pousse le héros à les quitter pour rejoindre d'autres "loups" de son espèce et faire sienne leur lutte contre les machines qui les asservissent.

Hélas, le roman change bien vite de ton et de nature. On bascule dans la hard-science la plus poussée avec des passages techniques et des phrases imbuvables du genre : « L'univers s'était laissé organiser en abstractions manipulables par notation dyadique avec sa dualité implicite ». Et c'est comme çà sur des pages et des pages. Une lourdeur telle qu'elle enlève tout plaisir à la lecture. Les pérégrinations des personnages sur un planétoïde artificiel et entièrement automatisé perdent alors de leur intérêt et l'on est soulagé de voir venir la fin de cette énième lutte de l'homme contre la machine.

Pocket - SF - 1981

20 février 2014

LE TEMPS MEURTRIER - ROBERT SHECKLEY

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Lorsqu'il se réveille après un terrible accident de voiture, Thomas Blaine est loin de s'attendre au cours étrange que vient de prendre son existence. Coup sur coup, ses médecins lui apprennent qu'il n'est plus en 1958 mais en 2110, que son esprit est l'hôte d'un corps d'emprunt et qu'il devra désormais vivre à une époque où la vie après la mort existe bel et bien. Comme si cela n'était pas suffisant un poltergeist lui rend la vie impossible et un zombie lui accorde une attention un peu trop soutenue. Heureusement, un ange-gardien veille sur lui.

Ce livre de Sheckley m'a fait découvrir un auteur extrêmement inventif, drôle, parfois loufoque, mais qui sait tenir son lecteur avec une histoire bien rythmée et non dénuée de quelques réflexions sur le sens de la vie.

Tout commence par ce grand classique de la SF qu'est le voyage dans le temps. Le début du roman m'a d'ailleurs fait penser au Futurama de Matt Groening puisque, à l'instar du héros de la célèbre série d'animation, Thomas Blaine se retrouve propulsé dans un futur où il n'a plus aucun repères. Les resto martiens ont remplacés les traiteurs chinois, il y a des cabines de suicide, des hélitaxis, des fermes sous-marines et, si l'on y prend garde, on peut se faire voler son corps en un rien de temps.

Mais la comparaison s'arrête là car Sheckley ne se contente pas de confronter son personnage aux innovations technologiques de l'an 2110. Son futur à lui est assez particulier. La science y a démontré que la vie après la mort n'est pas un mythe et que l'esprit (l'âme pour les croyants) continue de vivre dans l'au-delà. L'existence des fantômes, ectoplasmes et autres esprits frappeurs est également avérée. Ils peuvent vous hanter ou vous passer un coup de fil par l'intermédiaire du Central Spirite et même s'introduire dans le corps des récents défunts.

Bref, tout le folklore de la littérature fantastique est désormais un fait scientifique et c'est dans ce monde où la vie ne pèse plus grand chose dès lors que l'on sait que l'esprit lui survit, que Blaine doit refaire la sienne. Il va dès lors se retrouver ballotté en tout sens sans très bien comprendre ce qui lui arrive, ce qu'on lui veut et ce qu'il pourrait bien faire pour s'en sortir.

Ca part dans toutes les directions avec une intrigue composée de plusieurs fils qui se croisent et s'entrecroisent. Sur fonds de complot et de guerre commerciale, les rebondissements s'enchaînent à un rythme d'enfer. Enlèvements, voyage par la pensée ou chasse à l'homme, combats au rayonnant ou à la hache, pas le temps de s'ennuyer. Ça fourmille de personnages et d'idées qui ne sont parfois qu'esquissées mais qui pourrait pourtant donner matière à bien d'autres romans.

Bref, une lecture jubilatoire que je recommande sans réserve.

Pocket SF - 1977

10 février 2014

LE VOLEUR D'ICEBERGS - SERGE BRUSSOLO

imgDaniel Sangford est un baroudeur de l’espace qui va de planète en planète à la recherche de la bonne affaire, celle qui fera enfin sa fortune. Aussi, lorsqu’il découvre que des glaçons ramenés par inadvertance d’un planétoïde égaré, prennent sur Terre l’apparence et la solidité du diamant, il croit que la chance est enfin venue. Mais il s’apercevra  un peu tard que la chance est une maîtresse capricieuse qui a tôt fait de vous laisser tomber ! 

Voici encore un bon Brussolo qui débute comme un bon vieux space-op avant de dériver vers le fantastique.

Cette dérive est d’ailleurs la bienvenue car la première partie du livre (les mésaventures de Daniel à bord de son vaisseau puis sur un planétoïde glacé) est nettement plus faible que la seconde qui, elle, s’intéresse aux conséquences catastrophiques et incroyables de son intrépidité.

Or, c’est précisément dans la démesure, l’inénarrable et le démentiel que l’ami Serge donne le meilleur de lui-même et la description des trois fléaux (froid, transparence et humidité) qui, telles les plaies d’Egypte, s’abattent sur Terre, est vraiment impressionnante.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

18 janvier 2014

LES PORTES SANS RETOUR - GILLES THOMAS

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Gyall Dara est pilote d'astronef et gagne sa vie en transportant du fret sur les planètes des confins. Sur Allègre, il rencontre Missie Oléone, fille d'un potentat local qui lui propose un engagement un peu particulier. Il s'agit de partir à la recherche de son frère jumeau, Axin, disparu après avoir emprunté l’une des « portes sans retour ». Risquant la prison sur Allègre à la suite d'une rixe, Gyall est contraint d’accepter son offre et c'est ensemble qu'ils tenteront d'élucider le mystère des dangereuses et énigmatiques portes.  

Gilles Thomas nous offre une fois encore un roman de SF qui se lit d’une traite grâce à une plume alerte et un indéniable sens de l'action. Pourtant, le thème du bouquin est fort simple, simpliste même. Il se résume à une succession de saynètes ayant pour cadre des univers aussi différents que dangereux et constituant pour nos héros autant d'épreuves dont il faut triompher.

Les personnages seront ainsi confrontés à un souterrain truffé de pièges, un Paris futuriste subissant un gouvernement fasciste, une société primitive adorant un dieu avide de sacrifices, des pirates de l’espace et joueront même un temps le rôle de curiosité zoologique.

La chute du livre n'est pas non plus franchement extraordinaire mais a le mérite de proposer une explication aux interrogations des héros (ainsi qu'aux nôtres !) ce qui n'est pas toujours le cas des livres du genre qui privilégient l'action plutôt que l'intrigue, la castagne plutôt que les solutions.

Bref, un livre qui, s'il n'est pas le meilleur de l'auteur, constitue quand même un bon petit divertissement, un moment de pure détente où l'aventure et l'amitié indéfectible sont au rendez-vous.

Mention spéciale pour la première page du roman que j’ai trouvée fort poétique.

Fleuve Noir Anticipation - 1994

24 décembre 2013

ENFER ET PURGATOIRE - MICHEL HONAKER

imgJack Albrand est un homme qui a réussi. Psychiatre respecté, il réside dans une jolie demeure et est l'amant comblé d'une ravissante jeune femme. Sa petite vie bien réglée va pourtant être bouleversée par le legs d'un collègue. Un cadeau bien encombrant que des personnages puissants aimeraient bien récupérer...

De Michel Honaker je connaissais déjà Le fouilleur d'âmes, un honnête roman d'épouvante lu il y a deux ou trois ans. J'avais également entendu parler du "Commandeur", le héros récurrent d'un important cycle de romans fantastiques parus au Fleuve Noir. Cette fois-ci, il semble avoir opté pour la science-fiction, encore que...

Nous sommes en présence d'une de ces sociétés futuriste et déshumanisée comme la littérature du genre en a donné des centaines. L'égoïsme est de règle et les inégalités flagrantes. La richesse est évaluée sous la forme d'unités de temps allouées à tout un chacun. Les plus riches peuvent se livrer à toutes les activités qu'ils souhaitent, aller partout sans contraintes. Les autres courent après le temps, limitent leurs déplacements et sont prêts à tout pour obtenir quelques "laps' supplémentaires. Ce que l'on comprend parfaitement quant on sait que l'épuisement de son quota est sanctionnée par la matérialisation d'une sorte de démon qui vous déchiquète sans merci.

Mais malgré  un décor futuriste (les biorythmes qui gèrent le temps imparti à chaque individu, les lances nécrophages pour aspirer les cadavres, la publicité sous-cutanées) et en dépit d'explications qui se veulent rationnelles, on a le sentiment que l'auteur hésite constamment entre SF et fantastique. Son récit est extrêmement confus et sa chute nous laisse dans l'expectative.

J'y ai pour ma part vu une réflexion sur le temps qui passe et la propension de l'homme à se presser, à courir après des futilités sans prendre le temps de vivre. Une sorte d'allégorie sur une humanité qui a perdu son âme (ou sa conscience) laquelle vient se rappeler à lui de bien déplaisante manière. Plus généralement, il développe l'idée selon laquelle la vraie richesse, c'est le temps. Une opinion à laquelle je souscrit totalement.

Fleuve Noir Anticipation - 1989

4 décembre 2013

L'HOPITAL ET AUTRES FABLES CLINIQUES - DANIEL WALTHER

neo037Lire un recueil de nouvelles de Daniel Walther est toujours une expérience étrange. Ses textes sont déconcertants, tant sur le fond que sur la forme, et nous obligent à faire un sérieux effort pour en apprécier toute la saveur.

La tâche n'est pas aisée. Le monsieur est adepte d'un vocabulaire raffiné dont la préciosité jure parfois avec la crudité des scènes décrites. Les effets de style sont nombreux et rendent parfois la lecture malaisée (adjectifs accolés deux à deux pour ouvrir le champ des possibilités/compréhensions, titres de chapitres reprenant systématiquement la dernière phrase du précédent, tics de langages : années de lumière et non années lumières). Bref, une écriture fort jolie mais qui parfois agace au plus haut point.

Les thèmes abordés par l'auteur n'ont rien de bien réjouissants. Il est presque toujours question de sociétés en déliquescence (L'hôpital, une fable clinique) et de régimes totalitaires (Mort dans la cité solitaire). Les hommes n'y sont que des pions entre les mains de consortiums tout puissants (A nous deux, dit le Dragon de Verre), des sujets d'expérimentation (Les montreurs d'images de JORDAN IV, Le Dr Morlo ou le mystère de l'île de la mort), des marionnettes. Il joue également beaucoup de la confusion entre rêve et réalité (Les montreur d'images de JORDAN IV, Le rendez-vous de Bucarest).

Ses personnages souhaitent fuir une vie oppressante et sans espoir (Le glissement). Ils désirent retrouver la sécurité du monde originel, la pureté des commencements (Une chasse à l'Ugu-Dugu dans les marais de Kwân) ou quelques instants de bonheur fugaces, fut-ce au prix de la trahison (Morgenland, une moralité fantastique) ou au risque d'y perdre la vie (La danse de mort du Capitaine Moon).

Tous vivent dans des mondes qui s'ignorent ou s'affrontent, imperméables les uns aux autres : médecins et malades (L'hôpital, une fable clinique), citadins et exclus (L'éruption de la lézarde), colons et autochtones (Le Dr Morlo). Et comme toujours avec Daniel Walther, la violence et le sexe sont très présents. Une sexualité sans tabous, le plus souvent détachée de toute idée d'amour, simple exutoire, besoin de domination, tendresse dévoyée.

Voici un bref aperçu de ce qui vous attend :

L'hôpital, une fable clinique

Dans un hôpital perdu au milieu de nulle part, surveillants, infirmières et docteurs assistent impuissants à la mort de leurs patients atteints d'un mal incurable. Pour tromper le temps, ils se livrent à des joutes sexuelles tandis qu'autour d'eux, les loups se rapprochent jour après jour, sentant peut-être venu le temps de prendre la place de l'homme.

L'éruption de la lézarde

Un quartier d'une ville se retrouve séparé du reste de la cité par l'apparition d'une profonde crevasse. Condamnés à l'isolement, entourés de hauts murs, surveillés par des miliciens, ses habitants cherchent une raison de s'accrocher à la vie

Une chasse à l'Ugu-Dugu dans les marais de Kwân

Invité à une chasse à courre dans les marécages d'une lointaine planète rétrograde un diplomate perd le sens des réalités et confond passé et présent.

A nous deux, dit le Dragon de Verre

Assassinat, torture, manipulations, l'homme de main d'une multinationale dévoile quelques unes des turpitudes auxquelles il se trouve mêlé. Vive le meurtre en gants blancs programmé sur ordinateur.

Les montreurs d'images de JORDAN IV

Hantés par des souvenirs d'un réalisme troublant, un homme en vient à douter de la réalité de son monde.

Le rendez-vous de Bucarest

Thomas Perrol à Paris, Vlanimir Hobana à Bucarest, Melissa Gwenn à Washington. Trois individus aux destins étrangement mêlés. Personnage ou écrivain, créateur ou créature, qui tient la vie des autres entre ses mains ?

Le glissement, la dernière aventure amoureuse de Barry Valentino

Alors que, cachée par les gouvernements, une menace d'ordre astronomique pèse sur la Terre, Barry Valentino aimerait croire encore à l'amour.

Morgenland, une moralité fantastique

Après avoir échappés aux terribles cavaliers de Chen-Yang et aux sortilèges de Fata Morgana, un homme trouve refuge dans l'inexpugnable citadelle du capitaine Morgenland. Mais ne serait-ce pas plutôt un espion de l'envoûtante créature ?

La danse de guerre du Capitaine Moon

Coincé dans un camp retranché au milieu d'une région rebelle qu'il doit soumettre, un militaire d'origine amérindienne pense à l'asservissement de sa propre race et se souvient de sa jeunesse tourmentée.

Mort dans la cité solitaire

Dans une cité déshumanisée, un individu décide de tuer le président du Centre Damien, le tout puissant institut qui dirige la ville d'une main de fer.

Oiseau(x) de malheur

Quelques scènes de la vie d'un homme et d'une femme dans un monde visiblement bouleversé par une catastrophe ou une guerre.

Le Dr Morlo ou le mystère de l'île de la mort

Jeune fonctionnaire ambitieux, Clovis Walderde arrive dans l'archipel des Lilianes où il doit assister le professeur de la Chicaudière dans sa gestion du Palais des sciences. Au cours d'un pique-nique dans les îles il croise une créature vaguement humaine. Serait-ce le résultat d'une expérience  du mystérieux Dr Morlo ?

Une nouvelle qui fait penser à un récit colonial avec sa chaleur écrasante, son microcosme consulaire, les réceptions mondaines, les boys et les parties fines avec les épouses délaissées. C'est aussi un sympathique hommage à H. G. Wells et son Dr Moreau.

Nouvelles Editions Oswald - 1982




30 novembre 2013

L'AUTRE COTE DU REVE - URSULA LE GUIN

img« Si je vous disais que certains de mes rêves exercent une influence sur la réalité, et que le docteur Haber s'en est aperçu et utilise ce talent qui est le mien pour ses buts personnels, sans mon consentement... » Georges Orr possède en effet l'étrange faculté de modifier la réalité lorsqu'il fait des rêves d'une certaine intensité. Une situation difficile à vivre mais qui devient carrément effrayante lorsque son psychiatre découvre son talent et décide de l'utiliser en le plaçant sous hypnose. Oh, pas pour lui-même. Juste pour rendre le monde meilleur. Mais l'enfer n'est-il pas pavé de bonnes intentions ?

J'aurais mis bien longtemps avant d'ouvrir mon premier roman d'Ursula Le Guin alors que trois ou quatre de ses livres traînaient sur mes étagères. Cette première incursion m'aura en tout cas donné envie d'y revenir dans un délai beaucoup plus bref. C'est que L'autre côté du rêve est un roman passionnant et peu commun.

Avec seulement trois personnages et sans jamais quitter la ville de Portland, Ursula Le Guin nous emporte dans un tourbillon où il est difficile de ne pas perdre pied. Une histoire ahurissante où il est question de guerre, de surpopulation, d'épidémies ravageuses et même d'extra-terrestres. Un univers surréaliste où les vérités d'hier ne sont plus celles d'aujourd'hui, où le présent peut modifier le passé et dans lequel ignorer ce que l'avenir vous réserve n'est pas qu'une simple expression.

L'histoire tourne donc autour de ce pouvoir que possède Orr. Un pouvoir qu'il vit comme une malédiction qui l'empêche de trouver sa place dans la société. Difficile en effet de faire des projets lorsque vous savez que votre prochain rêve peut bouleverser votre existence, celle de vos proches et même la marche du monde.

Haber, son psychiatre, voit les choses d'un autre œil. Pour lui, le don de Orr est une formidable opportunité de réformer son monde et d'assurer le bonheur des hommes en corrigeant les mauvais penchants de l'espèce humaine.

De ce point de vue le roman est un peu une fable sur la tentation du pouvoir et la vanité qu'il y a à vouloir faire le bonheur des autres contre eux même. Doté d'un pouvoir sans limites, grande est la tentation de se comporter en démiurge. Mais jouer à l'apprenti sorcier n'est pas sans risques.

Toutes les tentatives de Haber pour améliorer le sort de ses semblables semblent d'ailleurs vouées à l'échec. Qu'il supprime la guerre entres les hommes ; ils s'empressent de batailler avec les extra-terrestres. Qu'il impose la paix avec les envahisseurs d'outre espace : la violence est alors institutionnalisée et s'exprime dans des jeux ultra violents. De même du racisme : une seule race de couleur grise et l'exclusion s'abat sur les cancéreux et les malades. Les mentalités n'évoluent pas. Le racisme et la violence demeure. Seules les victimes changent.

Plus généralement, le roman nous parle de notre responsabilité face aux conséquence de nos actes. A plusieurs reprises, Georges Orr s'interroge : "La fin justifie-t-elle les moyens ?" Une question à laquelle Ursula Le Guin ne répondra pas. Tout juste nous fera-t-elle part d'une certaine philosophie de l'existence : Le monde existe, peut-importe la façon dont nous voudrions qu'il tourne. Nous devons être avec lui. Nous devons le laisser tourner. Ou encore : Je ne sais pas si notre vie a un but, et je ne vois pas ce que ça change. Ce qui est important c'est que nous en faisons partie.

Pocket SF - 1984

5 novembre 2013

TERRE DES FEMMES - CHRISTOPHER STORK

FnAnt1340-1984

Dans un futur plus ou moins proche, les femmes, bien que nettement plus nombreuses que les hommes, demeurent éloignées du pouvoir. Des mouvements féministes ultras veulent y remédier et sont prêts à toutes les extrémités pour prendre leur revanche sur les mâles. Redoutant que cette « guerre des sexes » ne débouche sur un conflit nucléaire qui déstabiliserait l’équilibre cosmique, la Communauté Universelle des Planètes Evoluées dépêche sur Terre un représentant d’Andromède afin d’enquêter sur l’un de ces groupuscules extrémistes. Celui-ci acquiert très vite la certitude que cette révolte des femmes est instrumentalisée par une autre puissance galactique. 

Je m’interroge sur l’intention de Christopher Stork. A-t-il voulu écrire un récit d’anticipation sur la prise du pouvoir par les femmes et ce qui en découle ou une histoire de science-fiction nous contant la lutte entre deux races d’extra-terrestres ?

J’hésite encore, même si j’incline à penser que les éléments science fictifs permettent surtout à l'auteur de masquer les faiblesses de son scénario. Il est en effet bien utile d’avoir quelques Extra-Terrestres sous la main pour expliquer, par exemple, l’extrême facilité avec laquelle les femmes s’emparent du pouvoir et le laissent ensuite échapper.

L’auteur abuse de ces raccourcis un peu faciles, ses ficelles sont un peu trop grosses et la fin est malheureusement bâclée. Ajoutons enfin que le portait qu’il nous brosse des femmes est un peu outrancier puisqu’elles sont presque toutes présentées comme des viragos impitoyables, castratrices invétérées et bien entendu, lesbiennes.

C’est dommage car les premiers chapitres et leur atmosphère d’enquête policière laissaient espérer mieux. Alors si l’on souhaite lire un excellent roman sur les risques d’un féminisme poussé à son paroxysme je recommanderais plutôt la lecture du livre de Robert Merle : «Les hommes protégés».

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

31 octobre 2013

LA LEGENDE DES NIVEAUX FERMES - GILLES THOMAS

FnAnt1764-1990Voilà longtemps que Gerd cherche un moyen d'échapper à la condition d'esclave qui est le lot de tous les hommes de la Matriarchie. Mais quand on est un simple jardinier du secteur 42-23 Sud il n'y a guère d'espoir de voir son sort s'améliorer. Aussi, lorsque Josep le chanteur lui apprend que les "niveaux fermés" dont parle la légende existent bel et bien, il persuade ses amis de le suivre dans la recherche de cette zone de liberté où d'anciens révoltés auraient trouvés refuge. Josep les accompagnera. Ainsi que que son amante...

Gilles Thomas est décidément un fantastique conteur capable de vous embarquer dès la première page pour ne vous lâcher qu'à la toute dernière. Elle en fait une fois de plus la démonstration avec ce roman qui n'est pourtant pas des plus originaux.

Une société matriarcale où les femmes ont asservis les hommes ; déjà lu. Un monde souterrain dans lequel l'humanité à trouvé refuge des siècles plus tôt ; pas neuf non plus. Un groupe d'hommes déterminés à secouer leur carcan ; on s'en doute un peu. Quant à la chute, elle se laisse deviner quasiment dès le début (à votre avis que signifie "l'arli" pour des gens qui vivent sous terre ?).


Mais ce manque d'originalité disparait bien vite derrière la maîtrise avec laquelle tout cela nous est conté. Il lui suffit d'un petit chapitre pour tout mettre en place (décor, personnages, enjeux) et dès le second nous sommes plongés au cœur de l'action. Varappe dans les conduits d'aération, lutte contre une faune mutante, faim, soif, fatigue et désespoir. De quoi passer de bons moments d'angoisse et d'émotion.

Et ce n'est pas tout. Les relations tendues entre hommes et femmes viennent ajouter un parfum de haine et de suspicion dont on se demande sur quoi il va bien pouvoir déboucher. A cet égard, leur lente remontée vers la surface a des allures d'allégorie. Partageant les mêmes épreuves, contraints de s'entraider, les deux sexes finiront par surmonter leurs dissensions : "Nous étions deux, mais totalement unis. Un homme et une femme, qui avaient réussi à se rejoindre malgré l'abîme des coutumes de la Matriarchie, et qui s'acceptaient." Ils démontreront ainsi que pour vivre ensemble, il faut aller vers l'autre et apprendre à le connaître.

Ces éléments de réflexion qui n'entravent en rien le cours du récit sont l'une des choses que j'apprécie chez Gilles Thomas. Ses personnages ne sont jamais monolithiques. Ils ont des défauts, ils doutent, ils sont humains. Tout cela nous donne un bon roman, peut-être un tantinet en-deçà de ses meilleurs opus (L'ange aux ailes de lumière, Les voies d'Almagiel...) mais néanmoins fort recommandable.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

14 août 2013

LE GRAND KIRN - B. R. BRUSS

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Le nord de la Scandinavie est le théâtre d'évènements étranges. Une large portion de territoire, de la Norvège à l'URSS, est en effet plongée dans un inquiétant silence. Des membres d'un institut de parapsychologie qui prédisait depuis longtemps un désastre dans ces régions, se rendent sur place. Ils y découvrent les populations plongées dans un état proche de la catalepsie. Toutes sortes d'hypothèses sont alors envisagées jusqu'à ce que la situation revienne à la normale. A une petite différence près : sitôt réveillés les habitants entreprennent la construction d'étranges structures et prétendent obéir à des êtres mystérieux : les Djarns.

Le procédé narratif utilisé dans ce roman est un classique de la littérature fantastique et une habitude chez Bruss. Il est vrai que le récit à la première personne, de la bouche même de l'un des principaux protagonistes de l'histoire, présente bien des avantages. Son côté confession lui donne un aspect vécu de bon aloi tout en instaurant une relation de confiance avec le lecteur.

Il autorise aussi le narrateur, donc l'auteur, à recourir à tous les préalables qu'il juge nécessaire pour faciliter notre compréhension. Les évènements se sont déjà déroulés, il a donc une vision d'ensemble qui lui permet d'installer des repères (géographiques, chronologiques...) et recourir à toute sorte de digressions, bref, nous mettre en situation.

Ici, il commence par la présentation de l'institut américain de Halburne et nous fait un topo assez complet sur la nature des études qui s'y pratiquent. Prémonition, suggestion, hypnose ou télépathie, toutes ces facultés mentales encore méconnues sont exercées avec brio par le Dr Hersan et ses élèves.

Ce pionnier de la parapsychologie et ses compagnons rappellent un peu le Dr Xavier et ses X-Men. Comme eux ils sont dotés de capacités hors normes et comme eux ils sont mis à l'index par des autorités soupçonneuses et une opinion publique moqueuse. Ils seront pourtant la planche de salut de l'humanité et pourront seuls repousser l'invasion d'un ennemi avec lequel ils partagent les même armes.

Le gros du roman s'attarde sur les différentes phases de cette invasion silencieuse. Comment les Djarns apparaissent, où et pourquoi s'établit une zone de ralenti dans laquelle les habitants voit leur rythme vital ralentir à un point tel qu'ils paraissent immobiles et, enfin, comment ils sont subjugués par leurs envahisseurs...

Bruss s'étend pas mal sur la description de villes peuplées de "mannequins vivants" auxquels il faut une bonne heure pour traverser la rue ! Il en tire même quelques situations cocasses qui viennent contrebalancer l'atmosphère de mystère et de peur qui s'est installée. Pareillement, lorsque les petits hommes rouges pointent le bout de leur nez, leur apparence et leurs actes sont abondamment décrits.

L'action n'est pas pour autant absente du livre. Entre les repérages, les missions d'espionnage et de sabotage, les attaques de commandos psychiques et l'affrontement final, on ne s'ennuie pas un instant.

Tout çà nous donne un excellent roman, bien dans la veine de ce qui se faisait en France dans les années cinquante. Mais en la matière, Bruss c'est tout de même le dessus du panier. N'hésitez pas à plonger la main dedans.

Nouvelles Editions Oswald - 1983

 

30 juin 2013

UNE DERNIERE LUEUR - VINCENT KING

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Le héros du roman (on ne connaîtra jamais son nom) est l'un des derniers hommes libres à résister aux terribles envahs. Dans les fin fonds de la toundra où il a trouvé refuge il leur mène une guérilla sans merci mais aussi sans espoir. Après une embuscade au cours de laquelle il abat deux envahs et détruit l'un de leurs aérôdeurs, il est contraint de s'enfuir vers le sud. Ses faits d'armes l'ayant précédés, il est approché par les partisans de Craghead, un mutat qui souhaite sonner le vent de la révolte face aux envahs. Mais la situation est loin d'être aussi simple qu'elle le paraît.

L'intrigue de ce roman, c'est un peu le paradoxe de l'œuf et de la poule : lequel des deux a précédé l'autre. En l'espèce il s'agit de savoir qui des "mollusques", des humains ou des "originels" sont les premiers occupants de la planète et, incidemment, lesquels sont les envahisseurs.

Le récit s'ouvre sur un postulat tout simple : les humains ont été anéantis par de vilains extra-terrestres qui se sont ensuite livrés à des manipulations génétiques pour créer une race de serviteurs : les mutats. Le combat du héros nous semble donc tout à fait légitime et l'on espère en la réussite de son entreprise.

Puis, la découverte d'un vaisseau spatial visiblement construit par les humains, inverse la donne. Les envahisseurs ne seraient pas ceux que l'on croyait et les aliens (une sorte de colonie de moules accrochée à son rocher et dotée de pouvoirs psy) n'auraient donc fait que se défendre. Au temps pour nous.

Mais le mea-culpa ne dure pas longtemps. Des profondeurs de la planète surgissent les Originels qui, comme leur nom l'indique, seraient les seuls vrais autochtones. Les mutats seraient aussi leurs lointains descendants et non pas des humains transformés. Bon, d'accord.

Mais c'est pas tout ! Les personnages eux-même ne sont pas ce qu'ils semblent être. Certains mutats sont des humains déguisés tandis que le héros est, lui, un véritable mutat. Un mutat qui décide de servir les humains...avant de se retourner contre eux ! Vous me suivez toujours ? Non ? Aucune importance. Car en plus d'être confus le roman est insipide de bout en bout.

Rédigé dans un style «ras des pâquerettes» avec un humour potache qui ne fait rire que l'auteur, il ne vous procurera pas une once de plaisir. Seule sa petite critique (bien timide et en filigrane) du nationalisme et de la pureté ethnique et l'idée que les mélanges raciaux pourraient être un remède à ces maux sauvent le livre du néant absolu.

Le Masque SF - 1979

 

5 juin 2013

GUÊPE - ERIC FRANK RUSSELL

pp5156La guerre ente le Système solaire et le Combinat Sirien bat son plein. Or, si les terriens bénéficient d'une technologie supérieure, les siriens ont pour eux l'avantage du nombre. Un avantage qui, à terme, devrait leur permettre de l'emporter. Le haut commandement a alors une idée : essaimer sur les planètes ennemies des agents chargés de déstabiliser l'ennemi. C'est ainsi que James Mowry, un individu quelconque mais parlant parfaitement le sirien, est envoyé sur Jaïmec. Ses bourdonnements seront -ils suffisants pour agacer et désorganiser l'ennemi ?

La préface de Marcel Thaon présente ce roman comme l'un des récits les plus amusant de la SF anglo-saxonne et la quatrième de couverture nous parle de chef d'œuvre du délire burlesque. Mouais ! Ben si c'est pas de la publicité mensongère, çà s'en rapproche beaucoup.

Il est vrai que les premiers chapitres du roman laissent présager une histoire truculente dans laquelle un gaffeur professionnel irait foutre le bordel chez l'ennemi. Malheureusement, le reste de l'histoire ne tient pas cette promesse et si les aventures de James Mowry suscitent bien un petit sourire de temps en temps, on est bien loin du délire annoncé.

De plus, excepté le cadre général d'un conflit galactique, le côté spéculatif fait carrément défaut. Les pistolets font ffout ! au lieu de bang !, une voiture s'appelle une dyno et on dit ouin et nin plutôt que oui et non. Mais à part ces éléments de langage et quelques gadgets technologiques, l'action pourrait très bien se dérouler à notre époque et dans n'importe quel pays.

C'est donc finalement à un roman d'espionnage tout à fait classique que nous avons affaire. L'auteur y déploie tout l'arsenal de déstabilisation dont peut user un agent infiltré : fausses rumeurs et fausse monnaie, assassinats ciblés, colis piégés. Tout les coups sont permis pour créer une ambiance de suspicion et de crainte et mettre sur les dents la police et les services secrets. Le héros est aidé d'une chance assez phénoménale, presque un sixième sens, et on ne compte plus les fois où il échappe in extremis à l'arrestation. Tout çà pour vous dire que sa mission se déroulera sans trop d'embûches même si sa réussite ne trouve pas forcément de juste récompense !

Eric Frank Russell nous offre donc avec Guêpe une honnête distraction mais assurément pas un classique de la SF ou de l'humour.

Pocket SF - 1983

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