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9 mai 2013

LE JEU DES SABLIERS - JEAN-CLAUDE DUNYACH

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"Quatre suffiront pour mener la quête, Guerrière et Bouffon, Jongleur et Poète, Quatre seulement iront jusqu'au bout, Ils seront choisis parmi les atouts". Décidé à s'emparer des sabliers qui maîtrisent le cours du temps, le poète Olym recrute à prix d'or les trois compagnons dont parle un très vieux parchemin. Il espère ainsi arrêter son vieillissement et même conquérir l'immortalité. Ensemble ils se rendent sur La Face, une planète étrangement sculptée où se trouve l'objet de leur convoitise. Mais sont-ils bien les maîtres de leur destinée ?


J'ai lu je ne sais plus où que ce roman était un bel exemple de science-fantasy à la française. Je trouve pour ma part que cette étiquette ne rend pas bien compte de son contenu quand bien même on y rencontre des vaisseaux spatiaux ou des pistolets lasers, et c'est plutôt à un univers de fantasy pure qu'il m'a semblé avoir affaire. Les combats s'y font à l'arme blanche, le mode de vie des peuplades rencontrées est plutôt primitif (vêtements, montures, villes fortifiées...) et si la magie est résolument absente de l'histoire, les facultés hors normes des personnages s'en rapprochent considérablement.

L'histoire elle-même est un classique de la fantasy puisqu'il est question d'une quête menée par un groupe de personnages aux talents complémentaires. Mais pas d'inquiétude, il ne s'agit pas d'une tolkienerie de plus. Avec Dunyach, l'important n'est pas l'objectif à atteindre mais le voyage en lui-même. Il s'attarde d'ailleurs beaucoup sur les préparatifs du départ, nous permettant par la même occasion de lier connaissance avec nos quatre aventuriers. 

Et là, question individualités, nous sommes servis. Il y a d'abord Jern, le jongleur globes-trotter que le mal des voyageurs contraindra bientôt à retourner sur sa planète d'origine. Il y a ensuite Aléna, la guerrière surentraînée et quasi invulnérable grâce à son symbiothe, Dorian l'enfant-encyclopédie qu'un trop plein de connaissance oblige à des logorrhées incessantes et enfin Olym le vieux poète en quête d'immortalité dont la voix recèle d'étranges pouvoirs. 

Quatre héros fort dissemblables et pas forcément sympathiques. Ils se jalousent, se tirent dans le pattes, se disputent le leadership mais sont également capables d'altruisme et parfois même d'amour. 

Heureusement d'ailleurs, car de l'entraide et de l'esprit d'équipe il leur en faudra une bonne dose pour surmonter les périls du voyage ! Religions curieuses ou dangereuses (les Paulhistes, les lanceurs de pierres), peuplades soupçonneuses ou hostiles, cauchemars-vivants des enfants-dormeurs : ils trouveront largement de quoi employer leurs talents avant l'ultime épreuve. 

Entre-temps, nous auront découverts avec eux les coutumes et les objets les plus surprenants tels les Kades, ces fruits nocifs dont les habitants de Manne se débarrassent en les offrant aux touristes, les cristaux de Ta'Ha qui boivent lentement la vie de ceux qu'ils embellissent ou les mues des nageurs des sables améliorant le toucher et l'agilité de ceux qui s'en font des gants.

C'est donc à un joli voyage plutôt qu'à une épopée guerrière que nous convie l'auteur. Une aventure où les découvertes de lieux et de personnes priment les combats et ou les personnages se révèlent dans leur entièreté. Personnellement, je ne m'en plaindrais pas.

Fleuve Noir Anticipation - 1987

 

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9 mai 2013

LE TOMBEAU DU ROI SQUELETTE - SERGE BRUSSOLO

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Junia et Shagan sont esclaves du forgeron Massalian, un sorcier réputé qui utilise la force de l'une et l'intelligence de l'autre pour régler quelques affaires délicates. Une main d'œuvre bon marché dont la fidélité lui est assurée grâce à l'engourdissement qui les saisit sitôt quittée l'atmosphère surchauffée de la forge et que seule peut ralentir une potion connue de lui seul.

Ils seront ainsi amenés à porter secours à un homme victime d’une armure ensorcelée et, surtout, à neutraliser l’esprit du roi squelette dont le réveil menace toute la région. Il leur faudra pour cela vaincre les nombreux périls de la lande des exécutions. 

Ce roman est l'une des rares incursion de Serge Brussolo dans l'univers de l'eroïc fantasy. Cela ne l'empêche pas de nous servir comme à son habitude, une histoire qui foisonne d'idées et de scènes percutantes mais au scénario trop faible pour mettre en valeur toutes ces jolies trouvailles.

Et c'est bien regrettable car Junia et Shagan sont des héros particulièrement originaux. La première est une géante obèse sujette à des crises de sommeil tandis que son compagnon est un cul de jatte à l'esprit vif et aux bras remarquablement musclés.

Complémentaires (comme qui dirait "la tête et les jambes") leurs services sont très appréciés de leur maître qui leur confie les missions les plus périlleuses. Voici résumé le concept de ce qui constitue désormais une série puisqu'aux deux opus parus chez Fleuve noir (le présent livre et Le dragon du roi squelette) il faut ajouter Les cavaliers de la pyramide et Les mangeurs d'argile qui reprennent les deux personnages dans l'univers plus réaliste du péplum.

Après une brève entrée en matière au cours de laquelle l'histoire de Shagan nous est contée, l'auteur nous plonge rapidement dans l'action. Un amuse bouche tout d'abord qui voit nos deux héros affronter une armure ensorcelée puis le plat de résistance en la personne du roi squelette et de ses sortilèges.

Bref, beaucoup d'action, quantité de tableaux surprenants et horrifiques, mais une chute un peu abrupte et qui ne résout rien puisque le danger n'est que momentanément repoussé et que la condition de Shagan et Junia n’évolue pas d’un pouce. Mais on ne s’en étonnera pas puisque c’est là un petit défaut que l’on retrouve dans bon nombre des romans de l’auteur.

On passera en tout cas une paire d’heures bien agréable en compagnie de ce couple aussi improbable qu’attachant et on n’oubliera pas de sitôt la vision hallucinante de gibets et autres instruments de mort s’animant et cherchant à faire de nouvelles victimes

Fleuve Noir Anticipation - 1988

 

7 mai 2013

LES FLAMMES DE LA NUIT - MICHEL PAGEL

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Fuinor est un monde magique perdu au milieu d'un vaste océan et divisé en sept contrées (de l'or, de l'amour, de la guerre, des semailles..) entourant le royaume du miroir sur lequel règne Turgoth III. Lorsque la princesse Rowena, sa fille, s'amourache du marchand de nuage, le monarque n'a d'autre choix que de l'exiler dans la contrée de la folie. 

Là, elle devient l'élève d'un enchanteur qui entreprend d'en faire une sorcière. Rowena espère ainsi se venger de son père qui l'a bannie et du séducteur qui l'a abandonnée tandis que l'enchanteur compte se servir d'elle pour réformer la société du Fuinor. 

Dans le même temps, un jeune homme tente d'échapper à sa condition et une ambitieuse essaye de s'emparer du trône. 

"Les flammes de la nuit" est un roman de fantasy atypique, sorte de conte de fées pour adulte qui revisite sur un mode décalé l'univers habituellement convenu et mièvre des frères Grimm ou de Charles Perrault. 

De fait, il ne faut pas s'étonner d'y voir Michel pagel reprendre à son compte les codes de la littérature pour enfant puisqu'il s'en sert pour mieux les détourner, les ridiculiser et les dynamiter consciencieusement. Alors il convie rois et princesses, fées et sorcières, ogres et dragons mais aussi le vieux conseiller et la servante dévouée, le médecin à chapeau pointu et le bourreau encagoulé, la marâtre avide de pouvoir, le preux chevalier... Tous les personnages de l'imagerie populaire sont là, caricaturés à l'extrême et ne faisant que ce que l'on attend d'eux, ni plus, ni moins. Dépourvus de libre arbitre, sans initiatives, ils respectent scrupuleusement des lois qui semblent n'avoir d'autre objectif que la perpétuation d'un ordre établi une fois pour toutes. Ainsi la reine doit-elle invariablement mourir en couches, le baron félon être systématiquement vaincu et les princesses être belles mais stupides. 

Cet ordre immuable est encore plus sensible dans la description des règles qui régissent la vie du trio femme/héros/fou. Ces petites cellules familiales qui résident dans une multitude de criques sur le pourtour de Fuinor, perpétuent à l'infini un schéma voulu par les dieux et instauré par les fées : à l'issu d'une épreuve initiatique opposant deux jeunes hommes, le vainqueur est proclamé héros et le vaincu devient le fou. Au premier les honneurs et les faveurs de la femme, au second tâches ingrates et mépris. 

Mais l'auteur va bientôt semer le vent de la révolte et, par l'intermédiaire d'un fou, d'une princesse et d'un enchanteur, faire voler en éclat les principes millénaires en vigueur à Fuinor. Ces trois personnages, tour à tour alliés ou ennemis, seront le levier d'une révolution qui affectera les destinées de tout un chacun. Intéressants parce que complexes, déchirés, torturés, comptant à leur actif de bonnes et de mauvaises actions, ils captent l'attention par leur quête de la justice et leur recherche du bonheur. Ils refusent de suivre le chemin qu'on leur a tracé et sont prêts à tous les sacrifices pour donner un sens à leur vie. Douleur surtout, qui représente le mieux la lutte contre l'autorité et l'arbitraire qui règne à Fuinor mais aussi Rowena partagée entre sa vengeance et ses idéaux. 

Les personnages secondaires ne leur cèdent toutefois en rien à commencer par Auriana qui campe une ambitieuse sans scrupules ou la brochette de doux dingues qui accompagnent la princesse. 

Tout cela nous donne un récit plaisant, riche d'inventions et mêlant intelligemment drame et humour. Le final n'est pas non plus en reste et je dois avouer ne pas avoir vu venir une chute qui explique pourtant bien des choses. 

Ce roman est en tout cas une jolie démonstration de l'arbitraire, du sexisme et de la violence que recèlent la plupart des contes de fées. Des histoires où les femmes sont bien souvent ravalées au rôle de potiches, où les inégalités foisonnent et où le petit peuple est asservi aux puissants. 

Bref, de quoi réfléchir sur la moralité parfois douteuse de ces bouquins que nous donnons à lire à nos petites têtes blondes.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

4 mai 2013

LA VOIE DU CYGNE - LAURENT KLOETZER

untitledPour le professeur Jéophras Dénio, la journée commence plutôt mal. A peine remis de l'échec de sa première tentative de vol mécanique, il apprend que sa pupille a été emprisonnée pour le meurtre du prince de Céthys. Convaincu de l'innocence de Carline et bien déterminé à la sauver, il rend visite à Jaran chez qui s'est déroulée la soirée au cours de laquelle le meurtre a eu lieu. Ce dernier, frère jumeau du prince de Dvern, le charge alors de faire la lumière sur cette affaire. Le voici donc lancé dans une dangereuse enquête qui le conduira à soupçonner tour à tour les personnages les plus puissants du royaume.

Cela fait bien longtemps que je ne m'aventure plus qu'avec circonspection dans le domaine de la fantasy. Non qu'il s'agisse d'un genre qui me déplaise, mais j'ai été déçu par tant de tolkienneries insipides que je m'en suis progressivement éloigné.

Avec ce livre de Laurent Kloetzer j'ai pourtant fait une bonne pioche. Il parvient en effet à se démarquer de la production sus mentionnée de bien des façons. Son univers tout d'abord, fouillé, original et qui, avec son atmosphère de renaissance italienne, nous change agréablement du sempiternel background médiéval. Exit aussi la magie, la sorcellerie et autres effets de manches de vieux croûtons enchapeautés. Place à la raison et à la réflexion scientifique ! Les personnages ne disposent pas de "talents" ou de "pouvoirs" particuliers et utilisent juste leur cervelle pour tracer leur route. Ce qui ne les empêche pas d'être foutrement intéressants, Jeophras denio en tête, savant plus très jeune, grincheux mais recelant un cœur d'or, mais aussi Carline, jeune femme pleine de fougue et d'idéaux ou encore Alexis, le gavroche local.

L'intrigue est au diapason du décor. Surprenante, absolument pas manichéenne mais au contraire multiple et retorse. Elle nous est dévoilée d'une façon singulière et originale au grès de chapitres qui alternent le présent avec l'enquête de Jéophras, le passé proche et la partie de jeu de l'oie dans le palais de Jaran et enfin, l'enfance des protagonistes du crime, seize années plus tôt. Bref, trois niveaux de narration qui s'interpénètrent pour nous donner les clés du mystère.

La cité de Dvern dans laquelle se déroule l'essentiel du roman est également digne d'intérêt. Remarquablement décrite, c'est un véritable plaisir que de se perdre dans ses ruelles et ses tavernes, visiter églises et palais semi-troglodytes ou s'aventurer dans la petite Dvern, enclave mystérieuse et entièrement soumise aux caprices d'un prince.

Une seule petite réserve à mon enthousiasme : le clin d'œil un peu trop marqué à la mythologie grecque. Bien sûr, le jeu de l'oie est l'une des représentations du labyrinthe dont le plus célèbre est sans doute celui imaginé par Dédale pour y enfermer le Minotaure. Pour autant, était-il nécessaire de calquer à ce point le récit sur les aventures de Thésée, Minos, Arianne, Icare et Egée? Je trouve pour ma part que cela n'apporte pas de valeur ajoutée au récit et lui enlève même une part de son originalité.

Mais rassurez-vous, tel quel, ce roman demeure très recommandable et vous fera passer un bien bon moment.

Gallimard - Folio SF - 2001

4 mai 2013

LA PRINCESSE NOIRE - SERGE BRUSSOLO

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Enlevée par des vikings puis vendue, Inga, jeune femme de 16 ans, se retrouve au service de la princesse noire. Celle-ci vit retirée dans une forteresse délabrée en compagnie des nombreux enfants qu’elle a sauvés de la coutume viking imposant que les nouveaux-nés mal-formés soient abandonnés aux loups. Désormais préposée à l’intendance du château, Inga devra faire preuve de sagacité et d'obstination pour survivre au milieu de cette cour des miracles et percer les nombreux secrets qui pèsent sur l'île, le château et ses souterrains. 


Lorsqu'on entame un livre de Serge Brussolo, on sait d'avance que l'on va être ballotté en tous sens comme une coque de noix sur l'océan déchaîné de son imagination. L'auteur a le don de nous emmener là où il veut, nous faire escalader des sommets pour nous rejeter ensuite à des profondeurs inouïes, nous faire croire au merveilleux et nous remettre brutalement les pieds sur terre. 

A ce titre, " La princesse noire " est un modèle du genre. L'auteur y multiplie les fausses pistes et les spéculations les plus invraisemblables. Chaque personnage y va de son allusion, de sa théorie sans qu'il nous soit possible de démêler le vrai du faux, la confession du mensonge. Un exemple. Quelle est l'origine de ce bruit qui résonne dans les souterrains de la forteresse ? L'épave d'un drakkar cognant contre la falaise, un dragon assoupi, un bersekker devenu fou, une divinité scandinave ? Toutes ces solutions sont envisagées l'une après l'autre pour être finalement abandonnées au grès des découvertes de l'héroïne. Pour autant elles ne sont pas définitivement rejetées et sont parfois réutilisées en d'autres circonstances ou sous un autre aspect.

Pour le reste, nous retrouvons dans ce récit d'une implacable vengeance quelques uns des thèmes chers à l'auteur au premier chef desquels celui de la transformation et de la maltraitance des corps. Il y est question de brûlures et de tatouages, d'yeux crevés et de visages défigurés, sans oublier bien sûr les malformations, naturelles ou provoquées, dont souffrent les petits prisonniers. Le thème de l'enfermement est lui aussi particulièrement à l'honneur avec cet univers trois fois clos : une île peuplée de vikings arriérés croyant encore aux anciennes divinités scandinaves, un château dont on ne sait s'il demeure fermé pour empêcher une attaque extérieure (il y en aura bien une) ou une évasion, et, plus mystérieux encore, des souterrains. Chacune de ces "prisons" possédant ses propres règles, ses chefs, ses dieux, ses légendes et ses dangers.

Ce livre n'est sans doute pas le plus imaginatif de tous les Brussolo que j'ai pu lire (il y en a tant !) mais il constitue sans conteste un bon opus dans sa veine médiévale. Notons à ce propos qu'Inga aurait pu se prénommer Marion à l'instar de l'héroïne de "Pèlerins des ténèbres" et "La captive de l'hiver" avec laquelle elle partage âge et profession. 

Livre de Poche - 2004

 

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4 mai 2013

LE MAITRE DES OMBRES - ROGER ZELAZNY

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Désormais immobile, la Terre est scindée en deux hémisphères que tout oppose. Une moitié éclairée où science et modernité s’épanouissent et une face obscure livrée aux ténèbres de la magie et de la féodalité.

Parce qu’ils l’ont trahit et lui ont volé l’une de ses vies, Jack des ombres s’est juré de punir les seigneurs du royaume de la nuit. Il lui faudra pour cela affronter les turpitudes de sa renaissance et les dangers de la face lumineuse. 

 

Ce court roman de Zelazny ne tient pas ses promesses.

Je m’attendais à découvrir une fantasy subtile jouant de l’opposition entre deux mondes, l’un moderne et cartésien, l’autre fantastique et médiéval. Or ce n’est pas le cas. La quasi totalité de l’histoire se déroule sur la face obscure tandis que l’autre n’est évoqué que le temps de deux brefs chapitres. 

C’est dommage, d’autant que le héros est censé y avoir passé plusieurs années, s’y être fait une situation, des relations, un ennemi et surtout, y avoir trouvé la clé de Kolwynia, c’est à dire le moyen d’accroître sa puissance. Nous n’en saurons d’ailleurs pas plus sur la nature de cette clé ni sur la façon dont il se la procure. C’est comme çà. Il faut l’accepter, un point c’est tout.  Comme il faut accepter que sa vengeance soit expédiée en deux coups de cuillères à pot. Et là, c’est encore plus frustrant puisque cette vengeance constituait le moteur même de l’intrigue.

Alors que reste-t-il à évoquer dans la seconde partie de ce roman ? A vrai dire pas grand chose. L’auteur s’y perd en considérations pseudo philosophiques sur le pouvoir, l’immortalité et la conscience tandis que son personnage passe le plus clair de son temps en vaines discussions avec son âme. C’est lent, bourré d’allégories et j’ai beaucoup peiné pour en venir à bout.  

Je préfère Zelazny lorsqu’il est plus léger, moins ambitieux peut-être, mais en tout cas plus distrayant. Je garderais néanmoins en mémoire l’évocation de son royaume de la nuit, nouveau tartare où les immortels sont les prisonniers volontaires du rayon d’action de leurs pouvoirs.

Pocket SF - 1978

 

3 mai 2013

RAUM - CARL SHERRELL

untitledChevalier démon de seconde zone, Raum a quitté les enfers et le service d’Asteroth pour se rendre chez les humains. Il espère y rencontrer Merlin et obtenir du sorcier les réponses aux questions qui le taraudent. Mais le monde des hommes est-il prêt à accueillir un comte des enfers ? 

 

Ce livre aurait pu n’être qu’une énième digression sur le mythe Arthurien si Carl Sherrell n’était parvenu à se démarquer de la production pléthorique que Merlin et compagnie ont inspirée aux auteurs de fantasy, grâce à la personnalité pour le moins surprenante de son héros.

Car pour une fois, nous avons un personnage central vraiment méchant, dénué de morale et qui ne s’encombre pas de sentiments aussi inutiles que l’amour ou la compassion. Ils tue, pille, viole sans le moindre remord et passe au fil de son épée quiconque voudrait le détourner de son sanglant chemin.

Malheureusement l’auteur n’a pas maintenu ce cap jusqu’au bout. Raum finit par s’humaniser et par éprouver ces sentiments qui lui étaient jusqu’ici inconnus. Il en devient presque gentil et c’est sur un chevalier repenti cherchant à réparer ses erreurs que s’achève le roman.

Mais avant cela on aura quand même pris grand plaisir à le voir foutre le bordel à la cour du roi Arthur, se moquer de Perceval, ridiculiser Gauvain, mettre une branlée à Kay ou apprendre l’obéissance à la vénéneuse Morgane. De chouettes moments de lecture, un peu irrévérencieux à l’égard de tous ces nobles héros, mais sacrément jouissifs.

Raum est un personnage entier, plus individualiste que mauvais, attachant en diable et je regrette pour ma part qu’il finisse par s’amender : le roman y perd une bonne part de son sel.

Signalons toutefois que la fin laisse entrevoir une suite au cours de laquelle notre diabolique héros pourrait aller jusqu’au Vinland (l’Amérique des vikings) pour délivrer sa dulcinée. Il est donc permis d’espérer un sursaut de méchanceté !

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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