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25 juin 2016

LA HORDE DU CONTREVENT - ALAIN DAMASIO

foliosf271-2015Dans un monde livré à la férocité de rafales et de bourrasques aussi puissantes que meurtrières, un groupe d’hommes et de femmes avance pied à pied afin de gagner l’Extrême-Amont et découvrir la source du vent. Une quête longue et dangereuse où se sont déjà perdues trente-trois hordes pareilles à la leur… 

Enfin un bouquin de Fantasy foncièrement original qui ne soit pas une resucée de Tolkien ou de Howard. Une originalité qui ne réside pas dans des détails tels que sa pagination inversée ou dans les symboles qui précèdent chaque prise de parole de l’un des personnages de ce roman choral ; une coquetterie qui aurait même plutôt tendance à nous embrouiller si l’éditeur n’avait pas eu la bonne idée de nous fournir un marque page récapitulatif. Non, la singularité de ce roman et l’audace de l’auteur résident dans son univers construit sur un concept unique : le vent. Histoire, religion, métiers, technologies, langage, philosophie, tout s’articule autour de cet élément intangible et pourtant si puissant.

Du début à la fin du roman c’est lui qui donne le La. Il sculpte les décors, détermine l’ambiance, influence l'économie, les déplacements, les combats... Alain Damasio a réussi la performance de nous rendre ce vent palpable, présent dans chaque aspect de la vie, titillant chacun de nos sens. Pour ce faire il a fait preuve d’un travail remarquable sur le langage avec quantité de trouvailles linguistiques évoquant son mouvement et sa fluidité, son rythme ou son imprévisibilité. Ce n’est pas un simple exercice de style mais une vraie réflexion sur la manière de faire passer des sensations.

Mais il n’y a pas que la forme qui soit intéressante. Le fonds l’est tout autant avec en premier lieu cette horde composée d’hommes et de femmes formés depuis l’enfance à une unique tâche et contraint de vivre ensemble leur vie entière. Les relations entre ces personnages aux caractères bien marqués occupent en conséquence une bonne part du roman. Il y a de la matière puisque l’auteur a convoqué un peu de tout, un guerrier, des chasseurs, une guérisseuse et même un troubadour. Tout ce petit monde s’aime et s’engueule, se jalouse et s’estime. La cohabitation est parfois difficile mais l'entraide est toujours là. Ce roman est d'ailleurs pour beaucoup une histoire d'amitié et de partage, de confiance en l'autre et de dépassement de soi.

Il lui manque peut-être un peu, non pas d’action, mais de surprises et de rebondissements pour animer une intrigue par trop linéaire. La lutte constante de la horde contre toutes les manifestations du vent est certes dantesque mais d’autres aspects de sa quête auraient mérités d’être approfondis. Je pense notamment à quelques pistes ou allusions dont on attend en vain qu’elles s’étoffent. Ainsi en est-il de cette "Poursuite" qui cherche à empêcher les hordes successives de mener à bien leur mission ou de la rivalité avec les "Obliques"  qui utilisent d’immenses chars à voile pour se déplacer.

J’aurais également préféré que l’auteur rabatte une ou deux centaines de pages à son roman. Certes, le Damasio maintient de bout en bout un haut niveau d’exigence littéraire mais certains passages sont affreusement longs et d’autres absolument inutiles. La fin surtout m’a paru fastidieuse avec ses trop nombreuses digressions sur la nature des chrones et sur les sentiments des hordiers confrontés à la disparition de leurs compagnons et à la certitude de leur mort prochaine. C'est certes l'occasion de bien jolies réflexions sur la vie, la mort et ce qui reste de nous après le grand saut mais à ce stade du roman, c’est-à-dire avec déjà 600 pages dans les mirettes et plus guère de patience à gaspiller, elles m'ont profondément ennuyé.  Dans ces conditions j’ai éprouvé autant de difficulté que la horde à venir à bout des pentes de Norska et je n’étais sans doute plus en état d’apprécier la chute à sa juste mesure. Une fin qui n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de mes attentes mais qui possède malgré tout un je-ne-sais-quoi de grandiose… et de dérisoire. Comme la vie.

Gallimard - Folio - 2015

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5 juin 2016

LES CHRONIQUES DE VONIA - HUGUES DOURIAUX

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Après un siècle de guerre contre l'empire de Tehlan, Vonia peut enfin croire à l'avènement de la paix. Le roi Illert a épousé Elka la fille de son ancien ennemi et tous deux s’apprêtent à gouverner le puissant royaume. Hélas le souverain sombre dans la folie laissant à sa jeune épouse les rênes du pouvoir. Ses puissants vassaux se sentent alors pousser des ailes et commencent à contester son autorité…  

Avec ses sept volumes et ses presque deux mille pages, « Les chroniques de Vonia » s’annonçaient comme une bonne grosse saga de fantasy pleine de bruit et de fureur. De ce seul point de vue, il me faut avouer ne pas avoir été déçu. Beaucoup de personnages, de villes et de contrées, des duels et des combats en veux-tu en voilà, de la magie blanche ou noire bref, on n’est pas volé question quantité. Pour ce qui est de la qualité en revanche, c’est une autre affaire.

Tout d’abord le roman de Douriaux est beaucoup trop manichéen. Seul le personnage d’Elka, partagée entre sa passion pour Khor Varik et son amour du pouvoir, est véritablement digne d’intérêt. Les autres se contentent de faire (en bien ou en mal) ce que l’on attend d’eux et, à de très rares exceptions près, ne nous surprennent jamais. Et c’est bien dommage car avec des vassaux se retournant contre leur suzerain, un chambellan qui complote contre sa reine, un héritier qui convoite le trône de son père, des barbares et une guerre de religion, il avait matière à nous concocter quelque chose comme un « Game of Thrones » à la française.  

Hélas, malgré un gros travail sur le background (coutumes, lieux, religions, histoire...) et la volonté de n'épargner aucun personnage, l'histoire ne décolle jamais vraiment. L'intrigue demeure convenue et, pire encore, tout semble écrit d'avance puisque les humains ne sont apparemment que les pions d'un jeu conçu par les dieux.

L'autre aspect du roman qui m'a un tantinet gêné est l'activité sexuelle débridée des personnages. Je ne pense pas être particulièrement prude mais en matière de littérature, je n’apprécie le sexe (ou la violence) que s’il est mis au service de l’intrigue. Or, dans la saga de Douriaux, c’est presque le contraire. Le nombre de scène de cul est tel qu’on a l’impression que l’histoire n’a été conçue que pour lui permettre de décrire les ébats amoureux de ses personnages. Le monsieur a certes une imagination fertile en la matière mais à raison d'une galipette par chapitre on finit tout de même par se lasser de la chose.  

Il semble d’ailleurs s’en être rendu compte puisqu’il fait dire à l’une de ses héroïnes : « Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais qu’est-ce que ça compte, le sexe, dans cette histoire ! Vous imaginez, non ? Bâtir des intrigues à partir des poils de cul des reines ? ». Il ne se prend dès lors plus beaucoup au sérieux et le dernier tome de sa saga prend des allures de parodie. Il s’y moque de sa propre intrigue, soulignant ce qu’elle peut avoir de ridicule et termine son histoire sur une note joyeusement farfelue. 

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 octobre 2015

HROLF KRAKI - POUL ANDERSON

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Réécriture de la saga médiévale éponyme narrant les exploits de quelques rois Danois du haut moyen-âge.

« Hrolf Kraki », est le roman idéal pour qui veut découvrir les sagas scandinaves sans avoir à se frotter à l'aridité de ces textes médiévaux. Poul Anderson les a dépoussiérés juste ce qu'il fallait pour les rendre lisibles sans pour autant les dénaturer. Son récit a donc conservé pour une bonne part la forme de ces longs poèmes en prose que les scaldes composaient pour chanter la gloire des rois vikings. Cela nous donne un curieux mélange de faits historiques et de légendes nordiques, à la fois travail d’historien et œuvre de conteur.


On y apprend donc beaucoup sur le Danemark du haut moyen-âge et sur ses souverains qui ne sont encore guère plus que des roitelets, tantôt fermiers et tantôt chefs de guerre. On découvre leur mode de vie mêlant agriculture et artisanat, commerce et rapine et on observe leurs rapports tumultueux avec les peuples voisins, suédois, saxons et autres vikings.


Mais le roman de Poul Anderson a le plus souvent des allures de conte de fées. Il y est question d’oncles malveillants qui usurpent le trône de leurs neveux, de sorcières et de malédictions. Il y a aussi des épées magiques et des créatures maléfiques, bref tout l’arsenal de la magie et du merveilleux est au rendez-vous.


J'ai d’ailleurs été surpris de la grande ressemblance qui existe entre l'épopée de ce roi danois et la légende arthurienne. Les points communs entre la vie romancée de ces deux monarques sont en effet nombreux. On y trouve à chaque fois un roi sage et respecté entouré de champions, une naissance dans des circonstances particulières, la trahison d’une sœur et jusqu'à leur mort à l’issu d’un combat épique.


Pour être tout à fait honnête j'avouerai que je me suis tout de même bien ennuyé. Passe encore la première partie, riche d’intrigues et de rebondissements. Helgi, le papa de Hrolf, est en effet un personnage haut en couleur, pas forcément sympathique mais doté d’un gros tempérament. Sa difficile conquête du trône, ses démêlées avec ses vassaux et ses aventures galantes font de sa vie un combat continuel très agréable à suivre.

Les pages consacrées à la vie de Hrof Kraki sont en revanche beaucoup moins passionnantes. Le célèbre roi ne mouille d’ailleurs guère le maillot, laissant à  ses champions le soin de tuer le troll ou le dragon. Les exploits des uns et des autres se succèdent donc, presque toujours selon le même scénario, et cette redondance finit par devenir lassante.

Garancière - Aventures fantastiques - 1985

18 juillet 2015

LA PISTE DE BOHU - CHARLES SAUNDERS

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Cinq années se sont écoulées depuis les aventures vécues par Imaro et ses compagnons sur "La route du Cush". Les trois amis se sont installés dans ce puissant pays, fer de lance de la lutte contre les Dieux Démons. Pomphis a repris son rôle de conseiller auprès de la souveraine tandis qu'Imaro a appris le métier de forgeron. Une vie presque trop tranquille entre sa compagne Tanisha et le fils qu'elle lui a donné. Mais les Naamans qui le poursuivent toujours de leur haine implacable font assassiner sa famille renvoyant ainsi le bouillant guerrier sur le chemin de la vengeance.

Ce troisième volet des aventures d'Imaro confirme tout le bien que je pensais déjà de Charles Saunders et de son géant africain. Désormais, je vais même jusqu'à les placer dans le cercle très fermé des grandes sagas d'Eroïc fantasy", et quand je dis "grande", je parle de qualité et non du nombre de volumes.


"La piste de Bohu"  apporte en effet à Imaro une nouvelle dimension. Le format roman qui prend la place du recueil de nouvelles permet de diluer les scènes d'action et d'accorder une part plus importante à l'exploration de son univers. Nous découvrons ainsi de nouveaux royaumes, apprenons beaucoup sur leur organisation politique, leur religion, leur histoire et les rivalités qu'ils entretiennent. Tous ces renseignements ainsi que les nombreux détails ethnologiques (mœurs, architecture, métiers...) apportent une vraie profondeur au récit. Les héros n'évoluent pas dans un décor en carton-pâte. Autour d'eux, c'est tout un monde qui vit avec son petit peuple d'artisans, d'ouvriers et de pêcheurs.


Les personnages secondaires bénéficient aussi d'un meilleur éclairage. Si Imaro reste bien sûr au centre du récit, d'autres voient leur rôle s'étoffer. Ainsi de la Kandiss à qui revient la difficile tâche d'organiser la résistance face au Naamans ou de Rabir le sympathique capitaine de navire qui va devoir apprendre à vivre loin de la mer. D'autres encore font une première apparition remarquée tel le roi du Kitwara, jeune monarque déchu qui se révèle dans l'adversité ou bien côté "méchants" l'infâme Bohu, sorte de double maléfique d'Imaro.


Mais le point le plus important de ce volume réside sans conteste dans les révélations tant attendues sur les origines mystérieuses de notre héros. Au terme d'une longue et dangereuse équipée entre terre et mer, Imaro va en effet rencontrer son père et apprendre bien des choses sur les circonstances de sa naissance. L'aspect psychologique de sa personnalité est donc une fois encore mis en avant que ce soit à l'occasion de ses retrouvailles avec ses parents ou dans sa façon de gérer le deuil de sa femme et de son fils.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1987

13 juillet 2015

LA ROUTE DU CUSH - CHARLES SAUNDERS

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Imaro et ses deux compagnons continuent leur périple en Nyumbani pour rallier le royaume de Cush. Ils espèrent recueillir auprès de la souveraine de ce puissant pays des informations concernant la lutte souterraine qui s'est engagée entre le bien et le mal ainsi que sur le rôle qu'Imaro est appelé à y jouer. Mais les Mashaatan, les terribles dieux-démons, n'ont pas l'intention de les laisser faire.

Si les romans de Charles Saunders appartiennent indiscutablement à la fantasy guerrière, son héros est un personnage beaucoup plus fin et sensible que ceux que l'on a l'habitude de rencontrer dans ce genre de littérature. Imaro n'est pas qu'une montagne de muscle. Il réfléchit au moins autant qu'il cogne et se pose quantité de question, sur ses origines et sur sa destinée notamment. Il n'est pas non plus tout puissant. Il a ses moments de faiblesse - un héros qui vomit ses tripes à cause du mal de mer, ça n'est pas banal - et a souvent besoin de l'aide de ses compagnons.


Ces derniers, la belle Tanisha et le savant Pomphis, bénéficient aussi d'une belle mise en lumière. Ils ne sont pas cantonnés au rôle de faire-valoir mais influent au contraire beaucoup sur les événements. Ils ont une vie propre (des ambitions, des désirs) et entretiennent l'un envers l'autre une relation ambiguë tout en se disputant la première place dans l'amitié du géant noir.


Tous trois vont cette fois être confrontés à des univers qui leur sont étrangers : de grandes cités, des ports, la mer, et avec eux des lois et des règles ainsi que les outils pour les faire respecter (armée, police). Cela induit pas mal de nouveauté dans le déroulement de leurs aventures et dans les décors. Saunders prend heureusement tout son temps pour mettre en place un environnement fouillé (casernes, arène, taverne) et détailler tous les personnages, même secondaires, insufflant ainsi davantage de vie à son histoire.


Les scènes de combat sont aussi un peu plus variées. Il ne s'agit plus seulement d'un mano à mano entre Imaro et un vilain sorcier. Ses amis, ou des alliés de circonstances, y ont aussi leur part. Ils auront d'ailleurs tous largement de quoi faire entre des créatures mi-hommes mi-pierre, de monstrueux frères-siamois et de non moins affreux hommes-requins.

Ce deuxième tome des aventures d'Imaro tient donc toutes ses promesses. L'action est toujours aussi présente, les trois héros sont plus attachants que jamais et l'intrigue prend de l'amplitude. Vivement la suite ! 

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 

 

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8 juillet 2015

IMARO - CHARLES SAUNDERS

GarancAF12L'enfance d'Imaro est un long chemin de croix, sa qualité de sang mêlé lui valant les moqueries, les brimades et même la haine de certains membres de sa tribu. Il en profite toutefois pour se forger un caractère insubmersible qui, allié à une force stupéfiante, va lui permettre de prendre sa revanche. Mais les Mashataan, les dieux démons, de Nyumbani n'ont pas l'intention de le laisser faire.

S'il n'est guère courant de voir l'Heroïc Fantasy s'inviter sur le continent africain, il est encore plus rare d'avoir affaire à un héros du cru. « Imaro » est à ma connaissance une première du genre et ce n'est sans doute pas une coïncidence si son auteur est lui-même un afro-américain.


Le héros de Charles Saunders est un petit cousin de Conan avec lequel il partage une force physique phénoménale et une haine farouche de la sorcellerie. Comme lui, c'est un solitaire sans attaches, épris de liberté mais qui n'hésite pas à risquer sa vie pour faire respecter son code de l'honneur et son idée de la justice. Ses aventures ont d'ailleurs pas mal de points communs avec celles du Cimmérien : une enfance rude au sein d'un peuple guerrier, une période d'esclavage suivie de quelques brigandages et un avenir qu'on imagine royal.
Imaro est toutefois un peu moins monolithique que le célèbre barbare. Enfant sans père, renié par les siens, il cache sous sa bravoure une fragilité psychologique certaine ainsi qu'un grand besoin d'amour et de reconnaissance. Cela le rend beaucoup plus humain et par là même plus attachant.


Quant à l'Afrique qui sert de cadre à ses aventures, elle peut bien s'appeler Nyumbani, elle ressemble quand même sacrément à celle que nous connaissons. Mwambututssi, Kahutu, Ruanda, Saunders n'est pas allé chercher bien loin les noms des peuples et contrées dont Imaro croisera la route. Il en va de même pour les aspects culturel et sociologique puisque, là encore, l'auteur s'est copieusement inspiré des mœurs de certaines tribus africaines et notamment de celles des
Massai auxquels ses guerriers-éleveurs Ilyassai ressemblent énormément. En tout cas, l'abondance de détail sur leur mode de vie est bienvenue et donne à l'histoire un fond de réalisme qui permet une totale immersion dans cet univers de jungle et de savane. Nous pouvons dès lors nous laisser porter par la plume solide de l'auteur et profiter au mieux des aventures mouvementées de son héros.

Les deux premières nouvelles sont passionnantes. Elles relatent deux épisodes marquants de la jeunesse d'Imaro illustrant le calvaire subi dans sa tribu et la manière dont il parvient à s'émanciper. On prend immédiatement fait et cause pour le jeune guerrier et c'est un réel plaisir que de le voir triompher des envieux de tout poil et des vilains sorciers.

Les trois autres voient Imaro prendre la mesure de sa force et de ses qualités de meneurs d'hommes. Il découvre d'autres pays et d'autres peuples, se fait de nouveaux ennemis ainsi que des amis fidèles. Il commence aussi à comprendre que ses combats s'inscrivent dans un conflit beaucoup plus vaste.

Au final, le seul petit reproche que je ferais à ce recueil est que chacun des cinq textes qui le composent se concluent peu ou prou de la même manière, à savoir un combat d'Imaro contre un sorcier ou une créature des ténèbres. Ce n'est pas que le côté surnaturel de la chose me gêne (c'est de la fantasy, je savais à quoi m'attendre) ou que les descriptions des combats épiques du géant d'ébène ne soient pas à la hauteur, mais un peu plus de variété eut été bienvenue.

L'ensemble est néanmoins d'excellente facture et, comme chaque nouvelle apporte sa part d'éclaircissements sur les forces qui s'affrontent en Nyumbani et sur le rôle qu'Imaro est appelé à jouer, on imagine que les autres tomes seront tout aussi riches et passionnants.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

2 février 2015

L'ULTIME RIVAGE - URSULA LE GUIN

imgVingt années se sont écoulées depuis les aventures relatées dans "Les tombeaux d'Atuan" et Ged occupe désormais la fonction d'Archimage à l'école de magie de Roke. C'est là que Arren, fils du roi d'Enlad, vient le trouver pour lui faire part d'une nouvelle inquiétante : les sorciers de son royaume ont perdu leurs pouvoirs. Ayant déjà eu vent de telles rumeurs en provenance d'autres contrées, Ged embarque pour le sud lointain à la recherche des causes de cette "épidémie". Le jeune prince l'accompagne...

L'ultime rivage reprend à peu près le même canevas que le premier opus de la « trilogie de Terremer ». Il nous propose d'accompagner Ged dans un nouveau voyage initiatique qui le conduira une fois encore au bout du monde à la recherche d'un ennemi redoutable.

C'est aussi pour Ursula Le Guin, l'occasion de nous faire découvrir les parties de cet univers maritime qui nous demeuraient encore étrangères. Nous visitons ainsi le sud mystérieux peuplés d'îliens austères et sauvages et l'ouest légendaire, patrie des dragons millénaires.

Mais plus que sur ces petits bouts de terre isolés les uns des autres, l'essentiel de l'intrigue se déroule sur l'océan, à bord de Voitloin, le désormais célèbre voilier de Ged. Ce décor minimaliste permet un face à face intense entre le mage vieillissant et le jeune prince à peine sorti de l'adolescence. Une confrontation à l'issu de laquelle le caractère d'Arren se révélera, non sans être passé par toutes sortes d'émotions et de sentiments.

Sur le fond, l'histoire n'a rien de particulièrement spectaculaire, juste quelques mésaventures avec des voleurs, des marchands d'esclaves ou des iliens sauvages, et la chute est assez prévisible, attendue même. Mais cela n'a finalement pas beaucoup d'importance puisque le voyage importe bien plus que la destination.

Il permet aux personnages de réfléchir à leur condition d'homme, à la fragilité de l'existence et à la nécessaire fin de toutes choses : « Rien n'est immortel. Mais il n'y a qu'à nous qu'il est donné de savoir que nous devons mourir. Et c'est un don précieux : c'est la chance d'être soi-même. Car nous ne possédons que ce que nous savons que nous devons perdre, ce que nous acceptons de perdre... Etre soi, c'est notre tourment, notre gloire et notre humanité ; et cela ne dure pas. ». Arren apprendra ainsi à accepter sa destinée ; non pas à être fataliste mais admettre qu'il existe des choses sur lesquelles on n'a pas de prise. Accepter sa condition d'humain, sans en tirer honte ni orgueil.

Comme beaucoup de romans de l'auteur, « L'ultime rivage » nous parle aussi de responsabilité - vis à vis des autres et vis-à-vis de notre environnement - et met en avant l'idée déjà évoquée dans Le sorcier de Terremer, d'un équilibre naturel qu'il faut à toute force préserver : « Mais nous, dans la mesure où nous avons un pouvoir sur le monde et sur les autres, nous devons apprendre à faire ce que la feuille et la baleine et le vent font naturellement. Nous devons apprendre à conserver l'Equilibre. Ayant l'intelligence, nous ne devons pas agir avec ignorance. Ayant le choix, nous ne devons pas agir sans responsabilité. ». Une fibre écologique que l'on retrouve encore dans son évocation du "peuple des radeaux", une communauté vivant en accord parfait avec l'océan et ne tirant de la mer que ce qui lui est nécessaire.

Ainsi se termine la célèbre trilogie d'Ursula Le Guin mais pas mon voyage en Terremer puisque l'auteur a écrit depuis deux autres ouvrages partageant le même univers et les même personnages.

 

Pocket SF - 1985

28 janvier 2015

LES TOMBEAUX D'ATUAN - URSULA LE GUIN

 

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A l'âge de cinq ans, la petite Tenar est enlevée à ses parents par les « Gardiens du Lieu » qui ont vu en elle la réincarnation de leur grande prêtresse, Arha la dévorée. Destinée à veiller sur les tombeaux d'Atuan et le labyrinthe où sont reclus les « innomables », Tenar suit un long et pénible apprentissage qui débouche sur une vie terne et monotone.  Une rencontre inattendue va bouleverser sa routine et ses toutes ses croyances... 

Autant Le sorcier de Terremer nous faisait voir du pays en nous menant aux quatre coins de Terremer, autant ce second tome est statique. L'action est circonscrite à la seule île d'Atuan en pays Kargue et plus encore dans le Lieu, enceinte religieuse entièrement close à l'instar d'un couvent ou d'un monastère. Un univers resserré dont l'atmosphère étouffante est encore accentuée par le fait qu'une bonne partie de l'histoire se déroule sous terre, dans les méandres d'un gigantesque labyrinthe.

L'auteur nous fait parfaitement ressentir l'isolement de l'héroïne, prisonnière de cet univers borné, sans autre perspective qu'une vie de recluse consacrée aux rites d'un culte qui semble sombrer dans l'oubli. A mesure qu'elle grandit, Tenar mesure la vacuité de son existence. Elle soupçonne d'abord certaines de ses compagnes de ne pas croire aux dogmes qu'elles perpétuent puis s'aperçoit que d'autres ont troqué la piété contre l'ambition. Ses certitudes s'effondrent les unes après les autres et l'irruption dans son monde du "sorcier de Terremer" va donner un nouveau sens à son existence.

Ce portrait de jeune femme courageuse mais désemparée est magnifique. Avec son écriture toute en retenue et finesse, Ursula Le Guin décrit admirablement les différentes phases de son émancipation et toute la palette de sentiments qui l'animent. Cela nous donne quelques passages superbes et poignants. Je pense notamment à sa première exploration du ténébreux labyrinthe qu'elle découvre du bout des doigts ou encore à l'appréhension mêlée de curiosité avec laquelle elle fait la connaissance du monde extérieur.

Ce deuxième volume du cycle de Terremer m'a encore plus emballé que le premier et c'est avec fébrilité et impatience que j'entame le troisième.

Pocket SF - 1985

23 janvier 2015

LE SORCIER DE TERREMER - URSULA LE GUIN

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Jeune chevrier vivant sur l'île de Gont dans le Nord Est de Terremer, Ged montre très tôt des dispositions pour la magie. Confié aux bons soins du sorcier local, il fait preuve d'un talent tel que son mentor décide de l'envoyer étudier à l'école de magie de Roke. Là, il se distingue autant par ses aptitudes hors normes que par son orgueil qui le pousse à invoquer l'esprit d'un mort. Ce faisant, il libère une puissance de l'ombre qui va chercher à le détruire, ne lui laissant d'autre choix qu'entre la fuite ou le combat. Tantôt chasseur, tantôt chassé, Ged ira au bout du monde et de lui-même, pour vaincre la dangereuse créature.

"Terremer" fait partie des grands cycles de fantasy que tout amateur du genre se doit d'avoir lu. Rien à voir pourtant avec les grandes épopées guerrières ou les récits de quêtes fabuleuses qui forment le plus gros de la production. La fantasy d'Ursula Le Guin est plus intimiste, centrée sur l'évolution psychologique de ses personnages. Moins spectaculaire, elle n'en demeure pas moins extrêmement dépaysante avec un univers foncièrement original.

Un monde composé de nombreux archipels, une multitude d'îles formant autant de nations aux couleurs et coutumes disparates : la Venise rurale de Torning Bas, les villages de pêcheurs d'Iffish, la désolation d'Oskill dans le lointain nord... Quant au caractère médiéval commun aux romans de fantasy, il est également bien présent puisqu'on se déplace d'une île à l'autre à bord de voiliers ou de galères et que l'on y craint les incursions des envahisseurs kargues.

Premier des trois volumes qui composent ce cycle, Le sorcier de Terremer nous invite à suivre la jeunesse d'un sorcier. Nous le suivons dans toutes les étapes de son apprentissage, de ses premières années sur une île retirée à son premier "emploi" au service d'une communauté rurale en passant par ses études dans une école de magie. Nous découvrons un héros attachant, puissant certes, mais faillible aussi, avec ses peurs et ses doutes. Pour venir à bout de sa Némésis, Ged devra vaincre ses démons, au propre comme au figuré. Il lui faudra pour cela voyager, échanger, découvrir ce qui l'entoure mais aussi apprendre à se connaître soi-même.

Le roman d'Ursula Le Guin est donc un roman sur la connaissance, sur l'expérience et la sagesse qu'elles apportent. La magie qui a cours à Terremer consiste en effet à apprendre le véritable nom des êtres et des choses. Une jolie métaphore qui véhicule l'idée selon laquelle il faut parfaitement connaître les choses avant de se risquer à les manipuler. Responsables de nos actes, nous devons être conscients de leurs conséquences et veiller à respecter l'équilibre naturel de notre monde.

Pocket SF - 1985

7 avril 2014

SORTILEGES DE LA TERRE - A & C PANSHIN

imgLe jour de ses noces, le jeune Haldane, fils du puissant Morca, voit tout son univers s'écrouler. Son père et la plupart de ses hommes trouvent la mort dans un guet-apens organisé par des clans rivaux et lui-même ne doit la vie sauve qu'à une fuite désespérée. En compagnie d'un vieux sorcier aux pouvoirs incertains il lui faut traverser une contrée devenue hostile pour trouver refuge sur les terres de son grand-père. Un voyage dangereux au terme duquel sa véritable personnalité se révélera.

C'est une période originale de l'histoire médiévale que les époux Panshin ont choisi pour cadre de leur roman. La sédentarisation des envahisseurs barbares est en effet rarement évoquées par les auteurs d'eroïc fantasy qui lui préfèrent un moyen-âge de romans courtois avec chevaliers, tournois et châteaux.

Il s'agit pourtant d'une phase extrêmement intéressante. Un instant clé aussi bien pour les royaumes qui subissent l'invasion que pour les hordes qui les submergent. Les premiers y perdent les rennes du pouvoir tandis que les seconds doivent renoncer à leur mode de vie nomade et se défaire d'une partie de leur identité. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il y faut du temps et plusieurs générations sont nécessaires à une complète assimilation. Cela ne se fait pas non plus sans heurts car tous ne sont pas prêts à renoncer à leurs coutumes.

Le personnage de Morca incarne parfaitement cette période de transition. S'il demeure un chef de guerre qui continue de razzier les terres de ses voisins il commence néanmoins à adopter leur manière de vivre et de gouverner. Il cherche notamment à instaurer une monarchie héréditaire et certains de ses sujets ont déjà troqué l'épée contre la charrue. Il sera toutefois renversé par d'autres chefs de clan qui voient d'un mauvais œil tous ces bouleversements.

Mais une bonne idée ne fait pas tout. Malgré un excellent début, le récit sombre peu à peu dans l'ésotérique le plus assommant. Une sorte de longue quête initiatique pleine de sens cachés à découvrir et d'épreuves à surmonter. J'ai pour ma part eu beaucoup de mal à m'intéresser au sort du jeune Haldane qui ne fait que subir les évènements, s'en remettant d'abord aux bons soins de son mentor puis à ceux de la déesse Libera.

C'est dommage. Il y avait matière à quelque chose de beaucoup plus passionnant. Une confrontation entre anciens et modernes, un choc de civilisation vécu par le truchement des personnages.

Opta - Galaxie-bis - 1984

16 octobre 2013

LE MANOIR DES SORTILEGES - SERGE BRUSSOLO

ldp17203-2001

Lorsque son maître meurt au cours d'un sanglant tournoi, Gilles devient la propriété d'un bien étrange seigneur. Foulques de Braz est en effet un chevalier peu ordinaire qui ne quitte jamais son armure rouillée et prétend être la victime d'une malédiction qui l'oblige à se nourrir de chair humaine. Mais son invincibilité en fait le parfait candidat pour les missions les plus dangereuses. Le voici donc chargé par un inquisiteur de mettre la main sur un grimoire de sinistre réputation. En compagnie de Gilles et de Tara, une jeune égyptienne versée dans les écrits sataniques, il entreprend de fouiller le château de Lilith de Niel, la bergère devenue châtelaine grâce à ses formules démoniaques et ses philtres d'amour.

Lorsqu'il s'agit de donner dans l'étrange ou l'ambiguë Serge Brussolo n'est jamais en reste. Cette fois c'est l'imagerie populaire des contes de fées qui a les honneurs de son imagination sans limite. Ogre, sorcière, géant assoupi, loups et brebis son conviés à une drôle d'histoire où il ne faut toutefois pas se fier aux apparences.

Brussolo a du métier. Il s'est bien documenté et son moyen âge est plutôt réaliste. Le vocabulaire médiéval sonne juste tout comme le décor ou les mentalités des personnages. Des personnages guère sympathiques, victimes de leur passion ou de leur folie. Seul Gilles, l'écuyer narrateur, semble sain d'esprit même s'il demeure prisonnier de ses superstitions. Ces trois alliés de circonstances vont vivre un huis clos particulièrement délétère dans un château où chaque pièce recèle son lot de périls.

La demeure de la bergère diabolique est en effet truffée de pièges. Bibliothèques aux étagères à bascule déclenchant des avalanches de livres, grimoires empoisonnés, chandelles farcies de poudre, le moindre objet peut s'avérer mortel. Sans oublier le troupeau de moutons qui a élu domicile à l'intérieur des murailles et qui semble n'avoir de cesse de les précipiter du haut des remparts. Il leur faudra donc faire preuve de patience et de ténacité pour surmonter ces épreuves et mettre la main sur le mystérieux livre.

La chute est bien amenée et assez surprenante. Elle permet surtout de dégonfler la fantasmagorie qui imprégnait jusqu'alors le récit. Tout reprend de justes proportions, le surnaturel disparait et laisse place à une réalité bien plus prosaïque. Comme le dit la jeune Tara, une sorcière c'est avant tout une bonne empoisonneuse, une femme versée dans la chimie et connaissant les propriétés des plantes.

Mais avec Brussolo, le fantastique ne disparait jamais totalement tant est grande sa capacité à vous transporter vers les hypothèses les plus folles à partir de simples détails. Sous sa plume les moustiques se transforment en fées dont chaque baiser vous vole un souvenir et des enfants jouant au milieu des menhirs deviennent des lutins malintentionnés. De quoi espérer encore quelques jolies pages empreintes de mystère avec ses autres "romans médiévaux".

Editions du Masque - Le Livre de Poche - 2001

 

25 juillet 2013

LA PUGNACE REVOLUTION DE PHAGOR - DANIEL WALTHER

FnAnt1317-1984Hainal d'Izanie, commandeur du Navire Gris, et Rashmal Khan des steppes infinies lient connaissance dans le cul de basse fosse où les oligarques de Wahlrunde les ont précipités. Le premier parce qu'il a osé critiqué le pouvoir de Créosoth IV et le second parce qu'il est le chef des nomades qui menacent ses frontières.

Unissant leurs efforts ils parviennent à s'échapper de l'infernale prison souterraine et entrent en rébellion. La découverte d'armes étranges et redoutables les aidera grandement.

Sous ce titre original se cache un roman qui l'est beaucoup moins. Tout juste une banale histoire de vengeance sur fond de révolte populaire, le tout dans un univers de science fantasy.

L'intrigue, filiforme et sans surprise, n'a rien d'excitante et me fait penser que Daniel Walther a privilégié la forme au fond. Son style est en effet assez particulier, tout de mots choisis, d'expressions recherchées et de phrases alambiquées. Une écriture précieuse et raffinée qui évoque parfaitement l'ambiance décadente de la société de Phagor, pourrie et corrompue.

Malheureusement, il s'attarde longuement sur des scènes qui n'apportent rien au récit (les jeux du cirque, une partie fine à trois) et expédie l'essentiel en deux coups de cuillère à pot. La révolte de la population de Wahlrunde et l'offensive des nomades sont traitées en à peine deux ou trois pages. L'évasion des deux héros et la façon dont ils fomentent la rébellion sont à peine évoquées et seule l'offensive finale contre la forteresse du tyran bénéficie d'un traitement suffisant.

C'est bien dommage car l'auteur avait assez de matière pour étoffer son récit. Les seconds rôles ( la courtisane, le marchand d'esclave, la putain au grand cœur) sont particulièrement attachants, les détails (faune, flore, villes et palais) nombreux et variés, et les relations entre personnages (amours, haines) promettaient beaucoup.

Reste finalement une belle histoire d'amitié entre deux hommes forts différents, une confrontation de caractères intéressante entre le farouche guerrier nomade et l'aristocrate désabusé et rêveur.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

20 juin 2013

L'HETERADELPHE DE GANE - YVES FREMION

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Lorsque le royaume de Gane est envahi par les troupes de Modj, ses souverains tués et Ganelaan détruite, l'ermite Colloredo est contraint de quitter sa paisible retraite pour apporter aide et soutien aux héritiers de son pays martyrisé. Il entreprend alors un voyage incertain mais parsemé de rencontres qui l'amèneront à reconsidérer certains de ses jugements. Il se liera aussi d'amitié avec un célèbre trouvère qui l'accompagnera dans la plupart de ses pérégrinations.

Yves Frémion m'a fait battre un record en m'obligeant à dégainer mon petit Robert dès le titre de son roman. Il faut dire à ma décharge que ce n'est pas tous les jours que l'on croise la route d'un héradelphe, fut-il de Gane. Mais lorsque cela se produit, on ressort émerveillé de cette rencontre empreinte de poésie, d'humour et d'une once de philosophie.

C'est que la Fantasy de Frémion est de grande qualité. Intelligente, subtile et inventive, elle me rappelle à bien des égards le Khanaor de Francis Berthelot, notamment dans son recours à des personnages peu conventionnels et dans le choix délibéré de privilégier une relation distancée des évènements. En effet, s'il y a bien conflit entre deux nations ainsi que batailles, viols et pillages, l'auteur nous les fait découvrir, à de rares exceptions près, par le biais de récits ou par la vision de contrées dévastées.

Cette volonté de ne pas verser dans le roman guerrier, ni d'ailleurs dans la mythologie, les sorciers ou les magiciens, lui permet de s'attarder sur un autre aspect du roman de Fantasy : la création de pays imaginaires. Ce qui l'intéresse, c'est nous faire vagabonder dans des contrées étranges, nous faire découvrir les us et coutumes de populations variées, comprendre ce qui motive leurs actes, ce qui modèle leur tempérament.

A cet égard Yves Frémion fait preuve d'une imagination fertile avec une nette prédilection pour les aspects institutionnels. Nous apprendrons ainsi que le Prince de Sihan, sitôt élu par son peuple, est jeté à l'eau par le plus humble de ses sujets pour lui rappeler la fragilité de sa position ou que les juges et jurés de ce pays partagent un temps la captivité des condamnés pour prendre la mesure des peines qu'ils prononcent. Nous rencontrerons les temporisateurs qui ne prennent connaissance des évènements qu'à contretemps car ils se méfient des enthousiasmes ou des dégoûts trop prompts. Nous serons surpris par l'esclavage volontaire des buurmani troquant l'incertitude du lendemain contre le confort de la dépendance et plus encore par la coutume des moynes de Borda qui tuent à la fin de chaque hiver leurs chefs de village, mettant ainsi fin à toute lutte pour le pouvoir.

Mais je cause, je cause, et je m'aperçoit que n'ai toujours rien dit de ce fameux hétéradelphe dont vous brûlez sans doute de savoir quoi qu'est-ce que c'est. Et bien, pour faire simple, disons que c'est une sorte de frère siamois dont le corps se scinde à partir de la taille pour laisser apparaître deux bustes, l'un masculin, l'autre féminin. Deux être en un seul donc, mais dont les esprits sont étroitement connectés de telle sorte qu'il s'agit plus d'un individu avec une personnalité double que de deux individualités distinctes. Un être qui a beaucoup souffert de sa différence, fut un temps ermite mais se trouve aujourd'hui contraint de jouer un rôle de premier plan dans un conflit qui l'attriste et le dépasse.

Il sera heureusement secondé par Lambert de Machaut (cherchez la contrepèterie), le trouvère adulé, esprit fin jetant sur toutes choses un regard qui se veut plus désabusé qu'il ne l'est réellement et par la jolie Cayalina qui viendra s'immiscer dans leurs relations et créer ainsi un triangle amoureux pour le moins original.

Alors que dire de plus de ce petit roman si ce n'est qu'il est admirablement écrit et comporte de vrais morceaux de poésie et de profondes réflexions dont voilà qui vous donnera une petite idée :

«Il n'y a que deux choses qui aident un peuple à repartir : une, s'ouvrir au monde, ne pas se replier, laisser le progrès faire son chemin, l'encourager : deux, progresser par petites unités, par petits bonds. Une communauté, un petit village, va plus droit sur le chemin buissonnier du bonheur. Vouloir monter des grosses entreprises comme les draperies de Ganelaan, cela sert peut-être les nobles de la cour, mais cela ruine toute la cité quand cela ne marche pas ».

«Ils confondaient progrès et technologie. La technologie évolue, mais le progrès c'est autre chose, c'est ce qui fait que les êtres vivent mieux. Fabriquer des armes plus perfectionnées, c'est une technologie qui s'affine, mais cela n'est pas le progrès. Le progrès, ce serait d'inventer ce qui rendrait le combat inutile. Voilà pourquoi il faut savoir s'avancer dans une technologie perfectionnée mais en ayant toujours à l'esprit qu'elle doit servir une idée du monde, et non le contraire. »

« Nous sommes ainsi un mélange permanent d'horreur et de magnificence. Celui qui ne voit que l'une ou l'autre se trompe. Pour ma part je ne suis ni pessimiste, ni optimiste. Je suis un être vivant, c'est tout ; je regarde et j'agis selon mon esprit, selon ma pensée propre».

L'hétéradelphe de Gane a obtenu le prix J. H. Rosny Ainé en 1990 : c'est amplement mérité.

Editions de l'Aurore - Futurs - Science-Fiction - 1989

 

17 mai 2013

CONAN L'IRREDUCTIBLE - STEVE PERRY

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Neg le maléfique est un nécromancien de la pire espèce qui dispose du pouvoir de transformer les morts en zombies puis de les asservir. Désirant accéder à davantage de puissance, il a chargé un voleur de mettre la main sur la Source de la lumière, une pierre précieuse aux pouvoirs incommensurables. Parvenu à s'emparer du joyau, Skeer s'apprête à retourner près de son maître. Mais trois personnes sont prêtes à tout pour l'en empêcher. Conan et Elashi la jeune khauranienne, qui désirent tous deux venger le meurtre d'un proche et Tuanne, une zombie qui a besoin de la pierre pour mettre fin à sa malédiction. 

Ma dernière lecture des aventures de Conan remontant à près de 25 ans, c'est par pure nostalgie que je me suis laissé tenté par ce bouquin de Steve Perry. Je savais pourtant par ouïe dire que ces pastiches étaient particulièrement mauvais et que le Fleuve noir ne les édita que pour profiter de la mode de l'eroïc fantasy.

C'est donc sans beaucoup d'illusions que je commençais une lecture qui se transforma vite en supplice. N'ayons pas peur des mots, c'est nul de bout en bout. Il n'y a absolument rien a sauver et même la couverture, avec son barbare bodybuildé, est hideuse.

C'est mal écrit ou mal traduit. Sans doute les deux. Le récit est tronçonné (des coupes ont vraisemblablement été pratiquées) et impose d'incessants va et vient entre personnages et scènes différentes. Aucune surprise, aucun suspens, aucune intensité. Les descriptions sont minimalistes et les dialogues ineptes. Jugez plutôt :

- Je dois aller aux cabinets, dit Elashi.

- Je reste ici.

- Je t'envie de ne plus éprouver ces besoins naturels.

- Tu ne devrais pas..., dit la zombie avec un triste sourire.

Quant à l'histoire, elle est au ras des pâquerettes. Ce n'est qu'une longue équipée dans laquelle Conan et ses compagnes poursuivent Skeer le voleur, tout en étant eux même poursuivis par des zombies, un moine guerrier, un espion revanchard et des araignées ensorcelées. Tout cela n'est entrecoupé que de quelques combats sans panache et de parties fines entre Conan, la chaude khauranienne et la glaciale zombie !

C'est le degré zéro de la fantasy conanesque. A éviter absolument.

Fleuve Noir Anticipation - Conan - 1994

 

17 mai 2013

LE SANG DES ASTRES - NATHALIE HENNEBERG

untitledLe conseil fédéral des civilisations galactiques est inquiet car des bouleversements astronomiques sans précédent ont été enregistrés à proximité de la planète Anti-sol. Les Elms, race terrestre constituée pour partie par les éléments primordiaux (eau, terre, feu) ont reconnu dans cette manifestation cosmique l'influence d’un Elm pur.

Celui-ci s’est incarné sur Anti-sol sous la forme de la ravissante Esclarmonde. Or, composée essentiellement de l’élément feu, elle fait courir un risque immense à cette planète, copie conforme de la Terre à l’époque des croisades. Les Elms décident donc de lui opposer Conrad de Montferrat, un Elm de l’eau, afin d’éviter qu’Esclarmonde ne porte les passions à leur paroxysme.


Curieux roman qui s’apparente davantage au fantastique et à la fantasy qu’à la Science-Fiction. D'ailleurs, l’argument scientifique censé expliquer la relation entre le personnage incarné et son influence néfaste sur l’équilibre astral n’est pas franchement convaincant.

J'ai peiné pour en suivre tous les développements et me suis passablement ennuyé. Il m’eut paru plus judicieux de n’évoquer que des motifs «merveilleux» qui eussent beaucoup mieux collés à ce «conte médiéval».

Néanmoins, l’auteur a trouvé là l’occasion de nous livrer une agréable vision de la Palestine féodale en proie aux luttes entre croisés et musulmans, et ce fut un plaisir que de se laisser emporter au rythme de sa jolie plume.

Le Masque Fantastique - 1976

 

15 mai 2013

L'ANGE AUX AILES DE LUMIERE - GILLES THOMAS

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Jeune diplomate en poste sur une planète primitive des confins, Jason Carren est dégoutté par les coutumes barbares qui ont cours au royaume d'Urriakan. Aussi, lorsqu'une femme enceinte que les prêtres de Jacris mènent au supplice lui demande asile, il n'hésite pas à l'accueillir dans l'ambassade terrienne, provoquant du même coup l'ire de la population.

Pour faire retomber la pression pesant sur la légation terrienne, Jason et sa protégée s'envolent dans une navette vers une autre région où la jeune femme compte retrouver le père de son futur enfant. Mais un crash inopiné va les précipiter sur un continent inconnu où ils devront affronter une nature sauvage et la cruauté des hommes. 

Comme dans Les voies d'Almagiel ou La croix des décastés, Gilles Thomas situe l'action de ce roman longtemps après ce qu'elle nomme La Grande Expansion, période qui vit la terre essaimer des colonies un peu partout à travers l'univers. Mais avec le temps, les liens avec la planète mère s'estompèrent et bien des mondes oubliés des terriens régressèrent à un stade primitif.

Ce postulat lui permet de mettre en place des décors d'inspiration médiévale où elle peut donner libre cours à son penchant pour les histoires picaresques saupoudrées d'un rien de spéculation scientifique. De petits récits de science-fantasy forts simples, bourrés d'action mais toujours de grande qualité.

C'est encore le cas avec ce roman dont l'intrigue est rehaussée par la façon dont elle traite la psychologie de son héros. Celui-ci va en effet traverser des épreuves qui vont remettre en question ses certitudes d'homme civilisé et ses belles pensées humanistes.

Au contact des idées rétrogrades du royaume d'Urriakan, des mœurs rudimentaires de la tribu d'Ikolaker ou de la cruauté de mise à la cour du baron Gresselk, Jason va éprouver des sentiments jusqu'àlors inconnus : colère, haine, désir de vengeance. La précarité de sa position lui fera aussi comprendre que ses beaux principes de respect d'autrui et de non-violence ne pèsent pas lourds lorsqu'il s'agit d'assurer sa survie.

Une expérience qui lui permettra de plaider la cause de son propre monde lorsqu'il s'agira de faire comprendre à des êtres encore plus évolués que les terriens, que les hommes sont imparfaits par nature mais peuvent néanmoins s'amender et marcher sur le chemin de la sagesse.

Mais Jason n'est pas le seul personnage digne d'intérêt et j'ai beaucoup apprécié celui de Valika Brunode, la libre-commerçante sans scrupules, maîtresse-femme qui entend rester libre de sa destinée.

Alors procurez-vous vite ce livre, ou n'importe quel autre de l'auteur, et vous plongerez dans deux cent pages de pur plaisir.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

15 mai 2013

TROIS COEURS, TROIS LIONS - POUL ANDERSON

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Danemark, hiver 1943. Sur le point de succomber aux nazis, Holger Carlsen se trouve projeté dans un univers médiéval fantastique. Sans le vouloir, il y prend la place d'un preux chevalier dont il ignore tout mais qui semble appeler à jouer un rôle déterminant dans le conflit qui oppose les forces de la Loi aux puissances du Chaos. Décidé malgré tout à retourner dans son pays et son époque, il se met en quête du moyen d'y parvenir. Il rencontrera sur son chemin un nain râleur et une fort jolie femme-cygne qui lui feront découvrir le monde du Milieu, ce dangereux territoire qui sépare l'empire carolingien du royaume de Faërie.  

En refermant ce livre je reste sur une impression mitigée : pas franchement déçu mais bien loin de l'enthousiasme escompté. C'est que je m'attendais à beaucoup mieux de la part du grand Poul, l'homme aux 7 prix Hugo. A du grandiose, de l'épique ! Quelque chose comme une formidable épopée médiévale qui nous aurait conduit de la cour de Charlemagne au royaume de Faërie. Un récit où l'on aurait assisté à des batailles dantesques entre preux chevaliers et démons, à des alliances contre nature, à des trahisons et de hauts faits d'armes. Parce que, c'est pas pour dire, mais c'est à rien moins que la lutte entre la Loi et le Chaos qu'il nous conviait !

Or, qu'avons-nous réellement ? Rien de plus qu'une gentille quê-quête menée par un chevalier errant et ses trois compagnons. Pas exactement une promenade de santé puisque les quat'zamis devront surmonter bien des périls et affronteront tour à tour un dragon, un géant, un loup-garou, une ondine et un troll. Mais pas de crainte, ils en viendront facilement à bout grâce à Holger et ses connaissances scientifiques d'homme du XXème siècle.

C'est que le monsieur a beau être plongé dans le plus extraordinaire des mondes, côtoyer fées et sorcières, il n'en cesse pas moins de chercher des explications rationnelles à tout ce qui l'entoure. Pour lui, le feu d'un dragon s'explique par quelques notions de thermodynamique, la malédiction pesant sur un loup-garou est un simple problème de gêne récessif et lorsqu'un géant se change en pierre il y voit a transformation de carbone en silicium entraînant la formation d'un isotope radioactif !

Tout cela apporte évidemment une note d'humour décalé qui constitue d'ailleurs la principale réussite de ce livre et que l'on retrouve aussi dans des dialogues plutôt bien tournés (les remarques sarcastiques du nain Hugui, l'échange d'amabilités entre Morgane ou Alianora...). Mais là encore ce n'est pas transcendant et en la matière, je lui préfère de beaucoup celui de Sprague de Camp.

Bon, n'allez tout de même pas croire que je me sois ennuyé. Le récit est rondement mené et ne souffre d'aucun temps mort. Il y a même quelques très bonnes idées dont cet imaginaire Carolingien qui nous change agréablement du sempiternel folklore breton.

Alors si vous aviez décidé de lire ce bouquin, ne changez surtout pas vos plans. Il vous réserve quelques bons moments de franche gaieté.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 

12 mai 2013

L'OMBRE ET LE FLEAU - OSCAR VALETTI

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Lorsque vous êtes recherché par le roi d'Ampelogne pour avoir tué son "maître des rêves" et par celui d'Andalogne pour n'avoir pas su protéger son rejeton, votre avenir semble assez compromis. C'est ce que Ombre, garde du corps au chômage, apprend à ses dépens.

Mais heureusement pour lui, tout est possible dans l'Overmonde. Découvrir qu'on est un demi dieu pouvant pénétrer les failles temporelles, communiquer par télépathie avec ses pairs ou voler dans un bombardier avec un équipage de morts vivants... Et puis, il y a les amis. Moustik le demi-dieu à tête de poulpe et Carlotta la jolie guerrière à la cuisse légère.

Et c'est tant mieux car ils ne seront pas trop de trois pour venir à bout des voleurs à têtes de Porval, des zombies GI's, et d'un sorcier incandescent ! 

 

Je ne suis plus guère attiré par la Fantasy mais il m'arrive encore, de temps à autre, de me laisser enjôler par un titre accrocheur ou une présentation élogieuse. Avec "L'ombre et le fléau" ce n'est pourtant pas le cas. Le titre est commun, le résumé ne résume rien et en plus la couverture est laide. J'ai dû l'acheter il y a fort longtemps, au milieu d'un lot. Mais bon, puisqu'il traîne dans ma bibliothèque... 

J'ouvre donc le machin et je tombe sur une carte. Je ne suis pas surpris, neuf livres de fantasy sur dix en propose une, même quand elle n'est d'aucune utilité. Comme qui dirait une figure imposée du genre. Celle-ci est tout à fait classique avec ses montagnes, ses fleuves et ses villes. Au nord les noms ont une consonance scandinave, au centre l'orthographe se germanise puis laisse sa place au latin et, ô surprise, c'est l'arabe qui règne sur les régions méridionales. Quant à l'Andalogne, royaume où se déroule l'histoire, il évoque sans doute le lieu des dernières vacances ibériques de l'auteur ! 

A ce stade j'ai presque envie de refermer le livre sans même en lire une ou deux lignes. Mais comme je suis confortablement installé dans mon canapé et que j'ai la flemme de me lever pour aller en chercher un autre, je persévère. Et je fais bien ! Parce que le bidule est loin d'être mauvais.

Overmonde est un univers de fantasy assez classique avec une atmosphère médiévale mâtinée de magie. Il y a des dragons, des sorciers et des mages, des voleurs et des assassins. Ça combat, çà incante, çà complote et çà assassine, bref rien de particulièrement neuf. 

Mais il y a une énergie et un humour indéniables. Pas exactement une parodie. Juste une sorte de funny fantasy où tout est prétexte à la rigolade. Les dieux sont pêchés dans les rivières et asservis par les hommes, on y  mange des larves de Bricandogs ou des rognons de Gilmugs et les failles temporelles vous transportent dans le Vietnam de Coppola ! 

Oscar Valetti se lâche dans tous les registres et force le trait. Les noms de ses personnages (Lucilius Hygnivöom, Carlotta Von Sacher-Boulba) sont improbables, son héroïne est une guerrière intrépide sacrément portée sur le sexe tandis que son héros de frangin serait plutôt fleur bleue.

Il y aussi quelques morceaux d'anthologie dont une partie d'échecs grandeur nature où chaque pion perdus est atrocement exécuté ou bien encore l'attaque d'une forteresse par un commando de GI's. 

Tout cela nous donne une lecture bien réjouissante et sans prise de tête, idéale pour les deux ou trois heures de train qui vous séparent de la plage.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

 

10 mai 2013

LES BANNIERES DE PERSH - ALAINS PARIS & JEAN-PIERRE FONTANA

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Jack la poudre est un prospecteur qui parcoure l’espace en tous sens dans l’espoir de découvrir un bon filon. Au cours de l'un de ses voyages, une avarie à bord de son vaisseau l'oblige à se poser sur une planète inconnue. Capturé par des insectes humanoïdes, il est emmené en captivité avec d’autres humains. Il apprend d'eux qu'il se trouve sur la planète Persh et qu'ils sont prisonniers de l’un des six clans qui se disputent le pouvoir et que l'on distingue à la couleur de leur bannière.

Au cours d'une attaque perpétrée par un clan ennemi, il prend la défense de ses geôliers et met en fuite les assaillants. Il obtient ainsi sa libération mais devient la cible privilégiée des autres clans. Il va alors mener un double combat pour libérer les humains de la tyrannie des pershéens et comprendre qui lui en veut et pourquoi. 

 

C'est un bien chouette petit roman que le duo Fontana/Paris nous a pondu là. Cour, vif et pétulant, il oscille entre Science-Fiction et fantasy. La SF pour le cadre général, l'entrée en matière et la conclusion, la fantasy pour le corps du récit avec ses combats à l'arme blanche ou l'aspect "médiéval" de la société pershéenne. 

Tout va très vite et sans le moindre temps mort. L’action est menée tambour battant. Les batailles succèdent aux duels et les retournements de situation s'enchaînent. 

Çà ne laisse pas beaucoup de temps pour s’intéresser au caractère de personnages qui, héros excepté, ne se posent d'ailleurs pas beaucoup de questions. Alors on fait comme eux. On se contente de se laisser porter par ce récit simple, fluide et plaisant. 

Notons tout de même que l’épilogue est relativement surprenante et confère au livre ce petit plus qui en fait une lecture très recommandable.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

9 mai 2013

LE DRAGON DU ROI SQUELETTE - SERGE BRUSSOLO

untitledJunia et Shagan sont chargés par leur maître, le magicien-forgeron Massalian, d'une mission auprès du roi de Kromosa. Voici donc l'improbable couple (le cul de jatte et la géante) contraint de pénétrer dans une ville maudite sur laquelle plane l'ombre d'un dragon assoupi. Véritable épée de Damoclès, celui-ci effectue de lentes révolutions au-dessus de la cité qu'il affecte de son influence pernicieuse. Les habitants des quartiers populaires qui vivent dans son ombre sont ainsi victimes d'horribles mutations tandis que les patriciens qui consomme la neige rouge issue de son haleine perdent la faculté de se nourrir normalement. Shagan et Junia auront fort à faire pour contrecarrer de nouveau les noirs desseins du roi squelette.


Ce second volume du " roi squelette " s'inscrit dans la droite ligne du précédent. Nous y retrouvons donc son atmosphère de fantasy d'opérette truffée d'anachronismes que même la magie ne saurait justifier (la montgolfière, le fil de fer barbelé...) et qui mélange allègrement moyen âge et péplum.

Il met également en scène les mêmes protagonistes : le roi squelette, le magicien Massalian et bien sûr notre duo de choc : Shagan et Junia. C'est d'ailleurs cette dernière qui est à l'honneur et qui, la plupart du temps, prend les choses en mains et relègue son compagnon à un rôle d'assistant. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en savoir un peu plus sur elle (seul l'histoire de Shagan nous avait été dévoilé dans "Le tombeau du roi squelette"), sur son passé et sur la race des femmes Ooni, géantes et cannibales.

Sous ses airs de conte de fée horrifique ce roman est donc un Brussolo pur jus où chaque page recèle son lot d'idées géniales et loufoques. La plupart du temps elles sont pour l'auteur l'occasion d'explorer l'infini variété des mutations et transformations auxquelles il peut soumettre le corps humain. Et il s'en donne à coeur joie le bougre : foetus phagocytés par des esprits malins, enfants malformés, cadavres ramenés à la vie, hommes et femmes transformés en reptiles ou en viande de boucherie ; la liste est longue des mauvais traitement qu'il fait subir à ses personnages.

Mais on ne s'en plaindra pas car cela nous procure quelques agréables frissons et une lecture facile et dépaysante. Que demander de plus ?

Fleuve Noir Anticipation - 1989

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