untitledAu XXIIème siècle, la population sur Terre étant devenue incroyablement nombreuse et les famines chroniques, le gouvernement mondial décida d'appliquer une proposition du Dr Théo Kleinmaker. C'est ainsi que fut édictée la Loi sur la Transplantation Obligatoire : toute personne âgée de 40 ans voit son corps détruit et son cerveau transplanté dans celui d'un enfant de 6 mois. L'objectif recherché est triple : faire baisser la population mondiale, conserver les connaissances, supprimer d'inutiles personnes âgées.

La mesure donne très vite d'excellents résultats. Il faut dire que les hommes et les femmes ne sont désormais plus pressés d'avoir des enfants puisque ceux-ci sont destinés à accueillir la cervelle de parfaits inconnus ! La démographie enregistre une chute spectaculaire et les "hôtes" disponibles commencent même de manquer. Et comme nul ne souhaite renoncer aux transplantations et à la quasi immortalité qu'elles procurent, il est bientôt nécessaire de conserver les cerveaux dans des boîtes où ils baignent dans un liquide nutritif en attendant le corps d'un nouvel enfant...

 

"Immortels en conserve" est un petit bijou de la SF qui bénéficie d'une construction intelligente au service d'un propos qui ne l'est pas moins. En 5 saynètes mettant en scène quelques individus au cours d'une seule et même journée, Michael Coney nous propose de découvrir une société dystopique fondée sur le principe de la perpétuation des cerveaux grâce à leur transplantation dans de jeunes corps.

Tel un joueur d'échec, l'auteur y avance ses pions sereinement, sachant parfaitement où il va et à quoi lui serviront chacun de ses personnages. De fait, tel d'entre eux qui ne jouait qu'un rôle secondaire dans la première nouvelle occupe la place principale dans l'une des suivantes et vice-versa.

Cela lui permet de croiser plusieurs destinées qui ont en commun d'être bouleversées par les lois de ce système absurde et criminel. Cela lui permet surtout de démontrer l'aberration d'une société qui finit par se scléroser faute de nouveauté et de jeunesse, qui ne fait plus que se continuer, se répéter ad infinitum.

Nous suivons ainsi, tour à tour, une jeune femme qui n'a pas déclaré la naissance de son nouveau né pour pouvoir le garder près d'elle, une adolescente qui a échappé au rôle de "corps d'accueil" mais qui n'a depuis aucune existence légale, une femme qui risque de perdre son droit à la transplantation à quelques mois de son quarantième et fatidique anniversaire et une communauté qui tente de survivre en marge du système...

La découverte de ces tranches de vies nous conduira aussi, l'air de rien,  à nous interroger sur la valeur d'une existence, sur ce qui fait qu'elle a été remplie ou pas, sur notre égoïsme et nos rêves d'immortalité...mais encore sur le désir d'enfants et la continuité qu'ils représentent, sur la joie qu'ils apportent et l'espérance de renouveau qu'ils incarnent.

Au final, et malgré l'effroi que fait naître la description de cette société d'un genre particulier, c'est l'espoir qui domine et la conviction que l'humanité peut toujours se bonifier. Un bien joli roman qui bénéficie d'une belle écriture et d'un humour en demi teinte particulièrement subtil.

Après ma lecture des "Enfants de l'hiver", ce deuxième roman de Michael Coney est une deuxième satisfaction. Je vais donc continuer d'explorer sa bibliographie.

Pocket SF - 1983