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Contrainte de fuir la vengeance de la déesse Agdisdis, Hanethe s’en retourne au village d’Applekirk qu’elle a quitté quelques décennies plus tôt. Dans cette région des Marches, le temps s’écoule beaucoup plus vite qu’au pays des dieux. Aussi n’y retrouve-t-elle que les lointains descendants de la famille qu’elle avait abandonnée. Très vite, sa présence va bouleverser l’harmonie et la sérénité de la petite communauté villageoise…

Dans ce roman écrit quelques années avant "Morwena" et "Mes vrais enfants", Jo Walton montre déjà l'intérêt qu'elle porte aux rapports humains et plus particulièrement à la notion d'épanouissement personnel. La pierre-de-vie qui lui donne son titre est en effet synonyme de libre arbitre. Qu'il s'agisse d'exercer telle ou telle profession, de s'engager ou non dans des liens matrimoniaux, de croire ou pas en une divinité, chacun à Applekirk est libre de ses choix.

La petite société imaginée par l’auteur a des allures d’utopie et reflète sans doute ses vues en matière sociétale. Les hommes et les femmes y sont égaux, l’homosexualité, la polygamie ou l’amour libre vont de soi et les enfants ne sont pas considérés comme des êtres inférieurs qui n’ont pas voix au chapitre.

Bien que toute l’histoire soit circonscrite aux strictes limites d’un domaine agricole, il se passe quantité de choses et pas que des plus anodines. On y cuisine certes beaucoup, les travaux de la ferme occupent énormément les personnages mais la lutte contre les fléaux qui, de tout temps, ont empêché les hommes et les femmes de vivre à leur guise n'en est pas moins passionnante. La religion, la guerre, la recherche du profit éprouveront durement la petite communauté. Les histoires de cœur mettront également à mal sa cohésion.

La très grande quantité de détails et de menus faits étoffe le cadre de l’histoire et lui donne une profondeur remarquable. Les personnages aussi, nombreux, variés, travaillés en profondeur et parmi lesquels les femmes jouent les premiers rôles. Quant à la magie, si elle est partout présente, elle n’écrase pas pour autant l'existence des personnages. Il faudra en effet attendre le dernier tiers du roman pour que prêtres et divinités jouent un rôle de premier plan. Et encore, puisque seule la raison et la concertation permettront de véritablement résoudre les conflits.

Tout cela nous donne une fantasy champêtre et familiale qui invite à réfléchir sur notre rapport aux autres et à apprécier à leur juste valeur les gestes du quotidien. Le passé est révolu, le futur viendra bien assez tôt, alors profitons au mieux de l’instant présent.

Gallimard - Folio SF - 2021