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Asphalt blues est un fort volume de plus de deux cent pages qui nous raconte les destins croisés de deux couples dans une Amérique futuriste. Précisons-le tout de suite, il ne s’agit pas vraiment de science-fiction. Le monde de 2038 ressemble comme un frère à celui de 2022. Les préoccupations des hommes et des femmes y sont à peu près identiques et les problèmes auxquels ils sont confrontés restent les mêmes. En fait, mis à part quelques gadgets technologiques et des véhicules aux lignes futuristes, l’histoire pourrait tout aussi bien se passer de nos jours.

L’intrigue puise d’ailleurs dans notre actualité. Il est question de multinationales toutes puissantes, de politiques corrompus et d’activistes écolos de plus en plus radicaux, bref rien de particulièrement neuf. Cela n’a toutefois pas beaucoup d’importance. Ce dont l’auteur veut réellement nous parler c’est de changement, de choix et de rupture. Qu’il s’agisse de mettre fin à une histoire d’amour ou de faire un enfant, de se lancer à corps perdus dans un combat politique ou de renoncer à ses ambitions professionnelles, il y a loin de l’intention à l’acte. Se réaliser pleinement est sans doute une bonne chose, encore faut-il être prêt à en assumer les conséquences.

La quarantaine à peine passée, les quatre héros de ce récit sont arrivés à cet instant de leur vie où ils sont déjà assez vieux pour se retourner et contempler ce qu’ils ont accompli et encore suffisamment jeune pour décider d’un avenir différent. Poussés par les évènements, par le mal être ou par les conseils d’un ami, ils vont franchir leur Rubicon. Leurs trajectoires vont se frôler, se juxtaposer, s’influencer sans qu’ils se croisent pour autant. Cela donne une impression de maelstrom puissant et indifférent contre lequel il faut lutter pour aller au bout de ses envies.

A présent, parlons dessin. Et là, les choses se gâtent. Je n’ai pas beaucoup aimé ceux de Jaouen Salaün et notamment sa représentation des personnages dont les expressions m’ont parues trop figées, un peu comme dans les romans photos qu’on trouvait  - qu’on trouve encore ? – dans la presse féminine. Et puis ces quadras ont des physiques de jeunes premiers. Leurs visages poupons, sans la moindre ride, ne sont absolument pas raccord avec les sentiments qui les animent et les expériences par lesquelles ils sont censés être passés. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais il m’a empêché d’adhérer pleinement à leur histoire.

J’ai davantage apprécié le décor et notamment les vues panoramiques des cités, des bâtiments ou des paysages mis en valeur par des jeux de lumière changeant en fonction de l’instant ou de la météo. J’ai également été séduit par ses partis pris audacieux en matière de couleurs, par ses fondus et par l’omniprésence de l’eau (piscine, mer, pluie) dont la transparence filtre les images, atténuant ou exacerbant les émotions.

Les Humanoïdes Associés - 2021