atalante869-2018

Après que la Grande Première eut recouvert la planète de ses eaux salées, toutes les ressources en eaux potables de la planète ont été irrémédiablement dégradées. Les quelques survivants qui échappèrent à la catastrophe en sont réduits à vivoter au milieu de marais pestilentiels ou sur des terres où plus rien ne pousse. Un vieux sage, la cheffe d’une bande de pillards, un jeune idéaliste et sa compagne, s’acharnent chacun à leur manière, à donner un sens à leur vie et, peut-être, à faire renaître l’espoir. 

Comme le dit fort justement la quatrième de couverture, ce roman est une petite fable écologique dans laquelle l’auteur nous montre les conséquences possibles, voire même probables, des activités humaines sur notre environnement et en particulier sur la plus importante de nos ressources : l’eau. Le monde que nous a concocté l’auteur est en effet presque totalement dénué d’eau potable. Exception faite de la pluie et de quelques rares sources profondément enterrées, le précieux liquide est devenue extrêmement rare au point de devenir une richesse inestimable, voire une monnaie d’échange.

Pourtant, de l’eau, le monde de la Malboire n’en manque pas. Mais comme son nom l’indique, elle est presque toujours impropre à la consommation. A cause de la folie des hommes et de leur recherche immodérée de productivité et de profit, la terre est désormais pourrie, polluée par les pesticides, par le sel des océans qui submergèrent les continents, par toutes les saloperies qu’on lui fit subir année après année. Elle demeure cependant au centre des préoccupations des personnages qui devront tout au long du roman composer avec ses diverses manifestations : marais putrides, neige et rivières, flots libres et fuyants ou prisonniers d’un barrage ou d’une digue, l’eau sera tour à tour synonyme de danger ou d’espoir.

Une omniprésence qui nous rappelle à quel point elle est précieuse et combien il est nécessaire de la préserver et de la partager. L’auteur se livre d’ailleurs dans les derniers chapitres de son roman à une critique sévère des puissants qui, possédant tout, se goinfrent le monde pour leur seul plaisir, sans soucis des conséquences. Il nous renvoie aussi à nous-même qui continuons à consommer comme si de rien n’était, nous voilant la face derrière nos cartes de crédit et nous donnant bonne conscience en faisant du tri sélectif ou en installant un bac à compost dans le fond du jardin.

Finalement, le seul vrai souci avec ce roman – car il y en a un – c’est qu’il a été écrit en 2018. Or, le post-apo est un sous-genre déjà fort ancien dans lequel il est désormais bien difficile de tracer son sillon. Tout ce que l’auteur y mentionne, tous les rebondissements de son intrigue - les groupements humains qui essayent de maintenir un semblant de civilisation, les bandes de pillards qui rendent leur existence précaire, les religions farfelues qui prospèrent sur la désespérance des gens et, last but not least, une terre inhospitalière sur laquelle tout ce beau monde tente de survivre – tout cela a déjà été écrits maint et maint fois.

Pour autant, Camille Leboulanger le fait plutôt bien. Son écriture est d’une belle simplicité et il sait alterner les passages durs et violents avec d’autres beaucoup plus tendres. Il sait aussi susciter de belles images (les engins agricoles qui continuent à martyriser la terre, les adeptes du Grand Clapot qui attendent le moment de surfer la grande vague) et nous réserve une conclusion si ce n’est surprenante, du moins parfaitement raccord avec son intrigue.

Et puis il y a Zizarre, le héros de cette histoire, dont l’innocence agace autant qu’elle émeut et qui fait penser à ces enfants qui ont besoin de se brûler pour comprendre qu’il faut se méfier du feu. Malgré les mises en garde, malgré les risques, il tente, il essaye, encore et encore, tout à son idée d’améliorer ce qui peut l’être. Il y a aussi Mivoix, sa compagne au verbe rare, qui peut se montrer aussi obstinée que lui lorsqu’il s’agit de protéger leur amour, Arsen le vieux sage et quelques autres qui viennent illuminer de leur présence cette farce sombre. Des personnages peu nombreux mais auxquels on s’attache immédiatement et que l’on accompagne avec grand plaisir.

Je recommanderai donc ce roman à celles et ceux qui n’ont pas encore l’habitude de ce type de récit. Il constitue une belle porte d’entrée dans ce genre très particulier et souvent prophétique qui nous renvoie à nos peurs en nous faisant entrevoir un avenir pas forcément très rose mais malheureusement fort plausible.

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2018