arbrevengeur68-2011

Dans un univers post-apocalyptique indéterminé, le jeune Plop est bien décidé à grimper au plus vite au sommet de la hiérarchie de sa tribu. Il va vite comprendre que la conquête du pouvoir se paye au prix le plus fort. 

Le post-apo n’est pas un genre joyeux, c’est un euphémisme que de le dire. Mais avec « Plop » on touche carrément le fond en matière de lendemains qui déchantent. Imaginez la Terre d’après, après la bombe, après les pollutions, après les maladies, après toutes les saloperies qu’on lui impose et qui finiront par nous péter à la gueule. Imaginez une Terre donc où la pluie tombe continuellement et transforme le monde en un vaste bourbier. Une Terre où rien ne pousse qu’une végétation rabougrie, des champs de détritus, des bouts de verre et de plastique. Une terre ou les fleuves luisent la nuit et dissolvent presque instantanément quiconque a le malheur d’y tomber.

C’est sur cette Terre que vit Plop. « Plop », c’est le bruit qu’il fit en tombant sur un sol gorgé d’eau lorsque sa mère l’expulsa de son ventre. C’est aussi le nom que lui a donné la vieille Goro quand elle le recueillit, ou plutôt lorsqu’elle en devint propriétaire. Car dans la Brigade personne ne s’appartient vraiment. Soit vous êtes l’esclave de quelqu’un, soit vous servez la communauté. Dans le cas contraire c’est le recyclage immédiat en pâtée pour cochons. Mais, quelque-soit le sort qui vous est échu, la vie n’a rien d’une sinécure. C’est un combat continuel pour la survie. Il faut lutter sans cesse contre les tribus concurrentes, vaincre les éléments et, surtout, trouver de quoi manger : chasser les chats sauvages et les chiens, récupérer de vieilles conserves, voler…

En nous « invitant » au sein de cette communauté, Rafael Pinedo nous montre une société totalement déshumanisée, hommes et femmes ravalés au rang d’animaux. Aucune empathie. Pas d’amour. On « s’utilise » sans la moindre pensée pour le plaisir ou le bien-être de l’autre et seuls les sentiments violents (la colère, la haine, l’envie) et les besoins primaires (manger, jouir, dormir) trouvent à s’exprimer. L’écriture, sèche et dépouillée, avec des phrases les plus courtes possible et un vocabulaire simplissime ajoute à cette ambiance de désespoir et de résignation. Un style sans fioritures mais cruellement efficace qui vous fait ressentir l’extrême fragilité de la vie humaine.

Mais, si l’atmosphère du roman est une incontestable réussite, j’ai trouvé l’auteur un peu trop complaisant avec le sang et le sexe. Je comprends qu’il ait voulu nous présenter un monde où la violence est banalisée et où la vie n’a presque pas de valeur. Mais était-il pour autant nécessaire de multiplier les exemples ? Rafael Pinedo ne nous épargne rien. Il y a pléthore de combats, de meurtres et de viols mais aussi des séquences plus dérangeantes, des scènes de démembrements et de cannibalisme, des tortures immondes et des vengeances particulièrement retorses. Cela ne s’arrête jamais et jusqu’aux toutes dernières pages il nous faut supporter sévices et hémoglobine. Et du coup, un doute m’étreint. « Plop » ne serait-il pas un roman gore qui prendrait prétexte d’une histoire de conquête du pouvoir dans un univers post-apo pour mieux décliner une multitude de scènes de sexe et de violence ? Ce ne serait en soi guère dérangeant mais je m’attendais à autre chose, à un peu plus de profondeur et de réflexion d’autant que l’auteur a levé quelques pistes sur la religion, le pouvoir ou la famille qui auraient pu déboucher sur d’intéressantes digressions.

L'Arbre Vengeur - Forêt Invisible - 2011