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A Saint-Chartier, en Berry, Joset est un jeune homme qui se passionne pour la musique. Bien décidé à devenir joueur de cornemuse, il se rend dans le Bourbonnais pour y recevoir l'enseignement d'un maître sonneur réputé. Il va entrainer dans ses aventures Tiennet et La Brûlette, deux amis d'enfance avec lesquels il se retrouvera au cœur d’un méli-mélo sentimental.

Publié en 1853 "Les maîtres sonneurs" est le dernier des romans champêtres de Georges Sand. Il n'est donc pas surprenant d'y retrouver un peu de ceux qui l'ont précédé, en particulier au niveau des personnages. Il y a ainsi de La petite Fadette chez sa Brûlette qui lutte elle aussi contre la médisance des villageois tandis que Joset rappelle beaucoup le Sylvinet du même roman par son caractère excessif et ses problèmes de santé. Il y a aussi un Champi qui n’a, en revanche, guère à voir avec le célèbre François.

Ceci étant, le roman apporte tout de même quelques nouveautés. Tout d’abord, Georges Sand y fait une petite infidélité à son cher Berry puisqu’elle situe une partie de son histoire dans le Bourbonnais voisin, pays montagneux, plus austère et plus mystérieux que les environs de Nohant. Il est ensuite question de compagnonnage et de confréries avec leurs rites et leurs secrets propices, une fois n’est pas coutume, à quelques scènes d’action dans les profondeurs de la forêt ou dans l’obscurité des souterrains.

Mais, mis à part ces quelques passages un peu mouvementés, l'histoire n'a pas grand intérêt à moins d'être amateur d'intrigues sentimentales. Elle se résume en effet presque uniquement aux peines de cœur des cinq personnages principaux : Tiennet aime La brûlette qui lui préfère Huriel, lequel le lui rend bien mais n'ose se déclarer pensant qu'elle en tient pour Joset. Joset aime effectivement La brûlette sans être payé de retour et reporte son affection sur Thérence qui l'aimait mais qui, lasse de l’attendre, finit par tomber amoureuse de... Tiennet. Et hop, la boucle est bouclée ! J'ignore si le récit de Georges Sand est représentatif des amours campagnardes de l'époque mais quatre cent pages de déclarations d'amour, de protestations d'affection et de serments entrecoupés de doutes et de reculades sont venues à bout de ma patience.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans ce roman où l’on apprend beaucoup sur les mœurs berrichonnes (les fêtes religieuses, les fêtes de villages, le déroulement d’une noce…) et sur certains métiers d’alors. Georges Sand met notamment en lumière trois professions - les fendeux (bûcherons), les musiqueux et les muletiers - qui ont en commun l’itinérance ce qui, dans un pays très rural où les axes de circulation demeurent limités, fait de ses membres des individus à part, suspects et parfois même redoutés.

Gallimard - Folio Classique