9782743628253

Adam Appleby est un jeune doctorant londonien qui a pris l’habitude de travailler à sa thèse dans la salle de lecture du British Museum pour échapper aux jérémiades de ses enfants. Il est vrai que trois gamins, ça fait beaucoup pour un jeune homme de 25 ans, même catholique, que l’éventualité d’une nouvelle paternité n’enchante guère. C’est donc passablement perturbé qu’Adam commence une journée de travail qui va s’avérer riche d’incidents en tout genre. 

J’ai découvert David Lodge il y a déjà un bon bout de temps en lisant « Changement de décor » roman fort drôle dans lequel il se moquait sans ambages du microcosme universitaire. « La chute du British Museum » le précède d’une quinzaine d’années mais on y trouve déjà une critique assez corrosive de ce « tout petit monde » d’enseignants et de chercheurs qui se tirent la bourre pour une chaire rémunératrice ou qui passent des années à plancher sur des thèses absconses qui n’intéresseront que 4 ou 5 spécialistes à travers le monde. Ceci dit, le thème principal de ce roman a surtout trait à la difficulté pour les couples catholiques de concilier une vie sexuelle épanouie avec le respect des préceptes religieux et notamment la prohibition des contraceptifs. Il faut ici préciser que l’auteur est lui-même catholique et qu’il écrivit son histoire en 1965 soit peu de temps après le concile Vatican II qui fit souffler sur l’Eglise une petite brise libérale. Il n’est donc pas interdit de penser qu’il y a un peu de lui-même dans le personnage d’Adam Appleby, dans ses interrogations, dans ses soucis et dans ses espoirs.

Ce sujet délicat, Lodge l’aborde avec un sérieux et un flegme tout britannique qui n’empêchent toutefois pas l’histoire de basculer très vite dans le « nonsense » et l’absurde grâce à une pléthore de situations scabreuses. Son héros anxieux et malchanceux m’a d’ailleurs rappelé les personnages de Tom Sharpe ou de William Boyd, c’est-à-dire des individus timides et vaguement fantasques qui se retrouvent malgré eux plongés dans des problèmes inextricables où, quoi qu’ils fassent, ils s’enfoncent de plus en plus. Sur une seule journée, le pauvre Adam va ainsi accumuler les malentendus et les quiproquos. Il va provoquer l’évacuation de la bibliothèque du British Museum, se retrouver entraîné dans un trafic de manuscrits et frôler de près l’adultère. Il rencontrera aussi quantité d’individus étranges, des bouchers argentins, un curé irlandais, un bibliophile américain, une lycéenne dévergondée et des touristes chinois fans de Karl Marx.

A cette poisse déjà suffisamment copieuse, il ajoute encore une singulière tendance à perdre pied avec la réalité, se transformant à l’occasion en un nouveau Walter Mitty. Mais à la différence du héros de James Thurber qui confondait rêve et réalité, Adam s’imagine revivre les scènes importantes de quelques-unes de ses lectures. Là, il me faut avouer que sans la préface qui fait une analyse très complète de ces passages, je serai passé à côté de la plupart de ces références littéraires ce qui, au demeurant, n’eut pas été si grave tant le roman recèle d’autres qualités.

Amateurs d’humour britannique, de burlesque et d’histoires un peu folles, n’hésitez plus. Précipitez-vous sans crainte sur cette lecture réjouissante ou, pour rester dans le thème, pénétrez-y à tête découverte ! Vous ne le regretterez pas.

Rivages Poche - Bibliothèque Etrangère - 2014