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A l'approche de la quarantaine, un homme se souvient des femmes qu’il a connu et s’interroge sur le sens à donner à son existence. 

Haruki Murakami bénéficie d’une belle côte de popularité au Japon comme en France et les trois énormes tomes de « 1Q84 », l’un de ses derniers romans, ont tous été de gigantesques best-sellers. J’ai pour ma part choisi plus modestement de m’attaquer à un titre un peu plus ancien mais surtout beaucoup plus court.

Un roman qui commence dans une atmosphère de nostalgie, celle d'un presque quadragénaire qui se remémore son passé par le prisme des femmes qui ont traversées son existence. Le ton est d’abord assez léger tandis que nous revivons avec Hajime quelques épisodes de sa jeunesse, les bons moments et les occasions manquées, les amitiés et les premières amours. Mais ce qui ressemblait à une confession parsemée d'anecdotes et de souvenirs se transforme en une longue interrogation sur la vie lorsque son héros en vient à évoquer son présent.

Hajime est désormais marié et père de famille, Il est propriétaire d’un club de jazz qui tourne plutôt bien et mène une vie parfaitement réglée. Mais est-il heureux ? Est-il réellement maître de son existence ? A-t-il fait les bons choix ? Quel est sa part de responsabilité dans la destinée des femmes qu’il a connu, de ses proches ? A cet âge charnière ou l’on peut à la fois se retourner sur sa vie pour voir ce qui a été accompli et où il vous reste assez de temps devant vous pour envisager de changer d’existence, toutes ces questions prennent une importance accrue.

C’est alors que deux femmes se rappellent à son bon souvenir. Izumi tout d’abord, une ex du lycée dont il apprend incidemment qu’elle ne s’est jamais remise de leur rupture. Shimamoto-San ensuite, son amie d’enfance qui cherche à renouer avec lui. Si le destin pitoyable de la première provoque surtout sa tristesse, l’irruption – réelle ou fantasmée - de la seconde au milieu de sa routine agit comme un révélateur de son insatisfaction.

Shimanoto-San représente en effet la possibilité d'un recommencement, une échappatoire à une existence qui, sans lui peser ou lui déplaire, lui semble devenue vaine et sans intérêt. Elle n’est donc pas tant un amour de jeunesse jamais oublié que la personnification de cet instant où tout paraissait encore possible, où Hajime n'avait pas encore vécu ces évènements qui vous changent durablement et vous engagent sur des chemins qu’il est difficile de quitter.

Il apprendra heureusement à ne pas confondre "le sud de la frontière" cette contrée rêvée de l’enfance où tout semble possible et " l’ouest du soleil", là où l’astre solaire finit sa course et l’homme sa misérable petite existence. Il trouvera sa place quelque part entre les deux, entre Izumi et Shimamoto-San, entre le rêve et la réalité, entre l’impossible et l’acceptable.

10/18 - Domaine Etranger - 2011