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« Le chant de l’équipage » est incontestablement un hommage à « L’île au trésor ». Comme dans le roman de Stevenson l’histoire débute dans une pension de famille en bord de mer et il y a une carte au trésor, un voilier, un équipage de forbans, une île déserte… Mais hommage ne veut pas dire copie. Le livre de Pierre Mac Orlan diffère beaucoup de son illustre modèle par son ton parodique, un humour parfois très ironique et une chute étonnamment grinçante.

Le premier tiers du récit n’a d’ailleurs rien d’un roman d’aventures. Nous sommes quelque part entre Lorient et Pont-Aven, dans un petit coin de Bretagne sur lequel plane encore l’ombre de Gauguin et où le folklore celte conserve toute sa force. En cette année 191X les hommes sont au front et seuls demeurent les femmes, les vieux et… les étrangers. Parmi ceux-là on trouve Joseph Krühl, un hollandais fortuné et passionné par la mer et les histoires de pirates. Sa fortune et sa marotte vont donner à Simon Eliasar, un jeune escroc réformé, l’idée de monter une belle arnaque pour délester le riche batave d’une partie de ses picaillons.

Une fausse carte, quelques complices et hop, les voilà partis pour une chasse au trésor plus vraie que nature. Bien sûr, nous savons dès le départ que les dés sont pipés et que l’expédition vers les Antilles n’est qu’une gigantesque, une superbe mystification. Et pourtant, l’aventure est bien au rendez-vous. Joseph Krühl, et le lecteur avec lui, est embarqué dans une succession d’épisodes faussement héroïques. Il revit quelques scènes de la vie de ses héros littéraires, aborde un navire, se saoule dans des bouges infâmes ou folâtre avec une ravissante métisse. Il est mené en bateau, moqué et volé mais il vit l’aventure dont il rêvait. La facture sera sacrément salée mais réaliser ses phantasmes n’est pas donné à tout le monde !

Gallimard - Folio - 1999