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Au Coup-de-Vague près de la Rochelle, ce sont les femmes qui portent la culotte. Emilie s’occupe de la ferme tandis qu’Hortense à la haute main sur l’élevage de moules qu’elle exploite avec l’aide de leur neveu Jean, un gaillard de 28 ans qu’elles ont élevé ensemble. Une vie de routine qui convient parfaitement au jeune homme libre de s’adonner à ses menus plaisirs, le billard, la moto et les bals où il multiplie les conquêtes. Lorsqu’il met enceinte  Marthe, la fille de l’ancien maire, il s’en remet tout naturellement à ses tantes pour trouver une solution. Ces dernières vont alors prendre les choses en mains. Sérieusement. Un peu trop même…

Ce n’est pas un hasard si mon premier Simenon ne fut pas un Maigret. Je voulais en effet éviter de tomber sur un livre dont j’aurais déjà vu l’adaptation au ciné ou à la télé avec un Gabin, un Jean Richard ou un Bruno Krémer sous les traits du fameux commissaire à pipe. Je n’ai pas regretté ce choix.

« Le coup de vague » c’est avant tout la peinture d’une époque – 1939 – où le médecin et l’instituteur peuvent mépriser les paysans du haut de leur science, où l’Algérie est un département français et où l’avortement est illégal. C’est aussi celle d’une certaine ruralité où l’on respecte les convenances à grand renfort d’hypocrisie tout en pratiquant la médisance avec assiduité. Ne rien laisser paraître, dissimuler, sauver les apparences envers et contre tout, on est bien loin de Facebook et de notre culture nombriliste et exhibitionniste.

Cela donne une ambiance étouffante et poisseuse, pleine de non-dits, de racontars et de secrets de famille. Un récit âpre et sans concessions, sans bons ni méchants, sans assassin ou enquêteur, sans même un crime. On peut d’ailleurs se poser la question de sa présence dans la collection Policier de Gallimard puisque l’intrigue repose essentiellement sur le mystère qui entoure les origines de Jean et sur les motivations de ses tantes.

C'est d'ailleurs presque essentiellement à une étude de caractères que se livre l'auteur en nous brossant le portrait de cet homme et de ces femmes, lui, trop lâche et trop paresseux pour faire entendre sa voix, elles, bien décidées à n’en faire qu’à leur tête. Oui, Emilie et Hortense sont froides, dures et calculatrices mais ont elles d’autre choix si elles souhaitent rester maîtresses de leur vie ? Peuvent-elles se comporter différemment si elles ne veulent pas être battues par un mari violent, comme Adélaïde la mère de Marthe ou bien engrossée puis mariée de force comme cette dernière ? Ce ne sont pas elles qui sont monstrueuses, mais l’époque et le milieu dans lequel elles vivent.

Gallimard - Folio Policier - 1999