9782868695475Un homme évoque quelques séquences de l'histoire de sa famille qui se confondent avec celle de la Chine pré-communiste.

« Le clan du sorgho » de Mo Yan est davantage connu du grand public sous le titre de son adaptation cinématographique couronnée au Festival de Berlin : « Le sorgho rouge ». Comme je n'ai pas vu le film, je ne vous parlerai pas des mérites comparés de l'un et de l'autre. Je me contenterai de vous toucher un mot du roman qui, pour être fort court, n'en a pas moins des allures de saga familiale.

Le narrateur, peut-être s'agit-il de l'auteur lui-même, nous y raconte un épisode marquant de l'histoire de sa famille : l'embuscade que le commandant Yu, son grand-père, dirigea contre l'occupant japonais en 1939. Ce fait d'arme où son aïeul mais aussi son père alors âgé de 14 ans s'illustrèrent, n'est cependant pas le seul épisode qui nous soit conté.

Son récit fait de fréquents aller/retour avec d'autres moments marquants de la vie de sa famille et de son village. Seront ainsi évoqués des évènements aussi divers que le mariage de sa grand-mère, la punition d'un violeur ou le supplice d'un paysan dépecé vif par les japonais.

Aussi différentes soient-elles, ces péripéties illustrent chacune à leur manière la vie à Gaomi, petite bourgade campagnarde perdu au milieu des champs de sorgho. Elles dévoilent aussi le visage d'une Chine à peine sortie de la féodalité et sur laquelle pèsent encore des traditons millénaires, les mariages forcés, les pieds bandés...

Roman guerrier empreint de violence et de barbarie, « Le clan du sorgho » est aussi un très beau roman d'amour d'où émerge une figure de femme forte, bien décidée à vivre sa vie en faisant fi des coutumes et de la brutalité des hommes.

Actes Sud - 1990