CVT_La-chienne-du-Tzain-Bernard_2589

Le gore est un genre qui a presque disparu des étals des libraires depuis l’arrêt, en 1990, de la collection éponyme. Il fallut attendre 2013 pour que les éditions Trash remette le couvert, hélas pour quelques années seulement. Mais tout n’est pas perdu ! Nos amis suisses ont relevé le gant et proposent depuis 2019 de courts romans où la violence, l’hémoglobine et le sexe sont de nouveau à l’honneur. Des romans qui, tous, se déroulent dans les Alpes et empruntent à sa géographie, son histoire, ses traditions… C’est Gabriel Bender qui inaugure la collection. Il nous emmène dans le Valais, au tout début du XIXème siècle pour nous conter l’histoire d’un petit bout de Suisse soumis au népotisme d’une puissante famille.

Ses descriptions, tant géographiques que sociales, sont rapides mais font mouche. En quelques saynètes bien senties, l’auteur nous montre comment la noblesse impose sa loi en phagocytant tous les postes de pouvoir, militaire, juridique ou religieux. Au hasard des pérégrinations de ses personnages, nous rencontrons ainsi l’Abbesse d’un couvent qui fait régner une curieuse discipline parmi ses nonnes, une nièce du pape qui n’avale pas que des hosties et quelques autres représentants d’une caste dirigeante perverse et corrompue. On signalera aussi un curé de campagne qui tient des statistiques sur les décès dans sa commune, l’âge moyen des défunts, les causes de la mort, nous livrant ainsi comme un panorama des dures conditions d’existence du petit peuple.

Et puis bien sûr, il y a la façon dont l’auteur casse le mythe du Saint Bernard. Exit le gentil toutou avec son tonnelet de fine. Place à la vilaine bestiasse tout en crocs et en muscles, qui déchiquette les malheureux qui lui sont jetés en pâture à l’occasion de combats sur lesquels les notables du coin prennent des paris. Mais, alors que ces nouveaux jeux du cirque auraient pu, auraient même dû constituer le point d’orgue du roman, l’auteur ne s’y intéresse pas plus que ça. Il évoque très rapidement les combats au cours desquels sont sacrifiés orphelins et vagabonds et s’attache plus aux problèmes de logistique (où trouver de nouvelles victimes ?) qu’à nous conter le calvaire des participants. Ses descriptions manquent de substance. Il n’y a pas de crescendo dans l’angoisse et dans l’horreur et, la plupart du temps, les victimes ne sont qu’entraperçues. On a le temps ni de les connaître, ni de s’y attacher. Difficile dans ces conditions d’éprouver de la compassion à leur égard et de trembler devant la triste fin qui les attend.

De fait, « La chienne du Tzain Bernard » est un gore sans excès, si tant est que la chose soit possible. C’est en tout cas un roman qui ne s’appesantit jamais sur les scènes les plus crues, qu’il s’agisse de sexe ou de meurtre. Les amateurs d’hémoglobine resteront sans doute un peu sur leur faim mais l’auteur compense largement avec l’humour. Noir l’humour. Un condensé d’ironie et de cynisme qui culmine dans les reparties du Colonel et dans ses conversations avec son serviteur. Jacques Valtzoret et Moustique, composent deux personnages hauts en couleurs. L’un sûr de lui et de l’impunité que lui confère son statut et ses origines, l’autre surtout préoccupé de sa survie mais jetant néanmoins un œil aussi perçant que désabusé sur les atrocités dont il est témoin.

Bref, en dépit d’une intrigue tout de même assez légère, Gabriel Bender nous offre un roman réjouissant et enlevé qui lance parfaitement cette nouvelle collection. Gore is not dead. Qu’on se le dise !

Gore des Alpes - 2019