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« Le village pathétique » est l’histoire de la difficile et houleuse acclimatation de deux jeunes gens dans une bourgade ardennaise. Odile et Julien Bouleurs sont de jeunes mariés qui, après quelques mois de vie commune, décident de divorcer sitôt finies leurs vacances d’été.  Sur le chemin du retour, les jeunes parisiens s’arrêtent à Vaucelles, un village établi à proximité d'une zone marécageuse dans lequel ils décident de s'installer quelques temps. Après un accueil favorable, les relations entre Odile et Julien - qui vivent désormais séparément - et les habitants de la petite commune vont tourner à l'aigre.

Il ne s’agit pourtant pas d’une confrontation entre citadins et villageois pas plus d’ailleurs que d’une querelle entre anciens et modernes même s’il y a un peu de cela dans l’aspiration de la jeunesse du village à s’émanciper et faire entrer Vaucelles dans une nouvelle ère. Le clivage se situe ailleurs, dans les caractères des nouveaux venus et plus particulièrement dans celui de la jeune citadine. C’est d’ailleurs à ses pas que le récit s’attache tout d’abord.

Odile est une jeune femme de caractère. Décidée, volontaire, elle sait ce qu'elle veut. Qu'importe ce que l'on pense d'elle, qu'importent les conventions, elle va son chemin et on ne peut s’empêcher d’admirer son esprit d'entreprise et son courage. Aussi sommes-nous portés à prendre sa défense lorsqu'elle se trouve confrontée à la vindicte des villageois qui, de médisance en ragots, aboutira à une forme de lynchage. Julien, lui, arrondit les angles. Il accepte les invitations et les conseils même si cela lui pèse ou contrarie ses projets. Il se laisse vivre, ne s'occupant que de réparer quelques vélos, mais sait se faire accepter, allant vers les autres et essayant de les comprendre. C'est en observant sa façon de faire que l'on saisit ce qui, chez Odile, suscite opposition et réprobation.

Odile est trop entière, trop intransigeante, trop sûre d’elle-même. Elle n’écoute pas les autres et n’admet aucune contrainte. Bien entendu, elle a le droit le plus strict de se comporter comme elle l'entend. Mais, sauf à vivre en ermite, il faut savoir tenir compte de l’opinion et des sentiments de ceux qui nous entourent.  Les relations humaines ne sont pas une mécanique qui répond à la seule raison et c’est sans doute l’erreur fondamentale d’Odile que de vouloir forcer les choses et les gens à s’adapter à elle et reconnaitre la valeur de ses projets. Il y a un temps pour tout et pour chacun. Il faut l’admettre, comme il faut admettre que la nature continue d’aller son rythme ainsi que le montrera cette fin d’été avec ses bourrasques, ses incendies et ce marais où faune et flore continuent de prospérer, indifférents aux querelles des hommes.

Gallimard Folio - 1974