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Avant de se tourner vers l’écriture, Harada Maha a longtemps travaillé comme conservatrice de musée, au Japon et à New York. Cela explique ses connaissances en matière de peinture et, bien évidemment, le sujet de son roman.

"La toile du paradis" a en effet pour cadre le monde l'art. Nous y suivons plus particulièrement un assistant-conservateur du MoMA et une historienne de l’art, tous deux grands admirateurs de l’œuvre du douanier Rousseau. Et ça tombe bien puisqu’ils sont conviés par un richissime collectionneur bâlois à venir expertiser un tableau inconnu de ce peintre. Les voici donc partis pour le pays du chocolat et des coffres forts où leur commanditaire leur réserve une belle surprise. Non seulement ils vont pouvoir admirer la fameuse peinture mais ils vont aussi avoir accès à un manuscrit qui relate les dernières années de l’artiste. Un récit en sept parties qui doit leur permettre de se faire une opinion sur l’authenticité du tableau et qu’ils découvriront à raison d’un chapitre par jour.

Le récit se déroule donc sur deux plans. Il y a d’abord l’histoire relatée dans le manuscrit qui fait revivre le Paris des années 1906 à 1910. On y côtoie Picasso et Apollinaire, on passe du Bateau-Lavoir aux galeries des marchands d’art et on accompagne un Rousseau qui use ses dernières forces à la création de son ultime chef-d’œuvre. L’érudition de l’auteur fait merveille. On y apprend beaucoup sur l’art naïf et les débuts du surréalisme et sur la façon dont quelques peintres novateurs ont révolutionné leur art.

L’autre fil narratif se déroule en 1983 et tourne autour de la fameuse expertise. On se trouve alors plongé dans un beau panier de crabes où s’affairent des marchands véreux, des collectionneurs sans scrupules, des voleurs, des faussaires. Si les enjeux économiques qui entourent l’apparition sur le marché d’une telle œuvre sont plutôt bien explicités, les autres idées de l’auteur m’ont parues assez éculées. Le tableau est-il une œuvre volée ? Est-ce un faux ? Dissimule-t-il une autre peinture ? Toutes ces pistes ont déjà servies dans maints récits du genre et ce ne sont pas la petite intrigue sentimentale ou les rebondissements de derrière minute, hélas très prévisibles, qui changent la donne.

Philippe Picquier - 2018