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Pour le quinquagénaire que je suis, Il est bien difficile de ne pas faire de lien entre "Blue" et "Les Guerrier de la nuit", ce film de Walter Hill sorti dans les salles en 1979. Certes, le film a pour cadre le New-York des seventies et non un Paris post-apocalyptique mais, cette différence exceptée, les deux œuvres se ressemblent tout de même sacrément. Elles partagent notamment une atmosphère est un thème fort proches puisqu’il est question dans les deux cas de gangs urbains ultra violents qui se livrent une guerre sans merci ponctuée de trêves et, plus rarement, d’alliances.

Une bonne part du roman est tout naturellement consacrée aux combats de toute nature au cours desquels les différents clans font preuve de la même sauvagerie, se distinguant seulement par leur façon de liquider leurs adversaires. Les « Saignants » sont ainsi adeptes des armes blanches, les « Youves » préfèrent les armes à feu tandis que les « Bouleurs » utilisent la plaque d’acier qu’ils se font greffer sur le front pour estourbir les malchanceux qui croisent leur chemin. Quant à Blue, c’est le chef des « Patineurs », le clan le plus puissant du moment qui règne sur les ruines du Trocadero grâce à la mobilité de ses truands équipés de rollers. Une suprématie qui ne le satisfait toutefois pas. Ce qu’il veut Blue, c’est franchir le Mur, la gigantesque barrière de béton qui ceinture la capitale. Mais pour cela, il faut anéantir les innombrables guerriers télépathes armés de lasers qui opposent à toute tentative de franchissement une résistance farouche. D’autres que lui, et de plus puissants, s’y sont déjà cassé les dents. Alors il est contraint de trouver des alliés et même, c’est un comble, de solliciter l’aide des Saignants.

Toute l’intrigue va donc reposer sur les relations entre Blue et les autres chefs de gang. Suspicions, trahisons, vengeances, le jeu de la haine et de la diplomatie va s’exprimer dans toute sa cruauté avec ce qu’il faut de meurtres et de règlements de comptes. C’est sans doute un peu léger niveau scénario mais Joël Houssin a du métier. Il fait intervenir de nombreux personnages de premier plan et initie suffisamment d’intrigues parallèles pour maintenir un suspens constant. Cela permet d’atteindre sans ennui la bataille finale, véritable point d’orgue du roman au terme duquel on espère découvrir ce qui se cache derrière le mur. La révélation sera à la hauteur de nos attentes : sombre et grandiose. Dérisoire aussi, avec un petit goût de cendre, surtout pour les personnages !

Fleuve Noir Anticipation - 1982