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Joseph Kamal, vingt ans et des poussières, a braqué une bijouterie avec son frangin. L’affaire a mal tournée. Son frère est mort et lui se retrouve en cabane. Commence alors une captivité éprouvante où Joseph va subir, jour après jour, les pires brimades. Une petite faille dans un réacteur nucléaire va le tirer de cet enfer. Pour le plonger dans un autre ? 

Depuis Daniel Defoe et son Robinson, les histoires d’hommes et de femmes isolés de leurs congénères et confrontés à la solitude ont inspirés bon nombre d’écrivains. Elles sont même devenues l’un des thèmes principaux des récits post-apocalyptiques qui traitent de la fin du monde ou du dernier humain sur la Terre. Le roman de Sophie Divry se situe quelque part entre les deux, empruntant aux histoires d’anticipation la cause de l’isolement de son héros et à la robinsonnade l’environnement sauvage - ou disons plutôt naturel - dans lequel il se voit contraint de vivre.

Il commence cependant sur une note tout à fait différente, par la confession d’un jeune homme qui vient d’être incarcéré à la suite d’un braquage qui a mal tourné. J’ignore dans quelle mesure la peinture de l’univers carcéral que nous livre Sophie Divry est le fruit d’un travail de recherche ou celui de son imagination, mais je dois dire qu’elle m’a parue particulièrement convaincante. La promiscuité, la violence continuelle, l’injustice et la désespérance qu’elle fait ressortir m’ont fait frémir. Ceux qui pensent que la prison est une peine trop légère devraient lire ces quelques pages, ils seraient aussitôt convaincus du contraire.

Cette première partie qui occupe un bon tiers du livre permet de faire connaissance avec le jeune héros qui deviendra par la suite le personnage unique du récit. On découvre donc quelques bribes de son histoire personnelle et les circonstances qui l’on menées là où il en est. On découvre surtout les conditions de vie abominables dans lesquelles il se débat désormais. La description très réaliste de sa vie en prison avec son horizon borné, sa saleté et les effroyables odeurs de la misère a aussi pour but de marquer la différence avec la vie pastorale qui l’attend. Car c’est en effet un nouveau bouleversement que Joseph va devoir affronter, sans doute moins douloureux que le premier mais tout aussi brutal.

L'auteur ne s'étend pas sur les circonstances du retour à la liberté de son personnage. Tout juste est-il question d’un incident nucléaire bien pratique qui a pour effet de vider une moitié de la France de ses habitants et d’une immunité providentielle qui lui permet de transformer Joseph en Robinson du causse. Elle est en revanche beaucoup plus prolixe pour ce qui est de nous décrire sa survie au quotidien. Désormais seul dans un environnement rural, Joseph est très vite obligé d’effectuer un véritable retour à la terre et de s’installer dans le long terme pour assurer sa subsistance. Il se transforme donc en paysan et enchaîne les corvées : semailles, irrigation, récolte, élevage de lapins, chasse et pêche ; une vie totalement nouvelle qui l’oblige à renoncer au confort du monde moderne. Une perte toutefois largement compensée par des découvertes sur lui-même et son environnement. Dépouillé du superflu, il peut désormais profiter de joies toutes simples. Il apprend à vivre au rythme des saisons et à se contenter de ce que la terre et son travail lui offrent. Il retrouve aussi la maîtrise de son temps, prend l’habitude de contempler ce qui l’entoure et s’enrichit au contact des animaux et de la vie sauvage.

Une vie qui serait idyllique s’il avait quelqu’un avec qui la partager. La solitude qu’il avait tant appréciée à sa sortie de prison, finit par lui peser, en particulier l’hiver lorsqu’il est inoccupé. Il ressasse alors ses idées noires, songe à ce qu’il aurait pu faire de sa vie si les choses avaient tournées autrement et il faudra une troisième fin de son monde pour qu’il décide de retourner vers les hommes, accomplissant ainsi une boucle sur lui-même. Soustrait de la société des hommes pour avoir trop aimé son frère, puis dégoutté du genre humain au point d’entamer une vie d’ermite, Joseph finit par se rendre compte qu’il ne peut se passer des autres. Le constat est sans appel : l’homme est un animal social qui ne peut se passer du contact de ses semblables.

Si la morale de l’histoire est un peu simpliste elle est en revanche joliment amenée grâce au style extrêmement fluide de l’auteur qui sait aussi bien restituer le parler 9-3 d’un jeune banlieusard que la magie toute simple d’un coucher de soleil sur le causse quercynois.

Noir sur Blanc - Notabilia - 2018