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« Vivre en héros ?». Que voilà un vaste programme ! Mais avant de chercher à l’appliquer, encore faut-il savoir ce qu’est un héros ? Ce qu’est un acte héroïque et, par opposition, ce qu’est une attitude lâche. C’est ce que Fabrice Humbert se propose de nous expliquer, du moins dans la première partie de son roman. Il a choisi pour cela un personnage tout simple, un individu lambda mis dans une situation finalement assez ordinaire : prendre ou non la défense d’une personne agressée dans le métro ou le train.

Devenir un héros ou se transformer en lâche, c’est donc ce qui attend Tristan Rivière. Il sera tour à tour l’un et l’autre. Lâche tout d’abord en laissant son ami se faire défoncer la tronche par trois loubards. Héros ensuite lorsque, quelques années plus tard et dans des circonstances similaires, il sauve une jeune femme de ses agresseurs. Deux évènements qui vont à chaque fois changer profondément sa vie. Et pourtant, dans l’un ou l’autre cas, il demeure foncièrement le même. Il s’en faut même d’un rien qu’il ne passe d’un état à un autre, qu’il agisse sans réfléchir ou qu’il pèse trop les risques et les conséquences. Réflexe ou réflexion, voilà peut-être ce qui sépare le héros du lâche. Pas grand-chose finalement.

Ce qui pèse en revanche c’est le regard des autres et le jugement que l’on porte sur soi. Et cela est parfaitement évoqué par l’auteur. De la déception d’un père lui-même héros de la résistance à la réaction d’une jeune femme qui place son sauveur sur un piédestal, il fait passer son personnage sous les fourches caudines de l’opinion publique. Nous voyons alors à quel point la rumeur peut rendre la vie compliquée, faire sombrer dans le spleen ou donner des envies de revanche, faire prendre tous les risques pour obtenir une sorte de rédemption.

Outre l’impact sur la vie de son personnage, l’auteur examine aussi la notion d’héroïsme sous un angle plus général. Et là encore il met le doigt sur des notions intéressantes, notamment sur le fait que l’héroïsme soit la plupart du temps envisagé sous la forme du courage physique alors que bien d’autres actes peuvent mériter cette étiquette. Plus généralement encore il nous montre à quel point la force est, dans certains milieux, plus et mieux respectée que l’intelligence ou la diplomatie. Il nous rappelle aussi à quel point notre société voue un culte aux héros guerriers, aux combattants, aux résistants même qui, souvent, doivent leur gloire à des actions violentes.

L’auteur soulève enfin bien d’autres sujets de réflexion. Il traite ainsi d’école et d’éducation, du rôle des parents, du problème des banlieues, d’aménagement du territoire. C’est parfois pertinent mais ça n’a la plupart du temps rien de bien original. Et c’est là le principal bémol que je mettrai dans mon appréciation de ce livre. Fabrice Humbert enfonce quand même pas mal de portes ouvertes. C’est bien écrit, c’est agréable et fluide avec aussi un sens de l’humour certain, mais ça a déjà été dit ou lu bien souvent. En fait, dès qu’il installe son héros dans sa vie de père de famille, son roman prend un tour trop conventionnel. Ce qui arrive à son fils, sa fille, ses beaux-parents n’ont plus grand-chose à voir avec son sujet et il se borne alors à nous démontrer que la vie est faite d’incertitude, qu’elle peut à tout moment prendre un tour imprévu mais que, malgré tout, elle en vaut quand même la peine. Mais qui en doutait ?

Alors finalement, c’est quoi « vivre en héros » ? C’est peut-être simplement essayer de vivre la vie que l’on s’est choisie et non celle que notre entourage veut nous imposer. C’est aller au bout de ses envies, de ses idéaux sans se laisser détourner de son objectif par ses parents, son conjoint, ses enfants… Mais, et c’est paradoxal, vivre en héros c’est aussi être attentif aux autres, être capable, par amour ou altruisme, de faire passer ses intérêts ou ses rêves après ceux des autres. Une combinaison bien difficile à trouver : tout le monde n’est pas un héros !

Gallimard - 2017