folio0185-1987

En 1896, la paisible campagne du Surrey est le théâtre de la première rencontre avec des extra-terrestres. Mais ce qui devait être un évènement scientifique considérable se transforme rapidement en cauchemar. Les martiens ne sont en effet pas animés de bonnes intentions et entreprennent de conquérir la planète. 

H. G. Wells est à juste titre considéré comme le père de la science-fiction moderne. En seulement quatre ou cinq romans il a jeté les bases des grands thèmes de ce genre littéraire, du voyage temporel ( La machine à explorer le temps) au savant fou (L’homme invisible, L’île du docteur Moreau) et du voyage interplanétaire (Les premiers hommes dans la lune) à l’invasion extra-terrestre, sujet de cette « Guerre des mondes » dont je vais vous entretenir.

Le roman se présente comme un long témoignage, celui d’un écrivain philosophe, une qualité qui permettra à l’auteur quelques apartés et réflexions sur la nature humaine. Ce narrateur, personnage principal de l’histoire, n’a cependant rien d’un héros et c’est tout à fait par hasard qu’il se retrouve au plus près des évènements dont il nous parle. Il n’y jouera cependant aucun rôle et restera de bout en bout un simple observateur. Il va néanmoins faire œuvre de journaliste en nous contant le plus exactement possible cette invasion dont il vécut la plupart des péripéties ou dont il eut connaissance par le biais de son frère ou de quidams rencontrés en chemin.

Nous n’ignorerons donc rien des différentes phases de l’attaque, de l’atterrissage des premiers « cylindres » martiens aux ultimes combats. Il s’étend tout particulièrement sur les destructions spectaculaires provoquées par les envahisseurs : campagnes ravagées, villes anéanties, populations massacrées. Il s’attarde aussi beaucoup sur leur technologie en nous expliquant assez précisément le fonctionnement de leurs machines et de leur armement. Enfin, il consacre également quelques pages aux martiens, à leur particularités anatomiques et leur curieuse façon de s’alimenter.

Ce qui surprend toutefois le plus dans son récit c’est le ton dépassionné et raisonné avec lequel il relate son histoire. Il est bien sûr choqué par ce qu’il voit et horrifié par les effets de l’invasion. Il se sent comme tous les autres, démuni face à cet ennemi tout puissant et sera bien évidemment soulagé de leur échec final. Pour autant, il ne vitupère pas contre les martiens et semble même comprendre les raisons de leur attaque, presque les justifier. Il assimile d’ailleurs leur attitude à celle des hommes envers la gent animale qu’ils dominent et exploitent. Il compare aussi à plusieurs reprises les hommes à des fourmis qu’on écarte de son chemin lorsqu’elles vous gênent, qu’on écrase sans presque s’en rendre compte et se demande même si les martiens ont conscience de l’intelligence des hommes.

C’est paradoxalement à l’espèce humaine qu’il réserve ses jugements les plus sévères ; Au travers des quelques portraits qu’il brosse – la couardise du vicaire, la forfanterie de l’artilleur – et des scènes de sauve qui sait général où l’égoïsme et les plus bas instincts réapparaissent rapidement, il montre le peu d’estime et de confiance qu’il porte à ses congénères. Et finalement on peut se demander si son roman, avec ses engins de guerre futuristes (véhicules blindés, mise au point d’engins volants, gaz asphyxiants), ses scènes de destructions massives et ses exodes, ne préfigurerait pas davantage les futures guerres mondiales qu’une véritable guerre des mondes.

Gallimard - Folio - 1987