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De nos jours, à Tôkyo, les destins croisés de six personnages, leur solitude, leurs rencontres, leurs espoirs… 

« Je voudrais que tout le monde sache le genre de drame que vivent les perdants de la société, quelque part dans un coin de Tôkyô». Ces mots que Hideo Okuda met dans la bouche de l’un de ses personnages résument assez bien le projet auquel il s’est essayé avec ce livre. Ses six nouvelles mettent en scène quelques-uns des millions d’habitants que compte la capitale nippone, avec une nette préférence pour les laissés pour compte.

Jeune femme obèse, épouse délaissée, écrivain aigri ou rabatteur pour club, qu’ils aient foirés leurs études, échoués à s’intégrer dans le monde du travail ou qu’ils souffrent de leur différence, tous ses personnages ont raté le train de leur vie. Ils se retrouvent à des degrés divers exclus de la société et l’auteur nous dévoile la pauvreté de leur vie sociale et affective. Il étale leurs petits travers, leurs fantasmes et leurs désirs faisant de nous les témoins de leur quotidien. Ou plutôt des voyeurs puisque c’est sous l’angle de leur sexualité que la vie de ses z’héros nous est présentée. Et ce que nous découvrons n’est pas bien gai.

Leurs relations intimes sont dévoyées,. Il n’y a pas de liens, peu de partage, juste la recherche d'un plaisir égoïste et solitaire. Le sexe n’est plus qu'un exutoire ou pire, un objet de consommation comme un autre. Il symbolise parfaitement la médiocrité des rapports humains dans une ville où tout semble s’exprimer en termes de domination et de possession. Il n’y a plus de véritable communication. Les gens ne se livrent  jamais totalement mais semblent jouer un rôle. C’est une comédie des apparences où seule compte l’image que l’on renvoie, laquelle doit être conforme à son statut social ou à sa réussite professionnelle.

Chaque nouvelle est contée du point de vue d’un personnage qui jouait un rôle secondaire dans la nouvelle précédente. Le procédé n’est pas neuf mais il fait toujours son petit effet. Cela permet de revivre certaines scènes sous un angle différent et de donner un nouvel éclairage aux attitudes des uns et des autres. Cela renforce aussi le sentiment d’isolement de tous ces gens qui se côtoient quotidiennement sans pourtant se connaître. Ils sont voisins ou travaillent dans le même immeuble, fréquentent la même bibliothèque ou le même karaoke et pourtant ils demeurent parfaitement étrangers les uns aux autres.

C’est cru, c’est triste, ça se termine parfois mal mais c’est aussi très drôle. Les situations sont décalées et souvent excessives. On aime ou on déteste ces messieurs-dames tout le monde, on les juge sans vraiment les connaître mais surtout, on les plaint car « Que la vie soit à rire ou à pleurer, il faut quand même la vivre. » 

Ce roman d’Hideo Okuda est donc une excellente découverte et je sens que je reviendrai bientôt vers ces éditions Wombat et notamment sa collection « Iwazaru » où j’ai d’ores et déjà repéré quelques titres bien tentants.

Wombat - Iwazaru - 2016