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Zaroff est l’enfant naturel de Charles Bronson et de l’inspecteur Harry. Je sais, c’est dégueu, mais ça vous donne une petite idée du bonhomme. Il a été nourri aux films de vigilante. Il connait mieux les bas quartiers du Bronx que les alentours de la place Pigalle et il préfère la Budweiser à la Jenlain. Oui, il a aussi un goût de chiotte, mais après tout, personne n’est parfait. Tout ça pour vous dire combien il est à l’aise quand il s’agit de mettre ses pas dans ceux des ricains. C’est donc tout à fait logiquement qu’il nous emmène du côté de la Grosse Pomme pour un hommage à ces films qui ont bercé sa jeunesse et forgé son imaginaire.

Les personnages, les décors et même certaines scènes de son roman ont donc un air de déjà vus. Mais ce copié-collé est parfaitement assumé. L’auteur joue avec nos souvenirs. Il s’en sert pour prendre des raccourcis qui lui permettent d’aller à l’essentiel. Le résultat est parfois un peu caricatural mais cela donne à son récit un rythme trépidant qui pousse le lecteur à tourner les pages aussi vite qu’un camé en manque se prépare son rail de coke.

Côté intrigue, on est là aussi en terrain connu. Zaroff s’est beaucoup inspiré de certains de ses films cultes et son « Acid Cop » doit beaucoup au « Robocop » de Verhoeven. On y retrouve notamment l’idée d’un flic qui entreprend de se venger des malfrats qui l’ont horriblement torturé et laissé pour mort. Une vengeance qui m’a toutefois laissé sur ma faim. La punition des ordures sera expédiée en trois coups de cuiller à pot ce qui est tout de même assez étonnant puisqu’elle constituait le moteur du récit. Telle quelle, elle laisse une impression de déséquilibre. On a le sentiment que le châtiment n’est pas à la hauteur des méfaits commis.

Il y avait pourtant quelque chose à creuser du côté de ces Morlocks, des affreux avec lesquels l’auteur tenait de vrais bons méchants. Leur enfance dans un orphelinat où ils subirent les derniers outrages comme les petits gars de « Sleepers », leur haine revancharde contre la société, leur vie dans les égouts dont ils s’extraient à l’improviste, n’importe où et n’importe quand pour commettre vols et agressions en tout genre, autant de chouettes idées qui ne demandaient qu’à être exploitées davantage.

Zaroff a préféré insister sur la psychologie de son héros, sur sa descente aux enfers et sa misanthropie qui se transforme en haine pour la société. L’idée n’est pas mauvaise et la progression de la folie chez son héros est plutôt bien rendue. Malheureusement elle n’aboutit qu’à une succession de karnages joliment orchestrés mais finalement assez répétitifs.

Entendons-nous bien, le roman de Zaroff n'est pas mauvais, loin de là. Je l’ai torché en une petite après-midi, c’est dire si ça se lit bien. J’y ai retrouvé son sens de l’humour grotesque, la vivacité de sa plume et son énorme talent dans la conduite des dialogues. Mais j’attends désormais un peu plus de lui, qu’il sorte de sa zone de confort comme dise les journaleux. J'ai le sentiment qu'il ne se prend pas au sérieux alors qu’il est capable de faire encore mieux, en tout cas plus ambitieux. J’ai envie d’être tenu en haleine par une intrigue un peu plus complexe agrémentée ou non de scènes gores. Là, on reste exactement au même niveau que « Bayou ». C’est bien, mais ce n’est plus assez.

Alors Zaza, tu te sors les doigts du fondement. Tu t’installes devant ton ordi, un pack de six à portée de main, un disque d’ACDC sur ta platine (Bon Scott on vocal of course) et tu nous écris ce putain de chouette roman qu’on attend tous, bordel de merde !!!

Zone 52 Editions - 2021