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Au XVIIIème siècle, le conte philosophique permettait de critiquer le pouvoir sans en avoir l’air et d’échapper ainsi à la censure. De nos jours, il s’agit plutôt d’un moyen détourné d’amener le lecteur à réfléchir à des sujets austères tels que la sociologie, la politique, la psychologie… C’est en tout cas le but recherché par François Lelord avec le présent ouvrage.

« Victor et les autres mondes » se présente comme un roman de science-fiction assez classique. L’apocalypse nucléaire conjuguée à une succession de catastrophes écologiques ont fait de la Terre une planète inhabitable. L’espèce humaine survie sur Mars où s’est établie une petite colonie ultra sophistiquée. Après plus d’un millénaire de vie en autarcie, les « martiens » décident de vérifier si un retour sur leur planète d’origine est envisageable. C’est à Victor Lambda, un sans grade, qu’est confiée la dangereuse mission et le jeune homme est « parachuté » sur une petite île du Pacifique…

Vous l’avez déjà deviné, Victor va non seulement découvrir que la vie sur Terre a repris son cours mais aussi que des humains ont survécu et ont recommencé de vivre en société. D’île en île, il va en expérimenter différents modèles. Des libertaires où tout se partage y compris les partenaires sexuels, des pyramidales fondées sur la primauté de la force, de l’industrie, du talent…

Au gré de ses rencontres et de ses expériences, il va aussi s’interroger sur la notion de bonheur et sur la meilleure façon de l’atteindre. Recherche du plaisir, réalisation d’un objectif, renoncement au superflu, il en arrivera à la conclusion que nulle société ne peut répondre aux attentes de tous ses membres. Aucune n’est parfaite. Même les plus égalitaires ont leurs limites et toutes se heurtent à la volonté de domination de l’homme, à son besoin de posséder, de diriger. Elles n’en sont pas moins humaines et reflètent les différents caractères, les sensibilités de ses membres au contraire de la structure sociale martienne contrôlée par une intelligence artificielle infaillible mais déshumanisée.

La démonstration de François Lelord passe bien. L’intrigue secondaire sur la véritable personnalité de son héros et les conflits d’intérêts entre les dirigeants « martiens » ne manque pas d'intérêt. Elle permet un subtil équilibre entre le côté distrayant du roman et son aspect éducatif. Ceci étant, ce conte philosophique me semble être surtout à destination des ados. Les adultes eux, ne seront surpris ni par l’intrigue ni par le raisonnement de l’auteur. Ils n’en passeront pas moins un agréable moment.

Odile Jacob - 2022