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Je me souviens qu’après avoir fini « La stratégie Ender » je m’étais précipité sur les trois livres qui en constituaient la suite. Je me rappelle aussi avoir éprouvé une petite déception en constatant que son jeune héros était devenu un homme mûr et que bien des années s’étaient écoulés depuis sa victoire sur les doryphores. Ma déception avait bien sûr été tempérée par la très grande qualité de « La voix des morts » et de « Xénocide » (je suis plus réservé au sujet des "Enfants de l’esprit ") mais malgré tout, il me manquait un petit quelque chose, un lien entre ces deux Ender, si semblables et pourtant si différents.

Ce roman, écrit près de vingt ans plus tard, comble ce vide. Nous y retrouvons un Ender de tout juste treize ans, auréolé de gloire martiale mais profondément marqué par le xénocide que les circonstances l’ont contraint à réaliser. Admiré autant que craint par les nations terriennes qui n’en finissent plus de se déchirer, il accepte de partir pour un voyage sans retour vers une lointaine colonie.

Cette nouvelle contribution à l’histoire de l’un des personnages les plus attachants de la SF n'a pas été tout à fait à la hauteur de mes espérances. J’ai certes été ravi de retrouver l’enfant prodige tel que je l’avais laissé. J’ai apprécié de le voir lutter à nouveau contre les fâcheux de tout poil, contre la bêtise de certains et l'égoïsme des autres. J'ai aussi pris beaucoup de plaisir à ses passionnants débats avec sa sœur ou à ses échanges épistolaires avec le colonel Graff que l'on découvre à cette occasion sous un jour complètement nouveau. L'histoire est prenante même quand Ender s'efface derrière d'autres personnages.

Mais il faut tout de même reconnaître qu'elle souffre d'une construction un peu artificielle dû au fait que l’avant (La stratégie Ender), l’après (La voix des morts et suivants) et même le pendant (Le cycle de l’ombre) ont déjà été écrits lorsque Card en entame la rédaction. Il lui faut donc veiller à l’insérer du mieux possible dans cet univers déjà  très complet. De ce point de vue, le pari est réussi. Mise à part une légère contradiction dont l’auteur s’explique dans la postface, les nouvelles aventures d’Ender s’intègrent parfaitement aux anciennes. Cette contrainte pèse néanmoins lourdement sur le déroulé de l’intrigue. Card, n’est plus totalement maître de la destinée de son héros. Il doit composer avec ce qu’il a déjà écrit. Cela le bride et l’histoire s’en ressent.

Pour intéressants qu’ils soient, les trois épisodes marquant du roman (ses démêlées avec un amiral arriviste et jaloux, sa courte carrière de gouverneur sur la planète Shakespeare puis sa confrontation avec un dangereux rejeton de Bean et Petra) peinent à former un tout.  Ils se lisent néanmoins avec grand plaisir grâce à de nouveaux personnages de qualité (Dorabella et sa fille Alessandra, le biologiste Sal Menach) et apportent même des réponses aux questions que l’on a pu se poser à la lecture des autres volumes. On apprend ainsi dans quelles circonstances il écrivit « La reine & L’hégémon » et pourquoi il choisit de voyager en espace relatif afin de mettre le plus d’années lumières entre lui et sa légende.

Mais surtout, « L’exil » nous donne une idée plus précise du caractère d’Ender. Il nous montre un adolescent, puis un jeune homme, naturellement bon et désintéressé, ce qui lui vaut bien des déboires dans un monde où ces qualités sont si peu partagées. Son immense intelligence et sa compréhension des relations humaines lui permettront néanmoins de tracer sa route en s’appliquant à faire triompher sa vision du monde, sans violence mais non sans détermination.

L'Atalante - La dentelle du Cygne - 2010