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Lou Moaï-Seigneur vit chichement avec sa mère au 276ème étage d’une tour HLM. Un jour qu’un camarade de classe se moque d’elle, la jeune ado constate avec stupeur que les malheurs qu’elle a souhaités au sacripant se réalisent. Utilisant dès lors son don pour punir les fâcheux de tout poil, elle finit par attirer l’attention de l’armée qui voit en elle une arme d’une redoutable efficacité.

Pour son, déjà, 18ème roman, Jean Teulé a laissé de côté les biographies de personnages célèbres (Le Montespan, Je, François Villon…) et les évènements tragiques de l’histoire de France (Mangez-le si vous voulez, Entrez dans la danse) pour renouer avec les ambiances surréalistes et poétiques de ses débuts. Mais c’est surtout avec « Le magasin des suicides » que « Gare à Lou ! »  partage le plus de points communs puisqu’on y retrouve la même atmosphère d’anticipation décalée et un jeune héros confronté à l’univers anxiogène des adultes.

Si l’histoire en elle-même est peu passionnante et un rien moralisatrice (les politiques et les militaires, c’est des méchants !), le ton général du récit reflète bien ce que j’apprécie chez l'auteur : un humour déjanté, des situations extraordinaires et des personnages hors normes. On regrettera sans doute que la découverte de son don par Lou et par les pouvoirs publics soit un peu trop rapide et que les nombreux passages où elle est enfermée dans un bunker en compagnie d’un trio de généraux pas en retraite, soient un tantinet répétitifs.

Il y a en revanche quelques jolies trouvailles linguistiques (les écorches-cieux) et de belles idées dont cette multinationale informatique siglée d'un fruit qui réclame un impôt aux Etats et le Bar des Sanglots où l’on peut commander un Chagrin Noir, une Secousse Nerveuse ou une Peine Infinie… Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous emporter par l’imaginaire et la bonne humeur perpétuelle de Teulé qui nous fait une fois de plus passer un agréable moment, tout de poésie et d'humour.

Julliard - 2019