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La France est au bord du gouffre. La colère des banlieues si longtemps contenue a fini par exploser, ouvrant la voie à l’islamisme le plus radical. Téléguidés par des terroristes à la solde de puissances étrangères les jeunes banlieusards ont instaurés autour des grandes villes des zones de non droit et, malgré la promulgation de l’état d’urgence, les forces de police ne parviennent pas à les déloger et essuient même quotidiennement de cuisants revers. Nathan, un professeur d’histoire féru d’occultisme a reconnu derrière ces évènements l’influence d’une entité surnaturelle. Pour inverser le rapport de force, il décide de faire appel aux mystères de la kabbale. 

J’ai toujours apprécié de voir des auteurs s’essayer à d’autres genres que ceux où ils ont leurs habitudes et même, de temps à autre, les mélanger entre eux. Cela donne des romans originaux avec des approches nouvelles et un ton bien particulier. Mais, s’il est vrai que les métissages font en général de jolis bébés, Maud Tabachnik a ici accouché d’un vilain petit canard. Ce n’est pas que son roman soit foncièrement mauvais mais il souffre de défauts si flagrants qu’ils ôtent au roman toute forme d’intérêt.

En premier lieu, on sent que l’auteur n’est pas à l’aise avec le fantastique et c’est sans doute la raison pour laquelle celui-ci n’a finalement qu’une place assez maigre dans son roman. C’est dommage car l’idée d’une confrontation entre un djinn et un golem avait de quoi séduire. Elle aurait pu permettre de pénétrer l’imaginaire et les traditions de deux cultures moyen-orientales, de les confronter ou les rapprocher bref, d’en tirer une intrigue captivante et originale. Malheureusement ce duel, pour audacieux qu’il soit, tourne court. Il n’est que très peu question de ces deux créatures et on ne les voit quasiment pas à l’œuvre. Un seul et unique chapitre traite de leur affrontement et encore cela nous est-il présenté d’une façon plutôt allégorique.

De la même manière, les passages consacrés à la recherche du golem dans le vieux Prague, à l’évocation de la créature ou à la figure du fameux rabbi Löw baignent dans une ambiance onirique. Il y manque de la matière, du « vécu ». On a le sentiment que tout cela est irréel et n’est que le fruit de l’imagination de Nathan. D’un bout à l’autre du récit, le pauvre héros apparaît dépassé par les évènements et semble n’être qu’un jouet entre les mains des puissances qu’il a invoquées. Son périple pragois et son intervention dans la lutte contre les terroristes islamistes pâtissent terriblement de cette absence d’implication.

En fait les meilleurs moments du livre sont ceux qui mettent en scène le personnage de Pascale, une fliquette de la BAC qui ne manque pas de sang-froid. On voit de suite que l’auteure est mieux à son affaire avec l’univers du polar comme le montre aussi sa description des scènes d’émeutes et, d’une façon générale, les scènes qui se rapprochent d’une enquête policière. Le souci, c’est que son approche manque là encore de finesse. Son discours est très manichéen avec les méchants arabes d’un côté, les gentils juifs de l’autre et au milieu de pauvres gaulois trop empêtrés dans les remords de leur passé colonialiste pour oser remettre à sa place un islam dévoyé. Je passe sur les nombreuses critiques d’un gouvernement émasculé qui préfère discuter plutôt qu’agir et sur les lieux communs concernant les banlieues et leurs habitants. Maud Tabachnik a une vision simpliste et outrée d’une situation extrêmement complexe même si son approche n’est pas dénuée de vérité ainsi que la France a, depuis, chèrement payé pour le savoir (le roman date de 2007).

Quant au lien entre ce roman et le fameux Club Van Helsing, il est aussi ténu qu’artificiel. Il se résume à la courte visite du héros au Bedlam Asylum qui nous est hâtivement narrée dans le prologue et l’épilogue et qui n’apporte aucune valeur ajoutée à l’intrigue.

Baleine - Club Van Helsing - 2007