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Pour la plupart des lecteurs, Robert Sabatier est l’auteur des « Allumettes suédoises » et des sept autres livres qui composent le roman de ses jeunes années, du début des années trente à l’immédiat après-guerre. Pourtant, le monsieur en a écrit bien d’autres et même, le croirez-vous, un ouvrage qui appartient au domaine de la science-fiction : c’est de celui-ci que je vais vous entretenir.

Avant dernier roman de l’auteur, « Le sourire aux lèvres » est un peu le neuvième tome de ses mémoires. Des mémoires fantasmées où il s’essaye à imaginer à quoi ressembleraient la société et les lieux qu’il a parcourus, en 2040. Désormais âgé de 117 ans, reboosté grâce à quelques pilules miracles, il nous raconte sa vie de centenaire et nous fait partager les réflexions que lui inspirent les hommes et les femmes du vingt et unième siècle ainsi que leurs réalisations.

Le roman se divise en deux parties à peu près égales. La première s’attache à nous peindre sa nouvelle existence dans un Paris révolutionné par les progrès scientifiques. La « ville lumière » s’est transformée en une agglomération futuriste où les transports et les habitations n’ont plus grand-chose à voir avec ceux que nous connaissons. Les immeubles haussmanniens ont laissé la place à des ensembles modernes et high-tech qui laissent néanmoins la nature s’exprimer sur les toits ou sur les bords d’une Seine redevenue lieu de vie et d’échange. Les mentalités aussi ont évoluées, plus libres, plus tolérantes même si les relations paraissent parfois trop policées et un rien factices. L’auteur distille quelques indications sur ce qui a permis ces changements aussi rapides que complets de la civilisation et notamment sur la personnalité d’une jeune scientifique dont le regard visionnaire a permis de donner l’impulsion à cette révolution pacifique. On croise aussi d’autres personnages fort attachants (la milliardaire généreusement loufoque, le mathématicien autiste, la mystérieuse doctoresse) mais, malgré tout l’intérêt des longues conversations du narrateur avec les uns et les autres, tout cela finit par trainer un peu en longueur et devenir un rien ennuyeux.

La seconde partie apporte donc fort opportunément un peu de nouveauté et même, on y croyait plus, de mouvement. Nous quittons la ville pour la campagne, direction l’Auvergne pour une zone tenue par de mystérieux rebelles qui s’avèrent finalement n’être que de gentils utopistes. Ce cher Robert nous présente alors une société selon son cœur, sans racisme ni conflits générationnels, où les hommes et les femmes sont parfaitement égaux et dans laquelle science et nature s’équilibrent et se complètent. Les ingénieurs côtoient les paysans, les laboratoires les plus performants jouxtent les bergeries et tout ce petit monde cohabite harmonieusement, un pied dans le futur et l’autre bien ancré dans les traditions.

C’est joli et rafraîchissant, un peu naïf aussi mais très représentatif de la personnalité de l’auteur où s’allient nostalgie du passé, gourmandise du présent et confiance en l’avenir.

Albin Michel - le livre de Poche - 2002