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A la libération, Adelmo Baudino a été mis à pied de son emploi d’enquêteur de la police ferroviaire pour de prétendues sympathies fascistes. Il gagne désormais sa vie en travaillant sur des chantiers et, à quarante ans passés, célibataire avec une mère à charge, il n’espère plus guère se refaire une situation. Lorsque deux anciens collègues des chemins de fer sont retrouvés assassinés dans des circonstances similaires, le limier qui sommeille en lui, reprend du service. Suspectant l’assassin d’assouvir une vengeance contre des cheminots il se lance à sa recherche avec l’aide et le soutien financier de son vieil ami Berto Galimberti. 

Comme dans « La chanson de Colombano », Alessandro Perissinotto nous propose avec « Train 8017 » de faire un saut dans l’histoire de l’Italie. Cette fois-ci le voyage temporel est beaucoup plus court puisque ce n’est pas le XVIème siècle mais l’immédiat après-guerre qui est évoqué. Nous sommes en 1946. L’Italie se relève à peine de cinq années de guerre et de deux décennies de fascisme. La population est exsangue, soumise aux privations et au marché noir tandis que le nouveau gouvernement organise la chasse aux phalangistes et autres chemises noires.

Un état des lieux finalement assez banal dans une Europe dévastée et c’est peut-être mon principal regret que de n’avoir pas réussi à m’immerger dans cette Italie par trop ressemblante à la France de la même époque. Malgré des noms propres qui se terminent en O ou en I, on pourrait être n’importe où dans l’hexagone, à Paris, à Lyon ou à Marseille. Il suffit pour cela de remplacer les partisans par les résistants, les fascistes par les collabos et l’on retrouve les mêmes individus qui écoutent radio Londres la nuit, qui se réfugient sous terre pour échapper aux bombardements alliés et qui tondent les femmes à la libération… Il y a heureusement quelques touches « couleur locale » qui nous prouvent que l’on est bien dans la patrie de Dante (la vieille ville de Bergame et son quartier médiéval, une plongée dans le sous-sol de Naples, la pizza encore inconnue dans le nord de l’Italie), mais dans l’ensemble le dépaysement n’est pas bien grand.

L’intrigue est en revanche beaucoup plus intéressante. Une fois encore, Alessandro Perissinotto l’a construite à partir d’un fait réel, une catastrophe ferroviaire qui causa la mort de plusieurs centaines de personnes mais qui passa néanmoins inaperçue au milieu des bouleversements que subissait l’Europe, Sur ce triste fait divers, l’auteur vient greffer une histoire de vengeance plutôt bien tournée à défaut d’être très originale. Elle bénéficie notamment d’une unité de cadre et d’une atmosphère très bien rendue. Tout tourne en effet autour de l’univers ferroviaire, ses trains, ses voies ferrées, ses tunnels et ses gares. L’enquête se déroule en divers points de la ligne Milan/Naples et nous fait découvrir avec beaucoup de réalisme et un grand souci du détail le petit monde des cheminots, des contrôleurs et autres agents de la SNCF italienne.

Ce chemin, nous le faisons en compagnie d’Adelmo Baudino, un héros complexe et plein de contradictions. Adelmo est un homme brisé par les déceptions (sentimentale et professionnelle) qui vit mal la déchéance sociale où l’a précipité la fin de la guerre. Contraint à un travail de manœuvre, accablé par une mère acariâtre et envahissante, il accueille avec joie, soulagement même, cette enquête qui lui permet à s’évader d’un quotidien austère et de se sentir de nouveau vraiment utile. Nous le voyons au fil des pages retrouver son ardeur, ses réflexes et ses capacités intellectuelles jusqu’alors endormis. Il reprend petit à petit goût à la vie, ose de nouveau espérer en l’avenir et finit même par trouver l’amour. Bref, un nouveau personnage particulièrement réaliste et attachant, ce qui semble être la marque de fabrique d’Alessandro Perissinotto.

Gallimard - Folio Policier - 2008