fn-avmyst08-1995

Lilianne peut être satisfaite, l’ouverture de son restaurant est une réussite. Tout ce que Kinshasa compte de gros bonnets et d’expats pleins aux as est au rendez-vous et les affaires s’annoncent florissantes. Seule ombre au tableau, sa rupture avec Jim Bamba, son amant zaïrois aussi beau qu’insupportablement macho. Leur séparation n’est toutefois pas aussi houleuse qu’elle se l’imaginait et Jim lui laisse même en souvenir un masque traditionnel de sa tribu. Mais à peine le fétiche accroché au mur de son restaurant, la poisse commence à s’acharner sur elle et son commerce… 

J'ignore si Jean-Pierre Andrevon a déjà mis les pieds en Afrique noire ou s'il tire ses connaissances d'une abondante documentation mais son roman, même s’il date de 1995, nous procure une remarquable immersion dans ce continent. Il faut dire qu’en vingt ans, au Zaïre ou dans les pays voisins, la situation n’a malheureusement guère changée. Aussi, cette plongée dans l’ex Congo belge, à Kinshasa d’abord puis dans la brousse équatoriale, semble toujours d’actualité et extrêmement réaliste : la moiteur omniprésente, la corruption, la misère et la violence, une société à deux vitesse où deux mondes - et presque deux époques – coexistent avec d’un côté les expatriés et les dignitaires et de l’autre la foule des anonymes qui survit comme elle peut. Quelques personnages typiques mais fort bien tournés viennent enrichir ce décor avec bien sûr la mama africaine, le vieil employé fidèle, le beau black macho, la copine nympho…

Mais, entre cette longue mise en place du décor et des personnages, puis l'énumération des emmerdes qui se mettent à pleuvoir sur la pauvre Lilianne et enfin son éprouvante équipée à travers la jungle il n’y a guère d’évènements notables. En fait, mis à part son ambiance, tout l’intérêt du récit réside dans la manière dont l’auteur amène chez son héroïne - et chez son lecteur - la conviction qu’elle est victime d’un envoûtement. L’auteur le fait lentement, par petites touches. De petits contretemps en grosses tuiles, de peines de cœur en problèmes d’argent, il installe une sorte de crescendo dramatique qui verra Lilianne basculer progressivement dans l’irrationnel.

Pour autant le récit garde les pieds sur terre et deux explications, l’une scientifique, l’autre fantastique, restent possibles selon l’état d'esprit du lecteur ou ses croyances. Comme nous le dit l’auteur, la sorcellerie ne fonctionne que sur ceux qui y croient et il faut sans doute être africain pour admettre le pouvoir des marabouts et de leurs fétiches. Il a donc eu une excellente idée en choisissant pour héroïne une occidentale née en Afrique et qui, imprégnée des deux cultures, se trouve un peu à la croisée des chemins.

Ce petit roman de l’éphémère collection « Aventures et Mystères » du Fleuve Noir vaut donc surtout pour son atmosphère, chaude, dépaysante et dangereuse. Comme l’Afrique ?

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1995