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Un beau matin de septembre 2012, la commune de Chatillon-en-Bierre se retrouve coupée du monde. Impossible de s’éloigner de plus de cinq kilomètres du village. Quels que soient la direction ou le chemin empruntés, les voitures tombent en panne et les piétons ont beau marcher des heures, ils ne parviennent nulle part et sont contraints de faire demi-tour. Pire encore, toute communication avec « l’extérieur » s’avère impossible. Le temps passant, les villageois sont contraints de s’organiser pour assurer à tout un chacun le nécessaire vital et éviter ainsi les dissensions entre ceux qui possède quelque chose et ceux qui n’ont plus rien. Mais certains agriculteurs refusent de mettre leurs terres au service de la collectivité et décident de faire sécession… 

J’aime les robinsonnades à peu près autant que les romans post-apocalyptiques. Rien d’étonnant à cela puisque ces deux genres partagent une même idée, celle d’hommes et de femmes obligés de repenser les rapports communautaires à l’aune d’un bouleversement total de leurs habitudes de vie. Avec « Le village évanoui » Bernard Quiriny nous en propose une un peu particulière puisque c’est une ville entière et ses environs qui se trouvent transformés en île : « un vaisseau miniature et arboré, comme une planète en réduction ». Les habitants de Châtillon-en-Bierre ne sont donc pas de nouveaux vendredis échoués sur une île déserte. Ils n’ont quittés ni leur pays ni leurs maisons et continuent de vivre dans leur environnement quotidien. Les changements auxquels ils sont confrontés sont donc moins radicaux ; iIs n’en sont pas moins intéressants.

C’est donc sur un territoire d’une quinzaine de kilomètres carrés et peuplés de deux à trois mille âmes que se déroule l’histoire. Un espace limité mais suffisant pour permettre à l’auteur de dérouler une intrigue avec assez de personnages et un décor conséquent où les faire évoluer. Et cela commence plutôt pas mal avec la description du phénomène d’isolation, de sa découverte aux premières réactions qu’il suscite : incompréhension, émotions diverses et variées, tentatives pour s’échapper… Vient ensuite le temps de la résignation avec pour conséquence la nécessité de s’organiser dans le temps. Les premières difficultés surgissent alors et notamment le problème de l’approvisionnement en produits de première nécessité. L’occasion pour l’auteur de glisser quelques passages amusants dont celui relatif à la baisse des réserves d’alcool dans les troquets ou les scènes de ruées vers le supermarché et les épiceries qui préfigurent mal des relations futures entre les villageois

Et de fait les chatillonais vont devoir s’adapter… et faire des choix. Faut-il changer de régime politique ou conforter dans leur rôle le maire et les gendarmes ? Doit-on mettre en commun toutes les ressources ou laisser fonctionner la loi du marché ?  Deux questions parmi tant d’autres auxquelles il faut répondre urgemment dans ce monde qui semble faire marche arrière, où la « hiérarchie des compétences » se renverse et où ceux qui savent coudre, réparer, cultiver et chasser deviennent les personnes importantes de la communauté. On le voit, il y avait de la matière à exploiter. Malheureusement, on reste beaucoup trop en surface. Il eut fallu approfondir les personnages et prendre le temps de faire évoluer les choses, mais tel n’était sans doute pas le but recherché par l’auteur.

Ici, on est davantage dans la fable moderne qui doit permettre de donner quelques axes de réflexion, de s’interroger sur soi-même et sur la vie que nous menons. Et il est vrai que les pistes que soulève l’auteur sont nombreuses et pertinentes. Cette micro société recentrée sur elle-même redécouvre en effet le mode de vie des anciens. Plus de télé, plus de téléphone ou d’informatique, on se déplace à pied ou en vélo, on redécouvre sa région à défaut de partir en vacances à l’autre bout du monde, on relocalise les activités de production, en un mot on mène un mode de vie plus écolo qu’aucun militant de Greenpeace n’aurait osé l’imaginer.

Tout cela est indéniablement intéressant mais, si ces réflexions constituaient le véritable objectif de l’auteur, pourquoi donc consacrer une si grosse part de son intrigue au personnage de Verviers, au régime pseudo féodal qu’il met en place sur ses terres et à ses relations tumultueuses avec les autres châtillonais ? Pourquoi en faire le personnage principal, je n’ose dire le héros tant le bonhomme est détestable, pour finalement le faire disparaître sans tambour ni trompettes et revenir à un statu quo ante assez décevant ? Quant à la fin, elle est tout aussi frustrante. Le phénomène d’isolement ne sera pas expliqué, ce qui en soi n’est pas bien grave, mais surtout aucun des problèmes de la communauté ne se trouve résolu et l’histoire se conclut sur un nouveau mystère. J’espérais mieux !

Flammarion - J'ai Lu - 2014